USA 1960's | Urbanisme Underground | Architectures Alternatives






« Nous sommes à l'aube d'une révolution qui sera différente de celles du passé parce qu'elle sera faite par la culture et par l'individu ; elle ne changera la structure politique qu'en dernier ressort. Elle n'aura pas besoin de la violence pour réussir et on ne pourra pas, avec succès, lui résister par la violence. »


Charles Reich, professeur de Droit à l'université de Yale.
(The Greening of America, 1970).





Les conquêtes simultanées de nouveaux territoires jamais explorés, pour la seule année 1969, effectuées par les ou aux États-Unis, stupéfièrent son peuple et le monde entier ; sans doute, la plus spectaculaire aura été la conquête spatiale concrétisée le 21 juillet avec les premiers pas d’humains sur la Lune ; peu après, le 15 août débutait le festival de Woodstock ayant réuni 500.000 spectateurs-acteurs, un évènement inédit, et un des espaces symboliques – et aussitôt mythiques - de représentation de force de la contre-culture rebelle, où à peu près toutes les valeurs de l’Amérique bien pensante conservatrice étaient bafouées publiquement : Sex, Drugs and Rock’n Roll servaient la propagande anti-militaire et anti-raciste ; un autre espace s’ouvre également à l’Humanité, immatériel et plus confidentiel mais à la portée tout aussi exceptionnelle : le réseau informatique avec la naissance le 29 octobre, d’Arpanet (Advanced Research Projects Agency Network), ancêtre d’internet et des communautés virtuelles.



Ces trois événements – Apollo (technique), Arpanet (communication), Woodstock (contre-culture)[1] – symbolisent la fin d’une longue époque emprunte de passéisme, et marquent la transition avec un Nouveau monde entièrement tourné vers un futur encore incertain, interrogeant les avenirs possibles, souhaitables de l’Humanité, et donc, naturellement, leurs caractères utopiques, futurs radieux ou irradiés, consacrés en particulier par les architectes visionnaires ou sceptiques des avant-gardes, inspirés par à la fois les nouvelles technologies et les aspirations du monde contre-culturel et de sa propre utopie, concrétisées bien avant l’année 1969, et elles-aussi, ayant interrogées ou scandalisées les Américains ; 1969, première année également de la présidence de Nixon, bien décidé à éradiquer la moindre contestation .[2]


ARGENTINE | Piqueteros




Pueblada de Cutral Co. 26 de junio de 1996.


"On peut penser qu’il n’est pas juste de couper la route aux autres citoyens, mais on rétorquera que ce n’est guère plus juste de ne pas pouvoir vivre dignement de son travail."

Mouvement Gilet Jaune en France d'aujourd'hui, hier, Movimiento Piquetero en Argentine : on ne peut évidemment pas comparer ces deux mouvements, tant les différences structurelles - historique, sociale, politique, économique, etc., divergent. Cela étant, quelques points communs émergent : dont le modus operandi, bloquer les routes, agir hors partis politiques au sein d'organisations de "ceux qui restent exclus des canaux traditionnels de la mobilisation collective" et leurs relations avec les différentes classes sociales de leurs pays, entre approbation et rejet. Denis Merklen, spécialiste de l'Argentine, nous éclaire.

Une nouvelle politicité pour les classes populaires
Les piqueteros en Argentine

Denis Merklen
Université Paris 7
TUMULTES, numéro 27, 2006

Octobre 2000, deux fédérations regroupant de petites organisations populaires, essentiellement des associations de quartier de la banlieue de Buenos Aires,
coupent pendant un mois la route n° 3, principale artère alimentant la métropole par l’Ouest. Initié cinq ans plus tôt par des barrages de routes dans des villes de province secouées par la fermeture d’usines pétrolières, le mouvement des piqueteros consolide ainsi sa présence dans le paysage politique national avec son arrivée dans la capitale. Un nouveau mouvement de protestation, de résistance et de mobilisation sociale émerge. L’Argentine inaugure son XXIe siècle. Après la fin des dictatures dans les années quatre-vingt, et vingt-cinq années de réformes brutales de l’économie et de l’Etat, les foules réagissent. Les piqueteros demandent davantage d’aide sociale et contestent les effets les plus dévastateurs de la mise en oeuvre des politiques néolibérales orientées par ce qu’on appelle le « consensus de Washington [1] ».

Fondation Abbé Pierre | Rapport mal-logement 2019





Rapport FAP mis en ligne au format PDF : ICI

Bigre ! Jamais un rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre concernant le mal-logement en France, le 24e du genre, n’a été aussi critique que celui-ci. Le constat pour l’année 2018 est alarmant, mais pires encore, catastrophiques même sont les prévisions des auteurs pour l’avenir à court et moyen termes : l’ensemble des mesures du gouvernement en [dé] faveur du logement, et au-delà, conduiraient à une dramatique aggravation des inégalités :

« En regard des avantages dont bénéficient les plus riches, les coupes dans différentes prestations sociales vont également contribuer à affaiblir le cadre général de lutte contre la pauvreté. »

« Au contraire, l’enrichissement des plus riches fait courir à la société un risque de désolidarisation qui mine la cohésion sociale. À tel enseigne que l’on pourrait conclure à notre entrée dans un ‘nouvel âge’ des inégalités où l’enrichissement exponentiel des plus riches s’accompagne d’un appauvrissement des ménages les plus pauvres. »

« L’image de la cordée est au final simplement venue rajeunir celle du ‘ruissellement’ censé résulter des avantages octroyés aux plus aisés, mais qui n’a jamais fait la preuve de son efficacité. »



Et ce, soulignent-ils, même si « dans les années à venir, une baisse du chômage » était envisagée, ce qui aujourd’hui, selon les indicateurs économiques ne semble pas être le cas. Grossièrement, ce rapport propose au final, pour mettre fin au mal-logement dans les meilleurs délais et au-delà combattre la « pauvreté laborieuse », le plus parfait opposé des mesures prises – « indécentes, hypocrites et injustes » -par l’actuel gouvernement ; et :

« Les personnes sans domicile n’ont pas de temps à perdre, la France ne peut plus s’offrir le luxe d’attendre ou d’expérimenter ad vitam aeternam à petite échelle pendant une décennie de plus des solutions qui partout dans le monde font leurs preuves. »



Mais c’est ici que la Fondation Abbé Pierre démontre cette même indécence, l’inadéquation entre ses propositions et une situation dramatique, actuelle et à venir : la réquisition des logements vacants n’est pas assumée, y compris pour les biens appartenant à l’État ou des collectivités locales, ou grandes sociétés, sinon celle d’une réquisition « douce », mesure incitative pour tenter de convaincre des propriétaires indélicats, dont on sait qu’elle est longue, fastidieuse et impopulaire auprès de ces derniers, réticents à l’idée d’une location à caractère social.


Walter Benjamin | Passagenwerk




La ville, lieu stratégique de l'affrontement des classes

Michael Löwy

Insurrections, barricades et haussmannisation de Paris
dans le Passagenwerk de Walter Benjamin
2005


L'espace urbain comme lieu du combat entre les classes : voici un aspect souvent négligé par les travaux savants sur le thème de la ville dans le Passagenwerk. Pourtant, il occupe une place de choix dans ce projet inachevé. Le traitement du sujet par Walter Benjamin est inséparable de sa méthode historiographique, qu'on pourrait tenter, provisoirement, de définir comme une variante hérétique du matérialisme historique, fondée (entre autres) sur deux axes essentiels :
a) une attention systématique et inquiète pour l'affrontement des classes, du point de vue des vaincus - au détriment d'autres topoï classiques du marxisme, comme la contradiction entre forces et rapports de production, ou la détermination de la superstructure par l'infrastructure économique ;
b) la critique radicale de l'idéologie du Progrès, sous sa forme bourgeoise, mais aussi dans ses prolongements dans la culture politique de la gauche.

Eric Hobsbawm | La ville et l'insurrection


Paris | Barricades

Les révolutions sont déterminées par des situations politiques et non par la structure des villes plus ou moins propice à l'insurrection. Encore qu'une insurrection urbaine ou un soulèvement spontané puissent être l'étincelle qui met en route le moteur de la révolution.

Eric Hobsbawm
La ville et l'insurrection
Espaces et sociétés / 1970

Quelles que soient les différentes manières de définir la ville, 
celle-ci est, entre autres, un lieu de concentration de gens pauvres et, dans la plupart des cas, le foyer du pouvoir politique qui gère leur existence. Historiquement, ces populations urbaines ont été des foyers de manifestations, d'émeutes et d'insurrections sans compter l'exercice d'une pression directe sur les autorités qui sont parvenues à opérer en leur sein. Le citadin moyen se préoccupe fort peu de savoir si le pouvoir de la cité est simplement local ou s'il s'étend au niveau régional, national ou même au-delà. Cependant, que ces villes soient ou non des capitales (ou, ce qui revient au même, des cités-indépendantes) ou le lieu des sièges sociaux des entreprises géantes nationales ou internationales, ce problème affecte directement à la fois les plans des autorités et ceux des mouvements politiques visant le renversement des gouvernements, le champ d'implication des révoltes et insurrections urbaines étant évidemment d'autant plus étendu que la zone d'influence de la cité dépasse le cadre purement local.

Jean-Pierre GARNIER | La reproduction proliférante des diverses espèces de Sociologus academicus radicalis en milieu social parasitaire dominant


Groupe Utopie : Urbaniser la lutte de classe Ou remarques critique sur la récente tentative de pacification des contradictions. 1970 [*].


Tout le mode sait, en fait, que le fameux « droit à la ville », aujourd’hui, est plus exclusif et excluant que jamais, et qu’il continuera d’en être ainsi jusqu’à ce que les possesseurs du sol et de tous les moyens de production de l’espace urbain soient expropriés..

La librairie parisienne « Tropiques » publie un texte de Jean-Pierre Garnier, « édifiant » et critique à propos notamment du rôle des intellectuels de gauche contemporains, dans le cadre de sa participation au Colloque Géocritique International qui s'est tenu à Barcelone au printemps 2018, sur le « thème éminemment "ré-enchanteur" de » : 

SCIENCES SOCIALES ET CONSTRUCTION
D'UNE SOCIÉTÉ POST-CAPITALISTE
La reproduction proliférante des diverses espèces
de Sociologus academicus radicalis
en milieu social parasitaire dominant


XV Coloquio Internacional de Geocrítica
Universidad de Barcelona 7-12 de mayo de 2018

Episode 1
Les sciences sociales
dans une perspective post-capitaliste 

une porte ouverte à la science-fiction ?

Dans un article publié dans la New Left Review, « The Future of the City », le géographe urbain étasunien, Frederic Jameson, théoricien critique de la notion — de fait un pseudo-concept — de « post-modernité » et de ce qu’elle recouvre, à savoir l’entrée dans un monde que le philosophe slovène marxiste Slavoj Zizek qualifie de « post-politique » [1], affirmait ce qui suit:
« Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme » [2]
Je pense que cette appréciation est un bon point de départ. Pour aller où ?

USINES en VILLES




 " Il est maintenant temps de décider s’il faut poursuivre la tendance à expulser l’industrie urbaine de la ville ou de la réintégrer dans l’économie locale."

Cette étude réalisée par le Cities of Making project team nous interroge à double titre ; d’une part sur le rôle et la place de l’industrie en milieu urbain (à Bruxelles, Londres et Rotterdam), et d’autre part sur l’état de la pensée urbaine en France, de l’intelligentsia (qui n’a pas été conviée à y participer) [1], qui d’une manière générale se désintéresse prodigieusement de cette question politique, écologique et sociale, pourtant cruciale...

L’étude est en anglais, téléchargeable ici :

Le site :

Introduction en français :

Urban manufacturing’

vu simplement comme la production dans les villes de biens échangeables à grande échelle, est un aspect mal compris dans le contexte urbain, qui est rarement pris en compte dans la planification urbaine. Après des années de déclin et de délocalisation, les villes européennes doivent remettre en question le rôle de leur industrie urbaine. 

MARSEILLE | Holger Trülzsch


© Holger Trülzsch, 1984. La porte d'Aix, Marseille.

Marseille photographiée en 1984 par Holger Trülzsch, sculpteur, musicien, peintre, photographe et vidéaste, dans le cadre du programme de la « Mission photographique » de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) [1].

Jean-Paul de Gaudemar, de la Datar, exprimait son point de vue sur la photographie de la porte d'Aix en chantier et plus largement sur l'urbanisation alors en cours à Marseille (extrait) [2] :

" Pour qui connaît Marseille, l'image est saisissante et porte sur l'un des points les plus névralgiques et les plus symboliques de la ville. A gauche, cette sorte d'arc de triomphe, c'est la porte d'Aix où surgit brutalement une autoroute, pénétrant jusqu'au coeur de la ville. Au-delà de cette porte commencent en somme la Provence et les Alpes puisque c'est la principale sortie de Marseille vers le nord. Au fond à gauche, on devine les "barres" des années 1960 construites à la va-vite pour accueillir les milliers de rapatriés d'Afrique du Nord qui se bousculaient sur le port.
A droite, au premier plan, un vieux quartier insalubre longe la rue d'Aix, une sorte de "Barbès" marseillais, depuis longtemps abcès de fixation du débat sur l'immigration maghrébine. Et ce réverbère moderne au premier plan laisse deviner que devant l'image s'est posé Trülzsch, la rénovation est déjà faite. Exact : là est maintenant le nouveau siège du conseil régional, symboliquement situé au centre névralgique de la ville, sur cette butte des Carmes qui fut si souvent dans l'histoire un des bastions ultimes de résistance, mais aussi à la porte de la ville vers le nord, c'est-à-dire le reste de la région non maritime.
Cette rénovation en marche donne le sentiment de contempler une ville qui vient d'être bombardée, une ville usée, fatiguée, au bout du rouleau, comme laminée par son propre territoire.


MARSEILLE | Paul Chemetov








« A Marseille, le choix d’entretenir la ville ancienne n’a pas été fait. »


Regards.fr

Entretien avec Paul Chemetov (Grand Prix National de l'Architecture, 1980) 
par Pablo Pillaud-Vivien 

9 novembre 2018



Après l’effondrement de trois immeubles à Marseille, la gestion de l’urbanisme et du logement par la ville pose question. Pour en parler, l’architecte et urbaniste Paul Chemetov était l’invité de la Midinale.






MARSEILLE | Gaston DEFFERRE



Soulignons "informer"....


« Et les gens du G.a.m.s.a.u. et du C.e.r.e.s.m de poursuivre en accusant les pouvoirs publics d'avoir laissé se bidonvilliser ce quartier [Porte d'Aix], en précisant comment depuis cinquante ans les pouvoirs locaux refusent d'y faire des investissements.»
La Gueule Ouverte 
Pour Marseille, Defferre a choisi la « croissance »
juillet 1974, n° 21.


Marseille n’a hélas pas eu, dans son histoire récente, les maires qu’elle aurait du mériter ; son centre-ville populaire, ouvrier, a bien été au coeur des préoccupations des élus de la bourgeoisie municipale, qui s’attaquèrent sans relâche à  réaliser son embourgeoisement ; et ce depuis la destruction d’une partie du Panier pour ouvrir la fameuse rue de la République au milieu du 19e siècle, suivie de la destruction du quartier du « derrière » de la Bourse, au début du 20e siècle, précédant de peu la destruction partielle du quartier du Vieux-Port par l’administration de Pétain en 1943, et enfin, la destruction du quartier populaire de la Porte d’Aix dès après la guerre, conduite par le maire Gaston Defferre. Pourtant, ces opérations de Tabula rasa, d’une superficie considérable, n’auront guère entamé l’âme toujours et encore populaire du coeur de la cité phocéenne ; le maire Jean-Claude Gaudin, dans la lignée de ses prédécesseurs et de leurs héritages, pourrait bien y parvenir : son Opération Grand Centre Ville procède en ce sens, mettant à la portée des affairistes et spéculateurs, une batterie de dispositifs financiers et réglementaires ayant pour mission le « déguerpissage » des indésirables hors du centre-ville. Qui n’est pas sans rappeler, celle conduite par le maire socialiste et farouche anti-communiste Gaston Defferre (1953 – 1986) dont le programme pour la destinée du centre-ville, déjà, comportait, entre autres :
1. la déprolétarisation du coeur ouvrier de la ville, c’est-à-dire l’évacuation de l’électorat communiste (les immigrés y seront cependant tolérés car sans droit de vote, ceci expliquant cela [1]) au profit des employés de bureaux et fonctionnaires ; qui impliquait la construction des grands ensembles d’habitat social dans les quartiers nord pour les expulsés du centre ;
2. la construction d’un centre d’affaires - Centre Méditerranéen de Commerce International ou la porte de l'Eurafrique (l’on songe à Euromed…) - d’où devait rayonner autoroutes et rocades urbaines ; sur les décombres de la ville ancienne abandonnée ;
3. dans une volonté « d’adapter Marseille à l’automobile » ; au détriment des transports publics ;
4. et asseoir l’indépendance municipale contre les méga-projets de l’État, en particulier Fos (Defferre, ministre de Mitterrand, sera d’ailleurs l’architecte de la décentralisation).

Nous publions à la suite, deux articles du mensuel écolo, présentant la situation de la ville en milieu de mandat du maire Defferre.

La Gueule Ouverte
Pour Marseille, Defferre a choisi la « croissance »
juillet 1974, n° 21.
HORS Photographies et Illustrations

GAZ LACRYMOGENE | des Larmes en OR



Marseille La Plaine, 13 octobre 2018 : 
manifestation contre le projet de requalification de la place Jaurès


Des tranchées de 1914 à Notre-Dame-des-Landes

Gaz lacrymogène, des larmes en or

 Anna Feigenbaum
Mai 2018
Le Monde Diplomatique
[Photographies : L.U.I.]

Comme les manifestants français — ceux de Mai 68, mais aussi ceux qui se mobilisent pour la « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes ou contre la sélection universitaire à Nanterre —, les protestataires du monde entier font une expérience commune : l’inhalation de gaz lacrymogène. En un siècle, cette arme présentée comme inoffensive s’est imposée comme l’outil universel du maintien de l’ordre.

Contrairement à d’autres marchés, l’industrie du maintien de l’ordre ne craint ni les troubles sociaux ni les crises politiques — bien au contraire. Les révoltes du « printemps arabe » en 2011 et les manifestations qui ont ébranlé le monde ces dernières années ont fait exploser les ventes de gaz lacrymogène et d’équipements antiémeute. Carnets de commandes en main, les commerciaux sillonnent la planète. Des armées d’experts se tiennent à l’affût du moindre frémissement populaire pour conseiller fabricants et acheteurs sur les bonnes affaires du jour. Le gaz lacrymogène est sans conteste leur produit-vedette : universellement considéré par les gouvernements comme le remède le plus fiable et le plus indolore à la contestation sociale, comme une panacée contre le désordre, il ne connaît ni frontières ni concurrence.


Marseille La Plaine, 13 octobre 2018 

Quels dommages cause-t-il à ses victimes ? Quels problèmes pose-t-il en matière de santé publique ? Nul ne le sait, car personne ne s’en soucie. Dans aucun pays il n’existe d’obligation légale de recenser le nombre de ses victimes.

MARSEILLE | l'ère GAUDIN (1995 - 2018)





Marche de la colère, 14 novembre 2018, Marseille.





L’on peut juger, d’ores et déjà, que le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin n'a pas été, en cette fin de règne [1] qui risque bien de s'écourter, un maire bâtisseur ; c'est sous la tutelle, le contrôle et les financements de l'Etat que se sont concrétisés les plus grands travaux de Marseille, avec notamment, l'Opération d'Intérêt National  Euroméditerranée I, d'une exceptionnelle étendue, ou bien ce vieux projet de huit décennies enfin réalisé de la rocade L2.  

Ce qu'il laissera à la postérité se limite à une tentative d’embourgeoiser le centre-ville et par osmose, ou tâche d'huile, les quartiers limitrophes en utilisant tous les instruments dédiés à cette stratégie d'évacuation déportation des moins aisés : des hausses des taxes d’habitation jusqu'à la requalification des espaces publics pour certaines zones, ou le contraire pour d'autres, les laissant intentionnellement se dégrader, tel le quartier de Noailles : terrain d’infortune pour certains y habitant ou de fortune future pour les spéculateurs. 

Son héritage comporte également la privatisation de lieux et monuments emblématiques appartenant à la ville, dont notamment la splendide citadelle d'Entrecasteaux surplombant le Vieux Port, après le somptueux Hôtel Dieu lui faisant presque face sur la rive opposée. Dans ce cadre de marchandisation à outrance, les Partenariats Public Privé ont été concédé concernant la réfection d'une partie des équipements scolaires, pour beaucoup dégradés, ou bien le stade vélodrome, opérations financières préjudiciables, ruineuses, selon les experts impartiaux de la Chambre Régionale des Comptes, pour les finances - donc des contribuables - de la ville surendettée : autre legs magistral de ce maire ; ou plutôt d’un système hérité lui, en partie, du maire Gaston Deferre, emprunt selon des journalistes et politologues, de clientélisme exacerbé et de mépris envers les opposants aux projets municipaux.

300 pins abattus à Luminy = 180.000 signatures pour une pétition contre le projet d'extension d'une école !
Photographie : SOS Calanque 13


MARSEILLE | Gated Communities



Marseille | Résidence  privée Roucas Blanc

Fermeture résidentielle et politiques urbaines :  le cas marseillais

À Marseille, la fermeture résidentielle se caractérise ici par une intensité exceptionnelle : 80 000 logements soit 19 % de l’ensemble selon notre enquête. Elle demeure d’abord associée aux aires socialement favorisées (quartiers du littoral sud) où elle atteint 48 % des surfaces urbanisées et jusqu’à 90 % des logements dans les zones de grands ensembles aisés en copropriété du sud de la ville.

Elisabeth Dorier-Aprill
Isabelle Berry-Chikhaoui
Sébastien Bridier
Articulo - Journal of Urban Research | 2012

La spectaculaire expansion mondiale des lotissements résidentiels fermés, sécurisés – dont les espaces communs et équipements internes sont gérés de manière privative – suscite l'attention depuis plus de vingt ans, que cela soit sur le continent américain ou au-delà, notamment au Moyen-Orient et Afrique du sud. La recherche s’est largement focalisée sur les liens que cette expansion entretient avec les inégalités sociales, les problématiques sécuritaires et sur le fait que les enclaves résidentielles renvoient à des dynamiques de territorialisation infra-urbaines marquées par des formes de fragmentations sociale et gestionnaire. Grâce au travail d’un réseau de recherche international peu à peu structuré en Europe, on a pu suivre tant la diffusion mondiale de ce phénomène – d’abord qualifié d’« américanisation » – que la progressive banalisation sociale des fermetures et de leurs contextes. On insistera davantage ici sur les travaux abordant la fermeture résidentielle dans les villes françaises, objet d’un débat scientifique, politique et médiatique dont les termes ont évolué depuis une décennie.
Marseille quartier - alors populaire - de la Joliette-Arenc (périmètre Euromed) |  Architectes : Yves Lion, Roland Castro (!) : l'accès est autorisé aux seuls résidents de cette nouvelle et vaste opération de promotion immobilière - ilôt M5.

MARSEILLE | Rue d'AUBAGNE



Marseille, marche blanche, samedi 10 novembre 2018. 10.000 manifestants devant la mairie de Marseille.


Marseille, la rue d’Aubagne aujourd’hui tristement célèbre, c’est au domaine Ventre, en face des immeubles à terre, qu’est né et s’est établi pour un temps notre Laboratoire : tristesse et colère, donc, mais engagement déterminé pour que cessent les pratiques municipales d'un autre temps. Reconnaissons au vieil élu, qu'il ne peut être jugé comme seul responsable de cette incurie et de ce drame : l'Etat est autant pleinement coupable, la Fondation Abbé Pierre nous le rappelle chaque année, ou d'autres rapports impartiaux, comme celui de la Chambre Régionale des Comptes.


Peu avant le rapport accablant de Christian Nicol, Inspecteur général honoraire de l'administration du développement durable, daté de mai 2015 concernant « La requalification du parc immobilier privé à Marseille », qui concluait que le parc privé potentiellement indigne (PPPI) présente, un risque pour la santé ou la sécurité « de quelque 100.000 habitants » de Marseille, celui daté de 2013, rédigé par la très sérieuse Chambre Régionale des Comptes de PACA, concernant « la vérification des comptes et l’examen de la gestion de la Société d’Economie Mixte Locale Marseille Aménagement (SEMA) » est édifiant ; rapport qui met à jour une gestion et un fonctionnement internes calamiteux, des méthodes et des procédés illégaux, entre autres de la société d’économie mixte, Marseille Aménagement (devenue depuis Soleam), qui a permis en 2016, la condamnation de son directeur Charles Boumendil par le tribunal correctionnel à 6 mois de prison avec sursis pour "travail dissimulé". Ce rapport analyse avec précision et sans pudeur ou retenue – sa mission - les plus grands chantiers effectués entre 1998 et 2010, dont les opérations confiées à Marseille Aménagement dans le cadre de la réhabilitation du centre-ville de Marseille qui ce sont déroulées dans le cadre de Périmètres de restauration immobilière (PRI) et d’Opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH), incluant Noailles (PRI centre-ville). 

Courts extraits :

MARSEILLE | LE MUR de la PLAINE



Non. Nous ne sommes pas en zone industrielle en périphérie de Marseille, mais à La Plaine, face à la place Jean Jaurès emmurée, au coeur de la cité phocéenne, fin octobre 2018.


« C'est une apparence caricaturale d'appropriation et de réappropriation de l'espace urbain, que le pouvoir autorise, lorsqu'il permet des cortèges dans les rues, mascarades, bals folkloriques. Quant à la véritable appropriation, celle de la "manif" effective, elle est combattue par les forces répressives, qui commandent le silence et l'oubli. »
Henri Lefebvre. La révolution urbaine. 1970.



29 octobre 2018 : des opposants au projet, avec toute l'énergie du désespoir, ou de l'optimisme car sans autre arme que leurs corps, tentent de bloquer la rue Saint Savournin, là ou s'agite le va et vient incessant des poids lourds amenant le "Mur de la Honte" ; la réaction des Compagnons républicains de sécurité fut immédiate : matraquage, puis poursuite et lacrymogène à tout va. 

MARSEILLE | La PLAINE est pleine

Départ de la manifestation sous le grand auvent réfléchissant du Vieux Port

LA PLAINE
EPISODE 3
20 octobre 2018

Journée radieuse de grande manifestation pour les habitants de Marseille-Plaine et ceux, celles et les autres collectifs de la cité phocéenne osant s'opposer aux projets controversés de la municipalité : 4000 manifestants pacifiques, pas de heurts avec les CRS discrets -pour une fois en très large minorité, ceci expliquant cela - qui encore en ce moment, à la tombée de la nuit, sont rassemblés sur la place Jean Jaurès : La Plaine est pleine de monde de tous âges. Car une grande surprise les attendaient...

MARSEILLE | La coupe de La PLAINE

Un poète marseillais bien connu grimpé sur un arbre pour le défendre : il n'était pas le seul...
16 octobre 2018

LE MASSACRE URBAIN DE LA PLAINE
EPISODE 2
16 octobre 2018

Jour de pluie et de tristesse à Marseille sur la grande place Jaurès lorsqu'au matin, a débuté l'abattage de 87 arbres sains (lire notre précédent post).  Ce massacre, littéralement, végétal est signé de la Soleam, (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise), certes qui décide, mais massacre injustifiable qui a été surtout élaboré par l’agence de paysagistes (?) APS, sous la co-direction de Jean-Louis Knidel, en charge du projet, serviteur zélé de la municipalité pour embourgeoiser le quartier, et le vider de sa substance vivante - arbres, marché forain, véhicules, plèbe - et faire place nette. Exit sa promesse d'une transplantation des arbres (d'ailleurs peu crédible) et celle qu'il n'y aurait pas de bruit de tronçonneuse sur La Plaine :



MARSEILLE | La Coupe est PLAINE


L'urbanisme opératoire à Marseille : du gaz lacrymogène policier contre les opposants au projet de requalification lourde de la grande place Jaurès, prévoyant, entre autres aberrations, l'abattage sans état d'âme des arbres sains pour en planter d'autres... pour faire plus joli, selon les paysagistes en charge du projet.

LE MASSACRE URBAIN DE LA PLAINE

Marseille ; le quartier populaire de la Plaine en centre ville est en ébullition contre le projet de la ville de requalification – lourde - de sa Grand’place bien nommée, Jean Jaurès [ou la Plaine], l’une des plus grandes de la cité phocéenne avec 2,5 hectares ; ce 11 octobre 2018, les travaux de mise en place du chantier ont débuté, mais plus d’une centaine de manifestants – et autant de sympathisants – étaient présents, bien décidés à s’opposer au projet par tous les moyens : l’arrivée d’une escouade de CRS et les premières capsules de gaz lacrymogène tirées contre une foule certes turbulente mais pacifique marquent bien l’acte de naissance de ce que l’on nommait jadis « lutte urbaine » dans le sens du « Droit à la ville » d’Henri Lefebvre, aujourd’hui appelée « Zone à Défendre (ZAD) urbaine », car en effet se déroulant en milieu urbain dense, en centre ville, ce qui ne s’est jamais produit depuis des lustres. 

Jeudi 11 octobre 2018 | Marseille La Plaine : les CRS tentent de disperser manifestants et sympathisants.

VIRILIO | BUNKER ARCHEOLOGIE



Les fortifications du Mur de l'Atlantique - et de Méditerranée -, comme celles des lignes Maginot et Siegfried, bâties pour prévenir une invasion ennemie, n'auront été d'aucune utilité : le Débarquement du 6 juin 1944 rendait caduque le système de défense côtière comprenant 15000 ouvrages bétonnés, ponctué de ports transformés en forteresse. Mais ce Mur n'était pas seulement destiné à contrer une opération militaire ; il s'avère être le premier équipement militaire « moderne » gigantesque, déjà constitué d'« armes invisibles » : les réseaux électroniques de détection, devant assurer la protection de l'Ouest européen, ainsi que la propagande sur l'invulnérabilité de l'ouvrage et du nazisme.


IBIZA : Ile Paradis HIPPIE

IBIZA 1968, image du film MORE

Every day is my day

Pink Floyd


"Un des plus beaux spectacles auxquels on puisse assister est leur bain matinal qui ressemble à un rire. Celui qui les voit pense inévitablement que c'est ainsi que s'éveillaient nos ancêtres au Paradis."

Diario de Ibiza, 6 septembre 1969



Baignées dans les eaux méditerranéennes et espagnoles, les Iles Baléares ont été à plusieurs reprises la proie d'envahisseurs : phéniciens, grecs, romains, arabes, pirates, avant de connaître de nouvelles invasions pacifiques cette fois ; ce fut une terre d'exil pour les réfugiés fuyant l'Allemagne nazie, fréquentée également par l’intelligentsia européenne, tombée sous le charme de l’île : de grands écrivains français, en particulier, y vinrent, nous laissant de précieux témoignages. Comme Saint Tropez ou l’île de Capri, Ibiza est sur l’itinéraire de la jet-set des années 1950, stars du cinéma, de la chansonnette et milliardaires, portés par leurs yachts jettent l’ancre ici, profitant de la relative tranquillité d’une île sauvage encore préservée du tourisme ; ont-ils influencés les premiers freaks à venir la visiter ? 
Nul ne le sait exactement, mais en ce milieu des années 1960, commence l'invasion hippie. 


APARTHEID | TOWNSHIPS & HOMELANDS


Photo couverture : David Goldblatt
2006

Une brochure PDF est disponible



L’apartheid est un crime contre l’humanité.
Nelson Mandela

 La France est considérée comme le seul véritable soutien de l’Afrique du Sud parmi les grands pays occidentaux. Non seulement elle lui fournit l’essentiel des armements nécessaires à sa défense, mais elle s’est montrée bienveillante, sinon un allié, dans les débats et les votes des organisations internationales.
Centre Français du Commerce Extérieur, 1975.


L’apartheid (littéralement développement séparé) n’est pas né du jour au lendemain, c’est l’héritage et la continuation d’une ségrégation pragmatique élaborée depuis la colonisation en 1652 ; c’est l’aboutissement, ou plutôt une phase d’un long processus alternant des périodes de guerre et de paix, d’entre-deux, au gré des événements internationaux, des crises économiques et de la prospérité nationales. Le “système”, autre nom de l’apartheid, n’invente presque rien, ses architectes reprennent stricto sensu les techniques, les méthodes et les lois des décennies le précédant, mais ils les radicalisent, ils les modernisent et les adaptent à leur époque, et les imposent autoritairement aux gouvernements provinciaux, aux City Councils qui jadis soit rechignaient à les appliquer, soit, plus souvent, n’en n’avaient pas les moyens ; pour y parvenir les immenses richesses minières de l’Afrique-du-Sud serviront ainsi à financer la séparation des races autant dans les consciences des masses que dans les espaces public et privé.