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Workshop MONU-MENTAL | Mur des Fédérés




A l'invitation d'une université d'été, notre Labo a organisé la thématique "Architecture+Psychiatrie, Vol au-dessus d'un nid de coucou", 
et animé le Workshop MONU-MENTAL, né de la rencontre entre étudiants en architecture et jeunes diplômés en psychiatrie. Une dizaine d'équipes mixtes a planché sur notre concours d'idées concernant la mise en valeur du site du Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Une poignée de jours - et surtout de nuits - pour réfléchir, discuter, élaborer et illustrer leurs idées : c'est peu, et il convient donc d'être très indulgent pour le niveau de détail, la qualité des prestations, et le peu de textes, qui correspondent à ce que l'on appelle une esquisse. Réaliste, utopique, joyeuse, ironique et sombre, leurs "idées" sont, avant tout, un grand Hommage aux Fédéré-e-s inconnu-e-s, et de belles critiques quant au sort que les gouvernements successifs leur réserve.




Le MUR des Fédérés




C’est un vaste charnier, une grande fosse commune, une large tranchée où sont ensevelis dans
leur linceul de chaux plusieurs centaines de corps de révolutionnaires communards, que foule le visiteur devant le Mur des Fédérés qui se dresse au cimetière parisien du Père Lachaise. Peu de visiteur connaisse la macabre existence souterraine de ce parvis, peut-être un des seuls au monde de ce genre, où nul signe ou message informe le visiteur qu’il marche, piétine les restes humains
des vaincu-e-s de la première grande révolution ouvrière mondiale : la Commune de Paris de 1871.

C’est une révolution sans véritable monument, dans le sens d’Aloïs Riegl (1903) d’« une oeuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou de telle destinée (ou des combinaisons de l’une ou de l’autre).» ; ou selon la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1814 d’une «marque publique destinée à transmettre à la postérité la mémoire de quelque personne illustre ou de quelque action célèbre.»  

PARIS | Haussmann - Révolution



Opéra de Paris | Charles Garnier | 1861

Réunir à la Ville de Paris, à cette Cité Reine comme on l'appelle, des localités si délaissées, d'un aspect si triste et si misérable, c'était coudre des haillons sur sa robe de pourpre.

Il fallait, dès le jour où cette grande mesure de l'extension des limites de Paris était arrêtée en principe, s'abstenir de toute opération luxueuse dans les quartiers riches ou aisés, en vue d'économiser les ressources de la ville pour donner le strict nécessaire aux quartiers pauvres.

Louis Lazare | 1870

Philharmonique de Paris | Jean Nouvel | 2011


Jacques Rougerie interprète la Commune, comme « une tentative de réappropriation populaire de l'espace urbain » ; un des rares historiens soulignant la relation de cause à effet entre les travaux du préfet Haussmann, menés à bien de 1852 à 1870, et la Révolution de 1871. Mais, d'autres travaux d'aussi grande ampleur ont autant d'importance dans le mécontentement du Peuple parisien : l'enceinte de Thiers [1], construite entre 1841 et 1844, une gigantesque couronne elliptique de près de 34 km, sur une largeur de 140 m, couvrant le rempart, son fossé et glacis, et les 16 forts détachés implantés en banlieue.

Élisée RECLUS | Géographie Politique




Élisée Reclus* (1830-1905), anarchiste [rappelons la violence des actions du mouvement anarchiste juste à cette époque : crimes et attentats de Ravachol condamné à mort en 1892, assassinat du Président Carnot en 1894 par l'anarchiste Casiéro, etc.], communard de 1871, est considéré comme le père de la géographie sociale et politique ; le prix de ces convictions libertaires, après sa mort, sera le silence et l'oubli, malgré l'ampleur de son oeuvre, superbement ignoré. Une des caractéristiques majeures de la géographie-universitaire, est l'exclusion des phénomènes politiques du champ de ses préoccupations : “ La corporation considère, contre toute évidence, qu'ils ne sont pas géogaphiques et estime que les prendre en compte est la négation d'une démarche scientifique”, affirmait le géographe Yves Lacoste en 1981. Tant il est vrai qu'affirmer ses convictions politiques à la fin de l'introduction d'un livre de géographie physique pouvait choquer cette corporation. Il en serait sans doute encore de même aujourd'hui,   en France tout du moins.

La « lutte des classes», la recherche de l'équilibre et la décision souveraine de l'individu, tels sont les trois ordres de faits que nous révèle l'étude de la Géographie sociale ; écrivait Reclus pour terminer sa préface à son ouvrage majeur L'Homme et la Terre, terminé l'année de son décès en 1905, dont plusieurs chapitres sont consacrés aux villes dont « Horreur et splendeur des villes ». Plus de cent années après, les thèmes qu'il abordait alors, peuvent nous paraître aujourd'hui d'une étonnante actualité. 



Ernest Pignon-Ernest | 1871-1971


Les gisants de la Commune de Paris | centenaire 1971

« Il ne s’agit pas de faire des images politiques, il y a une manière politique de faire des images »
« L’image vient là comme faire remontrer à la surface les souvenirs enfouis, les trames qui se sont passées dans ces lieux. Mais l’image n’est vraiment qu’un petit tiers de la proposition. Mon matériau plastique essentiel ce sont les lieux. »
Ernest Pignon-Ernest 

En 1971, à l'occasion du centenaire de la Commune de Paris de 1871, Ernest Pignon-Ernest est invité pour concevoir et présenter un tableau lui étant consacré dans une exposition collective en Belgique.  Mais plutôt que de représenter cet évènement historique dans les règles de l'art, il préfère investir l'espace public, la rue. Pour Pignon-Ernest, consacrer une toile à la Commune équivalait à souscrire à la peinture d'histoire qui lui semblait être devenue un mausolée. En outre, la Commune de 1871 n'appartenait pas a la mémoire républicaine de la Nation : elle n'était pas considérée comme un moment politique fondateur et sa répression sanglante restait un sujet tabou. Dès lors, seules l'action et l'intervention in situ pouvaient transgresser les règles, en renouvelant le support, en réveillant l'histoire, en suscitant la mémoire et en inscrivant pleinement ce moment dans le présent.  :
« Je voulais dire tout ça et je me rendais compte que c’était dérisoire sur un tableau (…). Et peu à peu s’est imposée encore cette idée, que c’était les lieux eux-mêmes qui portaient ce potentiel. »

PARIS | Architecture commémorative Place Vendôme


Un monument pour la Révolution | Place Vendôme, Paris


David Gissen, historien anglais de l'architecture et de l'urbanisme, propose un curieux monument pour commémorer la Commune de Paris :  "Le monticule de Vendôme" (2012) est un projet de" reconstruction" d'un monticule de terre et de paille, construit par les Communards de Paris en 1871,  face à la colonne Vendôme - symbole haï de l'impérialisme -  destiné à amortir l'impact du choc de la colonne lors de sa démolition sur les bâtiments environnants. Son projet propose en outre une élégante enveloppe en verre protégeant le monticule des intempéries. David Gissen a également lancé une pétition adressée au directeur du Patrimoine et de l'architecture de la Ville de Paris (incluse ci-dessous). 


Lissagaray | La Commune de Paris

PARIS, 1871 

La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper.
 Prosper-Olivier Lissagaray

Une édition électronique du livre 
au format PDF :


Selon la légende, Prosper-Olivier Lissagaray fut ce dernier fédéré.  Partisan devenu historien, Lissagaray relata la Commune de Paris,  comme d'autres - dont Karl Marx, Elie Reclus  ; L'Histoire de la Commune de 1871, qu'il l'occupa pendant plus de 25 ans, fut salué dès sa parution comme un chef-d'œuvre ; c'est un livre passionné et vrai, souligne Jean Maitron. Amédée Dunois, en préface de la réédition de son livre [1929]  jugeait ainsi :

“ Aucun ne l’atteint en vigueur, en éclat, en intensité pathétique ; aucun n’a ressuscité comme lui, dans sa misère et dans sa gloire, la sanglante et sublime Aventure.  [...] L’Histoire de la Commune n’est pas qu’un livre vrai, c’est un beau livre, d’un art puissant et spontané qui ne doit rien au métier, à l’école, et qu’on ne peut qu’admirer. De la couleur, du rythme, du souffle, de l’allant. Dès le prologue, aux raccourcis saisissants, on est empoigné, et alors on ne s’arrête plus. Le drame se noue, se précise, s’amplifie, jusqu’à la catastrophe finale — cette bataille de huit jours entre une soldatesque rageuse, armée jusqu’aux dents et un prolétariat « las de végéter dans l’ignorance et de croupir dans la misère », cette répression sauvage du peuple par le peuple, dont l’atroce souvenir jamais ne s’effacera. [...]

PARIS : Barricades and Boulevards

Paris : plan des barricades 1795 - 1871 


Carl Douglas


Barricades and Boulevards:
Material transformations of Paris, 1795-1871


“Destroying and constructing are equal in importance, and we must have souls for the one and the other”.1
Paul Valéry


Large-scale urban violence is a tumultuous, messy and distressing affair. Materials and patterns of everyday life are blown apart. Amongst death and disarray, important spatial operations that take place in urban conflict are easily overlooked. However, the construction of street barricades and boulevards in Paris between 1795 and 1871 transformed the city. The struggles over these transformations can be described as both the disruption and the policing of what Rancière calls the “distribution of the sensible”. 2

A. BLANQUI : Instructions pour la prise de Paris

Paris 1871


La stratégie insurrectionnaliste blanquiste.


La forme la plus achevée de cette stratégie est la stratégie blanquiste, théorisée dans Instructions pour une prise d’armes. Un petit groupe de conspirateurs armés (entre 500 et 800 dans le cas du coup de force du 12 mai 1839) frappe lorsqu’il croit le peuple subjectivement prêt à l’insurrection agissant à la place du prolétariat inorganisé : ils s’emparent des armureries et distribuent les armes, frappent à la tête le pouvoir politique et les forces répressives (attaque de la Préfecture de police), produisent un plan systématique des barricades et organisent les masses ralliées à l’insurrection. Au niveau tactique, Blanqui faisait grand fonds de la tactique des barricades justement critiquées par Engels. La tactique passive des barricades, suivie par le prolétariat révolutionnaire jusqu’en 1848, et avait pour seule chance de victoire un refus d’obéissance massif des soldats de l’armée bourgeoise, voire leur passage au camp de l’insurrection.
T. Derbent *

Auguste Blanqui
Instructions pour une prise d'armes
1866

Ce programme est purement militaire et laisse entièrement de côté la question politique et sociale, dont ce n'est point ici la place : il va sans dire d'ailleurs, que la révolution doit se faire au profit du travail contre la tyrannie du capital, et reconstituer la société sur la base de la justice.