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EZLN et Eco-tourisme au CHIAPAS

Photo : Martin Parr


Les formes de répression qu'exercent les autorités contre le mouvement zapatiste au Chiapas sont multiples : des tentatives d'institutionnalisation des municipalités autonomes à la violence, voire à l'assassinat, de militants ou de sympathisants de l'EZLN. D'autres formes plus subtiles s'y ajoutent : la disneylisation, la marchandisation des communautés du Chiapas, la folklorisation de la culture locale, le développement du tourisme labellisé écologique ou solidaire. La France y participe activement. Nous présentons ici quelques articles.


OVENTIC, Municipalité Autonome et Rebelle Zapatiste





À l’instar des autres mouvements autochtones, le mouvement zapatiste se caractérise par une identité collective et un ancrage territorial. La territorialité des nouveaux mouvements sociaux s’exprime clairement dans l’exemple zapatiste. En plus d’être un mouvement politique, le mouvement zapatiste établit un rapport inédit au territoire : une nouvelle territorialité sociale. L'EZLN a construit sa propre territorialité sociale en érigeant de nouvelles pratiques et instances autonomes. L’appropriation de ce territoire se fait par l’exercice de l’autonomie. Mais ces nouveaux territoires que le mouvement s’approprie se trouvent autant à l’échelle locale qu’à l’international, autant au niveau pratique qu’au niveau symbolique, et peuvent, de plus, constituer un espace institutionnel et fonctionnel, et non pas uniquement un territoire physique.

Les Municipalités Autonomes et Rebelles Zapatistes, Municipios Autónomos y Rebeldes Zapatistas



La lutte menée depuis 1983 par l'Armée zapatiste de libération nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional, EZLN) a pris diverses formes du pacifisme assumé à la guérilla. Après son action d'éclat en janvier 1994, l'EZLN jugea préférable d'arrêter la lutte armée pour mener un combat politique tout en gardant une organisation militaire. Depuis, elle exhorte les populations opprimées -sans distinction- à s'unir autour de ses demandes qui concernent plus de Justice et de Liberté, une plus grande et réelle démocratisation de la société. Certains analystes mexicains avancèrent alors la formule plutôt inédite de « réformisme armé ». La lutte et l'organisation de l'EZLN sont donc tout à fait particulières car les insurgés ont ainsi constitué des Municipalités autonomes rebelles zapatistes (Municipios Autónomos Rebeldes Zapatistas, MAREZ) qui représentent la première structure de gestion mise en place par le mouvement zapatiste. Ces Municipalités autonomes doivent assurer l’auto-gouvernement d'un vaste territoire libéré décrété autonome. Leur lutte s'inscrit ainsi dans cette tendance de théoriciens critiques actuels, dont Holloway, qui défendent l'idée d'une stratégie visant à maintenir à distance l'appareil d'Etat plutôt qu'à l'affronter directement. Le philosophe anglais établi au Mexique, John Holloway, avance l'idée fondamentale, dans son ouvrage Changer le monde sans prendre le pouvoir, paru en 2002, d'un anti-pouvoir dont le but est de renoncer à la prise du pouvoir mais de changer le monde en profitant des espaces de liberté que le capitalisme produit inévitablement. Une célèbre phrase du sous-commandant Marcos résume parfaitement cette théorie : « Nous ne voulons pas le pouvoir, nous voulons pouvoir.»