La lutte menée depuis 1983 par l'Armée zapatiste de libération nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional, EZLN) a pris diverses formes du pacifisme assumé à la guérilla. Après son action d'éclat en janvier 1994, l'EZLN jugea préférable d'arrêter la lutte armée pour mener un combat politique tout en gardant une organisation militaire. Depuis, elle exhorte les populations opprimées -sans distinction- à s'unir autour de ses demandes qui concernent plus de Justice et de Liberté, une plus grande et réelle démocratisation de la société. Certains analystes mexicains avancèrent alors la formule plutôt inédite de « réformisme armé ». La lutte et l'organisation de l'EZLN sont donc tout à fait particulières car les insurgés ont ainsi constitué des Municipalités autonomes rebelles zapatistes (Municipios Autónomos Rebeldes Zapatistas, MAREZ) qui représentent la première structure de gestion mise en place par le mouvement zapatiste. Ces Municipalités autonomes doivent assurer l’auto-gouvernement d'un vaste territoire libéré décrété autonome. Leur lutte s'inscrit ainsi dans cette tendance de théoriciens critiques actuels, dont Holloway, qui défendent l'idée d'une stratégie visant à maintenir à distance l'appareil d'Etat plutôt qu'à l'affronter directement. Le philosophe anglais établi au Mexique, John Holloway, avance l'idée fondamentale, dans son ouvrage Changer le monde sans prendre le pouvoir, paru en 2002, d'un anti-pouvoir dont le but est de renoncer à la prise du pouvoir mais de changer le monde en profitant des espaces de liberté que le capitalisme produit inévitablement. Une célèbre phrase du sous-commandant Marcos résume parfaitement cette théorie : « Nous ne voulons pas le pouvoir, nous voulons pouvoir.»