LES ARCHITECTES - UTOPIES & REALITES

 



SITE - James Wines

Projet d'immeuble résidentiel de grande hauteur

1981


Les français, en grande majorité, sont encore attachés à la traditionnelle maison individuelle comprenant son jardinet ;
L'Etat, au contraire, prévoit bientôt (?) - via la loi ZAN - Zéro Artificialisation Nette - des limites très strictes à l'urbanisation des sols ; et aux lotissements de maisons individuelles accusés d'étalement urbain ; 
L'urgence écologique exige et les "éco-architectes" préconisent - depuis longtemps - des dispositifs de ventilation naturelle - ventilation passive - plutôt que des systèmes de ventilation fonctionnelle - climatisation mécanique.
Et enfin la "crise" structurelle du logement  (un terme de la rhétorique néo-libérale fondée sur la responsabilisation de l’individu face au marché et légitimant le désengagement des pouvoirs publics) doit imposer une volonté et responsabilité politiques par une mobilisation collective exigeant, outre le droit au logement, un véritable droit à l’habitat. 

Alors ? Parmi la multitude de projets imaginés par les architectes depuis des décennies, en particulier dans les années 1960/70, figure :

HENRI LEFEBVRE | Réflexions sur la politique de l'espace | 1970

 

Bob CRUMB | Ecology | 1970

Dès son premier article dans le premier numéro de la revue Espaces & Sociétés, à l'époque véritable bulldozer contre capitalisme et technocratie, Lefebvre nous parle de la destruction par l'homme de la "Nature" : un réquisitoire vieux de 56 années. 


" Je répète donc qu'il y a politique de l'espace, parce que l'espace est politique." 


Henri LEFEBVRE

Réflexions sur la politique de l'espace | Extrait

Espaces et sociétés | n° 1 novembre 1970


(...) Pendant toute la période  qui vient de se terminer, la nature, c'était une espèce  de symbole poétique, négligeable ou relégué au deuxième plan, qui désignait on ne savait pas trop quoi, un résidu, un quelque chose apparaissant ici ou là, échappant à l'action rationnellement conduite. Or on sait que la nature· elle aussi est façonnée, modelée, transformée, qu'elle est dans une large mesure un produit de l'action que le visage de la  terre lui-même, c'est-à-dire le paysage, est œuvre humaine. La nature aujourd'hui encore passe dans une certaine idéologie pour simple matière de la connaissance et pour l'objet des techniques.

Elle est dominée, maîtrisée. En tant que maîtrisée et dominée en elle-même, elle s'éloigne. Or on s'aperçoit  tout à coup qu'en étant maîtrisée, elle est ravagée, menacée d'anéantissement et menaçant du même coup l'espèce humaine, encore liée à la nature, de se voir entraînée dans l'anéantissement. D'où la nécessité d'une stratégie. Voilà la nature politisée. Et cela ne donne pas lieu à une réflexion simplement technique ou épistémologique ou philosophique, mais à une double critique, la critique de droite et la critique de gauche.