NOTRE DAMES DES LANDES



Architecte Jacques Ferrier




Contre le projet du second aéroport (!) de Nantes, les arguments, les preuves accumulés par ses opposants interrogent les plus fervents partisans du bien commun, de sa nécessité, du bien-fondé de son utilité publique économique ; leurs conclusions mettent en grand défaut la pertinence des propos des politiciens favorables au projet, soulignent les erreurs, omissions, occultations et autres fantaisies des études prévisionnelles faites à la fois par les techno-ingénieurs de l'Etat et plus encore de la multinationale Vinci. Grossièrement, selon leur propre contre-expertise confiée à un société "neutre" et reconnue internationalement, le second aéroport de Nantes serait un gouffre financier - payé par les contribuables de France - dont les bénéfices attendus - la contre-étude démontre que cet aéroport serait en déficit structurel, donc à nouveau à la charge des contribuables - profiteraient à une société privée. Sans doute, la vérité doit se situer dans l'entre deux. Mais procéder de la sorte, en ces temps de contre-information, est la première erreur stratégique du couple Etat-Vinci, qui en fait, les accumulent, dont notamment le temps et l'espace "offerts" aux opposants.




Che GUEVARA | Arquitectura Socialista



Ernesto Che GUEVARA

Discurso del en la Clausura del Encuentro Internacional
de Profesores y Estudiantes de arquitectura.

La Habana | 29 de septiembre de 1963


Compãneros estudiantes y profesores de arquitectura del mundo entero : Me toca hacer el resumen -como se llama en Cuba-, o cerrar con unas palabras este Encuentro Internacional de Estudiantes.

Tengo que hacer una conclusión muy penosa para mi, como primera medida:
confesar una ignorancia atroz sobre estos problemas, ignorancia que llega al extremo de no saber que el Encuentro Internacional de Estudiantes que se celebró era apolítico. Yo creía que era un encuentro de estudiantes, y no sabia que era un organismo dependiente de la Unión Internacional de Arquitectos.

Por lo tanto, como político -es decir, como estudiantes que participan en la vida activa del país y además después de leer las conclusiones, se demuestra que la ignorancia era colectiva porque las conclusiones son muy políticas también...

GRUISSAN PLAGE







Les "chalets" de Gruissan-Plage rendus célèbres par le film 37,2 ° le matin forment un ensemble urbano-architectural unique en France : par la beauté du site, l'étendue et le nombre de baraques, près de 2000, et, surtout, par la tolérance ou complaisance architecturale que l'administration accorde volontiers aux habitants, les "chatelains". Trop certainement.

Car trente années après 37,2°, le charme splendide de Gruissan-Plage est rompu, les chalets d'antan se sont modernisés pour leur plus grande majorité, et plus grave, pour nombre d'entre eux, les rez-de-chaussées ont été clos : on peut ainsi juger que ce n'est plus qu'un vaste zoo architectural placé sous l'égide du sam'suffit, du mauvais goût, ou au contraire, s'émouvoir de l'imagination des chatelains pour améliorer l'habitabilité et apprécier le décorum de leurs demeures, l'architecture populaire, ou "sans architecte". Une chose est certaine : l'excentricité n'est pas de mise ici, pas de baraques peintes en rose bonbon ou de formes architecturales "alternatives" : les belles villas luxueuses, les chalets reconstruits sans âme assurent une normalité, une banalité navrante contrevenant avec le genuis loci, le génie du lieu, et son histoire peu communs. 

Mais ce même charme, certes très endommagé, résiste encore car une règle interdit aux habitants de clôturer leur propriété - et en principe les dessous des pilotis - et de s'approprier l'espace autour de leur maisonnée : outre les zones de chalets situés sur les grandes rues extérieures périphériques, aucune barrière, clôtures, haies, etc., ne vient morceler l'espace, ou enfermer la propriété, cas ou typo-morphologie urbaine rare en France, renforcée, encore pour un temps, par les pilotis des chalets. En somme, c'est une zone pavillonnaire mais sans jardins clos où il est possible d'errer entre les constructions de toute sorte et de toute époque ; librement ! L'expérience est stimulante, au-delà des garden cities anglaises, des mobil homes town des USA.



Abraham Guillén | Guérilla Urbaine


Justement en 1965, quand j'ai publié « Stratégie de guérilla urbaine », les « Tupamaros » ont vu une lumière, puisque je disais que les « forêts de ciment sont plus sûres que les forêts d'arbres ». Et que les villes ont plus de ressources logistiques que la campagne. Et comme notre civilisation est capitaliste et qu'elle concentre le capital et les populations dans les villes à un rythme accéléré, dans des pays comme l'Uruguay avec plus de 80 % de population urbaine, il était absurde d'aller faire la guerre révolutionnaire à la campagne, où il y a plus de vaches et de moutons que de population rurale.

Abraham Guillén, anarchiste révolutionnaire inconnu en France, a été l'un des premiers théoriciens post guerre mondiale de la guérilla urbaine ; en 1965 est édité Stratégie de la guérilla urbaine qui inspira le révolutionnaire brésilien Carlos Marighela – Manuel de la guérilla urbaine paru en 1969 - et les Tupamaros en Uruguay – Nous les Tupamaros brochure éditée en 1971. Suivent ensuite, La guérilla urbaine et les Tupamaros (1972), The philosophy of the urban guerrilla (1973), La epopeya de la defensa de Madrid : combates homéricos de un pueblo invicto en 1975, Revalorización de la guerrilla urbana (1977), El error militar de las izquierdas. Análisis estratégico de la guerra civil española 1936-1939 (1980), et enfin, Stadt-guerrila in Lateinamerika paru en 1984. 

Habile théoricien, brillant économiste diplômé en Sciences Économiques, Abraham Guillén, né en Espagne en 1913, fut aussi un guérillero. Il s'engage dans la guerre civile d'Espagne dans les rangs anarchistes de la XIVème Division de l’armée républicaine, emmenée par l’anarchiste Cipriano Mera ; il est capturé par les franquistes en 1939, mais, exploit, s’évade en 1942 et intègre le Comité national clandestin de la CNT ; à nouveau capturé en 1943, il s’évade et gagne la France en 1944, puis l'Argentine en 1948 ; il s'engage alors dans le groupe révolutionnaire Uturunco, pratiquant la guérilla rurale et urbaine dans le Nord de l'Argentine entre 1959 et 1960. Capturé, emprisonné, puis libéré, on le retrouve en 1961 à Cuba en instructeur militaire, puis il se rend en Uruguay rendre visite aux Tupamaros, comme il fut le conseiller militaire d'autres groupes révolutionnaires d'Amérique du Sud. Il renonça à la lutte armée et aida plusieurs expériences sociales libertaires, notamment au Pérou durant la dictature de gauche du président Velasco,  puis plus tard en Espagne, avec le syndicat CNT et la Fondation libertaire Anselmo Lorenzo, sans renoncer à son poste d'expert international de l’Organisation Internationale du Travail. 

Carlos MARIGHELLA | Manuel de GUERILLA URBAINE


Carlos MARIGHELLA

Ação Libertadora Nacional



En 1964, au Brésil, un coup d'Etat militaire instaure une dictature. Carlos Marighella, né en 1911 est un politicien, alors membre officiel du parti communiste brésilien. Il se rapproche des théories de Fidel Castro et de Che Guevara, est attentif aux mouvements révolutionnaires en Uruguay et en Argentine, ainsi que du Front populaire de libération de la Palestine, ce qui lui vaut, en 1967, d'être expulsé du parti qui oeuvrait pour la paix sociale et une légitimisation parlementaire. Comme dans la plupart des pays du monde, un grand nombre de jeunes étudiants, convaincus de la nécessité d'une lutte armée et contre l'immobilisme du parti communiste vont rejoindre les rangs des organisations politiques de la Gauche extraparlementaire et des groupes révolutionnaires armés. Carlos Marighella fonde ainsi en 1968 l'ALN, Ação Libertadora Nacional, (Action de Libération Nationale) en recrutant notamment dans les milieux universitaires. L'ALN deviendra une des principales forces révolutionnaires du pays, avec la VPR (Vanguarda Popular Revolucionaria) et le MR-8 (Movimento Revolucionario 8 de Outubro). Les premières actions de guérilla urbaine furent ainsi lancées ( hold-up de banques, contrôle d'une station de radio et diffusion de son manifeste-, attaque des postes de police, dynamitage de casernes de l'armée, etc.). Ses actions les plus spectaculaires sont les enlèvements de diplomates étrangers, dont notamment l'ambassadeur américain. Le gouvernement adopte des mesures répressives (rétablissement de la peine de mort, exil d'opposants politiques, censure des journaux, nouvelle Constitution amendée pour procéder à des arrestations en cas de menace à la sécurité nationale, etc). La Central Intelligence Agency (CIA) collaborera en infiltrant les mouvements de guérilla. Marighella fut finalement tué dans une embuscade policière en novembre 1969. 8000 personnes seront arrêtées, et les escadrons de la mort, formés au sein des forces policières, feront environ 1000 morts. La guérilla sera écrasée dès la fin de 1971.

Manuel Legarda | PEROU | CHRONIQUES DE LA VRAE



Manuel Legarda 
PEROU | CHRONIQUES DE LA VRAE  (Vallée des fleuves Apurímac et Ene)
Février 2015

Je me souviens de mon voyage dans la région de la VRAE des années auparavant, depuis Puerto Ocopa jusqu’à Puerto Cocos, à travers le fleuve Ene. Nous travaillions alors sur un projet de documentaire sur les campagnes de stérilisations forcées effectuées au Pérou. J’avais été très impressionné par la militarisation de la région, les nombreuses bases militaires et les contrôles que nous avions subis tout au long du voyage qui avait duré deux jours. Nous arrivions dans les villages dans la pénombre de la tombée du jour pour repartir avec les premiers rayons du soleil. Dans certains d’entre eux, un générateur électrique faisait parfois fonctionner un téléviseur autour duquel s’agglutinaient les enfants mais, en général, nous n’entendions que les concerts nocturnes de la faune infinie de la région. Je me demandais contre qui combattaient tous ces militaires. C’était en 2007 et à la capitale on parlait de l’existence de « derniers foyers subversifs ». La plupart des gens que je connaissais à Lima me disaient qu’il s’agissait d’ « actions très isolées des derniers narcoterroristes ».

WORLD PRESS 2015 PHOTO CONTEST




Mads Nissen | Istanbul Protest
Une jeune manifestante blessée par la police après l'enterrement de Berkin Elvan, jeune garçon de 15 ans mort suite des blessures faites par la même police lors d'une manifesttion anti-gouvernement.

Yongzhi Chu | Monkey Training
Un dresseur de singe pour un cirque à Suzhou, province d'Anhui, Chine.



URBANISME-S DE GUERRE | Vietnam




Tout l'enjeu des guerres du Vietnam fut le contrôle des populations rurales, de disputer à l’ennemi la confiance et l’estime des paysans, puis leur adhésion, leur soumission à un programme idéologique. Une guerre politique de « contrôle des corps », condition préalable au « contrôle des âmes », et selon le stratège Charles Lacheroy cette guerre a pour principal objectif le contrôle de « l’arrière » [1], c’est-à-dire de la population : « le problème numéro un, c’est celui de la prise en main de ces populations qui servent de support à cette guerre et au milieu desquelles elle se passe. Celui qui les prend ou qui les tient a déjà gagné. » Le Peuple plutôt que le territoire est à conquérir.

Afin d'y parvenir, le président dictateur du Sud Vietnam Ngô Đình Diệm décida d'une grande réforme rurale, dans le cadre plus large de sa révolution totale, imposant aux villageois des hameaux et villages isolés, un déplacement regroupement dans des Agrovilles, Agro-hameaux et Hameaux stratégiques fortifiés, remparts contre la propagande communiste. Entre 1957 et 1963, près de sept millions de paysans – près de la moitié de la population totale - ont été forcé d'abandonner leurs maisons et rizières pour rejoindre des « Centres de prospérité » les suspects étaient condamnés aux « Centres de ré-éducation ».


Chris Ealham | BARCELONE contre ses Habitants


Les ouvrages concernant l'urbanisme insurrectionnel, révolutionnaire sont rarissimes. Est aujourd'hui préférée la sacro-sainte question du Pourquoi, au détriment du Comment, question abandonnée à la science militaire-policière. L'ouvrage de Chris Ealham est donc bienvenu (remercions au passage l'éditeur !), par le thème abordé, « les aspects socio-temporels, symboliques, pratiques et spatiaux de l’urbanisme révolutionnaire à Barcelone » et une analyse remarquable. Passons sur ses références au Droit à la ville d'Henri Lefevbre, l'étude est objective car sans complaisance aucune, mais malheureusement bien trop courte, une centaine de pages seulement pour un aussi vaste sujet d'étude, concernant « la plus grande ville industrielle d'Espagne qui a connu plus de combats de barricades que n'importe quelle autre ville du monde » comme l'évoquait Engels dans Les Bakouninistes en action (1873). Cette culture de l'organisation insurrectionnelle de l'espace urbain, cet héritage transmis de génération en génération de luttes ouvrière et anarchiste, cette « mémoire sociale » servira les insurgés de juillet 1936, juge ainsi Chris Ealham. Ces vaillantes et victorieuses barricades, ces comités de quartier, entre autres, seront, pouvons-nous ajouter, les derniers sérieux obstacles érigés à Barcelone contre le fanatisme du capitalisme, et le terrorisme d'Etat.

Bornes Urbaines Anti-Echec & Urbanautes


« Ceux qui disent ''la crise est conjoncturelle et tout va s'arranger'',
sont non seulement des menteurs,
mais comme vous dites des négationnistes. »
Paul Virilio | 1997

Un lecteur nous adresse ce texte-commentaire, concernant le concours d'architecture "Balises de Survie" organisé par l’urbaniste Paul Virilio et l’architecte Chilpéric de Boiscuillé en 1993-94, reproduit dans le chapitre intitulé Un témoignage. Nous rappelant qu'il y a 20 ans, la gente estudiantine pouvait encore réagir contre un tel degré Zéro de l'architecture : " Nous étions moins… comment dire ? moins feutrés !"


L'architecture de survie 
en milieux urbains hostiles


À l'orée des années 1990 est inventé un nouveau domaine particulier de l'architecture humanitaire, inconnu auparavant : l'architecture de survie en milieux urbains hostiles destinée aux sans-abris, qui se caractérise par une réduction drastique des échelles d'intervention, de temps et de coût. Des démarches isolées ou de concepteurs regroupés au sein d'associations, s'inspirent tout à la fois des pratiques ingénieuses observées dans la rue, et des propositions faites par les architectes italien, anglais et autrichien du mouvement « radical » qui, pour d'autres raisons, détournaient de leur fonction initiale les technologies de la Nasa, combinaisons spatiales, capsules Appolo, véhicules et autres équipements conçus pour la survie et l'autonomie de l'homme dans l'environnement spatial. Ainsi de nouveaux « objets » architecturés apparurent dépassant le stade des traditionnels abris auto-construits : l'habitacle, balise, living capsule et kit de survie, les niches mobile ou nomade, les combinaisons de protection individuelle, body capsules, habit-acles et habits-abris, les ready-made refuges, les maisons-valises, les Houseless pour Homeless, etc. 

ANTTI LOVAG : Architecte Anti-conformiste


Il fut un des architectes français des plus talentueux : Antti Lovag nous a quitté ce samedi 27 septembre 2014. 

L’architecture ne m’intéresse pas. C’est l’homme, l’espace humain, qui m’intéressent ; créer une enveloppe autour des besoins de l’homme. Je travaille comme un tailleur, je fais des enveloppes sur mesure. Des enveloppes déformables à volonté.
Antti Lovag

Antti Lovag, architecte-habitologue, personnage discret au contraire de ces maisons bulles, n'est pas un contestataire politique, ni même un polémiqueur, et seule son oeuvre présente un anti-conformisme architectural radical. Une radicalité qui s'est exprimée quasi exclusivement au service de riches mécènes avec une production centrée principalement sur l’habitat [1], Antti Lovag garde l’image d’un habitologue à la clientèle aisée voire richissime, dont notamment Pierre Cardin, propriétaire d'un magnifique palais-bulle. 

Mais cette clientèle ne doit pas occulter le fait que les techniques de construction imaginées peuvent être à la portée d'un simple particulier pas forcément fortuné. C'est ainsi que Joêl Unal, avec des moyens financiers limités, sur la base des principes constructifs lovagiens et du même style architectural, s'appliqua à auto-construire sa demeure.  


Workshop MONU-MENTAL | Mur des Fédérés




A l'invitation d'une université d'été, notre Labo a organisé la thématique "Architecture+Psychiatrie, Vol au-dessus d'un nid de coucou", 
et animé le Workshop MONU-MENTAL, né de la rencontre entre étudiants en architecture et jeunes diplômés en psychiatrie. Une dizaine d'équipes mixtes a planché sur notre concours d'idées concernant la mise en valeur du site du Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Une poignée de jours - et surtout de nuits - pour réfléchir, discuter, élaborer et illustrer leurs idées : c'est peu, et il convient donc d'être très indulgent pour le niveau de détail, la qualité des prestations, et le peu de textes, qui correspondent à ce que l'on appelle une esquisse. Réaliste, utopique, joyeuse, ironique et sombre, leurs "idées" sont, avant tout, un grand Hommage aux Fédéré-e-s inconnu-e-s, et de belles critiques quant au sort que les gouvernements successifs leur réserve.




Quand de Bonnes Bombes Tombent sur des Méchants


Quand de Bonnes Bombes Tombent sur des Méchants

« Les deux chapitres qui suivent : Quand de bonnes bombes tombent sur des
méchants et Plus de femmes, plus d’enfants, plus vite, traitent de l’utilisation
de la force aérienne conventionnelle à l’encontre des populations civiles.
Coïncidence : alors que je terminais ces pages, dans le golfe Persique, des
pilotes se préparaient à des missions qui devaient assombrir encore la
malheureuse histoire des non-combattants victimes d’attaques aériennes.  »

Joe Sacco *
Initialement parue dans le recueil Journal d’un défaitiste – 2004
Via : Esprit 68.org

Necessitas Non Habet Legem




« Cette indifférenciation se matérialise dans la vidéosurveillance des rues de nos villes. Ce dispositif a connu le même destin que les empreintes digitales : conçu pour les prisons, il a été progressivement étendu aux lieux publics.
Or un espace vidéosurveillé n’est plus une agora, il n’a plus aucun caractère public ; c’est une zone grise entre le public et le privé, la prison et le forum. »


Une citoyenneté réduite à des données biométriques

Comment l’obsession sécuritaire fait muter la démocratie


Giorgio Agamben
janvier 2014


L’article 20 de la loi de programmation militaire, promulguée le 19 décembre, autorise une surveillance généralisée des données numériques, au point que l’on parle de « Patriot Act à la française ». Erigé en priorité absolue, l’impératif de sécurité change souvent de prétexte (subversion politique, « terrorisme ») mais conserve sa visée : gouverner les populations. Pour comprendre son origine et tenter de le déjouer, il faut remonter au XVIIIe siècle…


Slumming INDIA




Gita dewan Verma est une architecte urbaniste Indienne, auteure d'un livre magistral intitulé Slumming India, paru en 2003, faisant encore aujourd'hui référence (réédité en 2012) et toujours pas disponible en français (il n'est hélas pas le seul dans le domaine de l'urbanisme politique). Ce pamphlet politique, dans la veine des textes d'Arundhati Roy, est une tribune salutaire, une critique dévastatrice contre la "nouvelle classe" dirigeante mais aussi contre le programme urbain-politique de la World bank, et des ONG associées, qui entérine l'existence même du bidonville comme une réalité éternelle, et met un terme à une quelconque politique plus ambitieuse, plus humaine. Le vrai problème considère Gita, n'est pas la misère urbaine omniprésente qui nous choque, mais bien la faillite morale et intellectuelle qui la fabrique....

Urbanisme Colonial à Pointe-à-Pitre | 1848 – 1967





Denise Colomb | Guadeloupe | 1958

« Elle a germé, la ville, d’un magma de misère et d’un maigre cadastre, d’une eau trouble, d’une aurore cassée. Ce n’était qu’un comptoir, qu’une maison de passe, qu’un enclos, qu’un caillot, qu’une dissidence, qu’une blessure ouverte de l’histoire. »
Ernest Pépin | 2007


L'urbanisme colonial, après l'abolition de l'esclavage en 1848 en France, adopte bien des configurations en fonction des particularités économiques du pays colonisé, de la nature « bonne » ou « méchante » des colonisés, du climat et des caprices des éléments naturels, de la géographie, de l'héritage urbain et architectural, autochtone pré-colonial ou importé, et de la vocation de la ville – militaire, commerçante, industrieuse, administrative, agricole - assignée par l'administration.

Mais la colonisation est par définition une domination spatiale, qui se décline en plusieurs échelles, du grand territoire à l'espace urbain des villes que le pouvoir colonial organise, réglemente et contrôle, selon deux grands principes : un principe discriminatoire, et social et racial, associé au principe répressif, principes atténués mais aussi fonctionnels dans les villes post-coloniales de l'Union française de l'après seconde guerre mondiale. Aimé Césaire, longtemps maire de Fort-de-France en Martinique déclarait ainsi : « Nous avons reçu les premiers CRS avant de voir la première application de la Sécurité Sociale.»

Pointe-à-Pitre | Mé 67




Mai 67 à Pointe-à-Pitre : des gendarmes mobiles ouvrent le feu sur un rassemblement d'ouvriers du bâtiment en grève, puis, pendant trois jours la ville connaît une guérilla urbaine faisant entre 10 et 100 victimes civiles, incroyablement leur nombre reste inconnu, ou détenu dans les archives de la police. Pour évoquer cette tragédie, nous publions un très beau texte romancé du poète Ernest Pépin, Manman lagrev baré mwen Mai 67 raconté aux jeunes, suivi d'un entretien de Jean-Pierre Sainton, jeune témoin alors des événements.

Manman lagrev baré mwen
Mai 67 raconté aux jeunes

Ernest Pépin | 2007
via Potomitan

Jeune homme! Viens m’aider à mettre de l’ordre dans mes papiers!
La voix de mon grand-père sonna comme un coup de clairon. Je ne pus m’empêcher de réprimer un mouvement de mauvaise humeur. J’avais mes affaires à faire et je sentais que cette voix là n’aurait toléré aucune discussion ni aucune dérobade. Il me fallait m’exécuter. Depuis qu’il est à la retraite, grand-père n’arrête pas de remuer de vieux papiers, des souvenirs, comme si, pour lui, l’heure était venue de passer en revue les grands moments de sa vie. Rien d’extraordinaire à mes yeux. C’était un Guadeloupéen comme les autres. Il portait bien ses 70 ans avec le corps de quelqu’un qui n’avait jamais couru devant le travail et qui savait ce qu’il voulait sur cette terre où nous ne faisons que passer. On pouvait lire sur son visage une certaine fierté d’avoir honoré son contrat avec sa famille, son pays et lui-même. N’avait-il pas, né au plus bas de la misère, réussi à élever dignement ses deux enfants, à construire une belle villa entourée d’un superbe verger, à aimer sa femme Anadine d’un amour solide qui se passait de grandes démonstrations mais qui coulait en eux comme l’eau d’une rivière. Parfois, je le voyais s’envoler dans de longues méditations ponctuées de gros soupirs. Je devinais alors qu’il revivait un mauvais moment, une passe difficile dans laquelle certains hommes se perdent.

Le MUR des Fédérés




C’est un vaste charnier, une grande fosse commune, une large tranchée où sont ensevelis dans
leur linceul de chaux plusieurs centaines de corps de révolutionnaires communards, que foule le visiteur devant le Mur des Fédérés qui se dresse au cimetière parisien du Père Lachaise. Peu de visiteur connaisse la macabre existence souterraine de ce parvis, peut-être un des seuls au monde de ce genre, où nul signe ou message informe le visiteur qu’il marche, piétine les restes humains
des vaincu-e-s de la première grande révolution ouvrière mondiale : la Commune de Paris de 1871.

C’est une révolution sans véritable monument, dans le sens d’Aloïs Riegl (1903) d’« une oeuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou de telle destinée (ou des combinaisons de l’une ou de l’autre).» ; ou selon la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1814 d’une «marque publique destinée à transmettre à la postérité la mémoire de quelque personne illustre ou de quelque action célèbre.»  

L'Autre Zoo de Vincennes


La prison animale - le parc zoologique - du bois de Vincennes est à nouveau ouverte au public, qui peut, nous assure-t-on, apprécier l'"environnement naturel" des détenus reconstitué le plus fidèlement possible  ; non loin de là, et du centre de rétention administrative, le public pourra apercevoir un autre "zoo", la "zone" où se concentrent les cabanes et tentes de sans abri, victimes, eux, de l'"environnement économique". Le photo-journaliste Stéphane Remael les a rencontré.

Stéphane REMAEL

Les Favelas de Vincennes




2014 Sony World Photography Awards


Ludovic Maillard [France] | Boulevard Périphérique | Porte de la Chapelle
Nicolas Reusens [Espagne] | Costa Rica

Claude DITYVON


Bidonville de la Courneuve | 1966 - 67



Mai 68


CLAUDE DITYVON 
[1941 - 2008 ]


« J'avais envie d'évasion, de terrains d'aventure : le bidonville de la Courneuve me permit de rencontrer un montreur d'ours et sa famille. Autour des pneus abandonnés qui flambaient, des gosses hirsutes, sauvages ricanaient de moi. Au delà des baraquements construits à la va-vite se dessinaient de longues chaînes d'immeubles HLM. En échange de quelques vêtements, je fus admis sur leur territoire. Mes premières images furent intenses, sans misérabilisme. Cette expérience m'apprit beaucoup. Sans le savoir je traçais déjà et définissais une écriture visuelle. Je m'inventais un regard. »