UMKHONTO WE SIZWE | Guérilla Urbaine





« Pendant les moments les plus tristes, Amnesty International ne faisait pas campagne pour nous parce que nous avions utilisé la lutte armée et cette organisation ne défendait aucune personne qui avait choisi la violence. C’était pour cette raison que je pensais que le comité Nobel ne retiendrait jamais pour le prix de la paix le nom de l’homme qui avait créé Umkhonto weSizwe. »

Nelson Mandela
Prix Nobel de la Paix


UMKHONTO WE SIZWE 
Guérilla Urbaine 
1961 - 1964


Umkhonto weSizw, [Fer de Lance], l'alliance armée de l'AFrican National Congress [ANC] et du South Africa Communist Party [SACP], fut créé en 1961 sous l'initiative de la jeune garde menée par Nelson Mandela, son premier commandant. Refusant le modèle de Gandhi d'une lutte pacifiste de désobéissance civile, Nelson Mandela préférait les conquêtes militaires de Ho Chi Minh, du Front de Libération d'Ahmed Ben Bella, de Fidel Castro et du commandant Guevara, qu'il citait en exemple [1].

Cette deuxième partie concerne le processus de formation de Umkhonto [ou MK], la période de la guérilla urbaine, jusqu'à sa complète défaite et son exil en Tanzanie amie. Les  larges extraits du récit autobiographique de Nelson Mandela, LONG WALK TO FREEDOM, que nous présentons ici, retracent l'histoire,  et celle de son expérience dans la lutte urbaine menée par les résidents du quartier Sophiatown à Johannesburg, contre leur éviction ; importante car son échec renforça encore sa détermination à engager le processus de la lutte armée : « A un certain moment, on ne peut combattre le feu que par le feu. »


LE PLAN-M


Partisan de méthodes plus violentes, Mandela était moins optimiste que les patients leaders historiques de l'ANC, sûrs qu'un jour à force de persuasion, le système accepterait de partager démocratiquement  le pouvoir, selon la formule de la Charte de la Liberté : ONE MAN, ONE VOTE. Après avoir formé la Ligue de la Jeunesse au sein de l'organisation vieillissante, devenu jeune membre du directoire de l'ANC, persuadé que seule la lutte armée serait en mesure de contraindre le système à la table des négociations, il organisa les premiers réseaux clandestins, bien avant l'interdiction de l'ANC (1960), afin de préparer l'inexorable lutte armée qu'il espérait  :

« Comme beaucoup d’autres, j’étais convaincu que le gouvernement avait l’intention de déclarer l’ANC et le SAIC illégaux, exactement comme pour le Parti communiste [interdit dès 1950]. Il semblait inévitable que l’Etat essaie de nous mettre hors course en tant qu’organisation légale le plus tôt possible. Je suis donc allé à la direction nationale avec l’idée que nous devions élaborer un plan d’urgence en prévision d’une telle éventualité. J’ai dit que ce serait abdiquer nos responsabilités de dirigeants du peuple de ne pas le faire. On m’a demandé d’établir un tel plan, qui permettrait à l’organisation de travailler clandestinement. Cette stratégie a été connue sous le nom de Plan-Mandela ou, simplement, Plan-M. L’idée consistait à mettre sur pied un mécanisme d’organisation qui permettrait à l’ANC de prendre au plus haut niveau des décisions faciles à transmettre rapidement à l’organisation tout entière sans avoir besoin de réunion. En d’autres termes, cela permettrait à une organisation illégale de continuer à fonctionner et aux responsables sous l’effet d’une interdiction de continuer à diriger. Grâce au Plan-M, l’ANC pourrait recruter de nouveaux membres, réagir aux problèmes locaux et nationaux, et maintenir des contacts réguliers entre les membres et la direction clandestine.

J’ai tenu un certain nombre de réunions secrètes avec des membres de l’ANC et du SAIC sous le coup d’une interdiction ou non, afin de discuter des éléments du plan. J’y ai travaillé pendant plusieurs mois et j’ai mis au point un système assez général pour qu’il puisse s’adapter aux conditions locales sans entraver les initiatives individuelles mais tout en restant suffisamment détaillé pour faciliter l’ordre. La plus petite unité était la cellule qui, dans les townships urbains, comprenait en gros dix maisons d’une rue. Un délégué de cellule avait la responsabilité de chacune de ces unités. Si une rue comptait plus de dix maisons, un délégué de rue était responsable et les délégués des cellules le tenaient au courant. Un groupe de rues formait une zone dirigée par un délégué en chef qui était à son tour responsable du secrétariat de la branche locale de l’ANC. Le secrétariat était un sous-comité de la direction de la branche locale, et rendait compte au secrétaire provincial. Mon idée, c’était que chaque délégué de cellule et de rue devrait connaître chaque personne et chaque famille dans son secteur, et que les gens lui feraient confiance et qu’il saurait à qui faire confiance. Le délégué de cellule organisait des réunions, des cours de politique et encaissait les cotisations. Il était la cheville ouvrière du plan. Cette stratégie avait été créée à l’origine surtout pour les zones urbaines, mais on pouvait l’adapter à la campagne. Le plan a été accepté et immédiatement appliqué. On a incité les branches locales à commencer cette restructuration clandestine. Nombre d’entre elles l’ont adoptée tout de suite, mais certaines, dans les avant-postes les plus éloignés, ont pensé qu’il s’agissait d’une tentative de Johannesburg en vue de contrôler les régions.

L’ANC a introduit dans le plan un cours d’initiation à la politique, pour ses membres dans tout le pays. Il s’agissait de conférences destinées non seulement à éduquer mais aussi à maintenir la cohésion de l’organisation. Elles étaient données secrètement par les responsables des branches locales. Ceux qui y assistaient faisaient les mêmes conférences dans leurs communautés. Au début, elles n’étaient pas systématiques, mais après quelques mois on a mis au point un programme. Il y avait trois grands cours : « Le monde dans lequel nous vivons », « Comment nous sommes gouvernés » et « La nécessité du changement ». Dans le premier cours, nous discutions des différents types de systèmes politiques et économiques dans le monde et en Afrique du Sud. C’était un tour d’horizon du développement du capitalisme et du socialisme. Nous parlions, par exemple, de la façon dont les Noirs sud-africains étaient opprimés en tant que race et en tant que classe économique. Les conférenciers étaient pour la plupart sous le coup d’une interdiction et, moi-même, j’ai souvent donné des conférences le soir. Cette organisation avait l’avantage de permettre aux bannis de rester actifs et de maintenir les adhérents en contact avec ces responsables. Pendant ce temps, les membres de la direction sous le coup d’une interdiction se rencontraient souvent entre eux et organisaient des réunions avec les responsables en poste. L’ancienne et la nouvelle direction se coordonnaient très bien et la prise de décisions était collective comme auparavant. Parfois, on avait limpression que rien navait changé sauf que nous devions nous retrouver clandestinement.


SOPHIATOWN


« A Johannesburg, le projet de déplacement des zones ouest prévoyait l’évacuation de Sophiatown, de Martindale et de Newclare, dont la population totale se situait entre 60 000 et 100 000 personnes. En 1953, le gouvernement nationaliste avait acheté une étendue de terre appelée Meadowlands, à une quinzaine de kilomètres de la ville. Les gens y seraient réinstallés en sept « groupes ethniques » différents. Le gouvernement avançait comme excuse la suppression des bidonvilles, un écran de fumée pour dissimuler la politique gouvernementale qui considérait que toute zone urbaine était blanche et que les Africains n’étaient que des résidents temporaires.

Le gouvernement subissait la pression de ses partisans des environs, de Westdene et Newlands, qui étaient des zones blanches relativement pauvres. Ces Blancs de la classe ouvrière lorgnaient sur les belles maisons que possédaient certains Noirs à Sophiatown. Le gouvernement voulait contrôler les déplacements de tous les Africains et cela se révélait beaucoup plus difficile dans les townships urbains où les Noirs étaient propriétaires et où les gens allaient et venaient à leur guise. Bien que le système fût toujours en vigueur, on n’avait besoin d’aucune autorisation particulière pour entrer dans un township de propriétaires, contrairement aux locations municipales. Les Africains habitaient et étaient propriétaires à Sophiatown depuis plus de cinquante ans ; et maintenant le gouvernement envisageait impitoyablement de reloger tous les Africains de Sophiatown dans un autre township noir. Le plan du gouvernement manifestait un tel cynisme que le déplacement était prévu avant même que les maisons qui devaient accueillir les gens aient été construites. Le déplacement de Sophiatown fut la première grande épreuve de force pour l’ANC et ses alliés après la Campagne de défi.

Le projet de déplacement de Sophiatown avait débuté en 1950, mais les efforts de l’ANC pour s’y opposer n’ont pas commencé vraiment avant 1953. Vers le milieu de l’année, les branches locales de l’ANC, le Transvaal Indian Congress et l’Association des contribuables ont mobilisé les gens pour résister. En juin 1953, la direction provinciale de l’ANC et le TIC ont organisé une réunion publique au cinéma Odin de Sophiatown pour discuter de la mobilisation. La réunion a été animée et exubérante et a rassemblé plus de 1 200 personnes qui ne semblaient pas intimidées par la présence de plusieurs douzaines de policiers armés jusqu’aux dents. […] A l’intérieur, les policiers étaient provocateurs et méprisants. Armés de pistolets et de fusils, ils déambulaient dans la salle en bousculant les gens et en faisant des remarques insultantes. 

[…]

A ce moment-là, l’ANC tenait des réunions chaque dimanche à Freedom Square, au centre de Sophiatown, pour mobiliser l’opposition au déplacement. Il y avait des moments vibrants, ponctués par les cris sans cesse répétés de « Asihambi ! » (Nous ne bougerons pas !) et la chanson « Sophiatown likhaya lam asihambi » (Sophiatown, c’est chez moi ; nous ne bougerons pas). Des membres de l’ANC, des propriétaires, des locataires, des conseillers municipaux et souvent le père Huddleston, qui ignorait les avertissements de la police de s’en tenir aux affaires de l’Eglise, prenaient la parole. »



L'APPEL A LA VIOLENCE


« Un dimanche soir, peu de temps après l’incident du cinéma Odin, il était prévu que je parle à Freedom Square. La foule était ardente et son émotion m’influençait certainement. Il y avait beaucoup de jeunes en colère qui avaient envie de passer à l’action. Comme d’habitude, les policiers entouraient la place. Comme d’habitude, ils étaient armés de fusils et de stylos pour noter le nom de ceux qui parlaient et ce qu’ils disaient. C’était un fléau auquel on s’habituait. Nous essayions d’en faire une vertu en étant aussi francs que possible avec la police, pour montrer qu’en fait nous n’avions rien à cacher, même pas notre mépris à son égard. J’ai commencé à parler de la répression grandissante du gouvernement à la suite de la Campagne de défi. J’ai dit que, maintenant, le gouvernement avait peur de la force du peuple africain. Tout en parlant, je sentais mon indignation monter. A cette époque, j’étais un orateur qui avait tendance à mettre le feu aux poudres. J’aimais exciter un public et c’est ce que je faisais. Alors que je condamnais le gouvernement pour sa brutalité et sa façon de ne pas respecter la loi, je suis allé trop loin : j’ai dit que le temps de la résistance passive était terminé, que la non-violence était une stratégie vaine et qu’elle ne renverserait jamais une minorité blanche prête à maintenir son pouvoir à n’importe quel prix. J’ai dit que la violence était la seule arme qui détruirait l’apartheid et que nous devions être prêts, dans un avenir proche, à l’employer.

La foule était transportée ; les jeunes en particulier applaudissaient et criaient. Ils étaient prêts à agir comme je venais de le dire. A ce moment-là, j’ai entonné un chant de liberté dont les paroles disaient : « Voici nos ennemis, prenons les armes, attaquons-les. » Je chantais et la foule s’est jointe à moi et, à la fin, j’ai montré la police et j’ai dit : « Regardez, les voici, nos ennemis ! »La foule a recommencé à crier des hourras et a fait des gestes agressifs en direction des policiers. Ces derniers étaient inquiets et beaucoup me désignaient du doigt comme pour me dire : « Mandela, tu vas nous le payer ! » Ça m’était égal. Dans la chaleur du moment, je ne pensais pas aux conséquences. Mais ce que j’avais dit ce soir-là ne tombait pas du ciel. J’avais pensé à l’avenir. Le gouvernement ne cessait de prendre des mesures pour que des choses comme la Campagne de défi ne se reproduisent pas. J’avais commencé à analyser la lutte dans des termes différents. L’ANC avait pour ambition de lancer une lutte de masse, d’engager les ouvriers et les paysans d’Afrique du Sud dans une campagne si vaste et si puissante qu’elle devrait mettre à bas le statu quo de l’oppression blanche. Mais le gouvernement nationaliste rendait impossible toute expression légale différente ou toute protestation. Je voyais qu’il réprimerait impitoyablement toute manifestation légitime de la part de la majorité africaine. Un Etat policier ne semblait plus très loin. J’ai soupçonné que les manifestations légales et non constitutionnelles deviendraient bientôt toutes deux impossibles.

En Inde, Gandhi avait eu à faire à une puissance étrangère qui en fin de compte s’était montrée plus réaliste et plus clairvoyante. Ce n’était pas le cas des Afrikaners en Afrique du Sud. La résistance passive non violente est efficace tant que votre adversaire adhère aux mêmes règles que vous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace. Mais sur ce sujet, ma réflexion n’avait pas encore abouti, et j’avais parlé trop vite. C’était sans doute l’opinion du Comité national de direction. Quand il a été mis au courant du contenu de mon discours, j’ai été sévèrement critiqué pour avoir défendu une rupture aussi radicale avec la politique de l’ANC. Certains membres de la direction pensaient comme moi mais personne n’a soutenu la méthode irréfléchie avec laquelle j’avais parlé. La direction m’en a fait le reproche en soulignant que la politique que j’avais défendue n’était pas seulement prématurée mais dangereuse. De tels discours pouvaient inciter l’ennemi à écraser entièrement l’organisation puisque l’ennemi était fort et que nous étions toujours faibles. J’ai accepté la critique, et ensuite j’ai fidèlement défendu la politique de non-violence en public. Mais au fond de moi, je savais que la non-violence n’était pas la réponse.

[...]

La campagne contre le déplacement de Sophiatown fut une bataille de longue haleine. Nous restions sur nos positions, le gouvernement aussi. Tout au long de 1954 et au début de 1955, des réunions ont eu lieu deux fois par au début de 1955, des réunions ont eu lieu deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche soir. Les orateurs dénonçaient les uns après les autres les projets du gouvernement. LANC et lAssociation des contribuables, sous la direction du Dr. Xuma, protestaient auprès du gouvernement avec des lettres et des pétitions. Nous avons conduit la campagne contre le déplacement avec le slogan « sur nos cadavres », un thème souvent crié du haut des tribunes et repris par la foule. Un soir, cela poussa même le Dr. Xuma, dhabitude fort prudent, à hurler le slogan mobilisateur utilisé au siècle dernier pour entraîner les guerriers à la bataille : « Zemkinkomo magwalandini ! » (Lennemi a pris le bétail, bande de lâches !)

Le gouvernement avait prévu que le déplacement aurait lieu le 9 février 1955. Au fur et à mesure que la date approchait, Oliver et moi allions chaque jour dans le township, pour rencontrer les responsables locaux, discuter les plans et agir dans notre domaine professionnel en faveur de ceux qui étaient expulsés ou poursuivis en justice. Nous cherchions à prouver au tribunal que la documentation du gouvernement était souvent incorrecte et que beaucoup dordres dexpulsion étaient par conséquent illégaux. Mais ce nétait quune mesure temporaire ; le gouvernement ne laisserait pas quelques illégalités lui faire obstacle. Peu avant la date prévue, une réunion de masse particulière fut organisée à Freedom Square. Dix mille personnes se réunirent pour entendre le chef Luthuli. Mais au moment de son arrivée à Johannesburg, on lui remit un ordre dinterdiction qui lobligeait à retourner au Natal.

La veille du déplacement, Joe Modise, un des responsables locaux de lANC les plus engagés, prit la parole devant un rassemblement de plus de 500 jeunes militants qui attendaient un ordre de lANC. Ils espéraient quon leur dirait dengager la bataille avec la police et larmée. Ils étaient prêts à dresser des barricades dans la nuit et, le lendemain, à attaquer la police avec des armes et tout ce qui leur tomberait sous la main. Ils prenaient notre slogan au pied de la lettre : on ne déplacerait Sophiatown quen passant sur nos cadavres.

Mais après des discussions avec la direction de lANC, y compris avec moi, Joe dit aux jeunes de ne pas bouger. Ils étaient furieux et se sentaient trahis. Mais nous pensions que la violence aurait conduit au désastre. Nous avons insisté sur le fait quune insurrection exigeait une organisation minutieuse sinon cela tournait au suicide. Nous nétions pas encore prêts à nous engager sur le même terrain que lennemi. Le 9 février, dans la brume du petit matin, 4 000 policiers et soldats ont évacué le township tandis que des ouvriers rasaient les maisons vides et que les camions commençaient à transporter les familles de Sophiatown à Meadowlands. La nuit précédente, lANC avait regroupé plusieurs familles dans des locaux préparés avec laide de familles pro-ANC, à lintérieur de Sophiatown. Mais cétait insuffisant et trop tardif et ce ne pouvait être quun pis-aller. Larmée et la police se montrèrent dune efficacité impitoyable. Au bout de quelques semaines, notre résistance seffondra. La plupart de nos responsables locaux avaient été interdits ou arrêtés et, à la fin, Sophiatown est mort non pas dans les détonations des fusils mais dans le bruit des camions et des marteaux-piqueurs.

On peut toujours faire une analyse correcte dune action politique quon lit dans le journal du lendemain, mais quand on se trouve au coeur dun combat politique, on na guère le temps de réfléchir. Nous avons fait beaucoup derreurs dans la campagne contre le déplacement et nous en avons tiré beaucoup de leçons.« Sur nos cadavres » était un slogan mobilisateur mais qui se révéla autant un obstacle quune aide. Un slogan est un lien vital entre lorganisation et les masses quelle tente de conduire. Il doit synthétiser une revendication précise en une phrase simple et nerveuse, tout en mobilisant les gens pour le combat. Notre slogan frappait limagination des gens mais il les incitait à croire que nous allions nous battre jusquà la mort pour nous opposer au déplacement.

En fait, lANC ny était pas du tout préparé. Nous navons jamais proposé dautre solution. Quand les habitants de Sophiatown se sont rendu compte que nous ne pouvions ni arrêter le gouvernement ni leur fournir de logements ailleurs, leur propre résistance a faibli et le flot de ceux qui allaient à Meadowlands na cessé de croître. Beaucoup de locataires sont partis volontairement quand ils ont découvert quà Meadowlands ils auraient des logements plus grands. Nous navions pas pris en considération les situations différentes des propriétaires et des locataires. Les propriétaires avaient des raisons de rester, mais beaucoup de locataires étaient incités à partir. LANC était critiqué par beaucoup de ses membres africanistes, qui reprochaient aux responsables de protéger les intérêts des propriétaires aux dépens des locataires. Jai retiré de cette campagne la leçon quau bout du compte nous navions pas dautre choix que la résistance armée et violente. Nous avions utilisé toutes les armes non violentes de notre arsenal – discours, délégations, menaces, arrêts de travail, grèves à domicile, emprisonnement volontaire –, tout cela en vain, car quoi que nous fassions, une main de fer sabattait sur nous. Un combattant de la liberté apprend de façon brutale que cest loppresseur qui définit la nature de la lutte, et il ne reste souvent à lopprimé dautre recours que dutiliser les méthodes qui reflètent celles de loppresseur. A un certain moment, on ne peut combattre le feu que par le feu. »



Sophiatown en cours de démolition

UMKHONTO


L'apartheid instaura des lois plus en plus sévères qui s'échelonnent dans le temps alors que les pays d'Afrique colonisés obtenaient leur indépendance [2]  ; l'année 1960 est particulièrement riche : Cameroun, Togo, Madagascar, R. du Congo, Somalie, Bénin, Niger, Burkina Faso, Cote D'ivoire, Tchad, Centrafrique, Congo, Gabon, Sénégal,  Mali, Nigeria, Mauritanie, deviennent des pays souverains.

En Afrique du Sud, la même année se déroule le massacre de Shaperville : la police fait feu lors d'une manifestation organisée par le Pan African Congress [PAC], faisant 69 morts et environ 400 blessés [3] ; puis le gouvernement procéda à l'instauration de la loi martiale, et à l'interdiction des organisations opposées à l'apartheid et à l'arrestation de leurs membres, dont bien sûr, ceux de l'ANC et du Pan African Congress qui passait aux premiers rangs de la lutte, en Afrique comme dans le monde entier. Ces évènements vont jouer en faveur d'un changement radical dans la stratégie de l'ANC. Nelson Mandela :



« Le débat sur l’utilisation de la violence durait entre nous depuis le début de 1960. J’avais parlé pour la première fois de la lutte armée avec Walter [Sisulu] dès 1952. Je lui en parlai à nouveau et nous fûmes d’accord pour reconnaître que l’organisation devait s’engager dans une nouvelle voie. Le Parti communiste s’était secrètement reconstitué dans la clandestinité et envisageait de former sa propre branche militaire. Nous avons décidé que je poserais le problème de la lutte armée au Comité de travail et je le fis au cours d’une réunion en juin 1961.

J’avais à peine commencé à formuler ma proposition que Moses Kotane, le secrétaire du Parti communiste, et l’un des personnages les plus puissants de la direction de l’ANC, lança une contre-attaque en m’accusant de ne pas avoir suffisamment réfléchi à ma proposition. Il dit que j’avais été dépassé et paralysé par la réaction du gouvernement, et que maintenant, en désespoir de cause, j’avais recours au langage révolutionnaire. « y a encore de la place, insista-t-il, pour les vieilles méthodes si nous avons assez d’imagination et de détermination. Si nous nous embarquons dans la voie que Mandela propose, nous exposerons des gens innocents à être massacrés par l’ennemi. »

Moses parlait de façon convaincante et je voyais que j’avais perdu. Walter lui-même ne prenant pas la parole pour me soutenir, j’ai renoncé ; je lui ai ensuite dit mon mécontentement et lui ai reproché de ne pas être venu à mon aide. Il a ri et m’a répondu que ç’aurait été stupide de vouloir lutter contre l’orgueil de deux lions en colère. Walter est un homme plein de ressource et de diplomatie. « Laisse-moi arranger une rencontre entre Moses et toi, me dit-il, et tu pourras défendre ton point de vue. »

J’étais dans la clandestinité mais Walter réussit à nous réunir dans une maison du township et nous avons parlé toute la journée. J’ai été franc et j’ai expliqué pourquoi je croyais que nous n’avions pas d’autre choix que de nous tourner vers la violence. J’ai utilisé une vieille expression africaine : « Sebatana ha se bokwe ka diatla » (On ne peut détourner l’attaque d’une bête sauvage les mains nues). Moses était un communiste de la vieille école, et je lui dis qu’en s’opposant à moi, il était comme le Parti communiste de Cuba sous Batista. Le Parti avait insisté en disant que les conditions n’étaient pas réunies et il attendit parce qu’il suivait simplement le manuel de définitions de Lénine et de Staline. Castro n’attendit pas, il agit – et triompha. Si l’on attend que les conditions du manuel soient réunies, cela n’arrivera jamais. J’ai dit à Moses que son esprit sortait du vieux moule de l’ANC organisation légale. Les gens formaient déjà des groupes militaires dans leur coin et seul l’ANC avait la poigne suffisante pour les diriger. Nous avions toujours affirmé que le peuple était en avance sur nous et actuellement il l’était. Nous avons parlé toute la journée, et à la fin, Moses m’a dit : « Nelson, je ne te promets rien, mais repose la question au Comité et nous verrons ce qui arrivera. » Une réunion était prévue une semaine plus tard et j’ai posé de nouveau la question. Cette fois, Moses est resté silencieux, et un consensus s’est dégagé pour que je fasse la proposition à la Direction nationale à Durban. Walter s’est contenté de sourire.

La réunion de la Direction à Durban, comme toutes les réunions de l’ANC à l’époque, eut lieu en secret et la nuit, afin d’éviter la police. Je pensais rencontrer des difficultés parce que le chef Luthuli serait présent et je connaissais son engagement moral envers la non-violence. Je me méfiais aussi du moment : je soulevais la question de la violence tout de suite après le procès de trahison où nous avions soutenu que pour l’ANC la non-violence était un principe inviolable et non pas une tactique dont on pouvait changer en fonction des circonstances. Moi-même, je croyais exactement l’inverse ; que la non-violence était une tactique qu’on devrait abandonner quand elle ne serait plus efficace.

A la réunion, j’ai soutenu que le gouvernement ne nous laissait pas d’autre choix que la violence. J’ai dit qu’il était faux et immoral d’exposer notre peuple aux attaques armées du gouvernement sans lui offrir une sorte d’alternative. J’ai signalé de nouveau que le peuple avait pris les armes tout seul. La violence commencerait, que nous en prenions ou non l’initiative. Ne vaudrait-il pas mieux guider cette violence nous-mêmes, d’après nos principes selon lesquels nous attaquions les symboles de l’oppression, et non le peuple ? Si nous ne prenions pas maintenant la direction de la lutte armée, dis-je, nous serions des retardataires et les suiveurs d’un mouvement que nous ne contrôlerions pas.

Au début, le chef s’opposa à mes arguments. Pour lui, la non-violence n’était pas simplement une tactique. Mais nous avons continué à lui parler toute la nuit ; et je pense qu’au plus profond de lui il s’est rendu compte que nous avions raison. Il a finalement accepté l’idée qu’une campagne militaire était inévitable. Quand, plus tard, quelqu’un insinua que peut-être le chef n’était pas préparé pour un tel changement de direction, il répliqua : « Si quelqu’un pense que je suis un pacifiste, qu’il vienne prendre mes poulets, et il verra qu’il se trompe ! » La Direction nationale accepta formellement la décision préparatoire du Comité de travail. Le chef et d’autres suggérèrent que nous traitions de cette nouvelle résolution comme si l’ANC n’en avait pas encore discuté. Le chef ne voulait pas mettre en danger la légalité de nos alliés non interdits. D’après lui, un mouvement militaire devait être un organisme séparé et indépendant, lié à l’ANC et sous le contrôle général de l’ANC, mais fondamentalement autonome. Ce seraient deux courants de la lutte. Nous avons tout de suite accepté la suggestion du chef. Avec d’autres, il nous a mis en garde afin que cette nouvelle phase ne soit pas une excuse pour négliger les tâches essentielles de l’organisation et les méthodes traditionnelles de lutte. Cela aussi serait autodestructeur parce que la lutte armée, au moins au début, ne serait pas l’élément central du mouvement.

La nuit suivante, une réunion des différentes directions était prévue à Durban. Y participaient le Congrès indien, le Congrès métis, le Congrès des syndicats sud-africains et le Congrès des démocrates. En général, ces autres groupes acceptaient les décisions de l’ANC mais je savais que certains collègues indiens s’opposeraient énergiquement à ce changement vers la violence. La réunion commença de façon malheureuse. Le chef Luthuli, qui présidait, annonça que, même si l’ANC avait accepté une décision sur la violence, c’était une question d’une telle gravité qu’il aimerait que ses « collègues présents ici ce soir reposent à nouveau la question ». Il était évident qu’il n’avait pas encore entièrement accepté notre nouvelle décision. La réunion commença à 8 heures dans une atmosphère houleuse. Je donnai les mêmes explications et plusieurs personnes firent des réserves.

Yusuf Cachalia et le Dr. Naicker nous supplièrent de ne pas nous embarquer dans cette voie, en soutenant que le gouvernement allait massacrer tout le mouvement de libération. J.N. Singh, un orateur redoutable, prononça cette nuit-là des mots qui me résonnent encore dans la tête : « La non-violence ne nous a pas mal servis, dit-il, c’est nous qui avons mal servi la non-violence. » Je lui ai répondu que c’était bien la non-violence qui ne nous avait pas servis car elle n’avait rien fait pour arrêter la violence de l’Etat ou pour changer le coeur de nos oppresseurs. Nous avons parlé toute la nuit, et au petit matin, j’ai commencé à sentir que nous faisions des progrès. Beaucoup de responsables indiens envisageaient maintenant avec tristesse la fin de la non-violence. Puis brusquement, M.D. Naidoo, membre du Congrès indien d’Afrique du Sud, s’est levé et a dit à ses collègues indiens : « Vous avez peur d’aller en prison, c’est tout ! » Sa réplique a créé le désordre dans la réunion. Quand on remet en cause l’intégrité d’un homme, on peut s’attendre à un conflit. Le débat en est revenu à son point de départ.

Mais au lever du soleil, nous avons abouti à une résolution. Le Congrès m’autorisait à former une nouvelle organisation militaire, séparée de l’ANC. La politique de l’ANC resterait la non-violence. J’étais autorisé à réunir tous ceux que je voulais ou dont j’avais besoin pour créer cette organisation et je ne dépendrais pas du contrôle direct de l’organisation mère. Nous avions franchi une étape décisive. Pendant cinquante ans, l’ANC avait considéré la non-violence comme un principe central. Désormais, l’ANC serait une organisation d’un genre différent. Nous nous engagions dans une voie nouvelle et plus dangereuse, la voie de la violence organisée, dont nous ne pouvions connaître les résultats d’avance. [...]

Moi qui n’avais pas été soldat, qui n’avais jamais combattu, qui n’avais jamais tiré un coup de feu sur un ennemi, on m’avait confié la tâche d’organiser une armée. Cela aurait été une entreprise intimidante pour un général en retraite mais beaucoup moins pour un novice. Cette nouvelle organisation s’appelait Umkhonto we Sizwe (La lance de la nation), abrégé en MK. On avait choisi le symbole de la lance parce qu’avec cette simple arme les Africains avaient résisté aux Blancs pendant des siècles. La direction de l’ANC n’admettait pas de Blancs, mais MK n’avait pas ce genre de contrainte et j’ai immédiatement recruté Joe Slovo, et, avec Walter Sisulu, nous avons constitué le Haut Commandement, dont j’étais le président. Par l’intermédiaire de Joe, je me suis appuyé sur les efforts de membres blancs du Parti communiste, déjà engagés sur la voie de la violence, et qui avaient réalisé des actes de sabotage comme la coupure de lignes téléphoniques et de voies de communication du gouvernement. Nous avons recruté Jack Hodgson, qui avait combattu dans la Seconde Guerre mondiale avec la légion Springbok, et Rusty Bernstein, tous deux membres du Parti communiste. Jack est devenu notre premier expert en destruction par explosifs. Notre mandat était de commettre des actes de violence contre l’Etat, mais nous n’avions pas encore décidé de la forme que prendraient ces actes. Nous avions l’intention de commencer par ce qui était le moins violent pour les individus et qui causait le plus de dommages pour l’Etat.

J’ai commencé par ce que je connaissais, en lisant et en parlant à des experts. Ce que je voulais trouver c’était les principes fondamentaux pour commencer une révolution. J’ai découvert qu’on avait abondamment écrit sur le sujet et je me suis lancé dans la littérature disponible sur la lutte armée et en particulier la guerre de guérilla : comment créer, entraîner et maintenir une force de guérilla ; comment devait-elle être armée ; où trouvait-elle ses approvisionnements – autant de questions élémentaires et fondamentales. Chaque source de renseignements m’intéressait. J’ai lu le rapport de Blas Roca, le secrétaire général du Parti communiste cubain, sur les années d’illégalité pendant le régime de Batista. Dans Commando de Deneys Reitz, j’ai lu les tactiques de la guérilla non conventionnelle des généraux boers pendant la guerre des Boers. J’ai lu des livres de et sur Che Guevara, Mao Zedong, Fidel Castro. Dans le très beau Etoile rouge sur la Chine d’Edgar Snow, j’ai vu que c’était la détermination et la pensée non traditionnelle de Mao Zedong qui l’avaient conduit à la victoire. J’ai lu La Révolte de Menahem Begin et j’ai été encouragé en voyant que le leader israélien avait mené une guerre de guérilla dans un pays sans montagnes et sans forêts, ce qui était une situation semblable à la nôtre.

J’avais envie d’en savoir plus sur la lutte armée du peuple d’Ethiopie contre Mussolini et sur les armées de guérilla du Kenya, d’Algérie et du Cameroun. Je suis remonté dans le passé de l’Afrique du Sud. J’ai étudié notre histoire à la fois avant et après l’arrivée des Blancs. J’ai analysé les guerres des Africains contre les Africains, des Africains contre les Blancs et des Blancs contre les Blancs. J’ai fait un relevé des plus importantes régions industrielles du pays, du système national de transport, du réseau de communications. J’ai accumulé les cartes détaillées et j’ai systématiquement analysé le terrain des différentes régions du pays. […].

Au cours de ces premiers mois de clandestinité, j’ai vécu pendant quelques semaines chez une famille dans Market Street, après quoi j’ai partagé l’appartement d’une pièce au rez-de-chaussée de Wolfie Kodesh, à Berea, une banlieue blanche et tranquille pas très loin, au nord du centre ville. Wolfie était membre du Congrès des démocrates et reporter à New Age. Il avait combattu en Afrique du Nord et en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa connaissance de la guerre et son expérience personnelle du combat m’ont été extrêmement utiles. Sur son conseil, j’ai lu De la guerre du général prussien Carl von Clausewitz. La thèse centrale de Clausewitz, à savoir que la guerre est la continuation de la diplomatie par d’autres moyens, rejoignait ce que je pensais instinctivement. Je demandais à Wolfie de me fournir de quoi lire et je crains d’avoir empiété sur sa vie, aussi bien sur son travail que sur ses loisirs. Mais c’était quelqu’un de si aimable et de si réservé qu’il ne s’est jamais plaint [...]

A ce moment-là, MK s’exerçait aux explosions. Un soir, j’ai accompagné Wolfie dans une vieille briqueterie aux limites de la ville où avait lieu une démonstration. C’était une infraction à la sécurité, mais je voulais assister au premier essai d’un dispositif de mise à feu de MK. Il y avait souvent des explosions dans cette briqueterie car on se servait de dynamite pour dégager l’argile avant de la ramasser pour fabriquer des briques. Jack Hodgson avait apporté un bidon de pétrole rempli de nitroglycérine ; il avait mis au point un mécanisme à retardement avec l’intérieur d’un stylobille. Il faisait sombre, nous avions peu de lumière et nous nous tenions sur le côté tandis que Jack travaillait. Quand il a été prêt, nous nous sommes reculés et nous avons compté trente secondes. Il y a eu un énorme grondement et beaucoup de terre déplacée. L’explosion avait été un succès ; nous sommes revenus rapidement vers les voitures pour partir dans des directions différentes. […]

La présence d’Arthur Goldreich fournissait une excellente couverture à nos activités. Arthur était un artiste et un dessinateur de profession, militant du Congrès des démocrates et l’un des premiers membres de MK. La police ne savait rien de ses activités politiques et il n’avait jamais subi d’interrogatoire ni de perquisition. Dans les années 40, il avait combattu avec le Palmach, la branche armée du Mouvement national juif en Palestine. Il connaissait bien la guerre de guérilla et m’a beaucoup aidé à combler mes lacunes. C’était un personnage extraordinaire, qui fit régner une atmosphère d’optimisme. […]

En organisant la direction et la forme que prendrait MK, nous avons envisagé quatre types d’action violente : le sabotage, la guerre de guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte. Pour une armée limitée et novice, la révolution ouverte était inconcevable. Inévitablement, le terrorisme donnait une mauvaise image à ceux qui l’employaient et détruisait le soutien public qu’ils auraient pu recueillir. La guerre de guérilla était une possibilité, mais comme l’ANC avait hésité à adopter la violence, il semblait logique de commencer avec la forme de violence qui causait le moins de tort aux individus : le sabotage.

Etant donné qu’il n’impliquait pas la perte de vies humaines, il laissait le meilleur espoir pour la réconciliation entre les races par la suite. Nous ne voulions pas faire éclater une guerre à mort entre Noirs et Blancs. L’animosité entre les Afrikaners et les Anglais était encore vive cinquante ans après la guerre des Boers ; que seraient les relations entre Noirs et Blancs si nous provoquions une guerre civile ? Le sabotage avait l’avantage supplémentaire d’exiger peu d’effectifs. Notre stratégie consistait à faire des raids sélectifs contre des installations militaires, des centrales électriques, des lignes téléphoniques, et des moyens de transport ; des cibles, qui non seulement entraveraient l’efficacité militaire de l’Etat, mais qui en plus effraieraient les partisans du Parti national, feraient fuir les capitaux étrangers et affaibliraient l’économie. Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK : nous n’acceptions aucune perte de vies humaines. Mais si le sabotage ne produisait pas les effets escomptés, nous étions prêts à passer à l’étape suivante : la guerre de guérilla et le terrorisme.

La structure de MK s’inspirait de celle de l’organisation mère. Le Haut Commandement national se trouvait au sommet ; au-dessous, il y avait les commandements régionaux, un dans chaque province, en dessous les commandements locaux et les cellules. Les commandements régionaux étaient répartis dans tout le pays et une zone comme l’Eastern Cape avait plus de cinquante cellules. Le Haut Commandement déterminait la tactique et les cibles générales et avait la responsabilité de l’entraînement et des finances. A l’intérieur du cadre établi par le Haut Commandement, les commandements régionaux avaient toute autorité pour choisir les cibles locales à attaquer. Il était interdit aux membres de MK de participer armés à une opération et, malgré tout, ils ne devaient pas mettre leur vie en danger. […]

Le lendemain du retour de Luthuli d’Oslo, MK annonça de façon spectaculaire son existence. Sur l’ordre du Haut Commandement, aux premières heures du 16 décembre – le jour où les Blancs d’Afrique du Sud célébraient la fête de Dingane –, des bombes artisanales explosèrent dans des centrales électriques et des bureaux du gouvernement à Johannesburg, Port Elizabeth et Durban. Un de nos hommes, Petrus Molife, fut tué par mégarde – la première mort d’un soldat de MK. Mourir à la guerre est une chose malheureuse mais inévitable. Chaque homme qui rejoignait MK savait qu’on pouvait lui demander le sacrifice ultime. A l’heure des explosions, des milliers de tracts avec le nouveau manifeste de MK furent distribués dans tout le pays, annonçant la naissance d’Umkhonto we Sizwe :

Des unités de Umkhonto we Sizwe ont exécuté aujourd’hui des attaques prévues, dirigées contre des installations gouvernementales, en particulier en relation avec la politique d’apartheid et de discrimination raciale. Umkhonto we Sizwe est une nouvelle organisation indépendante formée par des Africains. Elle comprend dans ses rangs des Sud-Africains de toutes les races. Umkhonto we Sizwe continuera le combat pour la liberté et la démocratie par d’autres méthodes, nécessaires pour venir en complément du mouvement de libération nationale. Dans la vie de toute nation, il vient un moment où il ne reste que deux choix : se soumettre ou combattre. Ce moment est arrivé en Afrique du Sud. Nous ne nous soumettrons pas et nous n’avons pas d’autre choix que de répondre par tous les moyens en notre pouvoir pour défendre notre peuple, notre avenir et notre liberté […]. Les responsables d’Umkhonto ont toujours recherché – comme l’ensemble du mouvement de libération – à atteindre la libération sans effusion de sang ni guerre civile. Nous espérons encore maintenant que nos premières actions réveilleront tout le monde et feront prendre conscience de la situation désastreuse à laquelle conduit la politique nationaliste. Nous espérons que le gouvernement et ses partisans reprendront leurs esprits avant qu’il soit trop tard afin qu’on change de gouvernement et de politique pour que les choses n’atteignent pas le stade désespéré de la guerre civile.

Nous avions choisi le 16 décembre, la fête de Dingane, pour une raison précise. Ce jour-là, les Sud-Africains blancs célébraient la défaite du grand chef zoulou Dingane, à la bataille de la Blood River (le fleuve de sang) en 1838. Dingane, le demi-frère de Chaka, dirigeait alors l’Etat africain le plus puissant qui ait jamais existé au sud du fleuve Limpopo. Ce jour-là, les balles des Boers furent trop nombreuses pour les lances des impis et leur sang rougit l’eau du fleuve proche. Les Afrikaners célèbrent le 16 décembre comme leur triomphe sur les Africains et la preuve que Dieu était de leur côté ; alors que ce jour-là, les Africains pleurent le massacre de leur peuple. Nous avions choisi le 16 décembre pour montrer que les Africains avaient seulement commencé la lutte et que le bon droit – et la dynamite – était de notre côté. Les attentats prirent par surprise le gouvernement, qui les condamna comme des crimes odieux tout en les ridiculisant comme l’oeuvre d’amateurs stupides. Ces sabotages firent également prendre dramatiquement conscience aux Sud-Africains blancs qu’ils étaient assis sur un volcan.

Quant aux Sud-Africains noirs, ils comprirent que l’ANC n’était plus une organisation de résistance passive, mais une lance puissante qui porterait la lutte au coeur du pouvoir blanc. Nous organisâmes et exécutâmes une autre série d’attentats, quinze jours plus tard, pendant la nuit du Jour de l’an. Le bruit combiné des cloches qui sonnaient et des sirènes qui hurlaient n’était pas seulement une cacophonie pour fêter le Nouvel an, mais un bruit qui symbolisait une nouvelle ère dans notre lutte de libération. La déclaration d’Umkhonto [4] déclencha une contre-offensive haineuse et implacable de la part du gouvernement, à une échelle que nous n’avions encore jamais vue. La Special Branch de la police se fixa comme mission prioritaire la capture des membres de MK et elle ne ménagea aucun effort. Nous leur avions montré que nous ne resterions plus inactifs ; ils allaient nous montrer que rien ne les arrêterait dans leur volonté d’extirper ce qu’ils considéraient comme la plus grande menace pour leur survie. […]

En décembre, l’ANC avait reçu une invitation du Mouvement panafricain de libération de l’Afrique orientale, centrale et australe (PAFMECSA), pour assister à sa conférence d’Addis-Abeba en février 1962. Le PAFMECSA, qui deviendrait plus tard l’Organisation de l’unité africaine (OUA), avait pour but de réunir les Etats indépendants d’Afrique et de promouvoir les mouvements de libération sur le continent. La conférence apporterait d’importantes relations à l’ANC et serait la première et la meilleure occasion de trouver un soutien, de l’argent et un entraînement militaire pour MK. La direction clandestine me demanda de conduire la délégation de l’ANC à la conférence. Ma mission en Afrique ne consistait pas seulement à assister à la conférence ; je devais trouver un soutien politique et financier à notre nouvelle force militaire et, plus important, des possibilités d’entraînement pour nos hommes dans le plus grand nombre d’endroits possible sur le continent. J’étais aussi déterminé à oeuvrer pour la réputation de notre mouvement, qui restait encore relativement inconnu en Afrique. Le PAC avait lancé sa propre campagne de propagande et j’étais chargé de défendre notre cause. […]

La situation en Algérie était pour nous le modèle le plus proche du nôtre parce que les rebelles affrontaient une importante communauté de colons blancs qui régnait sur la majorité indigène. Le Dr. Mustafa nous a raconté comment le FLN avait commencé la lutte avec quelques attentats en 1954, ayant été encouragé par la défaite des Français à Diên Biên Phu, au Vietnam. Au début, le FLN croyait pouvoir vaincre les Français militairement, nous a dit le Dr. Mustafa, puis il s’est rendu compte qu’une victoire purement militaire était impossible. Les responsables du FLN ont donc eu recours à la guerre de guérilla. Il nous a expliqué que ce genre de guerre n’avait pas comme objectif de remporter une victoire militaire mais de libérer les forces économiques et politiques qui feraient tomber l’ennemi. Le Dr. Mustafa nous a conseillé de ne pas négliger le côté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. L’opinion publique internationale, nous a-t-il dit, vaut parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat à réaction. Au bout de trois jours, il nous a envoyés à Oujda, une petite ville poussiéreuse près de la frontière algérienne, et quartier général de l’armée du FLN au Maroc. Nous avons visité une unité sur le front ; à un moment j’ai pris une paire de jumelles et j’ai vu des soldats français de l’autre côté de la frontière. J’avoue que j’ai pensé voir les uniformes des forces de défense sud-africaines. 

[…]

J’étais triste de quitter mes amis de Londres, mais je partais maintenant dans la partie de mon voyage qui m’était la moins familière : l’entraînement militaire. J’avais prévu de recevoir un entraînement de six mois à Addis-Abeba. Là-bas, je retrouvai le ministre des Affaires étrangères, qui m’accueillit chaleureusement et qui m’emmena dans une banlieue appelée Kolfe, le quartier général du Bataillon révolutionnaire éthiopien où je devais apprendre l’art et la science des armes. Bien qu’étant boxeur amateur, je connaissais à peine les rudiments du combat. Mon instructeur était le lieutenant Wondoni Befikadu, un soldat expérimenté qui avait combattu les Italiens dans la clandestinité. Notre programme était très dur : entraînement de 8 heures à 13 heures ; douche et déjeuner ; puis nouvelle séance de 14 à 16 heures. A partir de 16 heures, le colonel Tadesse me donnait des cours de science militaire ; c’était l’adjoint du préfet de police et il avait réussi à faire échouer une tentative de coup d’Etat contre l’empereur. J’ai appris à tirer avec un fusil automatique et un pistolet et je me suis entraîné au tir à la fois à Kolfe avec la garde de l’empereur, et sur un champ de tir à une cinquantaine de kilomètres avec tout le bataillon. On m’a enseigné la démolition et l’utilisation d’un mortier, ainsi que la fabrication de petites bombes et de mines – et la façon de les éviter. Je me sentais transformé en soldat et je commençais à penser comme un soldat – ce qui est loin de la façon de penser d’un politicien.[...]

Pendant les cours, le colonel Tadesse traitait de questions comme la création d’une force de guérilla, le commandement d’une armée et la discipline. Un soir, pendant le dîner, il me dit : « Ecoutez, Mandela, vous créez une armée de libération, pas une armée capitaliste conventionnelle. Une armée de libération est égalitaire. On doit traiter ses hommes d’une façon tout à fait différente de la façon dont on les traiterait dans une armée capitaliste. Quand on est de service, on doit exercer son autorité avec assurance et contrôle. Ce n’est pas différent d’un commandement dans une armée capitaliste. Mais quand on n’est pas de service, on doit se conduire sur la base d’une égalité parfaite, même avec le soldat le moins gradé. On doit manger comme ses hommes ; on ne doit pas aller dans son bureau mais manger et boire avec eux, ne pas s’isoler. »

Tout cela me semblait admirable et sensé, mais tandis qu’il me parlait, un sergent est entré dans la salle et a demandé au colonel où il pouvait trouver un certain lieutenant. Le colonel l’a regardé avec un mépris mal dissimulé et lui a répondu : « Tu ne vois pas que je parle à quelqu’un d’important ? Tu ne sais pas qu’il ne faut pas m’interrompre quand je mange ? Maintenant, hors de ma vue ! » Puis il a repris sur le même ton didactique. L’entraînement devait durer six mois, mais au bout de huit semaines, j’ai reçu un télégramme de l’ANC qui me demandait de rentrer de toute urgence. La lutte armée prenait de l’ampleur et ils avaient besoin du commandant de MK. Le colonel me fit conduire en avion jusqu’à Khartoum. Avant que je parte, il m’offrit un pistolet automatique et deux cents cartouches. Je lui fus très reconnaissant, pour son enseignement et pour le pistolet. Malgré mes marches, je trouvai les munitions très lourdes à porter. Une seule balle a un poids étonnant : transporter deux cents balles, c’est comme porter un petit enfant sur son dos.»


ARRESTATION


Peu après son retour en Afrique du Sud, Nelson Mandela est arrêté le dimanche 5 août 1962, en compagnie de Cecil Williams, un Blanc, directeur de théâtre et membre de MK, lors d'un déplacement en voiture, sur une route les menant à Johannesburg :

«  A Cedara, une petite ville située juste après Howick, j’ai remarqué une Ford V-8 remplie de Blancs qui nous doublait à droite. Instinctivement, je me suis retourné et j’ai vu deux autres voitures avec des Blancs derrière nous. Soudain, la voiture devant nous a fait signe de nous arrêter. J’ai su à cet instant que ma vie de fugitif était terminée ; mes dix-sept mois de « liberté » allaient prendre fin. […] La rumeur la plus persistante était qu’un fonctionnaire du consulat américain ayant des liens avec la CIA avait renseigné les autorités. Cette histoire n’a jamais été confirmée et je n’ai jamais vu aucune preuve crédible qui aurait pu l’étayer. Même si la CIA porte la responsabilité de quantité d’actions méprisables dans son soutien à l’impérialisme américain, je ne peux pas l’accuser de mon arrestation. En vérité, j’avais été imprudent en ne maintenant pas un secret absolu sur mes déplacements. En y repensant, je me suis rendu compte que les autorités avaient eu des milliers de façons de me localiser lors de mon voyage à Durban. En fait, il est même étonnant que je n’aie pas été capturé plus tôt. »


LES SABOTAGES


La capture de Nelson Mandela – longtemps en voyage - ne porta pas un coup fatal à l'organisation clandestine, Joe Slovo en prit la tête. Selon les statistiques officielles – de l'époque -, l'année 1962 comptabilisait 105 attentats, la plupart étant attribué au MK, (une vingtaine est à attribuer au National Committee for Liberation - African Resistance Movement). Les attaques contre les points vitaux de l’économie du pays devaient s’accompagner de sabotage des bâtiments gouvernementaux et d’autres symboles de l’apartheid. Selon Nelson Mandela :

« Ces attaques devaient constituer un signal de ralliement pour notre peuple, et l’encourager à participer à des actions de masse non-violentes, comme des grèves et des manifestations. Constituant par ailleurs un exutoire pour les partisans des méthodes violentes, elles nous permettraient de prouver concrètement à nos militants que nous avions adopté une ligne plus dure et que nous riposterions désormais aux diverses positions de force du gouvernement. Les dommages de ces premiers attentats étaient minimes, cependant leur effet de propagande était irrésistible, et dès la première année d'existence des volontaires en nombre décidèrent de rejoindre l'organisation. Ce fut un changement contesté dans l’ANC. MK n’était pas actif, mais l’aura de la lutte armée avait une grande signification pour des quantités de gens. Même quand on n’en parlait que comme d’un moyen théorique, la lutte armée était le signe que nous combattions activement l’ennemi. Elle avait donc une popularité hors de proportions avec les résultats obtenus sur le terrain. »



Les principales cibles sont des structures administratives : les Bantu Affairs OffIces, Bantu Administration Offices, MunIcipal Bantu Control Offices, Bantu Affairs Department Offices, Bantu Labour Offices, Bantu School Board Offices, etc., les équipements publics (bureaux de poste, central et ligne téléphoniques), les équipements techniques du réseau ferré, les installations électriques, pylônes de ligne à haute tension alimentant les zones industrielles, et transformateurs, les postes de police, et les logements des policiers Noirs. Les sabotages auront été, dans les premiers temps, de peu d'envergure et les dégâts, dans la plupart des cas, sont minimes, outre la destruction des pylônes stoppant pour quelques heures l'activité des industries, ou des transports publics. Enfin, des cellules "The Volunteers" se spécialisent dans l'écriture à la peinture de slogans dans les espaces publics.


RÉPRESSION


Ces campagnes de sabotage ont été l'occasion pour le gouvernement de se débarrasser de la plupart, sinon de tous les contestataires anti-apartheid les plus actifs, les plus connus, qu'ils soient Noirs, Blancs, Indiens ou Métis. Neslon Mandela traçait ainsi les grande lignes de la stratégie contre-insurrectionnelle, et expliquait l'échec de son PLAN-M :



« Le Plan-M était conçu avec les meilleures intentions mais on l’a appliqué avec des succès modestes et jamais sur une grande échelle. Les résultats les plus impressionnants ont de nouveau été dans l’Eastern Cape et à Port Elizabeth. L’esprit de la Campagne de défi s’est poursuivi dans l’Eastern Cape bien après avoir disparu ailleurs et les militants ont saisi le Plan-M comme un moyen de continuer à défier le gouvernement. Le plan a rencontré de nombreux problèmes : il n’était pas toujours correctement expliqué aux adhérents ; il n’y avait pas d’organisateurs payés pour aider à son application et à son fonctionnement ; et il y avait souvent des discussions à l’intérieur des branches locales qui empêchaient d’arriver à un accord pour la mise en oeuvre du plan. Certains responsables de province s’y opposaient parce qu’ils croyaient qu’il remettait en cause leur pouvoir. Pour d’autres, le gouvernement ne semblait pas prêt à prendre une mesure d’interdiction et ils n’ont pas pris les précautions nécessaires pour en atténuer les effets, Quand le poing de fer du gouvernement s’est effectivement abattu, ils n’étaient pas préparés.

[...]

Les actes de terrorisme contre les Autorités bantoues augmentèrent ainsi que la vigilance du gouvernement. John Vorster, le nouveau ministre de la Justice, qui avait lui-même été emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale pour son opposition à l’action du gouvernement en faveur des Alliés, était un homme dépourvu de tout sentiment. Pour lui, une main de fer représentait la meilleure réponse à la subversion. Le 1er mai 1963, le gouvernement prit un décret destiné à « briser les reins » d’Umkhonto, comme le dit Vorster. La General Law Amendment Act, plus connue sous le nom de Ninety-Day Detention Law (Loi de détention de quatre-vingt-dix jours), abandonnait le droit de l’habeas corpus et donnait le pouvoir à tout officier de police de détenir sans aucun mandat toute personne soupçonnée de crime politique. Ceux qui étaient arrêtés pouvaient être détenus, sans procès, sans chef d’inculpation, sans possibilité de contacter un avocat et sans aucune protection contre une inculpation à cause des propos tenus pendant l’arrestation, et cela pendant quatre-vingt-dix jours. Mais cette détention de quatrevingt-dix jours pouvait être prolongée, comme l’expliqua Vorster de façon inquiétante, pendant toute la durée de « ce côté de l’éternité ». La loi transformait le pays en Etat policier ; aucun dictateur ne pouvait aspirer à plus de pouvoir que celui que cette loi donnait aux autorités.

En conséquence, la police devint encore plus féroce : les prisonniers furent systématiquement battus et nous avons bientôt entendu parler de tortures à l’électricité, d’étouffement, etc. Au Parlement, Helen Suzman, la représentante du Parti progressiste, fut la seule à voter contre la loi. On infligea des peines de plus en plus lourdes pour appartenance à une organisation illégale ; de cinq ans de prison jusqu’à la peine de mort pour ceux qui « favorisaient les objectifs » du communisme ou d’autres organisations interdites. Les prisonniers étaient à nouveau détenus, comme je le découvris en 1963, quand la peine de trois ans d’emprisonnement de Sobukwe s’acheva ; au lieu de le libérer, le gouvernement le remit en prison sans accusation, et l’envoya à Robben Island. Vorster défendit aussi la Sabotage Act (Loi sur le sabotage), de juin 1962, qui permettait les assignations à résidence et des interdictions plus rigoureuses sans possibilité d’aller devant un tribunal, et qui limitait les libertés des citoyens comme dans les dictatures les plus fascistes. Les peines sanctionnant les actes de sabotage allaient d’un minimum de cinq ans de prison, sans possibilité d’appel, jusqu’à la peine de mort. La rédaction de la loi était si large que la possession illégale d’armes pouvait constituer un sabotage. Une autre loi interdisait la reproduction de toute déclaration faite par une personne sous le coup d’une interdiction. Les journaux n’avaient plus le droit de citer ce que je disais ou ce que j’avais dit. New Age fut interdit à la fin de l’année 1962, et la possession d’une publication interdite devenait une infraction passible de deux ans de prison. Le gouvernement prit également des dispositions pour permettre l’assignation à résidence, dont la victime la plus célèbre fut la militante politique blanche Helen Joseph »


Aux lois s'ajoutent de nouveaux services de renseignements, dont l'unité spéciale « Sabotage Squad » placée sous l'autorité de la section Republican Intelligence dépendante de la Security branch de la police, dont les objectifs sont le recrutement et la formation d'agents devant infiltrer les organisations subversives armées.



OPÉRATION MAYIBUYE


En 1963, une opération policière – de la Sabotage Squad, semble-t-il - permit la capture simultanée dans une ferme de plusieurs leaders de Umkhonto en possession d'un document intitulé Operation Maylbuye, qui présentait les grandes lignes d'une future opération militaire d'invasion éclair, avec l'appui militaire d'alliés, peut-être inspirée de la Blitzgrieg menée par le commandant Che Guevara durant la bataille finale de Santa Clara . Une « invasion » depuis un sanctuaire, pays frontalier ami, menée par des bataillons expérimentés – 7000 Freedom Fighters - dans quatre zones du pays, devant effectuer des opérations de sabotage et de guérilla entravant les mouvements et les communications des forces armées ennemies. Le texte stipule que la pierre angulaire de ces actions de guérilla est "d'attaquer sans vergogne les plus faibles et de fuir les plus forts". Ces opérations commandos devaient en outre coïncider avec une campagne de propagande et un appel à la lutte et à la grève générale. Le peuple opprimé, les forces alliées devaient rejoindre ou aider l'armée de libération « capable de les conduire à la victoire. » Le plan de l'opération prévoyait ainsi :

  1. Atterrissage et débarquement simultané de commandos par avions ou navires, armés et bien équipés de telle manière à être autonome pendant au moins un mois.
  2. Parachutage de fournitures, d'armes et d'autres matériels de guerre pour armer les populations locales qui intègrent les unités de la guérilla.
  3. Attaque des objectifs pré-sélectionnés en vue de prendre l'ennemi par surprise, en créant le maximum d'impact sur la population, et autant que possible de chaos et de confusion dans les rang ennemis.
  4. Établissement de bases d'attaque et de repli.
  5. Établissement d'un gouvernement révolutionnaire provisoire.
  6. Cette autorité politique s'occupera de la propagande et de :
    1. L'application complète de boycott,
    2. Obtenir le soutien du mouvement syndical international impliquant l'arrêt du travail dans les usines d'armement, de matériel de guerre et d'autres produits, fournissant le gouvernement sud-africain,
    3. Élever une tempête à l'Organisation des Nations Unies et obtenir une intervention militaire dans le Sud-Ouest africain [Namibie],
    4. Appel aux donations pour la poursuite de la lutte,
    5. Informer quotidiennement par radio le Monde et le peuple sud-africain,
    6. Appeler la population à se soulever contre le gouvernement,
    7. Création de ponts aériens hebdomadaire ou bi-hebdomadaire, pour le matériel et de nouvelles troupes y compris de pays alliés.
Ce document était accompagné d'une série importante d'autres textes, détaillant ou interrogeant les possibilités de développement d'une guérilla armée, l'organisation des réseaux urbains de soutien, des manuels d'instruction dont « Introduction to Demolition and Theory of Explosives and "Strategic Problems of Guerrilla Warfare" » rédigé à la main par Arthur Goldreich, présentant les différentes techniques et méthodes pour l'élaboration artisanale de bombes, grenades, mines, cocktails Molotov, etc. Un autre document intitulé « Production Requirements » détaillait le matériel nécessaire, concluant au besoin de 15 tonnes de poudre noire, 21 tonnes de poudre d'aluminium, 11 tonnes de nitrates d’ammonium, 1500 détonateurs, 48.000 mines et 210.000 grenades, etc.

Selon Joe Slovo, l'opération Mayibuye fut adoptée par la direction de Umkhonto dès juillet 1963, le National Executive Committee de l'ANC approuva les grands principes. Car en effet, après plus d'une année de sabotages, le résultat était peu convaincant : le gouvernement poursuivait plus que jamais la répression et augmentait encore le degré d'apartheid dans tous les domaines, et la masse opprimée tardait à s'engager. Il devint clair que la stratégie politico-militaire de sabotages ne pouvait suffire à entraîner les masses, et à contraindre le gouvernement à des pourparlers, au mieux servait-elle de « pont » entre pacifisme et guerre armée, entre ancienne et nouvelle générations militantes. Après l'arrestation de Mandela, d'autres perspectives étaient également évoquées de transformer les campagnes de sabotage en une guérilla révolutionnaire urbaine, dont l'objectif n'était plus seulement de contraindre le système à des négociations mais de convaincre et d'entraîner la partie la plus politisée du peuple.

Les documents retrouvés par la police en 1963, seront d'autant de charges et de preuves contre Nelson Mandela, fondateur de Umkhonto, déjà emprisonné. Sa condamnation à perpétuité en 1964, ainsi que d'autres membres de l'ANC, provoqua au sein du mouvement un véritable bouleversement : les partisans de la voie pacifique, de l'action légale, d'une révolution réformiste, s'opposant à Umkhonto [de tendance communiste], ne pouvaient plus qu'accepter le chemin de la guerre.


0-018 AGENT

La vague d'arrestations de l'année 1963 décapita l'ANC, le South-Africa Communist Party,  le National High Command de Umkhonto, et les aveux extorqués sous la torture, les dénonciations des traîtres, les actions des infiltrés, clairsemèrent leurs rangs, et fragilisèrent les réseaux underground. Pour autant, Umkhonto, disposait encore de leaders expérimentés, dont Joe Slovo qui, par miracle, échappa aux rafles, ainsi que Wilton Mkwayi et Abram Fischer du SACP, et d'autres encore. L'on tente de reconstituer les réseaux clandestins, de coordonner les cellules survivantes, d'intensifier les campagnes de sabotage, et de recruter des nouveaux militants, formés pour des opérations de sabotage ou envoyés dans les camps d'entraînement de Tanzanie. De nouvelles cellules clandestines s'implantent dans les townships de Morota, Pillville, Orlando, etc. Dans le Transvaal de nouvelles cellules sont opérationnelles dans la plupart des villes. Mais l'ANC décida de suspendre ou de diminuer les sabotages durant toute la période du procès de Mandela et des leaders historiques, qui dura sept mois et se termina en juillet 1964. Pour cette période, outre quelques sabotages mineurs, "The Volunteers" seront les plus actifs. Les sabotages reprirent de plus belle après le verdict condamnant les leaders à la prison à vie.

Mais le souffle continu de la répression policière loin de faiblir s'accentua en 1964 -1965, grâce, en particulier, à l'agent 0-018, Gerhard Ludi, qui parviendra à infiltrer les plus hautes sphères du SACP, puis de Umkhonto ; ses informations aideront la police à comprendre sa structure organisationnelle, à connaître l'identité des principaux responsables et les cibles potentielles des sabotages. En juillet Abram Fischer est arrêté (par hasard, semble-t-il, mais dénoncé par un traître puis confondu par l'agent 0-018) ;en août 1964 le commandant de Umkhonto Wilton Mkwayi est arrêté, puis son successeur Siegfried Benghu également, peu de temps après. Les arrestations se multiplièrent, la suspicion régnait entre les rescapés des rafles. Les actions de sabotage devenaient risquées, les cibles privilégiées des saboteurs étant étroitement surveillées. Peu à peu cessèrent les campagnes de sabotage :

1961 [décembre] : 29
1962 : 105
1963 : 59
1964 : 20
1965 : 1

Ces chiffres incluent les actions de sabotage de Umkhonto et de l'African Resistance Movement, dont les principaux leaders sont arrêtés en 1964.


En 1965, les infrastructures clandestines de l'ANC, du SACP et Umkhonto n'existent plus et étaient réduite à des cellules éparpillées dans le pays, isolées les unes des autres, ayant cessé leurs activités pour leur sécurité, si ce n'est dans quelques villes, des slogans peints sur les murs. L'ANC décida alors de son exil à Londres notamment, n'ayant d'autres choix. Le siège [Headquarter] de Umkhonto en exil sera Dar El Salaam, en Tanzanie, pays socialiste dirigé par Julius Nyerere ; principale porte internationale, avec Alger, pour les révolutionnaires du monde entier.

Il est vrai que le système [l'apartheid] avait été surpris par le niveau d'organisation des structures clandestines, par l'intensité des sabotages, mais sa police, et ses services de renseignements peuvent être satisfaisait de la besogne accomplie : en moins de trois années, les principaux dirigeants de l'ANC, du SACP et Umkhonto ont été arrêtés, dont Nelson Mandela, l'African Resistance Movement est détruit à 100 %, les réseaux ont été démantelés, des milliers de leurs militants croupissaient pour de longues peines en prison, ou étaient assignés à résidence, des centaines d'autres étaient en exil.



Ernest Cole | 1960 - 1966

SOUMISSION


En définitive, cette première victoire n'est pas celle du système policier, mais de la soumission exemplaire des populations noires – plus de treize millions - qui peu enclines à perdre leurs maigres avantages ont refusé de s'engager dans une lutte armée qu'elles estimaient perdue d'avance, voire l'ont critiqué ou réprouvé. Cette soumission est l'oeuvre, appuyée par la répression, d'une formidable propagande psychologique reléguant l'Homme Noir à un être inférieur, distillée dès le plus jeune âge par l'enseignement scolaire, et d'une propagande militaire lui démontrant quotidiennement la domination "armée", comme le note Mandela : 


« En Afrique du Sud, beaucoup de Noirs jugeaient toute tentative pour changer l’homme blanc comme téméraire et vouée à l’échec ; l’homme blanc était trop
intelligent et trop fort. »

Il soulignait également :

« ... car la peur de la prison est un obstacle formidable à une lutte de libération. Elle n’est jamais allée au-delà du stade initial des petits groupes de volontaires essentiellement urbains. Le défi de masse, surtout dans les zones rurales, n’a jamais été réalisé. Nous n’avons réussi à atteindre le second stade que dans l’Eastern Cape, où un important mouvement de résistance est apparu à la campagne. En général, nous n’avons pas réussi à y pénétrer, ce qui était une faiblesse historique de l’ANC. »

Ceci confortera Umkhonto, pour de nombreuses années, à construire sa stratégie politico-militaire sur les principes marxistes-léninistes d'une avant-garde révolutionnaire guidant le peuple opprimé, inconscient de sa force, et d'un lumpenproletariat potentiellement dangereux, susceptible de collaboration. Et jusqu'en 1976, Umkhonto, privilégia la guérilla rurale en exil, hors et loin du pays. 
Pour les stratèges, il s'agit là de deux erreurs fondamentales. 


Partie 2 : Umkhonto weSizw | Guérilla Urbaine | 1961 - 1964
Partie 3 : Umkhonto weSizw | Guérilla Rurale | 1965 - 1984



NOTES

[1] En 1991, lors d'une visite à La Havane, Mandela lui rendit hommage :
« Les exploits de Che Guevara dans notre continent étaient d'une telle ampleur qu'aucune prison ou censure ne pouvait nous les cacher. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains qui aiment la liberté. Nous honorerons toujours sa mémoire. ».

D'une manière générale, Mandela ne reniera jamais les dirigeants des pays ayant lutté contre l'apartheid lorsque les USA et ses alliés soutenaient le régime de Pretoria ; en 1998, Nelson Mandela :

« l’un des premiers chefs d’État que j’aie invités dans ce pays a été Fidel Castro… et j’ai aussi invité le frère Mouammar Kadhafi. Je fais cela à cause de notre autorité morale, qui nous dit que nous ne devons pas abandonner ceux qui nous ont aidés aux moments les plus sombres de notre histoire. »

[2] Dates d'indépendance des pays de l'Afrique :

1951 | Libye
1956 | Soudan | Maroc | Tunisie
1957 | Ghana
1958 | Guinee
1960 | Cameroun | Togo | Madagascar | Rd Congo | Somalie |Bénin | Niger |Burkina Faso| Cote D'ivoire| Tchad | Centrafrique | Congo | Gabon | Senegal | Mali |Nigeria | Mauritanie
1961 | Sierra Leone | Afrique Du Sud
1962 | Rwanda | Burundi | Algerie | Ouganda
1963 | Kenya
1964 | Tanzanie (Tanganyika 9 Déc. 1961 – Zanzibar 10 Déc. 1963) | Malawi |Zambie
1965 | Gambie
1966 | Botswana | Lesotho
1968 | Maurice | Swaziland | Guinee Equatoriale
1974 | Guinee-Bissau
1975 | Mozambique | Cap-Vert | Comores | Sao Tome Et Principe | Angola
1976 | Seychelles
1977 | Djibouti
1980 | Zimbabwe
1990 | Namibie
1993 | Erythree

[3] Le récit de la tragédie par Nelson Mandela :

« Sharpeville était un petit township à une cinquantaine de kilomètres au sud de Johannesburg, dans la banlieue industrielle sinistre qui entoure Vereeniging. Les militants du PAC y avaient fait un excellent travail d’organisation. En début d’après-midi, une foule de plusieurs milliers de personnes entoura le commissariat de police. Les manifestants étaient contrôlés et sans armes. Les forces de police, qui comptaient 75 hommes, se sentirent dépassées par le nombre et paniquèrent. Personne n’entendit de coups de semonce ni l’ordre de tirer, mais brusquement les policiers ouvrirent le feu sur la foule et ils continuèrent à tirer alors qu’elle s’enfuyait effrayée. Quand la place fut dégagée, 69 Africains étaient morts, la plupart touchés dans le dos pendant leur fuite. Plus de 700 coups de feu avaient été tirés dans la foule en blessant 400 personnes dont des dizaines de femmes et d’enfants. C’était un massacre et, le lendemain en première page, les photos publiées dans la presse du monde entier en montrèrent la sauvagerie. »


[4] MANIFESTE D'UMKHONTO WE SIZWE
16 décembre 1961

Des unités de UMKHONTO WE SIZWE ont aujourd'hui mené des attaques planifiées contre des installations gouvernementales, en particulier celles qui mettent en oeuvre la politique d'apartheid et la discrimination raciale.

UMKHONTO WE SIZWE est un organisme nouveau, indépendant, formé d'Africains.
Il a dans ses rangs des Sud-Africains de toutes races. Il n'est nullement lié à un prétendu "Comité de Libération Nationale" dont l'existence a été annoncée dans la presse.

UMKHONTO WE SIZWE poursuivra la lutte pour la liberté et la démocratie en utilisant des méthodes nouvelles, complément nécessaire aux actions du mouvement de libération nationale existant déjà, et nos membres, individuellement et conjointement, se placent sous la direction politique de ce mouvement.

Il est cependant bien connu que les principales organisations de libération nationale dans ce pays ont suivi une politique de non-violence. Elles se sont conduites à tout moment de façon pacifique, sans se laisser détourner par les attaques du Gouvernement et les persécutions dont elles furent les victimes, et malgré les
provocations encouragées par le gouvernement pour les entraîner à la violence.
Elles ont agi de la sorte parce que le peuple préfère les méthodes de changement pacifiques pour la réalisation de ses aspirations sans les souffrances et l'amertume d'une guerre civile. Mais la patience du peuple n'est pas infinie.

IL ARRIVE TOUJOURS, DANS LA VIE D'UNE NATION, UN MOMENT OÙ IL NE RESTE QUE DEUX CHOIX: SE SOUMETTRE OU COMBATTRE. CE MOMENT EST ARRIVE EN AFRIQUE DU SUD. NOUS NE NOUS SOUMETTRONS PAS ET NOUS N'AVONS D'AUTRE CHOIX QUE DE RIPOSTER PAR TOUS LES MOYENS DONT NOUS DISPOSONS POUR
DÉFENDRE NOTRE PEUPLE, NOTRE AVENIR ET NOTRE LIBERTÉ.

Le gouvernement a interprété le pacifisme du mouvement comme une faiblesse; la politique non-violente du peuple a été comprise comme un feu vert à la violence gouvernementale. Le refus de recourir à la force a été interprété par le gouvernement comme une invitation à employer la force armée contre le peuple sans aucune crainte de représailles.

Les méthodes de UMKHONTO WE SIZWE marquent une rupture avec ce passé.
Nous ouvrons un nouveau chemin à la libération du peuple de ce pays.
La politique de force du gouvernement, la répression et la violence n'affronteront plus uniquement une résistance non-violente! Ce choix n'est pas le nôtre; il a été celui du gouvernement Nationaliste qui a rejeté toute revendication pacifique du
peuple pour ses droits et sa liberté et a répondu à chaque fois par la force et encore plus de force!

Deux fois dans les dix-huit derniers mois la loi martiale a été imposée, afin d'empêcher l'action de grève pacifique et non-violente du peuple menée pour la défense de ses droits. Il se prépare maintenant en élargissant et en réarmant ses
forces armées et entraînant la population civile blanche dans des commandos et des clubs de tir à des actions militaires anti-populaires de grande échelle.

Le gouvernement Nationaliste a choisi le recours à la force et au massacre, maintenant, délibérément, comme il le fit à Sharpeville.

UMKHONTO WE SIZWE sera sur la ligne de front pour la défense du peuple. Il sera l'arme combattante du peuple contre le gouvernement et sa politique d'oppression raciale. Il sera la force de frappe du peuple pour sa liberté, ses droits et sa libération finale!

Que le gouvernement, ses supporters qui l'ont mis au pouvoir, et ceux dont la tolérance passive à l'égard de la réaction lui permettent de rester au pouvoir, voient où le gouvernement Nationaliste est en train de mener le pays!

Nous, UMKHONTO WE SIZWE, avons toujours cherché comme le mouvement de libération l'a fait à parvenir à la libération sans effusion de sang ni heurt civil.
Nous le faisons encore.
Nous espérons même à cette dernière heure que nos premières actions éveilleront chacun pour qu'il réalise jusqu'à quelle situation désastreuse mène la politique Nationaliste.

Nous espérons que nous ferons retrouver leur bon sens au gouvernement et à ses supporters avant qu'il ne soit trop tard, de telle sorte que l'on puisse changer le gouvernement et sa politique avant que la situation n'atteigne l'étape désespérée de
la guerre civile. Nous pensons que nos actions portent un coup aux préparations
Nationalistes de guerre civile et de gouvernement militaire.

Par ces actions, nous travaillons pour les meilleurs intérêts du peuple tout entier de ce pays Noirs, Métis et Blancs dont le bonheur futur et le bien-être ne peuvent être atteints sans la chute du gouvernement Nationaliste, l'abolition de la suprématie blanche et l'acquisition de la liberté, de la démocratie, des pleins droits nationaux et de l'égalité pour tous les peuples de ce pays.

Nous faisons appel au soutien et à l'encouragement de tous les Sud-Africains qui veulent le bonheur et la liberté du peuple de ce pays.

AFRIKA MAYIBUYE!
LE COMMANDEMENT DE UMKHONTO WE SIZWE.


SOURCES


Nelson Mandela
Long Walk to Freedom
1994

The report of the Truth and Reconciliation Commission 
Rapports [en six volumes] de la Commission Vérité et Réconciliation
1998



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