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Peter SLOTERDIJK | CRYSTAL PALACE




Crystal Palace de Sydenham | Projet de reconstruction 2013


De notre temps s'est produite une terrible révolution, et la bourgeoisie a pris le dessus. 
Avec elle sont apparues des villes effrayantes, dont personne n'avait eu l'idée même en rêve. 
Des villes comme celles qui sont apparues au XIXe siècle, l'humanité n'en avait jamais vu jusqu'alors. Ce sont des villes avec des palais de cristal, des expositions universelles, des banques, des budgets, des rivières polluées, des débarcadères, des associations de toutes sortes, et autour d'elles des fabriques et des usines.
Fiodor Dostoïevski
Journal d'un écrivain de 1876

La prochaine reconstruction du Crystal palace (celui de 1854) à Londres, a été annoncée cet automne par le maire Boris Johnson, et son promoteur milliardaire chinois. L'occasion  de publier ce texte, un chapitre de Sphères IIdu philosophe Peter Sloterdijk* qui nous « parle de cette idée selon laquelle la civilisation occidentale est un palais de cristal », à l'image du Crystal Palace, édifice de verre et de métal tel qu'il fut bâti en 1851, pour accueillir la toute première exposition universelle, ancêtre lointain des parcs d'attraction et autres Disneyland d'aujourd'hui. Produits du « capitalisme psychédélique ».

Nous pensons plutôt que l'opacité et la bunkérisation (celle des murs des frontières, des enceintes des gated communities, de l'architecture introvertie des centres commerciaux, etc.) sont caractéristiques de la post-modernité, et seul le gigantisme est l'héritage de ce premier édifice "moderne". Nous avons annoté son texte de commentaires, précisions et remarques, agrémentés d'illustrations, et d'une sélection de ebooks gratuits concernant Londres au 19e siècle.



Comité Invisible | Shopping Center Bluewater



Comité Invisible
Organe de liaison au sein du Parti Imaginaire


Rapport à la S.A.S.C. concernant un dispositif impérial.

Reportage rédigé en juin 2001 sur la base 
d'observations réalisées en juillet 1999.

Chapitre extrait de :
Tiqqun 2


Chaque fois que je séjourne à Londres me vient la même question : comment tant de gens peuvent-ils encore supporter de vivre dans une telle ville ? Rien de ce qui fait le quotidien de ses habitants ne semble fonctionner. Ici, chaque jour, des millions de personnes risquent absurdement leur vie en empruntant des moyens de transport à bout de souffle. Si elles ne finissent pas leur trajet dans quelque hôpital crasseux et surpeuplé et qu'elles arrivent à destination, ce ne sera qu'au prix d'inéluctables retards ; ces transportés (pour employé un terme qui évoque d'autres galères) ont perdu jusqu'à la force de se plaindre ; ils tournent leur mauvais sort en dérision et plaisantent sur le fait qu'en 1950, par exemple, se rendre à York ne prenait que deux heures et quart et qu'il en faut plus de six aujourd'hui. Dans un autre ordre de réjouissance, pour célébrer l'avènement du nouveau millénaire, des réalisations festives et culturelle ont été entreprises à grands frais ; le résultat est édifiant : la grande roue, bien nommée The London Eye, oeil unique de ce cyclope cannibale qu'est devenue la métropole, est fermée sine die pour vice de construction la veille de son inauguration ; le Millenium Dome, ce flan avachi hérissé de gressins qui s'étale à l'Est du quartier branché des anciens docks, soulève une répulsion esthétique générale et s'avère techniquement déficient que ses concepteurs ont dû avouer, peu après son ouverture, que ses structures ne résisteraient pas plus de cinquante ans et qu'alors il sera nécessaire de la démolir ; quant au Millenium Bridge, nouvelle passerelle jetée sur la Tamise, le chantier accuse un tel retard qu'on a même parlé de l'abandonner. Tous ces ratés fleurent bon les anciens pays de l'Est et un désenchantement fataliste s'empare des esprits. L'héritage de l'humour soviétique va-t-il bientôt donner un second souffle à l'humour anglais ?

Glasgow | Apartheid social



Vivre riche dans une ville de pauvres

Dans une Ecosse désindustrialisée, les quartiers riches de Glasgow connaissent une prospérité insolente, tandis que les zones pauvres s’enlisent. La situation rappelle celle du XIXe siècle, quand les « classes dangereuses » étaient tenues à l’écart et que les nantis pensaient que charité et philanthropie permettraient de perpétuer l’ordre des choses.

Julien Brygo
Le Monde Diplomatique | 2010
Martin Parr | Photographies

« Vous pensez que les clubs privés sont réservés à l’élite ? Aux riches ? Aux prétentieux ? Vous avez parfaitement raison. C’est notre raison d’être (1). » Coincé entre un magasin de robes de mariage, des pubs pour cadres supérieurs et des bureaux d’affaires, le Glasgow Art Club, en pleine cité marchande, se présente comme « le secret le mieux gardé de Glasgow ». La porte de cette maison de maître de style victorien s’ouvre sur un majordome en costume trois pièces. Chaque semaine, dans ce « club d’élite », les notables ont rendez-vous avec la charité.


LONDON | 1968/1979




Peu avant 1968, les mouvements de contestation en Angleterre s'occupant de la ville et de l'habitat, regroupant une multitude d'organisations, parfois fédérées, ont troublé la quiétude de la société britannique en faisant surgir des revendications neuves, en s'attaquant au contrepoids traditionnel du pouvoir central et de l'administration locale, en proposant une organisation sociale autre. Ce mouvement protéiforme est souvent qualifié de « localiste », car son principal champ d'action et de revendication s'occupe essentiellement du droit au logement, c'est-à-dire à l'habitat, et non ou peu au quartier et à la ville, comme par exemple aux Pays-bas ou en Italie.  Cette particularité - l'importance du local au détriment du global - est avant tout le fait du système anglais hérité de l'époque féodal que la révolution anglaise n'a pas totalement abrogé : Londres est en fait un archipel éclaté de quartiers autonomes. 


Les années 1968/1978 ont vu les luttes locales se multiplier en Angleterre. Ce type de conflits, centré sur le logement, avait déjà toute une longue histoire Outre-Manche et les armes employés (grèves des loyers, occupations d'immeubles, etc.) n'y sont pas inédites. Toutefois, ce mouvement se caractérise des précédents par quelques traits originaux :

  • il a rassemblé sur des objectifs communs des groupes sociaux et politiques jusqu'alors fort éloignés les uns des autres : marginaux (hippies notamment), chômeurs, groupes de la Gauche Radicale, comités de quartier, etc.
  • il n'a pas hésité à dénoncer les limites et les insuffisances du Welfare State [l'Etat Providence], alors même que les travaillistes [Labour Party] étaient au pouvoir. 
    Ce mouvement prend fin avec l'incroyable ruse du parti conservateur qui amnistie les squatters londoniens en octobre 1977. Moribond, il s'achève avec l'arrivée au pouvoir de M. Tatcher le 3 mai 1979.

LONDRES JO 2012 | Etat et Espaces d'Exception


London 2012 | Olympic parc brand zone 




Citius  Altius Fortius

Plus vite, plus haut, plus fort
Devise des Jeux Olympiques

Au Royaume-Uni, les lois anti-terroristes, l’Antiterrorism, Crime and Security Act 2001, le Prevention of Terrorism Act 2005 et The Terrorism Bill 2006, représentent pour le sociologue Jean-claude Paye, le démantèlement de l’État de droit et font entrer le Royaume-Uni dans une nouvelle forme de régime politique que la théorie du droit désigne comme dictature. L’avocat David Anderson évoque l’un des systèmes les plus répressifs opérés par des démocraties occidentales comparables. Propos qui illustrent de manière exemplaire les théories du philosophe Giorgio Agamben, pour qui l'état d'exception est devenu une technique de gouvernement, un état permanent et non plus une juridiction exceptionnelle provisoire. Ses théories peuvent nous aider à comprendre la configuration juridique et spatiale de la capitale du Royaume-Uni, et des conséquences de la venue des Jeux Olympiques.

Concernant l'urbanisme, l'état d'exception s'applique, depuis longtemps à Londres, par zones, par « espaces d'exception », outre celles des aéroports, des gares, et d'une manière générale des grands équipements publics, s'ajoutent celles privatisées, des résidences fermées, des centres commerciaux et des Business Improvement District ; les sites olympiques constitueront, dans cette mosaïque de districts aisés et pauvres qui forment le Great London, pendant les Jeux mais aussi après la cérémonie de clôture, d'autres « espaces d'exception », notamment celui du Parc olympique reconverti en une gigantesque gated commnunity privée, adossée au centre commercial le plus vaste d'Europe. Un état d'exception se matérialisant par zones géographiques bien délimitées, mais étendu au Great London, par un réseau de vidéo-surveillance unique en Europe : 500.000 caméras scrutent en permanence les espaces publics et privés. Le Comité invisible écrivait à propos de Londres que :

LONDRES 2012 | Jeux Olympiques


London | 2012

On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.

Les Jeux Olympiques contemporains sont sous stéroïdes, commente le quotidien anglais The Guardian :
« Ils reflètent les changements du monde moderne : des inégalités toujours grandissantes, la montée en puissance des multinationales, l’escalade du complexe de la sécurité domestique et la transition vers des styles de gouvernement plus autoritaires largement obsédés par l'attention mondiale et le prestige de spectacles médiatiques ».

LONDRES 2012 | Sheds with Beds


London  | Back garden slum |2012

Chômage, hausse exceptionnelle - ou plutôt explosion - des loyers, des services publics, insuffisance structurelle du parc de logements sociaux, baisse des aides gouvernementales, actions des spéculateurs, etc,  sont à l'origine de la recrudescence des formes traditionnelles spatiales de la pauvreté urbaine : en 2011, le nombre de sans abris était en nette augmentation, près de 4 000 personnes dormaient dans les rues de Londres. La moitié d’entre elles sont originaires du Royaume-Uni, les autres venant de divers pays, en particulier de Pologne. Le nombre de familles en attente d’un logement social à Londres a doublé entre 1997 et 2010 pour passer à 362.000 demandes, et représente aujourd’hui plus de 20 % de la liste d’attente nationale. Sans compter bien évidemment, les milliers de clandestins, de travailleurs en situation irrégulière, survivant dans les cabanons illégaux - "sheds with beds" - ou les taudis surpeuplés des quartiers pauvres. 

LONDRES 2012 | Pauvreté Urbaine




«  La dernière chose que nous voulons, c’est une situation comme à Paris, où les plus démunis sont relégués dans les “banlieues” . Ça n’arrivera pas à Londres. Je résisterai avec force à toute tentative de recréer une ville où riches et pauvres ne peuvent pas vivre ensemble. »

Humour anglais du maire de Londres, Boris Johnson | 2012 


Le Royaume-Uni, en crise économique depuis 2008, se place aujourd'hui  dans le camp des pays européens en difficulté ; la "Broken Society" est marquée par la recrudescence des situations de précarité (precariousness),  d'installation durable d’un nombre de plus en plus important de salariés dans la pauvreté laborieuse (Working Poverty), par le chômage de longue durée et d’emploi faiblement rémunéré (low-pay, no pay cycling). On estime que le taux de pauvreté récurrente s’élève à environ 5 à 7 % de la population totale. Dans un rapport de 2009, la Fabian Society pointait que le niveau de pauvreté était « digne de celui de l’ère victorienne » ;  la Fondation Joseph Rowntree constatait dans son rapport annuel, qu’en 2010, « la pauvreté laborieuse a atteint un taux record et il n’est plus possible de fonder une politique de lutte contre la pauvreté digne de ce nom sur l’idée que le travail à lui seul permet de sortir les individus de cette situation ».

A ces difficultés qui aujourd'hui touchent un nombre croissant d'Anglais, s'ajoute à Londres, une crise exceptionnelle du logement, résultat d'une politique de réformer l’État-providence, dont la gestion était considérée comme inefficace, corporatiste. Une politique initiée par Margareth Tatcher, puis reconduite par les gouvernements successifs qu'ils soient Conservateur, ou Travailliste. Nous présentons ici quelques articles vous permettant d'apprécier la Londres 2012 olympisée

Ken LOACH, Cathy Come Home




Cathy Come Home, est un des premiers téléfilms du célèbre réalisateur Ken Loach pour la télévision britannique, la BBC. Ce classique de la télévision anglaise fut regardé par un quart de la population lors de sa diffusion en 1966,  et souleva l’indignation nationale. 

Pourquoi ? Qu’est-ce qui bouleversa tant les Anglais ?