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Arundhati ROY





Je pense que les insurrections qui ont lieu dans les campagnes s’achemineront vers les villes, pas forcément sous une seule bannière, pas forcément de façon disciplinée ou révolutionnaire.
Ce ne sera pas joli.
Mais c’est inévitable.

Arundhati Roy
Ceux qui ont tenté de changer le système au moyen des élections ont fini par
être changés par lui
Outlook India| 26 novembre 2012
Traduction et PDF : Secours Rouge |Belgique

En août l’année dernière, Arundhati Roy a écrit un article soulevant d’importantes questions à propos du mouvement Anna Hazare. Beaucoup de choses ont changé depuis lors, et Arvind Kejriwal et Anna ont suivi des voies divergentes. Kejriwal lancera un parti politique le 26 novembre et au cours des quelques derniers mois, il a, avec l’avocat Prashant Bhushan, embauché de puissants politiciens et sociétés. Saba Naqvi a envoyé cinq questions à Arundhati par e-mail pour avoir son opinion sur ce qui est une situation en évolution qui a des répercussions sur la politique, les médias et le discours national. Voici les réponses très détaillées d’Arundhati.


Arundhati Roy : La face obscure du miracle indien


Bombay, le Palais Antilla.


Non, ce bel édifice, non sans qualité, n'est pas le siège social d'une multinationale,  un ministère ou une administration ou même un immeuble de logements de luxe quelconque, qui dresse ses 27 étages dans le ciel de Bombay, mais la résidence de l'homme le plus riche de l'Inde : Mukesh Ambani.  Plus de 10.000 m²  pour sa famille, soit 6 personnes, pour un coût estimé à plus d'un milliard de dollars. Arundhati Roy voit dans ce palais vertical démesuré - Antilla -  le symbole des maux qui gangrènent la société indienne : corruption généralisée, concentration des pouvoirs dans les mains de quelques grandes familles dont rien ne semble pouvoir contrôler la puissance, tandis que 800 millions de déshérités, spoliés au bénéfice des grands groupes privés, continuent de subir une extrême pauvreté. Non, malgré la démocratie, Rien n'a changé depuis l'époque féodale  où les princes pouvaient bâtir des palais tels que le Taj Mahal. 

Arundhati Roy
La face obscure du miracle indien
21 janvier 2012

Est-ce une maison, un temple érigé à la gloire de l’Inde nouvelle, ou un entrepôt rempli de ses fantômes ? Depuis que Antilla a été bâti dans Altamount Road, à Bombay, exsudant une atmosphère de mystère et de tranquille menace, les choses ont changé. « Nous y sommes », me dit l’ami qui m’a conduit ici. « Fais preuve de respect devant nos nouveaux maîtres. » Antilla appartient à l’homme le plus riche de l’Inde, Mukesh Ambani. Je me suis renseignée : c’est l’habitation la plus chère jamais construite, comptant 27 étages, trois hélipads, neuf ascenseurs, avec des jardins suspendus, des dancings, des gymnases, six étages de parking, et 600 employés. Rien ne m’avait préparée au choc provoqué par cette pelouse verticale, ce mur d’herbe tenu par une structure métallique. L’herbe était par endroit jaunie, et des portions rectangulaires s’en étaient détachées. Visiblement, la théorie du « ruissellement » [de la richesse des plus fortunés vers le bas - ndt ] n’avait pas produit les résultats escomptés.

INDE : Arundhati Roy, Ma marche avec les Camarades


Arundhati Roy
Ma marche avec les Camarades

in Outlook Magazine de Delhi
mars 2010
Publié [et traduit] par le Secours Rouge de Belgique.


Arundhati Roy est née en 1961 d’une mère militante pour les droits de la femme et d’un père planteur de thé. C’est en 1996 que Roy est projetée sur le devant de la scène internationale à la publication de son premier roman The God of Small Things, vainqueur de plusieurs prix littéraires et gros succès commercial, ce qui lui a permis de se consacrer totalement à l’écriture. Dès lors, elle décide de s’engager dans la rédaction d’essais politiques et de non-fictions, publiant deux collections de textes, tout en militant pour des causes sociales. Elle est une des porte-parole du mouvement anti-globalisation et une critique véhémente de l’impérialisme. Elle critique également ouvertement l’actuelle approche de l’industrialisation et du développement rapide menée par le gouvernement indien, en ce y compris les grands projets des compagnies étrangères soutenues par le gouvernement de l’Etat. Son militantisme lui a notamment valu d’être condamnée en 2002 par la Cour Suprême alors qu’elle s’opposait publiquement à un projet de barrage qui allait exproprier un demi million de personnes sans aucune compensation.