LIMA : la défaite du PCP-SL




Suite de la seconde partie de ce dossier consacré à la guérilla révolutionnaire du Partido Comunista del Peru en el Sendero Luminoso, à Lima.


Dans une interview accordée en 1991 au quotidien péruvien El Diario – organe du PCP-SL - Abimael Guzmán évoque le rôle des villes et de la capitale dans la guerre révolutionnaire :

« Quel problème nous pose la ville ? Nous avons développé un travail dans les villes et à la campagne; oui, depuis plusieurs années, nous l'avons fait. Il y a eu un tournant et un changement avec la guerre populaire, c'est sûr. Maintenant, notre situation nous amène à voir comment préparer la ville ou les villes pour généraliser la guerre populaire. Tout cela est lié au développement du travail de masses, mais pour et dans la guerre populaire, ce que nous avons fait et continuons à faire; le fait est que nous avons commencé à le développer davantage. Nous pensons que notre action dans les villes est indispensable et qu'elle doit être impulsée chaque fois plus loin, parce que dans les villes se trouve concentré le prolétariat et parce que nous ne devons le laisser aux mains ni du révisionnisme ni de l'opportunisme.


Dans les villes, existent les quartiers populaires, les immenses masses populaires. Depuis 1976, nous avons une ligne directrice pour le travail dans les villes. Prendre les quartiers populaires et les bidonvilles comme base et le prolétariat comme dirigeant, c'est notre ligne directrice et nous continuerons à la mettre en pratique, aujourd'hui, dans des conditions de guerre populaire. On voit clairement vers quelles masses nous nous dirigeons. De ce qui a été dit auparavant, découle nettement que les immenses masses des quartiers populaires et des bidonvilles sont comme des ceintures de fer qui vont encercler l'ennemi et qui retiennent les forces réactionnaires.

Nous devons gagner de plus en plus la classe ouvrière jusqu'à ce que celle-ci et le peuple nous reconnaissent. Nous comprenons bien qu'il faut du temps et des faits répétés pour que la classe voit, comprenne, et soit sûre de son avant-garde, et que le peuple réalise qu'il a un centre qui le dirige. Ils en ont le droit. Combien de fois les masses, le prolétariat, les habitants des quartiers populaires, la petite bourgeoisie, les intellectuels, ont-ils été abusés ! Tant d'espoirs frustrés ! Il faut savoir qu'ils ont tout à fait le droit d'exiger; nous avons l'obligation de travailler, de leur montrer et de leur démontrer que nous sommes leur avant-garde afin qu'ils la reconnaissent.

Nous faisons la différence entre être avant-garde et être avant-garde reconnue. La classe a ce droit et personne ne peut le lui refuser, le peuple a ce droit et personne ne peut le lui refuser; nous pensons ainsi. Nous ne croyons pas que du jour au lendemain, le prolétariat et le peuple vont nous reconnaître comme leur avant-garde et leur centre unique; en effet nous devons l'être pour pouvoir accomplir la révolution comme il se doit. Par conséquent, nous devons travailler avec opiniâtreté et imprimer au travail de masses des formes différentes, des formes variées, pour que les masses apprennent la valeur de l'arme, l'importance du fusil. Le Président Mao nous dit que la paysannerie doit apprendre l'importance du fusil, c'est une réalité; nous travaillons donc de cette façon, nous instaurons de nouvelles formes et nous développons le travail de masses, dans et pour la guerre populaire. Tout cela a un rapport avec cette autre circonstance, avec cette autre situation, avec le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, puisque le Centre de Résistance est l'essentiel du MRDP, nous le disons clairement ; la guerre populaire a besoin d'emprunter d'autres formes organiques, d'autres formes de lutte, qui ne peuvent être en aucune manière les formes usuelles. Elles sont différentes, c'est un fait concret. Nous développons par conséquent le Parti, l'Armée Populaire de Guérilla et le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, ainsi que d'autres organismes créés pour les divers fronts de travail.

Nous avons besoin de stimuler la combativité, nous avons besoin que s'exprime la potentialité de la masse, la potentialité de la classe. Voyons une question: il y a aujourd'hui de fortes hausses de prix, alors pourquoi n'y a-t-il pas de contestation populaire ? Qui immobilise les masses ? Lénine nous disait que la marche fait trembler la réaction, que quand la classe marche dans les rues, la réaction tremble ; c'est cela que nous cherchons à appliquer, c'est ce que nous enseigne le marxisme-léninisme-maoïsme.

La classe naît et se développe en combattant; le peuple aussi. Ce dont nous avons besoin c'est de faire la synthèse des expériences propres à la masse, au peuple, d'établir ses formes organiques, ses formes de lutte, pour qu'ils se saisissent de formes de lutte de plus en plus développées qui s'accroissent à la ville. C'est ainsi qu'elles se forment.

Que pensons-nous ? La chose est claire. Le centre est la campagne mais pour l'insurrection, le centre se déplace et devient la ville. Pour cela, on procède de la même manière qu'au commencement, où les combattants et les communistes se déplaçaient des villes vers la campagne; maintenant ils se déplacent de la campagne vers la ville. Nous déplaçons ainsi nos forces et nous préparons l'insurrection. Nous devons étudier les conditions qui permettent la convergence de l'action de l'Armée Populaire de Guérilla avec l'insurrection dans une ou plusieurs villes. C'est ce dont nous avons besoin.

L'insurrection vise à s'emparer des villes pour faire culminer la guerre populaire dans tout le pays; mais elle doit chercher aussi à préserver les moyens de production que la réaction tentera de détruire; à protéger les révolutionnaires prisonniers de guerre, ou les révolutionnaires connus, que la réaction voudra anéantir, et d'autre par capturer les ennemis pour les mettre en lieu sûr. C'est ce qu'on nous a enseigné et c'est cela une insurrection. Lénine nous a enseigné comment organiser une insurrection et le Président Mao nous enseigne comment se présente une insurrection dans la guerre populaire. C 'est ainsi que nous la voyons et la préparons. C'est la voie que nous devons suivre et que, d'ailleurs, nous sommes en train de suivre.

Une chose doit être bien claire : l'insurrection n'est pas une simple explosion spontanée. Non, ce serait dangereux. Mais cela peut arriver, et c'est pour cette raison que nous devons nous soucier dès aujourd'hui de l'insurrection, et nous le faisons. Nous pensons que certains chercheront à utiliser la guerre populaire à leur profit. Dans une réunion du Comité Central, il y a un bon moment de cela, nous avons déjà analysé certaines possibilités. Et l'une d'elles est que le révisionnisme, ou d'autres, provoquent des «insurrections» soit pour gagner des positions et servir leur maître social-impérialiste ou tout autre puissance qui les commande, car plusieurs centres de la réaction mondiale chercheront à nous utiliser. »

L'appartement d'Abimael Guzmán à Lima

ORGANISATION de L'APPAREIL du PCP-SL

L'organisation de l'appareil du PCP-SL est d'une extrême complexité, car composée de dizaines de cellules clandestines et d'organisations de « façade » [organizaciones de “fachada”], ainsi que d'autres organisations, associations, collectifs, sympathisants ou contraints, placés sous son influence ou son autorité. Tenter de démêler avec précision les fils de cette multitude de réseaux – qui se croisent le plus souvent - est de cette complexité qui dépasse les limites de cet article. D'autre part, il s'avère bien difficile de pouvoir appréhender cette nébuleuse organisationnelle car les témoignages et les études concernant les activités pacifiques de ces organismes ont été largement occulté par l'organisation de la lutte armée, de la violence en général.



Dans l'historiographie officielle du parti, en 1973, sont créés le Centro de Trabajadores Intelectuales Mariateguistas (CTIM), Comité Femenino Popular (CFP) [renommé Movimiento Femenino Popular (MFP)] , et le Centro de Auto educación Obrera (CAO) ; ce dernier assume la responsabilité de la diffusion, à Lima, des principes du syndicalisme de classe auprès des travailleurs des différentes branches de l'industrie, et par extension auprès des mineurs de La Oroya. D'autres organes se créant au fil du temps, vont renforcer la coopération et relier les luttes du monde syndical, rural, étudiantes, féministes, etc., dont notamment les :
Movimientos Clasistas Barriales,
Movimiento Juvenil et Movimiento Intelectual Popular,
Sección de Obreros,
Barrios y Trabajadores (OBT),
Movimiento Femenino Popular (MFP),
Movimiento Juvenil del Peru (MJP),
Movimiento de Artistas Populares (MAP),
Movimiento Estudiantil Clasista (MEC / Univer-superior, etc.),
Movimiento Clasista Magisterial (MCM),
Movimiento Intelectual del Peru (MIP),
Movimiento Popular Peru (MPP),
Grupo de Apoyo Partidario (GAP), et le Grupo de Trabajo Especial (GTE).
De même, le PCP-SL tentera de s'implanter dans les comités de quartier [asambleas de los barrios] déjà constitués pour tenter de radicaliser les positions et les revendications des habitants ; ou bien en favorisant leur création. Des «organismos generados» destinés à intégrer la société civile afin de "conquérir" les différentes couches, les masses populaires, dans le cadre général de la stratégie du «Gran Plan de Conquistar Bases». Le développement et la multiplication des Comités Populaires (ouverts ou clandestins) sont l’expression de l'État démocratique et populaire, prenant appui sur le principe marxiste de guerre populaire : " les masses font l’histoire, (...) aucun fait historique, aucun mouvement transformateur, aucune révolution ne peut se faire sans la participation des masses ". Ces organismes doivent ainsi capter [captación de pobladores] et éduquer les masses. Il existe, à notre connaissance, peu de témoignages ou de récits présentant les activités quotidiennes de ces organismes de "façade" (outre ceux connus des syndicats ouvriers et étudiants), et leurs méthodes pour tenter d'approcher et de convaincre la population.

A Lima, où réside Guzmán pendant toute la durée de la guerre, les organismes importants pour l'organisation de la guérilla urbaine sont : en haut de la pyramide, le Comité Metropolitano et le Socorro Popular, les organisations de façade, Movimiento Revolucionario de Defensa del Pueblo (MRDP), Movimiento de Obreros y Trabajadores Clasistas (MOTC), le syndicat ouvrier Comité de Lucha de Obreros y Trabajadores Clasistas de la Carretera Central (CLOTCCC). D'autres organes sont également créés pour la gestion financière, pour la collecte de l'impôt révolutionnaire, pour l'intendance et la logistique, pour les missions de renseignement, etc.

Des organes qui parfois, s'opposent ou sont en rivalité mais qui se doivent de travailler ensemble pour mener des actions collectives ou synchronisées, dont notamment les « grèves armées ».


Le Comité Metropolitano

En 1974, se déroule le 4e plénum du Comité central du PCP-SL, dont un des sujets sera de penser le développement de la guerre populaire dans la capitale, et se profile alors une approche catégorielle en fonction des caractéristiques du monde ouvrier et syndical mais également des quartiers pauvres. Lors de cette réunion, il sera décidé de la création du Comité métropolitain [Comité Metropolitano] (connu sous le nom «Metro») à Lima, dont l'objectif est d'être le centre de commandement de Lima ; une structure organisationnelle pyramidale divisant la capitale et son agglomération en grands secteurs, se subdivisant en quartiers puis se ramifiant en cellules ou commandos armés.
En 1976, est créé le Movimiento de Obreros y Trabajadores Clasistas (MOTC), qui organise les premières distributions de tracts à la sortie des usines ; ainsi que la première action révolutionnaire à Lima, le 13 juin 1980, en incendiant la mairie de San Martin. Le SL organise la formation du Frente Revolucionario Democrático Popular, qui réunit les différents organismes de lutte, l'axe de résistance et central du Mouvement populaire démocratique révolutionnaire (MRDP) [Movimiento Revolucionario Democrático Popular], qui sera créé à cet effet. avant ou peu après 1980, est créé également le Socorro Popular, devant initialement prendre en charge la santé des guérilleros blessés et le servie de soutien juridique aux militants emprisonnés [sur le modèle du Secours Rouge].

Cette organisation se dote par la suite évolue dans le temps en fonction de la situation militaire, des arrestations, etc. ; et de la prise de pouvoir par Abimael Guzmán, devenu fin 1983, le Presidente Gonzalo : du Comité Central, de la Comisión Nacional Militar, de la Comisión Organizadora de la República Nueva Democracia. À l'un des sommets, le Bureau politique et le Comité permanent [Buró Político / Comité Permanente] ; la Direction centrale était responsable de l'élaboration des directives du parti et des Plans de campagne militaire.

LIMA : UNE ARMEE SANS ARMES : 1980 - 1984

La « guerre populaire prolongée » initiée par le PCP-SL débute le 17 mai 1980. Le théâtre principal de la guerre se situe dans la province d'Ayacucho, dans les Andes, qui va par la suite se développer à toutes les régions de la Cordillère des Andes et une partie de l'Amazonie. Les efforts en hommes et matériels se concentrent dans ces zones rurales. À Lima, le 13 Juin 1980, un groupe d'environ 60 jeunes appartenant à la MOTC (Movimiento de Obreros y Trabajadores Clasistas) lance leurs premiers cocktails Molotov et incendient la mairie d'un quartier, San Martin de Porres. On suppose que le PCP-SL a initié ses activités armées dans la ville sous le nom de MOTC, pour donner l'apparence d'un vaste mouvement populaire. Le 15 juin 1980, la tombe du dictateur Juan Velasco Alvarado est dynamitée. Le 14 décembre 1980, plusieurs attaques simultanées à la dynamite sont organisées contre trois ambassades et quatre agences bancaires causant des dommages matériels. Le 26 décembre, plusieurs dépouilles de chiens sont accrochés aux lampadaires dans le centre de Lima, portant l'inscription : « Deng Hsiao-ping, fils de chien »

Lima, 26 décembre 1980

Sa plus grande activité à Lima, dans un premier temps, se concentre au sein des universités, hauts lieux du recrutement de nouveaux militants. Pour financer la révolution les senderistas multiplient les hold-up. Les explosifs sont fabriqués par les étudiants en chimie ou proviennent du vol des dépôts des mines de province. Les sabotages visant le réseau électrique - dynamitage des pylônes tension - destinés à couper l'alimentation des quartiers de la ville, font la une des quotidiens et deviennent de fait récurrentes : pylônes démolis en 1980, neuf en 1981, 21 en 1982, 65 en 1983, 40 en 1984 et 107 en 1985. Par la suite les forces armées mineront les abords des pylônes. En septembre 1981, Lima connaît son premier Black-out total. 

Tour de communication dynamitée 


En décembre 1980, le ministère de l'Intérieur enregistre 200 attentas attribués au PCP-SL, sur tout le territoire. À Lima, le PCP-SL dispose, selon un rapport de ses archives, d'une armée sans armes. L'effort de guerre est consacré à la guérilla rurale, et des militants de la capitale rejoignent les zones de combat dans les Andes.

Puis, à partir de 1981, les opérations se succèdent : attaques à l'explosif contre les institutions (ministères, bureaux gouvernementaux, postes de police, etc.). La première attaque d'envergure, à Lima, survient le 4 mai 1981 : une série d'explosions coordonnées prennent pour cible le siège d'institutions, de postes de police, de locaux de parti politique. Dans la soirée du 18 mai 1982, un groupe de senderistas illumina l'une des collines de Lima d'un “feu de joie” représentant la faucille et le marteau. 15 juin, une charge de dynamite explose la porte de la maison de Louis Roy Freire, l'un des auteurs du décret législatif 046, concernant la "loi anti-terrorisme." En août, quatre senderistas investissent les studios de la radio et diffusent un message appelant le “Peuple à la lutte”. Le même mois, l'Ambassade des États-Unis et la résidence de son ambassadeur connaissent leur première charge de dynamite.

Lima : caja de resonancia del Partido

En octobre 1981, la direction du PCP-SL adopte le deuxième Plan Militaire, dont un des objectifs est de collecter des armes. e comité métropolitain de Lima a pour mission de renforcer la position du PCP-SL dans les universités, de développer le recrutement, d'élargir son rayon d'action, notamment dans les bidonvilles, en infiltrant, dans un premier temps les comités de quartier et les associations populaires.

En 1982, la situation économique se dégrade et les quatre syndicats historiques appellent à des manifestations ; les travailleurs de l'industrie pétrolière déclarent une grève illimitée, de même que les ouvriers de l'industrie textile.

En 1982, la guérilla menée par le PCP-SL n'occupe pas encore une place importante dans le paysage politique et médiatique du Pérou ; les actions en zone rurale pourtant nombreuses n'obtiennent guère d'écho dans la presse nationale et internationale ou sont inévitablement déformées par la propagande du gouvernement. À l'inverse, les actions urbaines menées à Lima ont une répercussion et un impact national et international considérable. Dès lors, le Comité Metropolitano pour de faire de la capitale une "caisse de résonance du Parti" [caja de resonancia del Partido], en tenant compte du fait que toute action à Lima, même minime, a un impact national et international.

De même jusqu'en 1982, à Lima, les cibles des attentats du PCP-SL étaient symboliques plutôt que militaires, et l'activité subversive était peu conséquente, en tout cas par rapport à celle de la guérilla des zones rurales. Le PCP-SL est considéré comme un mouvement d'expression régionale, établi et actif dans la lointaine province d'Ayacucho et sans ramifications majeures au niveau national. Mais l'attaque d'envergure du 29 Mars 1982 modifiera cette vision ; qui débute par le dynamitage de pylônes à haute tension privant, pour la première fois Lima de courant pendant plus de deux heures, qui est suivi d'une série d'attentats synchronisés.

En juillet 1982, le PCP-SL adopte sont 3e Plan Militaire placé sous le signe de : " Battre l'ennemi, battre les forces vives et saper l'ordre réactionnaire." Dans cette troisième étape, les villes de Province occupent une place importante qui font l'objet d'attaques et de raids contre les postes de police et les casernes de l'armée. Le 2 août 1982, le dynamitage de cinq pylônes de haute tension prélude les attentats contre les ministères de l'Économie, de l'Industrie, le Palais de justice, la Chancellerie. Le 20 août 1982 le gouvernement décide d'imposer l'état d'urgence à Lima et Callao.

En décembre, le PCP-SL, célèbre l'anniversaire d'Abimael Guzmán avec des attaques simultanées à Lima et Ayacucho ; alors que Lima était privée d'électricité, des senderistas illuminent la colline [cerro] San Cristobal d'un “feu de joie” représentant une faucille et un marteau. En province, l'armée procède aux premiers déplacements massifs de population et notamment des habitants ayacuchanos ; l'exode vers Lima débute.

Les problèmes au sein du Comité métropolitain

Pour les dirigeants du PCP-SL, Lima constituait un problème à résoudre, car malgré un début prometteur, jusqu'en 1985, le nombre d'actions menées par le Comité métropolitain était très inférieur par rapport aux autres régions en guerre. En 1980 il y avait eu deux attentats ciblés faisant une victime ; en 1981, deux attaques sélectives, aucune victime ; en 1982, 46 attaques faisant 57 victimes ; en 1983, 33 attaques et 37 décès ; en 1984, le total était de 25 attaques et 29 victimes ; en 1985, 38 attaques faisant 37 victimes.

Dès 1982, un vent de soupçons souffla sur les responsables du Comité métropolitain, et Guzmán considérait avec suspicion leur engagement selon lui, insuffisant dans la lutte armée. D'autre part, de graves erreurs seront commises révélant le peu de préparation et l'amateurisme des commandos. Les aspects opérationnels à Lima, en plus de l'organisation, posaient d'énormes difficultés pour les responsables du Comité métropolitain. En 1981, lors de la troisième session plénière du Comité Central, les représentants de la «Metro» exprimèrent leurs problèmes à l'égard de la formation de groupes de travail (la «force principale» dans le cas des villes). Les erreurs se multipliaient, ainsi, par exemple, les connexions entre les militants assignés à des zones distinctes, qui facilita grandement la tâche de la police pour la capture de plusieurs réseaux ; ou bien, autre exemple caractéristique, l'attaque contre un poste de police, le 5 Juillet 1982 ; malgré l'élément de surprise, le manque de préparation des guérilleros fait que l'attaque échoue, et plus grave, deux assaillants blessés ont été abandonnés sur place. Qui permettent à la police de capturer dans un court laps de temps, 38 guérilleros. Après cet incident, les commandos urbains de Lima seront pour un temps inopérants.

En fait, la situation à Lima démontrait que la conception de la guérilla urbaine ne reposait pas sur les mêmes principes que celle des zones rurales : dans la ville des années 1980-90, la militarisation des partisans et leur rôle n'avaient ni la clarté ni la même nature politique qu'auprès des populations rurales. Conscient de cela, le Comité décida de privilégier les actions de recrutement - appelé “l'incorporation des masses” - d'implantation et de propagande, de limiter les attentats militaires, en attendant la constitution d'un corps armé efficace. C'est à cette époque que le PCP-SL concentra son attention et ses efforts sur les barriadas de Lima. Ainsi, le Comité Metropolitano commença à développer son rayon d'action et conjointement le recrutement, dans un effort et un travail purement politique d'extension de son réseau dans les bidonvilles de Lima, les universités et les quartiers ouvriers.

Salle de cours d'une université à Lima
En mars de l'année 1983, les centrales syndicales, pour protester contre les réformes du gouvernement, décident d'une grève générale nationale qui paralyse le pays ; en juin les enseignants décident d'une grève nationale ; à nouveau, une grève nationale des syndicats en septembre.

En mai, des senderistas dynamitent 10 pylônes de haute tension et lancent une série d'attentats contre des banques, des sièges d'entreprises privées internationales, d'un poste de l'armée, tandis qu'un « feu de joie » illumine d'une faucille et d'un marteau le cerro San Cristobal.

Les premiers mois de 1984 sont marqués par les manifestations étudiantes et la répression policière qui culmine en février. En avril, les grèves se succèdent dont celles des professions médicales, des camionneurs et des employés de la Municipalité de Lima. Le 22 janvier, un commando du MRTA [Comando Armado del Movimiento Revolucionario Túpac Amaru] signe son premier attentat contre le poste de police de Villa El Salvador.

En 1984, le Comité métropolitain du PCP-SL se réorganise et subdivise la capitale en trois zones : Est, Ouest et Centre. Il organise des attentats contre des personnalités politique et militaires ; le 25 Mars, le peloton Luis de la Puente Uceda attaque la résidence du ministre de l'Économie, Carlos Rodriguez Pastor. Pour l'anniversaire de la révolution, le 16 juin, une série d'attentats à la dynamite est organisée à Lima.

Source Wikipedia
LIMA : COMPLÉMENT NÉCESSAIRE À LA GUERRE : 
1985 – 1988

Alan García Pérez est élu président de la République en 1985. Pour le PCP-SL, c'est une période clé, de transition, qui marque une nouvelle étape pour Lima dont le rôle est maintenant d'être une zone de « complément nécessaire » de la guérilla rurale. Cette promotion change radicalement la tactique, le type des attaques et des sabotages, leur nature, leur fréquence. A ce stade, outre les actions de propagande, le PCP-SL combat pour son hégémonie dans la société civile de la capitale et n'hésite plus à procéder à l'intimidation ou l'élimination ciblée de dirigeants politiques, de syndicalistes, de responsables d'ONG et d'associations d'entraide, de chefs de quartier. Autres faits marquants de cette période : l'apparition du MRTA en 1984 qui s'engage activement à Lima, le meurtre de prisonniers politiques en 1986, et la même année, l'organisation plus ou moins spontanée, des premières Rondas urbanas : des milices urbaines anti-subversives qui n'auront pas le même impact et l'efficacité que les comités de autodefensa campesinos des zones rurales ; et cette activité reste toutefois extrêmement risquée pour ceux qui tentent de l'organiser.

Les attentats se poursuivent dans Lima et leur fréquence augmente avec les actions armées du MRTA. La venue du pape en 1985 est l’occasion d’une longue panne électrique dans plusieurs secteurs de Lima ; de même en juin de la même année pour la visite du président argentin Raul Alfonsin, panne suivie d’un attentat à la voiture piégée sous les fenêtres du Palais du Gouvernement. Des militants du MRTA réussissent à diffuser un message télévisé, appelant à la lutte armée, à annuler la dette du pays, exige l’augmentation des salaires et une amnistie générale.

MRTA, message télévisé

1986 sera l'année de ce qui est considéré comme le plus grand massacre dans l'histoire de ce conflit : l'assassinat après une émeute de 124 prisonniers politiques dans la prison de Lurigancho, de 150 prisonniers dans le Fronton à Callao, et de 3 détenus à Santa Barbara. Un massacre dont une des conséquences est la recrudescence des attentats. Après le pic atteint en 1986, les actions du PCP-SL diminuent continuellement jusqu'en 1988, ainsi nous pouvons dire que ce fut la période de déclin du Sentier Lumineux à Lima. Un déclin qui révèle le danger de la guérilla urbaine et la fragilité des systèmes de sécurité des réseaux clandestins qui culmine avec la capture de Morote Barrionuevo, leader du PCP-SL (le 11 Juin 1988) à Lima. Une période qui prit fin entre Novembre et Décembre 1988, par une série d'attaques commémorant l'anniversaire de Mao et de Guzmán qui ouvre une nouvelle étape.

En 1988, le Comité Metropolitano sera composé de cinq comités de zone (Est, Ouest, Centre, Nord et Sud). Le Socorro Popular (Sopo dans des documents PCP-SL), une structure très complexe, est venue à supplanter depuis 1986 le Comité Metropolitano, à prendre une importance inhabituelle dans l'activité à Lima, tout en respectant ses fonctions initiales dans les domaines médical [soins aux blessés et malades], juridique [Association des juristes démocrates et Comité des familles des prisonniers politiques] et, éventuellement de propagande. En cinq ans, sous la direction de Yovanka Pardavé, cette organisation est devenue un appareil central « clé » du PCP-SL à Lima ; et une grande partie du succès du PCP-SL à Lima entre 1986 et 1988, était due au Socorro Popular. L'importance du SOPO commence à se faire sentir à partir de 1985 qui devient une organisation partisane : la direction est militarisée et sont créés leurs propres détachements armés. Un organisme, subordonné à la direction centrale, mais qui ne respecte absolument pas l'organigramme général du Parti, qui reflète la méfiance de Guzmán envers les cadres dirigeants du Comité Metropolitano, et l'importance grandissante de la capitale en tant que zone de guérilla urbaine.

Lima dans “l'équilibre stratégique” : 1989 - 1992

En 1989, le gouvernement ordonne aux forces armées de prendre en charge la sécurité, en parallèle des forces de la police, de Lima et Callao, placées en état d'urgence. La répression s'intensifie et les forces armées opèrent des raids massifs dans les barriadas, comme celui de mars 1989 dans le quartier Barrios Altos où quinze mille personnes sont emprisonnées. En 1990, un inconnu, d'un parti politique indépendant créé quelques mois plus tôt, Alberto Fujimori, remporte l'élection présidentielle avec 62% des voix. Son programme prévoit la fin de la crise économique, de la guerre et de la corruption. Il instaurera une dictature en mai 1992 avec l'appui des forces de la police et militaire.
Cette période est celle de la plus grande activité militaire du PCP-SL à Lima, dans le cadre de la nouvelle stratégie dite de “l'équilibre stratégique” qui avait été décidé en 1988. Lima passe du statut de “complément nécessaire” à celui d'une zone majeure d'opérations militaires. Entre avril 1989 et Décembre 1992, sont recensés à Lima 907 attentats, soit 47% des attaques faites dans le pays ; pratiquement un attentat par jour. Les commandos urbains multiplient les attaques ciblées, la propagande et le PCP-SL poursuit activement son développement dans les barriadas proches du centre et son implantation dans ceux des “cônes” périphériques. Les patrouilles et les postes de police sont ici particulièrement visés, afin de faciliter les mouvements des guérilleros, et dans une certaine mesure, intimider les opposants qui auraient tentation d'organiser des rondas urbanas. De son côté, le MRTA met l'accent sur les attaques ciblées et multiplie le détournement des camions dont les cargaisons sont redistribuées aux populations des barriadas.



La grève armée

C'est en 1989 qu'est instituée dans les villes, la grève armée qui consiste à organiser le même jour, dans un quartier, une ville, ou le pays, une série d'actions coordonnées impliquant toutes les techniques de la subversion et de l'insurrection : de la simple manifestation à l'attentat armé. Les grèves armées étaient planifiées, organisées et exécutées par les organes qui composent le MDRP, dont le SOPO était le corps de base ; les organisations syndicales, les associations d'entraide, et notamment les services publics de transport, se voient invités, sous la menace si besoin, à y participer par des actions pacifiques à leur mesure, grèves, débrayages, manifestations, commerces fermés, etc.

Le centre ville

À la différence des autres périodes, les attentats se concentrent dans les zones centrales de Lima, centre économique et politique de la nation, des représentations étrangères, des centres commerciaux, et les quartiers résidentiels bourgeois. Pour le PCP-SL, les actes de sabotage et les attaques sur les entités publiques et privées avaient pour objectif de saboter le bon fonctionnement de l'État ; en 1991, entre 60 et 70% des attaques qui se sont produites dans la région métropolitaine de Lima se situent dans ces quartiers, devenus la cible centrale de la stratégie de «caisse de résonance». En juillet 1992, l'attentat à la voiture piégée de la rue Tarata, soufflant un immeuble d'habitation dans le quartier chic Miraflorès, faisant 15 victimes civiles, sera le point culminant de ces attaques ; peu apprécié, du reste, par la population.

juillet 1992, Lima, rue Tarata

Les barriadas
Le plan de l'«équilibre stratégique», outre les attentats des quartiers centraux devant terroriser la classe dirigeante et réactionnaire et assurer une propagande internationale, donne également une importance stratégique à la ceinture de misère de la capitale. Dans les bidonvilles des cônes d'expansion de Lima, le PCP-SL augmente les actions, diversifie les lieux d'attaque et de propagande publique, et développe une forte pression (intimidation, assassinat) sur les chefs de quartier, les responsables des organisations et des associations d'entraide ou de survie.
Les militants senderistas au sein des organisations de « façade », dans les assemblées de district, tentent d'influencer les habitants, de radicaliser leur position et leurs actions. En 1989/1990, le contexte économique leur était plus que favorable : les conséquences de l'hyperinflation des dernières années du gouvernement du président Garcia et de l'ajustement imposé par le nouveau président Fujimori seront désastreuses pour l'ensemble des classes moyennes et plus encore pour les populations défavorisées ; en 1991, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Lima métropolitaine
Année
Inflation
sous-emploi
Chômage
Emploi adéquat
1988
1.772,3%
34,90%
4,80%
60.3 %
1989
2.775,3%
75,50%
7,90%
18,60%
1990
7.649,7%
86,40%
8,30%
5,30%
Source : Periodico noticias de IU

Arrestations
A partir de 1990, les captures de leaders du PCP-SL et du MRTA se multiplient à Lima ; en janvier 1991, la police arrête huit membres du MRTA dont Jésus-Maria Alberto Gálvez Olaechea, leader du MRTA, avec Rosa Luz Padilla ; les 22 et 23 Juin 1991, la police capture plusieurs dirigeants du PCP-SL, Titus Travezaño Valley, et Victor Catano Zavala ; en avril 1992, une offensive policière permet la capture de 23 senderistas dont Jorge Luis Araujo Durand et Danilo Blanco ; et de, Peter Schulte Cardenas, leader du MRTA, condamné à la réclusion à perpétuité ; le 21 Juin 1992, sont capturés 18 senderistas des services de la logistique et de l'économie ; auparavant en mai 1992, 35 prisonniers accusés de terrorisme sont tués, dont des leaders du PCP-SL : Deodato Cruzatt Hugo Juarez, Yovanka Pardavé Trujillo, Tito Valle Travezaño, Elvia Sanabria Nila Pacheco. L'épilogue de cette séquence a été, comme nous le savons, la capture d'Abimael Guzman, en septembre 1992, avec Elena Iparraguirre et Laura Zambrano ; en octobre 1992, Martha Ruiz, chef du Comité du Secours Populaire est capturée.


De très nombreux signes alarmant indiquaient, peu avant la capture des leaders du PCP-SL, la dégénérescence de la guerre révolutionnaire dans les zones rurales et à Lima : le refus de populations andine ou d'Amazonie de se plier aux contraintes, aux règlements stupides du PCP-SL, la recrudescence des milices paysannes anti-subversives, les succès militaires des forces armées, des actions anti-subversives de la police, et selon témoignages de militants, la désorganisation du Parti qui avait érigé le culte d'une personnalité : Abimael Guzmán.


La fin de la violence: 1993 – 2000

Avec la capture de Guzmán et des principaux leaders, les actions du Sentier lumineux se poursuivent, mais les attaques à Lima, progressivement s'espacent. Ces captures constituèrent un apport fondamental pour obtenir la défaite stratégique du PCP-SL et du MRTA et profitèrent pleinement au régime de Fujimori qui a gagné en crédibilité ; qui en profite pour adopter une série de lois liberticides, une législation antiterroriste dans la perspective de donner le coup de grâce aux révolutionnaires. Un changement s'opère dans la stratégie contre-insurrectionnelle des forces armées, donnant dorénavant une importance accrue aux activités de renseignement, encourageant la délation, la création de milices urbaines anti-subversives généreusement récompensées. Une loi sur le Repentir est promulguée en 1992. Les anti-communistes, les farouches opposants à la révolution, parents ou proches de victimes, maintenant moins vulnérables aux représailles du PCP-SL et du MRTA, commencent une chasse aux guérilleros et à leurs sympathisants. Les groupes paramilitaires – notamment le Colina - multiplient les assassinats et les disparitions tandis que les centres de torture questionnent et tuent.



Le pire est à venir en novembre 1993, après les déclarations de Guzmán qui accepte, depuis sa prison, un accord de paix, demandant au PCP-SL d'arrêter la lutte armée. Si certains guérilleros contestent cet accord, et maudissent l'ancien Président Gonzalo, nombreux sont ceux qui abandonnent la lutte [300 prisonniers acceptent la paix] tandis que les populations sympathisantes, face aux représailles, démoralisées accusent le choc et les coups. Feliciano, nouveau leader du PCP-SL, continue la lutte armée et lance le VIe plan militaire. Néanmoins, en 1993, la lutte armée à Lima est quasiment terminée, mis à part des actions sporadiques, sans véritable conséquence. D'autre part, à partir de 1993, certains commandos de senderistas commencent à agir pour leur enrichissement personnel ; d'autres se détachent du PCP-SL pour former des factions adverses.

Cela étant, à Lima, se reforment des cellules clandestines, comme celle du quartier de Chosica, exécutant divers actes de sabotage, d'attentats, etc. Ainsi, les 17 - 19 mai 1993, est organisée une grève armée, suivie par les camionneurs. Cette période de déclin prend fin le 17 décembre 1996, avec la prise d'otages de l'ambassade du Japon, conduite par le MRTA, sa dernière action ; la «crise des otages » se termine en avril 1997 par une intervention militaire et la mort de 14 membres du MRTA, certains blessés, sont achevés après s'être rendus.

La poursuite de la lutte armée

À partir de 1993, les senderistas abandonnent les villes et Lima pour se replier vers leur sanctuaire des Andes. Les organisations sont dissoutes, faute de militants, par l'arrestation des leaders. Cela étant, après la période de répression du président Fujimori, et l'arrivée d'un nouveau président, des senderistas, des militants réinvestissent l'espace social de la vie politique, et plus particulièrement l’activité syndicale, notamment les syndicats d’enseignants et étudiants ou locaux. À la fin des années 2000, la « Dircote » direction anti terroriste de la Police, identifia 18 membres du « Comité de Direction métropolitain de Lima » assurant un travail juridique et politique pour obtenir la libération de camarades emprisonnés. Des députés ont dénoncérent l’attitude de certains enseignants, utilisant leurs cours pour encenser la pensée de Mao Tsé Tung et de ses disciples péruviens. Le PCP-SL eut même recours à Facebook pour sa propagande, des dizaines de comptes ayant été ouverts par le « camarade Netzel Lopez » pour glorifier la lutte armée des senderistas.


Stratégie de
Contre-insurrection



Torture, meurtres, disparitions

Dès le début des hostilités, l'armée et la police utilisèrent les techniques conventionnelles de la contre-guérilla et anti-subversives : massacres de population et de prisonniers, vols et viols dans les villages, torture de suspects, disparitions de sympathisants, guerre psychologique, etc. ; des lois d'exception seront votées, des couvre-feu dans les villes instaurés, la justice mise au service des forces de la répression, les médias seront, en partie, censurées et diffuseront une formidable propagande pour couvrir l'inhumanité des actions de la répression.
Les pratiques de la torture et de l'assassinat, de disparition et des détentions abusives sont dénoncées par l'ensemble des institutions internationales dont Amnisty International ; qui , en mai 1982, évoque dans un rapport, la violation des Droits de l'Homme contre les “terroristes” politiques. En 1985, le Movimiento Internacional de Juristas Católicos affirme que les autorités péruviennes violent systématiquement les Droits de l'Homme et soutient que 92 % des détenus politiques - les terroristes - ont été victime de torture. Ces pratiques vont évidemment s'intensifier pour culminer peu avant et surtout après l'élection présidentielle de Fujimori ; les groupes paramilitaires, notamment l’escadron de la mort dénommé Colina, utiliseront des tactiques éprouvées, comme celle, par exemple, d'assassiner des personnalités de gauche – intellectuel, homme politique, syndicaliste, etc. - en se faisant passer pour des militants du PCP-SL ou du MRTA. Les syndicalistes, les universitaires et les étudiants seront les principales victimes et ils seront nombreux à disparaître.

Un ensemble de dispositifs se complétant parfaitement et ayant fait ses preuves dans d'autres pays en révolution. Mais malgré cela, le PCP-SL maintenait une pression extraordinaire et semblait, de jour en jour, se renforcer, même si dans certaines régions, les senderistas étaient en repli.

Militarisation de la société
Ce n'est véritablement qu'à partir de 1989, que les Forces armées établirent une “véritable” stratégie contre-subversive, en distinguant trois types de population : les amis, les neutres et les ennemis. Un contingent fut chargé d'éliminer les ennemis militaires, les milices civiles rurale et urbaine seront renforcées et encouragées, tandis que les groupes paramilitaires parachevaient l'ensemble du dispositif. Puis, à partir de la présidence [1990] et de la dictature [1992] d'Alberto Fujimori, ce système déjà perverti engendra une militarisation de la société. Dès les premiers temps de la présidence Fujimori, les crédits – directs et indirects - concernant l'action sociale diminuent, tandis que le budget destiné aux Ministères de l'Intérieur et des Armées augmente en conséquence : en 1991, entre autres, plus de 200 millions de dollars sont prévus pour la modernisation des équipements militaires ; une somme considérable pour un pays sur-endetté proche de la faillite [il est à noter que le FMI au chevet de l'économie exsangue lui en accordera les crédits].
A. Fujimori, aujourd'hui condamné à 25 ans de prison, assuma comme sienne la stratégie anti-subversive des forces armées et le tribunal qui l'a jugé disposait de preuves raisonnables pour affirmer que le président Alberto Fujimori, son conseiller Vladimiro Montesinos et de hauts fonctionnaires du Service de renseignement ont une responsabilité pénale dans les assassinats, disparitions forcées et massacres perpétrés. Cependant de nombreuses voix au Pérou, aujourd'hui, réclament davantage de Justice car il est singulier que Fujimori soit le seul responsable politique jugé pour les excès de la lutte antiterroriste, et ses prédécesseurs sont également accusés d'avoir autorisé le massacre de civils : en 1982, le président Belaunde Terry fit déployer des « rangers » et fusiliers-marins dans la « zone rouge » du département d’Ayacucho. Le bilan de leur action fut de 2.282 morts, 371 blessés, et 245 disparus. De même pour Alan Garcia Perez, qui au début de son premier mandat le 18 juin 1986, fut confronté aux mutineries des prisonniers politiques détenus dans deux pénitenciers de Lima : le bilan de la répression fut sanglant : 124 morts et aucun survivant à Lurigancho ; et, au terme de 20 heures de combats à l’arme lourde, 119 morts et 29 survivants au Fronton. Des témoignages policiers suggèrent que nombre de détenus furent sommairement exécutés à la fin des opérations, ces excès résultant d’ordres reçus du Conseil des ministres présidé par Alan Garcia. Le fait que Fujimori soit le seul président péruvien d'origine étrangère, à « l’establishment » politique, explique peut être qu’il n’ait pas bénéficié de l’impunité dont ont joui ses prédécesseurs.
Au fur et à mesure que l’offensive militaire progressait, les forces armées appliquèrent une stratégie qui dans un premier temps fut une répression indiscriminée contre la population suspectée d’appartenir au PCP-SL ; et en certains lieux et moments du conflit, le comportement de membres des forces armées non seulement donna lieu à des excès individuels de la part d’officiers ou de troupe particulière, mais encore à des pratiques généralisées et/ou systématiques de violations des droits humains qui constituent des crimes de lèse humanité ainsi que des transgressions des normes du droit international humanitaire.

Programa de Asistencia Directa
Le président Fujimori, dans un discours à propos des organisations des droits de l'Homme, les considère comme les «idiots utiles» de la subversion, les accusant même d'être des "terroristes infiltrés" (24 septembre 1991). Néanmoins, dans la nouvelle classification militaire de la population, les populations « amies », rurale ou urbaine, pourront bénéficier des largesses financières de l'État – notamment par les programmes d'aide directe [Programa de Asistencia Directa], au détriment des zones « rouges », c'est-à-dire des régions ou des quartiers considérés subversifs, donc ennemis. Ce sera le temps de la stratégie simpliste mais de la plus grande efficacité de « Diviser pour mieux régner » opérant ici à travers la tactique de « gagner les coeurs et les esprits de la population [amie ou neutre] ». Cependant, si dans les campagnes, elle s'avéra particulièrement efficace – comment un village pauvre des Andes pouvait résister aux récompenses offertes contre leur soumission : des tonnes de vivres, de matériels, de médicaments, etc., que ne pouvait proposer le PCP-SL ? -, cette tactique, en ville, ne pouvait compenser les multiples réseaux d'entraide, ainsi que les réseaux de parenté entre les campagnes et les villes.
Distribution de vivres par les militaires

Guerra sucia

Les forces militaires adopteront une stratégie parfaitement adaptée à la mesure du radicalisme des habitants des barriadas et du PCP-SL : à partir du début des années 1990, après l'élection du président Fujimori, la répression militaire et policière devient sanglante ; les tactiques des opérations de terreur effectuées dans les zones rurales seront importées dans les villes, un transfert de la «sale guerre» de la campagne vers la ville, avec une militarisation croissante au sein des quartiers. L'importation de la « sale guerre » [guerra sucia] des campagnes en milieu urbain, comprend la formation de milices civiles, dont l'objectif est de surveiller les mouvements et les activités des guérilleros ou suspectes, d'opérer des missions d'espionnage, de protéger certains secteurs, de procéder à des arrestations, etc. Des missions qu'assureront à Lima, les rondas urbanas, les milices urbaines organisées par quartier, composées d'habitants hostiles aux révolutionnaires. Des milices nommées également « Comité de Défense Urbaine » ou Defensa Civil Antisubversiva équipées par l'armée, recevant des autorités maintes compensations pour leur dévouement. Si certaines en abusent, la majorité exprime une opposition totale à l'idéologie révolutionnaire et se considèrent investies d'une mission de salubrité publique [ou de vengeance, notamment des familles ayant eu un proche victime d'un attentat]. C'était faire acte de grand courage, car les responsables de ces milices, rares, risquent une mort certaine ; les cadavres de ceux qui s'y sont essayé sont ornés de tracts : “ Mort aux milices urbaines”, “Mort aux indicateurs”, “Mort à ceux qui soutiennent l'armée”... Mais après la capture des principaux dirigeants du PCP-SL et du MRPA en 1992, et de la désorganisation qui suivit, ces milices connaîtront, comme la délation, un formidable développement qui, alliées aux opérations répressives des forces armées, constitueront un moyen efficace contre les révolutionnaires.

Des ronderos ayant capturé un militant PCP-SL

En 1995, alors même que les actions armées baissent d'intensité, le président Fujimori, décida de ne pas désarmer les «Comités de Defensa Civil» qui collaboraient activement avec le gouvernement dans la lutte contre-subversive et de promulguer la loi n° 26479 (juin 1995) exonérant de toute responsabilité pénale et civile les membres des forces de sécurité militaires ou civiles qui feraient l'objet de dénonciation. Les membres de ces comités, ne seront jamais inquiétés, bien que certains commandos se soient rendus responsables d'actes criminels ; en outre, ils continuent d'exister sur la base du statut légal qui leur a été octroyé au plus fort du conflit. Bien plus encore, les miliciens tués ou blessés dans le cadre de ces activités peuvent bénéficier d'indemnisations, consacrant leur statut de "vétérans". Tout ceci contribue à la création de véritables contre-pouvoirs au sein de la communauté ; car en effet, dans un pays où les relations sociales se caractérisent par une forte discrimination des populations d'origine rurale et indigène, l'institutionnalisation des milices civiles dépasse le simple fait militaire : elle témoigne d'une certaine reconnaissance de secteurs sociaux généralement marginalisés par un État dirigé par une élite blanche et urbaine. La participation aux milices civiles est ainsi devenue un moyen d'accéder à une citoyenneté dont il est historiquement exclus. En devenant rondero, il voit s'ouvrir les portes d'un imaginaire national auquel il n'a traditionnellement pas accès.

Délation contre un militant PCP-SL

Militarisation des « zones rouges »

Le gouvernement de Fujimori procèdera à la militarisation des "zones rouges", c'est-à-dire les barriadas considérés comme investis ou dirigés par le PCP-SL, en diminuant les programmes d'aides sociales pour au contraire y développer des structures militaires, en encourageant la création de milices urbaines, par un contrôle accru des populations estimées « dangereuses ». Les responsables des programmes sociaux mis en place par les gouvernements précédents sont suspectés ; avec la tendance ultra-répressive du gouvernement Fujimori, les travailleurs sociaux et volontaires sont remplacés au mieux – ou assassinés ou menacés par les paramilitaires - par les militaires ou certaines catégories de padres apolitiques.

Les postes de police qui avaient été évacués sont réouverts et sécurisés par les militaires, qui deviennent, pour certains, également des centres d'aide distribuant gratuitement de la nourriture ou fournissant gratuitement des soins. Des casernes, des campements et des bases militaires sont implantés provisoirement ou pour plusieurs années. Les quartiers sont quadrillés de barrages permettant les contrôles d'identités, les fouilles, et au-delà assurent une mission de propagande. En 1991, sont créées les bases militaires à Raucana, à Huaycán, à San Juan de Lurigancho, à Villa El Salvador et dans bien d'autres barriadas de Lima. Les témoignages d'habitants de zones « rouges » évoquent l'extrême brutalité des militaires lors des raids, faits au petit matin ou la nuit, comprenant des centaines d'hommes armés, destinés à ratisser/perquisitionner chaque masure, à contrôler l'identité des habitants et au-delà à instituer un climat de terreur. Lors de certains raids, des centaines d'habitants sont arrêtés et emmenés par camions dans les casernes en vue d'un interrogatoire ou, pour les plus suspects, les sans-papiers, à une séance de torture. Les vastes barriadas de Lima, labyrinthiques qui avaient jusqu'alors protégés les habitants devenaient au contraire, les principales cibles de la contre-insurrection.


CONCLUSION


D'anciens guérilleros emprisonnés – certains à vie - ont pu consacrer leur temps à réfléchir et à analyser les causes qui ont conduit à la défaite des groupes révolutionnaires. Ces témoignages s'inscrivent dans deux visions opposées, celle – larmoyante - des repentis et celle, plus convaincante, de ceux, qui sans renier la révolution, analysent avec discernement les erreurs commises, condamnent la spirale de la violence aveugle initiée par les forces armées ayant entrainé les senderistas, la structure organisationnelle du PCP-SL, et pour certains, la stratégie du guide suprême : Guzmán. Sans doute, faudra-t-il analyser la dérive du PCP-SL, qui érigea un culte malsain de la personnalité à Guzmán, qui à partir du Congrès de 1988, est le seul a pouvoir décider ; a changer le nom même du PCP-SL en « Partido Comunista del Perú, marxistaleninista-maoísta, pensamiento Gonzalo ».

Les principales raisons évoquées pour expliquer la défaite sont les circonstances politiques nationales et internationales extrêmement défavorables de la période : celle, au Pérou, du retour de la démocratie, de l'effondrement des lambeaux du communisme, de l’URSS, de ce qu’il était convenu d’appeler « le camp socialiste », et de la déroute électorale du sandinisme au Nicaragua. La révolution contre un gouvernement démocratique, la Gauche parlementaire, laissaient les groupes révolutionnaires sans la nécessaire supériorité morale indispensable pour une quelconque victoire révolutionnaire. Son fonctionnement a agi comme un pare-choc et ses alternatives pour traiter les réclamations, les conflits et construire des représentations politiques convenant tant bien que mal à la majorité des Péruviens. Cela est particulièrement vrai pour le MRTA, vaincu par ses propres contradictions internes. En outre, pratiquement, l'existence d'une gauche morale qui a été la deuxième force électorale pendant longtemps, limitait les espaces de recrutement par les groupes subversifs.


La Gauche

La classe moyenne « urbaine » cultivée et progressiste – instituteur, professeur, universitaire, profession libérale issue du prolétariat, etc. - luttait avant tout, pour maintenir ses avantages – salaires, retraites, etc. - et préférait le réformisme plutôt que la révolution communiste ; le mur écroulé de Berlin en 1989 interrogeait les uns et les autres. Cela étant, le monde intellectuel de Gauche, face à une économie défaillante, véritable fabrique de pauvreté, face à un niveau de corruption extraordinaire, au contact dans les universités d'une nouvelle génération d'étudiants issue de l'immigration andine et/ou des classes pauvres urbaines, ne pouvait condamner ou s'opposer véritablement, par conviction, à leur élan révolutionnaire ; la moitié de la population de Lima vivant dans des barriadas leur rappelait que la démocratie parlementaire n'est pas synonyme de Justice sociale. Tant de pauvreté dans les barriadas de Lima, les villages de pêcheurs de la côte Pacifique, dans les villages, les hameaux de la Cordillère des Andes, de l'Amazonie : pour certains, il était admis que les actions d'un gouvernement démocratique même socialiste se réclamant du capitalisme, seraient incapables de résoudre les contradictions de la société péruvienne, d'effacer les inégalités, de redistribuer les richesses, d'amoindrir les conséquences de l'héritage, de changer véritablement le cours des choses. Dans le monde intellectuel de Gauche, les rapports entretenus avec les groupes révolutionnaires sont ambigus, entre rejet et interrogation, entre fascination et condamnation : nombreux sont ceux qui se convertiront à leur idéologie, nombreux sont les guérilleros déçus qui s'en détourneront. Enfin, le gouvernement de Fujimori, qui considérait entre autre les intellectuels, les étudiants, les travailleurs sociaux et les défenseurs des Droits de l'Homme comme des sympathisants du PCP-SL, engagea une répression impitoyable, massive et générale contre ces catégories socio-professionnelles ; les assassinats, disparitions, intimidations, vexations eurent raison de leur engagement en faveur du peuple.

Aristocratie ouvrière et Classe moyenne

Finalement, un des plus grands freins à la révolution – outre la bourgeoisie, les classes dirigeantes - sera la classe moyenne, y compris l'aristocratie ouvrière et les paysans bénéficiaires des nombreuses réformes agraires. En effet, une des armes contre-révolutionnaires des gouvernements, après les rébellions de 1965 et depuis la dictature de 1968, sera une meilleure redistribution des richesses, d'accorder des avantages aux uns et aux autres, en vue d'une paix sociale : une des conséquences, et non des moindres, est l'apparition d'une classe ouvrière aristocratique, peu nombreuse mais unie, qui grâce aux réformes et à l'action syndicale a vu s'élever son niveau de vie : les ouvriers agricoles des grandes plantations de sucre et de coton, les ouvriers du pétrole, devenus en quelque sorte des « privilégiés » du monde du travail, ainsi que les paysans ayant obtenu gratuitement quelques hectares de terres cultivables, tiennent-ils à conserver les avantages arrachés de haute lutte ; d'où leur action prudente et leur peu d'enthousiasme pour une politique plus radicale, voire même en faveur des déshérités et des minorités ethniques. Abimael Guzmán déclarait en 1988 : « En ce qui concerne le poids du Parti à la campagne, ce que nous pouvons dire concrètement, c'est que la majorité de notre force militante est paysanne, l'immense majorité; et notre limitation est le nombre insuffisant d'ouvriers. Nous avons là une limitation sérieuse mais nous faisons et nous ferons plus d'efforts pour la surmonter parce que nous avons besoin de communistes prolétaires, d'ouvriers. En effet, ils nous transmettent cette résistance, cette fermeté d'acier qui les caractérisent en tant que classe. »


Classes populaires urbaines

Pour ce qui concerne les classes populaires, les raisons qui ont propulsé certains habitants pauvres dans la guerre contre-révolutionnaire, s'expliquent en grande partie par le niveau de répression des forces armées et contre-insurrectionnelles, mais également en réaction contre l'extrémisme ultra-radical du PCP-SL : éliminer des travailleurs sociaux, des syndicalistes, des responsables d'organisations d'entraide, de cantines populaires, des élus de Gauche, des personnalités appréciées, non soupçonnées de corruption ou d'abus quelconque, refuser à ce point le dialogue ou l'infime compromission, toute cette stratégie de la violence, opérant contre les défenseurs des plus pauvres, ne pouvait être comprise et admise ; de même pour ce qui concerne la destruction d'équipements publics – déjà rares – dans les barriadas, ajoutant encore une charge supplémentaire à la misère humaine. Cette désapprobation populaire, large, massive, limitera le capital-sympathie, et sera certainement, une des conditions de la défaite du PCP-SL.

Forces obscures

D'une certaine manière, la lutte armée a permis à ce que les forces les plus obscures et rétrogrades de la société utilisent la révolution pour donner une légitimité à leurs propres projets anti-démocratiques et à leurs forfaits, avec la prétention d’entrer dans l’histoire en tant que « héros de la pacification » et « sauveurs du Pérou ». Ainsi, dans les campagnes, les ronderos des Comités d’autodéfense ont joué un rôle central dans la défaite stratégique du Sentier lumineux et en certains cas, ces milices civiles armées ont outrepassé leur rôle d’autodéfense et ont été responsables de crimes contre les senderistas mais également contre les populations civiles. Certains observateurs notent que cette violence extra-politique est sans doute le fait de la réactivation de vieux conflits intra et intercommunaux dont l'origine est à trouver dans les réformes agraires de 1968 et des partages des terres.

Dans les villes de province et plus particulièrement à Lima, c'est tout un secteur de la population de la société péruvienne, qui a approuvée la stratégie anti-subversive et la répression des forces armées. Les populations urbaines des couches sociales moyennes, blanches, instruites, bénéficiaires des services de l’État et vivant dans des régions éloignées de l’épicentre du conflit, apportaient tout leur soutien aux gouvernements, pour une solution militaire sans contrôle civil. Une population qui acceptait avec indifférence ou réclamait une solution rapide, disposée à troquer la démocratie pour la sécurité et à tolérer les violations des Droits de l'Homme comme prix nécessaire pour en terminer avec la guerre.


Le radicalisme du PCP-SL

Il faut savoir que parmi les plus pauvres habitants des bidonvilles, la violence du PCP-SL était reconnue comme légitime, et nous l'avons évoqué, un guérillero assurait que leur radicalisme dépassait celui des dirigeants du Parti ; ainsi pouvaient-ils approuver l'élimination de tortionnaires, de généraux, de para-militaires des escadrons de la mort, de personnalités politiques du gouvernement et d'élus municipaux coupables de corruption, et de responsables civils d'organisations d'entraide et de survie. De même de l'élimination ou des actions punitives et de justice populaire, dans l'enceinte des barriadas, des trafiquants, des délinquants, des voleurs. À partir du milieu des années 1980, les formes de violence dans les nouveaux barriadas, qu'elles soient politique, idéologique, issue de la délinquance ou liée à la survie, y était extrême ; la vie d'un pauvre cholo ou d'un indio y était considérée sans valeur, la solidarité n'imprégnait guère les consciences, et les pauvres volaient ou tuaient les pauvres.

Ce n'est qu'à partir de la fin des années 1980 que la nouvelle stratégie des forces contre-insurrectionnelles, de « conquérir le coeur et l'esprit des masses populaires », mais aussi leur ventre, leur assura une emprise dans les bidonvilles de Lima : la distribution [par tonnes via la « solidarité » internationale] gratuite de vivres et de produits de première nécessité – de survie – opéra un changement radical dans l'attitude des plus pauvres populations. Les zones de barriadas considérées comme non subversives pouvaient recevoir des vivres tandis que les zones « rouges », atteintes par la subversion, ou suspectées de l'être, étaient condamnées à l'auto-subsistance. Le PCP-SL, face aux arguments d'une tactique particulièrement efficace, ne pouvait rien lui opposer, ni la combattre, ne serait-ce qu'en dynamitant quelques entrepôts ou en interdisant à la population d'accepter cet assistanat contre-révolutionnaire. Dès lors, face à une situation dangereuse, où les efforts de persuasion révolutionnaire n'opéraient plus autant sur les consciences et les ventres affamés, où la délation anti-subversive se développait, il est apparu nécessaire au PCP-SL d'engager des actions contre les responsables civils des organisations de survie, contre les élus municipaux profitant des aides de l'État pour asseoir leur légitimé. Abimael Guzmán évoque en ses termes la violence révolutionnaire :

« En ce qui concerne la violence, nous partons d'un principe établi par le Président Mao Tsétoung: la violence est une loi universelle, sans aucune exception, je veux dire : la violence révolutionnaire; c'est cette violence qui nous permet de résoudre les contradictions fondamentales, avec une armée, et à travers la guerre populaire. Pourquoi partons-nous de la thèse du Président Mao ? Parce que nous croyons qu'avec lui, le marxisme s'est réaffirmé et a réussi à établir qu'il n'y a aucune exception. Marx, déjà, nous parlait de la violence accoucheuse de l'histoire, ce qui reste pleinement valable et grandiose. Lénine, à propos de la violence, nous parlait du panégyrique de la violence révolutionnaire, fait par Engels. Mais ce fut le Président Mao qui nous dit que c'est une loi universelle sans aucune exception. C'est pour cela que nous nous basons sur cette thèse. C'est une question essentielle du marxisme parce que sans violence révolutionnaire, une classe ne peut pas se substituer à une autre, ne peut pas renverser un vieil ordre pour en créer un nouveau, en l'occurrence aujourd'hui un nouvel ordre dirigé par le prolétariat au moyen de partis communistes. Le problème de la violence révolutionnaire est une question qui revient de plus en plus sur le tapis. C'est pourquoi nous, les communistes et les révolutionnaires, devons nous réaffirmer dans nos principes. Le problème de la violence révolutionnaire est dans la concrétisation de la guerre populaire. Pour nous, le Président Mao Tsétoung, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes. Le problème de la guerre, nous le voyons ainsi: la guerre a deux aspects; l'un de destruction, l'autre de construction, l'aspect de construction étant le principal. Et ne pas voir les choses ainsi, c'est saper la révolution, c'est l'affaiblir. D'un autre côté, dès que le peuple prend les armes pour renverser le vieil ordre, la réaction cherche à l'écraser, à le détruire, à l'anéantir; et elle utilise tous les moyens à sa disposition, allant jusqu'au génocide. Dans notre pays nous l'avons vu, nous sommes en train de le voir et nous le verrons plus encore, jusqu'à ce que nous ayons démoli l'Etat péruvien caduc.

En ce qui concerne la soi-disant guerre sale, je préfère simplement dire qu'on nous impute le fait que la force armée réactionnaire a appris de nous cette guerre sale. Cette accusation est l'expression claire de l'incompréhension de ce qu'est une révolution, de ce qu'est une guerre populaire. La réaction applique, au moyen de ses forces années et de ses forces répressives en général, sa volonté de nous balayer et de nous faire disparaître. Mariategui disait déjà qu'on ne peut engendrer un nouvel ordre social qu'en détruisant, qu'en démolissant le vieil ordre. Nous jugeons, finalement, ces problèmes à la lumière du principe essentiel de la guerre, établi par le Président Mao: l'anéantissement des forces de l'ennemi et la préservation des siennes. Et nous savons très bien que la réaction a appliqué, applique et appliquera le génocide. Sur ce point nous sommes extrêmement clairs. Et, en conséquence, se pose pour nous le problème du prix à payer: pour anéantir l'ennemi, préserver nos propres forces et plus encore pour les développer, il faut payer le coût de la guerre, payer de notre sang. Le sacrifice d'une partie est nécessaire au triomphe de la guerre populaire. En ce qui concerne le terrorisme. On nous qualifie de terroristes. Je veux seulement répondre de cette manière pour que tous, nous réfléchissions. N'est-ce pas l'impérialisme yankee, et particulièrement Reagan, qui a accusé de terrorisme tout mouvement révolutionnaire ? Oui ou non ? C'est ainsi qu'ils cherchent à discréditer et à isoler pour mieux écraser; c'est ce dont ils rêvent. (…)

Mais il serait très utile de nous rappeler ce que Lénine écrivait : «Vive les initiateurs de l'Armée Populaire Révolutionnaire ! Ce n'est plus un complot contre un quelconque personnage haï, ce n'est pas un acte de vengeance, ce n'est pas une sortie poussée par le désespoir, ce n'est pas un simple acte d'intimidation, non: ceci est le commencement bien médité et préparé, calculé, du rapport de forces, c'est le commencement des actions des détachements de l'armée révolutionnaire.» Heureusement les temps sont révolus où, par manque d'un peuple révolutionnaire, la révolution "était faite" par des terroristes révolutionnaires isolés. La bombe a cessé d'être l'arme du "poseur" individuel et est devenue l'élément nécessaire de l'armement du peuple.» Déjà Lénine nous enseignait que les temps avaient changé, que la bombe était devenue l'arme de combat de la classe, du peuple, qu'elle n'était plus une conjuration, une action individuelle isolée, mais l'action d'un Parti, avec un plan, avec un système, avec une armée. Les choses étant ce qu'elles sont, où est le soi-disant terrorisme ? Ce n'est que pure infamie.
En fait, on doit avoir très présent à l'esprit que dans la guerre contemporaine en particulier, c'est précisément la réaction qui utilise le terrorisme comme un de ses moyens de lutte, et comme cela a été prouvé mille fois c'est une forme de lutte quotidienne des forces armées de l'Etat péruvien. Au vu de ce qui précède, nous pouvons conclure que ceux qui jugent la situation avec désespoir parce que la terre tremble sous leurs pieds, crient au terrorisme dans le but de cacher la guerre populaire. Mais c'est un tel choc qu'eux-mêmes reconnaissent sa dimension nationale et reconnaissent que c'est devenu le problème principal qu'affronte l'Etat péruvien. Et quel terrorisme agit ainsi ? Aucun; et pire encore, ils ne peuvent plus nier qu'un Parti Communiste dirige la guerre populaire. Mais en ce moment certains commencent à réfléchir. Il ne faut condamner personne d'avance, il y a ceux qui peuvent progresser. D'autres, comme Del Prado, n'avanceront jamais.


Lima : l'erreur ?

Pour ce qui concerne la stratégie militaire du PCP-SL, les avis divergent : pour certains observateurs et anciens guérilleros, ouvrir un front à Lima était une erreur : mieux aurait valu concentrer tous les efforts, c'est-à-dire le matériel et les hommes, dans les zones rurales de combat. Selon eux, la transition de la guerre de la campagne vers la ville comme scène principale, est associée à un développement d'un travail politique et militaire préalable dans les campagnes : “l'encerclement des villes” [cerco de las ciudades] et leur prise sont l'extrême phase finale de la guerre, le prélude à la victoire finale, seulement après la conquête des campagnes. C'est schématiquement, ce qui est arrivé en Chine, en Indochine et au Vietnam. Mais les conditions de réussite de ces guerres, tiennent à une situation plus que favorable de domination ou d'agression étrangère qui a permis de mobiliser les couches les plus larges autour d'un objectif à la fois national et social. Une des conditions de réussite d'une guérilla est une organisation et par-dessus tout son infrastructure politique clandestine en liaison avec la population ; c'est cette dernière qui par la suite permet à la guérilla proprement militaire de se développer (recrutement) et de durer.

Ces deux caractéristiques auront, pour l'essentiel, manqué à la guérilla péruvienne. De telles conditions – politiques et militaires – n'étaient pas réunies lorsque Guzmán décida d'intensifier la guérilla urbaine à Lima ; au contraire, en 1988, l'activité des Comités d'autodéfense [Comités de Autodefensa], des rondes et milices paysannes, et la nouvelle stratégie de l'armée qui cherchait à gagner l'adhésion de la population, améliorant sans cesse le travail de renseignement, tout en augmentant au plus haut point la répression, signifiaient que les campagnes n'étaient en aucun cas des zones libérées, ni même des sanctuaires sécurisés pour l'Ejército Guerrillero Popular (EGP) du PCP-SL. Ainsi, La décision de Guzmán de concentrer les efforts sur Lima, par une évaluation totalement subjective de la situation, devait avoir des conséquences graves.

Concernant les conditions d'agression étrangère qui peuvent permettre de souder un peuple contre un ennemi commun, Abimael Guzmán déclarait en 1993, que les «offensives» à Lima, en février et juillet 1992, étaient une tentative de solliciter l'intervention américaine sur le sol péruvien ; cela étant, ses attaques aveugles à la voiture piégée avaient pour cible la classe bourgeoise, actions qui contredisent une quelconque tactique de vouloir unir les couches sociales d'un pays... Dans ce fantastique avenir, Guzmán avait même proposé de renommer des organismes et des structures clés du PCP-SL : l'Armée de guérilla, devenait par exemple, l'Armée populaire de Libération Nationale, prête à combattre les Américains qui inexorablement allaient envahir la "République de la Nouvelle Démocratie”. Étranges propos en fait qui seront contestés par plusieurs dirigeants.

Les médias et la propagande anti-révolutionnaire

Le Partido Comunista del Peru en el Sendero Luminoso sera confronté à un ennemi redoutable - outre les forces militaires - : la formidable campagne de propagande menée à l'échelle planétaire qui l'accusait – encore aujourd'hui - d'avoir été une organisation sanguinaire, inhumaine, pillant, tuant, s'appuyant sur le commerce de la cocaïne, et martyrisant notamment les populations andines et d'Amazonie ; une organisation du mal comparée à celle de Pol Pot. Une campagne médiatique de dénigrement dont la perfection et l'amplitude fera même douter les groupes politiques extra-parlementaires de la Gauche en Europe de son bien-fondé et de sa moralité. Ainsi dans un article, Michel Mommerency, en appelle à la solidarité internationale « et du devoir de tous les communistes et progressistes de combattre activement les campagnes de désinformation et de mensonges de la part de l'impérialisme et de l'anticommunisme. » ; et d'ajouter : « Les critiques de ces derniers ne visent jamais les erreurs, mais toujours l'essence même de la ligne révolutionnaire. Toute organisation révolutionnaire sera sans exception combattue comme «dogmatique», «terroriste», «sanguinaire», comme «secte, coupée des masses populaires». Masses populaires, de qui, chacun le sait, l'impérialisme se soucie profondément. »

Ce sera à nouveau le gouvernement de Fujimori qui est accusé par la Comisión de la Verdad y Reconciliación, d'avoir manipulé les moyens de communication du pays, d'avoir occulté la répression pour au contraire exagérer le « terrorisme », discréditer les opposants politiques de l'ensemble des partis de la Gauche – y compris parlementaire - et justifier ainsi l’autoritarisme du régime.



Dans le vaste concert international de la propagande bourgeoise et réactionnaire qui s'attache aujourd'hui encore, plus que jamais, à présenter le PCP-SL comme une organisation génocidaire, n'ayant que la violence à proposer aux masses populaires soumises à leur idéologie, les témoignages des responsables d'organisation non gouvernementale [ONG] internationales, atteignent le summum ; en nous présentant les barriadas du Pérou comme des expériences historiques d'auto-gestion, de participation citoyenne, d'auto-organisation, de solidarité populaire, etc., et leurs habitants comme des pauvres êtres « pris en étau » entre la violence des forces anti-subversives et celle des senderistas. Une population qui, selon eux, s'était engagée massivement dans les mouvements en faveur de la Paix et de la Réconciliation nationale, contre le terrorisme aveugle du PCP-SL. Des affirmations qui selon Guzmán :

« Pour moi, elles sont sans fondement et montrent l'incapacité à comprendre une guerre populaire. Pour moi il est évident que les ennemis de la révolution ne pourront jamais la comprendre. Sur le fait que nous plaçons les paysans entre deux feux, c'est une pure élucubration, parce que ce sont précisément les paysans qui forment l'immense majorité de l'Armée Populaire de Guérilla. Le problème est de comprendre que l'Etat péruvien avec ses forces armées répressives veut noyer dans le sang la révolution. Voilà comment nous comprenons le problème et nous conseillons à ces messieurs d'étudier un peu la guerre en général, la guerre révolutionnaire et principalement la guerre populaire et le maoïsme, même si je doute qu'ils comprennent parce que pour cela, il faut avoir une position de classe. En ce qui concerne les accusations de «terroristes génocides» de M. Villanueva, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une vulgaire imitation et d'un plagiat. Ils veulent nous coller le terme de bouchers, qui leur va comme un gant. Aux yeux du pays et du monde entier, il est clair que ce sont eux les génocides, que c'est le gouvernement de l'Apra qui dirige cet Etat réactionnaire, que ce sont les forces armées réactionnaires, les forces de répression. Ce sont eux les vils bouchers. Les beaux discours ne changeront jamais les faits, l'histoire est déjà écrite. »

Beaucoup d'anciens guérilleros le reconnaissent, le PCP-SL a toujours été confronté, dans ses propres rangs, au sein de même de sa direction comme dans les cellules de base, entre deux lignes : l'opportunisme de droite qui s'opposait à la lutte armée – même après une épuration en 1980 – et l'opportunisme de gauche appelant à une guerre totale ; mais aussi au radicalisme excessif dans l'action de senderistas davantage assoiffés de vengeance que d'idéologie révolutionnaire. Les leaders et Abimael Guzmán, auraient ainsi entrepris des efforts systématiques pour contrôler les «excès» de violence et les débordements bien compréhensibles pourtant de la part de paysans des Andes, véritables esclaves modernes soumis depuis des siècles à l'oppression, au racisme et aux humiliations de l'État et des élites blanches. Pour autant, ces considérations ne doivent pas occulter le recours à la violence révolutionnaire et certaines méthodes qui ont finalement éloignées le PCP-SL du Peuple. Les successeurs d'Abimael Guzmán ont su opérer «l'autocritique» et critiquer les méthodes les plus controversées de l'histoire du PCP-SL, tout en prenant en compte les vagues de répression décidées par les gouvernements, qui occupent une place importante pour expliquer cette violence que l'on peut associer, parfois, à des actes de vengeance personnelle.


Le Pérou, aujourd'hui


Depuis 2002, le Pérou a connu un cycle d’expansion soutenue, affichant une croissance annuelle moyenne de près de 7% jusqu’en 2010. La hausse des cours des produits miniers et agricoles, liée à la vigueur de la demande étrangère, a été le moteur de cette performance, unique en Amérique latine. Pendant la crise de 2008 - 2009, le Pérou a bien résisté à la crise et connu l’un des meilleurs résultats de la région, et la croissance péruvienne a atteint 8,8% en 2010. Mais les problèmes sociaux restent importants. Le chômage (8,9% en 2009) et l’emploi informel (estimé à 60% de la population active) persistent. La pauvreté s’est réduite mais reste élevée (elle touche 34,7% de la population) et touche 70% de la population d’origine indienne. Les conflits sociaux, nombreux, peuvent prendre des formes violentes, comme lors des affrontements survenus à Bagua (Amazonie péruvienne) entre forces de l’ordre et populations indiennes, les 5 et 6 juin 2009, qui ont fait 34 morts (24 policiers et 10 civils), provoquant une importante crise politique et sociale.

Lima, barriada, 2011

Contrairement aux déclarations du gouvernement concernant la bonne santé de l'économie, les bidonvilles de Lima se développent. Certains observateurs affirment qu'il s'agit maintenant d'une nouvelle génération de jeunes, décidés à quitter le foyer familial pour fonder une famille, n'ayant aucun autre moyen pour se loger que d'auto-construire, non loin du barriada familial, une baraque. La classe moyenne blanche urbaine, qui a pu bénéficier de la croissance économique a su entretenir un racisme radical à l'encontre des indigènes ; et l'absence remarquable de solidarité marque de son empreinte la vie quotidienne au Pérou. D'une certaine manière, les écarts se creusent entre les plus riches et les plus pauvres, au risque d'augmenter les tensions sociales.

Ce racisme s'est parfaitement exprimé lors des récentes élections présidentielles qui a opposé lors d'une campagne très disputée, le candidat de la gauche Ollanta Humala et incroyablement, Keiko Fujimori, fille de l’ancien Chef d’Etat Alberto Fujimori condamné à 25 années de prison. Ollanta Humala a finalement remporté le deuxième tour de l’élection présidentielle péruvienne, avec 51,5 % contre 48,5 % pour Keiko Fujimori. Le Président élu a fait appel à l’unité nationale, promettant le changement tout en cherchant à rassurer les milieux d’affaires : il ne remettra pas profondément en cause le modèle de croissance péruvien, mais souhaite mettre l’accent sur la cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté. Ancien militaire, M. Humala, dont la proximité avec le président vénézuélien Hugo Chavez avait compromis les chances d’être élu en 2006, a depuis fortement modéré son discours. Il s’inspire désormais du modèle de gouvernance de l’ancien président brésilien Lula. Investi le 28 juillet 2011, il a notamment annoncé la mise en œuvre de réformes sociales. Ollanta Humala a constitué un « gouvernement de concertation », réservant en particulier le poste du ministère de l’Economie et des Finances à Miguel Castilla, tenant de l’orthodoxie libérale et membre du gouvernement sortant...



Le PCP-SL, aujourd'hui


En 1993, le PCP-SL éclate en multiples factions, certaines perdurent d'autres sont écrasées, d'autres encore agissent pour des motifs d'enrichissement tandis que de nombreux militants abandonnent la lutte armée. Aujourd'hui deux factions se réclamant du PCP-SL s'affrontent : la guérilla de la région VRAE – productrice de la coca -, la plus puissante du pays qui est dirigée par Víctor Quispe Palomino, "camarade José" ; et celle du "camarade Artemio", dans la région de Huallaga, qui les traite de mercenaires et de narco-trafiquants.

Le camarade Artemio, PCP-SL, 2011

Les deux nouvelles directions se réclamant du PCP-SL, assumant la défaite, conscientes de leurs faiblesses et des erreurs jadis commises, s'appuient sur une nouvelle stratégie militaire et politique dont l'objectif est la libération des camarades emprisonnés, et de s’assurer le contrôle de zones rurales marginales : la prise du pouvoir par la lutte armée est définitivement abandonnée. Dans ce cadre, la tactique du PCP-SL est un travail social et politique auprès des populations locales : assistance médicale, distributions d’aliments, formation des femmes aux travaux manuels. La responsable locale, « Olga » ex-professeur, incarne cette nouvelle stratégie du PCP-SL qui ne cherche plus à imposer ses convictions idéologiques aux paysans, mais gagne leur sympathie en les aidant au quotidien. Mais après la victoire présidentielle d'Ollanta Humala, homme de gauche et indien, le sentier de la lutte armée semble, pour certains, se terminer.

Le Secours Rouge indiquait dans un article, que José “Pepe” Flores Hala, le "camarade Artemio", principal dirigeant du PCP-SL a donné une interview dans une vallée forestière du Huallaga dans lequel il déclare que la guerre populaire initiée en 1980 contre l’État péruvien a fini dans un échec. Le PCP-SL "garde ses objectifs politiques", a-t-il déclaré, mais "en pratique de nos jours cela n’est pas possible", et que "nous voulons sincèrement une solution politique ; nous voulons qu’elle aboutisse, à travers une table de négociations". Le "camarade Artemio" a proposé une "trêve militaire" pour permettre le début des négociations. Il a évoqué des tentatives précédentes qui ont échouées parce que les autorités exigeait la reddition inconditionnelle de la guérilla maoïste.

En décembre 2011, dans une entrevue télévisée, le ministre péruvien de la Défense a repoussé toute négociation avec le PCP-SL, exigeant la capitulation pure et simple ; de même le ministre de la Justice s’est aussi opposé à toute négociation, toute trêve ou toute amnistie.

Partie 3 : La défaite du PCP-SL à Lima





SOURCES

Etudes Marxistes
N°13 – 1er trimestre 1992

Michel Mommerency
A propos de Sentier Lumineux

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse.

Etudes Marxistes
N°12 – 3ème trimestre 1991

Sur la guerre populaire et la situation politique au Pérou : Interview du Président Gonzalo ;

Luis Arce Borja
La perspective de pouvoir de la guerre populaire au Pérou

Gordon H. McCormick
Ce que la CIA sait sur le «Sentier lumineux»
Le «Sentier lumineux» et l'avenir du Pérou

Comisión de la Verdad y Reconciliación
La Commission de la Vérité et de la Réconciliation est une commission péruvienne chargée principalement d'élaborer un rapport sur le “conflit armé péruvien” entre 1980 et 2000. Elle a été créée en 2001 par le président de transition Valentín Paniagua et formée par divers membres de la société civile. Bien évidemment, malgré certaines qualités, ce rapport n'est guère objectif et notre version a été “corrigée” et annotée par d'anciens guérilleros, et par des acteurs du monde associatif/alternatif de l'époque et d'aujourd'hui.

Documentos del Partido Comunista del Perú


Página Web de la Revista Sol Rojo

Françoise Bathélemy
Sterilisations forcées des Indiennes du Pérou


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