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POLYNÉSIE | Habitat insalubre, Habitat précaire

 



Île de MOOREA
Habitat insalubre en bord de lagon


POLYNÉSIE 
Taudis en bordure d'Eden


En Polynésie, le Paradis côtoie l'Enfer, la richesse exagérée celle de la plus grande misère, inégalités extrêmes matérialisées, entre autres, par les luxueuses demeures, les hôtels pompeux et à l'opposé par les masures et taudis érigés en bordure de lagons idylliques, côte à côte ; mais, cette apparente - où plutôt dissimulée par la végétation - pauvreté peut se révéler être source de richesse, car en effet, ces parcelles en bordure de lagon - terres rares à présent - où s'érigent ces humbles demeures atteignent des sommes considérables, susceptibles de métamorphoser leurs propriétaires en personnes nanties. 
Certains, d'ailleurs, le sont déjà [1] ; d'autres, moins bien nantis, mais attachés à leur héritage ancestral, presque sacré - et souvent disputé en famille -, n'ont d'autres choix que d'y demeurer humblement voire pauvrement, ou bien, de le louer à bon prix pour une demeure confortable, à bon marché pour une masure délabrée. Peu de squatters dans ces secteurs en bord de lagon, indésirables, ils s'installent le plus discrètement possible dans les lieux délaissés en bord de route, sinon là où la distance entre route et lagon est la plus mince, ou bien parfois, dans ce que l'on nomme les "ruines touristiques", soit les ruines des grands hôtels luxueux ravagés par une tempête, y compris économique. 

Ces situations de grande pauvreté (nous n'avons pas abordé ici celles de l'île de Tahiti et de l'agglomération du grand Papeete, bien plus graves encore) sont complètement méconnues en France métropolitaine, la Polynésie demeurant toujours et encore une destination paradisiaque qu'il convient de préserver, et de protéger en tant que telle, tourisme oblige, d'ailleurs son gouvernement à dissimuler, minimiser au mieux cette grande pauvreté qui, selon de fortes probabilités - faute de recensement -, atteint 55 % de la population ; un Paradis terrestre ?




Île de MOOREA
Taudis en bord de lagon

SILENT WORLD | Lucie & Simon



Silent Work (2008 - 2012) :

« Dans ces villes fantomatiques et abandonnées, nous mettons en scène un ou plusieurs personnages symboles, comme les derniers témoins d’un Monde disparu. Ces personnages, souvent des enfants, viennent ici se confronter à un monde nouveau où le temps est comme suspendu, et apparaissent comme un signe d’espoir ou de vie».
Lucie de Barbuat et Simon Brodbeck
Prix HSBC de la Photographie 2010



MARSEILLE | Holger Trülzsch


© Holger Trülzsch, 1984. La porte d'Aix, Marseille.

Marseille photographiée en 1984 par Holger Trülzsch, sculpteur, musicien, peintre, photographe et vidéaste, dans le cadre du programme de la « Mission photographique » de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) [1].

Jean-Paul de Gaudemar, de la Datar, exprimait son point de vue sur la photographie de la porte d'Aix en chantier et plus largement sur l'urbanisation alors en cours à Marseille (extrait) [2] :

" Pour qui connaît Marseille, l'image est saisissante et porte sur l'un des points les plus névralgiques et les plus symboliques de la ville. A gauche, cette sorte d'arc de triomphe, c'est la porte d'Aix où surgit brutalement une autoroute, pénétrant jusqu'au coeur de la ville. Au-delà de cette porte commencent en somme la Provence et les Alpes puisque c'est la principale sortie de Marseille vers le nord. Au fond à gauche, on devine les "barres" des années 1960 construites à la va-vite pour accueillir les milliers de rapatriés d'Afrique du Nord qui se bousculaient sur le port.
A droite, au premier plan, un vieux quartier insalubre longe la rue d'Aix, une sorte de "Barbès" marseillais, depuis longtemps abcès de fixation du débat sur l'immigration maghrébine. Et ce réverbère moderne au premier plan laisse deviner que devant l'image s'est posé Trülzsch, la rénovation est déjà faite. Exact : là est maintenant le nouveau siège du conseil régional, symboliquement situé au centre névralgique de la ville, sur cette butte des Carmes qui fut si souvent dans l'histoire un des bastions ultimes de résistance, mais aussi à la porte de la ville vers le nord, c'est-à-dire le reste de la région non maritime.
Cette rénovation en marche donne le sentiment de contempler une ville qui vient d'être bombardée, une ville usée, fatiguée, au bout du rouleau, comme laminée par son propre territoire.


ESPAGNE | CAMPO de DALIAS





CAMPO DE DALIAS


Photographies | Emilien CANCET *
2007


La vaste étendue plastifiée nommée Campo de Dalias, en Andalousie, concentre toutes les formes radicales d'exploitation de l'Homme et de son environnement dont est capable le génie humain ; cette Mer de plastique de 30.000 hectares est dédiée à l'agriculture intensive, industrielle, de fruits et de légumes, dont une partie, alimente la marché français : 40 % des fruits et légumes vendus en France proviennent d’Espagne (8.000.000 de tonnes de fruits, 6.000.000 de légumes par an) faisant de l’Espagne le premier fournisseur agricole et agroalimentaire de la France.

Ce qui caractérise la production d’Espagne est qu'elle n'est pas l'oeuvre, seulement, de consortiums, de multinationales ou d'un quelconque groupement d'industriels, au contraire, ce sont bien des milliers d'exploitants agricoles issus, à l'origine, des classes les plus pauvres de l'Andalousie, qui assurent au pays un prodigieux excédent commercial (10 milliards d’€uros en 2015). Pour parvenir à un tel exploit, et face notamment à son concurrent direct, le Maroc, les producteurs espagnols, aidés par les financements européens, ravagent encore et encore leurs terres, et, de même, exploitent la force des travailleurs agricoles, principalement venus d’Afrique du nord.

Le Campo de Dalias, est d'abord l'oeuvre de l'administration du dictateur Franco et peu l'évoque, mais ce territoire porte la marque idéologique de trente-cinq années de franquisme caractérisées par un capitalisme anarchique, un anarcho-capitalisme qui préfigure ou anticipe, le capitalisme libéral-libertaire post-moderne. Une idéologie dont les principes affirment l'initiative individuelle, prônent un laisser-faire et suggèrent ou favorisent par là, une sorte de déréglementation permanente, une permissivité acceptée, du moins si elles agissent au nom de l'intérêt économique du pays.


Source : European space agency

GRUISSAN PLAGE







Les "chalets" de Gruissan-Plage rendus célèbres par le film 37,2 ° le matin forment un ensemble urbano-architectural unique en France : par la beauté du site, l'étendue et le nombre de baraques, près de 2000, et, surtout, par la tolérance ou complaisance architecturale que l'administration accorde volontiers aux habitants, les "chatelains". Trop certainement.

Car trente années après 37,2°, le charme splendide de Gruissan-Plage est rompu, les chalets d'antan se sont modernisés pour leur plus grande majorité, et plus grave, pour nombre d'entre eux, les rez-de-chaussées ont été clos : on peut ainsi juger que ce n'est plus qu'un vaste zoo architectural placé sous l'égide du sam'suffit, du mauvais goût, ou au contraire, s'émouvoir de l'imagination des chatelains pour améliorer l'habitabilité et apprécier le décorum de leurs demeures, l'architecture populaire, ou "sans architecte". Une chose est certaine : l'excentricité n'est pas de mise ici, pas de baraques peintes en rose bonbon ou de formes architecturales "alternatives" : les belles villas luxueuses, les chalets reconstruits sans âme assurent une normalité, une banalité navrante contrevenant avec le genuis loci, le génie du lieu, et son histoire peu communs. 

Mais ce même charme, certes très endommagé, résiste encore car une règle interdit aux habitants de clôturer leur propriété - et en principe les dessous des pilotis - et de s'approprier l'espace autour de leur maisonnée : outre les zones de chalets situés sur les grandes rues extérieures périphériques, aucune barrière, clôtures, haies, etc., ne vient morceler l'espace, ou enfermer la propriété, cas ou typo-morphologie urbaine rare en France, renforcée, encore pour un temps, par les pilotis des chalets. En somme, c'est une zone pavillonnaire mais sans jardins clos où il est possible d'errer entre les constructions de toute sorte et de toute époque ; librement ! L'expérience est stimulante, au-delà des garden cities anglaises, des mobil homes town des USA.



WORLD PRESS 2015 PHOTO CONTEST




Mads Nissen | Istanbul Protest
Une jeune manifestante blessée par la police après l'enterrement de Berkin Elvan, jeune garçon de 15 ans mort suite des blessures faites par la même police lors d'une manifesttion anti-gouvernement.

Yongzhi Chu | Monkey Training
Un dresseur de singe pour un cirque à Suzhou, province d'Anhui, Chine.



L'Autre Zoo de Vincennes


La prison animale - le parc zoologique - du bois de Vincennes est à nouveau ouverte au public, qui peut, nous assure-t-on, apprécier l'"environnement naturel" des détenus reconstitué le plus fidèlement possible  ; non loin de là, et du centre de rétention administrative, le public pourra apercevoir un autre "zoo", la "zone" où se concentrent les cabanes et tentes de sans abri, victimes, eux, de l'"environnement économique". Le photo-journaliste Stéphane Remael les a rencontré.

Stéphane REMAEL

Les Favelas de Vincennes




2014 Sony World Photography Awards


Ludovic Maillard [France] | Boulevard Périphérique | Porte de la Chapelle
Nicolas Reusens [Espagne] | Costa Rica

Claude DITYVON


Bidonville de la Courneuve | 1966 - 67



Mai 68


CLAUDE DITYVON 
[1941 - 2008 ]


« J'avais envie d'évasion, de terrains d'aventure : le bidonville de la Courneuve me permit de rencontrer un montreur d'ours et sa famille. Autour des pneus abandonnés qui flambaient, des gosses hirsutes, sauvages ricanaient de moi. Au delà des baraquements construits à la va-vite se dessinaient de longues chaînes d'immeubles HLM. En échange de quelques vêtements, je fus admis sur leur territoire. Mes premières images furent intenses, sans misérabilisme. Cette expérience m'apprit beaucoup. Sans le savoir je traçais déjà et définissais une écriture visuelle. Je m'inventais un regard. »



G. Aimé | Mai 68





Nanterre La Folie

Gérard Aimé

Rares sont les Révolutions, les guerres de Libération, les insurrections, depuis l'après guerre et dans le monde entier, qui n'ont pas comme noyaux ou détonateurs, et principaux protagonistes, la jeunesse étudiante et les plus jeunes universitaires. Des exceptions confirment bien sûr la règle, mais c'est bien une caractéristique commune pour la plus grande majorité d'entre elles. En 1966, Gérard Aimé est étudiant dans la nouvelle université de Nanterre, témoin des préludes contestataires de 1967 qui annoncent janvier 68 (mai 68 commence à Nanterre, et non à la Sorbonne, Baudrillard), puis mai 68. Ses clichés illustreront par la suite la presse underground et gauchiste (La Cause du Peuple, Rouge, Révolution, etc.). Ces précieux témoignages, des centaines, sont regroupés dans une photothèque, à cette adresse :
www.gerard.aime.com 





Christopher ANDERSON | GAZA | BETHLEHEM

2007 | Palestinian day workers crowd into the corral that leads to the checkpoint to Jerusalem


Christopher ANDERSON

Bethlehem | Gaza




CARACAS | - de pauvreté + de violence





Maurice Lemoine


Moins de pauvreté et... une insécurité galopante Caracas brûle-t-elle ?


Le Monde Diplomatique | 2010

Christopher Anderson 

CAPITOLIO | Caracas



Malgré une politique active de justice sociale, le Venezuela affiche toujours un taux d’homicides parmi les plus élevés au monde. Comment s’explique cette violence persistante, que le gouvernement du président Hugo Chávez a longtemps négligée et que ses opposants, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, ne se privent pas d’instrumentaliser ? 

Dans l’expression de son hostilité au Venezuela « bolivarien », le quotidien espagnol El País fait rarement dans la nuance. Mais il lui arrive de se surpasser : « Caracas est une ville sanglante. De ses immeubles coulent des fleuves de sang, de ses montagnes coulent des fleuves de sang, de ses maisons coulent des fleuves de sang (...) (1). »



IRLANDE du Nord | Architecture Politique (et Militaire)




Golf Five Zero watchtower 
Crossmaglen, South Armagh, Northern Ireland,  'Borucki Sanger' 
1999


Jonathan Olley
Castles Of Ulster

En 1997, le photographe Jonathan Olley obtient l'autorisation de photographier les casernes fortifiées et les tours de contrôle encore en service de l'armée britannique en Irlande du Nord.   Nouveaux châteaux forts de l'Ulster pour Olley, Tom Paulin les qualifient de Martian spacecraft, symbolisant la complète défaite de la politique et des valeurs civiques. Aujourd'hui, la plupart de ces fortifications militaires ont été démantelées en réponse aux accords de paix. 

Gabriele BASILICO

Beyrouth 1991

Gabriele BASILICO

Ce grand « Photographe d’architecture » né à Milan est décédé en ce 13 février 2013.


Glasgow | Apartheid social



Vivre riche dans une ville de pauvres

Dans une Ecosse désindustrialisée, les quartiers riches de Glasgow connaissent une prospérité insolente, tandis que les zones pauvres s’enlisent. La situation rappelle celle du XIXe siècle, quand les « classes dangereuses » étaient tenues à l’écart et que les nantis pensaient que charité et philanthropie permettraient de perpétuer l’ordre des choses.

Julien Brygo
Le Monde Diplomatique | 2010
Martin Parr | Photographies

« Vous pensez que les clubs privés sont réservés à l’élite ? Aux riches ? Aux prétentieux ? Vous avez parfaitement raison. C’est notre raison d’être (1). » Coincé entre un magasin de robes de mariage, des pubs pour cadres supérieurs et des bureaux d’affaires, le Glasgow Art Club, en pleine cité marchande, se présente comme « le secret le mieux gardé de Glasgow ». La porte de cette maison de maître de style victorien s’ouvre sur un majordome en costume trois pièces. Chaque semaine, dans ce « club d’élite », les notables ont rendez-vous avec la charité.


CAMBODGE | ANGKOR 2012



MARTIN PARR | Angkor Wat | 2012

« Le tourisme n’aide pas vraiment les Cambodgiens, car l’industrie du tourisme est surtout composée d’entreprises de l’étranger. Et les touristes font tourner les commerces illégaux de la drogue et de la prostitution ; ce tourisme fait beaucoup augmenter la pédophilie au Cambodge.»
Jo-Ann Lim  (LICADHO) 

ANGKOR : 
Corruption, 
Coopération Internationale

Le site d'Angkor,  classé patrimoine mondial par l'UNESCO, est un des plus grands sites archéologiques en activité dans le monde, une des destination-phare du tourisme en Asie, faisant de cette merveille du monde, l'objet d'accord de coopération avec la plupart des pays occidentaux et, d'une intense activité de corruption des plus hautes sphères politiques cambodgiennes.
L'enjeu financier est considérable : le nombre de touristes a en effet augmenté de 60.000 en 1999 à 250.000 en 2001, pour atteindre 2,5 millions en 2009. Le ministre cambodgien du Tourisme Thong Khon envisage sereinement six millions de visiteurs par an d'ici 2020, et les plus grands industriels du tourisme imaginent pour le site d'Angkor, une fabuleuse destinée de "Dinesyland historique" asiatique, à l'image de Venise, attirant tout à la fois un tourisme "ultra-chic" et "populaire". Un véritable Eldorado, ne nécessitant pas  d’investissements lourds :  les programmes de restauration des temples, de mise en valeur du site, sont financés par les Etats occidentaux, ainsi que les entreprises privées, soucieuses d'accoler leur logo à la renommée et au prestige d'Angkor. 


HONG KONG | Self-organising niche architecture


Hong Kong



Une densité urbaine phénoménale, des prix immobiliers en location et à la vente parmi les plus chers du monde, et une pénurie structurelle de logements sociaux : les classes populaires ont investi les toitures terrasses des vieux immeubles du quartier ancien de Kowloon, pour y construire des abris de fortune plus ou moins tolérés par les autorités.  Dans certains cas, la prolifération de ces abris sur certains grands immeubles a créée de véritables petites communautés. Ces constructions précaires sont, le plus généralement, habitées par des salariés, des artisans, des vendeurs ambulants, de nouveaux immigrants chinois, etc. qui disposent d'un salaire régulier ; on y trouve également dans certains cas, des trafiquants de drogue, protégés de la police par un labyrinthe de couloirs étroits et d'échelles dissimulées. Certaines, les plus anciennes, disposent de plusieurs pièces, voire d'un jardin ; tandis que les plus récentes, les plus sordides forment de véritables shanty towns [bidonvilles]. C'est une pratique déjà ancienne, et certaines auto-constructions s'empilent sur deux, voire trois niveaux. 

BELGIQUE | Intérieurs



François Hers, photographe belge, est le cofondateur, en 1972, de l'agence Viva, dont la marque de fabrique,  est à la fois un engagement social fort et une volonté de promotion des photographes comme auteurs. Cette série de photographies s'attaque à un sujet peu traité* : l'univers domestique de logements sociaux. 



François HERS | 1979

En 1979, j'ai reçu en tant que photographe la commande officielle d'une étude sur le logement social dans la partie wallonne de la Belgique depuis 1945. Après un premier repérage, je n'ai rien relevé de particulier dans les modes de construction que l'on me demandait d'analyser par l'image, si ce n'est la quantité et la qualité. Par contre, la visite de quelques maisons a déterminé l'orientation que je devais donner à ce travail : la violence avec laquelle les habitants prenaient possession de l'espace qui leur était donné, par les matériaux, les couleurs, l'accumulation, et tout à la fois, l'aspect du décor sans trace d'usage quotidien, m'ont beaucoup impressionné.

Je me suis donc concentré sur les intérieurs des maisons et des appartements, et j'en ai visité plus de cent cinquante. J'en ai systématiquement photographié chaque pièce, depuis les caves jusqu'au grenier, en passant par les chambres. J'ai opté pour une image couleur, employant toujours la même optique, et un éclairage au flash direct, pour que tous les éléments du décor aient la même valeur et qu'aucune ambiance particulière ne soit privilégiée. C'est pour cette même raison qu'aucun habitant ne figure dans mes photos. 




Tano D'Amico


Ragazza e carabiniere (Uno sguardo) [Roma, aprile 1977]. 


De nombreux visiteurs nous remercient de leur avoir fait découvrir l'oeuvre magistrale du photographe Tano D'Amico, dont ses clichés illustrent nos articles à propos des luttes urbaines et pour le droit au logement, en Italie des années 1970. Nous présentons ici quelques photographies et nous l'assurons de notre plus grande admiration : Grazié Tano ! 


▲ Tiburtina 1977 [Roma, maggio 1977]. 


Bombay Maximum City


Bombay | photo : Martin Roemers

Suketu Mehta,
auteur de Bombay Maximum City
entretien avec Frédéric Joignot

En 1950, Bombay comptait 2,9 millions d’habitants. Aujourd’hui 19 millions. Soit la moitié de l’Espagne concentrée dans une ville. Ou deux Portugal. Des projections de la « Far Eastern Economic Review » annoncent 33 millions d’habitants en 2030. Des chiffres comme « 20 millions d’habitants » restent abstraits. De préciser qu’à Bombay la moitié de la population n’a pas de toilettes donnera une idée des conditions de vie. SUKETU MEHTA, auteur d'un prodigieux reportage fleuve sur Bombay (aujourd'hui Mumbai), "Bombay Maximum City" qui lui a pris trois ans. Pendant 700 pages pleines de rebondissements et de rencontres, l'auteur décrit de l'intérieur la folle mégapole indienne. Ses bidonvilles où s'entassent 9 millions d'habitants, où se réfugient les voleurs et tous ceux dont la vie s'effondre, sa pollution effrayante avec ce soleil devenu invisible les jours de "fog", sa classe moyenne en expansion faisant vivre d'innombrables petits métiers et craignant toujours de redescendre, ses familles richissimes de Malabar Hill et des producteurs de Bollywood, ses quartiers musulmans inquiets, menacés par les hindouistes radicaux depuis les derniers attentats islamistes, ses voleurs et ses trafiquants, ses prostituées rodant dans les quartiers réservés, ses tueurs payés 500 euros. Bombay, mégapole du Sud, l'avenir du monde - et déjà le présent. "Une nouvelle espèce humaine, une espèce surpeuplée et suburbaine" dit Suketu Mehta.