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USA 1960's | Urbanisme Underground | Architectures Alternatives






« Nous sommes à l'aube d'une révolution qui sera différente de celles du passé parce qu'elle sera faite par la culture et par l'individu ; elle ne changera la structure politique qu'en dernier ressort. Elle n'aura pas besoin de la violence pour réussir et on ne pourra pas, avec succès, lui résister par la violence. »


Charles Reich, professeur de Droit à l'université de Yale.
(The Greening of America, 1970).





Les conquêtes simultanées de nouveaux territoires jamais explorés, pour la seule année 1969, effectuées par les ou aux États-Unis, stupéfièrent son peuple et le monde entier ; sans doute, la plus spectaculaire aura été la conquête spatiale concrétisée le 21 juillet avec les premiers pas d’humains sur la Lune ; peu après, le 15 août débutait le festival de Woodstock ayant réuni 500.000 spectateurs-acteurs, un évènement inédit, et un des espaces symboliques – et aussitôt mythiques - de représentation de force de la contre-culture rebelle, où à peu près toutes les valeurs de l’Amérique bien pensante conservatrice étaient bafouées publiquement : Sex, Drugs and Rock’n Roll servaient la propagande anti-militaire et anti-raciste ; un autre espace s’ouvre également à l’Humanité, immatériel et plus confidentiel mais à la portée tout aussi exceptionnelle : le réseau informatique avec la naissance le 29 octobre, d’Arpanet (Advanced Research Projects Agency Network), ancêtre d’internet et des communautés virtuelles.

Ces trois événements – Apollo (technique), Arpanet (communication), Woodstock (contre-culture)[1] – symbolisent la fin d’une longue époque emprunte de passéisme, et marquent la transition avec un Nouveau monde entièrement tourné vers un futur encore incertain, interrogeant les avenirs possibles, souhaitables de l’Humanité, et donc, naturellement, leurs caractères utopiques, futurs radieux ou irradiés, consacrés en particulier par les architectes visionnaires ou sceptiques des avant-gardes, inspirés par à la fois les nouvelles technologies et les aspirations du monde contre-culturel et de sa propre utopie, concrétisées bien avant l’année 1969, et elles-aussi, ayant interrogées ou scandalisées les Américains ; 1969, première année également de la présidence de Nixon, bien décidé à éradiquer la moindre contestation .[2]

MIKE DAVIS | Ecologie en temps de guerre

 


"La Seconde Guerre mondiale donna ainsi lieu à la plus grande expérience d’écologie populaire de l’histoire des États-Unis."

Mike Davis

Écologie en temps de guerre. Quand les États-Unis luttaient contre le gaspillage des ressources

In la revue Mouvements 2008/2

Article initialement paru sous le titre « Home-Front Ecology » dans le Magazine Sierra Club (juillet-août 2007).


Mike Davis nous a quitté ce 25 octobre 2022.

Aux États-Unis, les générations actuelles sont-elles équipées pour répondre au défi homérique que représente le réchauffement climatique ? Si les grands médias glosent à longueur de pages sur les « crédits de carbone », les « voitures hybrides » et l’« urbanisme intelligent », il n’en reste pas moins que notre empreinte écologique ne cesse d’augmenter. À titre d’exemple, la maison américaine typique est aujourd’hui 40 % plus grande qu’il y a vingt-cinq ans, alors même que la taille de chaque foyer s’est réduite. Dans le même temps, les mammouths du genre 4×4 (qui représentent 50 % des voitures particulières) ont envahi les autoroutes, tandis que la taille des surfaces commerciales par habitant – un moyen indirect, mais fiable, de mesurer l’augmentation de la consommation – a quadruplé.

2Autrement dit, nous sommes trop nombreux à parler d’écologie tout en conservant un mode de vie surdimensionné – donnant ainsi du grain à moudre aux conservateurs qui multiplient les tribunes fustigeant cyniquement les factures d’électricité d’Al Gore. Nous sommes désespérément drogués aux énergies fossiles, au shopping compulsif, à l’expansion suburbaine et au régime carnivore. Les Américains pourront-ils jamais renoncer volontairement à leurs 4×4, à leurs hamburgers, à leurs énormes manoirs de banlieue et à leurs sacro-saintes pelouses ?

3Surprise : la bonne nouvelle nous vient du passé. Dans les années 1940, les Américains combattaient simultanément le fascisme à l’étranger et le gaspillage chez eux. Mes parents, leurs voisins, et des millions d’autres Américains laissaient la voiture au garage pour se rendre au travail à vélo, retournaient leur pelouse pour planter des choux, recyclaient les tubes de dentifrice et l’huile de cuisson, prêtaient bénévolement leurs services aux crèches et aux centres de l’United Service Organization, offraient le gîte et le couvert à des inconnus, et s’efforçaient consciencieusement de réduire leur consommation et d’éviter le gaspillage inutile. La Seconde Guerre mondiale donna ainsi lieu à la plus grande expérience d’écologie populaire de l’histoire des États-Unis. Lessing Rosenwald, le directeur du Bureau pour la conservation des matériaux industriels, exhortait ses compatriotes « à passer d’une économie de gaspillage – et on connaît les habitudes de ce pays en matière de gaspillage – à une économie de préservation. » Une majorité de civils répondit à l’appel, certains à contrecœur, d’autres avec beaucoup avec enthousiasme.

Neil Smith | La Cité Revancharde



The New Urban Frontier. Gentrification and the revanchist city
Londres, Routledge, 1996.
NEIL SMITH (1954-2012)

La Cité Revancharde


Peu connu du grand public français, le géographe « radical » anglais Neil Smith, élève de David Harvey, a légué à la postérité nombre d’ouvrages majeurs concernant la gentrification, dont notamment The New Urban Frontier. Gentrification and the revanchist city. Aucun n’a été à ce jour traduit en français. Ce brillant essai est disponible en intégralité en anglais au format PDF :
= sur le site internet rohcavamaintenant.free.fr

Extraits choisis :

Revanche in French means revenge, and the revanchists comprised a political movement that formed in France in the last three decades of the nineteenth century. Angered by the increased liberalism of the Second Republic, the ignominious defeat to Bismarck, and the last straw—the Paris Commune (1870–1871), in which the Paris working class vanquished the defeated government of Napoleon III and held the city for months—the revanchists organized a movement of revenge and reaction against both the working class and the discredited royalty. Organized around Paul Déroulède and the Ligue des Patriotes, this movement was as militarist as it was nationalist, but also made a wide appeal to “traditional values.” “The True France, for Déroulède—the France of good honest men who believed in simple virtues of honor, family, the army, and the [new Third] Republic …would surely win out” (Rutkoff 1981). It was a right-wing movement built on populist nationalism and devoted to a vengeful and reactionary retaking of the country.

Robert GOODMAN | Guerrilla Architecture




« By looking at the alliance that has developed between politicians, planners and industry, it should now be clear that both liberal and conservative reforms within the existing structure of American society cannot change the inequities of that society. »


Robert Goodman
After the Planners
1971 


Robert Goodman (né en 1936) est architecte et professeur au Massachusetts Institute of Technology ; tout au long des années 1970, il a été un des fervents partisans de l’Advocacy planning au service des habitants pauvres, comme nombre de ses collègues, et il participa, avec parfois ses étudiants, à de nombreuses luttes urbaines et pour le droit au logement, initiant des méthodes de travail et de conception au contact de la population ; il est le fondateur de l’Urban Planning Aid, et théoricien version New Left (Nouvelle gauche) de « The Architect’s Resistance » et de la « Guerrilla Architecture », contre tout à la fois le « complexe urbano-industriel » lié à la guerre du Vietnam, contre « l’architecture de la répression » et l’urbanisme bureaucratique et autoritaire, pour ne pas dire, contre l’urbanisme et l’architecture capitalistes et les experts à leur solde. Dans le vaste mouvement architectural anti-système qui domine cette époque, il partage l’idéal d’auto-construction, en considérant que « l'efficacité des formes d'architecture les plus rudimentaires, comme les bidonvilles, par exemple, où l'expertise doit être partagée entre les professionnels et le peuple, voire -le cas est fréquent- être prise en mains complètement par la population, est qu'elle commence à ouvrir les yeux de celle-ci en détruisant la dépendance antérieure. La population sent qu'elle peu commencer à agir sur ses besoins sans attendre que le gouvernement et ses experts prennent soin d'elle » ; tout autant que l'architecture vernaculaire et  les « enseignements des cultures primitives  », où « la population est capable de créer des relations personnelles plus étroites avec son environnement  ».

En 1971, il publie son œuvre « After the Planners » ; il ne sera jamais traduit en français ; il est disponible en intégralité au format PDF en langue anglaise :

= sur le site memoryoftheworld.org




New York | Quartier en guerre



Seth Tobocman
War in the Neighborhood
1999

Edité en français par le Collectif des Métiers de l’Edition CMDE
Quartier en guerre
février 2017


Note de l'éditeur :
"Couvre-feu, violences policières, expulsions... Les politiques sécuritaires et la spéculation immobilière s’attaquent au quartier populaire du Lower East Side à Manhattan, au coeur des années Reagan. Ses habitants résistent : squats, manifestations sauvages, émeutes... Ce roman graphique raconte une décennie de luttes par une succession de portraits où se croisent les vies tumultueuses d’immigrés, de sans-abri, de punks... des pauvres pour qui la solidarité et l’auto-organisation deviennent des armes. Au plus fort de son art du reportage, Seth Tobocman signe un livre d’une rare finesse, écrit sur plus de dix ans, alors qu’il squattait lui-même à deux pas du centre mondial de la finance."


Seth Tobocman, compagnon de route de Peter Kuper et d’Eric Drooker, est un artiste majeur de la BD underground américaine. Il est l’auteur, entre autres, de You Don’t Have to Fuck People Over to Survive (AK Press), Landscapes and Disasters (AK Press), World War III Illustrated: An Anthology (PM Press) et de Len: A Lawyer in History (AK Press).

Présentation de l'auteur :
LOWER EAST SIDE POLITICS

USA | PRIVATOPIA




USA | Sun City Arizona
Photograph by James P. Blair

Marco d'Eramo
From Minnesota to Arizona

Du Minnesota à l'Arizona
Le rêve américain d'une ville sans ville.
2007


MINNESOTA : LE MALL QUI A AVALÉ L'AMÉRIQUE


Au coeur d'un paysage plat comme une table de billard, avec une température avoisinant les – 20° C., les Twin Cities de Minneapolis et de Saint Paul semblent une destination touristique pour le moins improbable en plein mois de janvier. Et pourtant, au plus dur de l'hiver glacial de la Snow Belt, elles attirent encore plus de 100.000 touristes par jour, 3 millions par mois, qui font parfois le voyage depuis le Japon ou la Corée. Ils ne viennent pas pour le fleuve Mississipi, ni pour le joli centre-ville de St Paul, conservatrice et germanique, ni, sur l'autre rive du fleuve, pour le dynamisme de Minneapolis, social-démocrate et scandinave, la patrie de Prince. Ils viennent pour une étrange entité plantée au milieu de nulle part, à une quinzaine de kilomètres des deux centres-villes, dans la banlieue de Bloomington, stratégiquement située à proximité de l'aéroport international, auquel elle est désormais reliée par une ligne de métro.


MALL | Centre Commercial




LIFE Magazine | 1954 | Northdale


Les premiers centres commerciaux modernes américains étaient-ils "socialistes", s'interroge Marc Berdet, auteur des Fantasmagories du capital.  

En effet, en 1954, 74 % de la population des USA résident dans les banlieues [suburbs], vastes océans de lotissements de résidences et de gated communities, conséquences de l'avidité des entrepreneurs, des spéculateurs, et du système automobile - réfrigérateur - téléphone - télévision. Les edge-cities, outer-cities et autres exurbs, se forment, villes-territoires sous-équipées n'ayant aucun lien organique avec les lointains centres-villes. L'architecte américain Victor Gruen et son associé Larry Smith inventeront alors les malls modernes, une concentration de magasins mais également d'équipements publics, censée offrir aux habitants des immensités résidentielles, un centre de vie, un « condensateur social »,  mis en valeur par une architecture de qualité.

Black Panthers | Guérilla Urbaine Sociale

Black-Panther Free Food Program


Je veux vivre pour la révolution, pas mourir pour elle
Naima Major, Black Panther, 1969

Il faut faire comprendre aux jeunes noirs et aux modérés que s’ils succombent aux doctrines révolutionnaires ce seront des révolutionnaires morts.
Hoover, directeur FBI, 1967

Aux Etats-Unis, en 1967, deux évènements entérinent la division des mouvements de la communauté noire : pour la premièe fois dans l'histoire américaine, un afro-américain, Carl B. Stokes (1927-1996) [1], est élu par ses concitoyens maire d'une grande ville, Cleveland, en Ohio ; 1967 est également l'année de l'ouverture du premier bureau du Black Panthers Party à Oackland en Californie.

USA | Naissance de l'Urbanisme Moderne




Les garden city, les company towns, les périphéries de lotissements pavillonnaires, les gated communities, les park ways, le supermarché, le building puis les quartiers de skyscrapers : les modèles urbains nés aux États-Unis au 19e siècle – pour certains, une adaptation aux conditions d'outre-Atlantique des expériences anglaises et de l'urbanisme européen - préfiguraient la morphologie et le paysage futur des villes du monde entier. De même, le développement des transports collectifs, et notamment les lignes de chemin de fer et de tramway électrique, qui s'est effectué dans les grandes villes américaines dès les années 1850, a été le plus précoce et le plus important. Cela est vrai également pour le développement automobile qui suivra, et de son impact sur les territoires. Manfredo Tafuri jugeait que de « tels processus sont le résultat du boom capitaliste qui investit directement l'échelle territoriale », et les réseaux de transports publics seront considérés par les premiers grands trusts comme une opportunité pour des opérations de spéculations ultra-lucratives ; tandis que les industriels en profiteront pour bâtir les company towns, cité ouvrière loin des centres villes,  dont l'objectif est ainsi résumé par le fabriquant de piano Steinway  :

« Nous espérions échapper ainsi aux menées des anarchistes et des socialistes, qui déjà à cette époque passaient leur temps à susciter le mécontentement parmi nos ouvriers et à les inciter à se mettre en grève. Ils semblaient nous prendre pour cible et nous pensions que si nous pouvions éviter tout contact entre nos ouvriers et ces hommes, ainsi qu'avec d'autres tentateurs de la ville dans les quartiers ouvriers, ils seraient plus heureux et que leur sort serait meilleur. » 


1929 | Krach & Mobiles Homes Parks




 Plan du " Bay View Heights & Home Sales Park" Usa


La grande crise de 1929 : un cataclysme mondial pour les classes populaire et moyenne ; aux États-Unis, des centaines de milliers d'ouvriers et d'employés privés d'emploi, sont condamnés à vivre dans des campements de fortune ; d'autres ménages, qui avaient quelque économie auront la fortune de pouvoir se déplacer à travers le pays à la recherche de travail agricole saisonnier, et/où sur les grands chantiers du New Deal de l'Etat [barrage, digue, autoroute, voie ferrée, pont, etc.]. Leur survie économique pour ne pas sombrer dans la pauvreté totale tenait essentiellement à leur mobilité : la possession d'un véhicule pouvant à la fois emmener famille entière, effet personnel et mobilier en était une des conditions.


Mike DAVIS vs Frank GEHRY


Frank Gehry : Disney Concert Center de Bunker Hill 

L'architecte américain-canadien Frank Gehry* est considéré comme l'un des plus grands architectes de son temps ; il a été récompensé en 1989 par le prestigieux prix Pritzker - le Nobel de l'Architecture. Mike Davis n'apprécie guère ses oeuvres construites à Los Angeles : il nous explique pourquoi. 

Mike DAVIS

Extraits de
City of Quartz


Le Los Angeles des années 1990 s'est trouvé un autre emblème avec l'architecture déconstructiviste pop de Frank Gehry, célébrée comme le premier grand style vraiment autochtone depuis le bungalow. Le travail de Gehry se distingue en effet par sa capacité unique à « poppiser » le genre noir en recyclant les éléments d'un paysage urbain dégradé et socialement sinistré (ciment brut, grosses chaînes barrant le passage, murs aveugles, etc.) dans le décor lumineux et aéré d'espaces conviviaux (écoles de droit, aquariums, cinémathèques, etc.). On a là une alchimie architecturale qui revalorise des « espaces urbains sinistrés », comme le centre de Hollywood ou le quartier Pico-Union, en combinant formes séduisantes et des équipements sécuritaires complexes, comme nous le verrons par la suite. 

USA : American Indian Movement

1973, Wounded Knee


Les premières batailles des colons contre les Améridiens de l'Amérique du Nord [Native American] se déroulent en 1778 ; une longue guerre, ponctuée de massacres qui deviendra un véritable génocide, caractérisé selon l'historien américain Howard Zinn par le fait que « les gouvernements américains ont signé plus de quatre cents traités avec les Indiens et les ont tous violés, sans exception ». Un siècle plus tard, après la redition de Geronimo en 1886, le massacre de Wounded Knee en 1890 sonne le glas de la résistance Amérindienne sur le continent Nord Américain ; les survivants de ce génocide sont parqués dans des réserves aux terres arides et poussiéreuses où s'abîment les larmes de tristesse des nations Indiennes vaincues et humiliées, et durant les années 1890-1930 les Indiens sombrent dans une torpeur funèbre aggravée par l'alcoolisme. C'est durant cette période que le taux de natalité est le plus bas, faisant croire à certains "observateurs" de Washington que les Indiens sont destinés à complètement disparaître, d'ailleurs beaucoup d'Américains de cette époque pensent qu'il n'y a plus d'Indiens vivants aux Etats Unis.


Saul Alinsky : Donner du pouvoir au peuple, pas aux élites



Donner du pouvoir au peuple, pas aux élites
Entretien avec Saul Alinsky dans le magazine Playboy, 1972.

Via le site du collectif  : Pouvoir d'agir

INTRODUCTION

Ces 35 dernières années, l'establishment américain a été l'objet d'attaques incessantes de la part d'un organisateur communautaire binoclard, vêtu comme un conservateur, ressemblant à un comptable et parlant comme un manutentionnaire. Selon The New York Times, Saul Alinsky « est haï et craint en haut lieu, de la côte Ouest à la côte Est », pour être « une force majeure dans la révolution des sans-pouvoir (...) émergeant comme un véritable mouvement à lui seul. » Et un article du Time magazine concluait en disant que « c'est peu dire d'avancer que la démocratie américaine est en train d'être transformée par les idées d'Alinsky. »

Saul Alinski : Rules for Radicals, 1971



Cet agitateur professionnel organise les quartiers pauvres sur la base des collectivités d'habitation et des communautés. Réformiste, actif, il ne se contente pas de paroles : depuis trente ans, il sème la révolte dans toutes les grandes villes des États-Unis.
Actuel, n° 24, 1972.

Ce qui suit s'adresse à ceux qui veulent changer le monde et le faire passer de ce qu'il est à ce qu'ils croient qu'il devrait être. Si Machiavel écrivit le Prince pour dire aux nantis comment conserver le pouvoir, j'écris Rules for Radicals pour dire aux déshérités comment s'en emparer.
Saul Alinsky

Jean Gouriou
Saul Alinsky
Rules for Radicals
1971

De toute évidence, le niveau de connaissance que le public français a pu avoir d'Alinsky est faible. En présentant la traduction de Rules for Radicals et l'introduction à ce livre enrichie de quelques documents annexes, nous souhaitons simplement que cet homme soit mieux connu. Il est certes provocant et peut exaspérer, mais sa complicité avec la vie des gens et sa santé dans l'action sont choses trop rares pour qu'on ne les retienne pas au passage.

Saul ALINSKY : Être Radical


 Editions Aden, janvier 2012


« Un type a dit un jour que j’étais un marxiste, financé par les églises et qui reprenait les méthodes du gang d’Al Capone… Remarquez, je trouve le mélange intéressant… »

Saul D. Alinsky



A l'occasion de la réédition aux éditions Aden, du livre [manuel intemporel] culte de Saul Alinsky, Rules for Radical publié en 1971, nous remettons en première ligne un de nos premiers articles qui lui était consacré - peu consulté en fait - et publions ici, un texte de la revue Mauvais sang :

Saul Alinsky ou l’angle aveugle de la gauche…
Par Nic Gortz et Daniel Zamora
Revue Mauvais Sang n°3 (Editions Aden)

Introduction

Saul Alinsky constitue l’une des figures les plus emblématiques de la culture populaire radicale aux États-Unis dans les années septante. À ce titre, il incarne une référence dans la vie politique américaine encore à ce jour, ayant eu une influence non négligeable sur des figures actuelles telles que Hilary Clinton ou Barack Obama. Cependant, s’il est un auteur et un activiste reconnu outre-Atlantique, il demeure tout à fait inconnu auprès du public européen. Ses travaux et livres n’ayant fait l’objet que d’une seule – et contestable – traduction[1], Alinsky n’a acquis une certaine reconnaissance que dans le milieu des travailleurs sociaux. Or, si sa pensée est certes méconnue comme sociologue, elle présente pourtant une grande richesse sur les questions liées à l’action sociale et l’émancipation humaine. Ces apports pourraient donc s’avérer, à notre sens, d’un grand intérêt pour l’action politique et la pratique sociologie contemporaine.

Le Pentagone, nouveau seigneur des bidonvilles


Irak, photo : Zoriah photojournalism

L’idée de base, soutient la Rand Corporation, est que l’urbanisation de la pauvreté mondiale a produit « l’urbanisation des insurrections »

Mike Davis

Le Pentagone, nouveau seigneur des bidonvilles


Le jeune marine américain est ravi. « c’est le rêve de tous les francs-tireurs », dit-il à un journaliste du Los Angeles Times à la périphérie de Fallujah. « Tu peux aller partout et il y a plusieurs façons de tirer sur un ennemi sans qu’il s’aperçoive où tu es ». 
« Parfois je blesse un type et je le laisse crier un peu pour abattre le moral de ses camarades. Ensuite je tire une deuxième fois ». « Tuer un ennemi » explique-t-il, « te donne une décharge d’adrénaline incroyable ». Il se vante d’avoir fait « 24 victimes confirmées » dans la phase initiale de l’attaque brutale des Usa contre la ville rebelle de 300,000 habitants. Face à une résistance populaire et obstinée qui rappelle la défense de Hue par les Vietcong en 1968, les marines ont déchaîné à nouveau une terreur sans discrimination. Selon les journalistes indépendants et le personnel médical, ils ont massacré au moins deux cents femmes et enfants dans les deux premières semaines de combat.

USA : Les Diggers : The Free City Collective


Diggers :  The Free City Collective

 “Le moment est donc venu de nous donner plus d'envergure et de nous atteler à la tâche de créer des Villes libres et gratuites dans les zones urbaines du monde occidental.
Diggers :  The Free City Collective

Les Diggers/Free City Collective forment un collectif contre-culturel anarchiste basé à San Francisco, actif entre 1966 et 1969, animé notamment par Kenny Wisdom, alias Emmett Grogan. Issus en partie de la San Francisco Mime Troup, qui avait été créée en 1959, les Diggers se placent entre l’apolitisme des mouvements hippies et l'activisme révolutionnaire des groupes de la New Left, la Nouvelle Gauche.


Les Diggers de San Francisco


Diggers Paper

Yves Frémion

Les Diggers de San Francisco / Californie (1965 1968)
2008
A la fin des années 1960 est apparu un phénomène à la fois connu de tous et profondément méconnu dans sa réalité. Le mouvement Hippie a fait couler beaucoup d’encre, et rarement encre aura coulé aussi stupidement. Il faut dire que le mouvement commence en 1966 et se dissout à l’automne 1967. La presse commence alors à en parler, créant littéralement le mouvement dans les média, avec l’idéologie Flower Power, fleur au fusil et tendez la joue gauche.
La réalité est fort différente. Le vaste mouvement de ras-le-bol généralisé qui eut lieu à ce moment-là recouvrait des choses diverses.

USA : Pschit Pepper Spray

Liberty Cop
John Pike, policier de l'université de Californie : après son intervention musclée contre des manifestants anti-Wall Street,   [une vidéo  le montre en train d'asperger méthodiquement de « pepper spray » (gaz lacrymogène) des manifestants du mouvement « Occupy Wall Street » déjà arrêtés, genoux à terre sur le campus de l'université de Californie, à Davis], ... est devenu une sorte de symbole ironique de l'oppression. John Pike est devenu sur le Web le policier qui asperge tout, tranquille, de gaz au poivre. Un personnage réel qui se retrouve, par la magie du logiciel Photoshop, placé dans d'autres contextes que le vrai. C'est un phénomène viral : chaque internaute peut produire son mème, et rivaliser d'imagination.

PORNOTOPIA : Architecture et sexualité dans Playboy

Playboy n° 1, 1953
Pornotopía 
Arquitectura y sexualidad en Playboy durante la guerra fría

Anagrama Editorial 
Edición : 2010
Prix Sade de l'essai, 2011


Beatriz Preciado, philosophe et activiste queer, nous offre un ouvrage brillant à propos de l'empire Playboy en analysant, de façon inédite,  les rapports entre architecture, technologie notamment communicationnelle et sexualité, par le biais d'un questionnement qui échappe à toute catégorisation morale. L'empire Playboy, fondé en 1953, première industrie de loisirs sexuels du capitalisme global, n'est pas seulement un magazine, mais une bien une Pornotopia, ou une révolution des moeurs intentée par son créateur Hugh Hefner  ;  celui qui tenta de libérer l'homme des traditions puritaines et passéistes pour inventer a new way of life, le modèle de l’homme célibataire moderne. A sa manière, Hefner a lutté contre la morale sexuelle et certains conservatismes en vigueur dans les années 50 en créant un véritable manifeste pour "l'émancipation masculine".