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Godard | La Gestapo des structures : l'Aménagement de la Région de PARIS


Jean-Luc Godard filme La Courneuve en 1966


"Apprenez en silence deux ou trois choses que je sais d’elle.
Elle, la cruauté du néo-capitalisme.
Elle, la prostitution.
Elle, la région parisienne.
Elle, la salle de bains que n’ont pas 70% des Français.
Elle, la terrible loi des grands ensembles.
Elle, la physique de l’amour.
Elle, la vie d’aujourd’hui."

Jean-Luc Godard
2 ou 3 choses que je sais d'elle
Le film 2 ou 3 choses que je sais d’elle, est un ambitieux plan documentaire, car Elle, n'est autre que la région parisienne, qui en 1966 faisait l'objet de grands travaux (cités d'habitat, autoroutes, périphérique, etc.),  dans le cadre de son aménagement. L’objectif réel, pour Jean-Luc Godard, est d’observer et de critiquer cette grande mutation, entre fiction et documentaire, nous rappelant au passage les atrocités de la guerre du Vietnam. Un Jean Luc Godard alors engagé dans la voie maoïste, et filmant pour la première fois, quelques scènes dans la cité des 4000 à La Courneuve, là où vit l'héroïne ;  une des opérations emblématiques puis symboliques de la politique de l'Etat, en matière d'aménagement de territoire.

SILENT WORLD | Lucie & Simon



Silent Work (2008 - 2012) :

« Dans ces villes fantomatiques et abandonnées, nous mettons en scène un ou plusieurs personnages symboles, comme les derniers témoins d’un Monde disparu. Ces personnages, souvent des enfants, viennent ici se confronter à un monde nouveau où le temps est comme suspendu, et apparaissent comme un signe d’espoir ou de vie».
Lucie de Barbuat et Simon Brodbeck
Prix HSBC de la Photographie 2010



PIALAT | BANLIEUE 1960




COURT METRAGE DE MAURICE PIALAT par mijosorbier

« La grande banlieue est la terre élue du p’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses : ma p’tite maison, mon p’tit jardin, un bon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille »


L’amour existe,

Documentaire de Maurice Pialat

1960
Durée : 20 minutes.

Textes du documentaire, [extraits...].

« Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.

Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie », « Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».



Walter BENJAMIN | Haussmann ou les barricades



Haussmann cherche à les [combats de barricades] prévenir de deux façons. La largeur des rues en rendra la construction impossible et de nouvelles voies relieront en ligne droite les casernes aux quartiers ouvriers. Les contemporains ont baptisé son entreprise : « l’embellissement stratégique ».

WALTER BENJAMIN


E. Haussmann ou les barricades

I

J’ai le culte du Beau, du Bien, des grandes choses,
De la belle nature inspirant le grand art,
Qu’il enchante l’oreille ou charme le regard ;
J’ai l’amour du printemps en fleurs : femmes et roses !
Baron Haussmann, Confession d’un lion devenu vieux.

L’activité de Haussmann s’incorpore à l’impérialisme napoléonien, qui favorise le capitalisme de la finance. A Paris la spéculation est à son apogée. Les expropriations de Haussmann suscitent une spéculation qui frise l’escroquerie. Les sentences de la Cour de cassation qu’inspire l’opposition bourgeoise et orléaniste, augmentent les risques financiers de l’haussmannisation. Haussmann essaie de donner un appui solide à sa dictature en plaçant Paris sous un régime d’exception. En 1864 il donne carrière à sa haine contre la population instable des grandes villes dans un discours à la Chambre. Cette population va constamment en augmentant du fait de ses entreprises. La hausse des loyers chasse le prolétariat dans les faubourgs. 

FRANCE | EUROPA CITY




Europa City | BIG Architectes | 2012

Republication de ce post car débutera le 17 mars 2016 jusqu'au 30 juin, un débat public concernant le monstre Europa City, organisé par le promoteur (groupe Auchan) et la Commission nationale du débat public.

La compétition internationale entre les villes-états, impose à présent des nouveaux lieux de consommation, de plaisirs, de loisirs, de culture et d'oisiveté, non plus disséminés ou éparpillés dans la ville, mais agglomérés intimement et concentrés dans un même espace, pratiquement, sous un même "toit". Le gigantisme qui caractérise ces nouveaux complexes ludico-commerciaux en font des monuments touristiques à vocation internationale : parmi les plus remarquables, The Dubaï Mall dispose de 836.000 m² d'activités sur une aire de 1.200.000 m², le West Edmonton Mall au Canada s'étend sur 500.000 m², le New South China Mall aligne 660.000 m² d'un seul tenant [d'ailleurs quasi abandonné], concurrencé par l'ouverture prochaine de l'American Dream, Meadowlands près de New York, d'une surface de 700.000 m². En France, le plus imposant centre commercial, l'affreuse Belle-Epine en région parisienne, propose seulement, et sans autres attractions-distractions pour le chaland outre un multiplex, 140.900 m² de surfaces commerciales, banales, sans caractère, ni originalité. 


Workshop MONU-MENTAL | Mur des Fédérés




A l'invitation d'une université d'été, notre Labo a organisé la thématique "Architecture+Psychiatrie, Vol au-dessus d'un nid de coucou", 
et animé le Workshop MONU-MENTAL, né de la rencontre entre étudiants en architecture et jeunes diplômés en psychiatrie. Une dizaine d'équipes mixtes a planché sur notre concours d'idées concernant la mise en valeur du site du Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Une poignée de jours - et surtout de nuits - pour réfléchir, discuter, élaborer et illustrer leurs idées : c'est peu, et il convient donc d'être très indulgent pour le niveau de détail, la qualité des prestations, et le peu de textes, qui correspondent à ce que l'on appelle une esquisse. Réaliste, utopique, joyeuse, ironique et sombre, leurs "idées" sont, avant tout, un grand Hommage aux Fédéré-e-s inconnu-e-s, et de belles critiques quant au sort que les gouvernements successifs leur réserve.




Le MUR des Fédérés




C’est un vaste charnier, une grande fosse commune, une large tranchée où sont ensevelis dans
leur linceul de chaux plusieurs centaines de corps de révolutionnaires communards, que foule le visiteur devant le Mur des Fédérés qui se dresse au cimetière parisien du Père Lachaise. Peu de visiteur connaisse la macabre existence souterraine de ce parvis, peut-être un des seuls au monde de ce genre, où nul signe ou message informe le visiteur qu’il marche, piétine les restes humains
des vaincu-e-s de la première grande révolution ouvrière mondiale : la Commune de Paris de 1871.

C’est une révolution sans véritable monument, dans le sens d’Aloïs Riegl (1903) d’« une oeuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou de telle destinée (ou des combinaisons de l’une ou de l’autre).» ; ou selon la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1814 d’une «marque publique destinée à transmettre à la postérité la mémoire de quelque personne illustre ou de quelque action célèbre.»  

L'Autre Zoo de Vincennes


La prison animale - le parc zoologique - du bois de Vincennes est à nouveau ouverte au public, qui peut, nous assure-t-on, apprécier l'"environnement naturel" des détenus reconstitué le plus fidèlement possible  ; non loin de là, et du centre de rétention administrative, le public pourra apercevoir un autre "zoo", la "zone" où se concentrent les cabanes et tentes de sans abri, victimes, eux, de l'"environnement économique". Le photo-journaliste Stéphane Remael les a rencontré.

Stéphane REMAEL

Les Favelas de Vincennes




Claude DITYVON


Bidonville de la Courneuve | 1966 - 67



Mai 68


CLAUDE DITYVON 
[1941 - 2008 ]


« J'avais envie d'évasion, de terrains d'aventure : le bidonville de la Courneuve me permit de rencontrer un montreur d'ours et sa famille. Autour des pneus abandonnés qui flambaient, des gosses hirsutes, sauvages ricanaient de moi. Au delà des baraquements construits à la va-vite se dessinaient de longues chaînes d'immeubles HLM. En échange de quelques vêtements, je fus admis sur leur territoire. Mes premières images furent intenses, sans misérabilisme. Cette expérience m'apprit beaucoup. Sans le savoir je traçais déjà et définissais une écriture visuelle. Je m'inventais un regard. »



PARIS | Luttes Urbaines au 19e Siècle

Felix VALLONTON

Il faut comprendre que les politiques urbaines, que les formes urbaines, sont entrées à cette époque dans les stratégies globales de domination de la classe ouvrière. La ville a été utilisée elle aussi comme un instrument du familialisme. Dans la mesure où les équipements urbains sont devenus à cette époque, individuels, ils ont tendu à renforcer la sphère de la vie privée au détriment de toute vie collective. 

Interview de Alain Cottereau
par Jöelle Jonathan
Septembre 1976


Jöelle Jonathan : Comment et dans quel champ se sont déployées les luttes urbaines dans la seconde moitié du 19e siècle ?

Alain Cottereau : Si l'on prend la notion de lutte urbaine dans un sens très large, la lutte urbaine, c'est la Commune : c'est le moment privilégié et unique où la classe ouvrière parisienne s'est réappropriée la ville...


FRANCE | Grands Magasins





Le Grand Magasin
Paris
1836 - 1936


Ne laissons donc pas les économistes prétendre que le fonctionnement des Grands Magasins est démocratique, qu'il sert les intérêts du plus grand nombre, qu'il joue le rôle bienfaisant de la machiné à vapeur dans l'industrie en augmentant la production et en diminuant les frais généraux, bref qu'il fait les affaires de la masse contre une minorité d'intermédiaires parasites.

Brochure d'une ligue syndicale | 1892


Mettre à la portée du plus grand nombre, le maximum de marchandises, dans un même espace couvert et protégé.
Telle est la Loi première du Grand Magasin, aucune autre ne peut la supplanter, et elle l'emporte sur toutes les autres considérations. La simplicité de la formule ne doit pas occulter la complexité des mécanismes commerciaux, de gestion, et de marketing.  Ces premiers discounter de l'ère industrielle ont été ce qu'étaient les hypermarchés des périphéries de l'ère post-moderne. S'adaptant parfaitement aux nouveaux produits de la révolution industrielle, le grand magasin a plus que favorisé l'émergence d'une culture de la consommation, et il est une préfiguration de la consommation de masse, résumée, avec originalité, par R. Sennett :
« Des objets de qualité moyenne vendus à des prix autrefois réservés aux objets de médiocre qualité, des consommateurs dépensant davantage pour posséder davantage : voilà à quoi visait la “standardisation” des biens matériels. Les négociants de l’époque savaient que pousser les gens à acheter cette nouvelle classe d’articles constituait un réel problème. Ils tentèrent de résoudre ce problème en créant une sorte de spectacle dans le magasin, spectacle qui doterait les articles, par voie d’association, d’une valeur et d’un intérêt dont ils étaient intrinsèquement dépourvus.»

Les faillites seront nombreuses, mais les rigoureux, les inventifs, feront fortune considérable [1] :  Jean Jaurès déclarait que cela «  prouve combien est défectueux un mécanisme qui peut ainsi accumuler aux mains d’une seule personne une fortune inouïe... », et ce, au détriment des commerces traditionnels, des fournisseurs, de l'industrie française, des ouvriers, des employés et du consommateur. Et il est remarquable de constater que les critiques d'hier, de plus d'un siècle, peuvent s'appliquer sans peine aux groupes de la grande distribution d'aujourd'hui. 


Le Comité des Mal-Logés




Le Comité des mal-logés créé en mars 1987, prend pour modèle les luttes pour le droit au logement engagées entre 1972 et 1973, par le Secours rouge et les militants de la Gauche prolétarienne : aides légales aux mal-logés, occupations illégales et autres activités placées sous le double signe de la solidarité sociale et de leur politisation. Guy Dardel, un des fondateurs de ce comité, avait d'ailleurs été un jeune militant de la Gauche prolétarienne ; puis fondateur du groupe Prolétaires pour le Communisme (PPLC), avant de créer le comité des mal-logés, avec d'autres militants de la mouvance « Autonome ». Le comité s'autodissout en 1994. Nous publions ici leur brochure datée de juillet 1991, intitulée : L'EXPERIENCE du CML


« Et aussi longtemps que subsistera le mode de production capitaliste, ce sera folie de vouloir résoudre isolément la question du logement ou tout autre question sociale concernant le sort de l'ouvrier. La solution résidé dans l'abolition de ce mode de production, dans l'appropriation par la classe ouvrière elle-même de tous les moyens de production et d'existence. »

Friedrich ENGELS |1872

Gauche Prolétarienne | Luttes Urbaines


Occupation illégale | Secours rouge | 1972


Mai 68 n'est certainement pas « un coup de tonnerre dans un ciel serein », les événements de mai sont précédés d'une longue gestation : de la mobilisation contre la guerre d'Algérie, puis du Vietnam, des grandes grèves ouvrières, dont celle de l'usine Renault Flins en 1964 où les grévistes scandaient : « Nous voulons du temps pour vivre », ou bien encore des échos du combat du Black Panther Party et des expériences des Provos d'Amsterdam ; après l'onde de choc de mai 68, la contestation se distille au sein de la société, et aucun domaine n'est épargné par la critique. La conflictualité se diffuse en profondeur qui s’exprime de plus en plus souvent par le recours à l’illégalité : occupations, séquestrations, violences, sabotages, etc. Le Zeigeist est plus que favorable, selon des groupuscules d'étudiants, pour radicaliser les luttes, et les maoïstes de la Gauche prolétarienne estiment pouvoir emmener le Peuple vers la Révolution.


PARIS | Haussmann - Révolution



Opéra de Paris | Charles Garnier | 1861

Réunir à la Ville de Paris, à cette Cité Reine comme on l'appelle, des localités si délaissées, d'un aspect si triste et si misérable, c'était coudre des haillons sur sa robe de pourpre.

Il fallait, dès le jour où cette grande mesure de l'extension des limites de Paris était arrêtée en principe, s'abstenir de toute opération luxueuse dans les quartiers riches ou aisés, en vue d'économiser les ressources de la ville pour donner le strict nécessaire aux quartiers pauvres.

Louis Lazare | 1870

Philharmonique de Paris | Jean Nouvel | 2011


Jacques Rougerie interprète la Commune, comme « une tentative de réappropriation populaire de l'espace urbain » ; un des rares historiens soulignant la relation de cause à effet entre les travaux du préfet Haussmann, menés à bien de 1852 à 1870, et la Révolution de 1871. Mais, d'autres travaux d'aussi grande ampleur ont autant d'importance dans le mécontentement du Peuple parisien : l'enceinte de Thiers [1], construite entre 1841 et 1844, une gigantesque couronne elliptique de près de 34 km, sur une largeur de 140 m, couvrant le rempart, son fossé et glacis, et les 16 forts détachés implantés en banlieue.

PARIS | Enjeu Écologique : la Décroissance urbaine ?

Cartographie DATAR 2012

L'écologie ne peut prétendre être, si son champ de réflexions et d'application n'est pas conjugué à l'échelle du territoire national, en prenant comme conditions sine qua none, le contrôle et la maîtrise du développement des agglomérations et la réduction des inégalités excessives de croissance entre les régions, entre les villes. Cet axiome rend toute sa cohérence à cette expertise, aujourd'hui plus qu'hier admise par tous, que la croissance démesurée d'une agglomération est strictement incompatible avec les contraintes de l'écologie, et avec les éco-technologies et autres greentech actuelles et - à priori - futures. En aucun cas, une grande agglomération ne peut être qualifiée d'"écologique". En d'autres termes, la logique même de l'idéal écologique exige une politique de développement national qui pose d'emblée le problème de l'aménagement harmonieux du territoire, et celui de l'échelle des villes. 

Dans ce cadre théorique, Paris plus particulièrement, serait donc condamnée à limiter, voire à stopper sa croissance spatiale et démographique, au profit de villes de province situées dans les régions les plus désertées ou sous-développées. Un idéal en parfaite opposition avec la volonté du gouvernement de N. Sarkozy reconduite par celui de F. Hollande, exigeant la croissance de l'agglomération parisienne, sans pouvoir pour autant, accorder les financements nécessaires, voire minimum, quant à sa réalisation. L'écologie politique, dans cette vision, se borne à quelques recettes sectorielles, - inefficaces devant l'ampleur du chantier - de toitures terrasses plantées, d'éoliennes bruyantes, de jardins et potagers urbains - pollués -, de façades « vertes », ou bien agite le spectre de mesures certes plus efficaces mais parfaitement anti-sociales, telle peut-être demain, la réapparition de l'Octroi, destiné à limiter la circulation automobile.


Communisme Municipal | Immigration



Carte établie par les services municipaux de Gennevilliers [PCF] en 1966.

Le 24 décembre 1980, le maire communiste de Vitry-sur-Seine, entreprit de démolir au bulldozer un foyer pour travailleurs immigrés en construction, point culminant d'une lutte engagée dès l'après seconde guerre mondiale. Sans droit de vote, les immigrés nord-africains, vont connaître dans la banlieue rouge de Paris, le communisme municipal : le clientélisme et un racisme "urbain" digne de la famille Le Pen, analysé ainsi par Olivier Masclet :

"... en durcissant les différences de classe déjà existantes, la rénovation urbaine des villes industrielles renforce la ligne de démarcation entre ouvriers français et immigrés, plus que jamais tenus à distance par le personnel politique des municipalités de gauche.


Olivier Masclet
Du « bastion » au « ghetto »
Le communisme municipal en butte à l'immigration
Actes de la recherche en sciences sociales
2005/4 - no 159


Comment rendre compte du regard aujourd’hui porté sur les grands ensembles des banlieues populaires comme autant de « quartiers d’exil 1 » ou de « ghettos » dont les populations –forcément homogènes– vivraient en marge des lois et de la République ? On peut en premier lieu évoquer le travail de dramatisation de la réalité opéré par les journalistes : au cours de ces 20 dernières années, les médias (en particulier la télévision) ont imposé une représentation univoque des cités HLM en termes de délinquance et d’insécurité (les fameuses « violences urbaines ») en assimilant les banlieues françaises aux ghettos noirs américains en dépit de leurs très grandes différences sociologiques et historiques 2. De même peut-on évoquer le rôle des « experts de la ville » dans l’imposition des nouvelles représentations des problèmes sociaux, où l’étude des rapports de classes est systématiquement évincée, voire combattue, au profit d’une simple opposition entre les in et les out.

Monument | Détournements



Qui modèle l’espace public ? Les émergences spontanées sont-elles si nombreuses qu’il faille brider les initiatives ? Nous reconnaissons que dans le contexte de surveillance généralisée et d’angoisse sécuritaire, l’Embrèvement n°3 ait quelques raisons d’inquiéter.
 Collectif Aéroporté | 2007



Les tribulations de Feu Charles Fourier, 
place Clichy à Paris.

Le 4 juin 1899, est inauguré la statue de Charles Fourier sur le boulevard de Clichy à Paris, oeuvre du sculpteur anarchiste Emile Derré. Ce monument a été érigé grâce à une souscription lancée en 1896, par les membres de l'Ecole sociétaire et de l'Union phalanstérienne. 


Ernest Pignon-Ernest | 1871-1971


Les gisants de la Commune de Paris | centenaire 1971

« Il ne s’agit pas de faire des images politiques, il y a une manière politique de faire des images »
« L’image vient là comme faire remontrer à la surface les souvenirs enfouis, les trames qui se sont passées dans ces lieux. Mais l’image n’est vraiment qu’un petit tiers de la proposition. Mon matériau plastique essentiel ce sont les lieux. »
Ernest Pignon-Ernest 

En 1971, à l'occasion du centenaire de la Commune de Paris de 1871, Ernest Pignon-Ernest est invité pour concevoir et présenter un tableau lui étant consacré dans une exposition collective en Belgique.  Mais plutôt que de représenter cet évènement historique dans les règles de l'art, il préfère investir l'espace public, la rue. Pour Pignon-Ernest, consacrer une toile à la Commune équivalait à souscrire à la peinture d'histoire qui lui semblait être devenue un mausolée. En outre, la Commune de 1871 n'appartenait pas a la mémoire républicaine de la Nation : elle n'était pas considérée comme un moment politique fondateur et sa répression sanglante restait un sujet tabou. Dès lors, seules l'action et l'intervention in situ pouvaient transgresser les règles, en renouvelant le support, en réveillant l'histoire, en suscitant la mémoire et en inscrivant pleinement ce moment dans le présent.  :
« Je voulais dire tout ça et je me rendais compte que c’était dérisoire sur un tableau (…). Et peu à peu s’est imposée encore cette idée, que c’était les lieux eux-mêmes qui portaient ce potentiel. »

Les Tours Eiffel


« Etude de perspective : la tour Eiffel », 1995-2003  |AI Weiwei

Régis Debray, dans un article [notre précédent post], jugeait que la tour Eiffel incarnait, lors de sa construction, « un message politique : la victoire de la Science et de l’Industrie sur la superstition religieuse symbolisée par le Sacré-Coeur.» Puis est devenue « pour le monde entier la métonymie visuelle de Paris, et, dans une vision patrimoniale des choses, la trace la plus parlante de la Belle Époque, le monument historique par excellence. » [1] Pour Roland Barthes la Tour est  un « monument total » car « pleinement inutile » ; et,
« Le mythe est constitué par la déperdition de la qualité historique des choses : les choses perdent en lui le souvenir de leur fabrication.[...] Une prestidigitation s’est opéré, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature, qui a retiré aux choses leur sens humain de façon à leur faire signifier une insignifiance humaine.» [2]
A ces allégories précieuses, il faut toutefois ajouter que ce gigantesque mécano aura également d'autres fonctions que d'être un monument inutile du paysage parisien : celle d'assurer à ces financiers-constructeurs-exploitants d'importants bénéfices, d'être un instrument militaire dédié à l'observation et à la communication, puis un support publicitaire, et à partir des années 1960, un commerce lucratif, haut lieu du tourisme parisien.

PARIS | Architecture commémorative Place Vendôme


Un monument pour la Révolution | Place Vendôme, Paris


David Gissen, historien anglais de l'architecture et de l'urbanisme, propose un curieux monument pour commémorer la Commune de Paris :  "Le monticule de Vendôme" (2012) est un projet de" reconstruction" d'un monticule de terre et de paille, construit par les Communards de Paris en 1871,  face à la colonne Vendôme - symbole haï de l'impérialisme -  destiné à amortir l'impact du choc de la colonne lors de sa démolition sur les bâtiments environnants. Son projet propose en outre une élégante enveloppe en verre protégeant le monticule des intempéries. David Gissen a également lancé une pétition adressée au directeur du Patrimoine et de l'architecture de la Ville de Paris (incluse ci-dessous).