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IBIZA : Ile Paradis HIPPIE

IBIZA 1968, image du film MORE

Every day is my day

Pink Floyd


"Un des plus beaux spectacles auxquels on puisse assister est leur bain matinal qui ressemble à un rire. Celui qui les voit pense inévitablement que c'est ainsi que s'éveillaient nos ancêtres au Paradis."

Diario de Ibiza, 6 septembre 1969



Baignées dans les eaux méditerranéennes, les Iles Baléares ont été à plusieurs reprises la proie d'envahisseurs : phéniciens, grecs, romains, arabes, pirates, avant de connaître de nouvelles invasions pacifiques cette fois ; ce fut une terre d'exil pour les réfugiés fuyant l'Allemagne nazie, fréquentée également par l’intelligentsia européenne, tombée sous le charme de l’île : de grands écrivains français, en particulier, y vinrent, nous laissant de précieux témoignages.  Tout pareil que les architectes sous le charme des formes épurées des habitations ancestrales : un modèle pour ceux défendant et inventant le mouvement moderne naissant.

Puis, comme Saint Tropez ou l’île de Capri, Ibiza a été sur l’itinéraire de la jet-set des années 1950, stars du cinéma, de la chansonnette et milliardaires, portés par leurs yachts jettent l’ancre ici, profitant de la relative tranquillité d’une île sauvage encore préservée du tourisme ; ont-ils influencés les premiers freaks à venir la visiter ?  Nul ne le sait exactement, mais en ce milieu des années 1960, commence l'invasion hippie. 

L'île  littéralement colonisée par l'utopie immédiate et anti-autoritaire exigeant l'amour, la fraternité, l'esprit de la fête permanente, et au-delà "The Death of Money", devint mythique, et plus encore Formentera, la petite soeur d'Ibiza. C'est sur cette île minuscule, pauvre, aux terres désertiques et aux plages de rêve, habitée par deux mille habitants seulement, que s'exprimera au mieux la radicalité hippie dans son refus de participer à la société de consommation. Au-delà des clichés, la petite communauté hippie résidente à Ibiza et Formentera organisera entre 1967 et 1975, des structures tout à fait originales permettant à ses membres et à leurs enfants de vivre sinon en autarcie mais en marge du système  et des institutions de l'Espagne qui, rappelons-le, était sous le contrôle de la dictature de Franco. Une dictature qui avait abandonné les îles Baléares à leur sort, pauvreté qui explique, en partie, les bonnes dispositions des Ibicencos à accepter l'arrivée de cette étrange population, très différente et insolente mais qui se révèle être bonne et fidèle cliente. 

Plus tard, victime de son succès, Ibiza devint alors la proie du tourisme de masse mais orienté vers la folklorisation du mouvement hippie qui s'exprima par la commercialisation de ces valeurs : l'amour libre se métamorphosa en tourisme sexuel, l'esprit festif improvisé en boîtes de nuit et de jour  gigantesques, les drogues en un commerce lucratif,  les fantaisies vestimentaires remplacées par ceux des drag-queens, les écoles internationales destinées aux enfants et aux adolescents fermeront une à une, et les portes ouvertes au monde entier des vieilles masures retapées se transformeront en vastes demeures luxueuses fermées et sécurisées, pour certaines habitées par d'anciens hippies huppés ayant fait fortune... 

Que reste-t-il de la grande communauté hippie ? Quelques marchés hippies pathétiques rappelant, avec tristesse, leur grande aventure aussi belle qu’éphémère, où les personnes ne se différenciaient pas par leurs classe ou origine sociales, mais à leur appartenance à un mouvement, une nébuleuse désirant une autre vie, et la construire.

ESPAGNE | CAMPO de DALIAS





CAMPO DE DALIAS


Photographies | Emilien CANCET *
2007


La vaste étendue plastifiée nommée Campo de Dalias, en Andalousie, concentre toutes les formes radicales d'exploitation de l'Homme et de son environnement dont est capable le génie humain ; cette Mer de plastique de 30.000 hectares est dédiée à l'agriculture intensive, industrielle, de fruits et de légumes, dont une partie, alimente la marché français : 40 % des fruits et légumes vendus en France proviennent d’Espagne (8.000.000 de tonnes de fruits, 6.000.000 de légumes par an) faisant de l’Espagne le premier fournisseur agricole et agroalimentaire de la France.

Ce qui caractérise la production d’Espagne est qu'elle n'est pas l'oeuvre, seulement, de consortiums, de multinationales ou d'un quelconque groupement d'industriels, au contraire, ce sont bien des milliers d'exploitants agricoles issus, à l'origine, des classes les plus pauvres de l'Andalousie, qui assurent au pays un prodigieux excédent commercial (10 milliards d’€uros en 2015). Pour parvenir à un tel exploit, et face notamment à son concurrent direct, le Maroc, les producteurs espagnols, aidés par les financements européens, ravagent encore et encore leurs terres, et, de même, exploitent la force des travailleurs agricoles, principalement venus d’Afrique du nord.

Le Campo de Dalias, est d'abord l'oeuvre de l'administration du dictateur Franco et peu l'évoque, mais ce territoire porte la marque idéologique de trente-cinq années de franquisme caractérisées par un capitalisme anarchique, un anarcho-capitalisme qui préfigure ou anticipe, le capitalisme libéral-libertaire post-moderne. Une idéologie dont les principes affirment l'initiative individuelle, prônent un laisser-faire et suggèrent ou favorisent par là, une sorte de déréglementation permanente, une permissivité acceptée, du moins si elles agissent au nom de l'intérêt économique du pays.. 


Source : European space agency

Eloge de la Révolte



 Puerta del Sol | Madrid (España) | 2011

Post de 2012, remonté ici, actualité invite, 
concernant :

Le Campement illégal 
de la Puerta del Sol 
récompensé par un Prix 

Le Prix européen de l'espace public urbain est une initiative du Centre de Culture Contemporaine de Barcelone (CCCB) et de grandes institutions européennes qui, tous les deux ans, récompense une opération de réhabilitation d'espace public ; le seul Prix, en Europe, dont l'ambition est de reconnaître et de promouvoir le caractère public des espaces urbains (accès libre et universel) et leur capacité de cohésion sociale. Les réalisations primées sont, selon les organisateurs, des interventions "chirurgicales" en milieu urbain, ayant fortement "améliorées les conditions de vie des citoyens" ; et le Prix exalte l'architecture à vocation sociale plutôt que des interventions spectaculaires ou esthétisantes.

En 2012, le jury a attribué un Prix spécial au campement des "indignés" de la Puerta del Sol à Madrid, érigé lors des évènements de mai 2011, qui se composait de constructions éphémères et légères faites de cordes, câbles, toiles tendues au hasard, de matériaux de récupération, de tentes : des structures ingénieuses construites illégalement - mais n'infligeant aucun dommage au sol et aux bâtiments - devant abriter de la pluie et du soleil, les besoins logistiques tels que les services de santé, les espaces d'intérêt collectif, les représentations des organisations, les cantines populaires, le centre de presse, etc : une véritable ruche. Le mot d'ordre des manifestants fit le tour du monde : Toma la Plaza [Prends la Place]. [1]

Acampada en la Puerta del Sol | Madrid (España) | 2011

Chris Ealham | BARCELONE contre ses Habitants


Les ouvrages concernant l'urbanisme insurrectionnel, révolutionnaire sont rarissimes. Est aujourd'hui préférée la sacro-sainte question du Pourquoi, au détriment du Comment, question abandonnée à la science militaire-policière. L'ouvrage de Chris Ealham est donc bienvenu (remercions au passage l'éditeur !), par le thème abordé, « les aspects socio-temporels, symboliques, pratiques et spatiaux de l’urbanisme révolutionnaire à Barcelone » et une analyse remarquable. Passons sur ses références au Droit à la ville d'Henri Lefevbre, l'étude est objective car sans complaisance aucune, mais malheureusement bien trop courte, une centaine de pages seulement pour un aussi vaste sujet d'étude, concernant « la plus grande ville industrielle d'Espagne qui a connu plus de combats de barricades que n'importe quelle autre ville du monde » comme l'évoquait Engels dans Les Bakouninistes en action (1873). Cette culture de l'organisation insurrectionnelle de l'espace urbain, cet héritage transmis de génération en génération de luttes ouvrière et anarchiste, cette « mémoire sociale » servira les insurgés de juillet 1936, juge ainsi Chris Ealham. Ces vaillantes et victorieuses barricades, ces comités de quartier, entre autres, seront, pouvons-nous ajouter, les derniers sérieux obstacles érigés à Barcelone contre le fanatisme du capitalisme, et le terrorisme d'Etat.

MARINALEDA


Juan Manuel Sanchez Gordillo


Marinaleda, est un village d'Andalousie, dans la province de Séville ; le maire, Juan Manuel Sanchez Gordillo, anticapitaliste et républicain, et les 2700 habitants s'activent depuis maintenant plus de 30 ans pour construire une alternative socialiste au capitalisme : une expérience unique en Europe de gestion municipale. Ici, peu de chômage, pas de police, pas de promoteur, ni de curé, ni de slogan politicien, mais une politique mettant en pratique les droits au travail, au logement, à l'éducation, à la culture, sous l'égide d'une démocratie directe, authentique pouvoir populaire : Utopique ? Juan Manuel Sanchez Gordillo la revendique :

« La gauche doit se situer le plus à gauche possible, et doit donc aspirer à l'Utopie. Elle ne doit pas être considérée comme une chimère, mais comme le droit que les personnes ont de rêver et, grâce à la lutte, de voir leurs rêves devenir réalité. […] Nous pensons que le pouvoir ne peut pas être neutre. Le pouvoir entre les mains des travailleurs doit être un contre-pouvoir. Pour que ce pouvoir du peuple et pour le peuple soit une force, nous avons pensé que la participation était essentielle. C'est pour cela que nous avons créé l'assemblée générale des quartiers, notre organe suprême de décision. Nous avons compris que la démocratie directe est meilleure que la démocratie représentative : les gens ne participent pas à la politique tous les 4 ans lors d'élections, mais chaque jour, à ce qui relève du quotidien. »


BARCELONE : Luttes Urbaines 1950 / 1980




Tout indique que la Barcelone qui se détruit et qui se construit est guidée par le désir inavoué d'éliminer presque entièrement ce qui avait fait d'elle une ville ouvrière et littéraire. [...] Barcelone détruit les traces archéologiques de la lutte des classes, disperse ses quartiers résidentiels ou les réaménage pour nouveaux riches, tranche dans le vif de ses chairs marginales et les relègue à la périphérie, désinfecte ses gueux au point d'en faire de risibles fantômes hantant les labyrinthes que créent les buldozers. La culture de l'emballage et du simulacre domine la réinauguration d'une ville qui s'ouvre à la mer et aux esterminateurs de toutes ses bactéries. J'ignore qui mettra en littérature cette ville de yuppies, partagées entre penseurs organiques du néant et du pas grand chose, peuplée d'employés en transit et de fast-foods opulents.

Manuel Vasquez Montalban
Barcelonas

Barcelone.

Barcelone qui depuis sa re-naissance post dictature est considérée par l'élite et l'intelligentsia comme une prodigieuse réussite d'expérience d'urbanisme. Re-naissance que les architectes et urbanistes, en France, accordent bien volontiers, en partie, à leurs homologues barcelonais. La Barcelone Olympique, décidée par le politique, dessinée par les architectes est devenue une icône sacrée à laquelle tous accordent des vertus miraculeuses. Les projets prestigieux des nouvelles constructions, des espaces publics requalifiés, l'ouverture de la ville sur la Mer ont fait figure, pendant longtemps, de symboles de la réussite. Les quelques détracteurs au projet de la nouvelle ville olympique, dont le célèbre écrivain Montalban, étaient tout au plus considérés comme des nostalgiques.


ESPAGNE : Lutte pour le Droit au Logement


Nous présentons ici plusieurs articles de presse consacrés aux expulsions de logement et aux saisies qui se multiplient en Espagne. Paradoxalement, l'Espagne compte plus d'un million de logements vides, faute d'acquéreurs... Pour faire face à cette situation d'injustice, de démesure capitaliste soutenue par le politique, les militants au sein d'organisations, de simples citoyens ont décidé d'entrer en résistance et d'empêcher toute exécution de procédure d'expulsion, en s'opposant pacifiquement mais fermement, le temps de la saisie, aux huissiers et aux policiers ; opération qualifiée de guérilla pacifique par le journal El País. Trop pacifique face aux enjeux et au nouveau gouvernement de Droite ? 

ESPAGNE : les Architectes face à la crise

Photo : web


Architectes en déconstruction

Sandrine Morel | Photos Carlos Luján
Le Monde Magazine | Décembre 2011

Ils ont vécu le boom immobilier. Aujourd'hui réduits au chômage, ils sont nombreux à partir à l'étranger ou à accepter des conditions de travail médiocres. Leurs rêves brisés, les architectes forment une profession à la dérive dans une Espagne en crise.

ESPAGNE : De la Crise Immobilière


Espagne 2011 : la bulle immobilière [2000-2008] a engendré une situation où l'offre de logement est supérieure à la demande et, plus grave, une crise financière exceptionnelle dont une des conséquences -comme aux Etats-Unis- est l'impossibilité pour un grand nombre de familles de rembourser leur prêt bancaire - à taux variable- pour certains, payer leur loyer pour d'autres. Ainsi, chaque jour, neuf [voire 20 pour d'autres] expulsions ont lieu en Espagne : le rêve de propriété, initié et soutenu par le gouvernement socialiste, s'envole ; alors que les banques disposent d'un parc immobilier estimé à 1,5 millions d'unités vides, inoccupées.

Oriol BOHIGAS : Architecture et Politique


Barcelona  2010 : un logement digne pour tous


 On devrait opérer une révision du marxisme et appliquer les vieilles idées du socialisme plus dur pour réformer à nouveau les villes, comme on l'avait fait au commencement de ce siècle.
Oriol Bohigas 


Depuis les années 60, la figure emblématique de l'architecte Bohigas est omniprésente à Barcelone. Très engagé politiquement, il adhère au Parti socialiste de Catalogne et connaîtra sous la dictature les futurs dirigeants politiques socialistes qui formeront le conseil municipal après la dictature.