Chine Maoïste | Une Dictature Ecolo ?



« Une autre politique de développement existe déjà, dans le pays le plus peuplé du monde, qui permet une croissance mesurée certes, mais sans aide extérieure, sans chômage, sans gaspillages, avec très peu de pollutions : celui de la Chine [maoïste] .»

René Dumont
1er Candidat écolo à la présidence de la France (1974).



« Des cités rurales et des villages urbains. »




Certes, en aucune manière, les dirigeants révolutionnaires maoïstes ne se préoccupèrent d’écologie et d’environnement. Et au contraire, les premières années de la République Populaire de Chine auront donné lieu dans le secteur de l’agriculture à des expérimentations suivies d’insensés programmes parfaitement catastrophiques pour l’environnement et le Peuple chinois ; la Chine maoïste n’échappa pas au modèle d’un productivisme exacerbé, même restreint et limité, et Mao Zedong et ses partisans ont adopté le modèle stalinien, d’une nature devant être soumise et transformée aux impératifs productifs. Nous y reviendrons.

Mais au-delà, Mao, plus qu’aucun autre dirigeant planétaire de l’ère moderne se sera fait l’apôtre du désurbanisme, et à sa mort en 1976, la Chine présentait toutes les caractéristiques, dans les domaines de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, d'un pays ayant réussi un développement équilibré du territoire  ; « équilibré » ? Un sociologue comprendra sans doute qui assure à tous les ménages des niveaux de vie semblables ; pour les géographes, il s’agit plutôt d'une répartition de la population et des activités aussi également que possible sur tout le territoire. En Chine maoïste, cette définition se réfère explicitement à la pensée – plus que théorie – de Marx et Engels concernant l’opposition ville-campagne ; et Mao Zedong bâtira ses programmes politiques selon une doctrine anti-urbaine ruralophile oscillant selon les événements et les époques entre idéologie et utopie, entre incitation, invitation et despotisme.


This Is Not an Atlas





This Is Not an Atlas gathers more than 40 counter-cartographies from all over the world. This collection shows how maps are created and transformed as a part of political struggle, for critical research or in art and education: from indigenous territories in the Amazon to the anti-eviction movement in San Francisco; from defending commons in Mexico to mapping refugee camps with balloons in Lebanon; from slums in Nairobi to squats in Berlin; from supporting communities in the Philippines to reporting sexual harassment in Cairo. This Is Not an Atlas seeks to inspire, to document the underrepresented, and to be a useful companion when becoming a counter-cartographer yourself.



Site internet
Atlas PDF (en anglais, en accès libre)



USA 1960's | Urbanisme Underground | Architectures Alternatives






« Nous sommes à l'aube d'une révolution qui sera différente de celles du passé parce qu'elle sera faite par la culture et par l'individu ; elle ne changera la structure politique qu'en dernier ressort. Elle n'aura pas besoin de la violence pour réussir et on ne pourra pas, avec succès, lui résister par la violence. »


Charles Reich, professeur de Droit à l'université de Yale.
(The Greening of America, 1970).





Les conquêtes simultanées de nouveaux territoires jamais explorés, pour la seule année 1969, effectuées par les ou aux États-Unis, stupéfièrent son peuple et le monde entier ; sans doute, la plus spectaculaire aura été la conquête spatiale concrétisée le 21 juillet avec les premiers pas d’humains sur la Lune ; peu après, le 15 août débutait le festival de Woodstock ayant réuni 500.000 spectateurs-acteurs, un évènement inédit, et un des espaces symboliques – et aussitôt mythiques - de représentation de force de la contre-culture rebelle, où à peu près toutes les valeurs de l’Amérique bien pensante conservatrice étaient bafouées publiquement : Sex, Drugs and Rock’n Roll servaient la propagande anti-militaire et anti-raciste ; un autre espace s’ouvre également à l’Humanité, immatériel et plus confidentiel mais à la portée tout aussi exceptionnelle : le réseau informatique avec la naissance le 29 octobre, d’Arpanet (Advanced Research Projects Agency Network), ancêtre d’internet et des communautés virtuelles.



Ces trois événements – Apollo (technique), Arpanet (communication), Woodstock (contre-culture)[1] – symbolisent la fin d’une longue époque emprunte de passéisme, et marquent la transition avec un Nouveau monde entièrement tourné vers un futur encore incertain, interrogeant les avenirs possibles, souhaitables de l’Humanité, et donc, naturellement, leurs caractères utopiques, futurs radieux ou irradiés, consacrés en particulier par les architectes visionnaires ou sceptiques des avant-gardes, inspirés par à la fois les nouvelles technologies et les aspirations du monde contre-culturel et de sa propre utopie, concrétisées bien avant l’année 1969, et elles-aussi, ayant interrogées ou scandalisées les Américains ; 1969, première année également de la présidence de Nixon, bien décidé à éradiquer la moindre contestation .[2]


AMSTERDAM en LUTTES


Photo : © Hans van den Bogaard

« Qu’est-ce que le néolibéralisme ?
Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur.»
Pierre Bourdieu
L’essence du néolibéralisme
1998


Amsterdam, la belle capitale rebelle du royaume des Pays-Bas est devenue sage et soumise. 
L’on peut juger, sans paraître excessif, que l’héritage de quatre décennies de glorieuses luttes urbaine et écologique, pour le droit au logement et au squat – entre autres luttes -, ce précieux héritage a été balayé en une dizaine d’années...

...faute de résistance, les quartiers centraux d’Amsterdam, là où la résistance est née, encerclant le vieux centre historique, sont à présent embourgeoisés ou en passe de l’être totalement, les plus pittoresques sont à la merci et sous la pression d’un tourisme de masse tout aussi destructeur que pouvaient l’être jadis les bulldozers (avec ses conséquences sur la mutation du commerce, la pression hôtelière sur le logement, maisons de ville transformées en Bed & Breakfast, programmes d’hôtel des investisseurs, exacerbé par les offres d’Airbnb, saturation des espaces publics et nuisances dues à la surconsommation des lieux, etc.), tandis que les plus grands squats de jadis, dont les anciennes friches portuaires squattées, là où soufflait le vent libertaire, ont été évacués pour faire place, souvent, à des équipements ludico-touristiques, ou touristico-artistiques, aux côtés de nouveaux sièges sociaux de multinationales, objets spectaculaires tentant de capturer l'attention mondiale, symbolisant la nouvelle IAMsterdam. C'est-à-dire l'embourgeoisement de la ville et la grande pénurie de logement abordable, la destruction littérale du parc de logements sociaux mis en vente, la spéculation forcenée et la hausse véritablement vertigineuse de l’immobilier, les privatisations à outrance des services publics, les programmes d'éviction des indésirables, marginaux, délinquants et squatters, entre autres abominations urbaines ; tout ceci ne suscite aucune réaction d’opposition telle qu’elle s’exprimait jadis : la police, sans doute elle aussi nostalgique, n’a plus aucune tête subversive sur laquelle abattre sa matraque ; la contestation n’est même pas muselée, elle n’existe plus, sauf parfois, en réaction contre une nouvelle loi par trop libérale (notamment celle concernant l’université), à l’occasion d’un mouvement des mouvements, tel Occupy, mais sans lendemain sérieux, lutte inorganisée et inorganique. Certes, la pratique du squat perdure, tant bien que mal après la loi de 2010 l’interdisant et la pénalisant, mais comme la contestation, elle tient plus de l’anecdote marginale individualiste que du grand discours libertaire collectif, occupe illégalement l’espace artistique plutôt que l’espace social.

Si cette contradiction éclaire le malaise d’une jeunesse amorphe, par rapport aux décennies précédentes, et au-delà la démobilisation de « l’intelligentsia de masse », elle laisse dans l’obscurité le problème de savoir pourquoi la jeunesse révoltée formant des mouvements protestataires et rebelles est progressivement rentrée dans les rangs, alors que les contradictions fondamentales de la société néerlandaise, dans les domaines urbain et architectural, entre autres, s’aggravent. Ce fut d’ailleurs une question récurrente dans les débats contradictoires des intellectuels progressistes aux Pays-Bas : Pourquoi un tel spectaculaire et non moins rapide revirement ?

Amsterdam
30 april 1980 | émeute couronnement de la reine Beatrix
© Hans van Dijk

PEROU | DICTATURE & ARCHITECTURE SOCIALISTES | 1968 - 1975








En 1963, au Pérou, le candidat socialiste – et architecte – Fernando Belaúnde Terry est élu président de la République, mais plutôt que d’appliquer les belles promesses qu’il avait adressé au Peuple, il composera d’abord, puis pactisera ensuite avec l’oligarchie, les clans les plus libéraux et rétrogrades du pays, et son gouvernement décréta une série de lois à l’opposé de l’idéologie socialiste, programme politique critiqué au sein même de son parti (Acción Popular Socialista) [1], comme d’ailleurs les retentissants scandales politico-financiers symbolisant son alliance avec le diable. Les « injustices » sont telles, qu’elles décident de jeunes révolutionnaires [2], dès 1965, à s’engager dans la voie de l’insurrection armée, qui sera vite maîtrisée par les Forces Armées.



Un nouveau scandale, concernant un accord commercial concédé à une compagnie nord-américaine particulièrement défavorable pour le pays, et contraire aux engagements du p-résident, provoque l’indignation nationale, (un acto de traición a la patria) et déclenche, le 3 octobre 1968, un coup d'Etat militaire institutionnelgolpe - porté par le Jefe del Estado Mayor peruano, le général Juan Velasco Alvarado [3], accompagnés par les généraux les plus progressistes de l’État major, une « révolution » (comme ils l’affirment) devant, enfin, mettre un terme à la« traición de los partidos políticos reformistas » et de l'oligarchie, accusée elle, de tous les maux. Les plus sensés de l'époque qualifient cette dictature comme étant progressiste, nationaliste, réformiste socialiste, une « dictature de gauche » de type « populiste », conduite par le « Gouvernement révolutionnaire des Forces armées », le Gobierno Revolucionario de las Fuerzas Armadas (GRFA), qui osa le sacrilège de s'opposer de façon autoritaire à la suprématie des intérêts étrangers et, mieux encore, à l'oligarchie péruvienne, afin d'éliminer « la dependencia externa y la dominación interna », causes de la « desunión nacional ». Le « Manifiesto del Gobierno Revolucionario de la Fuerza Armada » résumant le programme social de la révolution reprenait dans un curieux mélange, les propositions de réformes faites depuis des années par les mouvements politiques socialistes, le Partido Democrata Cristiano, l'Alianza Popular Revolucionaria Americana, et l'Acción Popular de Belaúnde, le président destitué. Les historiens jugent que ce qui distinguait la révolution de la Junte n'était pas l'originalité du programme social, mais bien la capacité des militaires à appliquer effectivement les promesses électorales des socialistes, et celles plus théoriques du Movimiento Social Progresista, bloquées par le viejo orden oligárquico.


JOHN TURNER au PEROU




Il n’y a pas de 
société, 
il n’y a que des 
individus.

Margaret  Thatcher

Premier ministre, 
Royaume britannique 


If you wait for the authorities to build new towns you will be older than Methuselah before they start. 
The only way to get anything done is to do it yourself.

Ebenezer Howard to Frederic Osborn



Au Pérou, la politique des gouvernements démocratiques et des dictatures militaires qui se succèdent entre l’après seconde guerre mondiale et la révolution socialiste de 1968, pour ce qui concerne l’habitat social, peut être résumée simplement : laisser libre cours à la puissance et au marché privés, privilégier le propriétarisme «populaire» au détriment de l’habitat locatif. Confrontés à un déficit spectaculaire de logements, les millions de péruviens mal-logés et sans logis n’eurent guère d’autre choix, que d’entrer dans l’illégalité : pour échapper aux dangereux taudis urbains, infectés de maladies mortelles, des groupes solidaires parfois de plusieurs centaines de personnes déterminées, se constituèrent pour squatter des terres libres, et y bâtir leurs baraques, avec l’espoir d’obtenir une régularisation, et cela acquis, de réaliser leur rêve : construire une vraie maison. Généralement, le président, ou le dictateur y consentait, prouvant ainsi ses nobles intentions à l’égard de ses administrés-électeurs. De là est né ce que l’on nomme l’urbanisation populaire, l’urbanizacion de tipo popular [1], programme porté par le gouvernement ultra-libéral de Manuel Prado, basé sur les expériences de site and service et de self-help housing de l’après guerre, et adapté au contexte péruvien par de jeunes architectes et sociologues. C’est dans ce contexte que débarque le jeune architecte britannique déclaré anarchiste, John F.C. Turner, invité à venir travailler au Pérou. 


Après plusieurs années d’expériences il devint l’apôtre de l’habitat informel, le Don Quichotte des immeubles d’habitations modernes, orthonormés, inhumains, représentant un gaspillage gigantesque en efforts humain et financier, et le partisan convaincu de la participation populaire. Pour l’architecte en reprenant les mots du sociologue et ami William Mangin, le bidonville était moins le problème, que la solution, tout du moins si l’on s’occupait de l’« organiser » en « Slum of Hope », les bidonvilles - en réalité - de l’espoir, construits et gérés par et pour ses communautés d’habitants sans qu’interviennent de manière - trop - autoritaire, l’Etat. Ce n’est plus l’architecture qui est au centre de ses préoccupations mais bien l’homme, ou plus exactement la collectivité d’individus, et il tentera de résoudre la difficile équation d’accorder les principes anarcho-libertaires qu’il défend, aux exigences légitimes des pobladores,  au marché de la construction, et dans une moindre mesure, en l’occurence, à l’autoritarisme de l’Etat.

APARTHEID | TOWNSHIPS & HOMELANDS


Photo couverture : David Goldblatt
2006




L’apartheid est un crime contre l’humanité.
Nelson Mandela

 La France est considérée comme le seul véritable soutien de l’Afrique du Sud parmi les grands pays occidentaux. Non seulement elle lui fournit l’essentiel des armements nécessaires à sa défense, mais elle s’est montrée bienveillante, sinon un allié, dans les débats et les votes des organisations internationales.
Centre Français du Commerce Extérieur, 1975.


L’apartheid (littéralement développement séparé) n’est pas né du jour au lendemain, c’est l’héritage et la continuation d’une ségrégation pragmatique élaborée depuis la colonisation en 1652 ; c’est l’aboutissement, ou plutôt une phase d’un long processus alternant des périodes de guerre et de paix, d’entre-deux, au gré des événements internationaux, des crises économiques et de la prospérité nationales. Le “système”, autre nom de l’apartheid, n’invente presque rien, ses architectes reprennent stricto sensu les techniques, les méthodes et les lois des décennies le précédant, mais ils les radicalisent, ils les modernisent et les adaptent à leur époque, et les imposent autoritairement aux gouvernements provinciaux, aux City Councils qui jadis soit rechignaient à les appliquer, soit, plus souvent, n’en n’avaient pas les moyens ; pour y parvenir les immenses richesses minières de l’Afrique-du-Sud serviront ainsi à financer la séparation des races autant dans les consciences des masses que dans les espaces public et privé.


En réponse au péril noir, la dictature pseudo-démocratique devait assurer à chaque instant et dans chaque lieu, même le plus reculé du pays, une sécurité totale, un risque zéro, pour les populations d’origine européenne et leurs alliés Africains. L’aménagement du territoire, l’urbanisme et l’architecture ont ainsi été mis à contribution pour assurer cet enjeu premier, de sécuriser et de défendre le territoire, dans le cadre d’un apartheid social engineering s’appuyant sur un appareil et une stratégie militaires intervenant dans la vie quotidienne de chaque citoyen de la société civile.


Diviser pour mieux régner : jamais cet adage n’a été aussi bien appliqué qu’en Afrique du Sud par l’administration britannique puis de l‘apartheid ; favorisant au mieux les tensions ancestrales entre les tribus africaines, et entre les Africains, les métis et les Indiens, en élevant des barrières étanches - plus ou moins naturelles - entre les syndicats d’ouvriers d’origine européenne et africaine, en privilégiant l’opposition des classes sociales africaines, accordant des privilèges aux familles royales et princières, en émancipant la bourgeoisie éduquée, soucieuse, donc, de se démarquer des classes les plus humbles, et surtout, en facilitant les dissensions entre les urbains nés en ville - le prolétariat - et les ruraux venant s’y installer - le sous-prolétariat -; ce à quoi s’ajoutent, les propres désunions politiques de l’ennemi, entre l’African National Congress, le Pan African Congress, le Parti communiste et les syndicats dont l’un des plus puissants, l’Industrial and Commercial Workers’ Union.


A l’inverse, les architectes de l’apartheid auront cette mission d’unifier toutes les composantes sud-africaines d’origine européenne, toutes ces classes sociales - y compris indigentes - pour former un Peuple uni et soudé, sous cet adage populiste : « C'est eux ou nous » : soit l'organisation d'un monde manichéiste, d'un monde compartimenté.


L’apartheid est un crime contre l’humanité, affirmait Mandela. Pour les penseurs marxistes, c’est aussi, et surtout, le stade ultime et final du capitalisme moderne, dont tout l’enjeu est d’asservir les populations ouvrières, considérées dans cette société comme, tout simplement, des esclaves, et traitées en conséquence ; certains auteurs Sud-Africains estiment même que l’originel modèle du compound - cités-casernes ouvrières closes et surveillées - des industriels des mines de diamants, a ainsi été élargi à l’ensemble du territoire, faisant du pays un vaste camp de concentration construit selon les préceptes du panoptisme et de la paranoïa ; c’est-à-dire, une utopie. Car en réalité, l’apartheid théorisé n’a jamais été appliqué, tout du moins, n’a pas réussi à imposer ses lois et limites : la résistance des non-Européens conjuguera - pour cette période d’avant la guerre civile - désobéissance civile, longs boycotts, manifestations et illégalité qui s’observa en particulier dans les villes : contre toute attente, des millions d’Africains assignés à demeure dans leurs homelands, braveront les lois, au mépris de la police et des milices pour venir s’y installer sans autorisation : l’apartheid sera incapable d’y faire face.


IBIZA : Ile Paradis HIPPIE

IBIZA 1968, image du film MORE

Every day is my day

Pink Floyd


"Un des plus beaux spectacles auxquels on puisse assister est leur bain matinal qui ressemble à un rire. Celui qui les voit pense inévitablement que c'est ainsi que s'éveillaient nos ancêtres au Paradis."

Diario de Ibiza, 6 septembre 1969



Baignées dans les eaux méditerranéennes et espagnoles, les Iles Baléares ont été à plusieurs reprises la proie d'envahisseurs : phéniciens, grecs, romains, arabes, pirates, avant de connaître de nouvelles invasions pacifiques cette fois ; ce fut une terre d'exil pour les réfugiés fuyant l'Allemagne nazie, fréquentée également par l’intelligentsia européenne, tombée sous le charme de l’île : de grands écrivains français, en particulier, y vinrent, nous laissant de précieux témoignages.  Tout pareil que les architectes sous le charme des formes épurées des habitations ancestrales : un modèle pour ceux défendant et inventant le mouvement moderne naissant.

Puis, comme Saint Tropez ou l’île de Capri, Ibiza a été sur l’itinéraire de la jet-set des années 1950, stars du cinéma, de la chansonnette et milliardaires, portés par leurs yachts jettent l’ancre ici, profitant de la relative tranquillité d’une île sauvage encore préservée du tourisme ; ont-ils influencés les premiers freaks à venir la visiter ?  Nul ne le sait exactement, mais en ce milieu des années 1960, commence l'invasion hippie. 

L'île  littéralement colonisée par l'utopie immédiate et anti-autoritaire exigeant l'amour, la fraternité, l'esprit de la fête permanente, et au-delà "The Death of Money", devint mythique, et plus encore Formentera, la petite soeur d'Ibiza. C'est sur cette île minuscule, pauvre, aux terres désertiques et aux plages de rêve, habitée par deux mille habitants seulement, que s'exprimera au mieux la radicalité hippie dans son refus de participer à la société de consommation. Au-delà des clichés, la petite communauté hippie résidente à Ibiza et Formentera organisera entre 1967 et 1975, des structures tout à fait originales permettant à ses membres et à leurs enfants de vivre sinon en autarcie mais en marge du système  et des institutions de l'Espagne qui, rappelons-le, était sous le contrôle de la dictature de Franco. Une dictature qui avait abandonné les îles Baléares à leur sort, pauvreté qui explique, en partie, les bonnes dispositions des Ibicencos à accepter l'arrivée de cette étrange population, très différente et insolente mais qui se révèle être bonne et fidèle cliente. 

Plus tard, victime de son succès, Ibiza devint alors la proie du tourisme de masse mais orienté vers la folklorisation du mouvement hippie qui s'exprima par la commercialisation de ces valeurs : l'amour libre se métamorphosa en tourisme sexuel, l'esprit festif improvisé en boîtes de nuit et de jour  gigantesques, les drogues en un commerce lucratif,  les fantaisies vestimentaires remplacées par ceux des drag-queens, les écoles internationales destinées aux enfants et aux adolescents fermeront une à une, et les portes ouvertes au monde entier des vieilles masures retapées se transformeront en vastes demeures luxueuses fermées et sécurisées, pour certaines habitées par d'anciens hippies huppés ayant fait fortune... 

Que reste-t-il de la grande communauté hippie ? Quelques marchés hippies pathétiques rappelant, avec tristesse, leur grande aventure aussi belle qu’éphémère, où les personnes ne se différenciaient pas par leurs classe ou origine sociales, mais à leur appartenance à un mouvement, une nébuleuse désirant une autre vie, et la construire.



Cet article est construit avec des extraits de Tourisme et utopie aux Baléares : Ibiza, une île pour une autre vie, édité en 1990, écrit par la sociologue Danielle Rozenberg, qui, en cet été 1969, n’est pas encore chercheuse au C.n.r.s. mais une jeune étudiante hippie arpentant Ibiza. En future sociologue, elle sondait inlassablement cet ailleurs entre ciel et eau, ausculte les mœurs de ses congénères. Les chapitres signés par Danielle Rozenberg sont signalés.


ARGENTINE | Piqueteros




Pueblada de Cutral Co. 26 de junio de 1996.


"On peut penser qu’il n’est pas juste de couper la route aux autres citoyens, mais on rétorquera que ce n’est guère plus juste de ne pas pouvoir vivre dignement de son travail."


Mouvement Gilet Jaune en France d'aujourd'hui, hier, Movimiento Piquetero en Argentine : on ne peut évidemment pas comparer ces deux mouvements, tant les différences structurelles - historique, sociale, politique, économique, etc., divergent. Cela étant, quelques points communs émergent : dont le modus operandi, bloquer les routes, agir hors partis politiques au sein d'organisations de "ceux qui restent exclus des canaux traditionnels de la mobilisation collective" et leurs relations avec les différentes classes sociales de leurs pays, entre approbation et rejet. Denis Merklen, spécialiste de l'Argentine, nous éclaire.


Une nouvelle politicité pour les classes populaires
Les piqueteros en Argentine


Denis Merklen



TUMULTES, numéro 27, 2006


Octobre 2000, deux fédérations regroupant de petites organisations populaires, essentiellement des associations de quartier de la banlieue de Buenos Aires, coupent pendant un mois la route n° 3, principale artère alimentant la métropole par l’Ouest. Initié cinq ans plus tôt par des barrages de routes dans des villes de province secouées par la fermeture d’usines pétrolières, le mouvement des piqueteros consolide ainsi sa présence dans le paysage politique national avec son arrivée dans la capitale. Un nouveau mouvement de protestation, de résistance et de mobilisation sociale émerge. L’Argentine inaugure son XXIe siècle. Après la fin des dictatures dans les années quatre-vingt, et vingt-cinq années de réformes brutales de l’économie et de l’Etat, les foules réagissent. Les piqueteros demandent davantage d’aide sociale et contestent les effets les plus dévastateurs de la mise en oeuvre des politiques néolibérales orientées par ce qu’on appelle le « consensus de Washington [1] ».

USINES en VILLES



" Il est maintenant temps de décider s’il faut poursuivre la tendance à expulser l’industrie urbaine de la ville ou de la réintégrer dans l’économie locale."

Cette étude réalisée par le Cities of Making project team nous interroge à double titre ; d’une part sur le rôle et la place de l’industrie en milieu urbain (à Bruxelles, Londres et Rotterdam), et d’autre part sur l’état de la pensée urbaine en France, de l’intelligentsia, qui d’une manière générale se désintéresse prodigieusement de cette question politique, écologique et sociale, pourtant cruciale...

L’étude est en anglais, téléchargeable ici :

https://www.thersa.org/globalassets/pdfs/reports/cities-of-making-lo-res.pdf


Le site :

http://citiesofmaking.com/project/



Introduction en français :


‘Urban manufacturing’

MARSEILLE | Holger Trülzsch


© Holger Trülzsch, 1984. La porte d'Aix, Marseille.

Marseille photographiée en 1984 par Holger Trülzsch, sculpteur, musicien, peintre, photographe et vidéaste, dans le cadre du programme de la « Mission photographique » de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) [1].

Jean-Paul de Gaudemar, de la Datar, exprimait son point de vue sur la photographie de la porte d'Aix en chantier et plus largement sur l'urbanisation alors en cours à Marseille (extrait) [2] :

" Pour qui connaît Marseille, l'image est saisissante et porte sur l'un des points les plus névralgiques et les plus symboliques de la ville. A gauche, cette sorte d'arc de triomphe, c'est la porte d'Aix où surgit brutalement une autoroute, pénétrant jusqu'au coeur de la ville. Au-delà de cette porte commencent en somme la Provence et les Alpes puisque c'est la principale sortie de Marseille vers le nord. Au fond à gauche, on devine les "barres" des années 1960 construites à la va-vite pour accueillir les milliers de rapatriés d'Afrique du Nord qui se bousculaient sur le port.
A droite, au premier plan, un vieux quartier insalubre longe la rue d'Aix, une sorte de "Barbès" marseillais, depuis longtemps abcès de fixation du débat sur l'immigration maghrébine. Et ce réverbère moderne au premier plan laisse deviner que devant l'image s'est posé Trülzsch, la rénovation est déjà faite. Exact : là est maintenant le nouveau siège du conseil régional, symboliquement situé au centre névralgique de la ville, sur cette butte des Carmes qui fut si souvent dans l'histoire un des bastions ultimes de résistance, mais aussi à la porte de la ville vers le nord, c'est-à-dire le reste de la région non maritime.
Cette rénovation en marche donne le sentiment de contempler une ville qui vient d'être bombardée, une ville usée, fatiguée, au bout du rouleau, comme laminée par son propre territoire.


MARSEILLE | Gated Communities



Marseille | Résidence  privée Roucas Blanc

Fermeture résidentielle et politiques urbaines :  le cas marseillais

À Marseille, la fermeture résidentielle se caractérise ici par une intensité exceptionnelle : 80 000 logements soit 19 % de l’ensemble selon notre enquête. Elle demeure d’abord associée aux aires socialement favorisées (quartiers du littoral sud) où elle atteint 48 % des surfaces urbanisées et jusqu’à 90 % des logements dans les zones de grands ensembles aisés en copropriété du sud de la ville.

Elisabeth Dorier-Aprill
Isabelle Berry-Chikhaoui
Sébastien Bridier
Articulo - Journal of Urban Research | 2012

La spectaculaire expansion mondiale des lotissements résidentiels fermés, sécurisés – dont les espaces communs et équipements internes sont gérés de manière privative – suscite l'attention depuis plus de vingt ans, que cela soit sur le continent américain ou au-delà, notamment au Moyen-Orient et Afrique du sud. La recherche s’est largement focalisée sur les liens que cette expansion entretient avec les inégalités sociales, les problématiques sécuritaires et sur le fait que les enclaves résidentielles renvoient à des dynamiques de territorialisation infra-urbaines marquées par des formes de fragmentations sociale et gestionnaire. Grâce au travail d’un réseau de recherche international peu à peu structuré en Europe, on a pu suivre tant la diffusion mondiale de ce phénomène – d’abord qualifié d’« américanisation » – que la progressive banalisation sociale des fermetures et de leurs contextes. On insistera davantage ici sur les travaux abordant la fermeture résidentielle dans les villes françaises, objet d’un débat scientifique, politique et médiatique dont les termes ont évolué depuis une décennie.
Marseille quartier - alors populaire - de la Joliette-Arenc (périmètre Euromed) |  Architectes : Yves Lion, Roland Castro (!) : l'accès est autorisé aux seuls résidents de cette nouvelle et vaste opération de promotion immobilière - ilôt M5.

VIRILIO | BUNKER ARCHEOLOGIE



Les fortifications du Mur de l'Atlantique - et de Méditerranée -, comme celles des lignes Maginot et Siegfried, bâties pour prévenir une invasion ennemie, n'auront été d'aucune utilité : le Débarquement du 6 juin 1944 rendait caduque le système de défense côtière comprenant 15000 ouvrages bétonnés, ponctué de ports transformés en forteresse. Mais ce Mur n'était pas seulement destiné à contrer une opération militaire ; il s'avère être le premier équipement militaire « moderne » gigantesque, déjà constitué d'« armes invisibles » : les réseaux électroniques de détection, devant assurer la protection de l'Ouest européen, ainsi que la propagande sur l'invulnérabilité de l'ouvrage et du nazisme.


TZIGANES & AVANT-GARDES ARCHITECTURALES



Superstudio
A Journey from A to B
1972



C'est un anniversaire oublié ou passé sous silence car 
il y a 600 ans, en 1418, les premiers « Bohémiens » arrivèrent en France [1] ; 
ils campent vers Aubervilliers en 1427 [2] et ils attirent les foules parisiennes curieuses de les découvrir : six siècles nous séparent, mais les chroniques, la vox populi d’alors s’accordent parfaitement, sont au diapason de celles d’aujourd’hui : l’évêque les chasse de la capitale, au grand soulagement de la population. Les préjugés ont la vie longue et dure...

ANTI-URBANISME et ECOLOGIE | Chronologie





« Non ! le présent ne songe qu'à lui.
Il se moque de l'avenir aussi bien que du passé. Il exploite les débris de l'un et veut exploiter l'autre par anticipation. Il dit : ''Après moi le déluge !’' ou, s'il ne le dit pas, il le pense et agit en conséquence. Ménage-t-on les trésors amassés par la nature, trésors qui ne sont point inépuisables et ne se reproduiront pas ? On fait de la houille un odieux gaspillage, sous prétexte de gisements inconnus, réserve de l'avenir. On extermine la baleine, ressource puissante, qui va disparaître, perdue pour nos descendants. Le présent saccage et détruit au hasard, pour ses besoins ou ses caprices .»
Auguste BLANQUI
La critique sociale
1885




Le présent ouvrage est une chronologie sommaire de l’histoire des rapports entre l’Homme, la Ville et la Nature en France, pour cette large période débutant de la construction de Versailles - ville neuve verte - qui appartient pleinement à la doctrine anti-urbaine, pour se clore avec le gouvernement de Pétain, allié des nazis, également urbaphobes - et urbicides, sur le modèle irréel de Mussolini, précurseur moderne de l’anti-urbanisme autoritaire. D’aucun pourront considérer qu’il est d’une ambition démesurée ; mais, plus modestement, et de manière plus pragmatique, fidèles en ce sens au bricolage inter-trans-disciplinaire que nous avons déjà éprouvé, cette esquisse a été conçue selon les propos de Fustel de Coulanges :
« À en croire certains esprits, il faut borner le travail à un point particulier, à une ville, à un événement… J’appellerai cette méthode le spécialisme. Elle a son mérite et son utilité, elle peut réunir sur chaque point des renseignements nombreux et sûrs. Mais est-ce bien là le tout de la science ? Supposez cent spécialistes se partageant par lots le passé de la France ; croyez-vous qu’à la fin ils auront fait l’histoire de la France ? J’en doute beaucoup : il leur manquera au moins le lien des faits, or ce lien est aussi une vérité historique. » (L’esprit de doute, le spécialisme. Leçon d’ouverture à la Sorbonne).

Un des liens les plus remarquables qui émerge et qui marque cette longue période, est la doctrine anti-urbaine, déclinée sous sa forme la plus radicale en utopies, ou avec plus de modération ou de réalisme en idéologies. L’anti-urbanisme n’est pas une critique contre la ville, mais bien contre leur développement sans fin, leur gigantisme, c’est une remise en cause radicale du fait urbain en tant que tel, et surtout, des relations dépravées, dénaturées entre la trilogie Ville-Homme-Nature ; c’est une proposition alternative au développement urbain non maitrisé, une proposition d’harmonie ou d’équilibre entre Nature et Urbanité, d’une ville autre dotée d’une physionomie autre: lorsque Ebenezer Howard conçoit sa cité-jardin théoriquement habitée par 32.000 habitants, il s’agit bien là d’une ville - une cité - à part entière.


D’où la difficulté de rendre définissable et d’utiliser à bon escient le mot, ou plutôt la notion d’anti-urbanisme et ses dérivés : l’urbanophobie (ou urbaphobie), le désurbanisme, l’anti-croissance (no growth) ou la dé-croissance, la ruralophilie, le naturalisme urbain, la déconcentration urbaine, etc., et dans une moindre mesure l’agoraphobie, et dans un autre registre, l’urbicide et l’écocide. Il serait même possible de le définir dans certains cas, en tant qu’ « urbanisme organique », en référence à l’architecture du même nom - opposée à l’architecture dite fonctionnelle -, pour qui la Nature n’est plus seulement un objet de connaissance, ou bien de modèles, mais de responsabilité, et qui se veut d’être à la mesure humaine avant d’être humaniste.

Quantité Qualité

Anti-urbanisme, sous ce nom - qui ne figure pas dans les dictionnaires - s’accumule une somme d’expériences historiques plus que ne se profile la rigueur d’un concept unique. Elles ne forment pas un corps doctrinal qui relèverait de telle ou telle méthode, de telle ou telle discipline spécialisée : la philosophie, la politique et l’économie politique, l’écologie, la sociologie, l’urbanisme, l’architecture, etc., tout autant que la morale et la religion ; mais l’un de leur principe commun appelle à une harmonie entre les hommes d’une même cité, et d’autres cités soeurs, et un juste équilibre avec leur environnement naturel : pour y parvenir, les cités anti-urbaines (sic), à divers degrés, entendent établir une limitation stricte du nombre d’habitants. La doctrine de l’anti-urbanisme prend donc comme postulat que l’homme n’est plus maître du dessin et du destin d’une ville, des habitants et de son environnement, au-delà d’un certain seuil d’habitants propriétaires ; le problème est éludé par la déconcentration en bâtissant d’autres cités lointaines qui doivent former ensemble un réseau solidaire ; et à la gestion parfaite de la démographie urbaine, s’ajoute pour nombre d’utopies anti-urbaines, la solution préconisée pour certaines, la condition sine qua none pour d’autres : la complète maîtrise des sols par une autorité supérieure, morale, éthique ou politique. C’est une théorie de l’équilibre qui construit les cités idéales : le rapport Quantité Qualité, où l’on tient pour acquis qu’elles sont des entités proportionnelles ou relatives entre elles. L’historien Giulio Carlo Argan affirmait :
« La relation - autrefois proportionnelle, aujourd’hui antithétique - entre quantité et qualité est à la racine de toute la problématique urbanistique occidentale.» (De Storia dell’arte come storia della città, 1983).



FRANCFORT | Aéroport et Luttes Écologiques | 1964 - 2018



Evacuation de la ZAD
Novembre 1981
© Barbara Klemm


C’est le Notre-Dame-des-Landes allemand : l’aéroport de Francfort-sur-le-Main, fief de la Lufthansa et premier aéroport du pays, oscillant sur le podium européen entre la 2e et 4e place. A chaque décision prise par les autorités de son extension, et ce depuis 1964, un vaste mouvement populaire y répond, et la lutte continue encore en 2018, comme d’ailleurs dans d’autres villes menacées par leur aéroport dévoreur d’espaces le plus souvent boisé ou cultivé. A ce titre, les années de lutte des résistants de Francfort sont considérées en Allemagne comme une sorte de monument historique car en plus d’être la première de ce genre, de par sa longévité somme toute exceptionnelle – avec un âge d’or se situant dans les années 1980 -, de par le nombre de personnes opposées aux projets impliquées dans les dizaines de collectifs occupant plusieurs générations, cette longue lutte ainsi est présentée comme ayant contribué, avec celles des collectifs anti-nucléaires à l’émergence de l’écologie politique et à la naissance des Verts en tant que parti. Et nul n’oublie en Allemagne que cette lutte fut endeuillée par la mort d’un manifestant en 1981 puis de deux policiers tués par un militant en 1987.

Neil Smith | La Cité Revancharde



The New Urban Frontier. Gentrification and the revanchist city
Londres, Routledge, 1996.
NEIL SMITH (1954-2012)

La Cité Revancharde


Peu connu du grand public français, le géographe « radical » anglais Neil Smith, élève de David Harvey, a légué à la postérité nombre d’ouvrages majeurs concernant la gentrification, dont notamment The New Urban Frontier. Gentrification and the revanchist city. Aucun n’a été à ce jour traduit en français. Ce brillant essai est disponible en intégralité en anglais au format PDF :
= sur le site internet rohcavamaintenant.free.fr

Extraits choisis :

Revanche in French means revenge, and the revanchists comprised a political movement that formed in France in the last three decades of the nineteenth century. Angered by the increased liberalism of the Second Republic, the ignominious defeat to Bismarck, and the last straw—the Paris Commune (1870–1871), in which the Paris working class vanquished the defeated government of Napoleon III and held the city for months—the revanchists organized a movement of revenge and reaction against both the working class and the discredited royalty. Organized around Paul Déroulède and the Ligue des Patriotes, this movement was as militarist as it was nationalist, but also made a wide appeal to “traditional values.” “The True France, for Déroulède—the France of good honest men who believed in simple virtues of honor, family, the army, and the [new Third] Republic …would surely win out” (Rutkoff 1981). It was a right-wing movement built on populist nationalism and devoted to a vengeful and reactionary retaking of the country.

Robert GOODMAN | Guerrilla Architecture




« By looking at the alliance that has developed between politicians, planners and industry, it should now be clear that both liberal and conservative reforms within the existing structure of American society cannot change the inequities of that society. »


Robert Goodman
After the Planners
1971 


Robert Goodman (né en 1936) est architecte et professeur au Massachusetts Institute of Technology ; tout au long des années 1970, il a été un des fervents partisans de l’Advocacy planning au service des habitants pauvres, comme nombre de ses collègues, et il participa, avec parfois ses étudiants, à de nombreuses luttes urbaines et pour le droit au logement, initiant des méthodes de travail et de conception au contact de la population ; il est le fondateur de l’Urban Planning Aid, et théoricien version New Left (Nouvelle gauche) de « The Architect’s Resistance » et de la « Guerrilla Architecture », contre tout à la fois le « complexe urbano-industriel » lié à la guerre du Vietnam, contre « l’architecture de la répression » et l’urbanisme bureaucratique et autoritaire, pour ne pas dire, contre l’urbanisme et l’architecture capitalistes et les experts à leur solde. Dans le vaste mouvement architectural anti-système qui domine cette époque, il partage l’idéal d’auto-construction, en considérant que « l'efficacité des formes d'architecture les plus rudimentaires, comme les bidonvilles, par exemple, où l'expertise doit être partagée entre les professionnels et le peuple, voire -le cas est fréquent- être prise en mains complètement par la population, est qu'elle commence à ouvrir les yeux de celle-ci en détruisant la dépendance antérieure. La population sent qu'elle peu commencer à agir sur ses besoins sans attendre que le gouvernement et ses experts prennent soin d'elle » ; tout autant que l'architecture vernaculaire et  les « enseignements des cultures primitives  », où « la population est capable de créer des relations personnelles plus étroites avec son environnement  ».

En 1971, il publie son œuvre « After the Planners » ; il ne sera jamais traduit en français ; il est disponible en intégralité au format PDF en langue anglaise :

= sur le site memoryoftheworld.org




Les aventures de Red Rat


Johannes van de Weert
Les aventures de Red Rat
1980

Ré-édition Le monde à l’envers & Black-star (s) éditions
traduit du néerlandais par Willem
sélection patrimoine du festival d'Angoulème 2017 
2016 - 2017


Présentation de l’éditeur :

En 1980, Johannes van de Weert publia le premier volume de Red Rat, une BD sur un rongeur infortuné pris dans les émeutes survenues à Amsterdam lors du couronnement de la reine des Pays-Bas. Red Rat avait quelque chose du Néerlandais moyen. Il fut un temps un rat de bureau qui rejoignait la résistance basque pendant les vacances, à un autre moment squatter ou bien punk voyageur, mais souvent juste un passant outragé.
Van de Weert a été l’un des initiateurs de la scène punk néerlandaise. Il a chanté dans le groupe les Rondos, a participé au lancement du centre social autogéré de la Huize Schoonderloo à Rotterdam et pris part au collectif qui édita et produisit le journal Raket, mais fut également dans beaucoup d’autres projets politiques et culturels
toujours autour de l’humour, de la confrontation, du combat.

Interview de l’auteur :