Christopher ANDERSON | GAZA | BETHLEHEM

2007 | Palestinian day workers crowd into the corral that leads to the checkpoint to Jerusalem


Christopher ANDERSON

Bethlehem | Gaza




CARACAS | - de pauvreté + de violence





Maurice Lemoine


Moins de pauvreté et... une insécurité galopante Caracas brûle-t-elle ?


Le Monde Diplomatique | 2010

Christopher Anderson 

CAPITOLIO | Caracas



Malgré une politique active de justice sociale, le Venezuela affiche toujours un taux d’homicides parmi les plus élevés au monde. Comment s’explique cette violence persistante, que le gouvernement du président Hugo Chávez a longtemps négligée et que ses opposants, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, ne se privent pas d’instrumentaliser ? 

Dans l’expression de son hostilité au Venezuela « bolivarien », le quotidien espagnol El País fait rarement dans la nuance. Mais il lui arrive de se surpasser : « Caracas est une ville sanglante. De ses immeubles coulent des fleuves de sang, de ses montagnes coulent des fleuves de sang, de ses maisons coulent des fleuves de sang (...) (1). »



Urbanisme des Dérogations





TOKYO 

« Le problème c’est la réglementation. Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses (…) J’ai demandé que soit conduite une réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l’urbanisme. »
Nicolas Sarkozy, président de la république | avril 2009 

Reprise du rapport de la commission Attali, la proposition de Nicolas Sarkozy, sonne comme un écho, pas si lointain, à celle du président Hollande, d'une « simplification » administrative, devant s'opérer dans les domaines de l'urbanisme et de l'architecture, par l'« adaptation » des « exigences réglementaires », afin de construire à moindre coût, et le plus rapidement possible. Reprenant à son compte l'argumentaire de son prédécesseur, inscrite dans la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009, dont l'article 10 présente les assouplissements des règles de construction afin de permettre une hausse de la densité urbaine, François Hollande estime que les dérogations aux règles d'urbanisme doivent permettre de « créer les conditions pour optimiser l'utilisation des ressources foncières disponibles pour la construction de logements, quitte à autoriser des dérogations aux règles du PLU » [plan local d'urbanisme] :
  • Raccourcir les délais de procédure des grosses opérations, via la mise en place d’une procédure administrative unique et simplifiée pour affirmer l’intérêt général d’une opération devant les citoyens, et de mettre en compatibilité les documents d’urbanisme (PLU, SCT)
  • Lutter contre les recours malveillants et diviser par deux le délai de traitement des contentieux en matière d’urbanisme. Plusieurs pistes sont étudiées, notamment l’augmentation sensible du seuil maximal de l’amende pour recours abusif.
  • Favoriser la densité en zone tendue. Des mesures structurelles figureront dans le projet de loi « logement et urbanisme » en juin 2013.  


Adaptation est synonyme, ici, de dérogations aux lois nationales, aux règlements et aux plans d'urbanisme municipaux. Il s'agit bien, en l’occurrence, pour certains critiques, de la retranscription spatiale d'un des principes fondamentaux des théories libérales : l'intervention des pouvoirs publics doit être minimale, voire « modeste », et s'« adapter », sinon aux exigences mais aux « demandes » d'une planification conduite par le marché. Critiques faites déjà au milieu des années 1960, par la ''Gauche'' – socialistes compris – qui inventa alors le terme « urbanisme des dérogations », pour qualifier la politique du gouvernement gaulliste qui institua ces mêmes « arrangements » jugés par trop favorables à l'investissement privé et parfaitement anti-démocratiques. Les conséquences de ces « dérogations » seront à ce point désastreuses, que le ministre Albin Chalandon, signa le 17 mars 1972, une circulaire ministérielle, dite circulaire « anti-dérogation », explicite par son nom.
Alain Bublex | Paris

HABITAT SOCIAL | Existenz Minimum



Jean Nouvel | Nemausus | Nîmes

On vit en HLM les uns sur les autres
Les lits superposés, j'ai rien connu d'autre
On a la rage mais comment rester sage
On vis en marge, en gros on est tous barges
Souvent les huissiers à ta porte font éruption
Si tu payes pas ton loyer c'est l'expulsion [...]
Ta boite aux lettres est pleine de rappels et d'assignations
Ouais mec c'est ça notre vie
Groupe rap « 113 »
Les Princes de la Ville | 1999

Des architectes dont la renommée n'est guère suffisante pour leur ouvrir les tribunes des grands médias, constatent depuis plusieurs années maintenant, une tendance à une progressive diminution des surfaces habitables des logements neufs du parc social, que l'on peut associer aux revendications d'associations de locataires qui dressent chaque année, le bilan d'une augmentation jugée excessive, des loyers et des charges, notamment en cas de [éco]-rénovation d'immeubles HLM.

Guy Debord | La Société du Spectacle






Guy Debord

La Société du Spectacle |1973

Sous-Titrage : Esp | Eng | Ita | Por | Rus |Pol 


Le Comité des Mal-Logés




Le Comité des mal-logés créé en mars 1987, prend pour modèle les luttes pour le droit au logement engagées entre 1972 et 1973, par le Secours rouge et les militants de la Gauche prolétarienne : aides légales aux mal-logés, occupations illégales et autres activités placées sous le double signe de la solidarité sociale et de leur politisation. Guy Dardel, un des fondateurs de ce comité, avait d'ailleurs été un jeune militant de la Gauche prolétarienne ; puis fondateur du groupe Prolétaires pour le Communisme (PPLC), avant de créer le comité des mal-logés, avec d'autres militants de la mouvance « Autonome ». Le comité s'autodissout en 1994. Nous publions ici leur brochure datée de juillet 1991, intitulée : L'EXPERIENCE du CML


« Et aussi longtemps que subsistera le mode de production capitaliste, ce sera folie de vouloir résoudre isolément la question du logement ou tout autre question sociale concernant le sort de l'ouvrier. La solution résidé dans l'abolition de ce mode de production, dans l'appropriation par la classe ouvrière elle-même de tous les moyens de production et d'existence. »

Friedrich ENGELS |1872

ROHMER | Métamorphose du Paysage








Eric Rohmer 

Les Métamorphoses du paysage : l'ère industrielle | 1964

Les années 1960 sont pour Eric Rohmer des années de transition, entre les Cahiers du Cinéma et la réalisation cinématographique, marquées par une incursion à la télévision scolaire des années Malraux : il réalisera douze documentaires, dont le premier opus de la série: Métamorphoses du paysage, sur l’industrialisation du paysage français, catalogue de constructions industrielles photographiées en noir et blanc, sur lesquelles se pose une voix off volontiers plus poétique que didactique :
« Cette beauté est difficile. Difficile à découvrir, à admettre. Elle est paradoxale. Car il y a paradoxe à rechercher la beauté dans un monde qui lui tourne délibérément le dos. Un monde voué au chaos, à l’informe, au perpétuel changement, à l’inachevé. Un monde qui porte la marque, contrairement au monde champêtre ou urbain, moins de la joie créatrice de l’homme que de sa sueur et de sa peine ».

Gauche Prolétarienne | Luttes Urbaines


Occupation illégale | Secours rouge | 1972


Mai 68 n'est certainement pas « un coup de tonnerre dans un ciel serein », les événements de mai sont précédés d'une longue gestation : de la mobilisation contre la guerre d'Algérie, puis du Vietnam, des grandes grèves ouvrières, dont celle de l'usine Renault Flins en 1964 où les grévistes scandaient : « Nous voulons du temps pour vivre », ou bien encore des échos du combat du Black Panther Party et des expériences des Provos d'Amsterdam ; après l'onde de choc de mai 68, la contestation se distille au sein de la société, et aucun domaine n'est épargné par la critique. La conflictualité se diffuse en profondeur qui s’exprime de plus en plus souvent par le recours à l’illégalité : occupations, séquestrations, violences, sabotages, etc. Le Zeigeist est plus que favorable, selon des groupuscules d'étudiants, pour radicaliser les luttes, et les maoïstes de la Gauche prolétarienne estiment pouvoir emmener le Peuple vers la Révolution.


Guattari | Tokyo l'Orgeuilleuse





Félix Guattari

Tokyo l'orgeuilleuse
Hokoritakaki Tokyo*
janvier 1986


Des cubes lumineux au sommet des buildings [2]. Pour baliser le ciel,
interpeller les dieux ? Plus sûrement par orgueil, à la manière des tours
médiévales de Bologne.
Cette inimitable attention de votre interlocuteur japonais qui, tout
à coup, vous fait vous sentir digne de considération et vous induit à la
tentation mimétique — irrésistible quoique sans espoir — d’appréhender
l’autre sous l’angle d’une nouvelle douceur.


HONG KONG | Kowloon Walled City









HONG KONG
City of Darkness
Life in Kowloon Walled City

Greg Girard
Ian Lamblot


Hak Nam, "the City of Darkness", the old Walled City of Kowloon has come down. Many people in Hong Kong, both Chinese and foreign, for whom it was never more than a disgusting rumour, believed it went years ago. Not so. Almost to the end it retained its seedy magnificence. It had never looked more impudent, more desperate, more evil to some eyes, more weirdly beautiful to others.
For many years its limits were blurred by a dense under-growth of squatters' shacks that spread outward from it. As the first step towards clearing the whole site, these were swept away and replaced on two of the City's four sides by a dusty park where the landscaping is only now taking hold.


Edward SOJA | Justice Spatiale

Hong Kong

Le concept de Justice spatiale, énoncé par Le droit à la ville d'Henri Lefevbre en 1968, n'est autre qu'une tentative de la grande tradition figurative bourgeoise à résoudre, sur le plan d'une idéologie anachronique, les déséquilibres, les contradictions et les dysfonctionnements sociaux des villes ; et à la manière de Le Corbusier, l'on pourrait leur adjoindre le slogan : Urbanisme ou Révolution ! L'idée d'une Ville Juste est bien la preuve d'une contorsion intellectuelle pseudo-humaniste névrotique ;  car l'on sait qu'il est illusoire de proposer des contre-espaces architecturaux, et plus encore urbains : la recherche d'une alternative inscrite au sein même de structures libérales qui conditionnent toute la nature de la condition du projet, est dans les termes une contradiction évidente et historique. L'arriération politique de ce groupe d'intellectuels est marqué par leur relance de l'éthique de l'architecture et de l'urbanisme, en leur assignant des missions politiques destinées à apaiser les tensions, un réformisme érigeant l'Existenz minimum urbain plutôt qu'une ville - une vie - idéales. 


ISRAËL | Le Concept de Sécurité dans les Projets Territoriaux







EYAL WEIZMAN

Le concept de sécurité
dans les projets territoriaux israéliens
La pensée de midi | 2006


Quand l’architecture des colonies de peuplement et la construction du mur obéissent à une stratégie militaire rien moins que “provisoire”.


Bien qu’équipée de capteurs électroniques et d’appareils de surveillance, l’armée moderne continue de concevoir ce qui relève de l’observation et du contrôle en termes topographiques. A propos de l’avantage stratégique actuel des montagnes de Cisjordanie, un groupe d’experts israéliens sur la sécurité déclare : “En raison de leur altitude et de la zone qu’ils commandent […], les sommets [de Cisjordanie] jouent un rôle crucial dans trois domaines au moins : alertes électroniques des services de renseignements, surveillance au loin et construction de stations radar de défense aérienne pour être rapidement informé et mener la guerre électronique.”

IRLANDE du Nord | Architecture Politique (et Militaire)




Golf Five Zero watchtower 
Crossmaglen, South Armagh, Northern Ireland,  'Borucki Sanger' 
1999


Jonathan Olley
Castles Of Ulster

En 1997, le photographe Jonathan Olley obtient l'autorisation de photographier les casernes fortifiées et les tours de contrôle encore en service de l'armée britannique en Irlande du Nord.   Nouveaux châteaux forts de l'Ulster pour Olley, Tom Paulin les qualifient de Martian spacecraft, symbolisant la complète défaite de la politique et des valeurs civiques. Aujourd'hui, la plupart de ces fortifications militaires ont été démantelées en réponse aux accords de paix. 

Israël | Contrôle Territorial, Urbanisation Périphérique et Ségrégation Ethnique


Jerusalem | 1972 | Carte US Army

« Le territoire avec son espace et sa population est non seulement la source de toute force militaire mais il fait aussi partie des facteurs agissant sur la guerre, ne serait-ce que parce qu'il constitue le théâtre des opérations. »
Carl von Clausewitz.



Mikhaël ELBAZ
Contrôle territorial, urbanisation périphérique et ségrégation ethnique en Israël
Revue Anthropologie et sociétés | 1980


L'étude des formes et des modes de regroupement urbains dans les sociétés industrielles renvoie à celle de la pénétration du capitalisme en largeur et en profondeur. Nous entendons par là que les processus d'urbanisation sont déterminés par un double procès, d'une part la dé-territorialisation graduelle des producteurs des formes de production pré-capitalistes et d'autre part, la fixation-concentration tendancielle des travailleurs qui n'ont que leur force de travail à vendre dans des branches et secteurs de la production qui ont nécessairement une inscription spatiale. Cependant, la division socio-spatiale du travail au sein d'une formation sociale donnée demeure un procès complexe que seule une analyse historique du développement inégal et combiné du capitalisme peut éclairer. En effet, nous partons du postulat que le déploiement du capitalisme s'est fondé historiquement à partir de la constitution d'un marché et de la soumission des modes de production antérieurs, de la montée de la bourgeoisie comme classe hégémonique qui tente de contrôler et de clôturer une base d'accumulation au sein de laquelle elle nationalise les sujets et définit l'espace du droit.

Israël | La conquête de la Palestine

Homa Ve Migdal  [Tour & Enceinte]


Alain Dieckhoff
Les trajectoires territoriales du sionisme
Vingtième Siècle. Revue d'histoire. n°21 |1989


Dépouiller le sionisme du principe territorial et vous avez détruit son caractère et effacé ce qui le distingue des périodes précédentes.

C'est ainsi que l'essayiste Jacob Klatzkin définit l'or iginalité profonde de l'entreprise sioniste : parce qu'elle a une visée politique, celle de la réunification de la nation juive, elle a nécessairement une dimension territoriale puisque le rassemblement des dispersés ne pourra se faire qu'à l'intérieur d'un espace clos et autonome. Le sionisme se présente, ainsi, comme un projet avant tout géographique. On peut dès lors se demander comment ce projet a été, historiquement, mis en oeuvre : de quelle façon l'espace de la Palestine a-t-il été façonné, utilisé, travaillé par des pratiques pour devenir un territoire dans lequel s'inscrit un pouvoir politique ? Autrement dit, sur quelles stratégies territoriales le sionisme a-t-il dû s'appuyer pour réaliser son objectif national ? C'est à repérer les modalités d'organisation de l'espace, tant dans le Yichouv (communauté juive de Palestine d'avant 1948) que dans l'Etat d'Israël, et à mettre en lumière leurs incidences politiques que nous nous emploierons.


Exécution | Espace Public






La Révolution de 1789 avait abrogé les supplices des condamnés infligés sur la place publique, et adopté la guillotine : la mort par décapitation qui jusqu'alors était réservée à la noblesse se démocratise et se mécanise. En 1939, le ministre socialiste Daladier interdit la mise à mort publique ; en 1981, le président socialiste Mitterrand abolit la peine de mort ; dans les deux cas, le retard est considérable par rapport aux autres pays démocratiques. Parallèlement, le système pénitentiaire, loin de s'"humaniser", instaura dans le confinement et la discrétion des maisons d'arrêt, des maisons de redressement et des prisons, une « pénalité de l'incorporel », celle de la torture psychologique qui s'adresse autant au corps qu'à l'âme du détenu.  


Michel Foucault
Surveiller et punir
1975

Damiens avait été condamné le 2 mars 1757, à « faire amende honorable devant la principale porte de l’Église de Paris », où il devait être « mené et conduit dans un tombereau, nu, en chemise, tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres » ; puis « dans le-dit tombereau, à la place de Grève, et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée de feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix résine brûlante, de la cire et du soufre fondus ensemble et ensuite son corps tiré et démembrer à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent [1] ».

Gabriele BASILICO

Beyrouth 1991

Gabriele BASILICO

Ce grand « Photographe d’architecture » né à Milan est décédé en ce 13 février 2013.


TOKYO | Capitale Post-Moderne



Tôkyô | Sweets Paradise

« Nulle par ailleurs les valeurs foncières n’ont atteint de tels sommets : à Tokyo en 1990, le prix du mètre carré de terrain à usage de bureaux caracolait à 360.000 francs dans les 23 arrondissements de Tôkyô, après avoir triplé en cinq ans. Un niveau tel que, selon ses propres estimations officielles, le Japon pouvait théoriquement s'acheter le territoire des États-Unis en vendant celui de Tôkyô, ou bien s'offrir le Canada avec les seuls terrains du palais Impérial. »
Natacha Aveline, La bulle foncière au Japon

Tokyo, l'une des trois grandes métropoles mondiales de la Triade aux côtés de New York et de Londres, symbolisa les excès frénétiques du grand capital [zaïkaï] post-industriel et financier. Durant plus deux décennies, en tant que deuxième puissance économique mondiale – la Chine aujourd'hui occupe cette place -, Tokyo aura été considérée comme La capitale du capitalisme libéral-libertaire alors triomphant, supplantant même New York ; et la japonolâtrie déferla, tel un tsunami intellectuel dans la pensée européenne : le[s] chaos urbain et architectural de Tokyo, sublimant la déréglementation des Walfare states, seront érigé comme modèle de mégapole possible ou souhaitable, celle du 21e siècle, plébiscitée par une pléiade d'architectes ayant adapté l'ultra-libéralisme nippon à la ville [privatisation parc social, flexibilité des plans d'urbanisme, partenariat public-privé, urbanisme de la déréglementation et de la dérogation, architecture verticale, marketing urbain et concurrence entre les villes, via la sous-traitance des concours internationaux, star-architecture, etc.]. 

Friedrich Nietzsche | Architecture




Friedrich Nietzsche
Architecture pour ceux qui cherchent la connaissance
La gaya scienza  | 1882


Il serait nécessaire de comprendre un jour, et probablement ce jour est-il proche, ce qui manque avant tout à nos grandes villes : des lieux de silence, spacieux et forts étendus, destinés à la méditation, pourvus de hautes et de longues galeries pour les intempéries ou le trop ardent soleil, où ne pénètre nulle rumeur de voitures ni de crieurs, et où une bienséance plus subtile interdirait même au prêtre l’oraison à voix haute : des édifices et des jardins qui dans leur ensemble exprimeraient la sublimité de la réflexion et de la vie à l’écart ! Les temps sont révolus où l’Église possédait le monopole de la méditation, où la vita contemplativa était toujours en premier lieu vita religiosa : et tout ce que l’Église a construit dans ce genre exprime cette pensée. Je ne saurais dire comment nous pourrions bien nous satisfaire de ses édifices même désaffectés de leur destination ecclésiale : ces édifices parlent un langage beaucoup trop pathétique et contraint en tant que maisons de Dieu et en tant que lieux somptueux d’un commerce avec l’au-delà pour que nous autres sans-dieu puissions y méditer nos propres pensées. Notre désir serait de nous voir nous-mêmes traduits dans la pierre et dans la plante, de nous promener au-dedans de nous-mêmes, lorsque nous irions de-ci de-là dans ces galeries et dans ces jardins.


Jean-Pierre Le Dantec



Du GP à UP. 6
De la Révolution à l'Institution 
Jean-Pierre Le Dantec



Les mouvements de la Gauche radicale des années 1968, auront fourni un contingent non négligeable de hauts responsables politique convertis au socialisme ; on peut citer Pierre Moscovici, actuel Ministre de l'Economie et des Finances [!] qui débuta sa carrière au sein de la Ligue Communiste Révolutionnaire,  Lionel Jospin qui participa à l’Organisation Communiste Internationaliste. Les « renégats » de l'intransigeante Gauche Prolétarienne, appartiennent davantage au monde culturel et médiatique : Serge July, Gérard Miller, André Glucksman, Marin Karmitz [MK2], etc., et Jean-Pierre Le Dantec, enseignant puis directeur de l'Ecole d'architecture de Paris La Villette [Unité Pédagogique n° 6], entre 2001 et 2006.

Gare à l'urbanisme

Neufert

La vision architecturale avait été largement relativisée, au bénéfice de l'activisme de rue, au bénéfice de l'activisme d'une reconquête de l'espace généralisé de la société. Là, il n'était plus question d'architecture. L'architecture était à la limite relative, subsidiaire. C'était même un bouche-trou, on n'en avait plus rien à faire. Ce n'était pas ça le bon enjeu. L'enjeu était la reconquête de l'espace social total, sous d'autres formes, selon d'autres régimes.

Daniel Guibert
Gare à l'urbanisme

Propos recueillis par
 Pierre Vincent Cresceri et Stéphane Gatti
La Parole Errante

Apprendre à lire la ville, y déchiffrer la spatialisation des pouvoirs : du groupe Utopie à la revue Gare à l'ubanisme, Daniel Guibert s'inscrira dans ce projet né à l'institut Tony-Garnier, devenu Institut d'urbanisme de Dauphine après Mai 68. Les questions de la ville, l'organisation du territoire et la reconquête d'un espace social total relativisent la vision architecturale : inspirée par les dérives psycho-géographiques et l'urbanisme unitaire inventés par les situationnistes, cette exploration de l' « être urbain » prolonge ainsi la critique de la vie quotidienne d'Henri Lefebvre. Jusqu'à la restauration post-moderniste de la fin des années 70.

Hocquenghem | Roland CASTRO




A Roland Castro, « architecte du roi » [1]
& à son concubin Régis Debray


Cette violente tribune contre l'architecte Roland Castro* a été écrite en 1986, par Guy Hocquenghem – ancien camarade maoïste -, décédé en 1988 ; il n'aura donc pas pu juger de l'ascension de l'architecte  dans les salons feutrés des ministères de la présidence chiraquienne, puis de Sarkozy – Grand Paris -, et sans doute de Hollande ; mais Hocquenghem le prédisait ou le présentait déjà : Heureusement que nous ne vivons ni sous Staline ni sous Mussolini. Parce que tu irais tout droit proposer tes services, tout pareil, « de chef à chef ».


Hocquenghem | Du col Mao au Rotary




Et observant en ces trois-là « la rencontre entre la gauche et le capitalisme », Hocquenghem s’assigna une mission de salubrité élémentaire : « Cerner l’adversaire, puisque nul n’ose le faire. »


Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

Serge Halimi
Préface du livre de Guy Hocquenghem * (1986)
(Ré) Editions AGONE | 2003


Des millions de français ont vécu leur première expérience politique d’adulte pendant les années 1980. Celles de la gauche au pouvoir, celles du désenchantement et du cynisme, celles qui métamorphosèrent les valeurs les plus inégalitaires en signe de « modernité ». Pour les générations précédentes, les générations militantes, comme ils avaient pourtant résonné, ces quelques mots prononcés à Château-Chinon un soir de victoire, le 10 mai 1981. Le nouveau président y remerciait de leur patience et de leur dévouement « ces femmes, ces hommes, humbles militants pénétrés d’idéal qui, dans chaque commune de France, dans chaque ville, chaque village, toute leur vie ont espéré ce jour où leur pays viendrait enfin à leur rencontre 1 ». Ces mots, sans doute résonnent-ils encore. Mais tout autrement.


RECORRIDO por el TERRITORIO CAPITALISTA



Estimadas/os, con mucha alegría compartimos un nuevo número de CUADERNOS DE NEGACIÓN. En esta ocasión realizamos un recorrido por el territorio capitalista para explorarlo radicalmente y dejar en evidencia que las cosas no están allí por casualidad o azar: casas, calles, cárceles, automóviles, rutas, edificios, plazas -incluidos nosotros y nuestros recorridos- estan en íntima relación con las necesidades del Capital.

Particularmente en este número abundan las descripciones, debido a la intención de quitar el velo de la normalidad y ver lo que nos rodea críticamente. Si bien ello puede asustarnos un poco al comienzo, lo hacemos no para paralizarnos frente a esta plataforma mundial de la economía en la que han convertido la Tierra, sino para continuar aprendiendo y para emancipar definitivamente nuestro planeta de esta época asquerosa.

¡Por el fin del mundo capitalista!

Diciembre 2012

REISER | Anti-Huissiers




REISER 
Pilote 584 | 1971

Solution concrète pour l'année 2013, qui selon le président de la République, François Hollande,  va être "dure".

BERQUE | Ville-Campagne

Proposition Nogovoyages | 2009 *


Les trois sources de la ville-campagne et ce à quoi elle aboutit

conférence d’Augustin BERQUE
2005
Fin de la distinction ville/campagne
et perte du lieu

L’extension toujours plus poussée de l’habitat non agricole dans les campagnes est sans doute le trait le plus remarquable de l’évolution du peuplement dans les pays riches. Ce phénomène 1, qui semble voué à se répandre avec la progression des niveaux de vie, a reçu des noms divers selon que les auteurs insistent sur tel ou tel de ses aspects : fin des villes, rurbain, périurbain, métropolisation, exurbanisation, edge city puis edgeless city, campagnes urbaines, ville-pays, ville territoire, città diffusa, ville émergente, ville-campagne, ville franchisée, etc. Lié à l’usage massif de l’automobile, il s’est d’abord manifesté aux États-Unis, et c’est l’urbaniste américain Melvin Webber qui, en 1964, a été le premier à le souligner, dans un article qui pose explicitement la question du lieu (place) : « The urban place and the non-place urban realm » ; sa thèse étant que la ville de naguère, bien circonscrite et distincte des campagnes, a laissé place à une « communauté sans base territoriale », qu’il baptise « domaine urbain » (urban realm) 2.
Proposition Nogovoyages | 2009 *