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Chine Maoïste | Une Dictature Ecolo ?



« Une autre politique de développement existe déjà, dans le pays le plus peuplé du monde, qui permet une croissance mesurée certes, mais sans aide extérieure, sans chômage, sans gaspillages, avec très peu de pollutions : celui de la Chine [maoïste] .»

René Dumont
1er Candidat écolo à la présidence de la France (1974).



« Des cités rurales et des villages urbains. »




Certes, en aucune manière, les dirigeants révolutionnaires maoïstes ne se préoccupèrent d’écologie et d’environnement. Et au contraire, les premières années de la République Populaire de Chine auront donné lieu dans le secteur de l’agriculture à des expérimentations suivies d’insensés programmes parfaitement catastrophiques pour l’environnement et le Peuple chinois ; la Chine maoïste n’échappa pas au modèle d’un productivisme exacerbé, même restreint et limité, et Mao Zedong et ses partisans ont adopté le modèle stalinien, d’une nature devant être soumise et transformée aux impératifs productifs. Nous y reviendrons.

Mais au-delà, Mao, plus qu’aucun autre dirigeant planétaire de l’ère moderne se sera fait l’apôtre du désurbanisme, et à sa mort en 1976, la Chine présentait toutes les caractéristiques, dans les domaines de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, d'un pays ayant réussi un développement équilibré du territoire  ; « équilibré » ? Un sociologue comprendra sans doute qui assure à tous les ménages des niveaux de vie semblables ; pour les géographes, il s’agit plutôt d'une répartition de la population et des activités aussi également que possible sur tout le territoire. En Chine maoïste, cette définition se réfère explicitement à la pensée – plus que théorie – de Marx et Engels concernant l’opposition ville-campagne ; et Mao Zedong bâtira ses programmes politiques selon une doctrine anti-urbaine ruralophile oscillant selon les événements et les époques entre idéologie et utopie, entre incitation, invitation et despotisme.


PEROU | DICTATURE & ARCHITECTURE SOCIALISTES | 1968 - 1975








En 1963, au Pérou, le candidat socialiste – et architecte – Fernando Belaúnde Terry est élu président de la République, mais plutôt que d’appliquer les belles promesses qu’il avait adressé au Peuple, il composera d’abord, puis pactisera ensuite avec l’oligarchie, les clans les plus libéraux et rétrogrades du pays, et son gouvernement décréta une série de lois à l’opposé de l’idéologie socialiste, programme politique critiqué au sein même de son parti (Acción Popular Socialista) [1], comme d’ailleurs les retentissants scandales politico-financiers symbolisant son alliance avec le diable. Les « injustices » sont telles, qu’elles décident de jeunes révolutionnaires [2], dès 1965, à s’engager dans la voie de l’insurrection armée, qui sera vite maîtrisée par les Forces Armées.



Un nouveau scandale, concernant un accord commercial concédé à une compagnie nord-américaine particulièrement défavorable pour le pays, et contraire aux engagements du p-résident, provoque l’indignation nationale, (un acto de traición a la patria) et déclenche, le 3 octobre 1968, un coup d'Etat militaire institutionnel – golpe - porté par le Jefe del Estado Mayor peruano, le général Juan Velasco Alvarado [3], accompagnés par les généraux les plus progressistes de l’État major, une « révolution » (comme ils l’affirment) devant, enfin, mettre un terme à la« traición de los partidos políticos reformistas » et de l'oligarchie, accusée elle, de tous les maux. Les plus sensés de l'époque qualifient cette dictature comme étant progressiste, nationaliste, réformiste socialiste, une « dictature de gauche » de type « populiste », conduite par le « Gouvernement révolutionnaire des Forces armées », le Gobierno Revolucionario de las Fuerzas Armadas (GRFA), qui osa le sacrilège de s'opposer de façon autoritaire à la suprématie des intérêts étrangers et, mieux encore, à l'oligarchie péruvienne, afin d'éliminer « la dependencia externa y la dominación interna », causes de la « desunión nacional ». Le « Manifiesto del Gobierno Revolucionario de la Fuerza Armada » résumant le programme social de la révolution reprenait dans un curieux mélange, les propositions de réformes faites depuis des années par les mouvements politiques socialistes, le Partido Democrata Cristiano, l'Alianza Popular Revolucionaria Americana, et l'Acción Popular de Belaúnde, le président destitué. Les historiens jugent que ce qui distinguait la révolution de la Junte n'était pas l'originalité du programme social, mais bien la capacité des militaires à appliquer effectivement les promesses électorales des socialistes, et celles plus théoriques du Movimiento Social Progresista, bloquées par le viejo orden oligárquico.


CUBA | Villes et Révolution


Cuba, La Havane, image du film Soy Cuba de Mikhail Kalatozov

Les grandes villes n'aiment pas la Révolution, quelque soit leur nature, et les révolutionnaires apprendront à s'en méfier ; ainsi le Parti Communiste Chinois persécuté dans les villes, s'exilera en 1928 dans les campagnes les plus reculées, Ho Chi Minh opéra la même stratégie, face à la terrible répression à Hanoï et Saigon, faite par la police militaire française, et par la suite, l'armée nord-vietnamienne essuya une grave défaite lors de l'offensive du têt contre les villes ;  les combattants algériens du Front de Libération National, décimés par les mêmes tortionnaires militaires français, abandonnaient Alger, en 1957. Les zones rurales, de montagne et de jungle – d'accès et de contrôle difficiles, par leur étendue, au contraire de l'espace limité des centres urbains – constituaient des lieux de retraite et des refuges efficaces, puis les meilleurs sanctuaires pour les révolutionnaires, mais également un prodigieux réservoir de militants, et notamment de paysans pauvres. 

Les révolutionnaires cubains ne prendront guère exemple sur ces expériences : la stratégie politico-militaire initiale décidée par les dirigeants de la Direction nationale du mouvement du 26 juillet – le M-26 -, présidée par Fidel Castro, pour mener à bien la révolution à Cuba, était de s'appuyer sur une insurrection urbaine générale, un « coup de force » initié par les milices urbaines du M-26 de Santiago de Cuba et de La Havane, devant s'étendre,  par un effet de Domino irréversible,  à toutes les villes du pays, entraînant spontanément le peuple urbain dans leur révolution, rappelons-le, non-socialiste, anti-dictatoriale et exigeant une véritable démocratie.

Walter BENJAMIN | Haussmann ou les barricades



Haussmann cherche à les [combats de barricades] prévenir de deux façons. La largeur des rues en rendra la construction impossible et de nouvelles voies relieront en ligne droite les casernes aux quartiers ouvriers. Les contemporains ont baptisé son entreprise : « l’embellissement stratégique ».

WALTER BENJAMIN


E. Haussmann ou les barricades

I

J’ai le culte du Beau, du Bien, des grandes choses,
De la belle nature inspirant le grand art,
Qu’il enchante l’oreille ou charme le regard ;
J’ai l’amour du printemps en fleurs : femmes et roses !
Baron Haussmann, Confession d’un lion devenu vieux.

L’activité de Haussmann s’incorpore à l’impérialisme napoléonien, qui favorise le capitalisme de la finance. A Paris la spéculation est à son apogée. Les expropriations de Haussmann suscitent une spéculation qui frise l’escroquerie. Les sentences de la Cour de cassation qu’inspire l’opposition bourgeoise et orléaniste, augmentent les risques financiers de l’haussmannisation. Haussmann essaie de donner un appui solide à sa dictature en plaçant Paris sous un régime d’exception. En 1864 il donne carrière à sa haine contre la population instable des grandes villes dans un discours à la Chambre. Cette population va constamment en augmentant du fait de ses entreprises. La hausse des loyers chasse le prolétariat dans les faubourgs. 

CHINE | La Commune de Shanghai



La Commune de Shanghai 
et la Commune de Paris

Hongsheng Jiang
La Fabrique | septembre 2014

Il y a 50 ans en Chine, la Révolution Culturelle
Une révolution dans la révolution
Le 21 mai 2016, 18 heures, 
Conférence-débat avec Hongsheng Jiang, 
professeur à l'université de Pékin, au local de l'ACTIT, 
54 rue d'Hauteville à Paris (Métro Chateau d'eau ou 
Bonne Nouvelle).


INTRODUCTION

En 1871, pendant la guerre franco-prussienne, les travailleurs parisiens se révoltèrent contre le gouvernement bourgeois et formèrent la Commune de Paris. Pour les marxistes classiques, c’était le premier gouvernement des travailleurs, un modèle exemplaire, quoique embryonnaire, de dictature du prolétariat. Pour Marx, le principe de la Commune de Paris était que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre possession de la machine d’État toute prête, et de la faire fonctionner pour son propre compte ». Après la défaite de la Commune, cette interprétation se propagea dans le monde entier et en particulier en Chine.

ZANZIBAR Socialiste




ZANZIBAR

ARCHITECTURE 
& 
URBANISME 

SOCIALISTES

[1964 - 1984]


Peu après la révolution de 1964,  en Zanzibar socialiste, Abeid Karume, le dirigeant du Conseil révolutionnaire Zanzibari,  déclarait :

« une personne qui vit dans une hutte branlante plutôt que dans un appartement moderne ne peut véritablement être dite libre ».

Loger le Peuple dignement : pour y parvenir, le premier Conseil révolutionnaire de la République de Zanzibar reprend les mesures  - adéquates - déjà instaurées auparavant en d'autres terres socialistes : réquisition, confiscation des biens immobiliers appartenant à de riches propriétaires, aux opposants, puis nationalisation et redistribution des biens et partage équitable des terres, création de coopératives agricoles, et, construction de logements, avec comme objectif, d'édifier la ville nouvelle socialiste, et au-delà, l'Homme nouveau. Ainsi, le vaste bidonville Ng'ambo, « l'Autre côté » - sordide héritage du colonialisme britannique -, qui encerclait les quartiers huppés, Stone Town, de la capitale, Zanzibar City, devait, à terme, être complètement éradiqué afin d'y bâtir la ville moderne. Pour mener à bien cette tâche gigantesque, titanesque même, Karume invita architectes, urbanistes Est-allemands, spécialistes renommés de l'architecture sociale, héritiers du Bauhaus. 


Carlos MARIGHELLA | Manuel de GUERILLA URBAINE


Carlos MARIGHELLA

Ação Libertadora Nacional



En 1964, au Brésil, un coup d'Etat militaire instaure une dictature. Carlos Marighella, né en 1911 est un politicien, alors membre officiel du parti communiste brésilien. Il se rapproche des théories de Fidel Castro et de Che Guevara, est attentif aux mouvements révolutionnaires en Uruguay et en Argentine, ainsi que du Front populaire de libération de la Palestine, ce qui lui vaut, en 1967, d'être expulsé du parti qui oeuvrait pour la paix sociale et une légitimisation parlementaire. Comme dans la plupart des pays du monde, un grand nombre de jeunes étudiants, convaincus de la nécessité d'une lutte armée et contre l'immobilisme du parti communiste vont rejoindre les rangs des organisations politiques de la Gauche extraparlementaire et des groupes révolutionnaires armés. Carlos Marighella fonde ainsi en 1968 l'ALN, Ação Libertadora Nacional, (Action de Libération Nationale) en recrutant notamment dans les milieux universitaires. L'ALN deviendra une des principales forces révolutionnaires du pays, avec la VPR (Vanguarda Popular Revolucionaria) et le MR-8 (Movimento Revolucionario 8 de Outubro). Les premières actions de guérilla urbaine furent ainsi lancées ( hold-up de banques, contrôle d'une station de radio et diffusion de son manifeste-, attaque des postes de police, dynamitage de casernes de l'armée, etc.). Ses actions les plus spectaculaires sont les enlèvements de diplomates étrangers, dont notamment l'ambassadeur américain. Le gouvernement adopte des mesures répressives (rétablissement de la peine de mort, exil d'opposants politiques, censure des journaux, nouvelle Constitution amendée pour procéder à des arrestations en cas de menace à la sécurité nationale, etc). La Central Intelligence Agency (CIA) collaborera en infiltrant les mouvements de guérilla. Marighella fut finalement tué dans une embuscade policière en novembre 1969. 8000 personnes seront arrêtées, et les escadrons de la mort, formés au sein des forces policières, feront environ 1000 morts. La guérilla sera écrasée dès la fin de 1971.

URBANISME-S DE GUERRE | Vietnam




Tout l'enjeu des guerres du Vietnam fut le contrôle des populations rurales, de disputer à l’ennemi la confiance et l’estime des paysans, puis leur adhésion, leur soumission à un programme idéologique. Une guerre politique de « contrôle des corps », condition préalable au « contrôle des âmes », et selon le stratège Charles Lacheroy cette guerre a pour principal objectif le contrôle de « l’arrière » [1], c’est-à-dire de la population : « le problème numéro un, c’est celui de la prise en main de ces populations qui servent de support à cette guerre et au milieu desquelles elle se passe. Celui qui les prend ou qui les tient a déjà gagné. » Le Peuple plutôt que le territoire est à conquérir.

Afin d'y parvenir, le président dictateur du Sud Vietnam Ngô Đình Diệm décida d'une grande réforme rurale, dans le cadre plus large de sa révolution totale, imposant aux villageois des hameaux et villages isolés, un déplacement regroupement dans des Agrovilles, Agro-hameaux et Hameaux stratégiques fortifiés, remparts contre la propagande communiste. Entre 1957 et 1963, près de sept millions de paysans – près de la moitié de la population totale - ont été forcé d'abandonner leurs maisons et rizières pour rejoindre des « Centres de prospérité » les suspects étaient condamnés aux « Centres de ré-éducation ».


Chris Ealham | BARCELONE contre ses Habitants


Les ouvrages concernant l'urbanisme insurrectionnel, révolutionnaire sont rarissimes. Est aujourd'hui préférée la sacro-sainte question du Pourquoi, au détriment du Comment, question abandonnée à la science militaire-policière. L'ouvrage de Chris Ealham est donc bienvenu (remercions au passage l'éditeur !), par le thème abordé, « les aspects socio-temporels, symboliques, pratiques et spatiaux de l’urbanisme révolutionnaire à Barcelone » et une analyse remarquable. Passons sur ses références au Droit à la ville d'Henri Lefevbre, l'étude est objective car sans complaisance aucune, mais malheureusement bien trop courte, une centaine de pages seulement pour un aussi vaste sujet d'étude, concernant « la plus grande ville industrielle d'Espagne qui a connu plus de combats de barricades que n'importe quelle autre ville du monde » comme l'évoquait Engels dans Les Bakouninistes en action (1873). Cette culture de l'organisation insurrectionnelle de l'espace urbain, cet héritage transmis de génération en génération de luttes ouvrière et anarchiste, cette « mémoire sociale » servira les insurgés de juillet 1936, juge ainsi Chris Ealham. Ces vaillantes et victorieuses barricades, ces comités de quartier, entre autres, seront, pouvons-nous ajouter, les derniers sérieux obstacles érigés à Barcelone contre le fanatisme du capitalisme, et le terrorisme d'Etat.

Le MUR des Fédérés




C’est un vaste charnier, une grande fosse commune, une large tranchée où sont ensevelis dans
leur linceul de chaux plusieurs centaines de corps de révolutionnaires communards, que foule le visiteur devant le Mur des Fédérés qui se dresse au cimetière parisien du Père Lachaise. Peu de visiteur connaisse la macabre existence souterraine de ce parvis, peut-être un des seuls au monde de ce genre, où nul signe ou message informe le visiteur qu’il marche, piétine les restes humains
des vaincu-e-s de la première grande révolution ouvrière mondiale : la Commune de Paris de 1871.

C’est une révolution sans véritable monument, dans le sens d’Aloïs Riegl (1903) d’« une oeuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou de telle destinée (ou des combinaisons de l’une ou de l’autre).» ; ou selon la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1814 d’une «marque publique destinée à transmettre à la postérité la mémoire de quelque personne illustre ou de quelque action célèbre.»  

BELGIQUE | Cellules Communistes Combattantes




Cellules Communistes Combattantes
Entretien avec Bertrand Sassoye
2013


L'histoire de la guérilla révolutionnaire en Europe de l'Ouest fait toujours l'objet d'un véritable refoulement. Les causes de cette amnésie proviennent, à divers degrés selon les pays, d'un cadre législatif oppressif, limitant le droit aux anciens militants de s'exprimer sur leur passé révolutionnaire (en France de “s’abstenir de toute intervention publique relative à l’infraction commise”[1]), interdisant la remise en question de l'historiographie “officielle” (en Allemagne ceux qui affirment publiquement que les prisonniers de la Fraction Armée Rouge détenus à Stammheim ont été «  suicidés  » peuvent être poursuivis et condamnés suivant le §90a du code pénal ''insulte à l'Etat'' ou suivant le §129 “propagande pour une organisation terroriste”), ou bien encore en accordant une remise de peine à un prisonnier politique qui renie publiquement son engagement dans la “violence armée”, le "terrorisme" (en Italie, loi sur la “dissociation” de 1987).

Cette forme insidieuse d'état d'exception laisse ainsi aux journalistes, spécialistes et historiens anti-révolutionnaires (capitalistes et communistes), la plus grande liberté d'expression, refusée à d'autres, un espace public hégémonique – dans le sens de Gramsci - pour l'élaboration, la production historiographique, mémorielle – et “émotionnelle” - d'un passé conforme à l'idéologie dominante [2] et pour sa diffusion. Cette hygiénisation ou hypertrophie historiographique complète les dispositifs judiciaires visant à littéralement s'acharner contre d'anciens militants aujourd'hui inoffensifs citoyens (les extraditions par exemple), à les maintenir en prison pendant des décennies (24 ans pour Jean-Marc Rouillan, 30 ans pour Georges Ibrahim Abdallah, etc.). Au-delà, l'«  affaire Tarnac  » démontre à l'évidence, l'appréhension des gouvernements de voir surgir des cendres politico-idéologiques d'hier, des groupes radicaux, ou selon le philosophe Agamben «  que les peuples eux-mêmes se radicalisent devant l'évident scandale qu'est l'ordre présent des choses.»


Afrique du Sud | Insurrections Urbaines | 1984 - 1987






David Goldblatt


« C’était la réalité et la menace de la lutte armée qui avaient amené le gouvernement au seuil des négociations.»

Nelson Mandela
Prix Nobel de la Paix


UMKHONTO WE SIZWE 
INSURRECTIONS URBAINES| 1984 - 1987


Ce quatrième opus consacré à Umkhonto We Sizwe concerne la période des grandes insurrections urbaines que connut l'Afrique du Sud entre septembre 1984 et 1987. 



UMKHONTO WE SIZWE | 1964 - 1984



Alf Kumalo | Shoot to kill Soweto 1976


« Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK :
nous n’acceptions aucune perte de vies humaines.
Mais si le sabotage ne produisait pas les effets escomptés, nous étions prêts à passer à l’étape suivante :
la guerre de guérilla et le terrorisme. »
Nelson Mandela


LA REVOLUTION EN EXIL | 1964 - 1984


Comme tant d'autres révolutions, Umkhonto avait sur-estimé sa capacité à pouvoir « entraîner » les populations urbaines dans la lutte armée, et plus que très largement sous-estimé le facteur « temps » pour les convaincre, mais aussi le degré d'inhumanité, de répression et de violence dont pouvaient être capable les forces de la police, et au-delà le terrorisme d'Etat. Défait dans les villes, inexistant dans les campagnes, Umkhonto weSizw décide de s'exiler, et de franchir l'étape suivante : la guerre de guérilla, mais en exil, hors du pays.


UMKHONTO WE SIZWE | Guérilla Urbaine





« Pendant les moments les plus tristes, Amnesty International ne faisait pas campagne pour nous parce que nous avions utilisé la lutte armée et cette organisation ne défendait aucune personne qui avait choisi la violence. C’était pour cette raison que je pensais que le comité Nobel ne retiendrait jamais pour le prix de la paix le nom de l’homme qui avait créé Umkhonto weSizwe. »

Nelson Mandela
Prix Nobel de la Paix


UMKHONTO WE SIZWE 
Guérilla Urbaine 
1961 - 1964


Umkhonto weSizw, [Fer de Lance], l'alliance armée de l'AFrican National Congress [ANC] et du South Africa Communist Party [SACP], fut créé en 1961 sous l'initiative de la jeune garde menée par Nelson Mandela, son premier commandant. Refusant le modèle de Gandhi d'une lutte pacifiste de désobéissance civile, Nelson Mandela préférait les conquêtes militaires de Ho Chi Minh, du Front de Libération d'Ahmed Ben Bella, de Fidel Castro et du commandant Guevara, qu'il citait en exemple [1].

Cette deuxième partie concerne le processus de formation de Umkhonto [ou MK], la période de la guérilla urbaine, jusqu'à sa complète défaite et son exil en Tanzanie amie. Les  larges extraits du récit autobiographique de Nelson Mandela, LONG WALK TO FREEDOM, que nous présentons ici, retracent l'histoire,  et celle de son expérience dans la lutte urbaine menée par les résidents du quartier Sophiatown à Johannesburg, contre leur éviction ; importante car son échec renforça encore sa détermination à engager le processus de la lutte armée : « A un certain moment, on ne peut combattre le feu que par le feu. »

Gauche Prolétarienne | Luttes Urbaines


Occupation illégale | Secours rouge | 1972


Mai 68 n'est certainement pas « un coup de tonnerre dans un ciel serein », les événements de mai sont précédés d'une longue gestation : de la mobilisation contre la guerre d'Algérie, puis du Vietnam, des grandes grèves ouvrières, dont celle de l'usine Renault Flins en 1964 où les grévistes scandaient : « Nous voulons du temps pour vivre », ou bien encore des échos du combat du Black Panther Party et des expériences des Provos d'Amsterdam ; après l'onde de choc de mai 68, la contestation se distille au sein de la société, et aucun domaine n'est épargné par la critique. La conflictualité se diffuse en profondeur qui s’exprime de plus en plus souvent par le recours à l’illégalité : occupations, séquestrations, violences, sabotages, etc. Le Zeigeist est plus que favorable, selon des groupuscules d'étudiants, pour radicaliser les luttes, et les maoïstes de la Gauche prolétarienne estiment pouvoir emmener le Peuple vers la Révolution.


Territoire et Villes en Chine Maoïste



Territoire et Villes
en Chine Maoïste

1949 -1976



Pendant la longue période maoïste (1949-1976-1978) de la République Populaire de Chine (中华人民共和国) les domaines de la planification, de l'aménagement du territoire , de l'urbanisme, se réfèrent explicitement à la tradition marxiste et à la pensée – plus que théorie – de Marx et d'Engels. Autant les fondateurs du marxisme ont insisté sur les méfaits de l'opposition entre la ville et la campagne et sur la consolidation qui en résulte sous le mode de production capitaliste, autant ils ont insisté sur la nécessité d'abolir cette opposition. Marx dans Le manifeste du parti communiste avait parfaitement situé le noeud des rapports ville-campagne : « La bourgeoisie a soumis la campagne à la domination de la ville » ; conclusion à laquelle il arrivait après l'analyse développée dans l'Idéologie allemande rédigé en 1845-46 :

« La plus grande division du travail matériel et intellectuel est la séparation entre la ville et la campagne... L'antagonisme entre la ville et la campagne... est l'expression d'ignorance crasse de la sujétion de l'individu à la division du travail, à une activité déterminée qui lui est imposée ; sujétion qui fait de l'un un animal citadin limité et de l'autre un animal campagnard limité, tout en renouvelant quotidiennement l'antagonisme de leurs intérêts... L'abolition de l'antagonisme entre la ville et la campagne est l'une des premières conditions de la communauté... La séparation entre la ville et la campagne peut être également comme la séparation entre le capital et la propriété foncière, comme le début d'une existence et d'un développement du capital indépendamment de la propriété foncière... »

Black Panthers | Guérilla Urbaine Sociale

Black-Panther Free Food Program


Je veux vivre pour la révolution, pas mourir pour elle
Naima Major, Black Panther, 1969

Il faut faire comprendre aux jeunes noirs et aux modérés que s’ils succombent aux doctrines révolutionnaires ce seront des révolutionnaires morts.
Hoover, directeur FBI, 1967

Aux Etats-Unis, en 1967, deux évènements entérinent la division des mouvements de la communauté noire : pour la premièe fois dans l'histoire américaine, un afro-américain, Carl B. Stokes (1927-1996) [1], est élu par ses concitoyens maire d'une grande ville, Cleveland, en Ohio ; 1967 est également l'année de l'ouverture du premier bureau du Black Panthers Party à Oackland en Californie.

Rote Armee Fraktion | Conception de la guérilla urbaine


Thorwald Proll, Horst Söhnlein, Andreas Baader et Gudrun Ensslin au tribunal | octobre 68

Rote Armee Fraktion

Conception de la guérilla urbaine 
[Das Konzept Stadtguerilla]
Avril 1971


« Entre l'ennemi et nous, il nous faut tracer une ligne de démarcation bien nette. »
Mao-Tsé-Toung

Conception de la guérilla urbaine

« Etre attaqué par l'ennemi est une bonne chose et non une mauvaise chose; en ce qui nous concerne, qu'il s'agisse d'un individu, d'une armée, d'un parti ou d'une école, j'estime que l'absence d'attaque de l'ennemi contre nous est une mauvaise chose, car elle signifie nécessairement que nous faisons cause commune avec l'ennemi. Si nous sommes attaqués par l'ennemi, c'est une bonne chose car cela prouve que nous avons établi une ligne de démarcation bien nette entre lui et nous. Et si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c'est encore mieux, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l'ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. »

Mao-Tsé-Toung, 26 mai 1939

Chine Maoïste | DAZIBAO



Le dazibao - ou tatzupao – est selon Mao Zedong,  l'une des « armes stratégiques » de la Révolution culturelle pour l'initier, et « l'arme tranchante de la Révolution » pour faire participer et élever autant le niveau de conscience des masses populaires que celui des intellectuels. Pendant trois années (1966-1969), les murs des villes, des communes rurales, des universités et des lieux de production se couvrent de dazibao subversifs rédigés en commun par des comités « révolutionnaires » d'ouvriers, d'étudiants et d'universitaires, de paysans, des affiches en grands caractères parfois illustrées compréhensibles et accessibles au plus grand nombre. Les masses s'adressent ainsi - directement - aux masses, l'un des principes politiques fondamental de la pensée de Mao. Puis, après la Révolution, Mao assignera au dazibao un rôle tout aussi important, mais s'inscrivant dans sa ligne politique, un instrument de pure propagande officielle, critique mais n'ayant plus guère de caractère subversif, et pouvant apparaître parfois comme un procédé de délation, voire un exercice obligatoire. La fin du dazibao s'opère en 1989, les étudiants insurgés contre le régime lui préfèrent, sans l'abandonner, la communication visuelle, celle des médias télévisuels. 





Lissagaray | La Commune de Paris

PARIS, 1871 

La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper.
 Prosper-Olivier Lissagaray

Une édition électronique du livre 
au format PDF :


Selon la légende, Prosper-Olivier Lissagaray fut ce dernier fédéré.  Partisan devenu historien, Lissagaray relata la Commune de Paris,  comme d'autres - dont Karl Marx, Elie Reclus  ; L'Histoire de la Commune de 1871, qu'il l'occupa pendant plus de 25 ans, fut salué dès sa parution comme un chef-d'œuvre ; c'est un livre passionné et vrai, souligne Jean Maitron. Amédée Dunois, en préface de la réédition de son livre [1929]  jugeait ainsi :

“ Aucun ne l’atteint en vigueur, en éclat, en intensité pathétique ; aucun n’a ressuscité comme lui, dans sa misère et dans sa gloire, la sanglante et sublime Aventure.  [...] L’Histoire de la Commune n’est pas qu’un livre vrai, c’est un beau livre, d’un art puissant et spontané qui ne doit rien au métier, à l’école, et qu’on ne peut qu’admirer. De la couleur, du rythme, du souffle, de l’allant. Dès le prologue, aux raccourcis saisissants, on est empoigné, et alors on ne s’arrête plus. Le drame se noue, se précise, s’amplifie, jusqu’à la catastrophe finale — cette bataille de huit jours entre une soldatesque rageuse, armée jusqu’aux dents et un prolétariat « las de végéter dans l’ignorance et de croupir dans la misère », cette répression sauvage du peuple par le peuple, dont l’atroce souvenir jamais ne s’effacera. [...]