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Le MUR des Fédérés




C’est un vaste charnier, une grande fosse commune, une large tranchée où sont ensevelis dans
leur linceul de chaux plusieurs centaines de corps de révolutionnaires communards, que foule le visiteur devant le Mur des Fédérés qui se dresse au cimetière parisien du Père Lachaise. Peu de visiteur connaisse la macabre existence souterraine de ce parvis, peut-être un des seuls au monde de ce genre, où nul signe ou message informe le visiteur qu’il marche, piétine les restes humains
des vaincu-e-s de la première grande révolution ouvrière mondiale : la Commune de Paris de 1871.

C’est une révolution sans véritable monument, dans le sens d’Aloïs Riegl (1903) d’« une oeuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou de telle destinée (ou des combinaisons de l’une ou de l’autre).» ; ou selon la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1814 d’une «marque publique destinée à transmettre à la postérité la mémoire de quelque personne illustre ou de quelque action célèbre.»  

Le PARADIS Terrestre




Bronislaw Baczko, dans son article intitulé « Paradis et Utopies », constate les associations fréquentes entre Paradis terrestre et utopie, et affirme qu’assimiler l’utopie à une version laïcisée du Paradis est devenu presque un cliché. Certains penseurs osent même comparer la symbolique des mythes judéo-chrétiens avec l'idéalité du marxisme. Le jardin d'Eden, où l'âge d'or de l'humanité, trouvera une retranscription certaine dans l'idéologie naturaliste anti-urbaine - et l'on pense à cet idéal d'équilibre entre ville et campagne -, et dans l'idéalisation des sociétés primitives pré-agricoles - qui nous suggère l'idée de communautés autonomes - thématique centrale de certains courants libertaire et anarchiste, introduite par le prince Kropotkine. 


La conception chrétienne du Paradis n'est pas spirituelle ou symbolique : le Paradis [I] comporte une réalité authentique et jusqu'au 17e siècle, au Royaume des Cieux, correspond l'existence - quelque part - d'un Paradis terrestre, assimilé au jardin d'Eden ou des Délices, qui ne fit aucun doute pour la quasi-totalité des croyants et des esprits les plus érudits ; l'historien Jean Delumeau insiste sur le fait que le mot même Paradis évoque un jardin, terme repris du persan «pardēz», voulant dire jardin enclos, transmis au grec ancien παράδεισος «paradeisos», puis enfin au latin chrétien «paradisus».


Tchernobyl | Припять | Ville Verte




Photo : Ian Rance




PRIPYAT était une ville nouvelle de 49.000 habitants, située à 2 km de la centrale nucléaire de Tchernobyl, construite en 1970 pour héberger les employés de la centrale. Pripyat était alors considérée comme une « ville modèle » de l'architecture soviétique, possédant des logements de bonne qualité et une multitude d'équipements : jardins publics, installations sportives, cinémas, théâtres, etc. 

Lors du tragique accident survenu en avril 1986, les habitants non informés du danger observèrent les évènements depuis le toit des immeubles ; ils seront évacués seulement quelques jours après la catastrophe, et ne reviendront plus. Le rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN),  présentant une synthèse des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl,  note que dans la semaine qui a suivi l’accident, les autorités soviétiques ont procédé à l’évacuation,  et « entre le 27 avril et le 7 mai, deux villes et soixante-dix localités, situées dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale, furent vidées de leurs habitants. Cette zone d'exclusion couvre une superficie de près de 300 000 hectares, à cheval sur les territoires ukrainien et biélorusse. (...) Au total, environ 250 000 personnes quittèrent leurs foyers ». Outre la zone d’exclusion, trois autres zones ont été déclarées par la suite dangereuses  mais l’évacuation n’a pas été obligatoire.  

Chine : Architecture et paysage : le Diaolou


Une simple carte postale de Chine, des diaolous, maisons tours fortifiées, qui s'inscrivent magnifiquement et respectueusement dans le paysage ;  conception extra-ordinaire d'une ville/paysage, rompant admirablement avec le modèle des maisons individuelles des banlieues pavillonnaires ou des tours que préconisent écologistes et capitalistes. 

CAMOUFLAGE CITY


En 1942, les autorités militaires des Etats-Unis, craignant des bombardements par l'aviation japonaise sur la côte Pacifique, décidèrent de camoufler les usines d'aviation Loockheed de l'aéroport Burbank. Les studios cinématographique d'Hollywwod, spécialisés dans les effets spéciaux seront mis à contribution, initiant le début d'une longue histoire d'échanges entre Hollywood et l'armée américaine. L'idée fut de recouvrir l'ensemble de cette zone industrielle, soit plusieurs hectares, de treillis au-dessus des toitures, figurant un quartier résidentiel. Les cheminées étaient camouflées en bosquets d'arbres. En fait, la terrible menace japonaise qui pesait sur la côte Ouest était bien mince et l'aviation ennemie n'arriva jamais à atteindre les Etats-Unis.


Vue aérienne du complexe industriel avant camouflage


Le complexe camouflé




Niki de Saint Phalle, Giardino dei Tarocchi



Giardino dei Tarocchi

Je te parlais de Gaudi et du Facteur Cheval que je venais de découvrir et dont j’avais fait mes héros : ils représentaient la beauté de l’homme, seul dans sa folie, sans aucun intermédiaire, sans musée, sans galeries.

Je te provoquai en te disant que le Facteur Cheval était un bien plus grand sculpteur que toi. « Je n’ai jamais entendu parler de cet idiot, dis-tu. Allons le voir tout de suite. » Tu insistais. C’est ce que nous fîmes et la découverte de ce créateur marginal t’apporta une immense satisfaction. Tu fus séduit par la poésie et le fanatisme de ce petit postier qui avait réalisé son rêve immense et fou.

Niki de Saint Phalle, lettre à Tinguely.

La COMMUNITAS de BEAUDUC

Crédit photo : http://les-photos-du-chamoux.blogspot.com/




Beauduc nous intéresse particulièrement au Labo, dans notre vision d'appréhender toutes les formes extra-ordinaires d'urbanisme, au sens large du terme, qui présentent les particularités de s'inscrire dans la lutte politique par des actions violentes ou insurrectionnelles s'opposant aux institutions d'un pouvoir ; mais aussi à certaines formes d'actions illégales et/ou spontanées issues de la volonté d'habitants regroupés intentionnellement pour cela. En considérant que parfois, l'illégalité est une première forme de contestation silencieuse qui se déploie non dans le domaine des idées mais dans celui, qui nous intéresse le plus, de l'action.

Beauduc est, ou était peut-être, avant tout une expérience de vie communautaire para-normale ou extra-ordinaire qui marque son genius loci. Certains affirment qu'il s'agit bien là d'une forme d'utopie réalisée, c'est à dire d'une vie sans contrainte, non réglementée où chacun est libre d'agir à sa guise tant qu'il ne gêne pas autrui, d'autres comparent Beauduc aux communautés anarchistes. Rien de cela ici, d'une part parce que Beauduc est un village de villégiature habité seulement durant la saison chaude et qu'il s'est construit sans aucune idéolgie politique, à l'écart de la chose politique, une forme de spontanéïté populaire venue tout naturellement à l'esprit des premiers habitants. Beauduc ne peut être lié à aucune théorie ou idée d'organisation politique parlementaire ou extra-parlementaire ; Beauduc est simplement né du bon plaisir des ouvriers de la région.

HANOÏ, sans touristes





HANOÏ, le quartier de la gare


Le quartier de la gare de Hanoï est récent, au départ des colons français en 1954, quelques baraquements s'éparpillaient entre les lacs. Il est le produit des conséquences de la guerre du Vietnam contre les USA qui avait contraint le pays à une économie de guerre, puis de la crise du logement chronique, puis enfin de la libéralisation de l'économie. Les habitants profitèrent de l'assouplissement des lois et des règles d'urbanisme, des lois concernant le lieu de résidence assigné pour chaque citoyen et d'une forme admise de corruption généralisée à l'ensemble des institutions, pour agrandir, surélevé, étendre, reconstruire. Les façades, par endroit, se touchent pratiquement formant ainsi des tunnels, des passages étroits dignes des cités médiévales.

 Carte postale sublimant le chaos urbano-architectural d'un quartier pauvre ? Non. Car, aujourd'hui, les nouvelles classes moyennes de Hanoï préfèrent, malgré toutes les vicissitudes, habiter ce quartier central plutôt que les nouveaux quartiers modernes périphériques et confortables.