FRANCE | [Magnifique] VIEILLE VALETTE



La Vieille Valette


Ce village jadis abandonné, puis squatté - puis toléré puis payant loyer à l'ONF maître des lieux- depuis 35 années (premiers signes d'occupation illégale en 1991-92) est peut-être, sans doute même, la plus ancienne des "alternatives habitées" de France, la plus illustre car n'ayant pas perdue son âme libertaire, dans le sens large du terme, et son esprit communautaire, et, pour ne rien gâcher à l'histoire, la plus belle par ses demeures restaurées pas tout à fait à l'identique : sculptures et bas-reliefs, ferronneries artistiques soulignent l'originalité du lieu, et de leurs résidents permanents, qui se succèdent et laissent leurs demeures libres : pas de propriétaires ici !   Une pléiade d' "équipements communs" répondent aux habitations rebâties magnifiquement dont une grande scène extérieure, médiathèque, cuisine et cantine, salon, chambre d'hôtes, piscine, etc. L'autonomie recherchée est pratiquement faite : potagers, poulaillers, captage d'eau de source, et panneaux solaires assurent les besoins des résidents économes. 

Alors la communauté de la Vieille Valette a-t-elle réussie là où tant d'autres, depuis plus d'un siècle, ont échoué ? Assurément oui, même si l'on reconnaît que la vie en communauté est un exercice quotidien qui peut être difficile à gérer. 

Post scriptum (2026) :
Les nombreux commentaires, que nous vous invitons à lire sont assez instructifs quant à l'évolution - à priori, je souligne, très problématique - de ce lieu.... Merci, d'ailleurs, à Vous commentateurs de nous tenir informé.






LES ARCHITECTES - UTOPIES & REALITES

 



SITE - James Wines

Projet d'immeuble résidentiel de grande hauteur

1981


Les français, en grande majorité, sont encore attachés à la traditionnelle maison individuelle comprenant son jardinet ;
L'Etat, au contraire, prévoit bientôt (?) - via la loi ZAN - Zéro Artificialisation Nette - des limites très strictes à l'urbanisation des sols ; et aux lotissements de maisons individuelles accusés d'étalement urbain ; 
L'urgence écologique exige et les "éco-architectes" préconisent - depuis longtemps - des dispositifs de ventilation naturelle - ventilation passive - plutôt que des systèmes de ventilation fonctionnelle - climatisation mécanique.
Et enfin la "crise" structurelle du logement  (un terme de la rhétorique néo-libérale fondée sur la responsabilisation de l’individu face au marché et légitimant le désengagement des pouvoirs publics) doit imposer une volonté et responsabilité politiques par une mobilisation collective exigeant, outre le droit au logement, un véritable droit à l’habitat. 

Alors ? Parmi la multitude de projets imaginés par les architectes depuis des décennies, en particulier dans les années 1960/70, figure :

HENRI LEFEBVRE | Réflexions sur la politique de l'espace | 1970

 

Bob CRUMB | Ecology | 1970

Dès son premier article dans le premier numéro de la revue Espaces & Sociétés, à l'époque véritable bulldozer contre capitalisme et technocratie, Lefebvre nous parle de la destruction par l'homme de la "Nature" : un réquisitoire vieux de 56 années. 


" Je répète donc qu'il y a politique de l'espace, parce que l'espace est politique." 


Henri LEFEBVRE

Réflexions sur la politique de l'espace | Extrait

Espaces et sociétés | n° 1 novembre 1970


(...) Pendant toute la période  qui vient de se terminer, la nature, c'était une espèce  de symbole poétique, négligeable ou relégué au deuxième plan, qui désignait on ne savait pas trop quoi, un résidu, un quelque chose apparaissant ici ou là, échappant à l'action rationnellement conduite. Or on sait que la nature· elle aussi est façonnée, modelée, transformée, qu'elle est dans une large mesure un produit de l'action que le visage de la  terre lui-même, c'est-à-dire le paysage, est œuvre humaine. La nature aujourd'hui encore passe dans une certaine idéologie pour simple matière de la connaissance et pour l'objet des techniques.

Elle est dominée, maîtrisée. En tant que maîtrisée et dominée en elle-même, elle s'éloigne. Or on s'aperçoit  tout à coup qu'en étant maîtrisée, elle est ravagée, menacée d'anéantissement et menaçant du même coup l'espèce humaine, encore liée à la nature, de se voir entraînée dans l'anéantissement. D'où la nécessité d'une stratégie. Voilà la nature politisée. Et cela ne donne pas lieu à une réflexion simplement technique ou épistémologique ou philosophique, mais à une double critique, la critique de droite et la critique de gauche. 


EDGAR MORIN | La ville au 21e siècle



E. Morin / K. Appel : Page extraite de "New York, La ville des villes" | 1984

" Tout cela veut donc dire que l’on ne peut aujourd’hui penser une politique urbaine sans penser une politique rurale. L’une est intrinsèquement liée à l’autre.  (...) Il faut une «politique de civilisation urbaine». J’ajoute que «politique de civilisation» et «gouvernance de la complexité urbaine» doivent être reliées à une politique générale qui englobe également la question rurale."


Edgar Morin

Pour une politique de la ville au XXIème siècle

Programme Amériques – FMSH - 

Contribution au 7ème Forum Urbain Mondial « Carta Medellín »  

2014



La réflexion sur le devenir de l’humanité au cours du XXème siècle ne peut se passer d’une considération du phénomène généralisé d’urbanisation qui, d’après les prévisions actuelles risque d’englober plus de 80% de la population dans quelques décennies. Ce qui a, aussi pour conséquence, à la fois, une désertification humaine des campagnes et une agriculture et un élevage industrialisé, massif et extensif, dont on peut comprendre déjà les conséquences nocives. Cela veut dire que le grand problème de l’urbanisation quand la grande majorité de l’humanité sera urbanisée est inséparable du problème des campagnes, étant donné qu’il est évident que ce sont les campagnes, le monde rural qui nourrit les villes. Comment ne considérer qu’un monde rural, extrêmement rétréci démographiquement pourrait nourrir un énorme tissu urbain, car la tendance à l’urbanisation est une tendance qui, non seulement agrandit un grand nombre de cités, en créant des faubourgs, des banlieues, des ghettos, des bidonvilles.

15 ANNEES !



15 années !

Nous nous sommes assoupi, mais toujours en veille, et ce faisant en quête de critiques, d'utopistes relevant la formidable pénurie d'intelligence dans la pensée urbaine et architecturale qui règne depuis maintenant -trop- longtemps. C'est cette injonction fondamentale qui nous guide : 

    « La critique radicale tant de la philosophie de la ville que de l’urbanisme idéologique est indispensable sur le plan théorique et sur le plan pratique. 

Et elle peut passer pour une opération de salubrité publique ».

Henri Lefebvre
Le droit à la ville
1968





DEBORD | La planète malade



  
Andreas Gursky | 99 cents |1999
Guy DEBORD
La Planète Malade
1971

La « pollution » est aujourd'hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s'empare de toute la vie de la société, et elle est représentée illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pléthore d'écrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde à la gorge dans les faits. Elle s'expose partout en tant qu'idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus réel.

Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Ils sont les deux côtés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prévu sous des figures partielles inadéquates : l'impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme.