1944-2014 | 70 années d'HABITAT Public en France



1944 - 2014
70 années d’Habitat public

70 années de politique de l’habitat depuis le premier Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme créé en 1944, ont fabriqué un système de pénurie permanente, un processus de reproduction des inégalités et de relégation spatiales dont les conséquences en 2014 irradient maints autres domaines de la société : crise exceptionnelle du logement touchant 10 millions de français, reléguant 3,5 millions de français dans des conditions de pénibilité résidentielle, 700.000 sans abri et très mal-logés dans les «zones grises» du logement (ces chiffres proviennent du rapport mal-logement 2014 de la Fondation Abbé Pierre), saturation des Centres d’hébergement et d’urgence, réapparition sous diverses formes de l’habitat précaire et de micro-bidonvilles, précarité énergétique, crise latente des quartiers dits «sensibles» irrésolue depuis 1981, mobilité résidentielle plus restreinte et réduction des surfaces habitables dans les programmes neufs de logements HLM, et au contraire augmentation des loyers des charges, et des temps de déplacement, etc., faisant contraste saisissant avec l’embourgeoisement des quartiers populaires des centres-villes, et les gated communities périphériques des classes aisées. À cet inventaire non exhaustif, s’ajoute encore un «cadre de vie» dégradé, régulièrement dénoncé par la presse et l’édition : celui d’une «France moche» ou «défigurée».

Comment et Pourquoi, la France, grande puissance économique, est-elle parvenue à de tels exploits ? Les historiens de l’économie urbaine - libéraux, marxistes et néo-marxistes - isolent ainsi les grandes causes de la révolution urbaine française et de ses maux, initiée après la seconde guerre mondiale :

ITALIE | la Ville selon Mussolini



Mussolini Révolutionnaire socialiste

Mussolini est issu d’une famille pauvre, dont le père est proche des milieux socialiste et anarchiste. Dans le livre qu’il consacrera en 1931 à la mémoire de son frère Arnaldo, il évoque la pauvreté des conditions de vie de la famille : « Arnaldo et moi, nous couchions alors dans la même chambre, dans le même lit de fer, construit par mon père, sans autre matelas qu’un sac de feuilles de maïs. Notre logement se composait de deux pièces au deuxième étage du Palazzo Verano et, pour y accéder, il fallait traverser la troisième pièce qui faisait salle d’école. Notre chambre servait aussi de cuisine [1] ». 

Le futur dictateur fasciste débute sa carrière politique au début des années 1900 comme syndicaliste, et il se range dans l’aile révolutionnaire du Parti Socialiste Italien. À cette époque le Parti socialiste avait pour objectif de «politiser» les classes populaires, qui pourrait permettre un continuel renouvellement de la classe dirigeante à laquelle s’agrègent, selon un mécanisme lent, graduel et moléculaire, les individus les plus remarquables provenant des basses classes de la société. Un grand nombre de politiciens de l’entre-deux guerre passèrent ainsi dans cette chambre de décantation et d’apprentissage, dont Mussolini et son futur opposant, Antonio Gramsci, un des fondateurs du Parti Communiste Italien. 

2014 Sony World Photography Awards


Ludovic Maillard [France] | Boulevard Périphérique | Porte de la Chapelle
Nicolas Reusens [Espagne] | Costa Rica

Bornes Urbaines Anti-Echec & Urbanautes


« Ceux qui disent ''la crise est conjoncturelle et tout va s'arranger'',
sont non seulement des menteurs,
mais comme vous dites des négationnistes. »
Paul Virilio | 1997


L'architecture de survie 
en milieux urbains hostiles


À l'orée des années 1990 est inventé un nouveau domaine particulier de l'architecture humanitaire, inconnu auparavant : l'architecture de survie en milieux urbains hostiles destinée aux sans-abris, qui se caractérise par une réduction drastique des échelles d'intervention, de temps et de coût. Des démarches isolées ou de concepteurs regroupés au sein d'associations, s'inspirent tout à la fois des pratiques ingénieuses observées dans la rue, et des propositions faites par les architectes italien, anglais et autrichien du mouvement « radical » qui, pour d'autres raisons, détournaient de leur fonction initiale les technologies de la Nasa, combinaisons spatiales, capsules Appolo, véhicules et autres équipements conçus pour la survie et l'autonomie de l'homme dans l'environnement hostile spatial. Ainsi de nouveaux « objets » architecturés apparurent dépassant le stade des traditionnels abris auto-construits : l'habitacle, balise, living capsule et kit de survie, les niches mobile ou nomade, les combinaisons de protection individuelle, body capsules, habit-acles et habits-abris, les ready-made refuges, les maisons-valises, les Houseless pour Homeless, etc. 

MIPIM 2014

Pour la vingt-cinquième année, la grande messe annuelle du « MIPIM (Marché International des professionnels de l’immobilier) réunit les acteurs les plus influents de tous les secteurs de l’immobilier professionnel offrant un accès inégalé aux plus grands projets de développement immobiliers et aux sources de capitaux à l’international. » L'oligarchie architecturale y sera représentée avec notamment Dominique Perrault, Stephano Boery, BIG, Herzog & De Meuron, Winny Maas (MVRDV), Shigeru Ban, Ricardo Bofill, Nicolas Michelin, etc.

A L’APPEL DE LA COORDINATION EUROPEENNE POUR LE DROIT AU LOGEMENT ET À LA VILLE *: 

LE 12 MARS
DANS TOUTE L’EUROPE ET À CANNES,
MOBILISATION CONTRE LE MIPIM


Le MIPIM (Marché International des Professionnels de l’Immobilier), comme tous les ans depuis sa création en 1990, se tiendra à CANNES au Palais des congrès du 11 au 14 mars 2014.
Quelques 20 000 personnes, investisseurs, promoteurs, collectivités publiques, banques..., feront des affaires pendant 4 jours... Et quelles affaires !



Claude DITYVON


Bidonville de la Courneuve | 1966 - 67



Mai 68


CLAUDE DITYVON 
[1941 - 2008 ]


« J'avais envie d'évasion, de terrains d'aventure : le bidonville de la Courneuve me permit de rencontrer un montreur d'ours et sa famille. Autour des pneus abandonnés qui flambaient, des gosses hirsutes, sauvages ricanaient de moi. Au delà des baraquements construits à la va-vite se dessinaient de longues chaînes d'immeubles HLM. En échange de quelques vêtements, je fus admis sur leur territoire. Mes premières images furent intenses, sans misérabilisme. Cette expérience m'apprit beaucoup. Sans le savoir je traçais déjà et définissais une écriture visuelle. Je m'inventais un regard. »



SONACOTRA | l'APARTHEID en France



Carte postale propagande Sonacotra | 1970s

SONACOTRA 
l'APARTHEID en France
LUTTE des FOYERS [1974 - 1980]


Prétendre qu'il existe des populations aux caractéristiques telles qu'il est nécessaire de construire pour elles des logements spécifiques c'est poser que ces caractéristiques sont données et qu'elles isolent et distinguent définitivement ces catégories du reste de la population. […]
Ainsi le thème d'une « nature » particulière supposée rejoint les thèmes principaux de l'idéologie raciste.
Mireille GINESY-GALANO | 1984


Banalisée par le temps, acceptée de fait par les partis politiques, les syndicats et la société française, un quasi consensus normait  la mise à l'écart du prolétariat immigré célibataire – une spécificité française, le foyer d'immigrés-isolés n'existe dans aucun pays européen proche de la France [1]. Il était normal que les immigrés vivent là. La longue lutte des résidents des foyers-hôtels Sonacotra débute en 1974 pour se terminer en 1980. Au plus fort de la lutte, 130 foyers se déclarent en « grève », soit 30.000 résidents immigrés exigeant des conditions de vie plus décentes et plus dignes humainement.

La première grande lutte d'ampleur en France de grève des loyers – et la dernière -, d'une étonnante longévité, ayant réussi le double pari improbable de solidariser 27 nationalités qui auparavant au mieux s'ignoraient, au pire s'opposaient, et dans le même mouvement, de fédérer nombre de foyers-hôtels. Monique HERVO considérait que cette lutte était à l'avant-garde, « très en avant par rapport aux luttes urbaines françaises. » Mais cette lutte fut aussi celle des associations citoyennes, pour la défense des immigrés, souvent créées depuis peu, interpellées et réactives : un élan de générosité, de dévouement de leurs militants anonymes qui soutenaient solidairement et bénévolement les grévistes en leur offrant leur temps et  leurs compétences (avocats, juristes, magistrats, médecins, cinéastes, artistes et architectes). Elle fût celle des organisations politiques de l'extrême gauche, qui ont initiées le mouvement et apportées un soutien sans faille. Il s'agit de la première grande mobilisation politique anti-raciste franco-immigrée.

Abdelmalek SAYAD | Le foyer des sans-famille





Photo | Claude DITYVON

Abdelmalek SAYAD
Le foyer des sans-famille*
Actes de la recherche en sciences sociales.
1980


S'il est vrai que la raison essentielle de l'émigration réside dans la recherche du travail et que c'est aussi le travail qui peut, seul, justifier la présence de l'immigré, ce dernier se trouve dans une situation différente de celle de l'ouvrier indigène. Alors que celui qui est né dans le pays, est censé y avoir une résidence, l'immigré, venu d'un autre pays, demande à être logé immédiatement, dès son arrivée ou tout du moins dès son embauche.

Travail et logement, liés dans une relation de mutuelle dépendance, constituent, pourrait-on dire, les deux éléments qui définissent le statut de l'immigré : l'immigré n'a d'«existence» (officielle) que dans la mesure où il a un logement et un employeur ; pour pouvoir se loger et, plus largement, séjourner en France, il faut travailler et pour pouvoir travailler, il faut être logé (c'est-à-dire autorisé à séjourner en France) (1). 

FRANCE | BIDONVILLES






Le passage de la “brigade Z” variait selon les périodes. Les équipes, composées de trois à huit policiers munis de masses ou d’arrache-clous parcouraient toute la journée les ruelles en quête d’une construction à détruire. Face à ces abus de pouvoir, les habitants ne pouvaient rien opposer. Les sanctions étaient d’une sévérité graduelle : menaces ou démolition, vieilles planches, vieux volets, tôles confisqués, sacs de ciments éventrés, embryons de jardin saccagés.

En 1965, l’université de Nanterre fut construite sur un terrain jouxtant les bidonvilles. La proximité de ces deux éléments constituait un mélange explosif. Plusieurs étudiants n’hésitèrent pas à tenter de faire entrer les enfants ou adolescents du bidonville au restaurant universitaire, obligeant la police à intervenir pour chasser ces jeunes venus manger gratuitement.


Yvan GASTAUT
Les bidonvilles, lieux d’exclusion et de marginalité en France durant les trente glorieuses
Cahiers de la Méditerranée, 69 | 2004
Nota Bene : hors illustrations

La marginalité dans les villes méditerranéennes au vingtième siècle s’est développée dans des lieux spécifiques : en matière de logement, les bidonvilles en ont été la forme la plus répandue. Fléau constaté dans le Maghreb colonial autant qu’en métropole, ce phénomène a mis en scène une exclusion sociale et parfois ethnique qui offre à l’historien un bon terrain d’étude des processus de discrimination. Les déséquilibres engendrés par une urbanisation mal contrôlée ont provoqué ces excroissances, véritables poches de marginalité que les pouvoirs publics ont bien mal maîtrisé.

FRANCE | Le Logement des Travailleurs Immigrés


ESPACES & SOCIÉTÉS
Revue critique internationale de l'aménagement de l'architecture et de l'urbanisation
n° 4 | 1971




DUFLOT | Cités de Transit d'Hier & "Mission Bidonvilles" de Demain



Foyer Sonacotra en grève de loyer | 1975 - 1980

Très solennellement, la ministre du Logement a annoncé le lancement d'une "mission bidonvilles" destinée à éradiquer un triste phénomène qui s'était éteint dans les années 1970, mais qui refait surface depuis maintenant plusieurs années, de manière inquiétante [1]. C'est une intention politique louable, déjà évoquée par quantité de ministres depuis la 1ere République. Mais les "solutions" présentées, dans leur grande ligne, sont de cette nature même à effrayer durablement toute personne ayant quelques connaissances de l'histoire de leur « résorption » :

« Nous avons été capables, dans des situations encore plus difficiles d'y faire face, dans les années 60, et donc nous allons renouer avec une capacité d'intervention qui permettra de résoudre de manière définitive la question des bidonvilles. »

Et, le plus grave :

« Une convention avec l'Adoma va être passée, avec un budget qui sera financé notamment par le ministère du Logement, mais pas seulement

L'Adoma ? Le nouveau nom de feux Sonacotra.


Bagnolet | Georges Ibrahim Abdallah





Georges Ibrahim Abdallah, combattant communiste anti-impérialiste, prisonnier politique depuis trente années dans les geôles françaises, le plus vieux prisonnier politique en Europe, est, selon le droit français, libérable depuis 1999. Libération que lui refuse obstinément l'Etat, mais exigée depuis longtemps par une multitude d'associations et d'organisations mondiales, et de nombreuses personnalités, dont Yves Bonnet, directeur de la DST à l'époque de son arrestation [1].

Le parti Communiste exprime toute sa solidarité, et en soutien trois municipalités l'ont déclaré Citoyen d'Honneur : Calonne-Ricouart (André Delcourt, maire),  Grenay (Christian Champiré, maire) en 2012, et Bagnolet en décembre 2013 (maire Marc Everbecq) [2]. La décision du conseil municipal de Bagnolet n'a visiblement pas plu aux plus hautes autorités, le préfet de Seine-Saint-Denis a immédiatement déposé plainte devant le Tribunal administratif de Montreuil, qui a rendu une ordonnance ce jeudi de suspension immédiate de cette décision.

PARIS | Luttes Urbaines au 19e Siècle

Felix VALLONTON

Il faut comprendre que les politiques urbaines, que les formes urbaines, sont entrées à cette époque dans les stratégies globales de domination de la classe ouvrière. La ville a été utilisée elle aussi comme un instrument du familialisme. Dans la mesure où les équipements urbains sont devenus à cette époque, individuels, ils ont tendu à renforcer la sphère de la vie privée au détriment de toute vie collective. 

Interview de Alain Cottereau
par Jöelle Jonathan
Septembre 1976


Jöelle Jonathan : Comment et dans quel champ se sont déployées les luttes urbaines dans la seconde moitié du 19e siècle ?

Alain Cottereau : Si l'on prend la notion de lutte urbaine dans un sens très large, la lutte urbaine, c'est la Commune : c'est le moment privilégié et unique où la classe ouvrière parisienne s'est réappropriée la ville...


BOLO BOLO






" On pourrait nommer cet ensemble d'idées une PRAGMATOPIE, un agenda, une shopping list de l'alternative du capital. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce ne sont pas de grandes discussions idéologiques sur l'égalité, la socialisation des moyens de production, la question du pouvoir, la propriété, etc. Mais une espèce de tableau de la répartition des tâches ménagères planétaires, un peu à l'image de ceux sur lesquels fonctionnaient les belles communautés des années 70 (ou en tout cas celles dont je faisais partie)."


BOLO-BOLO

PM
1983


"S'évader du capital est vital pour Nous" écrivait Tony Negri. Cet idéal de Vivre en dehors mais à côté du système, au sein de communautés anti-capitalistes, qu'elles soient éco-autonome, anarchiste, libertaire, éphémère, pré-révolutionnaire, ou néo-hippie, domine aujourd'hui largement la pensée subversive de ceux et celles, impatient-e-s, qui refusent d'attendre un hypothétique "Grand Soir", déplorent "l'urgence impossible de la Révolution" et prônent, au-delà des modèles, un "changement" immédiat : il s'agit, selon Holloway, de Change the World Without Taking Power, de se maintenir à distance de l'appareil d'Etat, plutôt que de l'affronter directement. 


L'UTERUS | Espace Public


Gustave COURBET | 1866


Beatriz Preciado, philosophe
Libération | janvier 2014

Déclarer la grève des utérus


La nouvelle loi sur l’avortement sera, avec l’irlandaise, la plus restrictive d’Europe. Ne laissons pas pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique.


Enfermés dans la fiction individualiste néolibérale, nous vivons avec la croyance naïve que notre corps nous appartient, qu’il est notre propriété la plus intime, alors que la gestion de la plupart de nos organes est assurée par diverses instances gouvernementales ou économiques. Parmi tous les organes du corps, l’utérus est sans doute celui qui, historiquement, a fait l’objet de l’expropriation politique et économique la plus acharnée. Cavité potentiellement gestatrice, l’utérus n’est pas un organe privé, mais un espace public que se disputent pouvoirs religieux et politiques, industries médicales, pharmaceutiques et agroalimentaires. Chaque femme porte en elle un laboratoire de l’Etat-nation, et c’est de sa gestion que dépend la pureté de l’ethnie nationale.



VELO PORTABLE








L'on observe dans plusieurs métropoles d'Europe, l'engouement des citadins pour le vélocipède pliable ; à Bruxelles, nul besoin de consulter les statistiques pour constater de visu leur nombre augmenter. Snobisme écolo, effet de mode lié à la conjoncture économique, ou phénomène plus structurel palliant les difficultés de mobilité urbaine, et de l'habitat ?

A Londres où le phénomène est le plus remarquable, un reportage de CNN titrait : Folding bikes revolutionize Communting (le vélo pliable révolutionne les déplacements domicile-travail) et pour ce type d'utilisation le folding bike prend le nom de commuting bicycle. Aux Pays-Bas, le parti politique Vert GroenLinks appelle à promouvoir le principe du "Groen Reizen" (déplacements domicile-travail Verts) – le Bike to Work est lui à la mode en Europe - accordant un rôle-clé au « système » vélo portable – transports public et privé.

A défaut d'études sérieuses – l'urbanisme théorique en France et en Belgique est muet sur ce sujet - nous avons consulté les forums Internet dédiés au folding biking, interrogé vendeurs spécialisés et principaux intéressés : leurs usagers. 


IVRY-CONFLUENCES




La ville en mouvement ? Dehors les pauvres et tous ceux qui n'ont pas leur place si près de la capitale étincelante ! Dans l'Ivry de demain, si joliment modélisé sur Photoshop, on ne rencontre ni kebab ni coiffeurs africains : tout y est blanc, lisse, et surtout sans histoire (et Histoire), ni mémoire collective.


Nous avons été informé de cette belle initiative de la 
Coordination pour la Solidarité des Territoires d’Ile de France et contre le Grand Paris (COSTIF) appuyée par le comité No Tav Paris : 

Contre Ivry-Confluences et le Grand Paris
Dimanche 8 décembre 2013 
à 15 h devant la mairie d'Ivry

Vous avez sûrement entendu parler du projet Ivry-Confluences et son slogan « la ville en mouvement »…

Ce projet de réaménagement urbain prétend résoudre les problèmes de logement, d'insalubrité et même de chômage à Ivry, proche banlieue sud de Paris. Il s'agit en réalité de donner une nouvelle image à la ville en vue d'attirer des entreprises du secteur tertiaire ou les sièges sociaux des grands groupes et de faire venir des classes sociales aisées qui seront les seules à pouvoir s'offrir les nouveaux logements. Quelques chiffres :

Jean-Pierre Garnier | IVRY





« Rénovation urbaine » à Ivry-sur-seine : 
quand une municipalité « communiste » 
mène le petit peuple en bateau

Jean-Pierre GARNIER
Article 11 | février 2012


Un chercheur en sociologie ou en géographie urbaine en quête du lieu propice pour analyser une politique de gentrification, c’est-à-dire d’empetit-bourgeoisement d’anciens quartiers populaires, trouvera à Ivry-sur-Seine un terrain d’étude idéal.

Certes, la municipalité de cette commune appartenant à ce que l’on appelait jadis la « banlieue rouge » de Paris n’a pas encore basculé dans le rosâtre social-libéral ou le verdâtre de l’écologisme gestionnaire. L’étiquette politicienne de son maire et de la majorité de ses élus demeure encore « communiste ». Qu’à cela ne tienne ! C’est d’un communisme « rénové » qu’ils se réclament, ce qui implique, entre autres, de « rénover » aussi certaines zones dégradées et délaissées. Question qui fâche et que les édiles d’Ivry s’empressent d’éluder : au profit de qui ? Pour y répondre, il suffit de confronter ce que racontent les promoteurs de cette opération de « requalification urbaine » à son déroulement sur le terrain et aux réactions des habitants qu’elle affecte.


THOMAS HIRSCHHORN




Musée précaire Aubervilliers 2004 | Photo : Les laboratoires d'Aubervillers


« Je ne fais pas un travail politique,
je travaille politiquement.»

Thomas Hirschhorn

En 2004, l'artiste Thomas Hirschhorn inaugure avec les habitants de la cité Albinet, dans le quartier du Landy, à Aubervilliers, à un jet de pierre du Stade de France, le Musée Précaire Albinet. Un musée provisoire (avril - juin 2004)  présentant successivement des oeuvres originales de huit artistes : Kasimir Malevitch, Salvador Dali, Le Corbusier, Piet Mondrian, Fernand Léger, Marcel Duchamp, Joseph Beuys et Andy Warhol. Des oeuvres prêtées par le Centre Georges Pompidou et le Fonds National d'Art Contemporain : des oeuvres au pied d'une barre HLM, dans un Algeco prolongé par des constructions de bric et de broc, dont la vocation était de « faire exister l’art au-delà des espaces qui lui sont consacrés » : L’important était d’avoir arraché des tableaux originaux d’une valeur inestimable, commente le provocateur *.

Musée précaire Aubervilliers 2004 | Photo : Les laboratoires d'Aubervillers

Peter SLOTERDIJK | CRYSTAL PALACE




Crystal Palace de Sydenham | Projet de reconstruction 2013


De notre temps s'est produite une terrible révolution, et la bourgeoisie a pris le dessus. 
Avec elle sont apparues des villes effrayantes, dont personne n'avait eu l'idée même en rêve. 
Des villes comme celles qui sont apparues au XIXe siècle, l'humanité n'en avait jamais vu jusqu'alors. Ce sont des villes avec des palais de cristal, des expositions universelles, des banques, des budgets, des rivières polluées, des débarcadères, des associations de toutes sortes, et autour d'elles des fabriques et des usines.
Fiodor Dostoïevski
Journal d'un écrivain de 1876

La prochaine reconstruction du Crystal palace (celui de 1854) à Londres, a été annoncée cet automne par le maire Boris Johnson, et son promoteur milliardaire chinois. L'occasion  de publier ce texte, un chapitre de Sphères IIdu philosophe Peter Sloterdijk* qui nous « parle de cette idée selon laquelle la civilisation occidentale est un palais de cristal », à l'image du Crystal Palace, édifice de verre et de métal tel qu'il fut bâti en 1851, pour accueillir la toute première exposition universelle, ancêtre lointain des parcs d'attraction et autres Disneyland d'aujourd'hui. Produits du « capitalisme psychédélique ».

Nous pensons plutôt que l'opacité et la bunkérisation (celle des murs des frontières, des enceintes des gated communities, de l'architecture introvertie des centres commerciaux, etc.) sont caractéristiques de la post-modernité, et seul le gigantisme est l'héritage de ce premier édifice "moderne". Nous avons annoté son texte de commentaires, précisions et remarques, agrémentés d'illustrations, et d'une sélection de ebooks gratuits concernant Londres au 19e siècle.



PIRANESE




David Green, Ron Herron, Living Pod | 1966
Gravure Piranesi | 1756

« Si ces Prisons longtemps relativement négligées attirent comme elles le font l'attention du public moderne, ce n'est peut-être pas seulement, comme l'a écrit Aldous Huxley, parce que ce chef-d'oeuvre de contrepoint architectural préfigure certaines conceptions de l'art abstrait, c'est surtout parce que ce monde factice, et pourtant sinistrement réel, claustrophobique, et pourtant mégalomane, n'est pas sans nous rappeler celui où l'humanité moderne s'enferme chaque jour davantage, et dont nous commençons à reconnaître les mortels dangers. »

Marguerite Yourcenar
Le cerveau noir de Piranèse
1959

Nulle trace de cellules dans les Prisons de l'architecte, graveur, Giovanni Battista Piranesi, mais un espace qui nous rappelle l'inhumanité moderne pour Yourcenar, ou un espace infini qui « représente celui de l'existence humaine », selon Manfredo Tafuri. Nées et ignorées [I] au siècle des Lumières, Tafuri estime que ces Prisons expriment les contradictions et l'angoisse de la culture bourgeoise [II], qu'elle tente de compenser par un mécanisme idéologique capable de les réduire provisoirement, et de combler l'abîme entre ses propres impératifs moraux et l'univers de la Nécessité. Selon Tafuri "la phénoménologie de l'angoisse bourgeoise se situe entièrement dans la libre contemplation du destin", et ajoute-t-il, ce besoin de compensation idéologique a cessé peu à peu d'être fonctionnel. 

Ainsi, la formation intellectuelle de l'architecte "éclairé" comme idéologue et thérapeute du "social", plus que de la forme, dont l'apogée se situe à l'époque de la République de Weimar et de Le Corbusier, héritier des Lumières, prend fin avec la post-modernité.  Il était dès lors logique que les Prisons infernales et autres gravures de Piranesi resurgissent au sein des courants post-modernes de l'intelligentsia architecturale mondialisée, mais au contraire des siècles précédents, pour sinon justifier, mais exalter, sublimer, exacerber les chaos du monde d'aujourd'hui, et approuver - avec cynisme, hypocrisie, ferveur ou silencieusement  - l'oeuvre destructrice d'un nouvel âge du capitalisme, auquel il ne serait question de résister, et d'opposer une quelconque alternative.




G. Aimé | Mai 68





Nanterre La Folie

Gérard Aimé

Rares sont les Révolutions, les guerres de Libération, les insurrections, depuis l'après guerre et dans le monde entier, qui n'ont pas comme noyaux ou détonateurs, et principaux protagonistes, la jeunesse étudiante et les plus jeunes universitaires. Des exceptions confirment bien sûr la règle, mais c'est bien une caractéristique commune pour la plus grande majorité d'entre elles. En 1966, Gérard Aimé est étudiant dans la nouvelle université de Nanterre, témoin des préludes contestataires de 1967 qui annoncent janvier 68 (mai 68 commence à Nanterre, et non à la Sorbonne, Baudrillard), puis mai 68. Ses clichés illustreront par la suite la presse underground et gauchiste (La Cause du Peuple, Rouge, Révolution, etc.). Ces précieux témoignages, des centaines, sont regroupés dans une photothèque, à cette adresse :
www.gerard.aime.com