Black Panthers | Guérilla Urbaine Sociale

Black-Panther Free Food Program


Je veux vivre pour la révolution, pas mourir pour elle
Naima Major, Black Panther, 1969

Il faut faire comprendre aux jeunes noirs et aux modérés que s’ils succombent aux doctrines révolutionnaires ce seront des révolutionnaires morts.
Hoover, directeur FBI, 1967

Aux Etats-Unis, en 1967, deux évènements entérinent la division des mouvements de la communauté noire : pour la premièe fois dans l'histoire américaine, un afro-américain, Carl B. Stokes (1927-1996) [1], est élu par ses concitoyens maire d'une grande ville, Cleveland, en Ohio ; 1967 est également l'année de l'ouverture du premier bureau du Black Panthers Party à Oackland en Californie.





Entre combat institutionnel et lutte radicale

Ainsi, symboliquement, 1967 marque une rupture, une charnière pour le mouvement Noir [2], le basculement de la perspective dominante des Droits civiques et du pacifisme exigé par Martin Luther King, vers l’idée du Black Power, déjà actif en 1964, qui réclame bien plus que des droits : le pouvoir au sens le plus large, la justice, et qui débouchera sur une remise en cause de la mixité « raciale » et de l’action légaliste. Deux conceptions à partir de 1967 vont s'opposer : celle des Noirs de la bourgeoisie réformiste, bien intégrée dans la société ainsi que l'upper middle class et celle des groupes agissant pour les Have-not, les populations vivant dans les ghettos des grandes villes.

Agnès Varda, Black Panthers, 1968, à visionner impérativement

Se voulant une avant-garde révolutionnaire, anti-capitaliste, les Black Panthers ne cherchaient pas seulement à libérer les Noirs de leur environnement répressif : « Pour nous, il s’agit d’une lutte de classes entre la classe ouvrière prolétarienne, qui regroupe les masses, et la minuscule minorité qu’est la classe dirigeante. Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s’unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite. (...) Nous croyons que nous menons une lutte de classe, pas un combat racial. » La ligne la plus importante au sein du BPP – celle de Newton et de Seale – est celle de l'unité en une seule classe des travailleurs blancs et de couleur, même si des voix dissonantes accordaient le primat de la lutte aux minorités "colorées" et refusaient de s'associer avec des Blancs.


Le BPP est donc un mouvement protéiforme, traversé par plusieurs courants, révolutionnaire et réformiste radicaux s'affronteront pour déterminer la ligne de conduite politique. Mais, pour un temps, en son sein, le courant marxiste-léniniste est prédominant. Idéologiquement, le BPP se réclame comme parti marxiste-léniniste, adapté aux exigences de leur condition et de l'époque ; en sachant qu'en 1968, nombre d'organisations et de personnalités affichaient ouvertement leurs convictions politiques radicales marxistes, comprenant bien sûr, des "révolutionnaires de salon". 

Les USA sont considérés selon un axe double : société de classe capitaliste et raciste, où le profit est le moteur du mode de production. La société décadente, est appelée Babylone, et le capitalisme en est au stade du capitalisme monopoliste d'État. Le racisme n'est pas une forme isolée, issue de la « méchanceté » des blancs, mais provient du capitalisme : il divise les travailleurs, oppose un groupe à un autre, les divisent [pour mieux régner, bien sûr], pervertit la lutte de classe en lutte de race, et ainsi contribue à perpétuer le système. Le BPP reprend la thèse du Black Power, celle de « colonie dans la mère-patrie », et évoqua – en raison de la dispersion des ghettos – de « colonie décentralisée ». La police est considérée comme « armée d'occupation » devant assurer l'oppression des Noirs ; les prisonniers Noirs sont considérés comme prisonniers politiques. Le BPP exprima même le concept d'unité de l'Amérique noire, et de nation à l'intérieur de la nation,  reconnu également aux autres minorités (portoricaine, indienne...). Néanmoins la définition est large : les travailleurs blancs sont considérés comme « colonisés » en raison de leur position dans le capitalisme.

Le BPP lutte pour le socialisme, comme utopie à réaliser : disparition de l'impérialisme au niveau mondial, abolition de la propriété privée des moyens de production, orientation sur les besoins des gens et non les profits, contrôle  de la production et distribution de la richesse sociale, co-participation de chacun au processus social, fin de l'exploitation et du travail aliénant, abolition de l'État. Tels sont les grands traits de la société pour laquelle se bat les panthères Noires, ce qui n'exclut pas qu'au fur et à mesure de la venue de nouveaux militants, d'autres visions moins radicales et plus portées sur ce que certains considèrent comme de l'assistanat social. Dans les faits, le "liant" entre ses antagonismes, sera l'action entreprise dans les ghettos pour servir le peuple, et plus particulièrement le lumpenproletariat de la "colonie", classe sociale délaissée par les marxistes. 

Un  lumpenproletariat  défini très précisément : ceux qui n'ont pas de lien assuré avec les moyens de production et les dispositions de la société capitaliste, l'armée de réserve de chômeurs "structurels"  n'ayant jamais travaillé, et de formation, et tous ceux qui vivent de l'aide sociale. Sont ainsi intégrés les « criminels », les « voleurs », ceux qui ne veulent pas de travail, haïssent le travail. Si l'opposition travailleurs/lumpen est claire dans la « mère patrie », dans la colonie il y a beaucoup plus de liens, de rapports, les frontières disparaissent. Comme on le voit la définition marxiste de « lumpen » est revisitée, et adaptée au fait que le lumpen américain est constitué en grande part de Noirs.


Emory Douglas / Black-Panther

Dans l'histoire des luttes urbaines, le Black Panthers Party occupe une place majeure car ce sont dans les quartiers, et le plus souvent dans les quartiers pauvres et les ghettos, que les Black Panthers méneront leurs actions, et non pas dans les lieux de travail, les usines, principales et traditionnelles cibles des organisations marxistes. Aux syndicats, ils préfèrent les campus universitaires qui seront, dans un premier temps, les foyers d'adhésion puis de recrutement, la source alimentant les premiers membres et adhérents qui imagineront le mode organisationnel et la ligne politique du mouvement ; mais par la suite, le recrutement spontané ou organisé se fera aussi parmi les habitants des quartiers pauvres des villes. Et si le nombre de Panthers ne sera jamais élevé, la communauté noire des classes moyenne et populaire leur accordera la plus grande sympathie, sensible aux multiples actions sociales organisées et mises en place pour leur assurer de meilleurs conditions de vie, et de sécurité. Le Black Panthers Party n’a probablement jamais compté plus de 5 000 militants entre 1967 et 1971, mais son aura dépassa alors largement sa puissance numérique dans les centres-villes déshérités. Ils enrôlaient les plus motivés, impressionnaient les timides, forçaient l'admiration des autres mouvements, des grandes personnalités de l'intelligentsia internationale [Jean Genet, Sartre, etc.], du monde des arts et du spectacle [Bob Dylan, Marlon Brando, The Rolling Stones, etc;], et pouvaient compter sur l'aide effective dans chaque ville, d'une armée de sympathisants.

Serve the people !

Car en effet, au-delà des actions spectaculaires, des Negro Citizen Alert Patrols, le Black Panthers Party organisa dans les quartiers/ghettos des grandes villes, un véritable programme social parallèle destiné à pallier la déficience, voire l'absence, de celui du gouvernement : des aides juridiques, des cantines scolaires pour les enfants des ghettos, des associations de locataires, des dispensaires, des distributions de vêtements, et ce, gratuitement. Mais également des services d'entraide destinés à, par exemple, réparer une plomberie récalcitrante ou dératiser un immeuble. Des programmes à caractère social que les Blacks Panthers avaient coutume de nommer, les programmes de survie, tant les difficultés de toutes sortes assaillaient la communauté noire, tant le racisme était à ce point développé dans les consciences des WASP.


Panther Jerry Dunigan, known as “Odinka”, serves breakfast to children at Panther Free Breakfast Program

Cela étant, l'objectif ultime du Black Panthers Party n'était pas d'apporter une aide aux populations pauvres, aide qui était déjà proposée par des dizaines d'organisations oeuvrant pacifiquement pour l'intégration des communautés de couleur dans la société américaine, ou bien des nombreuses associations philanthropiques qui finançaient des oeuvres charitables. Les actions sociales du Black Panthers Party peuvent être considérées comme des actes de propagande par le fait, destinées à faire prendre conscience aux Have-not qu'ils pouvaient s'auto-organiser et former ensemble un front commun face à la discrimination du gouvernement, face au capitalisme. Selon Sundiata Acoli c’était une politique plus proche du peuple, vivre avec eux, en partageant leurs problèmes, et s’organiser pour mettre en œuvre leurs propres solutions face aux problèmes quotidiens qui les concernaient fortement. La même attention aux attentes de la vie courante et aux besoins quotidiens des masses dont Lénine avait fait preuve en 1917, qui considérait comme essentiel pour les bolchéviks sinon de répondre mais de connaître leurs difficultés de tous les jours. Pour le Black Panthers Party, si la lutte armée défensive est une partie de la solution, elle ne peut se concevoir sans une action sociale et culturelle de longue haleine, devant engager le plus grand nombre, encore sous l'emprise du pacifisme de Martin Luther King. Pour se donner les chances d’une révolution, il faut d’abord servir son peuple, construire l’unité par la propagande et l'organisation des masses : Serve the people.


Free Breakfast for Children program

Dans ce cadre politisé et organisationnel, le célèbre Mumia Abu-Jamal, [ancien Panther, encore emprisonné et condamné à mort], évoque la stratégie du mouvement : « Par nature, les émeutes urbaines sont incohérentes et inorganisées. Le Parti des Panthères Noires voulait mettre fin à ce désordre, en introduisant une alternative révolutionnaire, ce qui impliquait discipline, projet et auto-défense. » Auto-défense armée : des dizaines de militants assassinés par la police entre 1967 et 1971, Malcolm X assassiné en 1965, Martin Luther King,  Robert Kennedy : comment mieux dire la violence de la lutte ? Comment mieux justifier la nécessité de l’auto-défense ?

De même, le Black Panthers Party s'opposait aux groupes armés ultra-radicaux qui pratiquaient le sabotage, les attentats sur les biens et les personnes et qui prônaient l’extension de la lutte armée, dans un pays où la classe ouvrière - noire comprise - était viscéralement contre toute idée de communisme, voire de communautarisme. Dont notamment les Weathermen qui, selon le Black Panther Party, se livraient à des actes désastreux pour l'ensemble des mouvements de contestation.

Comme à la même époque en Allemagne de l'Ouest et en Italie, la nouvelle Gauche américaine issue du mouvement étudiant, lassée des grandes conceptions politiques planétaires, des discours politico-philosophiques, voulait porter la lutte sur le terrain du quotidien et s'attaquer à la transformation immédiate des rapports sociaux. Mais à la différence de la RAF, ou des Brigades Rouges naissantes, le Black Panthers Party arment ses militants non pas pour combattre mais se défendre, mais les discours des leaders semblent parfois se contredire.

Lire l'entretien de Eldridge Cleaver, l'un des principaux leaders du mouvement.

Emory Douglas / Black-Panther


LE BLACK PANTHERS PARTY

Le Black Panther Party est créé à Oakland, en Californie, en octobre 1966, par deux étudiants en droit, Huey P. Newton et M. Bobby Seale ; Un des premiers actes est la rédaction de leur programme en dix points :


1. Nous voulons la liberté.
Nous voulons les pleins pouvoirs, définir le destin de notre peuple noir. Nous pensons que nous, noirs, ne seront pas libres avant de pouvoir définir nous-mêmes notre destin.

2. Nous voulons le plein-emploi pour notre peuple.
Nous pensons que le gouvernement des États-Unis est responsable et doit faire en sorte que chacun ait un travail ou un revenu assuré. Nous pensons que, si les hommes d'affaire blancs américains ne nous donnent pas le plein-emploi, alors les moyens de production doivent être pris aux hommes d'affaire et donné au peuple, afin que tous les membres du peuple puissent être organisé et employé et atteindre un haut niveau de vie.

3. Nous voulons que notre peuple noir ne soit pas plus longtemps volé [par l'homme blanc] [par les capitalistes].
Nous pensons que ce gouvernement raciste nous a volés, et nous exigeons maintenant la dette en souffrance de « quarante hectares et deux mulets ». Quarante hectares et deux mulets nous ont été promis il y a cent ans comme réparation pour le travail d'esclave et le génocide. Nous prenons aussi comme contrepartie l'argent que nous distribuerons dans nos nombreux quartiers. Les Allemands aident maintenant les Juifs en Israël à cause du génocide à l'encontre du peuple juif. Les Allemands ont tué six millions de Juifs. Les racistes américains ont participé au meurtre de plus de cinquante millions de noirs, nous considérons donc notre revendication comme modeste.

4. Nous voulons des logements décents, dignes.
Nous pensons que les propriétaires blancs ne donnent pas à notre peuple noir des logements décents, alors les maisons et le pays devraient être transformés en propriété sociale, afin que notre peuple puisse construire pour ses gens et fournir des logements décents avec l'aide du gouvernement.

5. Nous voulons une formation, qui découvre la véritable essence de la société américaine décadente. Nous voulons une formation, qui nous apprenne notre véritable histoire et nous fasse comprendre notre position dans la société d'aujourd'hui.
Nous croyons en un système d'éducation qui transmette à notre peuple une compréhension de lui-même. Si un quelqu'un ne possède pas une compréhension de soi-même ainsi que de sa position dans la société et le monde, alors il n'a quasiment pas perspective pour comprendre quelque chose d'autre.

6. Nous voulons que tous les noirs soient libérés du servicemilitaire.
Nous pensons que nous, noirs, ne devons pas être obligé à lutter pour la défense d'un gouvernement raciste qui ne nous protège pas.
Nous ne voulons pas combattre ou tuer des membres d'autres peuples de couleur, qui sont comme nous trompé par le gouvernement raciste blanc. Nous voulons nous défendre contre la coercition et la violence de la police raciste et des militaires racistes, et cela quel que soient les moyens nécessaires
[by any means necessary].

7. Nous voulons l'arrêt immédiat de la brutalité policière et des meurtres de personnes noires.
Nous pensons que nous pouvons mettre une fin à la brutalité policière dans nos quartiers noirs, dans la mesure où nous organisons des groupes d'auto-défense noirs, qui se donnent comme tâche de défendre nos communes noires
contre l'oppression raciste et la brutalité de la police. Le deuxième amendement de la constitution des États-Unis accorde le droit d'avoir des armes sur soi. Nous pensons ainsi que tous les noirs devraient être armés pour l'auto-défense.

8. Nous voulons la libération de tous les noirs qui sont emprisonnés dans les prisons fédérales, les prisons d'État, de canton et de villes ou dans des pénitenciers.
Nous pensons que tous les noirs devraient être libéré des nombreux pénitenciers et prisons, parce qu'il ne leur a pas été donné de procès juste et sans parti pris.

9. Nous voulons que tous les noirs dans les débats judiciaires soient jugés par un jury qui soit leurs égaux ou viennent du même quartier noir, comme le prévoit la constitution des États-Unis.
Nous pensons que les cours de justice devraient s'en tenir à la constitution, afin que soient donné aux noirs des débats judiciaires justes. Le quatorzième amendement de la constitution des États-Unis donne à chacun le droit d'être jugé par son semblable, cela signifie du même environnement économique, social, religieux, géographique, du même milieu, de la même histoire et du même environnement racial. Ainsi le tribunal sera obligé de choisir un jury de la communauté d'esprit noire dont provient l'accusé noir. Nous sommes et serons encore exclusivement condamné par un jury blanc, qui n'a aucune compréhension pour « l'homme moyen » du quartier noir.

10. Nous voulons la terre, le pain, les logements, l'éducation, les habits, la justice et la paix ; et comme but politique important un référendum mené par l'ONU dans toute la colonie noire, auquel seuls les citoyens noirs ont le droit de participer ; ce référendum doit décider de la perspective du peuple noir quant à son destin national.
Quand il est au cours de l'histoire nécessaire à un peuple de défaire des noeuds politiques qui ont été la liaison avec un autre peuple, et de prendre parmi les puissants de cette terre sa situation propre et égale selon les lois de la nature et de son créateur, alors cela réclame une attention mesurée aux avis de l'humanité qui nomme les raisons qui forcent à couper ces liens.
Nous considérons les vérités suivantes comme évidentes : tous les gens sont fait pareils et munis par leur créateur de droits inaliénables ; à ces droits appartiennent la vie, la liberté, et la recherche du bonheur.
Pour leur assurance il y a parmi les hommes des gouvernements, dont la justification de la violence provient de l'approbation des personnes régies ; quand une forme de gouvernement agit de manière destructive quant à ce but, alors le peuple a le droit de modifier ou abolir cette forme de gouvernement et de mettre en place un nouveau gouvernement ; il se construira sur la base et ses pleins pouvoirs s'organiseront dans la forme qui est d'après lui le plus approprié pour entraîner sa sécurité et son bonheur.
Être malin nécessite ne pas vouloir modifier des gouvernements existant depuis longtemps pour de petites raisons et passagère ; conformément à cela toute l'expérience a montré que les gens tendent à supporter, tant que les malheurs sont encore supportables, plutôt d'en arriver à l'abolition des formes habituelles du droit. Mais s'il y a une longue chaîne d'outrages et de ruptures du droit, qui invariablement suivent les mêmes desseins, qui manifeste l'intention de les soumettre à une domination violente totale, alors les gens ont le droit et le devoir de secouer un tel gouvernement et de prendre de nouvelles dispositions pour sa future sécurité.

Emory Douglas / Black-Panther

Les bureaux locaux

L'activité publique des Black Panthers commence par l'ouverture d'un bureau, ayant pignon sur rue, à Oakland, en janvier 1967. Ouvrir un bureau n'est pas anodin : cet acte marque bien la volonté des deux fondateurs à inscrire leur lutte dans la légalité ; il est possible de retrouver cette même forme de commerce politique dans les mouvements de la Nouvelle Gauche en Europe parmi les Provo et les Kabouters d'Amsterdam et certaines organisations en Italie, notamment Lotta Continua, qui ouvraient des locaux dans les quartiers miséreux, tenus par des permanents qui habitaient le plus souvent le quartier. Ce qui avait le don d'émerveiller et d'étonner les militants français en visite, davantage repliés sur leur idéologie.

Seale, Hutton et Newton avaient mis leurs fonds en commun et loué un magasin pour 150$ par mois. C'était un endroit idéal dans le cœur de la communauté nord d'Oakland, à un bloc de l'université Merritt. La plupart des étudiants de Merritt, comme Seale et Newton, étaient des résidents d'Oakland. Le local n'avait qu'un simple bureau, des chaises pliantes, une longue table, un tableau noir et des rideaux rouges bon marché aux fenêtres. Comme les Panthers n'avaient pas de machine à polycopier, Hutton et Seale, encore employés au centre anti-pauvreté, firent des copies de leur programme pendant leurs soirées. Des débats prenaient place aux réunions officielles les mercredi soirs à 19 heures et les Dimanche à 13 heures. A cette période, l'Université Merritt - et le monde universitaire - était en pleine renaissance intellectuelle, le campus devenait un lieu de rencontres entre les philosophes, écrivains, dramaturges, artistes ou musiciens. Cette énergie se répandit dans le nouveau siège des Black Panthers. Huey voulait tenter de pousser les révolutionnaires de canapé qui voulaient sincèrement changer les choses dans la communauté noire à rejoindre leurs rangs.

Les deux premières semaines, une vingtaine de personnes environ assistaient aux réunions. Certaines s'inscrivaient d'autres restaient simples partisans, puis peu à peu, le bureau devint un endroit où les citoyens de toute la communauté noire, et non plus seulement étudiante, pouvaient exprimer leurs doléances et s'informer. Ce bureau fera rapidement l'objet d'une étroite surveillance de la Police, mais en dépit des arrestations continuelles et injustifiées, les Black Panthers gardèrent leur bureau ouvert. Payer le loyer du local était toujours un challenge. Avec l'assistance d'Eldridge Cleaver, le Parti commença à produire des pamphlets à propos de l'organisation et des "messages" de Newton et Cleaver. La vente des pamphlets, posters ou badges procurait un peu d'argent. L'argent que les Panthers gagnaient avec leur emploi à l'extérieur était lui aussi utilisé pour maintenir le Parti à flot. Dans un second temps, ils eurent la bonne idée d'acheter à des commerçants chinois une cargaison du Petit Livre Rouge de Mao Zedong, qu'ils vendaient sur les campus lors des manifestations.


Vente de poster de Emory Douglas

Par la suite, le mouvement s'amplifia et des comités sympathisants s'organisèrent au sein des campus des universités de façon très informelle par le biais des militants du mouvement Black United Front, dont nombre rejoindront les Panthers. La manifestation de protestation des Black Panthers devant et dans le Capitole de Californie, le 2 mai 1967, contre un projet de loi visant à réglementer le port d'armes dans l’État de Californie, contribuera largement à faire connaître et à élargir l’audience, jusqu’alors très locale, de l’organisation. Les médias du pays commencèrent à s'intéresser à leurs propos et à leurs actions. Ainsi, plusieurs sections sont créées dans les grandes villes dont sur la côte Est : un à Jersey City (en mai 67) et un autre à Newark (en octobre 67). Le parti, composé de deux membres-fondateurs en janvier 1967, augmenta pour atteindre 700 membres en octobre 1967. Des bureaux s'ouvrent à Los Angeles, New York et Détroit dont l'acte fondateur est la création d'un local ouvert au public [janvier 1968 à Los Angeles, avril 1968 à Harlem et Brooklyn] dans les quartiers noirs et les ghettos. Dès lors, il devint nécessaire pour les fondateurs d'organiser ces nouveaux adhérents. Le parti fut divisé en Chapitres pour chaque Etat ; ensuite vient la Branche pour chaque grande ville ; puis chaque Branche est divisée en sections, elles-mêmes divisées en sous-sections. Le comité central est l’instance dirigeante du parti. Il est composé d’un bureau politique qui définit les politiques à mener. A sa tête, le ministre de la Défense, secondé par le président du parti.

A Oakland, le Black Panther Party disposait entre 1967 et 1973 d'une dizaine de bureaux. Le maximum fut pour l'année 1968 où 5 bureaux différents étaient disponibles à la communauté. En 1969, le journal des Panthers répertorie 42 bureaux et centres communautaires dans tout le pays. L’été 1969 voit même l’ouverture d’un bureau international des Panthères Noires à Alger tenu par Cleaver, exilé car sous le coup d'une fausse inculpation de meurtre.

Ces bureaux seront bien évidement la cible privilégiée de la police, qui s'acharne à procéder à des descentes, perquisitions, contrôles, fouilles, destructions de matériels, tandis que les militants y sont souvent arrêtés ou tués. Dans d'autres cas, les locaux sont incendiés, sont la cible de coup de feu ou sont pillés. Ainsi, par exemple, le 21 décembre 1968, la police de Denver fait un raid dans le bureau du B.P.P. pour y chercher des armes qu'ils n'y trouveront pas. Frustrés, les policiers brûleront la nourriture et les vêtements destinés pour les vacances des pauvres de la communauté. Pendant ce temps, sur la côte ouest, Geronimo Pratt, ancien du Vietnam, fortifie militairement le bureau des Panthères de Los Angeles. Ni les fusils mitrailleurs, ni les hélicoptères des unités d’élite de la police de la ville (SWAT Teams) ne réussissent à les déloger. Au total, 38 militants du BPP ont été tués durant l’année 1970 suite à des raids organisés par la police contre les bureaux du parti. La police invoque simplement pour justifier ces cas, la légitime défense, les juges les acquittent malgré des preuves accablantes comme le remarquent souvent de nombreux grands quotidiens, y compris pro-Nixon [président des USA].

Selon Sundiata Acoli, ce fut l’une des erreurs structurelles les plus graves des Black Panthers. Les Membres du Parti qui travaillaient ouvertement dans les bureaux, ou ouvertement dans la collectivité pendant la journée, pouvaient être les mêmes personnes qui menaient des opérations armées pendant la nuit. Cela a fourni à la police un prétexte commode pour faire des raids sur les bureaux du BPP, ou dans les maisons de ses membres, sous le prétexte qu’ils étaient à la recherche de suspects, de fugitifs, d'armes, d’explosifs. Cela à aussi entraîné le Black Panthers Party a prendre la position de réaliser une défense stationnaire des bureaux. Une claire séparation aurait du exister entre le Parti dans la légalité et l’appareil armé clandestin. En outre, de petites forces militaires ne doivent jamais adopter, comme une tactique générale, la position de faire des défenses fixes de bureaux, maisons, immeubles, etc.

Les techniques de propagande

Selon Sundiata Acoli, le BPP apporté une contribution importante à l’art de la propagande. Il a été assez habile pour élargir son message et ses idées à travers son journal The Black Panther, ses rassemblements de masse, conférences, slogans, affiches, brochures, dessins, badges, symboles (par exemple, un poing fermé), graffitis, les procès politiques et même les funérailles. La BPP a également su propager ses idées par l’usage très habile de la télévision de la classe dirigeante, de la radio et la presse écrite.
Ainsi quelques mois seulement après la naissance des Black Panthers, le Times de Londres parla d'eux, puis les reporters américains se concurrençaient pour avoir des interviews des leaders.

Emory Douglas / Black-Panther

The Black Panther :
Service d'informations de la communauté noire

Mais très rapidement, il s'avéra nécessaire, pour le parti, de lutter contre la désinformation, voire les manipulations et les mensonges, diffusés par les médias WASP, et d'informer la population noire des faits réels ; un outil destiné à l'information tout autant qu'un instrument de propagande militant, selon David Hilliard : le pouvoir du journal n'était pas juste d'informer mais plutôt d'organiser. Si un frère prend un exemplaire, j'ai fait un converti potentiel.

Le meurtre délibéré de Denzil Dowell sera l'occasion pour les Panthers de publier leur premier numéro de leur propre journal pour expliquer à la communauté ce qui était réellement arrivé. Le 25 Avril 1967, la communauté se mobilisa pour produire le numéro 1 du The Black Panther, entièrement consacré au meurtre de Dowell.

La production des premiers journaux était fait avec un matériel très rudimentaire. L'équipe était constituée de collaborateurs qui écrivaient, rédigeaient et photographiaient. La vente du journal procurait une rentrée d'argent régulière. Le journal était vendu pour 25 cents, il coûtait 10 cents à produire et à distribuer, le Parti gagnait 5 cents pour chaque exemplaire vendu et les Panthers (aucun de ceux qui recevaient un salaire du Parti) gagnaient 10 cents par journal vendu. Le journal offrait aux jeunes de la communauté une façon de gagner de l'argent. Plusieurs petites entreprises gérées par des Noirs placèrent des petites annonces dès les premiers numéros.



Il y avait d'autres journaux radicaux, " The Flatlands ", " Oakland Post ", " Berkeley Barb " et " Muhamad Speaks " mais " The Black Panthers" était différent, parce qu'il donnait des conseils pratiques et légaux sur la façon de survivre dans l'Amérique raciste. Les articles étaient concis et les positions politiques n'étaient pas camouflées par une rhétorique vide. Les Panthers attaquaient des ennemis clairement identifiés comme la police [pigs, porcs], mais ils dénonçaient aussi les leaders noirs populaires dans « galerie des lécheurs de bottes » - des politiciens noirs locaux aux leaders nationaux comme Bayard Rustin, M. Luther King Jr ou Roy Wilkins. Le journal publiait aussi des témoignages, des photographies ou des comptes rendus envoyés par les victimes des brutalités policières à travers tout le pays. Ils chroniquaient le quotidien des Noirs à l'armée, à l'école ou en prison.

En Mars 1969, l'hebdomadaire Black Panther était distribué dans 26 bureaux du pays. En un an ils imprimèrent plus de 105.000 exemplaires par semaine. Quantité énorme pour un journal non professionnel. Dans la région de Los Angeles, toutes les Panthers étaient nécessaires pour produire et distribuer le journal. Une ancienne Panther, Assata, écrivit dans ses mémoires comment ils travaillaient jusqu'au petit matin à trier, étiqueter et empaqueter les journaux pour les expéditions à travers tout le pays en chantant des chansons révolutionnaires.

Conscientisation politique

Ce fut là, le travail principal du Black Panthers Party : éveiller la conscience des masses, les amener au Parti. Les principaux leaders et les théoriciens seront rapidement assassinés, ou condamnés à de lourde peine de prison, ou en exil [Cuba, Algérie], mais les bases qu'ils posèrent animeront la multitude de débats, de journées de conscientisation politique, de conférences, de workshops, de réunions, etc. organisés par les bureaux.


Kathleen Cleaver, lors d'un meeting


Self Defense

Les Negro Citizen Alert Patrols


Self Defense : la réponse faite contre les agressions, humiliations, lynchages, assassinats, auxquels était soumise depuis des générations la communauté noire. Une idée de Malcom X, reprise par le Black Panthers Party qui permettra de le différencier de la plupart des organisations noires qui l’ont précédée, largement admise et appréciée, selon les témoignages, par la communauté noire.


Leur première arme fut un fusil M-1 et un pistolet 9 mm, offerts par un révolutionnaire japonais,  afin qu'ils « puissent commencer à préparer le peuple à un combat révolutionnaire ». 

Dans les premiers temps, les Black Panthers ont comme activité centrale la démonstration de force. A présent, les membres, après une formation, sont armés dans les rassemblements, servent de gardes du corps à des personnalités célèbres, entendent faire comprendre à la police [les pigs] qu'ils disposent désormais de moyens de se défendre. Aux forces de police, mais également à la multitude de bandes armées organisées racistes ou nazies, qui n'hésitaient pas dans certains quartiers à terroriser la communauté noire, sans pour être autant véritablement inquiété par la police et la justice. De même, ils assuraient, dans certains quartiers, la protection des habitants des agressions des gangs - black or white -, des trafiquants de drogues dures [considérées comme instruments anti-révolutionnaires au service du gouvernement] trop ambitieux, voire à New York, contre le développement de certaines activités de la toute puissante Mafia italienne [drogue, prostitution, racket].



Une des premières actions de Panthers sera donc d'organiser des Negro Citizen Alert Patrols -Patrouilles d'alerte des citoyens noirs- sensées répondre au septième point de leur programme : « Nous exigeons la fin immédiate des brutalités policières et des assassinats de Noirs ». Les Black Panthers s’inspirent d’actions équivalentes menées l’été précédent dans le quartier de Watts en Californie. Des patrouilles s’étaient organisées en équipant des véhicules [marquées : Protect and survive] de scanners destinés à écouter et suivre les voitures de la police. Munies de livres de droit et de magnétophones, les patrouilles s'assuraient de la légalité de chacune des interventions des forces de l’ordre. Les Black Panthers ajoutent un élément à la panoplie initiale du groupe de Los Angeles, en armant les participants des rondes de surveillance. L’objectif du groupe est toutefois de rester dans le strict cadre de la légalité.


Le BPP reprend en partie les principes léninistes d'organisation des "cadres", qui doivent selon Newton : « À un système comme celui-ci on ne peut résister qu'avec une structure organisationnelle encore plus fermement discipliné et structuré ». Ce qui est en rupture avec le Black Power originel, mouvement populaire refusant l'organisation considérée comme « bureaucratisation ». Telle une armée, des divisions et des grades sont instaurés  :
Capitaine (coordinateur, chargé de vérifier si les responsabilités sont bien prises)
Lieutenant (sécurité)
Sergent (chef de service)
Caporal (chef des sous-services)

Une panthère régulière n'a pas de formation, un Buck Private (recrue) était en formation, un Privates (privé) était une panthère qui avait fini sa formation – 6 semaines d'école politique du parti. Les membres travaillent par la suite constamment politiquement, et doivent chaque jour s'informer de la situation politique actuelle. Les membres reçoivent une formation sur les droits constitutionnels fondamentaux en matière d'arrestation et de port d'armes, et s'entraînent au maniement des armes. Dans un autre registre, des cours sont donnés aux militants concernant la fabrication de cocktails Molotov et d'autres techniques de guérilla urbaine. Il y a 8 règles (empruntées au Petit Livre Rouge de Mao, dans les passages sur l'Armée Populaire de Libération) :

1 – parle poliment
2 – paie vraiment ce que tu achètes
3 – rend toujours ce que tu empruntes
4 – paie pour tout ce que tu endommages
5 – ne frappe pas les gens, ne les insulte pas
6 – ne casse pas la propriété ni la récolte des masses pauvres, opprimées
7 – ne prend pas de liberté auprès des femmes
8 – si l'on prend des prisonniers, ne les maltraite pas

Et trois règles principales :

1 – obéis aux décisions dans toutes tes actions
2 – ne t'empare pas d'une seule aiguille ni d'un fil des masses pauvres et opprimées
3 – donne à tous ce qui a été pris à l'ennemi attaqué


S.A.F.E. : Seniors Against a Fearful Environment program

Les membres du Party répondirent également aux requêtes des personnes âgées qui demandaient une protection contre des agressions lorsqu'elles allaient encaisser leur sécurité sociale ou leurs chèques de pension. Leurs plaintes déposées dans les commissariats de police n'avaient rencontré que mépris et indifférence. Le Party organisa donc le Programme des Seniors contre un Environnement Effrayant (Seniors Against a Fearful Environment program – S.A.F.E.). Le S.A.F.E. offrait un transport gratuit ainsi que des services d'escorte pour les seniors au début de chaque mois. C'est un point - aujourd'hui - d'une grande importance de considérer les personnes âgées sinon comme des potentiels militants actifs mais bien comme des personnes pouvant prêcher en leur faveur. La même attention, autant humaine que propagandaire, se retrouve à la même époque dans les organisations de la Nouvelle Gauche d'Amsterdam et d'Italie.


SERVE THE PEOPLE


Servir le peuple : en organisant des programmes communautaires sociaux - les programmes de survie- dans les quartiers défavorisés, le Black Panther Party a pu bénéficier, auprès des Have-not -jeunes sans avenir, chômeurs de longue durée, employés exploités, retraités miséreux- et des étudiants qui souhaitaient au-delà de la rhétorique passer à l'action, d'une influence majeure et d'un immense capital de confiance et de sympathie ; légende qui a largement débordé des frontières du pays pour atteindre les mouvements de la Nouvelle Gauche et des intellectuels marxistes du monde entier.


Black-Panther Free Breakfast for Children Program

Il est peu de domaines de la vie quotidienne des populations défavorisées ou de la middle-class vivant dans les ghettos, de l’éducation à la rénovation de logements, sur lesquels le Black Panther Party n’a pas oeuvré. Une démarche de fond, s’inscrivant sur le long terme, pour rassembler les populations noires dans la construction d’un devenir collectif qui ne soit pas que misère et désillusion. Des années plus tard, le gouvernement établira des programmes similaires, tels que les petits déjeuners gratuits dans les écoles, la couverture des soins de santé pour les plus de 65 ans, la protection contre les expulsions des locataires par l'adoption de procédures légales, etc.


Le financement de ces programmes s'appuyait en grande partie sur les dons des citoyens - riche ou pauvre -, des petites entreprises, sur les campagnes de collectes, la vente de leur hebdomadaire, et l'aide des fondations philanthropiques. Ce qui peut paraître étonnant en Europe, est parfaitement admis aux États-Unis car la philanthropie s'y est développée à la mesure des faibles protections sociales mises en place par l'État et les gouvernements fédéraux. Une rapide comparaison portant sur des secteurs comme la recherche et l’éducation, l’environnement, la santé ou les politiques sociales, financés en Europe par les États, sont en grande partie pris en charge aux États-Unis par les fondations et les dons privés. Ce qu’on appelle third sector aux USA se veut indépendant et pluraliste, grâce à ce système de financement qui vise à mettre des investissements privés au service de l’intérêt collectif.


Pratiquement, alors que les différents chapitres recevaient des instructions du quartier général national sur la ligne générale des programmes de survie, ils avaient également toute latitude pour créer des programmes locaux afin de répondre au mieux aux besoins spécifiques d'un quartier.

Pratiquement, la police intervenaient systématiquement pour empêcher ces oeuvres. Dans le New Jersey, la police fit une descente dans une fabrique de vêtements qui appartenait à des Noirs et dont les profits allaient aux Panthères ; sous le prétexte de rechercher des revolvers, ils détruisirent totalement pour une valeur de 20 000 dollars de machines. Dans toutes les villes où les Panthères distribuent de la nourriture aux enfants des ghettos, la police organisait des descentes dans les églises et les locaux où les repas avaient lieu, détruisant le matériel et jetant la nourriture.

Free Breakfast for Children Program (F.B.C.P.)

Le plus connu des programmes sociaux du BPP est lancé en janvier 1969, à Oakland, the Free Breakfast for Children, un programme de petits déjeuners gratuits pour 35 enfants. En moins d'une semaine ils passent à 110, action qui sera reproduite dans les comités du pays ; le 1er avril, à Chicago le programme de petits déjeuners gratuits nourrit 83 enfants, 1.100 quelques semaines plus tard. La demande est forte, le principe est simple : des petits déjeuners sont distribués aux enfants des quartiers pauvres avant qu’ils ne partent à l’école. Initialement donnés dans les écoles, ils seront par la suite distribués dans les familles, afin d'assurer une action de propagande. De même, le programme Free Food, consistait à distribuer gratuitement de la nourriture aux familles les plus indigentes. 



Ces bonnes oeuvres innocentes feront pourtant l'objet d'actes de vandalisme de la part de la police ; ainsi, par exemple, le 3 avril 1969, à Des Moines, Iowa, la police saccage les locaux du BPP, y compris les préparatifs des petits déjeuners. La stratégie de Hoover était simple : couper le mouvement des citoyens, créer la terreur partout.

Liberation School

Des écoles de « libération » [Liberation School] sont organisées destinées à assurer une formation politique aux enfants par l'enseignement de l'histoire des Noirs américains. L'Intercommunal Youth Institute est créé pour l'alphabétisation des adultes.

Black-Panther Liberation School, 20 déc. 1969, San Fransico, California 



Cliniques et Centres Médicaux

En Juin 1969, les Panthers d'Oakland ouvrent la première clinique de soins gratuite à Berkeley. Des centres médicaux ouvrent la même année à Los Angeles, et Seattle. Ils reçurent de l'aide de médecins, d'infirmières agrées ainsi que d'étudiants en médecine qui donnèrent de leur temps pour ces cliniques. Quelques hôpitaux acceptèrent que les docteurs puissent utiliser leurs laboratoires pour des analyses.
Mais les Panthers estimaient qu'ils ne devaient pas uniquement compter sur les autres pour mener leur programme. Ils incorporèrent alors dans le processus d'initiations du Party une formation aux soins de première urgence et certains furent accrédités par des hôpitaux pour administrer des vaccins anti-polio, faire des prises de sang et des tests pour l'anomie à hématies falciformes. Contrairement au Free Breakfast for Children, les centres de soin avaient besoin de travailleurs hautement qualifiés et d'équipements très technique, et couteux. De ce fait, peu de Branches pouvainet investie pour développer ce programme. Les Panthers amenèrent l'attention du public sur l'anémie à hématies falciformes, une maladie touchant principalement les jeunes Afro Américains. En 1971, le Party créa la Fondation de Recherche sur l'A.H.F., un programme d'ampleur national qui avait pour but de mener des tests et d'informer la société à propos de cette maladie.
Ces centres ne furent pas non plus épargnés par les attaques : la clinique de Boston essuya des coups de feu à 13 reprises.

A Winston-Salem, en Caroline du Nord, les membres du Party ajoutèrent un programme d'ambulances gratuites à leur programme médical. Un service d'ambulance adéquat était un problème dans les communautés noires à travers le pays. Des hôpitaux refusaient d'envoyer des ambulances dans certains quartiers, ou faisait payer ce service à un prix fort. Les Panthers voulaient transporter les gens dans de bonnes conditions et avec un technicien médical expérimenté. Le Party était capable d'assurer ce service grâce aux subventions du Programme Spécial de la Convention Générale de l'Eglise Episcopale Nationale.

Logement


Selon le Metropolitan Council on Housing, au milieu des années 1960, environ 25% des propriétaires prélevaient un loyer supérieur à celui qui était fixé par la loi. Plusieurs groupes se mobilisèrent à Harlem pendant les années 1960, pour réclamer de meilleures écoles, des emplois mieux payés et des logements salubres. Certains étaient pacifiques alors que d'autres prônaient la violence. Au début des années 1960, le Congress of Racial Equality (CORE) possédait ses bureaux sur la 125e Rue et servait de médiateurs entre la communauté et la ville, surtout en période de troubles sociaux. En janvier 1966, à Chicago, Martin Luther King déclare qu’une « guerre aux taudis » doit être déclarée. En juin 1966, le pasteur avait lancé un grand projet baptisé « ville ouverte » contre la discrimination dans le logement, qui devient très populaire : en juillet, une grande foule manifeste avec lui devant la mairie. Il inclut également dans ce mouvement des revendications scolaires et pour un revenu minimum. 

Pour le BPP, le droit au logement sera au centre de leurs préoccupations, reprenant ou continuant une lutte menée par des dizaines d'organisations depuis plusieurs années, voire décennies. C'est le point 4 de leur programme :

Nous voulons des logements décents, dignes.
Nous pensons que les propriétaires blancs ne donnent pas à notre peuple noir des logements décents, alors les maisons et le pays devraient être transformés en propriété sociale, afin que notre peuple puisse construire pour ses gens et fournir des logements décents avec l'aide du gouvernement.


Ainsi, dans l'édition de juin 1969 le journal du B.P.P. fait un compte rendu des taudis et de leurs propriétaires dans les principales villes du pays. Dès la fin des années 1950 et au début des années 1960, à New York, Harlem fut secouée par le mouvement des grèves des loyers, menées conjointement par l'activiste local Jesse Gray, le «Congrès de l'égalité raciale», la Harlem Youth Opportunities Unlimited et d'autres groupes. Ces groupes voulaient contraindre les propriétaires à améliorer la qualité des logements, en les amenant à prendre des mesures contre les rats et les cafards, à fournir du chauffage pendant l'hiver, et à maintenir les loyers à des niveaux acceptables.

En avril 1968, Martin Luther King est assassiné et la répression contre le Black Panthers Party se déchaîne, alors même qu’est adoptée la dernière loi du dispositif de dé-ségrégation, concernant le logement (Fair housing law). Mais bien évidement, dans la réalité, la ségrégration en matière de logement contre tout ce qui n'est pas WASP se renforce. Ainsi, aux côtés d'autres associations, les Panthers mèneront les mêmes actions : prise de conscience collective pour des grèves de loyers, organisation de locataires, pression sur les propriétaires, actions contre les expulsions, pour le relogement, etc. Et organiseront de nombreux services : plomberie, réparation, service de contrôle contre les nuisibles, extermination des rats et cafards, etc.

Chômage

Le B.P.P. aborda le problème du haut taux de chômage dans la communauté en créant un programme et un réseau d'informations gratuites sur l'emploi. Ils mirent en place un bureau, allèrent chercher des jobs dans la communauté et encouragèrent les patrons à créer des emplois chaque fois que c'était possible. Les Panthers obtinrent des listes de boulots de l'Etat et des agences gouvernementales locales. Ils donnèrent également des conseils pour aider les gens à prendre contacts avec d'éventuels employeurs. Ils pensaient que « tout le monde a le droit à un job, pas uniquement pour garantir sa survie, mais également pour avoir un niveau de vie décent ».

Free Clothing Program

Les Black Panthers organisèrent le programmes gratuit d'habillement en demandant, par exemple, à différentes usines de donner des stock périmés ou bien en organisant des collectes. Les donations pouvaient être considérées comme des contributions charitables. Après l'incarcération de David Hilliard, un programme fut lancé : le « Programme de Chaussures Gratuites David Hilliard ». Le Programme obtint des réductions de prix de la part de grandes surfaces. De temps en temps, le Party recevait également des habits gratuits de certains magasins.
Emory Douglas / Black-Panther

THE END


L'effort consenti depuis 1967 par Hoover, à la tête du FBI, pour littéralement écraser le Black Panthers Party, est victorieux : de la mi 1967 à la mi-1969, 28 panthères avaient été exécuté, une centaine en prison, plusieurs centaines attendaient d'être jugé, alors qu'on ne pouvait pas prouver qu'une seule panthère est blessé ou tué un policier. D'autre part, en 1969, le BPP s'est élargi, et n'a plus d'unité ni de cohésion, il devient un rassemblement de groupes locaux. Newton est en prison, Cleaver en exil, les nouveaux membres sont peu formés. Les infiltrés et les provocateurs s'accumulaient, la police attaquait constamment les infrastructures du parti. C'est pourquoi en janvier 69 le parti fait le ménage. Ce sont plus de 1 000 panthères qui voient leur statut remis en question ; certains leaders quittent le Parti ou critiquent l'alliance avec les blancs et la coupure du reste des mouvements noirs, d'autres dénoncent le « dogmatisme » et les méthodes autoritaires de l'organisation.


En 1971, le Party connaît de graves luttes intestines entre les leaders rescapés, la communauté est divisée, la paranoïa soigneusement entretenue par la police instaure un climat délétère entre les militants. De plus, le Black Panthers Party avait formé, depuis 1967, une armée d'animateurs sociaux, bien organisés, proches des services sociaux des gouvernements locaux, qui signa sinon la fin mais bien le temps des grands leaders charismatiques. La séparation entre l'action politique, l'activité illégale, les services sociaux, l'accès au pouvoir et la recherche d'identité est devenue floue et contradictoire. 

Pour le Black Panthers Party deux voies opposées se profilent alors, l'institutionnalisation du mouvement ou bien son contraire, le chemin d'une lutte armée clandestine. 


La scission s'exprime par l'appel de 21 panthères emprisonnées depuis 1969 qui signent un texte critique « New morning – changing weather » en référence aux weathermen. Ils en appellent à la formation de groupes armés, la nécessité de l'union des groupes ethniques avec les révolutionnaires blancs dans un processus de lutte armée : « Nous du tiers-monde devons nécessairement détruire cette société cybernétique hautement automatisée ou serons détruits par elle – maintenant ». La direction du BPP est critiquée pour son incapacité contre-révolutionnaire à prendre le camp de la lutte armée. Deux leaders historiques vont s'affronter : Newton et Cleaver. 

Parmi leurs différences idéologiques, notons celle concernant le « lumpenproletariat » considéré par les deux comme classe la plus exploitée devant avoir ainsi un rôle d'avant-garde dans la révolution : cette classe forme la base du BPP. Pour Cleaver il y avait des divergences d'intérêts entre le « lumpenproletariat » et la classe ouvrière, intérêts non antagonistes, mais empêchant pour l'instant une lutte commune. Il s'intéressait depuis longtemps à la culture de la jeunesse blanche et voyait en elle un partenaire possible. Pour Newton au contraire il y a identité commune des intérêts du « lumpenproletariat » et de la classe ouvrière, il faut former un parti « prolétarien conséquent » et orienté sur la lutte de classe.  De même, la guérilla urbaine est une question centrale. Certains s'y acheminaient, avec des textes proches du petit manuel du guérillero urbain de Carlos Marighella. Cleaver considérait qu'il fallait passer dans la clandestinité, parce que la répression est trop forte et qu'il y avait une base noire sympathisante large. Il voulait organiser un front révolutionnaire nord-américain unissant les révolutionnaires de toutes les ethnies, organiser un front politico-militaire. Newton défendait au contraire le légalisme, c'est-à-dire une organisation légale de masse agissant au sein des community-programm, apportant toute l'aide sociale pour les besoins urgents des ghettos, et devant s'y ancrer le plus profondément afin de relier l'aide matérielle au travail politique.

Dès lors, le BPP entame une guerre fraticide entre ceux qui étaient en faveur d'une voie révolutionnaire et ceux prônant la voie légale, réformiste et pacifique. La tendance de Cleaver disparût assez vite. Newton,  qui dirige le BPP moribond, organisa une série de purges pour chasser les infiltrés et ceux qui étaient en désaccord, dont Bobby Seale, et Pratt exclu pour ses critiques et sa « tentative » d'éliminer physiquement Newton. Cleaver (alors en Algérie), critique la ligne Newton et les exclusions ; Newton prend alors des mesures disciplinaires contre Cleaver. Le 8 mars 1971, Robert Webb, pro-Cleaver est tué après une altercation avec des vendeurs de The Black Panther. Le bureau BPP de New York, de fait quartier général de la tendance de Cleaver, accuse Newton. Le 17 avril, un partisan de Newton, Samuel Napir, est retrouvé tué.  De même, d'une manière générale la base attaque la direction de newton comme « bureaucratique » et « autoritaire », proteste contre le centralisme non démocratique. Évidemment le FBI s'occupe activement à dresser les uns contre les autres. 

La rupture est consommée. Le parti implose, mais moribond il tente de survivre, et entre 81 et 83 tout disparaît.

Black Liberation Army

La Black Liberation Army (BLA) était issue de l’expérience de la répression massive contre le BPP. Des structures clandestines s’étaient formées pour protéger ceux qui passaient dans la clandestinité. Il n’y avait pas de structure centralisée, mais de petites cellules autonomes, nombreuses dans certaines villes. En 1973 la plupart des cellules avaient été anéanties, la plupart des combattants tués ou arrêtés. A la mi-70 on consolida les restes de la BLA par le BLA-Coordinating-Committee. Une minorité forma sa propre organisation en 78, la Revolutionary Armed Task Force avec le soutien d’ancien Weathermen. Le 20 octobre 1981 des militants de la Black Liberation Army et des radicaux blancs du Weather Underground attaquent un fourgon de transport de fonds de la Brinks. Le braquage et la fusillade qui s’ensuit se soldent par la mort de deux policiers et d’un convoyeur. Ce braquage déclenche une seconde vague de répression contre les militants des mouvements d’émancipation noirs américains, les militants indépendantistes portoricains et les militants radicaux blancs. Jusqu’en 1985, plusieurs dizaines de militants, clandestins ou non, sont arrêtés et certains comme Sekou Odinga (BLA) ou Marylin Buck (SDS-BLA) sont jugés en vertu de la loi RICO (Racketeer Influenced Corrupt Organizations)  votée par le Congrès en 1970 pour lutter contre le crime organisé.


Un parti politique

Le parti n'existe quasiment plus en 73, mais Newton s'efforce de continuer les Community programm, et afin d'élargir le cercle, de reconnaître le mouvement homosexuel et le mouvement féministe comme partenaire politique possible. Il nomma Élaine Brown à la tête du parti lorsqu'il passa dans la clandestinité. Le capitalisme n'était plus fondamentalement critiqué, la ligne idéologique se basait sur la non-violence, le parlementarisme, le travail social. ; le capitalisme noir devait dans une période de transition aider à élargir l'antagonisme entre la Community opprimée et la domination monopoliste, comme l'affirme Newton : « ce que nous devons ainsi faire : renforcer les qualités positives du capitalisme noir jusqu'à ce que les négatives soient dépassées et ainsi bouleversent la situation ». 

En 1973, le co-fondateur Seale, fervent partisan de la voie purement politique, décide de conquérir démocratiquement la ville d'Oakland en se présentant aux élections municipales : un pari possible puisque la population se compose de 40 % de Noirs et de 12 % de Chicanos. Au cours de sa campagne, le candidat Seale déclare : "Nous pouvons faire d'Oakland la première base révolutionnaire du pays et, en prenant le pouvoir dans cette ville, nous rendrons le pouvoir au peuple." Mais, le Black Panthers Party se réclame toujours de l'anti-capitalisme et malgré la modération des propos du candidat Seale, afin de séduire la masse des modérés - black or white- ce sera une défaite : 19,26 % seulement de votes en leur faveur. Comme nous l'avons évoqué, les masses populaires rejetaient toute idée de marxisme, de communisme et d'anti-capitalisme. Par contre, l'afro-américain Tom Bradley, anti-Panther, sera élu maire et réélu quatre fois à Los Angeles (1973-1993), avec un programme plus soucieux des grands trusts et de la middle class que des classes populaires, de même pour Maynard Jackson élu à Atlanta en 1974.


Black Panther & Hippie

Par la suite, la plupart des services sociaux seront institutionnalisés et nombre d'anciens membres du Black Panthers Party continueront pacifiquement leur action au sein d'organisations liées aux municipalités. Cette forme d’intégration des leaders communautaires, voire politiques, de la communauté noire fut mise en place, dès les années 1980, par les maires démocrates qui ont favorisé la promotion des élites noires dans les institutions municipales. Ils s’inscrivaient en cela dans la lignée des politiques d’affirmative action (discrimination positive) mais recherchaient également la paix sociale dans les quartiers peuplés par la minorité noire. Une intégration qui n’a jamais débouché sur de véritables postes de pouvoir pour les membres de la minorité noire ni surtout sur l’affirmation d’un pouvoir politique au sein du conseil municipal ; et qui comporte comme limite qu’elle reste circonscrite aux enjeux de gestion d’un territoire restreint : la seule gestion des quartiers pauvres déléguée pour partie aux associations, ce qui permet d’y assurer la paix sociale. Ce « partage du pouvoir» renvoie plus généralement au caractère marginal des politiques mises en oeuvre dans les quartiers populaires qui restent déconnectées des politiques urbaines et ne débouchent pas sur un projet de justice sociale.

Emory Douglas / Black-Panther


ARTICLES Associés



NOTES

[1] Né d'une famille noire pauvre de Cleveland, Carl Stokes a pu cependant obtenir, après un passage à l'armée, un diplôme de Droit lui permettant de passer l'examen du barreau en 1957, puis d'être nommé procureur adjoint de Cleveland, puis d'être élu à la Chambre des Représentants de l'Ohio en 1962.  En 1966, Cleveland connut de graves émeutes urbaines entraînant des affrontements avec la garde nationale. Devenu une personnalité de la bourgeoisie locale, il appuya une mesure habilitant le gouverneur à envoyer des troupes militaires en renfort. En 1967, Stokes, candidat à la municipalité, mène une campagne pour gagner le vote blanc par des propositions modérées. Soutenu financièrement par un des plus grands industriels de la région et les Noirs pauvres de la ville, il est finalement élu. Son élection est devenu un symbole non seulement pour Cleveland, mais pour les Etats-Unis. Il s'employa à maîtriser le racisme des policiers -et autres- blancs par une politique de tolérance zéro concernant les violences et les agressions faites aux communautés de couleur ; mais n'apporta aucune solution quant à leur survie économique. Pour beaucoup d'électeurs blancs, l'élection de Stokes devait calmer les ardeurs des populations pauvres de la communauté noire : il n'en fut rien, des émeutes ont lieu à Glennville dès juillet 1968.

[2] Les organisations

Southern Christian Leadership Conference (SCLC)
« Conférence des dirigeants des chrétiens du Sud ». Organisation politique dont Luther King est le président, crée par les élites noires du Sud, en 1957, suite au succès de la campagne de boycott des bus à Montgomery (Alabama). Ce parti se bat pour les droits civiques par la non-violence.

Student Nonviolent Coordinating Comittee (SNCC)
« Comité de coordination des étudiants non-violents ». Créé en avril 1960 à Atlanta (Georgie) par des étudiantes et étudiants favorables à la politique des sit-in. Ce parti apparaît comme le principal défenseur des droits civiques. Fin 1968, il abandonne ses principes non-violents et change la signification de son « N » pour défendre le nationalisme noir et devient le Student National Coordinating Committee.

Black Power
« Pouvoir noir », expression empruntée à l’ouvrage de Richard Wright, Black Power écrit en 1945. Mouvement lancé par Stokely Carmichaël (à la tête du SNCC en 1967). Le Black Power est un mouvement radical, qui vise à abattre le pouvoir des Blancs pour affirmer le pouvoir des Noirs.

Black Panther Party
Fondé en octobre 1966 à Oakland (Californie) par Huey Newton et Bobby Seale, sous le nom de Black Panther Party for Self-Defense. Il adopte une orientation révolutionnaire et se réclame du marxisme.

Nation of islam
Organisation politique fondée par Wallace Fard en 1931. Elle prône le séparatisme, met l’accent sur l’« africanisme » des Noirs américains et l’islam comme unificateur des Noirs. Sous l’influence de Malcom X, le parti rassemble près de 40 000 « Black Muslims » (musulmans noirs) en 1964.

United Slaves
Ron Karenga et son organisation United Slaves, revendique également le séparatisme et un racisme latent envers les blancs mais sans s'appuyer sur la religion.



EXTRAITS



ETOILE ROUGE
Historique du Black Panther Party
http://www.wmaker.net/arobaseeditions


SOURCES

Sundiata Acoli
Une brève histoire du Black Panther Party et de sa place dans le Mouvement de libération Noir
Ashanti Alston
Les États-Unis n’ont jamais été une démocratie

Bobby Seale
A l’affût : Histoire du parti des Panthères noires et de Huey Newton - 1972

Secours Rouge [site internet]
Dossier Black Panthers

Article11 [site internet]
"Serve the people" : la face cachée des Black Panthers

Tom Van Eersel
Panthères noires
éditions l’Echappée - 2006

A Contresens [site internet]
Le combat noir américain depuis 1960

Mario Van Peebles, Ula Y. Taylor, J. Tarika Lewis
Panther - 1995

Marie-Agnès Combesque
L’affaire Abu-Jamal, Comment le FBI a liquidé les Panthères noires

Emory Douglas
Illustrations Black Panthers Party


A Lire, à Voir


James Baldwin (1924-1987)

Son oeuvre est marquée par son expérience individuelle de la misère de Harlem et le thème de la discrimination est récurrent dans Harlem Quartet. Dans Notes of a Native Son, publié en 1955, il évoque les émeutes d'août 1943 .


Agnès Varda

Black Panthers
Type : documentaire-politique, Court-métrage franco-américain d'Agnès Varda, 1968, 28 minutes.
En 1968, Agnès Varda est installée, en compagnie de Jacques Demy, en Californie. Cette année-là, elle décide de planter sa caméra à Oakland, près de San Francisco, au beau milieu d'une manifestation de militants du Black Panther Party exigeant la libération d'un de leurs leaders, Huey Newton.


Jean-Luc Godard
1 + 1
Film à propos de l'enregistrement de Sympathy for devil des Rolling Stones à Londres, mais avec d'étranges scènes de Black Panthers londoniennes. 

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