Communes Libertaire et Anarchiste en France


Les colonies communistes sont des phares qui illuminent l'océan sombre et perfide des systèmes économiques basés sur l'arbitraire d'un petit nombre ou le déterminisme aveugle des majorités.
E. ARMAND | 1904
 

Michel ANTONY

Ressources sur l'utopie, sur les utopies libertaires et les utopies anarchistes
Extrait de :
Essais utopiques libertaires de « petite » dimension

L’utopie anarchiste ou libertaire est également une utopie active, en acte(s). Pour les anarchistes, « la propagande par le fait » inclut la propagande par l’écrit, la parole, le mode de vie, les actes, les réalisations exemplaires, même à petite échelle. Ainsi, pour beaucoup d’anarchistes et de libertaires de toute mouvance, et pas seulement pour les seuls « éducationnistes réalisateurs », « vivre en anarchiste »[1], ou « relocaliser l’utopie »[2], ici et maintenant représente :


  • un acte volontaire, autonome, de démocratie directe et d’autogestion, qui permet de tester des solutions plus ou moins nouvelles, en conformité avec ses idées,
  • un moyen de former progressivement l’homme nouveau par la pratique,
  • une manière de mieux vivre avec ses proches (couples, ami-e-s, compagnons, relations socio-économiques…) hors des règles du monde capitaliste et autoritaire,
  • ce mieux vivre intègre évidemment les loisirs et la culture au sens large, comme les fameuses veillées des cercles sociaux argentins : « conférences, lectures publiques, harangues, représentation théâtrale, bal final »[3] sans oublier les repas, les pique-niques…
  • une solution pour réduire les dégâts de la croissance et améliorer son quotidien (meilleure nourriture, moins de coûts parasitaires…), du grand commerce et de l’industrialisme, en se recentrant sur le local et la proximité,
  • et peut être un exemple à suivre et à étendre, dans la diversité et le pluralisme, pour le futur rêvé. La vertu pédagogique, la preuve par l’exemple - et si cet exemple est réussi le rêve d’une propagation spontanée des microcosmes - sont partagés par de nombreux courants expérimentateurs, à commencer par FOURIER dont c’était l’idée centrale. La science fouriériste se veut science expérimentale à tous les sens du terme.

L’anarchiste (et tout libertaire conséquent) cherche à vivre en accord avec ses idées, d’où la multitude des essais communautaires ou alternatifs auxquels il se livre, auxquels il appartient, ou tout simplement auxquels il apporte son soutien. Cependant les libertaires sont très critiques pour des alternatives qui se limiteraient à la cogestion de l'existant, préférant bien sûr une autogestion plus poussée et une volonté de transformation plus profonde. L'article de Guillaume Goutte [4] est parfaitement éloquent à ce sujet : Aménager la société capitaliste. Critique libertaire d'un citoyennisme alternatif qui voudrait nous voir cogérer notre domination et notre exploitation. Ces tentatives de réalisation de l’utopie à l’échelle du local, du petit groupe, de la petite communauté, du microcosme, forment l’objet de ce dossier.


L’extrême variété des « microcosmes » libertaires, alternatifs et autogestionnaires... :



Définitions et analyses «classiques»


L’idée « d’anarchisme mode de vie - Lifestyle Anarchism » ou de manière d’être, voire de «mode de vie alternatif» est une expression pratique utilisée aujourd’hui pour englober toutes les actions et pratiques anarchistes et/ou libertaires dans le quotidien, et souvent de manière individualiste. Mais elle est également avancée en opposition à «l'anarchisme social» ou engagé dans le monde, ce qui reviendrait à dire que les anarchistes «mode de vie» vivraient en égoïstes et coupés de tout. Malgré les nuances qu'apporte Bookchin [6], cette division tranchée et insurmontable reste une caricature, les deux positions étant la plupart du temps évidemment liées.

Daniel Colson propose la formule de «foyers d'action et de vie effectivement émancipateurs et subversifs… au sens anarchiste d'action et de vie, à côté et en dessous des scènes publiques, des codes, des étiquettes et des représentations de l'ordre dominant» [7]. Ces milieux touchent à tous les domaines : mœurs végétariennes, pratiques végétaliennes, nudisme, usages de l’esperanto ou de l’ido, pédagogie libertaire, milieux libres ou libérés, sexualité libre et libératrice... Ces milieux, comme les rubriques de l’En Dehors d’E. Armand l’indiquent, permettent de vivre « en marge des laideurs sociales » ou en « marge des compressions sociales ». Ils existent depuis l’origine du mouvement anarchiste, et ne sont donc pas la rareté que dénoncent parfois encore les historiens. L’ouvrage de Vivien García sur L’anarchisme aujourd’hui [8] va dans le même sens en notant l’importance ancienne, et consubstantielle, de ces pratiques libertaires qui visent à vivre autrement, ici et maintenant ; il met également à juste titre l’accent sur la notion anglo-saxonne un peu différente de « life-style activism » : « Le ‘’life-style activism’’ … a plutôt trait à un ensemble de comportements non dénués de certaines inspirations libertaires, mais s'incluant dans une logique libérale. C'est à dessein que dans L'Anarchisme aujourd'hui, j'explique brièvement le ‘’life-style activism’’ à travers l'exemple du consumérisme éthique »[9]. Cela n'empêche pas qu'un certain néo-anarchisme contemporain, plus ouvert et élastique, moins sectaire [10], procède à des expérimentations collectives en accord avec les exigences de notre époque.

L’objectif des libertaires expérimentateurs est de pratiquer « un communisme libre » comme l’indique le Manifeste en vue de la constitution du premier milieu libre en France [11]. C’est en effet dans « le communisme libre qu’il est nécessaire de rechercher le bonheur individuel »[12], et donc de combiner individualisme et société non contraignante. Cette pratique doit permettre de combiner « communisme et harmonie » et d’édifier une « cité d’harmonie » [13] en attendant que l’exemple profite à d’autres et s’étende rapidement à de plus vastes contrées. Ce «communisme pratique», ou «communisme appliqué» comme le dénomme Armand [14] dans les sous-titres successifs de son journal L'ère nouvelle nous rappelle une nouvelle fois que le terme de communisme est fortement polysémique, et assumé par de nombreux et différents courants du socialisme.

Comme chaque individu, chaque milieu, chaque groupe ou chaque époque dispose de sa propre conception de ce que doit être cette harmonie, les communautés libertaires et anarchistes sont donc forcément diverses, plurielles et changeantes, d’où la difficulté d’en faire la synthèse. Leur vie est fragile, souvent temporaire, d’où l’évident lien à faire avec les propositions récentes d’Hakim Bey et ses TAZ - Zones Autonomes Temporaires.

Les milieux libres sont donc tout à la fois un groupe affinitaire (grupos de afinidad -groupes d’affinité composés de gens proches idéologiquement et de manière militante et anti-hiérarchique [15]), et une tentative alternative, créant une sorte de contre-société [16] ou une simple tentative de «vivre autrement» [17]. Ils oscillent toujours entre le groupe-famille (qui mise avant tout sur le milieu de vie alternatif) et le groupe-activiste (l’action militante dans et hors le groupe l’emportant). Le pédagogue bakouniniste Paul Robin évoque même la « famille sociétaire » qui (auto)gère Cempuis. Cela reprend sans le savoir quelques tentatives des milieux russes populistes et nihilistes des années 1860 (les foyers de vie communes ou obchtchejitie).

Le faible nombre d’adhérents renforce le côté « famille » du groupe. Lors de l’apogée du mouvement anarchiste portugais (début XXe siècle), sur 700 groupes recensés, on obtient une moyenne pour les groupes affinitaires de 6 à 7 individus [18]. La durée moyenne tourne autour de 3-4 ans. Soi la difficulté de vivre ensemble est grande, soit l’activité ponctuelle qui avait présidé à la naissance du groupe a diminué et à fait retomber les volontés. Si on y ajoute les rivalités extérieures, le turn-over des militants et l’importance de la répression, nous nous trouvons face à des unions intenses mais fragiles. Dans la province de Cadix les groupes anarchistes, très nombreux (une centaine), tournent autour de 7 à 10 membres en moyenne vers 1932-1933, ce qui confirme le cas portugais [19].

Pour Giovanni Rossi le réalisateur de la Cecilia, la notion de « pratiques expérimentales » s’impose. Il reprend sans le dire la volonté de Charles Fourier de fonder des «phalanges d'essai», la phalange étant à ses yeux une «association intégrale» car envisageant la vie sociale et individuelle sous tous ses aspects. On doit voir là une volonté de bien des courants du socialisme d'apparaître plus rigoureux et moins utopistes au sens péjoratifs du terme. En fin des années 1860, les disciples de FOURIER intitulent leur revue La science sociale, «Revue bi-mensuelle du socialisme pratique et rationnel» [20].

Le terme de « colonie exemplariste » voire de micromodèle [21], est parfois utilisé pour parler de ces « îlots communistes » [22]. Mais la notion de «modèle» est très discutable, car les milieux libres et autres essais libertaires refusent de se présenter comme des méthodes définitives ayant fait leurs preuves. Paul ROBIN, encore lui, toujours dans le même esprit, évoque « son centre d’études (qui est également) centre d’expérimentations et de propagande ». Les documents de 1902 cités ci-dessus parlent de « d’expérience de communisme libre », alors qu'à l'orée du XXI° siècle Irène Pereira emploie la formule «d'expérience d'entraide» [23]. En milieu sud-américain, on emploie souvent le terme de «campos de experimentación - champs d'expérimentation» [24]. La Colonie d’Aiglemont s’appelle à juste titre L’Essai, et les textes de Chapelier pour désigner la Colonie de Stockel-Bois en Belgique parlent de L’Expérience. C’est donc bien une forme de « propagande par le fait », au sens large, les faits en question ne se limitant pas aux actions terroristes. Pour enlever cette ambigüité (confusion avec des actions violentes), Jacques Gillen se range à juste titre sur la notion de « propagande par l’exemple ». Il a le tort cependant de ne voir dans la propagande par le fait que des actions violentes [25].

Gaetano Manfredonia parle « de socialisme réalisateur » [26] pour désigner ces tentatives, et pour les seuls anarchistes, avance l’idéal type d’éducationniste réalisateur. Analysant les pratiques utopiques essentiellement latino-américaines, Horacio Cerutti Guldberg avance la formule très proche «d'exercices utopiques communautaires». Olivier Chaïbi [27] se concentrant sur les proudhoniens, parle lui-aussi de «réalisateurs», mais rappelle qu'au début du XIX° siècle on utilisait plutôt la formule de «réformateurs sociaux».

Le terme de colonie, voire colonie anarchiste ou colonie communiste [28] ou colonie individualiste (Mastatal au Costa Rica) est très fréquent au XIX° et au tournant du XXème siècle, et surprend le lecteur contemporain puisque aujourd’hui ce vocable désigne essentiellement le phénomène d’occupation de terres étrangères. Il provient sans doute des « colonies sociétaires » fouriéristes actives dès les années 1830 (c’est le nom adopté pour celle qui semble le premier phalanstère, à Condé sur Vesgre vers 1833-33). Dans ses écrits, pour désigner ces expérimentations, ces « phalanges d’essais » à mettre en œuvre dans des phalanstères, Fourier évoquait avec prudence « des approximations de mécanismes sociétaires ». Mais un utopiste « autoritaire » comme Étienne Cabet décrit également une Petite communauté de dévoués et petite colonie fraternelle en 1844. Quasiment tous les icariens utilisent le terme de colonie, et parfois de communauté, pour décrire leurs établissements. Victor Serge en fin du XIXème siècle le reprend, en parlant de « colonies communistes, utiles et nécessaires » et les assimile « à la propagande par les faits, par les actes », ce qui permet intelligemment de distinguer l’anarchisme du terrorisme qui l’a trop souvent catalogué négativement [29]. André Girard, dans un article sur la coopération communiste, utilise la formule de « localité communiste anarchiste » en mettant l’accent prioritaire sur l’idéologie sous jacente et en pensant sans doute aux municipalités (localités) qui doivent se fédérer [30]. En Russie Nikolaï Gavrilovitch Tchernychevski (1888-1889) dans son Cto delat - Que Faire ? de 1863 utilise le terme kompaniïacompagnie.

Le terme de colonie, au sens d’installation, de l’anglais settlement, est encore utilisé par le spécialiste des kibboutz (kibbutzim) qu’est Yaacov OVED [31]. L’adjectif « communiste » ne doit pas lui, nous surprendre, car si le mot est sali par les expériences totalitaires du XXe siècle, il est revendiqué depuis les années 1880 au moins par les anarchistes communistes et autres communistes libertaires...

Le terme de « milieu libre » (« espace de vie communautaire et autonome en vue d'une émancipation collective » [32]) se répand dès la fin du XIXe siècle, surtout en France et en Belgique, mais également au Canada comme celui de Redder Alta, dans une exploitation charbonnière. Parmi les 37 colons, nous indique J.C. Petifils [33], les immigrés français sont nombreux. La formulation résume tout le programme libertaire de ce type d’installation, un programme dualiste : il se veut libre face aux institutions extérieures, et il veut proposer un mode de vie libre interne. La notion de milieu libre reste donc toujours actuelle, comme le prouve le récent travail universitaire (2003) de Céline Beaudet Les milieux libres : vivre en anarchiste à la Belle époque en France [34], repris sous forme de livre en 2006 par Les Éditions libertaires.

Dans la sphère russe et surtout allemande (Martin Buber et Gustav Landauer) se développe une vision communautariste, teintée de religiosité. La notion de « communautés » redevient vivace dans les années 1960, et parfois conserve encore certains traits de religiosité, même si les anarchistes combattent désormais cet aspect.

Un exemple de communauté à dominante religieuse (ici l’anthroposophie) donc non anarchiste, perdure aujourd’hui dans la nébuleuse des « villages » de type CampHill en Europe surtout (Norvège). Ces « communautés extraordinaires », villages antiautoritaires « qui n’acceptent ni directeurs, ni rois, ni parlement » permettent de faire vivre ensemble, dans une sorte de communisme du travail et de la répartition, personnes « ordinaires » et « extraordinaires » (c'est-à-dire individus présentant des handicaps) [35].

Tony Legendre, dans un des rares ouvrages traitant des milieux libres, reprend en titre cette formule ouverte « d’expériences de vie communautaire anarchiste » [36]. Durant les grands moments des révolutions russe (1917 et après) et espagnole (1936-39), les termes de soviets et de collectivités sont les plus utilisés, même s’ils désignent des phénomènes de plus grande ampleur.

Depuis le milieu du XXe siècle, le terme de mouvements ou de contre-sociétés alternatives (ou collectivités alternatives, ou « alternatives partielles » [37]) est largement utilisé, autour des valeurs fortes que sont autogestion, solidarité, autonomie et liberté. Encore en 1981, Henri Desroche nomme ces microsociétés des « projets imaginaires de formes sociales alternatives » qui lorsqu’elles visent l’autonomie communautaire présentent un vrai « schéma micro-sociologique de village d’Harmonie » [38]. Les anarchistes apparaissent ainsi de plus en plus comme « des instigateurs/trices de pratiques alternatives possibles et d’activités quotidiennes participant concrètement à ces transformations sociales qui nous conduisent vers toujours plus d’émancipation » [39]. Il y a essor d’une véritable « mosaïque d’autres petits mondes » [40], comme le note la revue Réfractions, qui met en avant ces « graines d’anarchies » qui germent à partir de collectifs d’autoproduction de la « nébuleuse agroécologiste ».

Comme le rappel des sociétés amérindiennes est fréquent, les italiens parlent de « tribù »[41], ou de « famille ouverte – famiglie aperte » [42]. Les hippies des années 1960-1970 utilisent ce terme de famille alternative élargie. Bien avant eux, certains tolstoïens rêvaient de créer ce qu'ils nommaient parfois de vraies «familles humaines» [43] et tout cela renvoie aux initiatives fouriéristes du XIX° siècle : «ménages sociétaires», «cercles de familles» ou «gastrosophiques» (Valère Faneau), «ménages unitaires» (l'Unitary Household de Stephen Pearl Andrews à New York en 1858), «palais des familles» (Victor Calland) [44] ou «ménage combiné progressif ou familistère-hôtel» (Césarine Mignerot) [45]. Ces derniers seraient des formes de phalanstères, mais sans forcément d'activités productives. La multiplicité des appellations montre l'importance dans la réflexion dans un domaine qui vise à sortir de la famille bourgeoise et fermée traditionnelle.

Jef Ulburghs, le fondateur belge du MAB, Mouvement d’Animation de Base, dans le livre cité, définit ces alternatives partielles comme une forme de socialisme de la base, concret, pragmatiste, ouvert et évolutif. La communauté touche tous les aspects de la vie, de la production aux manifestations culturelles L’idéal autogestionnaire s’exprime alors dans des communautés, collectifs ou communes... Ces « réalisations autogestionnaires » ou « collectivités autogestionnaires » ou « centres sociaux autogérés » sont également des « expérimentations alternatives », des « essais » certes limités et incomplets, mais fortement symboliques, puisqu’ils montrent à voir la société autogérée future…

Entre cogestion et autogestion, bien des coopératives tentent de vivre au quotidien un monde alternatif plus autonome : Henri Desroche a regroupé cette volonté utopique et pragmatique dans le néologisme d’Ucoopies[46]

Le terme commune (municipio, communa) est surtout employé dans la sphère hispanique en fin du XIXe et au début du XXe. Avec l’extraordinaire retentissement de la Commune de Paris, il se banalise en milieu révolutionnaire, et notamment chez les anarchistes qui le popularisent. En Russie, après 1905, la notion de kommouna ou kommuna leur doit beaucoup. Au moment de la révolution, même les étatistes bolcheviques, qui ont pourtant accepté le partage des terres (influence massive des SR et des occupations spontanées des terres), relance cette notion. En fin du XXe siècle ce sont les Étas-Unis avec le phénomène des communes ou communities et la région germanique qui reprennent la formule, tant les expériences de Kommune I et Kommune II à Berlin en fin des années soixante ont été analysées. L’Allemagne Occidentale aurait d’ailleurs compté un nombre impressionnant de communautés (25 000 est un total approximatif, non réellement vérifié, mais parfois annoncé), puisque vers 1978, il y aurait eu dans la seule ville de Berlin des milliers d’associations concernant près de 150 000 personnes ! Dieter Kunzelmann et Reimut Reiche y développent une forte aile anti-autoritaire.

Dans une belle formule des années 1970, Amedeo Bertolo parle de la nécessité des ces « îles d’autogestion » qui peuvent et doivent devenir des « archipels ». Jean-Manuel Traimond à propos de Christiania au Danemark, parle de fristad (ville libre) ou « d’oasis alternative ». La référence géographique à l’île (d’utopique mémoire) nous renvoie à l’idée de « clairière » (sorte d’île verte au milieu d’un bois) que les deux romanciers Lucien Descaves et Maurice Donnay ont utilisé pour leur pièce de la fin du XIXe siècle [47].

Aujourd’hui, on parle plus de « intentional communities - communautés intentionnelles » avec Sargent Lyman Tower, ou de « laboratoires d’utopies » avec Ronald CREAGH dans son livre sur les ÉU en 1983, ou plus simplement de « Projet » comme le Wespe en Allemagne dès 1988 ou «d'ateliers pour refaire le monde» [48]. Le terme repris par Creagh est déjà ancien : les « laboratoires où se poursuit la recherche des conditions d’une organisation sociale supérieure » [49] équivalent aux différents socialismes pour le fouriériste Victor Considerant, dans son ouvrage de 1850 La Solution ou le gouvernement direct du peuple. Salvo Vaccaro emploie le concept « d’agrégations volontaires » non institutionnalisées [50] et surtout, dans la lignée d’Hakim BEY, non figées, « se formant et se déformant à volonté » [51]. Francis Dupuis-Déri les désigne comme « expériences politiques concrètes qui sont autant de laboratoires politiques où sont testés des modalités de mise en pratique des principes de liberté, d’égalité et de justice »[52], ce qui en fait leur énorme intérêt.

Mimmo Pucciarelli quant à lui aime bien l’expression « de bâtisseurs d’utopies au quotidien, qui ont essayé dans différents lieux et avec diverses structures, de créer, ici et maintenant, une autre société » [53]. Cette analyse est partagée par Gérard Fon, animateur de l’Escampette à Lyon, association de bénévoles s’occupant de camps de vacances pour les jeunes : « ...c’était finalement réaliser, peut-être pas une utopie, mais une partie d’utopie ». Bref on peut parler pour ces microcosmes d’utopies « ouvertes, libertaires et plurielles » comme le résume Mimmo dans son livre centré sur la Croix Rousse.[54] Cette notion « d’économie et de planification participative », autogérée, se voulant pragmatique et tolérante, non dogmatique, est prônée aujourd’hui par l’anarchiste canadien Normand Baillargeon [55], qui revitalise les idées de Michael Albert et Robin Hahnel de 1991 The political economy of participatory economics.

Pour tenter de conclure sur ces micro-milieux libertaires, on peut partir de l’essai de définition des colonies anarchistes donné par Jacques Gillen et qui s’inspire des écrits historiques de Jean-Christian Petitfils : « Les colonies anarchistes se distinguent des colonies socialistes ou communistes – basée sur une forte organisation et une volonté de répartition égalitaire des biens et des produits – et des colonies fouriéristes – proches de la simple coopérative de production et de consommation, et qui tendent à créer l’harmonie dans la diversité sans résoudre le problème de l’inégalité. Les communautés anarchistes, au contraire, repoussent par principe organisations, hiérarchies et règles limitatives, pour laisser l’espace à l’expansion de la liberté humaine »[56]. À mon avis, même si les communautés anarchistes misent bien d’abord sur la liberté, leurs réalisations concrètes et leurs supports théoriques sont bien plus diversifiés que ce texte le laisse croire : il y a des anarchismes, pas un courant unique et facile à décrire. D’autre part les termes socialistes et communistes sont souvent revendiqués par les libertaires eux-mêmes, et le fouriérisme est souvent jugé fort libertaire : il faudrait plus nuancer. Mais dans les documents et analyses, ces milieux libérés, ces essais de « socialisme constructif » (Rudolf Rocker [57]) sont dénommés de très diverses façons, surtout pour les vieux textes.


Une Communauté en milieu urbain

Sans développer spécifiquement cet aspect, il est bon de rappeler que les lieux de ces regroupements libertaires peuvent être spécifiques et plus ou moins réguliers (un centre social, une bourse du travail, un athénée…) ou extérieurs et plus ou moins temporaires : les bistrots et pubs par exemple [58].

Prenons l’exemple d’une des plus connues, car illustrée par des noms désormais célèbres : la Communauté de Romainville. Elle est liée au journal l’anarchie fondé en 1905 par Libertad (pseudonyme de Joseph Albert 1875-1908) et sa compagne Anna Mahé (1881-1960) en 1905. La communauté porte parfois le qualificatif de « Communauté de réfractaires » ou de « Colonie anarchiste ». Elle couvre une période discontinue qui va de 1903 à 1914 environ. Le journal l’anarchie après la mort de Libertad, est repris d’abord par Amandine Mahé et Jeanne Morand. Ensuite on trouve Rirette Maitrejean (1887-1968) et Mauricius (pseudonyme de Maurice Vandamme ; 1886-1974) en 1909, puis André Lorulot (pseudonyme d’André Roulot 1885-1963). En 1911 c’est à nouveau Rirette avec son compagnon Victor Lvovitch Kilbatchiche, futur Victor SERGE (1890-1947). Enfin c’est Émile Armand (pseudonyme de Ernest-Lucien Juin ; 1872-1962) qui assume la charge peu avant le conflit. Les deux derniers, fidèles à leur idéal, continuent le combat ensuite contre le militarisme avec d’autres publications. Armand reste pour beaucoup le principal porte voix de l'amour libre ou plural, et de la totale émancipation féminine.

D’abord établie au domicile de LIBERTAD, rue Muller à Paris, la colonie se fixe ensuite rue du Chevalier de la Barre, puis rue de Bagnolet à Romainville, puis rue Fessart à Paris (Belleville)  et enfin rue des Amandiers [59] : c’est une vraie commune urbaine itinérante, anticipant les TAZ d’Hakim Bey ou les communautés « routardes » hippies, et en accord avec l’esprit désintéressé et trimardeur du mouvement libertaire d’alors !La communauté, au moins durant les premiers mois de Romainville, est duelle : c’est bien, tout à la fois une communauté militante (journaux, brochures de propagande, lieu de réunion), et un milieu de vie libre (de pensée, de mœurs, d’adhésion volontaire et temporaire).

En 1910-1911, dans le pavillon de Romainville, la communauté se restructure sous la « direction » d’André Lorulot qui y imprime sa marque, malgré de nombreuses critiques : un certain scientisme et un végétarisme sectaire passent assez mal. Les « inévolués » [60] qui refusent de se conformer aux interdits alimentaires mangent peu à peu à part. Elle abrite un grand nombre d’illégalistes et « d’amours-libristes », et évidemment - comme dans tous ces milieux assez ouverts - bien des parasites peu ou pas politisés, ces «petits truands» [61] et/ou vagabonds de passage qui trouvaient là un accueil pas trop regardant. On y trouve presque tous les membres de la future Bande à BONNOT, dont Eugène Dieudonné (1884-1944) et Octave Garnier (1899-1912), Édouard Carouy (1883-1913) ou Raymond Callemin (dit Raymond La Science 1890-1913). André Soudy (1892-1913) apparaît seulement lors de l’étape bellevilloise. On peut y ajouter le déserteur Élie Monnier, provenant des Pyrénées-Orientales, et établi un temps en Belgique. Entre la Belgique et la France, les distances sont faibles et les liens ténus. Un très grand nombre des résidents permanents ou de passage de la rue de Bagnolet ont un passé belge. Victor Serge (ou LE RÉTIF) a déjà participé à l’expérience belge de la Colonie Communiste Libertaire de Stockel-Bois avec Carouy et Callemin. Carouy a fait ses premières armes illégalistes à Charleroi et à Bruxelles, comme Monnier et comme Henri Metge lui aussi déserteur français d’origine ardéchoise. Ils y côtoient des intellectuels moins compromis et moins fanatiques comme Victor Serge.

Les couples sont libres, parfois momentanés, parfois conflictuels ou difficiles à vivre quand l’ancien partenaire est présent. L’amour plural est à relativiser, les couples qui se fondent hors de toute règle conventionnelle n’en demeurent pas moins assez stables et conventionnel. Apparemment peu ou pas de parties fouriéristes ou d’amours de groupes ou de couples polygames ou polyandriques, sauf autour de Libertad. La vie communautaire à Romainville est très libre et les membres changent fréquemment. Autour d’un noyau de membres souvent présents, d’autres s’agglomèrent, soit pour chercher des brochures, soit pour venir aux réunions, l’été dans le verger, l’hiver dans les plus grandes salles. La colonie est un milieu ouvert, militant, accueillant… sans doute trop pour les rares ressources, et trop pour la tranquillité. Ces va-et-vient permanents attirent forcément les regards et soupçons des voisins et de la police. 

« Cette communauté urbaine se double d’une colonie en province » qui fait « œuvre de socialisme pratique » [63] : depuis 1903 au moins existe la Société de Vacances Populaires - Le rayon de soleil, établie à Châtelaillon en Charente-Inférieure. 

Pendant la période romainvilloise, la communauté possède un pavillon à deux étages, qui est « entouré d’un jardin planté d’arbres fruitiers où fleurissait le lilas » [64]. Le site est protégé par les arbres et les hauts murs, mais cela devient vite insuffisant. Outre les éléments propres à la propagande (atelier de typographie, presse, bibliothèque), le lieu comprend une cuisine, une douche collective et des chambres à coucher en nombre pour les permanents et les compagnons de passage. Les trois jardins potagers et un petit élevage permettent un minimum d’autarcie alimentaire. L’ensemble compte aussi un verger. Les activités artisanales tournent presque toutes autour de l’imprimerie. L’été la vie est plus facile, l’hiver il faut trouver d’autres ressources. Quelques compagnons travaillent pour l’extérieur, d’autres vendent sur les marchés… Mais il faut également compter sur des ressources moins légales, menus larcins, fausse monnaie….


La vie illégale et les manques constants réduisent la camaraderie, faussent les rapports sociaux en introduisant la défiance, et sont sources de remarques aigres-douces. Vers 1911 la rupture s’est opérée, et la très grande majorité des futurs « bandits tragiques » rompt totalement avec Rirette et Victor, ce dernier devenant de plus en plus hostile à tout illégalisme. La vie a aussi été conflictuelle entre un Lorulot qui impose des règles alimentaires et hygiéniques assez strictes, et les proches de Victor SERGE, moins fanatiques vis à vis du contrôle végétarien ou des sermons antialcooliques. Lorulot jette l’éponge en 1911 ; il quitte la communauté et va s’installer à Paris pour lancer une revue individualiste de longue durée L’Idée libre (1911-1940). La même année faute d’argent, Rirette et Victor transfèrent l’anarchie à Belleville (rue Fessart).


Les principales communautés en France

Beaucoup de ces exemples sont recensés par l’ouvrage de J.C. Petitfils sur la vie des communautés utopistes au XIXe siècle. L’intérêt de les citer sans trop les développer est de constater une forte similitude en ce qui concerne leur dénomination : si « phalanstère » renvoie évidemment à Fourier, « milieu libre » est bien plus un nom et un programme anarchiste, même si tous les membres concernés ne partagent pas forcément cette idéologie. La notion de « colonie » était fort usitée également au XIXe siècle, sans l’aspect péjoratif acquis depuis. Les influences tolstoïennes et kropotkiniennes sont dominantes. Mais les écrits de THOREAU et surtout d’E. Armand (L’ère nouvelle) et de Lucien Descaves / Maurice Donnay (La clairière, 1900) sont aussi très souvent cités.

Dans la grande majorité des cas, il s’agit de très petites communautés, tant par le nombre de membres que par la superficie occupée. Leur durée de vie est souvent réduite. Leur rayonnement local est plus large, dépassant parfois très nettement leur importance réelle. La vie y est libre, ou libérée, pour hommes et femmes (même si celles-ci semblent minoritaires et encore cantonnées à des rôles plus ou moins traditionnels) [65]. On peut localiser quelques exemples, cités dans la presse libertaire ou dans l’édition militante, mais trop rarement dans les travaux historiques :

1892-1894. La Commune anarchiste de Montreuil sur Seine est plus urbaine que rurale. Elle est fortement liée au mouvement des Universités Populaires, et est démantelée par la police vers 1894. Elle se définit pour le communisme anarchiste puisqu’elle se propose « (d’)organiser la mise en pratique des idées communistes anarchiques »[66]. Le travail du bois semble le centre productif de la communauté, et les échanges se pratiquent sans monnaie ni hiérarchie. Élisée Reclus aurait fourni un soutien affirmé à cette expérience [67].

1898. En été, projet de Colonie libre de solidarité fraternelle sur une cinquantaine d’hectares dans la commune de Méry-sur-Oise. Ils ont le soutien du Père Peinard.

Vers 1900. Milieu libre des Cras, commune anarchiste de Besançon, sorte de «coopérative horlogère communiste», qui édite 3 numéros de L'Exploité. Ce groupe, rejoint un temps par le groupuscule formé des socialistes «vaillantiste», est très lié au mouvement ouvrier bisontin, les anarchistes y ayant assumé pas mal de responsabilités. On y trouve une forte influence de Louis Hoenig. «Après avoir travaillé à l’entreprise Geismar, cet horloger complet devient l’un des animateurs du « Milieu libre des Cras ». Membre du Comité fédéral de la FOBFC-Fédération Ouvrière de Besançon et de Franche-Comté durant sa période libertaire, il est inculpé lors de la grève des Soieries en 1908. Au procès, ce jeune homme de 27 ans, accusé d’avoir joué un "rôle actif" dans la "fomentation des désordres" revendique fièrement sa qualité d’anarchiste ; il est condamné à trois mois de prison et déclare "Merci Messieurs, vous avez plus fait pour l’émancipation du prolétariat que moi en dix ans de propagande"» [68].

Vers 1900 ? Georges Alexandre COCHON et d'autres camarades tentent l'expérience du «phalanstère communiste» de Vanves [69].

1902-1907. Le Milieu libre de Vaux (Essômes-sur-Marne, Aisne) se crée à proximité de Château-Thierry, dans la commune d’Essômes. Elle est parfois surnommée La clairière de Vaux [70] Il serait le « premier milieu libre » anarchiste français, et le seul non éphémère [71]. Il a l’appui (au départ seulement) du journal Le Libertaire de Matha et est surtout à nouveau l’œuvre de Georges Butaud (2° tentative) et de sa compagne Sophie Zaïkowska : il rayonne largement dans l’anarchisme organisé. Ce milieu libre est donc pluraliste libertaire, des individualistes y côtoient des naturiens ou des communistes… Il est lancé par une « société de pratique du communisme libertaire » qui rédige les statuts et recueille les fonds en 1902. Francisco Ferrer y Guardia aurait été un des appuis financiers de l'expérimentation. Le choix institutionnel (étonnant pour des anarchistes) est celui d’une coopérative. L’installation, très modeste, commence début 1903, sur une surface très petite et avec deux habitations, avec 8 « colons » en mars 1903. Par la suite seront loués plus d’hectares de terrains. Intellectuels (Élisée Reclus), artistes, écrivains et militants donnent un coup de main, notamment dans les fêtes et lors de visites plus ou moins organisées, chargées de populariser l’entreprise et d’amener des fonds. Des pensionnaires sont même accueillis. D’après l’écrivain anarchiste Georges Navel, LÉNINE lui-même serait venu visiter la colonie lors de son séjour en France en 1903. C’est donc un milieu ouvert, qui édite un Bulletin mensuel [72], et qui rédige de nombreux articles. Pour vivre, l’agriculture et un artisanat (textile et cordonnerie notamment) amènent quelques revenus. Les objectifs sont très ambitieux : le « communisme-libertaire » doit s’exprimer par la « prise au tas », la suppression de l’argent et des salaires, l’éducation gratuite, l’émancipation totale de la femme (superbes déclarations de Marie Kugel)... Se crée ainsi une solide référence communiste-anarchiste pour les futurs milieux communautaires. Les désaccords surviennent vite : conflits d’intérêt entre propriétaires et locataires, autoritarisme de Butaud, difficultés financières, rivalités avec Aiglemont (Cf. ci-dessous), conflit politique avec Le libertaire et même avec L’Anarchie, trop grande diversité de mentalité entre les colons, voire « parasitisme » dénoncé pour quelques membres… Sur une vingtaine ou trentaine de volontaires, seule une demi-douzaine résiste vraiment. En janvier 1907 la Société Le Milieu libre prononce sa dissolution.

1902-1908. Depuis 1902 la Colonie anarchiste ou Communauté parisienne autour de LIBERTAD et bientôt de l’Anarchie (Cf. ci-dessus) est liée à une communauté appelée d’abord La nature pour tous, puis Société de Vacances Populaires - Le rayon de soleil, établie à Châtelaillon en Charente-Inférieure, proche de La Rochelle. C’est un lieu de production, un « lieu de villégiature anarchiste » [73] et une première forme de camping sur une « plage libertaire » [74].

1903-1909 L’Essai d’Aiglemont [75] apparait également dans les Ardennes, au milieu des bois du Gesly, très proche de la petite commune de Nouzonville où vit Les déshérités, un groupe anarchiste assez actif [76], en tout cas réactivé, en même temps que la CGT locale, par la création de la colonie [77]. Pour les libertaires, il apparaît comme une « colonie communiste ». Fils de communard, Jean-Charles-Fortuné Henry, né en 1869, pensait y créer « la cellule initiale de l’humanité future ». Il est également lié à la propagande par le fait de la décennie antérieure par son frère Émile Henry, né en 1872, guillotiné en 1894. Il est aidé par sa compagne Adrienne Tarby. L’apogée de début 1905 comptera une petite vingtaine de colons ; à partir de la hutte initiale se sont construits de « beaux » bâtiments fonctionnels dont le « foyer principal…nouvelle et belle bâtisse faite de fibrociment et colmatée par de la toile enduite de céruse, (qui) mesure 14 mètres de long sur 8,5 de large. Elle se compose d’un grenier, d’une cave et de dix pièces, dont une superbe salle à manger. Elle sera le symbole de la colonie ». Les photos d’époque, visible dans l’opuscule de Nella Giacomelli montrent la fameuse hutte, ainsi que les 2 ou 3 principales constructions ultérieures, le tout étant perdu au milieu d’un monde végétal omniprésent. Dès 1906 la colonie agricole s’appuie sur un journal « international d’éducation, d’organisation et de lutte ouvrière », Le Cubilot, qui se transforme en Le Communiste en 1908. En 1908 Henry se retire et annonce la fin de la colonie en 1909. L’essai avait pourtant bénéficié de l’appui de la Fédération des Travailleurs socialistes des Ardennes, de la CGT locale. Des anarchistes importants y sont passés, comme le jeune Victor Serge qui y découvre émerveillé une autre « Arcadie » [78]. Anatole France a apporté son soutien. Cette communauté est sans doute une des plus intéressantes en milieu libertaire, car l’isolement géographique n’est jamais ici un isolement militant : Fortuné Henry fait des conférences, reçoit de multiples invités… L’Essai est lié à l’anarchisme ardennais qui en fait un de ses bastions, et un point d’appui pour son développement. Le rayonnement est très étonnant pour une si petite expérience. 



Les Périodiques de la Colonie rappellent l’objectif global à atteindre, et dépasse toujours l’expérience qui ne concerne que « quelques uns » déjà prêts. Ainsi le premier de ces Périodiques, en 1906, est un petit précis de divulgation anarchiste, L’ABC du libertaire, rédigé par un républicain ouvert, Jules Hermina [79]. Il y est rappelé qu’il faut « préparer pour tous ce qui est déjà possible pour quelques uns…, une société harmonieuse d’hommes conscients, prélude d’un monde de liberté et d’amour ». Comme quoi, l’isolement de type « communautaire » souvent décrié n’est pas une donnée évidente. Mais la vie et le travail ont dû être éprouvants dans cette communauté, sans doute pire qu’en milieu capitaliste, car les privations et le manque total de confort formaient le quotidien : « pour tous, c’était la misère, et pour tous la vie fut une suite ininterrompue de privations et de lutte continue avec le pain et pour le pain ; une vie épuisante et opprimante, de travail dur, sans satisfaction, sans soulagement d’aucune sorte, pénible, monotone, éreintante » [80]. Certes la critique de Nella Giacomelli, intellectuelle anarchiste individualiste active alors en région milanaise, est excessive (elle se dresse contre la « désertion » des militants qui fuient la vie réelle, et contre le retour à la vie primitive qui n’apporte que difficultés et mal de vivre), mais elle est partagée par bien des libertaires.

1904.  Le Milieu libre des Hautes-Rivières est lui aussi ardennais. Il ne dure que 2 mois et a réuni une poignée d’hommes.

1904-1917. La Ruche de Sébastien FAURE à Rambouillet est un milieu libre éducatif et solidaire.



1905. Dans la Somme, vers Amiens, se crée le Milieu libre communiste libertaire de Gisly. Une poignée de colons s’y regroupe.

1905. Des féministes (Odette LAGUERRE, Gabrielle PETIT) proposent la création d'un «phalanstère féminin» sans doute à Paris, qui visiblement n'a pas eu de suite [81].

1905-1914. Milieu libre lié à L’anarchie à Paris et Romainville. Cf. ci-dessus.

1905-1906 à 1908-1909. La colonie de Boitsfort en Belgique, est créée par avec Émile Chapelier et sa compagne Valentine David. Elle est appelée parfois L’expérience. Son vrai nom est en fait Colonie Communiste Libertaire de Stockel-Bois [82], car elle a connu deux lieux dans la région bruxelloise : Stockel, puis Boitsfort. Vers 1906-1908 y participent Victor SERGE et plusieurs membres bientôt célèbres dans les milieux de l’anarchie et de la Bande à BONNOT. Elle développe un effort propagandiste par l’impression de diverses publications : L’Insurgé puis L’Émancipateur, puis dès juin 1907 Le communiste qui deviendra Le Révolté. C’est dans ces journaux que Victor SERGE fait ses premières armes de journaliste révolutionnaire. C’est une vraie colonie anarchiste, souhaitant appliquer le communisme libertaire : propriété commune, travail en commun (jardinage et aviculture essentiellement) et consommation selon les besoins. Elle mise sur le principe kropotkinien dite « loi de l’entraide » (appui mutuel). Mais les difficultés économiques restent insurmontables et minent le bel idéal. C’est un milieu ouvert, intégré dans le mouvement anarchiste belge et international, et multipliant les activités pour ceux qui viennent la visiter : journaux, théâtre actif, conférences, contacts et déplacements... Le 22 juillet 1906 s’y tient le 2° Congrès Communiste Libertaire Belge qui lance l’idée d’une internationale anarchiste. De la Colonie partent de multiples brochures qui contribuent à réactiver l’anarchisme belge et international, sur l’espéranto, le syndicalisme, le néo-malthusianisme et l’amour libre… C’est enfin un milieu expérimental assumé, ne voulant pas paraître comme modèle, ni comme structure figée. [Pour plus de précisions sur cette colonie, lire cette étude en ligne http://raforum.info/dissertations/spip.php?article177 ].



1906-1907. En Corse du Sud se développe le Milieu libre de Ciorfoli dans le village de Cognoli-Monticchi. La douzaine de compagnons (7 hommes, 3 femmes et 2 enfants) qui lancent l’affaire veulent eux-aussi faire de la propagande par le fait : « par l’exemple de nos vies, nous montrerons le chemin aux voyageurs égarés… » [83]. Ils se regroupent autour d’Isidore Escalaïs et de sa compagne Louise. Le matériel agricole matériel «a été acheté à la colonie pénitentiaire de Coti-Chiavari» [84]. Ils obtiennent des conseils de Fortuné Henry, ce qui nous suggère que ces microcosmes sont loin d’être isolés. Une vie agricole (cultures et petit élevage) se met en place ; l’autosuffisance est recherchée avec des activités artisanales comme la menuiserie. Mais fin 1906, la demie douzaine de compagnons qui se sont risqués dans l’aventure se séparent brouillés.

1906-1907.  Le Village de la Rize  se trouve dans le Rhône, vers Lyon. La Colonie de la Rize semble se mettre en place en 1907 dans une zone en bordure du fleuve louée en fin 1906. Cette sorte de coopérative, laissant aux anciens une certaine autorité, accueille quelques libertaires peu gênés par la contradiction (« an-archie » = sans archonte, sans anciens, sans autorité…). L’échec est rapide (été 1907), et commence à lasser bien des anarchistes sympathisants : Le Libertaire cesse de soutenir les expériences.

1906-1908. À Saint-Germain-en-Laye [85] se trouve La Colonie libertaire de Saint-Germain [86] où intervient le très actif André Lorulot qui y impose déjà ses principes végétariens et naturistes. Il est lié à la féministe Émilie Joséphine Lamotte (1877-1909), sa compagne, et progressivement à une douzaine d’autres personnes (5 adultes et 6 enfants à la fondation). Le faible nombre n'est pas important, car il faut compter sur l'appui des militants et amis extérieurs, près de 80 personnes venant aider à la mise en œuvre. L’extraordinaire activité journaliste et littéraire de Lorulot (plus de 50 ouvrages), son caractère un peu autoritaire, popularisent cette expérience ; ses conférences apportent de l'argent à une communauté qui ne s'en sort pas économiquement. La vie est assez frugale, volontairement sans doute, car on sent une volonté de vivre selon les principes végétariens et sans tabac ni alcool, mais sans dogmatisme [87]. Ce milieu libre, plutôt anarcho-individualiste, tente de se structurer d’abord autour de quelques activités agraires (les locaux sont ceux d’une grande ferme) et surtout autour des activités culturelles de propagande (conférences, éducation rationaliste, éditions libertaires, néo-malthusianisme [88]…). L'imprimerie revêt une importance centrale dans la communauté. Mais le milieu environnant est largement hostile et ne laisse pas beaucoup de moyens aux anarchistes jugés dangereux. L’arrestation de Lorulot pour « excitation au meurtre » en mai 1907 est une des causes de réduction de cette colonie qui avait déjà souffert des mésententes entre de fortes personnalités. Elle vivote sans grand rayonnement, malgré le retour de Lorulot en mars 1908 : mais la dissolution volontaire intervient peu après.

1908-1911. Le Phalanstère du Clos-des-Brunes existe en Haute-Vienne, vers Limoges, et malgré son nom fouriériste, se revendique de l’anarchisme. Il est notamment animé par le syndicaliste et typographe, comme souvent en milieu anarchiste, René Darsouze (1876-1962). L’autre fondateur, Léonard Baile, est plutôt socialiste libertaire.

Vers 1910-1912. Le Milieu libre de Pavillons sous Bois est dans la Seine St Denis, et peu éloigné de Romainville. Il est animé par les frères Louis (1877-1949) et Marceau Rimbault et a compté le futur allié de BONNOT, Octave Garnier, parmi ses membres. Louis Rimbault, bien qu’ancien conseiller municipal radical-socialiste, est lié aux membres du Milieu libre qui se met en place à Bascon, et il devient comme eux progressivement végétarien (et contre toutes les boissons alcooliques), militant et radical. Il accuse d’ailleurs les membres « carnivores » ou « cimetières ambulants » [89] qui sapent les bases de sa communauté de Pavillons sous Bois ! Garnier est lui-même végétarien et ferme « buveur d’eau », ce qui explique ses passages nombreux. La communauté compte une douzaine de personnes. Comme beaucoup de milieux libres semi-urbains, elle mêle travaux de jardinage et activités artisanales (ici une serrurerie). Mais c’est insuffisant, et les pratiques de « récupération individuelle » et de faux monnayage s’avèrent nécessaires. Il est amusant de noter que dans ce milieu marginal, la serrurerie cohabite avec le cambriolage, qui souvent fait d’abord sauter les serrures !

1910. À Bezons, en Seine-et-Oise, Ernest Girault fonde une Cité communiste de Bezons dans un immeuble qu’il possède.

1910-1911. À Paris existe une coopérative au nom très kropotkinien, L’Entraide liée à la coopérative anarcho-syndicaliste cégétiste Le Cinéma du peuple.


1911-1912 et 1914 - prolongement jusqu’aux années 1950 ? Le Milieu libre de Bascon est lui aussi dans l’Aisne, à proximité de Château-Thierry. Il doit également son existence au couple Georges Butaud (4° tentative, la 3° se soldant par un simple projet vers 1906) et Sophie Zaïkowska décidément bien actifs, et est lié au départ à La Vie anarchiste. Libre Tribune anarchiste paraissant chaque mois, éditée à Bascon. L’autonomie est recherchée dans le jardinage, un petit artisanat textile et dans les travaux d’imprimerie. Le milieu libre se recompose sous forme de Colonie « naturiste et végétalienne » [90] et « abstinente » [91] et durerait de 1914 jusqu'en 1931, donc sur une longue durée rare pour ces diverses expérimentations. À cette date l’association devient une Colonie végétarienne de vacances. En 1920 le groupement s’étoffe d’une « Société Coopérative pour la mise en état des terres incultes » [92] et compterait alors de 10 à 20 personnes selon la saison. Bascon dans les années 1920 offre même l’exemple d’un Centre végétalien expérimental et attire de nombreux visiteurs. Il est intéressant, c’est une piste à creuser, de voir dans ces expériences abstinentes ou auto-productrices, dans l’ascétisme pratiqué… des formes primitives des positions avancées aujourd’hui par les adeptes de la décroissance.

1912. Colonie anarchiste de Choisy-le-Roy, dite le Nid rouge, liée à la Bande à BONNOT.

1913-1914. Le Milieu libre de la Pie au quai de la Pie à Saint-Maur, dans le Val de Marne est sans doute celui que l’on appelle ailleurs Le « Phalanstère » de St Maur. Il est également animé par Georges Butaud (5° tentative) et sa compagne Sophie Zaïkovska qui éditent La vie anarchiste. Pour le lancer, Butaud avait fondé la Société des Milieux libres de la banlieue de Paris. L’ensemble est assez vaste pour la périphérie parisienne : immeuble de 6 000 m², chalets indépendants, terrain comprenant jardin, verger et bois…

1922 - 1932. L’Intégrale à Puch d’Agenais, dans le Lot et Garonne, animée par le « socialiste anarchisant » Victor Coissac (1867-1941), semble liée au mouvement individualiste et pacifiste, mais également à l’anarcho-syndicalisme. L’imprimerie profite à quelques revues parfois censurées. Dans les années 1930 s'y installe la féministe et pacifiste socialiste libertaire Gabrielle Petit (1860-1952) [93] ; malgré son âge avancé elle s'active beaucoup, surtout à l'imprimerie. Mais les rapports entre Victor et Gabriel sont tellement conflictuels (y compris un procès pour raison financière) que Gabrielle ne reste qu'un an dans la communauté. Cette expérience de « communisme patriarcal » (Armand) ne serait qu’une « colonie semi-libertaire » [94] avec une autogestion très limitée.

1923-1949. Vers 1923 la Coopérative Terre Libérée se localise au lieu-dit Le Pin, proche de Luynes et non loin de Tours (Indre-et-Loire), sur près de 10 ha. Elle est animée par le toujours très actif Louis Rimbault, ancien de Bascon et de la Bande à BONNOT. Cette « Cité » adopte la formule de la « Coopérative », et chaque membre devient ainsi « sociétaire ». Elle est fortement marquée par l’esprit végétalien, la non-violence, et le retour à la terre [95]. Le Néo-naturien soutient largement cette initiative, mais la brouille est forte avec le Végétalien lancé par Butaud en 1924, puis avec l’En-dehors d’Armand vers 1927. Rimbault veut en faire un « centre d’individualisme éclairé » [96] et un centre de soin, de régénération, par la cuisine et la vie saine. Cette vie respectueuse de la nature nous apparaît comme une anticipation forte d’une volonté écologiste conséquente. Ouverte sur l’extérieur, elle reçoit de très nombreux visiteurs : plus de 300 la première année, encore 200 en 1929. En 1926 la coopérative adhère à l’APA - Association Paysanne Anarchiste. Pendant la Seconde guerre mondiale, elle abrite des réfugiés et est souvent en butte aux menaces des pétainistes et des FFI. Terre Libérée s’éteint la même année que la mort de son fondateur, en novembre 1949.

Dans les années 1920, la « caverne de ZARATHOUSTRA » à Tourrettes-sur-Loup vers Grasse est peu référencée. Elle héberge un anarchiste d'origine juive allemande, le Dr Heinrich GOLDBERG. Lié aux individualistes, aux néo-malthusiens et aux espérantistes et idistes, Goldberg semble avoir eu des difficultés judiciaires en Allemagne en défendant l'amour livre, la nudité et le droit à l'avortement, ce qui l'oblige à s'exiler en France en 1925-1926 (?). Il se lie à E. Armand et à l'équipe de l'En-dehors. Il a déjà tenté des essais communautaires à Berlin (vers 1918-1919) et à Düsseldorf notamment. C'est vraisemblablement vers 1925 (certaines sources parlent de 1923 ?) qu'il s'établit vers Villars dans les Alpes Maritimes. Il s’agirait d’une société individualiste, élitiste, affichant un certain mépris des masses. En 1927 (?) il se déplace à Ajaccio, et plus tard (1929 ?) après un passage par Haïti, à Saint Domingue (Arroyo Frio, près de Moca). Il y est assassiné en mai 1933.

En 1923 est créé par Georges Butaud, le Foyer végétalien de Paris, sans être un réel milieu libre, est dans la droite ligne des actions menées à Bascon. Il en est de même en 1924 du Foyer végétalien de Nice.

Tardi, le foyer végétalien du "Brouillard au pont de Tolbiac", de Léo Malet

Au milieu de l'année 1925 E. Armand lance l'association des Compagnons de l'en-dehors, du nom du journal qu'il sort depuis mai 1922. Ce journal prolonge l'ère nouvelle d'avant 1914 qui déjà soutenait fermement tous les expériences de vie communautaire. Ce groupement affinitaire, lié au journal, devait aussi permettre la mise en pratique des idées d'amour plural et de camaraderie amoureuse prônées par Armand. La rareté des membres féminins, et l'autoritarisme du fondateur, liés à la répression étatique, entraîne l'arrêt d'une expérience qui végétait au moment de la 2° Guerre mondiale.

En 1931 la Colonie de Bascon se transforme en Colonie végétarienne de vacances. Elle perdure jusqu’en 1953.



Dans les années 1940, la Communauté de Pouligny d’Émile Bachelet (ancien illégaliste 1888-1967) se situe dans l’Yonne ou dans le Loiret. C’est Michel Ragon qui rappelle à plusieurs reprises sa rencontre admirative avec cet ancien de la Bande à BONNOT qu’est Émile Bachelet, qui anime dans l’immédiat après-guerre une communauté semi-autarcique, auto-productive de Pouligny. Le groupe construit des ruches, produit son miel, ses légumes, son électricité… La recherche de l’harmonie y semble constante. « Au moulin de Pouligny c’était s’embarquer pour l’Arcadie » rappelle le jeune libertaire d’alors Michel Ragon [97]

Durant la Seconde guerre mondiale, une petite communauté en Ardèche autour de la famille de Georges Guibard, un curieux anarchiste, car il fut propriétaire et industriel à la Garenne-Colombes avant-guerre.

Dans l'après guerre, des anarchistes espagnols acquièrent une ferme à Thil en Haute-Garonne. Elle est plus ou moins autogérée notamment par des aragonais, sert de lieu de production, et surtout de centres de vacance pour les jeunes réfugiés espagnols. Plus tard, vers 1960, le pédagogue Félix Carrasquer (1905-1993) s'y installe et, poursuivant le rêve qu'il a mené avec l'École des Cadres de Monzón durant la révolution espagnole, tente un projet de ferme école qui n'a apparemment pas abouti.

En 1939 le Centro español de Béziers (centre de secours mutuel, bibliothèque, athénée…) devient Colonie espagnole. Nombreux sont les libertaires qui y passent, pour participer aux échanges et activités culturelles.

1939-1963 : De 1947-1948 à 1954, dans le Lot à Gourdon-Le-Vigan des libertaires espagnols exilés en France veulent transformer la Colonia de Aymaré – Colonie d’Aymare [98] en collectivité. Il s’agit d’une grande ferme de moins de 120 hectares qui jouxte un château en ruines dans le Lot. L’achat peut se faire en 1939-1940 (?) grâce aux fonds du SIA – Solidarité Internationale Antifasciste, et de la CNT, et à l'appui d'un libertaire français. C’est d’abord un lieu d’accueil et de prise en charge des enfants, puis en 1940 de militants blessés ou handicapés, et de tous ceux qui nécessitent une aide immédiate. Il fonctionne ensuite un peu également comme base d'appuis ou de refuges de nombreux résistants, réfractaires ou clandestins : des maquisards du Lot s'y réfugient en 1943. Après guerre, c'est la reprise. La communauté accueille malades et handicapés, dont le nom de Colonia de Enfermos y Mutilados qu'on lui attribue parfois ; ce qui explique d'autres appuis comme celui de La Liga de Mutilados de la Guerra de España, ou l'IRO-Organisation Internationale des Réfugiés. La Colonie se dote de Statuts (Cooperativa de producción de la Colonia de Mutilados de Aymare [99]) le 18/09/1948, vote ses règlements (Plan de Derechos y Necesidades [100]) et ses plans de travail tous les ans ; des contrôles de trésorerie ont lieu tous les 3 mois. Ce lieu est en grande partie auto-construit, les militants de passage donnant de nombreux coups de mains, surtout pour rénover les bâtiments ; on fait appel parfois à une coopérative du bâtiment composée par des libertaires de la région bordelaise. La communauté accueille une douzaine de valides plus les malades vers 1948, et atteint la bonne trentaine de personnes vers 1953, alors qu'en fin 1939 on y comptait 90 personnes : 31 hommes, 24 femmes, 33 enfants et 2 personnes âgées. À Aymare on peut noter également une volonté de réaliser une application à petite échelle du «communisme libertaire» [101] ou de « liberté collectiviste » [102]. Les responsabilités sont assumées collectivement (une assemblée générale mensuelle), elles sont tournantes (en général la durée est de 6 mois). La ferme doit produire pour assurer l’autosuffisance, et chacun y met ce qu’il y peut et théoriquement peut puiser au tas-tomar del montón (« de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », si on rappelle l’antique formule communiste). La paie n'y existe pas au début. Un potager, le petit élevage, les cueillettes dans les proximités d’Aymare permettent d’obtenir le minimum. La vie y est dure, dans des conditions difficiles, et le travail important : longues journées et peu de vacances (12 jours par an). Quelques activités propagandistes sont mises en place, notamment un essai de radio libertaire avec le célèbre intellectuel anarchiste Felipe Alaiz. Entre autogestion et autoproduction, cette Colonie va vivoter jusqu’en 1961, en permettant à des militants de s’y retrouver, d’en visiter d’autres et de tenir des « concentrations », terrible mot pour désigner des rencontres conviviales. Cette année là, la CNT réunifiée décide l’abandon de cette expérience communautaire, qui manque de fonds et d’hommes, et qui ne permet qu’un confort minimal à ses occupants. Il faut attendre cependant 1967 (d'autres indiquent 1971 ?) pour que l’exploitation soit vendue avec l'appui du fils du maire du Vigan, et dans de bonnes conditions, mais en laissant bien des amertumes pour celles et ceux qui poursuivaient le rêve communautaire libertaire. Aymare a pourtant rayonné bien au-delà de ses membres, et a souvent été citée dans les organes militant. La colonie propose fêtes, conférences, théâtre, soirées conviviales, «jiras» et «concentraciones» (pique-niques et regroupements souvent militants)… ouvre une assez copieuse bibliothèque, et héberge bien des compagnons de passage, parfois sous la forme de camping militant, par exemple avec les Jeunesses Libertaires, dès 1952. Nombreux sont les libertaires célèbres qui y passent quelque temps. En 1996-1997 le propriétaire accepta que se tiennent deux journées rétrospectives dans l'exploitation.

dans les années 1960-1990 à Montady, dans La Plaine des Astres (La Plena), des exilés anarchistes espagnols vivent en quasi « phalanstère » [103] : ils se prêtent leurs logements, leurs jardins, leurs ouvrages… vivent ensemble quand leur vie d’éternels vagabonds les ramènent dans ce lieu de paix, dont la maison de Victor García est le centre, avec un projet inachevé d’en devenir bibliothèque et lieu d’archives « = la BASE ». Avec Narbonne, Montady a été un des centres de la «dissidence» contre la CNT orthodoxe toulousaine.

1968 : les communautés. La diversité des pratiques, des objectifs, des composantes... est extraordinaire, ce qui fait que l’on y retrouve toutes les tendances, surtout libertaires au début, mais pas seulement. La dérive (sectaire, religieuse, droitière...) et l’échec sont assez rapides, puisque l’essentiel du mouvement s’arrête après 1975. Mais il y a tout de même des exemples de communautés idéologiquement claires, comme la Communauté anarchiste du Moulin de Paris, qui s'installe dès 1973 à Merlieux dans le Nord de la France. Elle y réalise une implantation assez rare et probante, et s'intègre dans une forme de communalisme ouvert et de démocratie la plus directe possible, ce qui amène ses membres à participer sans se renier à l'activité municipale, notamment dans les activités culturelles : école, fête du Livre [104]

À la différence de beaucoup d’expérimentations du passé, surtout celles à vocations religieuses ou communistes autoritaires très marquées, une plus grande attention est accordée à l’individualisme et à la liberté et aux respects de personnes. Pour les libertaires de ces années là, « la praxis communautaire » [105] se veut expérimentale et ouverte, plus qu’idéologique ou doctrinale. Elle est moins conformiste et davantage centrée sur la vie quotidienne et le respect individuel que dans le passé. Y sont pratiquées assez fréquemment « une exaltation de l’amour et de la sexualité… et en même temps une élévation de la personne dans sa dignité et son droit, dans sa liberté et sa créativité… » [106]. Le collectif, en principe, n’écrase pas les choix et droits individuels, même dans les regroupements du type « familles élargies », car ils se veulent « familles ouvertes » [107]. Il y a malheureusement pas mal de contre-exemples.

Au plan économique, la majorité des communautés portent bien leur nom, elles sont «communistes» au sens fort et non connoté historiquement du terme : communautés des biens, mise en commun des moyens (Edward Sarboni parle de «communisme financier»), travaux, échanges et déplacements souvent collectifs, rotation des tâches… Le travail, les services, les fonctions, les charges… sont partagés égalitairement, sans hiérarchie entre les types de tâche et les sexes. Les acquis, produits, fonds… semblent également partagés. Et on l'a déjà signalé, l'éducation, la formation, les activités culturelles, la vie sexuelle… sont parfois vécus également sur le mode collectif et avec le principe de la rotation.

En France dans les Pyrénées-Orientales, vers Opoul, la communauté du Belvédère, fondée à l'automne 1968, essentiellement non violente s'inspire de l'idéologie anarchiste [108]. Toujours dans les Pyrénées plutôt ariégeoises, des militants fondent des communautés à Villeneuve-du-Bosc (1970), Planel-du-Bis (1971-1974), Broucaillou. Dans les Pyrénées Orientales, Paul Gérard et Alain Roux, militants anarcho-syndicalistes contribuent à la fondation des communautés libertaires du Llech et de Las Carboneras en 1971. Dans le même secteur, «l'antiautoritaire» Joseph Chioselli est un des fondateurs de la communauté du mas Julia en 1972. Dans l'Aude à Albières, le fond commun est plutôt la non violence confirme Jean-Pierre Spiandor qui s'y installe en 1972. À nouveau en Ariège en 1975, divers membres de la famille de Gérard Lorne, déjà concernés par la vie communautaire vécue au Maroc, s'installent en communauté à Raoubots. Pour cette région du sud pyrénéen, les témoignages recueillis par Edward Sarbony confirment le fondement commun libertaire et non violent, et la taille restreinte de ces micro-communautés. La communauté de Font-de-Rouve (1971) dans les Cévennes mettrait surtout l'accent sur les libertés individuelles et la richesse des échanges interpersonnels. Non anarchiste, plutôt spiritualiste, elle prône technologies douces et frugalité de vie.

Dans les années 1970, autour d’Eduardo Colombo, franco-argentin [109], plusieurs anarchistes se regroupent de manière affinitaire en Normandie dans un lieu qui tient autant du centre culturel que d’un lieu de villégiature, de retour au vert et à la campagne pour des anarchistes qui militent surtout en ville. La plupart participent à la communauté éditrice du journal ICO - Informations et Correspondances Ouvrières de 1972 à 1974 et de La Lanterne Noire de 1974 à 1978.

Depuis les années 1990 Dans les Cévennes, vers Alès, la Vieille Valette-Commune libre se rattache au mouvement squat anarcho-punk [110] et inscrit fièrement la vieille devise de « Ni Dieu ni Maître ». Il regroupe dans les meilleurs moments une trentaine de personnes dans un hameau jadis abandonné comprenant une vingtaine de demeures retapées - et squattées. Mais la rotation semble importante. L'autonomie de la communauté est relativement bien assurée : faible participation financière des membres, solidarité avec les plus démunis, source d'eau naturelle, usage du solaire, jardins communautaires, système généralisé de récupération et de recyclage… D'autre part les festivals et la vente de pizzas apportent des suppléments. L'intérêt supplémentaire de la Vieille Valette réside dans le concept sympathique «d'articulteur», car la plupart des membres développent des activités artistiques et d'agriculture écologique. Les maisons sont toutes variées et originales dans leur décoration, peinture, architecture, musique et cinéma… sont présents. Il semble cependant qu'au nom d'une autonomie rigoureuse, chacun s'occupe surtout des ses propres affaires, et l'ouverture extérieure (surtout vis-à-vis des autochtones), par rapport à d'autres communautés, semble assez réduite.



En fin des années 2000, la communauté de Cravirola dans la Montagne Noire minervoise [111] essaie de mêler activités agricoles, écologiques et artistiques dans une ferme autogérée [112]. Le nom provient d'un essai de plusieurs années réalisé par des squatteurs, allemands à l'origine, dans un village homonyme à la frontière italienne. La Cravirola, Coopérative Fromagère Internationale, liée à Longo Maï et à des mouvements militants comme ATTAC, perdure dans le Sud Est des Alpes françaises. Dans le Minervois, des craviroliens passent du squat à la propriété gérée dans le cadre global et multi-sites d'une SAS-Société à Actions Simplifiée nommée Terres communes, dont ils détournent l'origine libérale dans un sens «libertaire» ! Les actionnaires sont des soutiens plus que des propriétaires, les occupants conservant par contrat l'essentiel des prérogatives. Le système coopératif en découle, notamment sous forme de SCOP pour Cravirola au lieu dit Le Maquis. La coexistence entre les idéaux alternatifs et libertaires, et les exigences comptables et la forte pression économique et marchande de ce vaste projet, ne sont pas simples ni sans inconvénients. La communauté assez réduite (une dizaine de membres ?) essaie de se solidifier en maintenant des liens extérieurs forts : les actionnaires, le REPAS-Réseau d'Échanges et de Pratiques Alternatives et Solidaires, la Convergence des Luttes, les Désobéissants, et l'activité militante et artistique (festivals, ateliers, formations, chantiers solidaires, camping alernatif…), notamment avec L'Association Cultures du Maquis…

L’intérêt de cette liste non exhaustive est de montrer qu’au-delà de la diversité des appellations, l’idéal est commun : on tente de réaliser, au moins partiellement, une partie des idées communistes-anarchistes, ou individualistes anarchistes. Mais on le fait timidement, de forme souvent pluraliste, car les « colons » ne sont pas tous membres du mouvement. Le partage des tâches et des ressources, et la vie la plus libre possible se heurtent bien sûr aux difficultés de la vie économique et aux problèmes relationnels humains et amoureux. Cependant la multiplicité des essais montre également que les tentatives sont plus nombreuses qu’on aurait pu le penser, et surtout qu’elles sont rarement, comme on le croit trop souvent, coupées du monde extérieur, militant ou non. Au contraire, la vie communautaire permet à l’idéal de se renforcer, et à la propagande de se développer. Les contacts sont toujours recherchés. La colonie est donc aussi une base d’appui pour faire triompher la cause ou la propager.


Michel ANTONY
Essais utopiques libertaires de « petite » dimension [Extraits].


Ressources sur l'utopie, sur les utopies libertaires et les utopies anarchistes


A Lire et à Voir

Les sentiers de l'utopie
Livre et film d'Isabelle Frémeaux et John Jordan


Notes

1 MANFREDONIA Gaetano Anarchisme et changement social. Insurrectionalisme, Syndicalisme, Éducationnisme-réalisateur, Lyon, ACL, 362p, 2007, p.101-102

2 Cf. LATOUCHE Serge Pour une relocalisation de l’utopie, -in-Entropia, Décroissance & Utopie, Lyon, Paragon, n°4, p.152-162, printemps 2008

3 PERINELLI Roberto El teatro anarquista y un autor anarquista, Rodolfo GONZÁLEZ PACHECO, -in-Teatro del Pueblo-SOMI, 11pA4, récupéré le 04/10/2008 sur le site http://www.teatrodelpueblo.org.ar/sobretodo/05_sobre_autores_y_obras/perinelli002.htm

4 GOUTTE Guillaume Aménager la société capitaliste. Critique libertaire d'un citoyennisme alternatif qui voudrait nous voir cogérer notre domination et notre exploitation, -in-Le Monde libertaire, n°1610, 28/10-04/11/2010

5 ARMAND E. Les tentatives de communisme pratique, Paris: La Revue Communiste & L'Ère Nouvelle, 16p, 1904

6 BOOKCHIN Murray Social Anarchism or Lifestyle Anarchist : an Unbridgeable Chasm, San Francisco-Edinburg: AKPress, 86p, 1995

7 COLSON Daniel Histoire et actualité du sujet révolutionnaire, -in-Réfractions, À la recherche d’un sujet révolutionnaire, Paris: n°25, 176p, p.15-28, automne 2010, p.25

8 GARCIA Vivien L’anarchisme aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 262p, 2007, p.218

9 GARCIA Vivien Utopies libertaires, Courriel du 09/12/2007

10 IBAÑEZ Tomás Intervento (Pisa, settembre 2009), -in-CENTRO STUDI LIBERTARI - ARCHIVIO G. PINELLI Anarchismo. Post -anarchismo. Neo-anarchismo, -in-Bollettino Archivio G. PINELLI, Milano: n°34 speciale, p.32-37, dicembre 2009, p.26

11 Manifeste en vue de la constitution du premier Milieu libre en France, 4p, 1902

12 Le Libertaire, 13/09/1902, cité -in-LEGENDRE Tony Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Aisne) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 168p, 2006, p.7

13 Tiré d’un texte de 1904 du gérant de Vaux, L. LEGRIS, -in-LEGENDRE Tony op.cit., p.104

14 MANFREDONIA Gaetano L'anarchisme réalisateur d'E. ARMAND, -in-Vivre l'anarchie. Expériences communautaires et réalisations alternatives antiautoritaires. Actes du colloque de Ligoure, mai 2009, Lyon: ACL, 160p, p.80-101, novembre 2010, p.83

15 MERCIER-VEGA Louis Sur les groupes d’affinité, -in-Interrogations, n°13, 1978

16 Communauté de travail du CIRA Société et contre-société, Genève, Librairie Adversaire, 139p, 1974

17 PAQUOT Thierry L'utopie ou l'idéal piégé, Paris: Hatier, 80p, 1996, p.48

18 FREIRE Joâo Les anarchistes du Portugal, Paris, CNT-RP, Version simplifiée et mise à jour de la thèse de 1988, 336p, 2002, p.198

19 GUTIÉRREZ MOLINA José Luis La anarquia según Andalucía : texto de la ponencia sobre el comunismo libertario aprobada por la FAI de Cádiz en junio de 1936, Sevilla, Las 7 Entidades, 91p, 1996, et surtout GUTIÉRREZ MOLINA José Luis La idea revolucionaria : el anarquismo organizado en Andalucia y Cadix durante los años treinta, Móstoles, Madre Tierra, 235p, 1993 p.50

20 DESMARS Bernard Militants de l'utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIX° siècle, Dijon:Les Presses du Réel, 432p, 2010, p.42

21 FREMEAUX Isabelle/JORDAN John Les sentiers de l'utopie, Paris: La Découverte-Zones, 320p, 2011

22 COOPER-RICHET Diana/PLUET-DESPATIN Jacqueline L’exercice du bonheur, Seyssel,Champ Vallon, 272p, 1985

23 PEREIRA Irène Les jardins partagés, un exemple d'entraide libertaire ? Entretien avec Laurence BAUDELET -in-L'Entraide : un facteur de révolutions, Réfractions, Lyon: n.23, 176p, p.93-104, 2009 et BAILLARGEON Normand L’ordre moins le pouvoir..., Paris, Agone, 2001 Paris, L’Harmattan, 227p, 2004, p.33
-in-Vivre l'anarchie. Expériences communautaires et réalisations alternatives antiautoritaires. Actes du colloque de Ligoure, mai 2009, Lyon: ACL, 160p, p.104-127, novembre 2010, p.116



24 Cf. par exemple à plusieurs reprises dans GIARRACCA Norma/MASSUH Gabriela El trabajo por venir. Autogestión y emancipación social, Buenos Aires: Edición Antropofagía, 184p, 2008

25 GILLEN Jacques L’utopia anarchica messa in pratica. La colonia di Stockel, -in-GIULIANELLI Roberto (A cura di) Luigi FABBRI. Studi e documenti sull’anarchismo tra otto e novecento, Pisa, Quaderni della Rivista Storica dell’Anarchismo, BFS, n°1, 211p, 2005

26 MANFREDONIA Gaetano Anarchisme et changement social. Insurrectionalisme, Syndicalisme, Éducationnisme-réalisateur, Lyon, ACL, 362p, 2007, p199

27 CHAÏBI Olivier Réalisations et réalisateurs proudhoniens, -in-Vivre l'anarchie. Expériences communautaires et réalisations alternatives antiautoritaires. Actes du colloque de Ligoure, mai 2009, Lyon: ACL, 160p, p.08-25, novembre 2010, p.8

28 Par exemple l’article de MALTERRE Félix Colonies communistes, -in-Le Libertaire, n°21, 31/03-06/04/1907

29 SERGE Victor Le Rétif, articles parus dans l’Anarchie 1909-1912, Paris, Monnier, 224p, 1989, p.192

30 GIRARD André Coopération communiste, -in-Les Temps nouveaux, n°37-41, 8-14/01 au 05-11/02/1898

31 OVED Yaacov Mouvements communautaires au XX° siècle, -in-Utopie, BNF, 2000

32 BONI Stefano Il « milieu » anarchico nella « Belle époque », -in-Bollettino Archivio G. PINELLI, Milano : n°32, 48p, p.29-33, dicembre 2008

33 PETITFILS Jean Christian La vie quotidienne des communautés utopiques au XIX°, Paris, Hachette, 1982

34 BEAUDET Céline Les milieux libres : vivre en anarchiste à la Belle époque en France, Paris, Université Paris X Nanterre, 156p + LXXIp, 2003

35 CHRISTIE Nils Au-delà de la solitude et des institutions. Communautés extraordinaires pour des personnes extraordinaires, Lyon, ACL, 170p, 2005

36 LEGENDRE Tony Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Aisne) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 168p, 2006

37 ULBURGHS Jef Pour une pédagogie de l’autogestion, Paris, les Éditions ouvrières, 231p, 1980, p.130

38 DESROCHE Henri Solidarités ouvrières 1, Paris, Les Éditions ouvrières, 215p, 1981, p.211 & 147

39 PUCCIARELLI Mimmo/PATRY Laurent L’anarchisme en personnes. Entretiens avec Eduardo COLOMBO, Ronald CREAGH, Amedeo BERTOLO, John CLARK, Marianne ENCKELL, José Maria CARVALHO FERREIRA, Lyon, ACL, 368p, 2006, p.8

40 Écologie, graines d’anarchies, Réfractions, n°18, 144p, printemps 2007, p.21

41 DE SARIO Pinno/MASNOVO John Le tribù in Italia, -in-Volontà, L’utopia comunitaria, 1989

42 FRANCESCATO Daniela e Grazia Famiglie aperte, le comuni, Milano, Feltrinelli, 1967

43 MENZIES Malcolm Mastatal, Bassac : Plein Chant, 310p, 2009, p.249

44 DESMARS Bernard Militants de l'utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIX° siècle, Dijon:Les Presses du Réel, 432p, 2010, p.195

45 DESMARS Bernard op.cit., p.198

46 DESROCHE Henri Voyages en ucoopies, -in-Esprit, n°2, février 1966

47 DESCAVES Lucien/DONNAY Maurice La clairière. Pièce en 5 actes, Paris, Stock, 1900

48 FREMEAUX Isabelle/JORDAN John Les sentiers de l'utopie, Paris: La Découverte-Zones, 320p, 2011, p.301

49 Cité par GUILLAUME Chantal Victor CONSIDERANT, un fouriériste en politique, -in-Cahiers Charles FOURIER, Besançon, n°19, p.155-166, décembre 2008, p.165

50 VACCARO Salvo Le double paradigme du pouvoir, -in-Pouvoirs et conflictualités, Réfractions, Lyon, n°17, 176p, hiver 2006-printemps 2007, p.47

51 Cf. le chapitre d’ANTONY Michel Les TAZ et Bolo’bolo : pragmatisme et marches à petits pas... vers une utopie anarchiste des « associations libres et libertaires », -in-II. Les libertaires face à l’utopie, entre critiques et projets, Magny Vernois, Fichier sur le même site, 1° édition 1995, 132p, avril 2007

52 DUPUIS-DÉRI Francis En deuil de révolution ? Pensées anarcho-fatalistes, -in-Visages de la science, Réfractions, n°13, 176p, automne 2004, p.145

53 PUCCIARELLI Mimmo L’imaginaire des libertaires aujourd’hui, Lyon, ACL, 365p, 1999

54 PUCCIARELLI Mimmo Le rêve au quotidien, Lyon, ACL, 253p, 1996, p.234

55 BAILLARGEON Normand Une proposition libertaire : l’économie participative, -in-Agone, n°21, 1999

56 GILLEN Jacques L’utopia anarchica messa in pratica. La colonia di Stockel, -in-GIULIANELLI Roberto (A cura di) Luigi FABBRI. Studi e documenti sull’anarchismo tra otto e novecento, Pisa, Quaderni della Rivista Storica dell’Anarchismo, BFS, n°1, 211p, 2005, p.145

57 ROCKER R. Socialismo constructivo, -in-La Protesta, Buenos Aires : 4 marzo 1929

58 Cf. CASARIN Pierpaolo L’osteria « luogo » di libertà, -in-Bollettino Archivio G. PINELLI, Milano, n°20, p.27-33, dicembre 2002

59 BEAUDET Céline Les milieux libres. Vivre en anarchiste à la Belle Époque en France, St Georges d’Oléron, Éditions libertaires, 256p, 2006, p.56

60 STEINER Anne Les En-Dehors. Anarchistes individualistes et illégalistes à la « Belle époque », Paris : L’échappée, Collection Dans le feu de l'action, 256p, 2008, p.90

61 STEINER Anne Vivre en anarchiste à la Belle Époque: la tentation de l'illégalisme pour échapper au salariat. Débats au sein des milieux individualistes, -in-Vivre l'anarchie. Expériences communautaires et réalisations alternatives antiautoritaires. Actes du colloque de Ligoure, mai 2009, Lyon: ACL, 160p, p.63-79, novembre 2010, p.74

62 HOBOLO Jeanne MORAND, Rimogne, La Question sociale, 42p, 2005 ?

63 BEAUDET Céline Opt.cit., p.57

64 THOMAS Bernard La Bande à BONNOT, Paris, Tchou, 260p, 1968

65 STEINER Anne De l'émancipation des femmes dans les milieux individualistes à la Belle Époque, -in-Des féminismes, en veux-tu, en voilà, Réfractions, Paris: n°24, 176p, p.19-30, mai 2010

66 -in-La Révolte, n°7, 29/10-04/11/1892, cité par BEAUDET Céline Les milieux libres. Vivre en anarchiste à la Belle Époque en France, St Georges d’Oléron, Éditions libertaires, 256p, 2006, p.26

67 GONOT Roger Notes sur la pensée libertaire d’Élisée RECLUS (1997), -in-Élisée RECLUS : écrire la terre en libertaire, Orthez, Éditions du Temps perdu, 294p, 2005

68 Courriel de CHARLES Jean, Louis HOENIG, libertaire travaillant au Milieu libre des Cras, reçu le 28/12/2010

69 KAMOUN Patrick V’la COCHON qui déménage. Prélude au droit au logement, Vauchrétien:, éd. Ivan Davy, 168p, 2000, p.43

70 Titre de l’article de Le Journal, 07/06/1903

71 LEGENDRE Tony Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Aisne) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 168p, 2006, p.16

72 Document reproduit pour le « Bulletin de décembre 1903 »  -in-op.cit., LEGENDRE Tony p.80 à 99

73 STEINER Anne Les En-Dehors. Anarchistes individualistes et illégalistes à la « Belle époque », Paris : L’échappée, Collection Dans le feu de l'action, 256p, 2008, p.64

74 BEAUDET Céline Les milieux libres. Vivre en anarchiste à la Belle Époque en France, St Georges d’Oléron, Éditions libertaires, 256p, 2006, p.58

75 Cf. surtout : NARRAT Georges La colonie libertaire d’Aiglemont extrait de sa thèse de 1908 et republié par La Question Sociale n°6 d’oct.1997.

76 La colonie anarchiste d’Aiglemont, site http://perso.wanadoo.fr/mairie.aiglemont/historique_page2.html imprimé le 20/04/2003

77 PETIT Dominique Déshérités de Nouzon, Syndicalistes révolutionnaires et autres anarchistes, Bogny-sur-Meuse, Publications de La Question Sociale, juin 1996

78 SERGE Victor Mémoires d’un révolutionnaire 1901-1941, Paris, Seuil, Politique, 1978, p.19

79 LERMINA Jules L'ABC du libertaire, Aiglemont, Colonie communiste d'Aiglemont, n°1, 1906

80 IRÈOS Una colonia comunista. Prefazione di Oberdan GIGLI, Milano, Biblioteca della Protesta Umana, 40p, 1907, p.8

81 LAUDE Madeleine Une femme affranchie. Gabrielle PETIT l'indomptable, Paris: Éditions du Monde libertaire, 200p, 2010, p.102

82 GILLEN Jacques L’utopia anarchica messa in pratica. La colonia di Stockel, -in-GIULIANELLI Roberto (A cura di) Luigi FABBRI. Studi e documenti sull’anarchismo tra otto e novecento, Pisa, Quaderni della Rivista Storica dell’Anarchismo, BFS, n°1, 211p, 2005

83 MAITRON Jean Le mouvement anarchiste en France, Paris, Maspéro, Vol.I, 1975, p.379

84 MILLARD Arlette Une colonie anarchiste à Saint-Germain-en-Laye, 1906-1908 ou Une expérience communiste, la colonie libertaire de Saint-Germain, Saint-Germain: 19pA4, 2009, p.2

85 MILLARD Arlette Une colonie anarchiste à Saint-Germain-en-Laye, 1906-1908 ou Une expérience communiste, la colonie libertaire de Saint-Germain, Saint-Germain: 19pA4, 2009

86 LORULOT André Une expérience communiste. La colonie libertaire de Saint Germain, Colonie Communiste de Saint Germain en Laye, 22p 1908

87 MILLARD Arlette Une colonie anarchiste à Saint-Germain-en-Laye, 1906-1908 ou Une expérience communiste, la colonie libertaire de Saint-Germain, Saint-Germain: 19pA4, 2009, p.05

88 LAMOTTE Émilie La limitation des naissances, St-Germain, Colonie communiste de St-Germain en Laye, 12p, 1908

89 HOBOLO-SHALAZZ Louis RIMBAULT et « Terre libérée » 1923-1949. École de pratique végétalienne et de retour à la terre, Brochure de 22p en A4, publiée sur le site le 08/06/2006, et tirée du site http://www.infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=337 le 16/01/2007. Rimogne, La Question sociale, 34p, 2005

90 LEGENDRE Tony Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Aisne) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 168p, 2006

91 LEGENDRE Tony Op.cit., p.41

92 LEGENDRE Tony Op.cit., p.47

93 LAUDE Madeleine Une femme affranchie. Gabrielle PETIT l'indomptable, Paris: Éditions du Monde libertaire, 200p, 2010, p.212

94 COOPER-RICHET Diana/PLUET-DESPATIN Jacqueline, L'exercice du bonheur où comment Victor COISSAC cultiva l’utopie entre les deux guerres dans sa communauté L’Intégrale, Seyssel, Champ Vallon, 272p,1985, p.113

95 HOBOLO-SHALAZZ Louis RIMBAULT et « Terre libérée » 1923-1949. École de pratique végétalienne et de retour à la terre, Brochure de 22p en A4, tirée du site http://www.infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=337 le 16/01/2007, publiée le 08/06/2006

96 HOBOLO-SHALAZZ Op.cit., 

97 RAGON Michel D’une berge à l’autre, Paris, Albin Michel, 1997

98 SÁNCHEZ Vicente La colonia de Aymaré (1848-1954) : collectividad libertaria del exilio español en Francia, Madrid : FAL, 190p, 2007

99 SÁNCHEZ MIGALLÓN Vicente La colonia de Aymaré (1848-1954). Collectividad libertaria del exilio español en Francia, Madrid: FAL, 192p, 2007, p.33-39

100 SÁNCHEZ MIGALLÓN Vicente La colonia de Aymaré (1848-1954). Collectividad libertaria del exilio español en Francia, Madrid: FAL, 192p, 2007, p.42-46

101 SÁNCHEZ MIGALLÓN Vicente La colonia de Aymaré (1848-1954). Collectividad libertaria del exilio español en Francia, Madrid: FAL, 192p, 2007, p.158-161

102 SOUCHY Augustin Attention anarchiste ! Une vie pour la liberté (1977), Paris, Éditions du Monde libertaire, 258p, 2006, p.160

103 DÍAZ Carlos Victor GARCÍA, « el Marco POLO del anarquismo », Mostoles, Madre Tierra, 1993

104 AKRICH Danièle/DI COSTANTO Sylvie Des municipalités… à l a commune libertaire, -in-Le Monde libertaire, Paris: été 1999

105 SCHIBEL Karl Ludwig Progetto e vita quotidiana, -in-Volontà, Milano, L’utopia comunitaria, 1989

106 COLOMBO Arrigo La société amoureuse. Notes sur FOURIER pour une révision de l’éthique amoureuse et sexuelle

107 FRANCESCATO Daniela e Grazia Famiglie aperte, le comuni, Milano, Feltrinelli, 1967

108 SARBONI Edward 1968 à 1978: Communautés libertaires et rejet des pratiques «politiques» institutionnalisées

109 PUCCIARELLI Mimmo/PATRY Laurent L’anarchisme en personnes. Entretiens avec Eduardo COLOMBO, Ronald CREAGH, Amedeo BERTOLO, John CLARK, Marianne ENCKELL, José Maria CARVALHO FERREIRA, Lyon, ACL, 368p, 2006, p.55

110 FREMEAUX Isabelle/JORDAN John Les sentiers de l'utopie, Paris: La Découverte-Zones, 320p, p.151-166, 2011

111 Cf. http://www.cravirola.com/, consulté le 24/04/2011

112 FREMEAUX Isabelle/JORDAN John Cravirola, -in-Les sentiers de l'utopie, Paris: La Découverte-Zones, 320p, p.171-185, 2011



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