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TAHITI | Papeete

 



Tahiti | Papeete
l.u.i. 2020


« Une chose est évidente, il n’y a rien dans ces entassements de béton qui relie l’architecture de cette ville (Papeete) à une quelconque culture particulière. Ces mêmes immeubles lépreux se retrouvent dans toutes les villes ouvrières déshéritées du monde occidental. Ce qui reste à la fin de cette courte promenade, c’est que Papeete est une ville sans âme, bruyante, sale et délabrée. Un peu comme une cité qui est lentement en train de mourir.»
Julien Gué 
To'ere
juillet 2005


Les (rarissimes) études, rapports émanant des services concernés de Polynésie et des technocrates de la Métropole, s'accordent à estimer que la population [1] à Tahiti vivant sous le seuil de pauvreté s'élève à 25 % ; estimation indécente contestée par les observateurs de la chose qui affirment une réalité plus proche des 50 %, chiffre devant être augmenté par les effets dévastateurs de la pandémie, ayant en particulier ravagé les emplois associés aux activités touristiques, principales richesses des archipels.

Mais la pandémie ne peut expliquer une situation - dramatique - d'aussi grande pauvreté, elle l'exacerbe ; la Polynésie française est en effet dotée de dispositifs fiscaux spécifiques, ayant pour conséquence le renforcement des inégalités sociales : ici, au Paradis, les aides et protections sociales accordées aux plus vulnérables et indigents mais aussi aux salariés n'existent pas, les allocations chômage, de logement, le revenu de solidarité active, etc., ces formes d'assistanat promptes à ruiner le Pays et l'ardeur des travailleurs, dit-on. A l'inverse, l’absence d’impôt sur le revenu des personnes physiques, y compris aisées, et de frais de succession en cas d'héritage grèvent le budget du Pays, compensé par des taxes douanières et indirectes, qui elles pèsent très lourdement sur celui des ménages, en particulier des plus modestes. 

D'autre part, les élites gouvernantes de Polynésie ne se sont pas privé, pendant des décennies, et dans une moindre mesure, aujourd'hui, à abuser de leurs pouvoirs afin de s'enrichir en puisant allègrement dans les aides financières offertes par les gouvernements de France, à les utiliser pour asseoir au mieux leur clientélisme, à régner.
 [2] Ainsi, selon Julien Gué [3], habitant à Tahiti, ancien journaliste de l'hebdomadaire Toere, interrogé en 2020 :
« Donc c'est cela la Polynésie, plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, c'est une élite locale qui détourne les fonds publics en toute impunité. Et rien n'est fait d'un point de vue sociale, sociétale, rien n'est fait pour l'avancée du pays.»  
Les incidences et conséquences urbaines et architecturales, et environnementales dans le Grand Papeete [4] sont à la mesure des inégalités sociales qui régissent le Pays : l'urbanisation rapide de l'agglomération dans les années 1960 s'est effectuée sans plan d'urbanisme d'ensemble, ou même communal, sinon des schémas prêtant à de multiples interprétations, sans contraintes architecturales, sinon celle de la hauteur des constructions ; une modernisation placée sous l'égide du laisser-faire, des dérogations, d'un laxisme des plus hautes autorités locale et de Paris, et sans aucun doute, de l'incompétence extravagante et notoire des administrateurs et ingénieurs, débarqués de la métropole, et n'ayant aucune connaissance de la société "indigène", qu'il s'agit de moderniser ; certes, malgré de temps à autres de grandes déclarations d'intention et, parfois, des tentatives devant ordonner les désordres, toutes vaines, ou bien sans grande portée face à la machine spéculative et celle technocratique.

POLYNÉSIE | Habitat insalubre, Habitat précaire

 



Île de MOOREA
Habitat insalubre en bord de lagon


POLYNÉSIE 
Taudis en bordure d'Eden


En Polynésie, le Paradis côtoie l'Enfer, la richesse exagérée celle de la plus grande misère, inégalités extrêmes matérialisées, entre autres, par les luxueuses demeures, les hôtels pompeux et à l'opposé par les masures et taudis érigés en bordure de lagons idylliques, côte à côte ; mais, cette apparente - où plutôt dissimulée par la végétation - pauvreté peut se révéler être source de richesse, car en effet, ces parcelles en bordure de lagon - terres rares à présent - où s'érigent ces humbles demeures atteignent des sommes considérables, susceptibles de métamorphoser leurs propriétaires en personnes nanties. 
Certains, d'ailleurs, le sont déjà [1] ; d'autres, moins bien nantis, mais attachés à leur héritage ancestral, presque sacré - et souvent disputé en famille -, n'ont d'autres choix que d'y demeurer humblement voire pauvrement, ou bien, de le louer à bon prix pour une demeure confortable, à bon marché pour une masure délabrée. Peu de squatters dans ces secteurs en bord de lagon, indésirables, ils s'installent le plus discrètement possible dans les lieux délaissés en bord de route, sinon là où la distance entre route et lagon est la plus mince, ou bien parfois, dans ce que l'on nomme les "ruines touristiques", soit les ruines des grands hôtels luxueux ravagés par une tempête, y compris économique. 

Ces situations de grande pauvreté (nous n'avons pas abordé ici celles de l'île de Tahiti et de l'agglomération du grand Papeete, bien plus graves encore) sont complètement méconnues en France métropolitaine, la Polynésie demeurant toujours et encore une destination paradisiaque qu'il convient de préserver, et de protéger en tant que telle, tourisme oblige, d'ailleurs son gouvernement à dissimuler, minimiser au mieux cette grande pauvreté qui, selon de fortes probabilités - faute de recensement -, atteint 55 % de la population ; un Paradis terrestre ?




Île de MOOREA
Taudis en bord de lagon

Squats KANAK à Nouméa



Nous publions ici un extrait d'une brochure intitulée Kanaky, un bilan du néo-colonialisme, publiée en 1998, rééditée en 2009 par l’OCL  qui propose un outil destiné à informer les non-Kanak sur la situation de ce peuple en lutte contre l’impérialisme français : « Depuis sa prise de possession par la France en 1853, ce pays est en effet sous domination tant politique, économique, que culturelle. Les Kanak, d’abord dépossédés de leurs terres et parqués dans des réserves puis assujettis à un code de l’Indigénat, se battent de façon organisée depuis près de 30 ans pour l’indépendance. A l’heure où un nouveau statut se met en place, il convient de faire un historique de la lutte kanak, notamment depuis la création du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) en 1984. »