2014 Sony World Photography Awards


Ludovic Maillard [France] | Boulevard Périphérique | Porte de la Chapelle
Nicolas Reusens [Espagne] | Costa Rica

Claude DITYVON


Bidonville de la Courneuve | 1966 - 67



Mai 68


CLAUDE DITYVON 
[1941 - 2008 ]


« J'avais envie d'évasion, de terrains d'aventure : le bidonville de la Courneuve me permit de rencontrer un montreur d'ours et sa famille. Autour des pneus abandonnés qui flambaient, des gosses hirsutes, sauvages ricanaient de moi. Au delà des baraquements construits à la va-vite se dessinaient de longues chaînes d'immeubles HLM. En échange de quelques vêtements, je fus admis sur leur territoire. Mes premières images furent intenses, sans misérabilisme. Cette expérience m'apprit beaucoup. Sans le savoir je traçais déjà et définissais une écriture visuelle. Je m'inventais un regard. »



SONACOTRA | l'APARTHEID en France



Carte postale propagande Sonacotra | 1970s

SONACOTRA 
l'APARTHEID en France
LUTTE des FOYERS [1974 - 1980]


Prétendre qu'il existe des populations aux caractéristiques telles qu'il est nécessaire de construire pour elles des logements spécifiques c'est poser que ces caractéristiques sont données et qu'elles isolent et distinguent définitivement ces catégories du reste de la population. […]
Ainsi le thème d'une « nature » particulière supposée rejoint les thèmes principaux de l'idéologie raciste.
Mireille GINESY-GALANO | 1984


Banalisée par le temps, acceptée de fait par les partis politiques, les syndicats et la société française, un quasi consensus normait  la mise à l'écart du prolétariat immigré célibataire – une spécificité française, le foyer d'immigrés-isolés n'existe dans aucun pays européen proche de la France [1]. Il était normal que les immigrés vivent là. La longue lutte des résidents des foyers-hôtels Sonacotra débute en 1974 pour se terminer en 1980. Au plus fort de la lutte, 130 foyers se déclarent en « grève », soit 30.000 résidents immigrés exigeant des conditions de vie plus décentes et plus dignes humainement.

La première grande lutte d'ampleur en France de grève des loyers – et la dernière -, d'une étonnante longévité, ayant réussi le double pari improbable de solidariser 27 nationalités qui auparavant au mieux s'ignoraient, au pire s'opposaient, et dans le même mouvement, de fédérer nombre de foyers-hôtels. Monique HERVO considérait que cette lutte était à l'avant-garde, « très en avant par rapport aux luttes urbaines françaises. » Mais cette lutte fut aussi celle des associations citoyennes, pour la défense des immigrés, souvent créées depuis peu, interpellées et réactives : un élan de générosité, de dévouement de leurs militants anonymes qui soutenaient solidairement et bénévolement les grévistes en leur offrant leur temps et  leurs compétences (avocats, juristes, magistrats, médecins, cinéastes, artistes et architectes). Elle fût celle des organisations politiques de l'extrême gauche, qui ont initiées le mouvement et apportées un soutien sans faille. Il s'agit de la première grande mobilisation politique anti-raciste franco-immigrée.


Une lutte qui a au final été une défaite, mais qui a remis en question le programme résidentiel néo-colonialiste, ségrégatif dit-on aujourd'hui, de la Sonacotra, de l'Etat, l'institutionnalisation de la séparation forcée, la mise à l'écart de la vie sociale des travailleurs immigrés célibataires.


Abdelmalek SAYAD | Le foyer des sans-famille





Photo | Claude DITYVON

Abdelmalek SAYAD
Le foyer des sans-famille*
Actes de la recherche en sciences sociales.
1980


S'il est vrai que la raison essentielle de l'émigration réside dans la recherche du travail et que c'est aussi le travail qui peut, seul, justifier la présence de l'immigré, ce dernier se trouve dans une situation différente de celle de l'ouvrier indigène. Alors que celui qui est né dans le pays, est censé y avoir une résidence, l'immigré, venu d'un autre pays, demande à être logé immédiatement, dès son arrivée ou tout du moins dès son embauche.

Travail et logement, liés dans une relation de mutuelle dépendance, constituent, pourrait-on dire, les deux éléments qui définissent le statut de l'immigré : l'immigré n'a d'«existence» (officielle) que dans la mesure où il a un logement et un employeur ; pour pouvoir se loger et, plus largement, séjourner en France, il faut travailler et pour pouvoir travailler, il faut être logé (c'est-à-dire autorisé à séjourner en France) (1). 

FRANCE | BIDONVILLES






Le passage de la “brigade Z” variait selon les périodes. Les équipes, composées de trois à huit policiers munis de masses ou d’arrache-clous parcouraient toute la journée les ruelles en quête d’une construction à détruire. Face à ces abus de pouvoir, les habitants ne pouvaient rien opposer. Les sanctions étaient d’une sévérité graduelle : menaces ou démolition, vieilles planches, vieux volets, tôles confisqués, sacs de ciments éventrés, embryons de jardin saccagés.

En 1965, l’université de Nanterre fut construite sur un terrain jouxtant les bidonvilles. La proximité de ces deux éléments constituait un mélange explosif. Plusieurs étudiants n’hésitèrent pas à tenter de faire entrer les enfants ou adolescents du bidonville au restaurant universitaire, obligeant la police à intervenir pour chasser ces jeunes venus manger gratuitement.


Yvan GASTAUT
Les bidonvilles, lieux d’exclusion et de marginalité en France durant les trente glorieuses
Cahiers de la Méditerranée, 69 | 2004
Nota Bene : hors illustrations

La marginalité dans les villes méditerranéennes au vingtième siècle s’est développée dans des lieux spécifiques : en matière de logement, les bidonvilles en ont été la forme la plus répandue. Fléau constaté dans le Maghreb colonial autant qu’en métropole, ce phénomène a mis en scène une exclusion sociale et parfois ethnique qui offre à l’historien un bon terrain d’étude des processus de discrimination. Les déséquilibres engendrés par une urbanisation mal contrôlée ont provoqué ces excroissances, véritables poches de marginalité que les pouvoirs publics ont bien mal maîtrisé.

FRANCE | Le Logement des Travailleurs Immigrés


ESPACES & SOCIÉTÉS
Revue critique internationale de l'aménagement de l'architecture et de l'urbanisation
n° 4 | 1971




PARIS | Luttes Urbaines au 19e Siècle

Felix VALLONTON

Il faut comprendre que les politiques urbaines, que les formes urbaines, sont entrées à cette époque dans les stratégies globales de domination de la classe ouvrière. La ville a été utilisée elle aussi comme un instrument du familialisme. Dans la mesure où les équipements urbains sont devenus à cette époque, individuels, ils ont tendu à renforcer la sphère de la vie privée au détriment de toute vie collective. 

Interview de Alain Cottereau
par Jöelle Jonathan
Septembre 1976


Jöelle Jonathan : Comment et dans quel champ se sont déployées les luttes urbaines dans la seconde moitié du 19e siècle ?

Alain Cottereau : Si l'on prend la notion de lutte urbaine dans un sens très large, la lutte urbaine, c'est la Commune : c'est le moment privilégié et unique où la classe ouvrière parisienne s'est réappropriée la ville...


BOLO BOLO






" On pourrait nommer cet ensemble d'idées une PRAGMATOPIE, un agenda, une shopping list de l'alternative du capital. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce ne sont pas de grandes discussions idéologiques sur l'égalité, la socialisation des moyens de production, la question du pouvoir, la propriété, etc. Mais une espèce de tableau de la répartition des tâches ménagères planétaires, un peu à l'image de ceux sur lesquels fonctionnaient les belles communautés des années 70 (ou en tout cas celles dont je faisais partie)."


BOLO-BOLO

PM
1983


"S'évader du capital est vital pour Nous" écrivait Tony Negri. Cet idéal de Vivre en dehors mais à côté du système, au sein de communautés anti-capitalistes, qu'elles soient éco-autonome, anarchiste, libertaire, éphémère, pré-révolutionnaire, ou néo-hippie, domine aujourd'hui largement la pensée subversive de ceux et celles, impatient-e-s, qui refusent d'attendre un hypothétique "Grand Soir", déplorent "l'urgence impossible de la Révolution" et prônent, au-delà des modèles, un "changement" immédiat : il s'agit, selon Holloway, de Change the World Without Taking Power, de se maintenir à distance de l'appareil d'Etat, plutôt que de l'affronter directement. 


VELO PORTABLE








L'on observe dans plusieurs métropoles d'Europe, l'engouement des citadins pour le vélocipède pliable ; à Bruxelles, nul besoin de consulter les statistiques pour constater de visu leur nombre augmenter. Snobisme écolo, effet de mode lié à la conjoncture économique, ou phénomène plus structurel palliant les difficultés de mobilité urbaine, et de l'habitat ?

A Londres où le phénomène est le plus remarquable, un reportage de CNN titrait : Folding bikes revolutionize Communting (le vélo pliable révolutionne les déplacements domicile-travail) et pour ce type d'utilisation le folding bike prend le nom de commuting bicycle. Aux Pays-Bas, le parti politique Vert GroenLinks appelle à promouvoir le principe du "Groen Reizen" (déplacements domicile-travail Verts) – le Bike to Work est lui à la mode en Europe - accordant un rôle-clé au « système » vélo portable – transports public et privé.

A défaut d'études sérieuses – l'urbanisme théorique en France et en Belgique est muet sur ce sujet - nous avons consulté les forums Internet dédiés au folding biking, interrogé vendeurs spécialisés et principaux intéressés : leurs usagers. 


THOMAS HIRSCHHORN




Musée précaire Aubervilliers 2004 | Photo : Les laboratoires d'Aubervillers


« Je ne fais pas un travail politique,
je travaille politiquement.»

Thomas Hirschhorn

En 2004, l'artiste Thomas Hirschhorn inaugure avec les habitants de la cité Albinet, dans le quartier du Landy, à Aubervilliers, à un jet de pierre du Stade de France, le Musée Précaire Albinet. Un musée provisoire (avril - juin 2004)  présentant successivement des oeuvres originales de huit artistes : Kasimir Malevitch, Salvador Dali, Le Corbusier, Piet Mondrian, Fernand Léger, Marcel Duchamp, Joseph Beuys et Andy Warhol. Des oeuvres prêtées par le Centre Georges Pompidou et le Fonds National d'Art Contemporain : des oeuvres au pied d'une barre HLM, dans un Algeco prolongé par des constructions de bric et de broc, dont la vocation était de « faire exister l’art au-delà des espaces qui lui sont consacrés » : L’important était d’avoir arraché des tableaux originaux d’une valeur inestimable, commente le provocateur *.

Musée précaire Aubervilliers 2004 | Photo : Les laboratoires d'Aubervillers

Peter SLOTERDIJK | CRYSTAL PALACE




Crystal Palace de Sydenham | Projet de reconstruction 2013


De notre temps s'est produite une terrible révolution, et la bourgeoisie a pris le dessus. 
Avec elle sont apparues des villes effrayantes, dont personne n'avait eu l'idée même en rêve. 
Des villes comme celles qui sont apparues au XIXe siècle, l'humanité n'en avait jamais vu jusqu'alors. Ce sont des villes avec des palais de cristal, des expositions universelles, des banques, des budgets, des rivières polluées, des débarcadères, des associations de toutes sortes, et autour d'elles des fabriques et des usines.
Fiodor Dostoïevski
Journal d'un écrivain de 1876

La prochaine reconstruction du Crystal palace (celui de 1854) à Londres, a été annoncée cet automne par le maire Boris Johnson, et son promoteur milliardaire chinois. L'occasion  de publier ce texte, un chapitre de Sphères IIdu philosophe Peter Sloterdijk* qui nous « parle de cette idée selon laquelle la civilisation occidentale est un palais de cristal », à l'image du Crystal Palace, édifice de verre et de métal tel qu'il fut bâti en 1851, pour accueillir la toute première exposition universelle, ancêtre lointain des parcs d'attraction et autres Disneyland d'aujourd'hui. Produits du « capitalisme psychédélique ».

Nous pensons plutôt que l'opacité et la bunkérisation (celle des murs des frontières, des enceintes des gated communities, de l'architecture introvertie des centres commerciaux, etc.) sont caractéristiques de la post-modernité, et seul le gigantisme est l'héritage de ce premier édifice "moderne". Nous avons annoté son texte de commentaires, précisions et remarques, agrémentés d'illustrations, et d'une sélection de ebooks gratuits concernant Londres au 19e siècle.



PIRANESE




David Green, Ron Herron, Living Pod | 1966
Gravure Piranesi | 1756

« Si ces Prisons longtemps relativement négligées attirent comme elles le font l'attention du public moderne, ce n'est peut-être pas seulement, comme l'a écrit Aldous Huxley, parce que ce chef-d'oeuvre de contrepoint architectural préfigure certaines conceptions de l'art abstrait, c'est surtout parce que ce monde factice, et pourtant sinistrement réel, claustrophobique, et pourtant mégalomane, n'est pas sans nous rappeler celui où l'humanité moderne s'enferme chaque jour davantage, et dont nous commençons à reconnaître les mortels dangers. »

Marguerite Yourcenar
Le cerveau noir de Piranèse
1959

Nulle trace de cellules dans les Prisons de l'architecte, graveur, Giovanni Battista Piranesi, mais un espace qui nous rappelle l'inhumanité moderne pour Yourcenar, ou un espace infini qui « représente celui de l'existence humaine », selon Manfredo Tafuri. Nées et ignorées [I] au siècle des Lumières, Tafuri estime que ces Prisons expriment les contradictions et l'angoisse de la culture bourgeoise [II], qu'elle tente de compenser par un mécanisme idéologique capable de les réduire provisoirement, et de combler l'abîme entre ses propres impératifs moraux et l'univers de la Nécessité. Selon Tafuri "la phénoménologie de l'angoisse bourgeoise se situe entièrement dans la libre contemplation du destin", et ajoute-t-il, ce besoin de compensation idéologique a cessé peu à peu d'être fonctionnel. 

Ainsi, la formation intellectuelle de l'architecte "éclairé" comme idéologue et thérapeute du "social", plus que de la forme, dont l'apogée se situe à l'époque de la République de Weimar et de Le Corbusier, héritier des Lumières, prend fin avec la post-modernité.  Il était dès lors logique que les Prisons infernales et autres gravures de Piranesi resurgissent au sein des courants post-modernes de l'intelligentsia architecturale mondialisée, mais au contraire des siècles précédents, pour sinon justifier, mais exalter, sublimer, exacerber les chaos du monde d'aujourd'hui, et approuver - avec cynisme, hypocrisie, ferveur ou silencieusement  - l'oeuvre destructrice d'un nouvel âge du capitalisme, auquel il ne serait question de résister, et d'opposer une quelconque alternative.




G. Aimé | Mai 68





Nanterre La Folie

Gérard Aimé

Rares sont les Révolutions, les guerres de Libération, les insurrections, depuis l'après guerre et dans le monde entier, qui n'ont pas comme noyaux ou détonateurs, et principaux protagonistes, la jeunesse étudiante et les plus jeunes universitaires. Des exceptions confirment bien sûr la règle, mais c'est bien une caractéristique commune pour la plus grande majorité d'entre elles. En 1966, Gérard Aimé est étudiant dans la nouvelle université de Nanterre, témoin des préludes contestataires de 1967 qui annoncent janvier 68 (mai 68 commence à Nanterre, et non à la Sorbonne, Baudrillard), puis mai 68. Ses clichés illustreront par la suite la presse underground et gauchiste (La Cause du Peuple, Rouge, Révolution, etc.). Ces précieux témoignages, des centaines, sont regroupés dans une photothèque, à cette adresse :
www.gerard.aime.com 





BELGIQUE | Cellules Communistes Combattantes




Cellules Communistes Combattantes
Entretien avec Bertrand Sassoye
2013


L'histoire de la guérilla révolutionnaire en Europe de l'Ouest fait toujours l'objet d'un véritable refoulement. Les causes de cette amnésie proviennent, à divers degrés selon les pays, d'un cadre législatif oppressif, limitant le droit aux anciens militants de s'exprimer sur leur passé révolutionnaire (en France de “s’abstenir de toute intervention publique relative à l’infraction commise”[1]), interdisant la remise en question de l'historiographie “officielle” (en Allemagne ceux qui affirment publiquement que les prisonniers de la Fraction Armée Rouge détenus à Stammheim ont été «  suicidés  » peuvent être poursuivis et condamnés suivant le §90a du code pénal ''insulte à l'Etat'' ou suivant le §129 “propagande pour une organisation terroriste”), ou bien encore en accordant une remise de peine à un prisonnier politique qui renie publiquement son engagement dans la “violence armée”, le "terrorisme" (en Italie, loi sur la “dissociation” de 1987).

Cette forme insidieuse d'état d'exception laisse ainsi aux journalistes, spécialistes et historiens anti-révolutionnaires (capitalistes et communistes), la plus grande liberté d'expression, refusée à d'autres, un espace public hégémonique – dans le sens de Gramsci - pour l'élaboration, la production historiographique, mémorielle – et “émotionnelle” - d'un passé conforme à l'idéologie dominante [2] et pour sa diffusion. Cette hygiénisation ou hypertrophie historiographique complète les dispositifs judiciaires visant à littéralement s'acharner contre d'anciens militants aujourd'hui inoffensifs citoyens (les extraditions par exemple), à les maintenir en prison pendant des décennies (24 ans pour Jean-Marc Rouillan, 30 ans pour Georges Ibrahim Abdallah, etc.). Au-delà, l'«  affaire Tarnac  » démontre à l'évidence, l'appréhension des gouvernements de voir surgir des cendres politico-idéologiques d'hier, des groupes radicaux, ou selon le philosophe Agamben «  que les peuples eux-mêmes se radicalisent devant l'évident scandale qu'est l'ordre présent des choses.»


LEFEBVRE | MOURENX Ville Nouvelle








Henri LEFEBVRE
Septième Prélude : Notes sur la ville nouvelle [1]
avril 1960

À quelques kilomètres des tours et des blocs de la Ville nouvelle somnole mon vieux village. En quelques minutes, je vais de ma maison vétuste jusqu’aux derricks, jusqu’à la cité sans passé. De N., dont le caractère médiéval n’éclate pas aux regards (le bourg fut construit avec une certaine régularité au XIVe siècle, à la tête d’un pont sur le Gave, passage d’une route allant du Puy à Saint-Jacques-de-Compostelle, sur l’emplacement d’un hameau plus ancien ; ce fut une ville alors nouvelle, reconstruite deux siècles plus tard avec une régularité encore plus géométrique et ceinturée de remparts à l’italienne), de Navarrenx, je connais chaque pierre.





Afrique du Sud | Insurrections Urbaines | 1984 - 1987






David Goldblatt


« C’était la réalité et la menace de la lutte armée qui avaient amené le gouvernement au seuil des négociations.»

Nelson Mandela
Prix Nobel de la Paix


UMKHONTO WE SIZWE 
INSURRECTIONS URBAINES| 1984 - 1987


Ce quatrième opus consacré à Umkhonto We Sizwe concerne la période des grandes insurrections urbaines que connut l'Afrique du Sud entre septembre 1984 et 1987. 



Allemagne | UTOPIES POLITIQUES en MAQUETTES HO






Die Linke | Maquette Politique 2013 | Miniatur Wonderland 


En 2009, année des élections législatives, le musée Miniatur Wonderland à Hambourg, exposant le plus grand réseau de train miniature au monde, avait invité les six grands partis politiques de l'Allemagne à conceptualiser leur programme politique par une maquette miniature de 1m². En 2013, Miniatur Wonderland a renouvelé cette expérience, et selon les directives précises de leurs représentants, et en travaillant en étroite collaboration, les maquettistes ont concrétisé, modélisé à l'échelle HO, toujours sur 1 m², leurs visions utopiques d'un futur souhaitable pour une Allemagne parfaite.  Frederick Braun, co-fondateur de Miniatur Wonderland justifie ainsi cette expérience peu commune : “ En ces temps d'apathie politique, je voulais que nos visiteurs aient un aperçu divertissant et complètement différent des programmes électoraux des partis politiques." Les modèles sont exposés en ce moment même, jusqu'au 22 septembre, et les visiteurs ont la possibilité de voter.

Les architectes pourront apprécier et constater avec effarement des visions utopiques proposant toujours et encore une architecture folklorique historique faisant du passé un environnement urbain le plus souhaitable possible (y compris pour les Verts). Die Linke [le Front de Gauche allemand], partisan de l'éco-socialisme, propose cependant quelques cabanes sophistiquées perchées dans les arbres, des usines culturelles et la défense des squats, et la fin des caméras de surveillance dans les villes.

David HARVEY | Imagination Post-Capitaliste

 

 
« Nous cherchons toujours à évoluer en partant du principe qu’il faut que les chiffres augmentent. Pourtant, l’Histoire nous apprend que nous persistons souvent dans les erreurs du passé. C’est parce que notre notion de progrès est linéaire : chaque pas s’inscrit dans la direction du précédent. Et l’erreur grandit à chaque enjambée. Notre société semble incapable d’envisager l’existence d’un autre avenir. »
Jaime Serra*

« ...pendant très longtemps on nous a bourrés le crâne avec l’idée qu’il n’y a pas d’alternative. L’une des premières choses que nous devons faire est de penser l’alternative pour pouvoir commencer à la construire. »
David Harvey


Quel monde alternatif post-capitaliste pourrions-nous imaginer ? 

David Harvey analyse ici la façon dont les contradictions du capitalisme – dont celles concernant le logement et le salaire – indiquent la voie vers un monde alternatif. Entretien avec le géographe David Harvey réalisé en août 2013 par la revue anglaise Red Pepper, traduit par le site belge Avanti4.  



FRANCE 2025


Haus Rucker Co |  O2 Reservat | 1970s


« Entre les 6 millions de logements construits jusqu'en 2025, pour l'essentiel en densification du bâti existant, dont près de 2 millions de logements sociaux en partie sur les terrains publics et les 2 millions de logements vacants en 2013 remis progressivement sur le marché, chacun dispose d'un toit et d'un environnement de qualité. »
Cécile Duflot
Ministre de l’Égalité des territoires et du Logement


Les contributions des ministres à la question du président de la République « Décrivez votre vision de la France en 2025 » sont de simples exercices de "vacances" sans autre prétention que d'imaginer, plutôt que d’étayer avec toute la rigueur que cela exige, un avenir probable ; il convient donc de relativiser leur portée. Néanmoins, ces documents confidentiels [1], car s’adressant uniquement au cercle restreint des membres du gouvernement, donc débarrassés de la moindre trace démagogique, de l'auto-censure qui empêche de dire certaines choses et des incitations qui encouragent à en accentuer d'autres,  ces  prospectives reflètent les véritables, les intimes convictions ou les aspirations "confidentielles" de leurs auteurs. 

UMKHONTO WE SIZWE | 1964 - 1984



Alf Kumalo | Shoot to kill Soweto 1976


« Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK :
nous n’acceptions aucune perte de vies humaines.
Mais si le sabotage ne produisait pas les effets escomptés, nous étions prêts à passer à l’étape suivante :
la guerre de guérilla et le terrorisme. »
Nelson Mandela


LA REVOLUTION EN EXIL | 1964 - 1984


Comme tant d'autres révolutions, Umkhonto avait sur-estimé sa capacité à pouvoir « entraîner » les populations urbaines dans la lutte armée, et plus que très largement sous-estimé le facteur « temps » pour les convaincre, mais aussi le degré d'inhumanité, de répression et de violence dont pouvaient être capable les forces de la police, et au-delà le terrorisme d'Etat. Défait dans les villes, inexistant dans les campagnes, Umkhonto weSizw décide de s'exiler, et de franchir l'étape suivante : la guerre de guérilla, mais en exil, hors du pays.


UMKHONTO WE SIZWE | Guérilla Urbaine





« Pendant les moments les plus tristes, Amnesty International ne faisait pas campagne pour nous parce que nous avions utilisé la lutte armée et cette organisation ne défendait aucune personne qui avait choisi la violence. C’était pour cette raison que je pensais que le comité Nobel ne retiendrait jamais pour le prix de la paix le nom de l’homme qui avait créé Umkhonto weSizwe. »

Nelson Mandela
Prix Nobel de la Paix


UMKHONTO WE SIZWE 
Guérilla Urbaine 
1961 - 1964


Umkhonto weSizw, [Fer de Lance], l'alliance armée de l'AFrican National Congress [ANC] et du South Africa Communist Party [SACP], fut créé en 1961 sous l'initiative de la jeune garde menée par Nelson Mandela, son premier commandant. Refusant le modèle de Gandhi d'une lutte pacifiste de désobéissance civile, Nelson Mandela préférait les conquêtes militaires de Ho Chi Minh, du Front de Libération d'Ahmed Ben Bella, de Fidel Castro et du commandant Guevara, qu'il citait en exemple [1].

Cette deuxième partie concerne le processus de formation de Umkhonto [ou MK], la période de la guérilla urbaine, jusqu'à sa complète défaite et son exil en Tanzanie amie. Les  larges extraits du récit autobiographique de Nelson Mandela, LONG WALK TO FREEDOM, que nous présentons ici, retracent l'histoire,  et celle de son expérience dans la lutte urbaine menée par les résidents du quartier Sophiatown à Johannesburg, contre leur éviction ; importante car son échec renforça encore sa détermination à engager le processus de la lutte armée : « A un certain moment, on ne peut combattre le feu que par le feu. »