Vidéosurveillance : Qui Vous Surveille ?

Bansky


Que fait un agent de vidéosurveillance devant son écran? Principalement, il s'ennuie... assure le journaliste Jérôme Thorel qui se base sur une étude faite par le sociologue Tanguy Le Goff, chercheur de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France (IAU-IDF). La conclusion du journaliste est sans appel : exiger une cellule psychologique dans chaque CSU [Centres de surpervision urbaines] de France et de Navarre.

Jérôme Thorel

Le blues du vidéosurveillant



La surveillance vidéo, pratique de plus en plus courante en milieu urbain, même si elle reste toujours très aléatoire pour contrer la délinquance, s'avère, pour les principaux intéressés (les surveillants), une source de stress, d'ennui et de frustration. Ce qui n’améliore pas l’efficacité réelle de ces dispositifs. C'est ce qu’on apprend dans une étude très pointilleuse réalisée pendant plusieurs mois dans deux communes françaises par un chercheur de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France (IAU-IDF). Le sociologue, Tanguy Le Goff, a passé au total 60 heures dans chaque ville à «surveiller les surveillants», courant 2010, afin d'étudier leurs tâches quotidiennes et analyser en quoi leur travail concourt ou non à restaurer la «tranquillité publique» grâce aux œilletons électroniques disséminés dans leurs communes.

DEBORD : Mode d'emploi du détournement

Asger Jorn-Guy Debord : La fin de Copenhague, 1957

En étendant le détournement jusqu'aux réalisations de l'urbanisme, il ne serait sans doute indifférent à personne que l'on reconstituât minutieusement dans une ville tout un quartier d'une autre. L'existence, qui ne sera jamais trop déroutante, s'en verrait réellement embellie.

Debord et les situationnistes pratiqueront la technique du détournement, utilisée comme une des bases pour le dépassement de l'art et de la politique au sens traditionnel des termes. Base qui repose elle-même sur une réalisation de l'art DANS l'action politique, et sur l'ouverture de cette dernière à de nouvelles formes de vie collective. Pour les situationnistes, l'idée d'une éthique révolutionnaire du jeu est ancrée dans la conviction d'une unité essentielle entre art et politique, ou encore entre jeu et vie quotidienne. Le détournement d'image est utilisé pour des campagnes de propagande, par le recyclage -politique- satirique des slogans d'aménagement urbain, d'images tirées de la publicité, parfois juxtaposées à des mots d'ordre politique. Mais cette technique subversive doit également, pour les situationnistes, se développer par tous et dans tous les domaines : de la poésie à l'urbanisme. 

Guy-Ernest Debord / Gil J. Wolman
Mode d'emploi du détournement
Les Lèvres Nues,  n°8 
Mai 1956
[Nota Bene : Le texte original ne comporte aucune image ]
Tous les esprits un peu avertis de notre temps s'accordent sur cette évidence qu'il est devenu impossible à l'art de se soutenir comme activité supérieure, ou même comme activité de compensation à laquelle on puisse honorablement s'adonner. La cause de ce dépérissement est visiblement l'apparition de forces productives qui nécessitent d'autres rapports de production et une nouvelle pratique de la vie. Dans la phase de guerre civile où nous nous trouvons engagés, et en liaison étroite avec l'orientation que nous découvrirons pour certaines activités supérieures à venir, nous pouvons considérer que tous les moyens d'expression connus vont confluer dans un mouvement général de propagande qui doit embrasser tous les aspects, en perpétuelle interaction, de la réalité sociale.

USA : Pschit Pepper Spray

Liberty Cop
John Pike, policier de l'université de Californie : après son intervention musclée contre des manifestants anti-Wall Street,   [une vidéo  le montre en train d'asperger méthodiquement de « pepper spray » (gaz lacrymogène) des manifestants du mouvement « Occupy Wall Street » déjà arrêtés, genoux à terre sur le campus de l'université de Californie, à Davis], ... est devenu une sorte de symbole ironique de l'oppression. John Pike est devenu sur le Web le policier qui asperge tout, tranquille, de gaz au poivre. Un personnage réel qui se retrouve, par la magie du logiciel Photoshop, placé dans d'autres contextes que le vrai. C'est un phénomène viral : chaque internaute peut produire son mème, et rivaliser d'imagination.

ITALIE : Lutte urbaine 1974 / 1976

ROMA, S. Basilio. Un momento degli scontri Roma, settembre 1974


Toutes les photographies sont signées [sauf mention contraire] 
par le journaliste et photo-reporter italien Tano D'Amico. 


Du bon usage capitaliste de la crise
comme stratégie contre-révolutionnaire

Les premières conséquences de la crise économique internationale liée au choc pétrolier affecteront de manière profonde l’Italie : l‘idéologie de la croissance continue, du plein emploi sera relayée par une situation de crise ouverte. La Fiat licencie 65.000 ouvriers : c’est le signal le plus spectaculaire de la fin de l’ère de plein emploi, de la contre-attaque du capital contre les acquis des luttes de la classe ouvrière mais aussi du début de la restructuration de l’industrie.

ITALIE : Luttes Urbaines 1968 / 1974

ROMA, Occupazione di case, photo : Tano D'Amico, 1974

Si le mai 68 français a été spectaculaire, les révoltes des étudiants et des mouvements ouvriers en Italie ont été plus radicales et de plus grande ampleur car elles agitèrent le pays durant dix années. Elles sont également le prélude à une guerre civile de « faible intensité », initiée par des groupuscules néo-fascistes, sous contrôle du réseau Gladio. Pour beaucoup, le 68 italien se terminera symboliquement le jour de l’exécution par les Brigades Rouges du politicien Aldo Moro, le 15 mai 1978. Entre ses deux dates, l’Italie connaîtra deux grands mouvements de grèves étudiantes et ouvrières : l’automne «Chaud» de 69 et le mouvement de 77.

PORNOTOPIA : Architecture et sexualité dans Playboy

Playboy n° 1, 1953
Pornotopía 
Arquitectura y sexualidad en Playboy durante la guerra fría

Anagrama Editorial 
Edición : 2010
Prix Sade de l'essai, 2011


Beatriz Preciado, philosophe et activiste queer, nous offre un ouvrage brillant à propos de l'empire Playboy en analysant, de façon inédite,  les rapports entre architecture, technologie notamment communicationnelle et sexualité, par le biais d'un questionnement qui échappe à toute catégorisation morale. L'empire Playboy, fondé en 1953, première industrie de loisirs sexuels du capitalisme global, n'est pas seulement un magazine, mais une bien une Pornotopia, ou une révolution des moeurs intentée par son créateur Hugh Hefner  ;  celui qui tenta de libérer l'homme des traditions puritaines et passéistes pour inventer a new way of life, le modèle de l’homme célibataire moderne. A sa manière, Hefner a lutté contre la morale sexuelle et certains conservatismes en vigueur dans les années 50 en créant un véritable manifeste pour "l'émancipation masculine". 

Micro et Nano Drone en VILLE

Micro Drone

Le drone, c’est l’application modernisée du panoptique à la ville entière, c’est un système de surveillance disciplinaire généralisé qui a pour mission de quadriller, contrôler, dresser les individus.
Noël Mamère, maire et député

Septembre 2007, une manifestation anti-guerre se tient à Washington. Une militante remarqua alors, survolant la foule, d'étranges insectes au comportement inhabituel, ressemblant à « des sortes de libellules ou de petits hélicoptères ». La presse s'intéressa à ses déclarations et s'interrogea sur la possibilité de l'utilisation à des fins policières de micro-drones, et d'accuser le gouvernement d'avoir mis à profit ces nouveaux micro-espions afin de filmer les manifestants. Mais en 2007, les directeurs des laboratoires ou centres de recherche affirmaient qu'aucun nano-drone de ce type était opérationnel. A-t-elle rêvé ? Il n’est pas aisé de l’affirmer car elle n’est pas seule à avoir observé ces étranges insectes qui ont été signalé par la suite -selon des témoignages de manifestants- au-dessus d'autres cortèges à New York. Comme l’on peut s’y attendre aucune agence gouvernementale n’a revendiqué un tel exploit d'innocentes libellules, de mouches énormes, véritables espionnes [?] d'un type nouveau.
Bilal, Album 32 décembre

Eric Hazan : la fin des barricades





Entretien avec Eric Hazan

La fin des barricades
Contretemps, 13 mai 2011
Propos recueillis par Razmig Keucheyan


À l'occasion de la parution de son dernier ouvrage, Paris sous tension (La Fabrique, 2011), qui poursuit une réflexion amorcée avec L'Invention de Paris (Seuil, 2002), nous nous sommes entretenus avec Eric Hazan, historien, éditeur et camarade.
[...]
Comment se présenteront alors les insurrections dans le cadre de cette nouvelle configuration géographique ? Quelles implications stratégiques cette dernière a-t-elle ? Sachant que les centres de pouvoir politique et économique restent en large part concentrés dans Paris intra-muros...


Repenser le Paris révolutionnaire implique aussi de repenser la question du pouvoir, et notamment sa dimension spatiale. Dans les insurrections classiques, il fallait prendre l'Hôtel de ville, situé au cœur de Paris. On commence par prendre l'Hôtel de ville, et après on voit ce qu'on fait. L'insurrection qui vient, celle du 21e siècle, n'investira pas militairement quelque lieu que ce soit, sauf peut-être les télévisions et les dépôts d'essence. Le pouvoir ne va pas être pris, l'insurrection va plutôt l'évaporer. 

ISTANBUL : Luttes Urbaines et Oppositions Politiques


Clémence Petit

Engagement militant et politisation
des mobilisations au sein des
oppositions urbaines à Istanbul

EchoGéo | numéro 16 | 2011

Tout au long de l’année 2010, Istanbul a célébré son statut de « Capitale Européenne de la Culture ». Outre le soutien de nombreux projets culturels et artistiques, l’Agence 2010 créée pour l’occasion avait en charge le développement du tourisme à Istanbul et la mise en oeuvre de projets de protection du patrimoine architectural [1]. Et c’est précisément la « Direction des projets urbains » qui a été le principal bénéficiaire du budget alloué par l’Union européenne, les administrations publiques turques (en particulier le Ministère de la Culture et du Tourisme) et plusieurs investisseurs privés. Mais si de nombreux projets de « restauration » ont ainsi été financés dans le cadre d’Istanbul 2010, l’événement a également joué un rôle de catalyseur pour des projets de rénovation urbaine consistant à transformer radicalement le tissu urbain et social de quartiers entiers, aussi bien dans les zones centrales historiques « dégradées » que dans les quartiers périphériques « informels ».

Italie : Luttes Urbaines 1958 / 1968

Appropriation Roma quartier Magliana 1974, photo : Tano D'Amico

1958/1968, sont les années qui précèdent les grandes révoltes, la période de naissance, de gestation, de questionnement des futures organisations ouvrières, étudiantes et politiques de la Nuova Sinistra. L'environnement des villes qui se constitue pendant cette période, va leur offrir un front de lutte inédit en Europe.  En attendant, les années 1958 / 1963 sont celles du « miracle économique » et à la période de reconstruction succède celle de la modernisation de l’industrie ; et notamment de l’industrie du bâtiment dont les techniques permettent à présent la construction de grands ensembles d’habitation en béton préfabriqué, et en série. 

ITALIE : La Ville illégale ou l'abusivismo edilizio

Photo : Massimo Cristaldi

En Italie, la spéculation n’est pas le seul fléau car un autre phénomène apparaît dès les années 1950 : l’abusivismo edilizio ; formule signifiant une construction abusive, c'est à dire illégale, concernant l'habitat. Un phénomène collectif et une forme de désobéissance civile et d'illégalisme qui transcendent toutes les formes d’appartenances aussi bien sociale que politique. Si les premières constructions illégales étaient l’oeuvre des classes pauvres, puis ensuite de la classe ouvrière, ce phénomène deviendra un phénomène de masse et concernera, en grande majorité la classe ouvrière et la classe moyenne. 
Des millions de maisons individuelles, des millions de m² d'appartements en immeuble collectif seront construits ainsi, hors réglementation et illégalement dans les périphéries des villes, jusqu'au coeur même des villes. Des quartiers entiers surgissent, puis se développent et se densifient ; qui nous rappellent le roman La Ville Invisible d'Italo Calvino car bien que ne figurant pas sur les plans cadastraux, des milliers d'habitants y vivent.

ITALIE : Luttes Urbaines 1948 / 1958

Arrivée en gare de Milan de jeunes méridionaux, vers 1950

L’expérience de la démocratie représentative commence effectivement qu’en 1948. Une démocratie de faible portée car dépendante des accords de Yalta qui plaçaient le pays, allié de l’Allemagne nazie, sous la zone de contrôle des Etats-Unis.[1] Les élections de 1948 assurent la majorité au parti Démocrate-Chrétien, de droite, qui restera au pouvoir durant près de vingt années. La première tâche des autorités sera la transformation et la modernisation de l’économie rurale traditionnelle et de l’industrie ruinée par la guerre, avec l'aide massive financière des Etats-Unis. 

Une des particularités essentielles de la modernisation industrielle de l’Italie est l'emploi d'une masse ouvrière d’origine rurale, et non pas étrangère, des « émigrés de l’intérieur» selon l’expression de Pellicani [2]. Cette particularité [3] explique la vigueur des mouvements sociaux ouvriers, et notamment des ouvriers spécialisés, employés dans les tâches les plus répétitives et abrutissantes des grandes chaînes de montages des usines. L’immigration étrangère de masse s’effectuera en Italie à partir des années 1980.

D'autre part le développement industriel de l’Italie se caractérise par la concentration de l’industrie et des grands bassins d’emploi dans les régions Nord qui aura comme conséquence l’immigration massive des méridionaux fuyant la pauvreté du Sud. Des millions de méridionaux, en grande majorité pauvres, analphabètes et d’origine rurale, s’installeront dans les villes du Nord.


ITALIE | Luttes Urbaines 1950-1980



Les Années de plomb, 
                                    [gli anni di piombo]?


Il serait erroné, voire complètement faux, de résumer les années 1970 de la contestation en Italie à cette dénomination  années de plomb car, bien au contraire, il s'agit d'une époque d’intense créativité politique et intellectuelle, un formidable renouvellement idéologique, ayant pour principe d'imaginer la vie libérée du poids du capitalisme et des moyens pour y parvenir. Aujourd'hui, les médias, les publications ne retiennent que l’essor de la lutte armée, l'activité terroriste de quelques groupes révolutionnaires armés, dont celle des Brigades Rouges. 

A. Cavazzini [1] juge ainsi : « d’où la sombre dénomination «années de plomb», qui est entièrement négative et ne saisit que le côté désastreux ou obscur de l’époque. Il faut remarquer que l’autre dénomination de « Mai rampant » est autant fourvoyante que la première : la conflictualité politique et sociale était loin d’être « rampante », étant plutôt virulente et ouverte tout au long des deux décennies considérées. »

Burkina Faso : Révolution et Politique Urbaine

Thomas Sankara
Il vaut mieux faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple.
Thomas Sankara

L'architecture et l'urbanisme ne sont guère des domaines 
où les révolutionnaires, une fois parvenus au pouvoir, excellent. Fidel Castro n'engagea pas les architectes vers une vision sociale/conceptuelle aussi radicale que sa politique anti-impérialiste, les dirigeants socialistes enclins aux grandes réformes radicales, tel qu'Hugo Chavez [1], n'ont jamais défini comme prioritaire l'habitat social, l'habitat pour le plus grand nombre et au-delà la ville idéale. Les Comités de quartier, dans les pays du bloc soviétique, ceux de La Havane ou de Caracas, seront les principales avancées, certes non négligeables. 

Thomas Sankara n'échappe pas à la règle ;  Révolutionnaire, considéré, à juste titre, comme le Che Africain, panafricaniste et tiers-mondiste burkinabé, il incarna et dirigea la Révolution Burkinabé du 4 août 1983 jusqu’à son assassinat lors du coup d’état de son successeur -et compagnon- Blaise Compaoré. Figure incomparable de la politique africaine et mondiale, radicalement insoumis à tous les paternalismes et docilisations pourtant plus sûrs placements en longévité politique post-coloniale, Thomas Sankara a légué aux générations futures la verve et l’énergie de l’espoir, l’emblème de la probité et la conscience historique de l’inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions. Plus de vingt années après son assassinat, il demeure toujours un exemple pour les jeunes africains contestataires. 

De la misère en milieu hippie

Architectes : Superstudio [Italie] : Supersurface

L’urbanisme hip - essayant toujours de créer un espace confortable où pourrait fleurir sa pseudo-communauté - n’a jamais manqué de créer pour lui-même des réserves où les indigènes se regardent entre eux d’un air ébahi parce qu’ils en sont également les touristes.

groupe Contradiction
On the Poverty of Hip Life,
avril 1972

Les valeurs qui ont anciennement soutenu l’organisation des apparences ont perdu leur puissance ; la morale, la famille, le patriotisme et tout le reste sont tombés comme autant de poids morts. Les anciens rôles et les anciennes mystifications ne peuvent plus dédommager le sacrifice d’expérience authentique qu’ils demandent. Homme d’affaire, professeur, honnête travailleur, play-boy, femme de ménage - qui peut encore les prendre au sérieux ? Les idoles et les héros dominants deviennent risibles. Toute falsification est en crise.

Cette désintégration des valeurs ouvre un vide positif qui rend possible une libre expérimentation. Mais si cette expérimentation ne s’oppose pas sciemment à tous les mécanismes du pouvoir, alors, au moment critique où toutes les valeurs sont aspirées dans le tourbillon, de nouvelles illusions viennent combler le vide ; le pouvoir a horreur du vide.

CHYPRE, Varosha Ville Interdite

Varosha : Ville morte depuis 1974


En 1960, Chypre devient une république indépendante, membre de l’ONU et du Commonwealth. Le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce deviennent les États garants de l'équilibre constitutionnel. Le traité de garantie accorde, en particulier, un droit d'intervention militaire, sous certaines conditions, aux trois puissances garantes, pour rétablir l'ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifié.

Murs et Checkpoint

Bansky

Evelyne Ritaine

La barrière et le checkpoint : mise en
politique de l’asymétrie
Evelyne Ritaine, directrice de recherche FNSP


L’ancien Big Brother était préoccupé par l’inclusion – l’intégration, mettre les gens en rang et les y maintenir. Ce qui intéresse le nouveau Big Brother, c’est l’exclusion – c’est chercher les gens qui ne conviennent pas au lieu où ils sont ; les bannir de ce lieu et les déporter “là où est leur place” ; ou, mieux encore, ne jamais les autoriser, pour commencer, à se rapprocher de ce lieu. Le nouveau Big Brother fournit aux officiers de l’immigration les listes de gens qu’ils ne devraient pas laisser entrer, et aux banquiers la liste de ceux qu’ils ne devraient pas admettre dans la compagnie de ceux qui sont dignes de crédit. Il donne aux gardes des instructions concernant ceux qu’ils devraient arrêter devant les grilles et ne pas laisser pénétrer dans la communauté de l’autre côté des grilles. Il insuffle aux surveillants du voisinage l’idée d’épier et de chasser les prétendus rôdeurs ou ceux qui ont des intentions louches – étrangers qui ne sont pas à leur place. Il offre aux propriétaires des circuits de télévision fermés, pour empêcher les indésirables de s’approcher. Il est le saint patron de tous les videurs, que ce soit au service d’une boîte de nuit ou d’un ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur.

Zygmunt Bauman 1

Mike DAVIS : La voiture piégée : la force aérienne du Pauvre


La plus grande majorité des organisations communistes révolutionnaires pratiqueront la propagande par le fait dirigée contre des cibles précises et elles ne feront guère usage de la violence aveugle dans le but intentionnel de tuer le plus grand nombre de civils innocents. Peu ont recours à la voiture piégée, instrument de mort et de destruction massive. Mike Davis nous raconte l'histoire de la voiture piégée, aussi bien utilisée par la CIA que par les groupes terroristes dont la logique est la terreur aveugle, le but,  d’indicibles carnages. Une forme de fascisme. 

Mike DAVIS
Les forces aériennes du Pauvre
Article publié par TomDispatch.com en 2006
Prélude au livre Petite histoire de la voiture piégée

Présentation de Jean BATOU

Le texte que nous présentons aujourd’hui s’intitule «Les forces aériennes du pauvre». Il y ébauche une histoire des attentats à la voiture piégée. Pour Davis, il s’agit d’une «arme semi-stratégique, comparable par sa puissance (…) à l’aviation, du fait de sa capacité de détruire des localités urbaines et des quartiers généraux». Peu coûteuse, elle est à la portée des plus démunis, en particulier des mouvements populaires des pays dominés, acculés à des guerres asymétriques (Palestiniens, IRA, Tigres tamouls, résistance irakienne, etc.). 

Vietnam : Offensive Révolutionnaire contre les Villes

Saigon, 1968, jeune réfugié et notable : richesse et pauvreté


Après une vingtaine d'années de guerre révolutionnaire [1946/1968],  dont la stratégie politico-militaire s'appuyait sur la guérilla rurale, les révolutionnaires vietnamiens, en janvier 1968, lancent une vaste offensive sur les villes ennemies du Sud-Vietnam. L’offensive du Têt, attaque frontale contre les forces armées sud-vietnamienne et américaine dans les villes, jusqu'au coeur de Saigon, dans l'enceinte même de la sacro-sainte ambassade américaine, est surprenante : s'attaquer aussi massivement contre les troupes ennemies des villes et villages allait contre toute logique. S'agissait-il de profiter d'un effet de surprise, d'impulser un soulèvement urbain généralisé destiné à accélérer la fin du conflit, ou bien de médiatiser au plus haut niveau, cette guerre interminable, en portant symboliquement et spectaculairement le conflit dans les villes ?

L’offensive du Têt, une bataille décisive de la guerre du Vietnam

LIFE , 9 février 1968
Phil Hearse 
L’offensive du Têt, une bataille décisive de la guerre du Vietnam

Menée en janvier et février 1968, l’offensive du Têt a scellé la défaite états-unienne dans la guerre du Vietnam. Paradoxalement les armées insurgées — l’Armée populaire du Vietnam (APL) et le Front national de libération (FLN) — n’ont atteint que peu de leurs principaux objectifs politiques et militaires et ont subi des lourdes pertes. Mais l’ampleur dramatique de l’offensive et les images des luttes urbaines visibles sur les écrans des télévisions du monde entier ont convaincu les opinions publiques mondiale et américaine que cette guerre ne pouvait pas être gagnée par les États-Unis. 

Vietnam : Cu Chi, une Ville Rebelle souterraine

Maquette de principe du complexe souterrain de Cu Chi.

« Personne n'a démontré plus d'habileté à cacher ses installations que le Viêt-công, une organisation de taupes humaines ».


Dans la bouche du général William Westmoreland, commandant en chef de l'armée américaine au Viêt Nam, il s'agit bien d'un compliment. Il n'est pas immérité : les vietnamiens ont creusé - de la guerre contre la France à la fin des années 1940 jusqu'à la victoire finale en 1975 - l'immense réseau souterrain de Cu Chi, qui devait permettre aux combattants vietnamiens de ravitailler depuis la piste Ho-Chi-Minh et d'implanter une zone de combat sans massif forestier -après les bombardements-  proche de Saïgon.

Mike DAVIS : Bombsville au Vietnam

 Da Nang, arrestation d'une Viet Cong en octobre 1972

En d’autres termes, la voiture piégée était tout d’un coup devenue une arme semi-stratégique comparable sous certains aspects à l’aviation dans sa capacité de détruire objectifs militaires centraux et cibles urbaines critiques, ainsi que de terroriser la population de villes entières.
Mike Davis

Dès les premiers temps de la guerre, les révolutionnaires vietnamiens pratiqueront la propagande par le fait, en multipliant les assassinats et les attentats, qu'ils avaient déjà pratiqué contre l'armée d'occupation japonaise. Reprenant ainsi, les actions des résistants français durant la second guerre mondiale contre les occupants nazis et leurs collaborateurs. La réponse de l'armée française et de la police franco-vietnamienne, puis par la suite sud-vietnamienne, sera  la torture et les assassinats. La violence est dans les deux camps, jusqu'à la fin du conflit.
Plan d'attaque Vietcong contre un club militaire coréen à Saigon

MAYOTTE : Esclavagisme moderne et Bidonvilles

Tant qu'un homme pourra mourir de faim 
à la porte d'un palais où tout regorge, 
il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines.

Eugène Varlin

Mercredi 19 octobre 2011 : Trois semaines de rassemblements et de manifestations à Mayotte, en France. Au cours d'une manifestation, Ali El Anziz est décédé suite à un tir de grenade lacrymogène de la police. Le  préfet, évoque un malaise cardiaque... [!] Mayotte, département français d'Outre Mer où s'érige, comme en Guyane, à Nouméa, les plus grands bidonvilles de France.