LONDRES 2012 | Jeux Olympiques


London | 2012

On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.

Les Jeux Olympiques contemporains sont sous stéroïdes, commente le quotidien anglais The Guardian :
« Ils reflètent les changements du monde moderne : des inégalités toujours grandissantes, la montée en puissance des multinationales, l’escalade du complexe de la sécurité domestique et la transition vers des styles de gouvernement plus autoritaires largement obsédés par l'attention mondiale et le prestige de spectacles médiatiques ».

LONDRES 2012 | Sheds with Beds


London  | Back garden slum |2012

Chômage, hausse exceptionnelle - ou plutôt explosion - des loyers, des services publics, insuffisance structurelle du parc de logements sociaux, baisse des aides gouvernementales, actions des spéculateurs, etc,  sont à l'origine de la recrudescence des formes traditionnelles spatiales de la pauvreté urbaine : en 2011, le nombre de sans abris était en nette augmentation, près de 4 000 personnes dormaient dans les rues de Londres. La moitié d’entre elles sont originaires du Royaume-Uni, les autres venant de divers pays, en particulier de Pologne. Le nombre de familles en attente d’un logement social à Londres a doublé entre 1997 et 2010 pour passer à 362.000 demandes, et représente aujourd’hui plus de 20 % de la liste d’attente nationale. Sans compter bien évidemment, les milliers de clandestins, de travailleurs en situation irrégulière, survivant dans les cabanons illégaux - "sheds with beds" - ou les taudis surpeuplés des quartiers pauvres. 

LONDRES 2012 | Pauvreté Urbaine




«  La dernière chose que nous voulons, c’est une situation comme à Paris, où les plus démunis sont relégués dans les “banlieues” . Ça n’arrivera pas à Londres. Je résisterai avec force à toute tentative de recréer une ville où riches et pauvres ne peuvent pas vivre ensemble. »

Humour anglais du maire de Londres, Boris Johnson | 2012 


Le Royaume-Uni, en crise économique depuis 2008, se place aujourd'hui  dans le camp des pays européens en difficulté ; la "Broken Society" est marquée par la recrudescence des situations de précarité (precariousness),  d'installation durable d’un nombre de plus en plus important de salariés dans la pauvreté laborieuse (Working Poverty), par le chômage de longue durée et d’emploi faiblement rémunéré (low-pay, no pay cycling). On estime que le taux de pauvreté récurrente s’élève à environ 5 à 7 % de la population totale. Dans un rapport de 2009, la Fabian Society pointait que le niveau de pauvreté était « digne de celui de l’ère victorienne » ;  la Fondation Joseph Rowntree constatait dans son rapport annuel, qu’en 2010, « la pauvreté laborieuse a atteint un taux record et il n’est plus possible de fonder une politique de lutte contre la pauvreté digne de ce nom sur l’idée que le travail à lui seul permet de sortir les individus de cette situation ».

A ces difficultés qui aujourd'hui touchent un nombre croissant d'Anglais, s'ajoute à Londres, une crise exceptionnelle du logement, résultat d'une politique de réformer l’État-providence, dont la gestion était considérée comme inefficace, corporatiste. Une politique initiée par Margareth Tatcher, puis reconduite par les gouvernements successifs qu'ils soient Conservateur, ou Travailliste. Nous présentons ici quelques articles vous permettant d'apprécier la Londres 2012 olympisée

Zygmunt BAUMAN | Villes et Modernité Liquide



YANG YI


Le sociologue, Zygmunt Bauman* nous offre dans le quatrième et long chapitre Si proches, si distants dans son ouvrage Le présent liquide, une courte analyse à propos des villes, ces « dépotoirs des problèmes mondialisés », et réceptacles des « déchets humains mondialisés », au sein d'une nouvelle modernité qu'il qualifie de liquide**. Une analyse limpide, s'attachant à observer un des aspects de nos sociétés contemporaines : les peurs sociales et son corollaire, les obsessions sécuritaires. On pourrait reprocher à Bauman, pour ce qui concerne ce chapitre, une perte de rigueur analytique dans les recommandations qu'il suggère pour y remédier ; qui s'oppose aux conclusions plus pessimistes du dernier chapitre Utopie à l’heure de l’incertitude : le progrès n’est plus « aller de l’avant » mais celui d’« efforts désespérés pour ne pas sortir de la course ». Nous ne vivons plus « vers une utopie » mais dans « une utopie qui ne donne pas de sens à la vie ». Dans la modernité liquide, nous sommes tous contraints, selon Zygmunt Bauman, de devenir des chasseurs au risque de devenir des gibiers.


Zygmunt BAUMAN

Liquid Times. Living in the Age of Uncertainty | 2007
Si proches, si distants


Les zones habitées sont décrites comme « urbaines » et baptisées du nom de « villes » lorsqu'elles se caractérisent par une densité de population, d'interaction et de communication relativement élevée. Aujourd'hui, c'est aussi là que l'on rencontre, sous une forme hautement condensée et donc particulièrement tangible, les insécurités conçues en société. C'est aussi dans les zones dites « urbaines » que la forte densité d'interaction humaine coïncide avec une tendance de la crainte née de l'insécurité à trouver des objets sur lesquels se décharger, même si cette tendance n'a pas toujours été propre à ces zones.

Domus Paranoïa





Catalogue Domus Paranoïa

Agence Salottobuono [Italie]


Notre société engendre de nouvelles peurs. Car la modernité, devenue "liquide", a fait triompher l'incertitude perpétuelle : la quête de sens et de repères stables a laissé la place à l'obsession du changement et de la flexibilité. Le culte de l'éphémère et les projets à court terme favorisent le règne de la concurrence au détriment de la solidarité et transforment les citoyens en chasseurs ou, pis, en gibier. Ainsi le présent liquide secrète des individus peureux, hanté par la crainte de l'insécurité.

Zygmunt Bauman
Le présent liquide
peurs sociales et obsession sécuritaire

Baudrillard | 68 et la fonction utopique

▲  “Urbaniser la lutte de classe” | Groupe “Utopie” | 1969


Jean-Louis Violeau

Jean Baudrillard, 68 et la fonction utopique


Enfants des années 1980 et nostalgiques des années 1960, s’il fallait retenir trois événements qu’aurait permis Mai 68 et qui auraient réciproquement permis Mai 68, alors sans hésiter plus longtemps : la prise de parole, celle que Michel de Certeau a si bien restituée pour tous ceux qui n’auront pas vécu Mai, les rencontres hors des temporalités atomisées de la vie quotidienne, et enfin le retour de l’Utopie. À la fin d’un tout récent ouvrage, l’anthropologue Maurice Godelier délivre ce message : « Les humains, à la différences des autres espèces, ne vivent pas seulement en société, ils produisent de la société pour vivre. C’est cela qui les distingue des deux espèces de primates qui descendent avec l’homme du même ancêtre commun, et avec lesquels les humains partagent 98% de leur patrimoine génétique, les chimpanzés et les bonobos. » [1]. Jamais en effet, ajoute-t-il, ceux-ci ne sont parvenus à modifier leurs façons de vivre en société, à transformer leurs rapports sociaux. Or, c’est précisément ce que les humains ont la capacité de faire : ils produisent, pour un groupe humain, une histoire différente, un avenir différent. Bref, ils font l’histoire. Du possible, sinon j’étouffe ! écrivaient Gilles Deleuze et Félix Guattari en reprenant Kierkegaard. C’était en 1984, au creux des années 80 d’hiver, dans un texte intitulé « Mai 68 n’a pas eu lieu ». Mai 68 comme un « phénomène de voyance », voir autant l’intolérable que la possibilité de son dépassement [2]  : « le possible ne préexiste pas, il est créé par l’événement. C’est une question de vie. L’événement crée une nouvelle existence. Il produit une nouvelle subjectivité. »


▲  “Urbaniser la lutte de classe” | Groupe “Utopie” | 1969

Garnier : Pour le retour d'une pensée critique radicale de l'urbain



MURAKAMI à Versailles, 2010


Jean-Pierre Garnier

Voies et moyens 
pour le retour d’une 
pensée critique « radicale » de l’urbain

Conférence de Madrid | Mars 2011


Le 8 mars 2011, Jean-Pierre Garnier était à Madrid, où il prenait la parole dans le cadre des Journées de la Fondation de recherches madrilènes [1] (thème de ces journées : « Ville et reproduction sociale : comment en sortir ? »). Voici le texte de son intervention.

Je prendrai comme point de départ le motif central de ces journées : la perte dont la gauche a souffert dans sa capacité à réfléchir sur la dimension de classe de l’urbanisation contemporaine, et ce que cela implique sur les terrains théoriques et politiques. Mon propos traitera des voies et des moyens d’une renaissance de la pensée critique « radicale » à propos de la ville. Et ceci parce que, pour nous, c’est-à-dire pour les gens qui n’ont pas renoncé aux idéaux d’une transformation sociale autre que celle imposée par l’évolution du capitalisme [2], la recherche urbaine se trouve à la croisée des chemins. L’alternative est claire : nouveau cours ou alignement ?

BAUDRILLARD | la Société de Consommation



Jean Baudrillard
La société de consommation, ses mythes, ses structures
1970
Extraits

Le drugstore

La synthèse de la profusion et du calcul, c'est le drugstore. Le drugstore (ou les nouveaux centres commerciaux) réalise la synthèse des activités consommatrices, dont la moindre n'est pas le shopping, le flirt avec les objets, l'errance ludique et les possibilités combinatoires. A ce titre, le drugstore est plus spécifique de la consommation moderne que les grands magasins, où la centralisation quantitative des produits laisse moins de marge à l'exploration ludique, où la juxtaposition des rayons, des produits, impose un cheminement plus utilitaire, et qui gardent quelque chose de l'époque où ils sont nés, qui fut celle de l'accession de larges classes aux biens de la consommation courante. Le drugstore, lui, a un tout autre sens : il ne juxtapose pas des catégories de marchandises, il pratique l'amalgame des signes, de toutes les catégories de biens considérés comme champs partiels d'une totalité consommatrice de signes. Le centre culturel y devient partie intégrante du centre commercial. N'entendons pas que la culture y est « prostituée » : c'est trop simple. Elle y est culturalisée. 

BUENOS AIRES et la Dictature



« Hé, les enfants, je vous ai déjà dit de ne pas jouer au ballon dans-la rue, c'est dangereux ! Allez jouer sur l'autoroute ! »

Raul Pajoni
Architecte-urbaniste
Buenos Aires, 1976-1982. La ségrégation compulsive
Revue Hérodote | 1983

Quand en 1930 les secteurs oligarchiques organisèrent leur premier coup d'État, l'Argentine était un des pays les plus prospères du monde. Son produit national par habitant équivalait à celui de pays comme l'Allemagne ou la Suisse. Plus de la moitié de la viande et du maïs, le quart du blé et de la laine exportés dans le monde étaient argentins.  Aujourd'hui le PIB/hab. ne représente que le cinquième de celui de la R.F.A. et son commerce extérieur est quinze fois inférieur. Depuis ce premier coup d'État, l'Argentine a connu 24 présidents, — dont 16 étaient des généraux — et six coups d'État triomphants. Comme on peut le constater, la démolition systématique de la société et de l'économie argentine ne commence pas en 1976. Mais il faut reconnaître qu'elle a été poursuivie avec une obstination et une énergie sans précédent. Aucun gouvernement antérieur n'avait réussi à maintenir l'inflation à plus de 200 % — avec des périodes à 800 % — ; à augmenter la dette extérieure de 7 à 45 milliards de dollars, tout en faisant chuter le PIB/hab. de 15 %, le nombre d'ouvriers de 1,6 à 1 million,  et leur salaire réel de plus de 40 %.

Et pour obtenir ces résultats, il a fallu briser le corps de la société, avec tout un système de répression illégale qui laisse un bilan de presque vingt mille disparus, un million et demi d'exilés, et un énorme appareil clandestin de terreur.

ARGENTINE 1968 | La Hora de los Hornos




Réalisé par Fernando Solanas et Octavio Getino entre 1966 et 1968, interdit mais diffusé clandestinement en Argentine, La Hora de los hornos, L’heure des brasiers,  est très vite devenu un film culte dans son pays puis à l’étranger : il constitue une oeuvre de référence de l’histoire du cinéma latino-américain, un classique du cinéma politique, prônant la révolte comme seul moyen de se libérer du joug des oppresseurs, capitaliste et impérialiste. La Hora de los Hornos, procède d’un travail colossal, près de 200 heures d’entretiens, pour aboutir à un documentaire en trois volets. Le premier ensemble constitue un dossier contre le néocolonialisme et la dépendance de l’Argentine envers les États-Unis et l’Europe. La seconde partie prend la forme d’une chronique du péronisme. La troisième est une exaltation aux luttes de résistance et de libération. 

4 heures et 11 minutes en Version originale à visionner via : 



BUENOS AIRES | Guérilla Urbaine des Montoneros




 Quand bien même tu bénéficierais 
de conditions exceptionnelles, 
tu ne triompheras jamais si tu penses qu'il faut d’abord dépasser les contradictions du champ populaire. 
Dans ce cas, tu ne commences même pas la lutte. 
Dans ce cas, tu dis bonne nuit, 
adieu à la révolution et tu vas te coucher. 


Le poète et guérillero Juan Gulman 
.

La guérilla urbaine menée par les Montoneros contribuera, au sein d'une opposition vaste, hétérogène, active - notamment des syndicats ouvriers -, qui oriente et amplifie le mécontentement de la population,  au retour effectif de la démocratie en 1973.  Ce texte tente de retracer les relations entre les Monteneros et les habitants des villas miseria - les bidonvilles -, qui occuperont un rôle important contre la dictature, pour le retour à la démocratie,  puis après l'élection de 1973, contre le Ministerio de Bienestar Social, en charge, entre autres,  du logement social, et dirigé par José López Rega, un représentant de la droite "dure" du Mouvement péroniste, membre de la Loge P2,  co-fondateur et dirigeant de l'organisation para-militaire, la tristement célèbre AAA (« Allianza Anticommunista Argentina »). 

Tano D'Amico


Ragazza e carabiniere (Uno sguardo) [Roma, aprile 1977]. 


De nombreux visiteurs nous remercient de leur avoir fait découvrir l'oeuvre magistrale du photographe Tano D'Amico, dont ses clichés illustrent nos articles à propos des luttes urbaines et pour le droit au logement, en Italie des années 1970. Nous présentons ici quelques photographies et nous l'assurons de notre plus grande admiration : Grazié Tano ! 


▲ Tiburtina 1977 [Roma, maggio 1977]. 


SEYCHELLES Socialiste | « Marx au Paradis »




Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, soixante partisans du politicien et premier ministre socialiste France-Albert René, allaient s'emparer du pouvoir avec une étonnante facilité. Il leur aura suffit d'attendre un voyage du président James Mancham, de prendre d'assaut un dépôt d'armes, d'occuper les points stratégiques, dont l'aéroport et les studios de Radio-Seychelles, et enfin d'instaurer un couvre-feu,  pour réussir une révolution “tranquille”, ayant fait deux victimes, un partisan et un policier. Il est vrai que face aux faibles forces de la police – le pays n'ayant pas d'armée -, les putschistes n'ont rencontré guère de résistance pour réussir leur révolution socialiste, plutôt bien accueillie par les classes populaires, condamnée par les vieilles familles de colons, et inquiétant l'État-major américain.

Les Seychelles [1], cette « nation de maîtres d’hôtel », néo-colonisée par les « Tous Riches » en dialecte créole, par un tourisme prédateur, selon les propos du camarade René, allaient devenir une nation dirigée par un parti unique, instituant un régime que l'on peut qualifier de social-démocratie « radicale ». Plusieurs quotidiens du monde entier titraient ainsi à propos de la révolution aux Seychelles : « Lénine au paradis » ou bien « Marx Paradise »...

Avant que les premières mesures de libéralisation de l'économie, imposées par les organismes internationaux en 1992, viennent changer, mais sans le compromettre, le système social ; par la suite, le départ volontaire de France-Albert René et l'arrivée du président Michel en 2004, puis la crise de 2008 achèveront complètement le socialisme « créole » seychellois, néanmoins réélu démocratiquement en 2006 et 2011, mais reniant à présent leurs devoirs envers les plus humbles, condamnant l'assistanat d'hier, faisant au contraire l'apologie de la libre entreprise, et savourant l'arrivée des investisseurs étrangers, dont notamment ceux prodigieusement riches des Émirats Arabes Unis, nouveaux néo-colonisateurs des temps modernes, qui entament méthodiquement, l'exceptionnel héritage du patrimoine naturel, et culturel de ce paradis.


Squats KANAK à Nouméa



Nous publions ici un extrait d'une brochure intitulée Kanaky, un bilan du néo-colonialisme, publiée en 1998, rééditée en 2009 par l’OCL  qui propose un outil destiné à informer les non-Kanak sur la situation de ce peuple en lutte contre l’impérialisme français : « Depuis sa prise de possession par la France en 1853, ce pays est en effet sous domination tant politique, économique, que culturelle. Les Kanak, d’abord dépossédés de leurs terres et parqués dans des réserves puis assujettis à un code de l’Indigénat, se battent de façon organisée depuis près de 30 ans pour l’indépendance. A l’heure où un nouveau statut se met en place, il convient de faire un historique de la lutte kanak, notamment depuis la création du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) en 1984. »




CHINE | Wukan



Isabelle Zhang
Wukan : un symbole de la résistance populaire en Chine rurale
Contretemps | 2012

Les termes du débat sur l’avenir du système politique chinois sont souvent définis à partir de trois perspectives différentes : certains croient en une transition démocratique impulsée par des mouvements de citadins et d’intellectuels1, d’autres croient en un soulèvement populaire légitimé par les inégalités sociales et la corruption2, enfin certains pensent que l’on pourrait assister à une réforme guidée lentement par les élites du Parti communiste3. Ces trois perspectives portent en elles des visions différentes des racines des tensions et des rapports de force actuels dans la Chine contemporaine. Mais que soient mis en avant la classe ouvrière, les classes moyennes ou les élites politiques en tant que sujet des transformations politiques, un caractère commun à ces trois perspectives est de considérer la ville comme le lieu de changement.

CHINE 1976 | Organisation Sociale de l'Espace



Micheline Luccioni*
Note sur l'étude de l'organisation sociale de l'espace en chine | 1976
Espaces et sociétés n° 17 | mars-juin 1976

Si l'on ne fait que regarder le cadre bâti nouveau des villes chinoises, ce que l'on découvre ressemble plutôt à ce que l'on est habitué à voir, rien de spectaculairement différent ne nous frappe à première vue si ce n'est que les immeubles ont un air «plus humain » de par leur dimension plus modeste, et,un environnement immédiat infiniment plus verdoyant, planté d'arbres, plus agréable à vivre... Mais enfin, ils « ressemblent » à certains HLM. Comment cela est-il possible, où sont les «formes avancées de l'architecture socialiste » auxquelles consciemment ou non nous nous attendions ?

Kar-A-Sutra



Kar-A-Sutra, 1972

En conclusion de notre article sur le nomadisme hippy, nous évoquions le fait de l'influence majeure de la contre-culture hippie au sein de la société. François Hollande, président de la République française, n'y échappera pas : comme tant d'autres jeunes - futurs - cadres dynamiques, emporté par la vague néo-hippie, il sillonnera l'Europe en communauté à bord d'un J7 Peugeot reconverti, écoutant les Beatles et  Jimi Hendrix. Il sera arrêté en Grèce par la police. La prise de drogue, nécessaire et recommandée pour une  écoute optimale de ce type de musique et de voyage, n'est pas mentionnée dans sa biographie. Plus grave encore, en 1974, François Hollande obtint une bourse de l'école de commerce pour un séjour d'étude aux États-Unis, lui permettant, à nouveau, de  voyager sur les routes de New York à San Francisco...

Roland Barthes | Hippy


Hippies, Bombay


Peut-on imaginer un art de vivre, sinon révolutionnaire, du moins dégagé ? Nul, depuis Fourier, n'a produit cette image ; aucune figure, pour les conjoindre, ne se substitue au militant et au hippy : le militant continue de vivre comme un petit-bourgeois, le hippy vit comme un bourgeois retourné : entre les deux, rien : critique politique et critique culturelle ne parviennent pas à coïncider.


Roland Barthes
Un cas de critique culturelle.
Communications n° 14 | 1969


La ville d'où ces lignes sont écrites est un petit centre de rassemblement pour les hippies, principalement anglais, américains et hollandais ; ils y occupent à longueur de journée une place très animée de la vieille ville, mêlés (mais non mélangés) à la population locale qui, soit tolérance naturelle, soit amusement, soit habitude, soit intérêt, les accepte, les côtoie et les laisse vivre, sans les comprendre mais sans s'étonner. 

Karel TEIGE | Minimum Dwelling




Karel TEIGE
Minimum Dwelling
Via : 
Ross Wolfe

Karel Teige (1900-1951), marxist, one of the most important figures of avant-garde modernism of the 1920s and 1930s, influenced virtually every area of art, design, and urban thinking in his native Czechoslovakia. His Minimum Dwelling, originally published in Czech in 1932, is not just a book on architecture, but also a blueprint for a new way of living. It calls for a radical rethinking of domestic space and of the role of modern architecture in the planning, design, and construction of new dwelling types for the proletariat.  Teige envisioned the minimum dwelling not as a reduced version of a bourgeois apartment or rural cottage, but as a wholly new dwelling type built on the cooperation of architects, sociologists, economists, health officials, physicians, social workers, politicians, and trade unionists.

[Thanks Ross !]


Karel Teige (1900-1951), marxiste, est l'une des figures les plus importantes de l'avant-garde du modernisme des années 1920 et 1930, influencé par tous les domaines de l'art, du design, et de la pensée urbaine dans sa Tchécoslovaquie natale. Son essai Minimum Dwelling [logement minimum], initialement publié  en 1932, n'est pas seulement un livre sur l'architecture, mais aussi un modèle pour une nouvelle façon de vivre. Il appelle à une refonte radicale de l'espace domestique et du rôle de l'architecture moderne dans la planification, la conception et la construction de nouveaux types de logements pour le prolétariat. Teige envisage l'habitation minimum non pas comme une version réduite d'un appartement bourgeois ou d'un cottage, mais comme un type de logement entièrement nouveau construit avec la coopération des architectes, des sociologues, des économistes, des responsables de la santé, médecins, travailleurs sociaux, des politiciens et des syndicalistes. Cet essai  comporte de très nombreuses illustrations présentant les principaux projets de l'architecture moderne dans le domaine de l'habitat. Il est à télécharger dans son intégralité en version anglaise ; le site de Ross Wolfe - spécialiste de l'architecture soviétique - est à visiter... 


Karel TEIGE Minimum Dwelling pdf

URSS | Habitat et Dom-Kommuny



« En quoi consiste aujourd'hui notre tâche, que devons-nous apprendre en premier lieu, vers quoi devons-nous tendre ? Il faut apprendre à bien travailler – avec précision, avec propreté, avec économie. Nous avons besoin de développer la culture du travail, la culture de la vie, la culture du mode de vie. »

Leon Trotsky, Les questions du mode de vie
Moscou, 1923


Pour l'architecte et historien marxiste [et militant] d'origine russe Anatole KOPP, la révolution d'Octobre devait mettre fin aux principes dépassés de l'architecture pré-révolutionnaire. En abolissant la propriété individuelle, Octobre ouvrit aux architectes soviétiques les perspectives d'un grandiose travail de planification, et leur donna la possibilité d'élaborer un type nouveau d'organismes, de complexes et d'ensembles architecturaux. Ces perspectives vinrent remplacer les tâches étroitement individualistes imposées par les commanditaires d'avant la révolution.

Il ne s'agissait pas pour les architectes constructivistes – cette distinction est indispensable – de croire, comme l'avait cru à certains moments Le Corbusier -, qu'une architecture rationnelle mise à la disposition de tous pouvait remplacer la révolution. « Architecture ou Révolution » [la célèbre formule de Le Corbusier] était pour les constructivistes une interrogation vide de sens. La révolution avait eu lieu sur un sixième de la surface du globe ; aussi la seule question qui se posait réellement était de savoir comment, par les moyens de l'architecture, il était possible de contribuer à la reconstruction de la société.

VIENNE La ROUGE


Karl-Marx-Hof | Karl Ehn architecte | 1929


Manfredo TAFURI
Francesco Dal CO

Vienne la Rouge : la politique du logement
 dans la Vienne socialiste [1920 - 1933]


La politique du logement qu'adopte la majorité social-démocrate de Vienne, après l'effondrement de l'Empire austro-hongrois, représente une solution de rechange radicale à la stratégie urbanistique de l'avant-garde allemande [République de Weimar]. La spécificité de la situation viennoise est d'ailleurs déterminante. À la spéculation foncière qui, dans l'avant-guerre, avait été la cause d'une forte hausse des loyers et de conditions de logement épouvantables pour les ouvriers, il faut ajouter le démembrement de l'Empire, qui prive la nouvelle Autriche de ses centres de production, en faisant de la capitale une tête sans corps, une agglomération improductive qui se cherche désespérément une fonction. En outre, à la majorité socialiste de la capitale répondent un territoire et un État que dirigent les classes conservatrices. De 1920 à 1933, Vienne sera un petit État dans l'État et, dans cette situation contradictoire, elle doit faire face à la ruine de son héritage. 

REISER | Le Corbusier





Reiser

Charlie-Hebdo n° 152
 1973



REISER | Les Promoteurs





Reiser

Pilote n° 631
 1972



Une ville et une Révolution | La Havane

Esquema de Plan director para La Habana, años 60

Instituto de Planificación Física.

Jean-Pierre Garnier
Une ville et une révolution, La Havane
De l'urbain au politique
Revue Espaces et Sociétés | n° 1, 1970


LA VILLE ENTRE PARENTHESES

« ... Notre capitale est une cité géante, compte tenu de la taille de notre pays. Si nous avions eu entre les mains le pouvoir de fonder la ville de La Havane, en vérité nous l'aurions fondée en un autre endroit où nous n'aurions pas permis que cette ville croisse tant. »
Fidel Castro
Le tournant décisif

Ville touristique et récréative, commerciale et consommatrice, tertiaire et bureaucratique, La Havane demeurait en 1963, en dépit ou à cause du bouleversement révolutionnaire, une ville productive, une ville parasitaire (1). Les habitants avaient pris possession de leur ville. Il restait au pays à s'approprier sa capitale. Peu en étaient conscients dans les années d'euphorie qui suivirent le triomphe de la rébellion. Il semblait normal que les masses exproprient leur ancienne classe dominante. On oubliait que de ce fait la population de la capitale risquait de se convertir en une sorte d'aristocratie urbaine aux dépens du reste du pays, maintenant avec lui des relations semi-coloniales. Refusant les conditions de vie dégradantes qui régnaient dans les campagnes, des flots d'immigrants venus des autres provinces grossissaient chaque jour la population de la capitale, dans l'espoir de participer aux avantages que pouvait leur offrir une ville désormais ouverte à tous. Un tel phénomène était incompatible avec les nécessités du développement, et c'est de cette contradiction que devait naître une première prise de conscience.