ESPAGNE | CAMPO de DALIAS





CAMPO DE DALIAS


Photographies | Emilien CANCET *
2007


La vaste étendue plastifiée nommée Campo de Dalias, en Andalousie, concentre toutes les formes radicales d'exploitation de l'Homme et de son environnement dont est capable le génie humain ; cette Mer de plastique de 30.000 hectares est dédiée à l'agriculture intensive, industrielle, de fruits et de légumes, dont une partie, alimente la marché français : 40 % des fruits et légumes vendus en France proviennent d’Espagne (8.000.000 de tonnes de fruits, 6.000.000 de légumes par an) faisant de l’Espagne le premier fournisseur agricole et agroalimentaire de la France.

Ce qui caractérise la production d’Espagne est qu'elle n'est pas l'oeuvre, seulement, de consortiums, de multinationales ou d'un quelconque groupement d'industriels, au contraire, ce sont bien des milliers d'exploitants agricoles issus, à l'origine, des classes les plus pauvres de l'Andalousie, qui assurent au pays un prodigieux excédent commercial (10 milliards d’€uros en 2015). Pour parvenir à un tel exploit, et face notamment à son concurrent direct, le Maroc, les producteurs espagnols, aidés par les financements européens, ravagent encore et encore leurs terres, et, de même, exploitent la force des travailleurs agricoles, principalement venus d’Afrique du nord.

Le Campo de Dalias, est d'abord l'oeuvre de l'administration du dictateur Franco et peu l'évoque, mais ce territoire porte la marque idéologique de trente-cinq années de franquisme caractérisées par un capitalisme anarchique, un anarcho-capitalisme qui préfigure ou anticipe, le capitalisme libéral-libertaire post-moderne. Une idéologie dont les principes affirment l'initiative individuelle, prônent un laisser-faire et suggèrent ou favorisent par là, une sorte de déréglementation permanente, une permissivité acceptée, du moins si elles agissent au nom de l'intérêt économique du pays.


Source : European space agency

GODIN | Architecture Unitaire

  

Il ne s'agissait plus de trouver le remède

aux abus et aux erreurs de ce monde ;

il s'agissait de conserver au Peuple la patience

de la Pauvreté.

Jean-Baptiste André Godin  | 1870






En 1880, l'industriel multimillionnaire Jean-Baptiste André GODIN lègue son empire, soit le capital, ses deux complexes Manufactures-Cités, les Familistères – de Guise en France et de Bruxelles -, leurs dépendances et les usines, puis sa fortune personnelle en héritage, à l'Association, une coopérative propriété des salariés. Un héritage historique, le seul à ce jour en France, fait par un industriel socialiste disposant d'une fortune considérable [1]. Critiqué par les marxistes, socialistes radicaux et anarchistes, son empire industriel ne représente pas moins un contre-modèle de l’entreprise capitaliste ; une société nouvelle, imparfaite qui a été dénaturée par la caste des coopérateurs privilégiés, l'aristocratie ouvrière, qui plutôt de prolonger et améliorer l'oeuvre sociale, préféra protéger ses acquis sociaux au détriment des Autres.


Dans cet affrontement, le Familistère occupe un rôle prépondérant. Car la part du capital que chaque salarié reçoit, annuellement, est calculée selon plusieurs critères, en fonction du mérite, de l'ancienneté, du poste occupé, etc., et pour les catégories les mieux avantagées, dont les « Associés », une des conditions imposées par Godin est d'habiter le Familistère depuis au moins cinq années. 

 

Le Familistère n'est qu'une pierre dans l'édifice social de son programme politique, mais ce fut la première, ou plutôt, la seconde après les ateliers ; car il était nécessaire selon Jean-Baptiste Godin, avant tout, de bâtir une cité autonome afin d'expérimenter in vitro les innovations du socialisme, et d'éduquer ses premiers ouvriers, en majorité des pauvres gens issus de milieux défavorisés et de la campagne, analphabètes et, souvent, plongés dans les ténèbres de l’égoïsme. Le Fondateur le déplorait avec amertume : peu avant sa mort – en 1888 -, il évoquait que trente années de vie socialiste au sein du Familistère de Guise – habité en 1860 – avait porté bien peu de fruits rouges.



ARCHITECTURE | ECOLOGIE en FRANCE | 1944 - 1968





Cette analyse se consacre à l'histoire des rapports entre l'architecture et l'écologie, de l'après seconde guerre mondiale à la crise de 1973. Ce n'est pas l'histoire des formes architecturales que nous présentons ici, mais ce qui a contribué à les faire émerger des débats, les conditions - politique, technologique - dans lesquelles les nouvelles architectures prenant en compte d'une manière l'autre des considérations écologiques et environnementales viennent à naître, à disparaître, à réapparaître, et tout ce qu'elles sous-entendent. Un exercice qui exige de superposer à l'histoire de l'architecture d'autres histoires d'autres domaines. Cette recherche historique se justifie, si elle doit l'être, car elle reste à écrire ; l’histoire de l'architecture, et aujourd'hui sa critique, se déclinent le plus souvent au travers d'études et d’analyses d’experts couvrant des domaines particuliers, des périodes limitées. Nous préférons un autre mode de lecture, celui de l'interaction des théories des avant-gardes architecturales, des grands esprits de l'époque, des mises en garde des écologistes et des aspirations populaires, de l'interaction du réel et de l'utopie là où l'Etat décide et commande ; de la nécessité de théoriser la complexité plutôt que la simplifier : il serait trop simpliste d'expliquer de manière automatique, rationnelle, tout ce qui a nourri l'émergence des nouvelles avant-gardes architecturales, le principe de cause à effet serait réducteur, comme il serait erroné d'isoler, de rendre autonome leurs pensées.

C'est pour ces raisons que nous avons préféré établir une chronologie détaillée et thématique plutôt qu'une explication forcément subjective, méthode plus objective qui laisse apparaître à la fois les différences profondes entre les acteurs, leur éloignement ou leur distanciation, leurs contradictions et leurs intersections, et qui révèle toute leur complexité et leur pluralité. Ainsi, comme à notre habitude, et à contre-courant, la chronologie que nous présentons s’intéresse aux disciplines propres, extérieures et lointaines gravitant autour du domaine de l’écologie urbaine et architecturale, dans une synthèse relevant davantage du bazar, que de la perfection scientifique rigoureuse.

Pourquoi, en effet, ne pas mentionner Le domaine des Dieux (qui s'adressait aux architectes) et Idefix (premier toutou écolo), créés par Goscinny et Uderzo, pour mesurer l'état d'esprit d'une France critique envers ses élites bâtisseuses de modernité... et ses architectes_! Une France manifestement mécontente des grands travaux de l'Etat, du laisser-faire spéculatif, qui donna naissance à deux mouvements de lutte d'ampleur : la lutte pacifique et encore célèbre du Larzac, et celle bien moins évoquée, car armée, des nationalistes corses ; tandis qu'à Paris, les z-écolos exigeaient déjà , eux, la vélo-libération des quais.

Dans le titre général de cette brochure est stipulé EN FRANCE ; limite qui aurait certainement réduit des deux tiers les pages de cette brochure ; car en effet, si dans le monde de l'écologie scientifique, philosophique, et donc de la contestation, la France disposait d'un capital intellectuel de premier ordre, il n'en était pas de même pour le monde de l'intelligentsia architecturale et urbaine ; cette pénurie française, et intellectuelle et de praticiens accordant un grand intérêt - à nos yeux en tout cas - aux questions environnementales et écologiques, nous a donc conduit à franchir des frontières pour y trouver les sources de l'architecture écologique, de l'urbanisme environnemental, théorisés après la seconde guerre mondiale.





Le Corbusier
Ville parc
1930


AIRBNB | Nouvel Acteur Social ?



http://insideairbnb.com/index.html


Pas de contrat, de feuilles de salaire,  ni d’avis d’imposition ?
Une seule solution pour louer :
AIRBNB !

AIRBNB se targue d’avoir inventé dans le domaine de la location meublée temporaire, l’économie du partage, l’économie collaborative ; ses détracteurs l’accusent au contraire d'aggraver le phénomène dans les grandes villes d’une offre de logements insuffisante tirant les loyers vers le haut : certains propriétaires préfèrent la très lucrative location temporaire aux touristes à la location de longue durée aux habitants.

BAUDRILLARD | La Mystique de l'Environnement


ASPEN 1970 from rosa b on Vimeo.


En France, l’« environnement » 
est une des retombées de mai 1968, 
plus précisément une retombée 
de l’échec de la Révolution de Mai...

Le programme des Conférences internationales de design à Aspen au Colorado, organisées chaque été depuis 1951, était un forum de discussion centré sur le design qui réunissait pendant quelques jours, les chefs de file du design américain ainsi que des industriels et des délégations étrangères. En 1970, le thème s’occupe de l'Environment by design, et Reyner Banham est en charge de l’organisation. Une délégation française [1] y est invitée conduite par le designer Roger Tallon, à laquelle participe Jean Baudrillard ; à qui la délégation lui confie le soin d’écrire un texte devant être prononcé à la clôture du forum. Rappelons que la guerre du Vietnam est à son apogée meurtrière, et que le forum est perturbé par les étudiants contestataires de la New Left. Jean Baudrillard [2] ira au-delà de leurs espérance et attente :

« Le groupe français invité à cette conférence a renoncé à présenter une contribution positive. Il a pensé que trop de choses essentielles n’ont pas été dites ici, quant au statut social et politique du design, quant à la fonction idéologique et à la mythologie de l’environnement. Dans ces conditions, toute participation ne pouvait que renforcer cette ambiguïté, et le silence complice qui règne sur cette conférence. Le groupe a donc préféré présenter un texte de mise au point.


PIALAT | BANLIEUE 1960




COURT METRAGE DE MAURICE PIALAT par mijosorbier

« La grande banlieue est la terre élue du p’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses : ma p’tite maison, mon p’tit jardin, un bon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille »


L’amour existe,

Documentaire de Maurice Pialat

1960
Durée : 20 minutes.

Textes du documentaire, [extraits...].

« Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.

Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie », « Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».



BOUCQ | Paquebot-hlm




Tous les dessins de l’excellentissime BOUCQ ici :
http://boucq.blog.lemonde.fr/



CUBA | Villes et Révolution


Cuba, La Havane, image du film Soy Cuba de Mikhail Kalatozov

Les grandes villes n'aiment pas la Révolution, quelque soit leur nature, et les révolutionnaires apprendront à s'en méfier ; ainsi le Parti Communiste Chinois persécuté dans les villes, s'exilera en 1928 dans les campagnes les plus reculées, Ho Chi Minh opéra la même stratégie, face à la terrible répression à Hanoï et Saigon, faite par la police militaire française, et par la suite, l'armée nord-vietnamienne essuya une grave défaite lors de l'offensive du têt contre les villes ;  les combattants algériens du Front de Libération National, décimés par les mêmes tortionnaires militaires français, abandonnaient Alger, en 1957. Les zones rurales, de montagne et de jungle – d'accès et de contrôle difficiles, par leur étendue, au contraire de l'espace limité des centres urbains – constituaient des lieux de retraite et des refuges efficaces, puis les meilleurs sanctuaires pour les révolutionnaires, mais également un prodigieux réservoir de militants, et notamment de paysans pauvres. 

Les révolutionnaires cubains ne prendront guère exemple sur ces expériences : la stratégie politico-militaire initiale décidée par les dirigeants de la Direction nationale du mouvement du 26 juillet – le M-26 -, présidée par Fidel Castro, pour mener à bien la révolution à Cuba, était de s'appuyer sur une insurrection urbaine générale, un « coup de force » initié par les milices urbaines du M-26 de Santiago de Cuba et de La Havane, devant s'étendre,  par un effet de Domino irréversible,  à toutes les villes du pays, entraînant spontanément le peuple urbain dans leur révolution, rappelons-le, non-socialiste, anti-dictatoriale et exigeant une véritable démocratie.

Walter BENJAMIN | Haussmann ou les barricades



Haussmann cherche à les [combats de barricades] prévenir de deux façons. La largeur des rues en rendra la construction impossible et de nouvelles voies relieront en ligne droite les casernes aux quartiers ouvriers. Les contemporains ont baptisé son entreprise : « l’embellissement stratégique ».

WALTER BENJAMIN


E. Haussmann ou les barricades

I

J’ai le culte du Beau, du Bien, des grandes choses,
De la belle nature inspirant le grand art,
Qu’il enchante l’oreille ou charme le regard ;
J’ai l’amour du printemps en fleurs : femmes et roses !
Baron Haussmann, Confession d’un lion devenu vieux.

L’activité de Haussmann s’incorpore à l’impérialisme napoléonien, qui favorise le capitalisme de la finance. A Paris la spéculation est à son apogée. Les expropriations de Haussmann suscitent une spéculation qui frise l’escroquerie. Les sentences de la Cour de cassation qu’inspire l’opposition bourgeoise et orléaniste, augmentent les risques financiers de l’haussmannisation. Haussmann essaie de donner un appui solide à sa dictature en plaçant Paris sous un régime d’exception. En 1864 il donne carrière à sa haine contre la population instable des grandes villes dans un discours à la Chambre. Cette population va constamment en augmentant du fait de ses entreprises. La hausse des loyers chasse le prolétariat dans les faubourgs. 

CHINE | La Commune de Shanghai



La Commune de Shanghai 
et la Commune de Paris

Hongsheng Jiang
La Fabrique septembre 2014

Il y a 50 ans en Chine, la Révolution Culturelle
Une révolution dans la révolution
Le 21 mai 2016, 18 heures, 
Conférence-débat avec Hongsheng Jiang
professeur à l'université de Pékin, au local de l'ACTIT, 
54 rue d'Hauteville à Paris (Métro Chateau d'eau ou 
Bonne Nouvelle).


INTRODUCTION

En 1871, pendant la guerre franco-prussienne, les travailleurs parisiens se révoltèrent contre le gouvernement bourgeois et formèrent la Commune de Paris. Pour les marxistes classiques, c’était le premier gouvernement des travailleurs, un modèle exemplaire, quoique embryonnaire, de dictature du prolétariat. Pour Marx, le principe de la Commune de Paris était que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre possession de la machine d’État toute prête, et de la faire fonctionner pour son propre compte ». Après la défaite de la Commune, cette interprétation se propagea dans le monde entier et en particulier en Chine.

Eloge de la Révolte



 Puerta del Sol | Madrid (España) | 2011

Post de 2012, remonté ici, actualité invite, 
concernant :

Le Campement illégal 
de la Puerta del Sol 
récompensé par un Prix 

Le Prix européen de l'espace public urbain est une initiative du Centre de Culture Contemporaine de Barcelone (CCCB) et de grandes institutions européennes qui, tous les deux ans, récompense une opération de réhabilitation d'espace public ; le seul Prix, en Europe, dont l'ambition est de reconnaître et de promouvoir le caractère public des espaces urbains (accès libre et universel) et leur capacité de cohésion sociale. Les réalisations primées sont, selon les organisateurs, des interventions "chirurgicales" en milieu urbain, ayant fortement "améliorées les conditions de vie des citoyens" ; et le Prix exalte l'architecture à vocation sociale plutôt que des interventions spectaculaires ou esthétisantes.

En 2012, le jury a attribué un Prix spécial au campement des "indignés" de la Puerta del Sol à Madrid, érigé lors des évènements de mai 2011, qui se composait de constructions éphémères et légères faites de cordes, câbles, toiles tendues au hasard, de matériaux de récupération, de tentes : des structures ingénieuses construites illégalement - mais n'infligeant aucun dommage au sol et aux bâtiments - devant abriter de la pluie et du soleil, les besoins logistiques tels que les services de santé, les espaces d'intérêt collectif, les représentations des organisations, les cantines populaires, le centre de presse, etc : une véritable ruche. Le mot d'ordre des manifestants fit le tour du monde : Toma la Plaza [Prends la Place]. [1]

Acampada en la Puerta del Sol | Madrid (España) | 2011

FRANCE | EUROPA CITY




Europa City | BIG Architectes | 2012

Republication de ce post car débutera le 17 mars 2016 jusqu'au 30 juin, un débat public concernant le monstre Europa City, organisé par le promoteur (groupe Auchan) et la Commission nationale du débat public.

La compétition internationale entre les villes-états, impose à présent des nouveaux lieux de consommation, de plaisirs, de loisirs, de culture et d'oisiveté, non plus disséminés ou éparpillés dans la ville, mais agglomérés intimement et concentrés dans un même espace, pratiquement, sous un même "toit". Le gigantisme qui caractérise ces nouveaux complexes ludico-commerciaux en font des monuments touristiques à vocation internationale : parmi les plus remarquables, The Dubaï Mall dispose de 836.000 m² d'activités sur une aire de 1.200.000 m², le West Edmonton Mall au Canada s'étend sur 500.000 m², le New South China Mall aligne 660.000 m² d'un seul tenant [d'ailleurs quasi abandonné], concurrencé par l'ouverture prochaine de l'American Dream, Meadowlands près de New York, d'une surface de 700.000 m². En France, le plus imposant centre commercial, l'affreuse Belle-Epine en région parisienne, propose seulement, et sans autres attractions-distractions pour le chaland outre un multiplex, 140.900 m² de surfaces commerciales, banales, sans caractère, ni originalité. 


ZANZIBAR Socialiste




ZANZIBAR

ARCHITECTURE 
URBANISME 

SOCIALISTES

[1964 - 1984]


Peu après la révolution de 1964,  en Zanzibar socialiste, Abeid Karume, le dirigeant du Conseil révolutionnaire Zanzibari,  déclarait :

« une personne qui vit dans une hutte branlante plutôt que dans un appartement moderne ne peut véritablement être dite libre ».

Loger le Peuple dignement : pour y parvenir, le premier Conseil révolutionnaire de la République de Zanzibar reprend les mesures  - adéquates - déjà instaurées auparavant en d'autres terres socialistes : réquisition, confiscation des biens immobiliers appartenant à de riches propriétaires, aux opposants, puis nationalisation et redistribution des biens et partage équitable des terres, création de coopératives agricoles, et, construction de logements, avec comme objectif, d'édifier la ville nouvelle socialiste, et au-delà, l'Homme nouveau. Ainsi, le vaste bidonville Ng'ambo, « l'Autre côté » - sordide héritage du colonialisme britannique -, qui encerclait les quartiers huppés, Stone Town, de la capitale, Zanzibar City, devait, à terme, être complètement éradiqué afin d'y bâtir la ville moderne. Pour mener à bien cette tâche gigantesque, titanesque même, Karume invita architectes, urbanistes Est-allemands, spécialistes renommés de l'architecture sociale, héritiers du Bauhaus. 


Lucia KATZ | Les asiles de nuit 1871-1914




« Au chemin du vice et du crime
Le malheureux n’est plus conduit,
Puisqu’on le reçoit en victime
À l’Hospitalité de nuit. »
(Jean de Lorr)


L’Avènement du sans-abri
Les asiles de nuit, 1871-1914
Lucia KATZ


Editions LIBERTALIA
2015

Les victimes de la rue font partie des sujets qui, depuis près de cent cinquante ans, reviennent chaque hiver, suscitant tout autant l’effroi que la compassion, l’incompréhension et l’indignation. Ce livre raconte l’avènement, au XIXe siècle, d’une nouvelle catégorie de pauvres : les « sans-abri », incarnée dans un dispositif spécifique, celui des asiles de nuit.

Lucia Katz reconstitue ce réseau d’assistance et nous introduit en son sein. C’est toute l’expérience sensible de l’asile qui est ici restituée : la file d’attente devant le refuge, l’ouverture des portes et l’inscription au registre, les étuves de désinfection, les dortoirs, le règlement à respecter sous peine d’exclusion, l’encadrement, le réveil. Elle insiste sur les nombreux débats qui parcoururent les réseaux de l’assistance et de la philanthropie : fallait-il donner à manger ? mettre au travail ? Quelle fonction donner à ces hébergements : un soulagement temporaire ou une aide à la réinsertion ? S’agissait-il de servir les pauvres ou de les contrôler ? écarter la misère ou la révolution ?

Ce travail retrace et éclaire la genèse de nos centres d’hébergement d’urgence. Il décrypte les ambiguïtés des institutions philanthropiques et déconstruit l’idéal de cohésion et de « synthèse sociale » qui marque les débuts de la IIIe République.
Un débat toujours d’actualité.

Corée du Sud | SONG DO | Ville Ubiquitaire



ARTIFICIALITÉS FUTURES

SONGDO : 

VILLE INTELLIGENTE DU FUTUR OU CAUCHEMAR ORWELLIEN ?


Via: ECHORADAR
(Hors illustrations - Photos)
Septembre 2015


Comme Brasilia en son temps, la ville de Song Do en Corée du Sud est une création ex nihilo. Pour autant, les raisons et, à plus forte raison, les principes qui conduisent à son développement sont radicalement différents. Portée par le concept du « Zéro émission de carbone » (« Zéro CO² »), sa conception s’appuie fortement sur les systèmes d’information avec une prépondérance marquée pour les équipements et les objets connectés.

Peut-on dès lors considérer Song Do comme une ville-pilote qui viendrait dessiner l’avenir urbain des grandes métropoles du futur, écologiques, (ultra) connectées mais aussi plus intrusives, sans âme et renforçant un peu plus encore l’individualisation de ses habitants ?
 

ITALIE | Urbanisme Sécuritaire





La revue italienne San Rocco, consacrée à l'architecture, publiait en décembre 2010, ces images contre les propositions du ministre de l'Intérieur de restreindre et de contrôler les accès des grandes places lors des manifestations ; grande idée suggérée à la suite des turbulentes manifestations étudiantesLe maire de Rome soutenait le projet, ainsi que nombre de personnalités politiques.

En illustrations ironiques San Rocco
reprend les dispositifs sécuritaires DASPO  [un acronyme pour Divieto di accedere alle Manifestazioni sportive] que l'on trouve aux abords des stades, ces barrières de sécurité équipées de tourniquets et autres dispositifs pour réglementer et hyper-contrôler leur accès. L'on songe aux propos du philosophe italien Giorgio Agamben qui écrivait après les émeutes survenues à Gênes en 2001 contre la grande réunion G8 :


" À Gênes, on a vu comment on peut élever des grilles et des portails, et transformer le tissu urbain vivant en un espace mort qui rappelle celui des villes pestiférées et des camps de concentration. " Voilà la ville, voilà le monde dans lequel nous allons vous faire vivre, dans lequel, même si vous ne vous en êtes pas encore rendus compte, vous vivez déjà " : c'est celui-là, le message qu'à Gênes, le pouvoir a lancé à l'humanité. C'est à l'humanité de l'entendre, ce message, c'est à nous de réussir à penser les réponses à lui apporter. Nous devons réagir à ce qui est peut-être, après le projet nazi d'un nouvel ordre mondial, le plan le plus invivable et fou qu'un pouvoir ait jamais imaginé pour ses sujets."
Giorgio Agamben
Genova e la peste [Gênes et la peste] 
Il Manifesto


GUERIN | FASCISME & GRAND CAPITAL




« Le pays ne sera sauvé que provisoirement par les seules frontières armées : il ne peut l'être définitivement que par la race française, et nous sommes pleinement d'accord avec Hitler pour proclamer qu'une politique n'atteint sa forme supérieure que si elle est raciale, car c'était aussi la pensée de Colbert et de Richelieu.»

Jean Giraudoux
Pleins pouvoirs | 1939



« D'autre part, le fascisme préfère susciter la foi plutôt que s'adresser à l'intelligence. Un parti soutenu par les subsides du grand capital et dont le but secret est de défendre les privilèges des possédants n'a pas intérêt à faire appel à l'intelligence de ses recrues... »

« Le fascisme n'hésite pas à séduire les masses au moyen d'une démagogie passe-partout. Il promet la lune à chaque catégorie sociale, sans se soucier d'accumuler les contradictions dans son programme.»

« Le fascisme, de quelque nom qu'on l'appelle, risque de demeurer l'arme de réserve du capitalisme dépérissant.»

Daniel Guérin
Fascisme et grand capital
1936, complété en 1945


L'ouvrage Fascisme et Grand Capital, de Daniel Guérin, est le récit de la montée du fascisme en Europe, le fruit pourri d'une crise économique longue et destructrice, et l'expression de la décadence de l'économie capitaliste ; il n'est pas le produit du grand capital en tant que tel, mais il le devient à partir du moment où son hégémonie sur les masses - sincèrement convaincues ou réprimées et rendues muettes par la force - prend de l'amplitude.

La percée des partis politiques nationalistes en ce début de 21e siècle se différencie ainsi de leurs ancêtres : pas de milices armées agissant en toute impunité, pas de programme politique radical appelant à une révolution totale, c'est-à-dire, utopique {1}, ni d'homme providentiel capable de soulever, réveiller l'enthousiasme d'immenses foules et guider leurs instincts les plus pervers, dont guerrier et xénophobe. En France, nul ne pouvait prétendre incarner cet homme providentiel - l'on tenta sans succès de faire accéder à ce statut de demi-dieu Léon Blum, puis Pétain.


GARNIER | ESPACE INDÉFENDABLE




Jonathan Olley
Irlande
1999

Jean-Pierre Garnier

UN ESPACE INDÉFENDABLE

L’aménagement urbain à l’heure sécuritaire



“ La forme suit la frousse et vice-versa ”
Nan Ellin

L’image de la ville, “refuge des libertés ” et “havre de paix ”, image encore proposée par des auteurs complaisants qui refusent de considérer ces désordres et ces drames de la guerre civile, est sans doute l’une des plus flagrantes impostures de l’histoire de nos sociétés d’Occident.” En faisant la part des choses, cette appréciation de l’historien Jacques Heers, en conclusion de sa magistrale étude sur la ville médiévale (Heers J, 1990), semble pouvoir être transposée aux discours, doctes ou communs, que l’on entend ici et là aujourd’hui, célébrant ce “ lieu par excellence du vivre-ensemble ” que serait la “ ville de l’âge démocratique ”, alors qu’une guerre sociale rampante est en train d’en démentir l’avènement.