LES ARCHITECTES - UTOPIES & REALITES

 



SITE - James Wines

Projet d'immeuble résidentiel de grande hauteur

1981


Les français, en grande majorité, sont encore attachés à la traditionnelle maison individuelle comprenant son jardinet ;
L'Etat, au contraire, prévoit bientôt (?) - via la loi ZAN - Zéro Artificialisation Nette - des limites très strictes à l'urbanisation des sols ; et aux lotissements de maisons individuelles accusés d'étalement urbain ; 
L'urgence écologique exige et les "éco-architectes" préconisent - depuis longtemps - des dispositifs de ventilation naturelle - ventilation passive - plutôt que des systèmes de ventilation fonctionnelle - climatisation mécanique.
Et enfin la "crise" structurelle du logement  (un terme de la rhétorique néo-libérale fondée sur la responsabilisation de l’individu face au marché et légitimant le désengagement des pouvoirs publics) doit imposer une volonté et responsabilité politiques par une mobilisation collective exigeant, outre le droit au logement, un véritable droit à l’habitat. 

Alors ? Parmi la multitude de projets imaginés par les architectes depuis des décennies, en particulier dans les années 1960/70, figure :

James Wines, membre fondateur en 1970 du groupe d'architectes SITE (Sculpture In The Environment) aux USA, parmi tant d'autres architectes de pays occidentaux nous offre une solution : le projet Highrise of Homes imaginé pas tout à fait pour des impératifs écologiques mais 
décrit une « communauté verticale » conçue pour « répondre au désir parfois contradictoire des citadins de profiter des atouts culturels d'un centre-ville sans renoncer à l'intimité de leur maison et à l'espace de leur jardin, si chers aux banlieues ». Le projet prévoyait la construction d'une structure en acier et béton de huit à dix étages, en ville. Les étages de cette structure découpés en lots sont exclusivement destinés à accueillir une maison avec jardin, dans le style préféré par l'heureux propriétaire ; formant une communauté distincte, à l'image d'un village, à chaque étage irrigué par des ruelles.




Projet sans aucun doute inspiré par le Walker Building daté de 1909 conçu par l'architecte A.B. Walker ; présenté par une illustration publiée dans  le numéro de mars 1909 du magazine Life , intitulé « Immobilier », qui représente des maisons conventionnelles empilées sur la structure ouverte d'un gratte-ciel. Un concept d'habitations destiné à la bourgeoisie. La légende indique : « Achetez une charmante maisonnette sur nos terrains de choix, construits en acier, à moins d'un kilomètre de Broadway. À seulement dix minutes en ascenseur. Tout le confort de la campagne, sans ses inconvénients. – Celestial Real Estate Company »



Projet inspiré peut-être par un des projets phares de Le Corbusier : le plan Obus pour Alger (1930) ; mais réduit à des dimensions bien plus modestes, loin de la méga-superstructure monumentale - titanesque - imaginée par son ainé (en ses temps de manque - structurel - de logements). Une vision utopique et sociale répondant aux besoins de logements de l'époque. Manfredo Tafuri le décrivait ainsi : 


" Dans les mailles des macrostructures formées par les terrains artificiels superposés, Le Corbusier laisse toute liberté dans les modes d'insertion des cellules d'habitation préconstituées ; autrement dit, le public est invité à projeter activement la ville. Un dessin particulièrement éloquent de Le Corbusier montre qu'il va même jusqu'à prévoir la possibilité d'insérer des éléments excentriques et éclectiques dans les mailles des structures fixes. La « liberté » laissée au public (le prolétariat dans l'immeuble d'habitation dont la courbe se déroule devant la mer, et la haute bourgeoisie sur les collines de Fort-l'Empereur) doit être poussée jusqu'au point de lui permettre l'expression de son « mauvais goût ». L'architecture devient ainsi à la fois un acte didactique et l'instrument de l'intégration collective."
La Crise de l'Utopie : Le Corbusier à Alger
extrait de :
Projet et Utopie, Architecture et développement capitaliste.
Editions Laterza, 1973

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