1929 | Krach & Mobiles Homes Parks




 Plan du " Bay View Heights & Home Sales Park" Usa


La grande crise de 1929 : un cataclysme mondial pour les classes populaire et moyenne ; aux États-Unis, des centaines de milliers d'ouvriers et d'employés privés d'emploi, sont condamnés à vivre dans des campements de fortune ; d'autres ménages, qui avaient quelque économie auront la fortune de pouvoir se déplacer à travers le pays à la recherche de travail agricole saisonnier, et/où sur les grands chantiers du New Deal de l'Etat [barrage, digue, autoroute, voie ferrée, pont, etc.]. Leur survie économique pour ne pas sombrer dans la pauvreté totale tenait essentiellement à leur mobilité : la possession d'un véhicule pouvant à la fois emmener famille entière, effet personnel et mobilier en était une des conditions.



Les industriels considérant qu'il s'agissait d'un marché potentiel, adapteront pour cette nouvelle catégorie sociale, les modèles de caravane [trailer] qui étaient à l'origine destinés au tourisme. D'inventions en innovations, le trailer sera supplanté par le mobile home puis, plus tard, par une formule inédite, la mobile house. Les premiers mobiles homes parks ou communities destinés aux itinérants, aux ouvriers des grands chantiers, apparaîtront rapidement sur l'ensemble du territoire, leur offrant à moindre prix quelques services.

Il faut attendre la seconde guerre mondiale pour voir s'éteindre la crise économique et voir apparaître après la guerre une fabuleuse pénurie de logement. Le nombre de mobiles homes -économiquement accessible pour le plus grand nombre- augmentera mais avec une nuance : l'immobilisation de ce qui à la base était destiné à la mobilité ; le marché de la mobile house, plus onéreuse, prit alors son essor. 

Aujourd'hui le taux de pauvreté aux Etats-Unis, après le recensement de 2010, s'élève à 15,1 % [source officielle de U.S. Census Bureau | Social, Economic, and Housing Statistics Division: Poverty | 2011 ]. Le taux de pauvreté a augmenté pour la troisième année consécutive [12,5 % en 2007]. En 2010, aux Etats-Unis, 46.2 millions de personnes étaient pauvres [were in poverty] (43.6 millions en 2009), soit le pourcentage le plus élevé depuis 1993. Mais si le pourcentage est 7,3 % inférieur à celui de 1959, première année de décompte statistique de la pauvreté, le nombre de pauvres en 2010 -numériquement- est le plus important depuis 1959. 



Concernant la population habitant dans des mobiles homes, le bureau des statistiques des USA publie uniquement, les données de l'année 1990. Le nombre d'habitants mobile homien s'élevait à 7,3 millions [sur une population totale de 248,7 millions d'habitants], soit 2,7 millions de plus par rapport à l'année 1980. En 1990, ce type d'habitat représentait 7 % des constructions sur l'ensemble du territoire. A cela, il convient de soustraire les 600.000 unités recensées en tant que résidence secondaire ou occasionnelle [loisirs, vacances, week-end]. Les statistiques les plus récentes [2009] indiquent que 9,5 % de la population pauvre habite dans des mobiles homes. Mais ces statistiques ont été établies avant la crise. 




D'une manière générale, les mobile homes s'implantent surtout dans les petites villes de province, dans l'Amérique rurale. Comme pour les quartiers populaires, les mobiles homiens ne font pas partie du American dream of life.

Claire Poitras
Chercheuse UMR CNRS 7112
Soixante-quatre mots de la ville
Le Trésor des mots de la ville : une maquette au 1/5e
2005


mobile home (pl. mobile homes)
anglais Etats-Unis, nom composé

Définition en français québécois
Maison mobile . Caravane de grande dimension installée à dem eure : mobile home (n. masc., anglic.[isme]); mobile -home (n. masc., anglic.); grande caravane (n. fém.); résidence mobile (n. Fém., recomm.[andé] off.[iciellement], peu cour.[ant]).” (*Meney 1999 )

Définition en anglais américain
Mobile home. Un grand trailer, équipé d’éléments permettant la connexion aux services publics, qui peut être installé dans une localisation relativement permanente et utilisé comme résidence. Appelé aussi manufactured home.” (*American Heritage Dictionary 1992).


Mobile home est une expression récente introduite au début des années 1950 aux États-Unis pour distinguer ce type d’habitation de son prédécesseur, le trailer ou house trailer tiré par un véhicule. À l’inverse de la trailer house, la mobile home est conçue comme une maison ordinaire – et non pas comme une remorque –, bien qu’il soit possible de la déplacer sans en affecter les éléments structuraux. L’expression fut adoptée en 1953 par la Trailer Coach Manufacturers Association (fondée aux États-Unis en 1936 lorsqu’elle changea de nom pour celui de Mobile Home Manufacturers Association. C’est au cours des années 1950 que mobile home a pris la signification que nous lui accordons aujourd’hui, à savoir une demeure habitable à longueur d’année, construite sur un châssis remorquable et destinée à être raccordée aux services publics. En dépit de la nouvelle dénomination qui mettait l’accent sur les notions de demeure et de mobilité, house trailer subsista pendant plusieurs années comme expression consacrée pour qualifier ce type d’habitation.

Mobile home est une invention lexicale qui combine deux mots dont le sens est tout simplement une maison qu’on peut déplacer. D’histoire récente, l’expression n’a pas connu de changement de sens. Par ailleurs, mobile home constitue un exemple intéressant d’expression qui fut employée après le développement de la forme d’habitation qu’elle désignait. Dans les années 1930 et 1940, en effet, mobile home ou mobile house ne furent utilisées qu’à quelques occasions, pour nommer des prototypes de maisons transportables ou encore pour caractériser le mode de vie des ménages qui habitent des house trailers.

Trailer,  1930 : 495 $
Airstream-trailer-home

L’évolution de l’expression traduit bien les transformations qu’a connues l’objet aux États-Unis. Dans les années 1920, les termes house trailers ou trailers étaient utilisés pour désigner les caravanes tirées par une automobile et installées sur les terrains de camping ou les trailer parks. Au cours de cette décennie, la démocratisation de l’automobile a rendu accessibles le voyage et le tourisme. Permettant aux gens de se loger à peu de frais, le trailer participait à ce mouvement. Le house trailer devint une forme d’habitation permanente dans les années 1930 lorsque de nombreux ménages se déplacèrent pour améliorer leurs conditions économiques. Le nombre de ménages qui habitaient dans des trailers était alors tel que l’homme d’affaires et statisticien Roger W. Babson déclara : “Nous vivrons bientôt sur roues” (Babson 1936). 


L'origine ?




À la fin des années 1930, la prolifération des trailer houses dans les villes incita les autorités municipales à réglementer leur implantation. Selon leurs contempteurs, la promiscuité qui y régnait avait des effets néfastes sur la vie familiale. Quant aux défenseurs de la trailer house, ils soutenaient que celui qui choisit le mode de vie nomade est libre et rend service à sa nation : “Sa maison et son foyer [home] le suivent [...] Il résoud les problèmes de main-d’oeuvre et la pénurie de logements de la nation. Il est indépendant, entièrement démocratique.” (“The Trailerite... 1945). 

Affiche us du  film Les raisins de la colère


Dans un article paru dans la revue Architectural Record en juillet 1936, l’ingénieur industriel Corwin Willson présenta son concept de mobile house tirée par une voiture et offerte aux travailleurs itinérants désireux de déménager leur famille et leur demeure. L’inventeur souligne, en faisant référence à un manuscrit non publié et intitulé Living on Wheels, que la conjoncture économique et la nature des emplois industriels sont à l’origine du phénomène des travailleurs migrants : “Par conséquent, le problème du logement en vient à inclure l’adaptation à une mobilité forcée croissante. La mobile house [...] rend la propriété du logement possible sans impliquer la perte de la liberté économique.” (“2-Story Mobile House...” 1936). En 1938, deux architectes présentèrent une autre version de la mobile home, le Durham Portable House (Wallis 1991 ). Ces maisons se différenciaient des caravanes existantes et du prototype de Willson en ce qu’elles “n’étaient pas conçues pour être généralement remorquée à travers le pays. En revanche, elles sont construites comme des maisons [homes] ordinaires avec une structure brevetée conçue pour être déplacée sans dommage ou ébranlement à l’aide de grands camions.” (Pebworth 1938 ). Le concept maintient néanmoins la spécificité de la mobile home, à savoir la possibilité de la déplacer sans en affecter les éléments structuraux.



Mobile Home, année 1930
Mobile house, 1937


En 1941, le sociologue Cowgill utilisa l’expression mobile homes dans le titre de sa thèse de doctorat portant sur les gens qui habitaient des house trailers, dont il considérait le mode de vie nomade comme caractéristique: “le trailerite est quelque chose de nouveau – une sorte d’hybride. Il se déplace constamment dans l’espace géographique et il est donc typique de la tendance à l’accroissement de la mobilité, mais il emporte sa résidence avec lui.” (Cowgill 1941). Conçu comme un logement temporaire pour héberger les travailleurs des industries de guerre ou des grands chantiers de construction (autoroutes, barrages hydro-électriques), ce type d’habitation se caractérisait par la standardisation et la fabrication en série. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement des Etats-Unis eut largement recours à ces logements temporaires à titre de “logements de dépannage bon marché.” (Meloan 1954). Au début des années 1950, l’introduction de modèles plus longs et larges contribua à conférer une nouvelle identité à la mobile home. Les manufacturiers ne fabriquaient plus des caravanes qui servaient de logement temporaire mais des habitations permanentes qui pouvaient être déplacées. Ce nouvel usage exigeait un changement de nom: “Pourquoi ne pas l’appeler exactement ce qu’elle est – une maison [home] qui est mobile – donc une Mobile Home.” (Trailer Dealer Magazine 1953). 



Mobiles Houses 


Cette évolution se produisit lorsque les fabricants prirent conscience que leurs clients recherchent avant toute chose un toit permanent – non des caravanes (trailers) pouvant servir d’habitation, mais de véritables maisons, quoique mobiles. Cette opération sémantique menée par les manufacturiers visait à donner une nouvelle identité basée sur la dimension affective du mot home (Wallis 1991). Selon ses promoteurs, la mobile home ne représentait plus une solution temporaire à un problème de logement, mais un choix individuel et social : “Le temps n’est plus depuis longtemps où les gens habitaient des mobile homes seulement en attendant de pouvoir avoir ‘quelque chose de mieux’. Il y a 4 millions d’Américains en mobile homes, et la plupart d’entre eux par choix et non par nécessité.” (Borgeson 1966). Il fallut toutefois attendre quelques années pour voir le mot se répandre dans le vocabulaire populaire, trailer demeurant plus couramment utilisé.



La véritable poussée des mobile homes eut lieu à partir du milieu des années 1950 aux États-Unis, alors que la demande en logement était très forte – avec une accélération à la fin des années 1960. Malgré le nom choisi par ses fabricants en 1953, la mobile home était en fait très peu déplacée, car son attrait était surtout de permettre la réalisation du rêve de devenir propriétaire à peu de frais (French & Hadden 1965). Le sommet de la vague de popularité fut atteint en 1974, quand 37% des maisons unifamiliales construites cette année- là étaient des mobile homes (Wright 1981). En raison de leur piètre qualité, le Congrès adopta en 1974 la Mobile Home and Construction and Safety Standard Act qui autorisait la mise en vigueur de normes minimales de durabilité et de sûreté. 


Promulgué en 1976, le code fédéral rendit les mobile homes plus attrayantes auprès des institutions financières qui hésitèrent moins à consentir des prêts à leurs acheteurs (Hart, Rhodes & Morgan 2002 ). Au Canada, c’est en 1978 que les organismes réglementaires adoptèrent des normes minimales de qualité (“Meilleure qualité...” 1978) qui rendaient désormais les maisons mobiles éligibles aux programmes fédéraux d’aide à l’accès à la propriété. Un représentant de l’industrie se réjouit de cette consécration : “Les maisons mobiles […] sont maintenant considérées comme partie intégrante du logement dans ce pays. Notre slogan : des maisons à la portée du plus grand nombre de Canadiens.” (“La SCHL...” 1978). Aux États-Unis, les mobile homes sont concentrées dans des régions qui ont connu une forte croissance démographique depuis les années 1970, notamment le Texas, la Floride, l’Arizona et la Californie. Chargées péjorativement en raison de leur aspect nomade et de leur architecture quelconque, on les retrouve surtout en périphérie des villes, souvent à proximité des espaces industriels et commerciaux, de même que dans des parcs spécifiquement aménagés – qu’on nomme indistinctement trailer parks ou mobile home parks

Trailers Parks touristiques 1930
Trailers Parks et campements 1930

Les premiers trailer parks qui ont pris forme d’une manière spontanée dans les années 1930 étaient considérés par les administrations locales comme des taudis, “une nouvelle sorte de slum […] présentant tous les traits négatifs des ‘aires urbaines dégradées’ [blight areas] et aucun des aventures de vacances pour lesquelles les trailers avaient été construits.” (Wellington 1951). Par la suite, les règlements municipaux de nombreuses villes proscrivirent l’implantation des mobile homes dans les quartiers résidentiels car elles étaient considérées comme indésirables et néfastes pour les valeurs foncières, d’autant plus que, dans plusieurs Etats américains, les mobile homes étaient exemptées de taxes foncières – et dénoncées par leur adversaires comme une forme d’évasion fiscale.

Trailer Park 1955 


Trailers Parks 1970














Kill Bill
No Country for old man


Pour mieux refléter le caractère permanent de cette forme d’habitation et les transformations dont elle a été l’objet en termes de procédés de fabrication, la Mobile Home Manufacturers Association a procédé à un autre changement de nom en 1975 pour devenir le Manufactured Housing Institute. Aux Etats-Unis, les institutions publiques endossèrent le nouveau terme lorsqu’en 1980 le Housing Act décréta que mobile home devait être remplacé par manufactured housing dans tous les documents légaux et techniques fédéraux (Hart, Rhodes & Morgan 2002). Il s’agit là de l’étape la plus récente de la brève histoire d’une forme d’habitation urbaine et suburbaine marquée simultanément du sceau de la marginalité et de la popularité. Mais le nouveau terme n’a pas véritablement remplacé son prédécesseur dans le langage populaire et l’expression mobile home demeure, de nos jours, encore largement utilisée.

Claire Poitras
UMR CNRS 7112

Soixante-quatre mots de la ville
Le Trésor des mots de la ville : une maquette au 1/5e
2005



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