KTT à Hanoï | du communisme au capitalisme









Du COMMUNISME au CAPITALISME

Le cas des 

Khu tap thé 

Unités d’habitations collectives


Avec les accords de Genève signés le 20 juillet 1954, prennent fin pour la France, 70 années de colonisation du Vietnam. La fondation de la République démocratique du Vietnam va lancer, idéologiquement dans un premier temps, puis pratiquement dans un second, la question de l'habitat collectif. Bénéficiant d'aides technique et conceptuelle venues des pays socialistes, ce programme de construction d'immeuble de logement collectif  a participé à la mutation de Hanoi vers une société urbaine socialiste. Ainsi, ces nouveaux logements construits dans des « unités de voisinages », inspirés des modèles soviétiques eux même issus d'une interprétation standardisée des principes du Mouvement moderne, ont été le fer le lance de la transformation de Hanoï en une ville socialiste. Le modèle KTT se singularise par la collectivisation des pièces de service : cuisines, bains et toilettes.


Une copie du modèle d'habitat collectif imaginé par les avant-gardes architecturales en URSS dans les années 1920/30 mais qui fut progressivement abandonné du fait du peu d'enthousiasme des populations à partager des espaces dédiés à l'intimité. Les élites de son allié vietnamien reprennent ce mode d'habitat organisé collectivement, avec des cantines et des services communs, dans lesquels les rapports individuels, à l'intérieur du noyau familial, sont remplacés par un mode de vie socialisé, qui doit permettre de forger "l'homme nouveau".

L'ambition des élites de la Révolution était, pas moins, la construction de l'Homme Nouveau, et dans ce cadre, l'habitat collectif devait remplir une mission de socialisation. Le Khu tap thé imposait une architecture de la rupture, réfutant certaine conceptions et pratiques traditionnelles, au nom de la modernisation de la société ; à ce que le nouveau mode de vie des habitants s'adapte à leur nouvelle situation urbaine et collectiviste. Mais paradoxalement, et par la suite, l'évolution des KTT montre que les habitants ont suivi le processus inverse, adaptant leur logement à leur mode de vie.




Les déformations/adaptations que nous pouvons aujourd'hui observées, sont le fruit d'un long processus. Le résultat d'une recherche de consensus avec les autorités, de compromis avec les voisins et d'un habile bricolage pouvant satisfaire, autant que peu, les besoins effectifs de la famille. Généralement, la population des KTT a su avec habilité mobiliser ses réseaux professionnels, ses connaissances politiques, ainsi que des multiples liens de parenté afin d'exploiter les nombreux vides juridiques. Elle a du également faire preuve de générosité dans les négociations avec les autorités. Le phénomène de l'extension des logements, est l'œuvre, en premier lieu, de l'ouverture du pays au capitalisme. Le contrôle social qui prévalait dans la période pré-capitaliste autorisait certes quelques entorses architecturales mais certainement pas un tel chaos, un désordre bien peu socialiste. Au fur et à mesure des nouvelles lois et réformes économiques libérales, les extensions se multiplient et prennent de l'ampleur. La libéralisation de l'économie a véritablement été à l'origine d'une déréglementation générale du droit d'urbanisme et d'architecture. Une dérèglementation qui s'appuie sur la corruption des fonctionnaires mais qui est, en somme, acceptée par tous, si le besoin du corrupteur est avéré. Il existe plusieurs types de KTT, certains destinés aux militaires et aux fonctionnaires n'ont pratiquement pas connu d'extensions, d'autres destinés aux ouvriers ont été totalement dénaturés. 

Le Vietnam, aujourd'hui, présente les mêmes mécanismes économiques qui avaient été mis en œuvre plusieurs années auparavant en Chine. Le passage du communisme au capitalisme s'effectue dans une sorte d'euphorie, chacun espérant pouvoir sinon s'enrichir mais améliorer son quotidien. Comme en Chine, les villes qui étaient jusqu'à présent horizontales, c'est à dire constituées de constructions peu élevées, connaissent un urbanisme particulièrement destructeur pour son patrimoine historique, paysager et végétal caractérisé, notamment, par la construction de hautes tours d'habitations et de bureaux. Les gated communities destinés aux élites -politique, militaire, scientifique, culturelle et économique- se bâtissent nombreuses tandis que les rocades et autoroutes massacrent le paysage et les périphéries des villes. Car ici, au Vietnam, il n'est pas question d'écologie, le rêve étant de posséder une voiture, signe extérieur de richesse et facteur de liberté. 




Cela étant, les citadins commencent à s'interroger sur les nouveaux quartiers d'habitations, reprenant parfaitement les mêmes erreurs, les mêmes caractéristiques des opérations de l'urbanisme moderne, de l'urbanisme capitaliste. Les maisons de ville vétustes, les KTT surpeuplés, le vieux tissu urbain hérité de plusieurs siècles du centre de Hanoï sont, pour beaucoup, préférables à l'inhumanité moderne des quartiers nouveaux. Ce qui pose problème car un grand nombre de citadins du centre ville, aujourd'hui préfèrent investir dans la rénovation et extension de leur bien plutôt que de s'exiler en périphérie moderne. La conséquence est, pour le bâti ancien, une extension vers le haut de plusieurs étages. Ceci fera l'objet d'un prochain article.




Dans le même temps, apparaît la pauvreté urbaine se concentrant dans les bidonvilles. Certains affirment à ce propos, que certains KTT sont, en fait, des bidonvilles verticaux. Phénomène qui avait, sous le communisme, complètement disparu selon certains vietnamiens, même si les conditions d'habitat étaient très difficiles et les situations de sur-population fréquentes. Mais, tant bien que mal, chacun pouvait disposer d'un toit, Droit du logement, contrôle total social et bureaucratie communiste obligent. Si en Chine certains évoquent une possible nouvelle révolution communiste, contre les ravages du capitalisme, nul n'en fait mention au Vietnam. Pour l'instant, les bienfaits apportés par cet nouvel ordre économique dominent les sentiments d'injustices sociales, tant il est vrai que la nouvelle classe moyenne dispose à présent d'une multitude d'objets destinés au bien-être personnel, aux loisirs, toutes choses inexistantes sous le régime communiste. L'éternel problème affirmait un vieil ami vietnamien entre la tyrannie du système bureaucratique communiste et la totale inhumanité de l'ordre capitaliste. A choisir, concluait-il, je préfère encore une société humaine sous contrôle plutôt qu'un système où l'humain n'est plus qu'une donnée économique.


Voici, une brève histoire du passage d'un système l'autre concernant l'habitat social à Hanoï. Récit basé sur les articles de C. Pédelahore de Loddis, E. Cerise, Shin Yong-Hak, in Hanoï, Les Cahiers de l'Ipraus, Editions Récherches/Ipraus, 2001.


L'HOMME NOUVEAU 

La République Démocratique du Vietnam proclamée en 1954 après la défaite de Dien Bien Phu, était confronté, dans les grandes villes et la nouvelle capitale Hanoï, à une grave crise du logement. Hanoï, en 1954, était alors composée en grande partie de maisonnettes aux toits imbriquées, jadis condamnées par l'Empereur à ne pas dépasser la hauteur d'un étage. Les français résidant en grande majorité dans des villas isolées n'eurent guère la volonté de combattre véritablement la crise du logement que subissait la population. A leur départ peu d'immeubles émergeait du paysage horizontal formant la silhouette générale de la ville. Puis, Hanoï fut la cible d'importants bombardements aériens pendant la guerre contre les américains. Entre 1965 et 1975, les attaques aériennes touchèrent les grandes infrastructures, les équipements de toute sorte mais également certains quartiers de la ville. Le plus important étant celui de Noël 1972, dénommé par les forces américaines  "Christmas bombing" qui détruisit toute la rue Khâm Thiên faisant des milliers de victimes. Les autorités vietnamiennes estiment les dégâts à 15.000 maisons détruites durant la guerre américaine.




La construction de logements collectifs au Nord Vietnam, dès les premières années de l'indépendance, correspond aux modèles occidentaux importés par les pays socialistes, Chine et URSS. Mais, avec cependant une grande liberté donnée pour leur adaptation au climat, au mode de vie, à une industrie peu développée, une main d'œuvre peu qualifiée et enfin une économie axée sur la guerre. Les autorités concentreront leur effort dans le domaine de l'industrie lourde et celle de l'armement. Les architectes vietnamiens issus de l'enseignement français de l'École des Beaux-arts de l'Indochine seront également fortement influencés par les anciens modèles qui avaient prévalu jusqu'alors.


La typologie des KTT devait répondre aux exigences de la politique socialiste qui prônaient la collectivisation des biens. La République démocratique du Vietnam socialiste, s'appuiera dans les premiers temps sur les principes marxistes développés notamment par Engels dans "la question du logement", en procédant à des expropriations des habitations et des villas des colons français, et l'obligation pour les propriétaires d'accepter le principe de partition de leur logement. En conséquence, le découpage des villas et des maisons de ville en plusieurs pièces à vivre permit une répartition égalitaire des surfaces. Cependant, les familles devaient désormais partager des constructions qui étaient conçues à l'origine pour une famille et le système "égalitaire" mis en place par les autorités conduira à la répartition d'une ou de deux pièces par familles et à la collectivisation des pièces de service (accès, escalier, salle de bains, toilettes, cuisine). La collectivisation multifamilliale des habitations à l'origine monofamilliale les transformera en logement collectif. Ces caractéristiques se retrouveront pour plusieurs décennies dans les KTT.


KTT "intact" destiné aux militaires.


Par la suite, l'aide conséquente de l'URSS permet un certain développement de l'industrie du bâtiment, et de techniques modernes de préfabrication. Le modèle KTT est destiné surtout aux fonctionnaires qui doivent montrer l'exemple, aux militaires et aux ouvriers. Les pièces de services restent des parties communes mais elles sont partagées par un nombre moins restreint de familles : deux familles, le plus généralement.


A Hanoï, ces opérations de logements collectifs ont été construites, tout d’abord, dans les espaces en attente d’urbanisation à l’intérieur du périmètre de la ville ancienne puis, dans un second temps, dans la première couronne, en proche périphérie urbaine. Enfin, elles se sont étendues au-delà des routes digues, limites de la ville, en s’implantant le long des infrastructures et autres éléments structurants du territoire. En ce qui concerne l'urbanisme, l'implantation des barres de logements est donnée sur le même modèle : les bâtiments forment un grand espace public protégé des bruits et de l'animation des rues. Une importance a été accordé aux espaces collectifs où devaient se rencontrer les résidents. De même, les habitants bénéficiaient de tous les équipements publics de quartier construits en même temps que les logements. Ainsi, entre les barres de logement, des aménagements destinés aux loisirs, à la détente et aux jeux d'enfants prennent place. Pas ou peu de commerces, car l'activité commerciale était réservé à des coopératives d'état et il était interdit d'ouvrir commerce quel qu'il soit.


La Victoire



La Victoire du Nord Vietnam sur les américains a une première conséquence immédiate : le retour des populations vers les villes, et les prémisses d'une sur-population inquiétante. Cela étant, les guerres ont été meurtrières, autant pour les militaires que pour la population civile. L'armée américaine a procédé à un quasi génocide, utilisant sans commune mesure les dernières perfections meurtrières et des hectolitres de napalm. Aujourd'hui, si le peuple vietnamien apprécie la modernisation apportée par la France colonialiste, malgré l'infamie, ils ne pardonnent pas les actions barbares commises par les américains.

Peu après la guerre et les réjouissances, la population urbaine, après des décennies de soumission, de privation, de bombardements meurtriers, commence à revendiquer de meilleures conditions de vie. La première concerne la décollectivisation des espaces partagés, c'est à dire les cuisines et les salles de bains, lieux traditionnels de l'intimité domestique et familiale. Le modèle collectiviste disparaît progressivement des nouvelles constructions.

KTT "intact"


Les habitants des KTT procède aux premières extensions qui consistaient à l'aménagement d'une cuisine "privée" sur le rebord d'une fenêtre par l'adjonction d'un grillage en léger débord permettant l'accrochage des ustensiles de cuisine. La fermeture plus conséquente d'un balcon ou d'une loggia par divers éléments (tôle, bambous, bois) peut être considérée comme la seconde phase qui sera véritablement mise en œuvre après 1985. Avec le temps, ces simples aménagements devinrent plus conséquents : les premières véritables excroissances étaient constituées d'une console métallique accrochée au droit d'une ouverture existante, soutenant un plancher de bois ou de bambou, plus ou moins fermé par des occultations de divers matériaux : bois, bambous, tôle, tissus, stores...

Principe d'une excroissance sur une façade.


Du communisme ou capitalisme



A partir de 1984, les premières mesures d'assouplissement des contrôles de résidence prennent effet. La réforme autorisant les vietnamiens à vivre où ils souhaitent, et non plus là où le souhaitait les autorités, aura pour conséquence l'exode des populations rurales vers les villes. Les paysans viennent alors tenter leur chance en ville, avec l'espoir, fortune faite, de retourner au village. Le plus généralement, l'esprit et la solidarité familiale invitent les familles habitant la ville à loger un parent proche venu de la campagne. L'assouplissement de l'obligation de résidence aura également pour conséquence l'apparition d'un marché « noir » locatif privé et la possibilité de sous-louer ou bien de colouer un bien immobilier. Un certain laxisme, produit par la corruption des autorités et le manque crucial de logements, laisse faire une privatisation progressive du sol dit public au droit des appartements situés à rez-de-chaussée, implantations depuis toujours les plus convoitées. D'abord figurées par quelques plantations, les appropriations se consolident progressivement, sous la forme d'espaces de prolongement extérieur.



Privatisation


En 1985, une nouvelle réforme de l'État donnera la possibilité aux attributaires de racheter aux autorités leur logement. Cette mesure apparaît comme le signe du désengagement progressif de l'État qui cherche alors à se débarrasser de ce patrimoine immobilier de mauvaise qualité, qu'il ne peut pas entretenir, ni même contrôler, car, de fait, les logements se vendent et s'achètent et se transmettent aux enfants comme n'importe quel bien. Ainsi, cette mesure ouvrira un marché de l'immobilier, officieux, basé dans ses débuts sur l'échange et le troc, et sera à l'origine d'une lente recomposition dans la population des KTT, depuis des formes de colonisation par rachat des avoisinants, horizontalement et verticalement jusqu'à des formes de redécoupage intérieur et la généralisation de la sous-location. Avec l'expérience et le savoir faire acquis, les habitants généraliseront les excroissances, augmenteront leur portée afin qu'elles puissent faire office d'une grande pièce à vivre en encorbellement.




Le rétablissement du commerce privé

L'économie planifiée socialiste et la mise en place d'une économie de guerre puis de reconstruction du pays, basée en partie sur le rationnement des vivres, eurent pour conséquence majeure l'élimination du commerce privé et la mise en place de coopératives d'État. Avant 1988, les boutiques étaient rares, le commerce à peine toléré, la police très vigilante, les habitants peu enclins à aborder l'étranger qu'on guidait systématiquement vers les magasins d'État. Les réformes des années 1980 (suppression du ticket de rationnement en 1986, démantèlement des coopératives en 1989) autorisèrent officieusement le commerce privé.




En 1992, l'autorisation du commerce privé marque une nouvelle étape dans les transformations des logements. Les appartements en rez-de-chaussée des immeubles de logements des KTT sont modifiés pour accueillir des boutiques et des services de proximité. L'espace domestique de ces appartements est de plus en plus réduit, laissant place aux activités économiques et lucratives. Ainsi, grâce aux micro-actions privées des habitants, la morphologie des KTT change et passe d'un quartier exclusivement résidentiel, à un véritable fragment de ville, avec une plus grande mixité de population, d'activités, de fonctions... De plus, le plan des appartements, mêlant habitat et commerce ressemble de plus en plus à celui du traditionnel compartiment (Nha ông) sur parcelle oblongue. Il n'est pas rare que les commerces dans les KTT se regroupent par corporation et donnent ainsi une dominante commerciale à une rue. Par exemple, dans le KTT de Kim Lien, la majorité des boutiques propose des vêtements neufs ou d'occasion et des accessoires de mode, une des rues du quartier est même surnommée la « rue de la mode ». Nommer la rue par son activité commerciale n'est pas sans rappeler le quartier historique de Hanoi dit des « 36 rues et corporations » avec ses rues de la soie, rue des changeurs, rue des caisses, etc.

Commerces et excroissances sur un KTT.


La loi foncière de 1993


Cette loi met fin à la propriété collective ; qui a freiné l'exode rural pour un temps, mais qui a favorisé la formation de grandes propriétés. Les paysans les plus pauvres, totalement privés de terres viennent alors tenter leur chance en ville. La pauvreté urbaine apparaît, les bidonvilles se construisent. Car en effet, ces ruraux ne peuvent prétendre bénéficier des avantages sociaux car ils ne disposent pas de papier en règle, et qui ne peuvent pas l'être, car le changement de domicile n'est autorisé que si l'on dispose déjà d'un travail, et que c'est précisément parce qu'ils n'ont pas de travail qu'ils sont venus dans la capitale... Pour échapper à la police et s'entraider, ces migrants désargentés se regroupent sur la berge du Fleuve Rouge côté ville au sein d'une vaste zone, qui échappe en grande partie au contrôle du comité populaire de Hà Nôi. Les populations illégales se sont installées principalement sous le tablier du Pont Long Biên, ou de l'autre côté de la digue du Fleuve Rouge; lors des crues et des inondations, ils s'installent temporairement sur les trottoirs et aux coins des rues. À cause de l'explosion démographique, les paysans vietnamiens ont de moins en moins de terres à cultiver. Les activités agricoles leur permettent à peine de subvenir à leurs besoins alimentaires. Par ailleurs, le boom de l'urbanisation à Hanoi génère de nouveaux emplois, qui sont le plus souvent non déclarés. Giang Vo est le premier "marché de la main-d'oeuvre" à Hanoi, où les patrons viennent y trouver des travailleurs illégaux. Avec un travail, même précaire, à Hanoi, les travailleurs peuvent envoyer à leur famille restée au village de quoi subvenir à leurs besoins.

La façade initiale a disparue


Ainsi, la crise du logement, le désintérêt de l'État, la corruption généralisée, la privatisation, vont inciter les habitants à acheter leur appartement et/où à procéder à leur agrandissement ; pour accueillir un proche ou bien pour louer une pièce. Tout ceci offrira également l'opportunité, pour les plus riches, de se constituer un patrimoine par l'achat de plusieurs logements contigus. On assistera alors à une véritable explosion des excroissances. Mais plus que cela, les logements initialement conçus dans un esprit communautaire proposant des pièces de service communes, correspondaient peu aux modes d'habiter traditionnels et plus du tout aux aspirations de la nouvelle classe sociale plus aisée apparue avec la libéralisation de l'économie, et d'une manière générale à l'ensemble de la population. L'extension des logements correspond ainsi d'une part à la recherche d'une intimité perdue dans la collectivisation des pièces de service et d'autre part, à l'augmentation du nombre de pièces.




C'est ainsi que l'ingéniosité, le savoir-faire des habitants trouvera toute liberté dans les excroissances qui se généraliseront sur les façades, véritables constructions en porte-à-faux successifs. Ces excroissances et protubérances iront jusqu'à devenir de véritables pièces à vivre, ou à louer, modifiant de fond en comble l'apparence des barres, les recouvrant dans certains, presque entièrement, dans une sorte de Plug-in city populaire. Les protubérances, quel que soit leur type, ne sont pas natruellement planifiées. La fabrication même de la prothèse sort des circuits habituels de construction. En effet, pas un système d'entraide entre membres de la famille ou voisins, les habitants eux-mêmes prennent en charge la réalisation. Les prothèses étaine tà leur début des ajouts de pièces, essentielles à l'appartement : cuisines, salles d'eau, nouvelles chambres, correspondant à une situation où l'espace était rare et recherché. Les fonctions de prothèse actuelles sont de plus en plus liées à des notions de confort. Ce sont maintenant des salons, des vérandas, des ateliers d'artistes que l'on ajoute au logement. L'extension ne semble donc pas, ou plus, être uniquement une conséquence du manque d'espace.

Palier utilisé comme séchoir.

Rien ne saurait plus erroné que de voir dans ces manifestations les œuvres d'un spontanéisme invertébré. Celles-ci sont plutôt le résultat d'un savant équilibre d'avancées et de recul, de « dons et de contre-dons » au sein d'une trilogie regroupant, autorités (l'extérieur), chef de rue, de bâtiment et voisins (la collectivité proche), le noyau familial et l'individu. La population des KTT, plutôt urbaine et cultivée, socialement soudée, saura mobiliser avec finesse réseaux professionnels, politiques, ainsi que de multiples liens de parenté, afin d'exploiter les nombreux vides juridiques et jouer en maître, avec les autorités, des ressorts traditionnels du consensus et de la négociation.





La forme urbaine résultant des extensions/densifications, dans les quartiers d'habitat collectif assurent maintenant une sorte de continuité avec les anciens quartiers, des continuités culturelles, spatiales et formelles.  



Le chaos architectural des extensions sur des vieux immeubles du centre ville. 



Le bricolage architectural des habitants des quartiers anciens qui ont procédé de la même manière à l'extension de leur logement se confond avec le chaos engendré par les exubérantes excroissances des KTT qui, souvent, recouvre entièrement les façades initiales. Les larges espaces publics entre les barres de logements ont vu leur surface diminuer et leur statut complètement redéfini. Certains cours ont ainsi été construit par des baraques consolidées, atténuant largement l'aspect initial d'urbanisme orthogonal. 

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EXTRAITS :

C. Pédelahore de Loddis
E. Cerise
Shin Yong-Hak
in 
Hanoï, Les Cahiers de l'Ipraus, 
Editions Récherches/Ipraus, 2001 





PHOTOGRAPHIES:

Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel
yul Akors
Libres de droit avec Mention de l'auteur :)



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