ITALIE : Luttes Urbaines 1978 / 1983


«Pour appuyer cette revendication, ils jambisèrent Umberto Siola, le maire adjoint de Naples chargé du logement. Umberto Siola était le président de l’école d’architecture. Il était professeur et membre du PCI. C’était le grand organisateur de la spéculation immobilière.»

Ugo Tassinari [1]


Après l'assassinat d'Aldo Moro par les Brigades Rouges, la police procède à des milliers d’arrestations, approuvées et appuyées par le Parti communiste : leurs militants et les syndicats zélés n’hésitaient pas à dénoncer les ouvriers ayant participé aux luttes des groupes Autonomes. Les militants les plus actifs ou impliqués sont emprisonnés ou en fuite, les ouvriers simplement suspectés sont licenciés. Ce niveau de répression, la condamnation de cet acte par l'opinion publique, entraînent la disparition de la quasi-totalité des collectifs politisés de la Gauche extraparlementaire. L’acharnement de la presse nationale se distingua particulièrement par une campagne diffamatrice contre l’ensemble des comités et des collectifs de l’Autonomie ouvrière argumentant qu’ils étaient, de fait, les principaux réservoirs de militants terroristes et qu’ils entretenaient des liens étroits, voire idéologiques, avec eux. Les Brigades Rouges ont ainsi offert au gouvernement italien, une occasion, un prétexte pour procéder à une répression qui mettra un terme à tout ce que l'Italie possédait en matière de subversion. La répression, les arrestations, les départs de militants en exil et le refus d'autres de poursuivre la lutte conduisent à une réorganisation chaotique des groupes révolutionnaires armés et la naissance de nouveaux groupes.




L’année 1980 est marquée par deux évènements symboliques : la dernière tentative d’occupation de l’usine Fiat à Turin qui signe la fin symbolique de l’Autonomie Ouvrière et l’attentat de la gare de Bologne (85 morts, 177 blessés) par un groupe de l’extrême-droite. Le cycle des luttes sociales politisées déjà moribond, est terminé.

Mais les luttes urbaines se poursuivent, et après une période transitoire de calme relatif, une nouvelle vague d’occupations illégales prend forme. La réduction des dépenses publiques pour l’habitat social (quasiment un taux de 0%), la décentralisation accordant plus d’autorité aux régions, le nouveau phénomène de retraités ne pouvant plus assurer le paiement de leur loyer, les conséquences malheureuses de la loi equo canone de 1978, contribuèrent à une résurrection des occupations illégales, des grèves massives de loyers et de l’électricité. 

La loi equo canone et la combinazione

Evoquée depuis 1948 par le Parti Communiste, revendiquée depuis 1968 par la Nuova Sinsitra, le gouvernement italien vote en 1978 la loi « equo canone (329/78) » [loyer équitable] qui représente une grande avancée pour la protection des locataires. Cette loi constitue le cadre de contrats de location, y compris la durée du bail, le calcul du loyer et les augmentations, ainsi que des règlement des différends. Des dispositions favorables pour le locataire sont prévues contre les expulsions en cas de non paiement de loyer, en fonction de la situation économique du locataire. Mais, à nouveau, la combinazione italienne a fortement atténuée les effets attendus de cette loi ; les propriétaires ont préféré vendre leur bien et ont institué un marché noir de la location, évitant ainsi les dispositions de la loi, et notamment celles concernant le loyer. Tout ceci a entraîné une formidable augmentation des loyers, qui à son tour a conduit à une restriction sur le marché locatif. Les familles à revenu élevé ont préféré acheter leur logement, tandis que les familles à faible revenu qui ne pouvaient pas se le permettre, ont souffert de loyers élevés. En 1998, le régime equo canone fut complètement aboli, officialisant son échec.


La fin des bidonvilles

Les derniers bidonvilles des grandes agglomérations sont, selon les sources officielles, éradiqués dans les premières années de la décennie 1980.  Leurs habitants sont évacués, les familles "solvables" peuvent bénéficier d'un relogement, au contraire des plus pauvres qui ne bénéficient d'aucune aide. Ces familles n'auront d'autre choix que de s'entasser dans les taudis des centres villes historiques, des faubourgs qui étaient encore bien présent dans le paysage urbain des villes de l'Italie.


ROMA Prenestino quartiere
ROMA Alessandrina borgata

ROMA Borghetto Flaminio
ROMA Pietralata borgata

LUTTES URBAINES

La continuité des luttes urbaines est bien difficile à faire apparaître dans le contexte de répression et du démantèlement des organisations et des groupes. Car en effet, si les Comités de quartiers politisés comme les groupuscules politisés disparaissent ou modèrent leurs propos, des milliers de militants des groupes en dissolution entraient dans des centaines de collectifs, de comités et d’assemblées, de squats qui, dans les années suivantes proliféreront dans toutes les villes d’Italie. Les luttes urbaines se développent sur plusieurs fronts, celui des groupes révolutionnaires armés, celui des groupes alternatifs qui s'opposait tout autant à la violence qu'à l'immobilisme ou le pacifisme, celui des comités de quartier s'engageant dans la voie non plus de l'égalité mais de la légalité, et enfin celui des organisations qui prolongeait les actions d'appropriations collectives d'immeubles. 



Le Movimento Comunista Rivoluzionario

Le Movimento Comunista Rivoluzionario [Mouvement Communiste Révolutionnaire] (MCR) est créé à l'hiver 1979 à Rome. Un groupe révolutionnaire armé qui s'engage dans le domaine des luttes urbaines et plus spécifiquement du logement [Lotta per la casa].
Février 1979, au sein de la colonne romaine des Brigates Rosse, apparaissent de grandes divergences concernant notamment l'homicide d'Aldo Moro. Certains militants décident de quitter les Brigades sans pour autant abandonner la lutte armée. Leur position est expliquée dans un document intitulé : « Fase: passato, presente e futuro ». Entre février et mars 1979, les ex-brigadistes rencontrent d'anciens militants d'autres formations de l’area dell’Autonomia operaia, des Comitati Comunisti Rivoluzionari [Comités communistes révolutionnaires], des Formazioni Comuniste Armate [Formations Communistes Armées], qui donneront naissance au Movimento Comunista Combattente, une formation qui par la suite deviendra le Movimento Comunista Rivoluzionario.

Dans un contexte de répression qui suit l'homicide de Aldo Moro et qui autorise les policiers à tuer sans être inquiétés par la justice. En avril 1979, après les arrestations subies par l'organisation, dont notamment celles des ex-membres des Brigades Rouges Valerio Morucci et Andriana Faranda, les militants resteront sans cadre. Luigi Fallico [décédé en prison en mai 2011], reprendra la direction du mouvement. La position de ce groupe est rapportée dans ce document : “ Comunicato n.1 dei Nuclei per la costituzione del Movimento Comunista Rivoluzionario” [document introuvable aujourd'hui].

La première action du Movimento Comunista Rivoluzionario se déroule en novembre 1979 à Rome, un raid contre le siège de l'Unione Piccoli Proprietari Immobiliari [Union des petits propriétaires Immobiliers]. La seconde action, le 22 décembre 1979, est un raid contre le siège social de la société immobilière 
di Settimio Imperi, le directeur est mis au pilori -littéralement- et sérieusement blessé aux jambes. Par la suite, une série d'actions est organisée dont notamment des incendies de voitures de dirigeants de société immobilière et de spéculateurs reconnus. Un nouveau raid est organisé contre le siège de la société Immobiliare Masi de Colomb, le directeur en échange de promesses de mettre à la location ses biens immobiliers, et non à la vente, sauve ses locaux de la destruction et ses jambes de blessures.

En Juillet 1980, le MCR organise une conférence tenue à Rome, et décide d'articuler sa structure organisationnelle sur trois fronts : la prison, le territoire et la propagande. A l'issue de la conférence, le MCR signe le document «Le langage et la pratique. »

Le 13 Novembre 1980, après un hold-up à la Cassa Rurale de Civitella Alfedena, dans la province d'Aquila, des militants sont arrêtés par un barrage routier policier près de Cassino. Au cours de la fusillade qui suit,  Claudio Pallone, 26 ans, et Fausto Genoino, 26 ans, sont tués. Cet épisode marque la fin du Movimento Comunista Rivoluzionario. Par la suite, 67 personnes coupable d'appartenance à ce mouvement seront poursuivies en justice.

Claudio

Ernesto Claudio Pallone est né en Argentine en 1954. Sa famille s'installe en Italie, à Rome dans le quartier ouvrier de Garbatella. Sa première expérience de militantisme s'effectue au sein du groupe communiste de Garbatella [Gruppo Comunista della Garbatella], la formation du quartier, qui fusionne avec le Groupe Gramsci [Gruppo Gramsci]. Après la dissolution du Groupe Gramsci (1973), Claudio milite dans les organisations de l'Autonomie romaine et participe à la publication du fanzine Zut. Il est inscrit comme chômeur, est présent à tous les événements, participe très activement au mouvement Autonome, dont notamment aux manifestations étudiantes de 77. En mai 1977, il est arrêté suite à l'attaque contre le siège PS du quartier de Garbatella, qui donna lieu à des affrontements avec la police. Son emprisonnement a duré quelques mois.

En 1979, il participe à une discussion qui donne vie au MCR, et s'y engage. A cette époque, Claudio dispose d'un travail en tant que correcteur dans une imprimerie. Il pourra ainsi, comme beaucoup d'autres, avoir une « couverture » et mener une « double vie ». Son employeur le décrit comme « un jeune homme aux yeux doux, aimable, gentil, attentif et précis ». Il sera abasourdi d'apprendre son engagement au sein d'un groupe armé, d'apprendre l'existence de son «double». 




Les Brigades Rouges 


A Naples Ugo Tassinari témoigne également de l’engagement très particulier des Brigades Rouges : « Il y a alors un mouvement très fort d’occupations car la municipalité PCI (en accord avec la Démocratie Chrétienne et le gouvernement national) essaye de chasser les ouvriers du centre-ville, comme dans toutes les villes européennes, sur le modèle de Haussmann. A Naples, il y avait encore un quartier ouvrier et lumpen dans le centre-ville. Les Brigades Rouges ont alors décidé d’intervenir dans cette lutte-là en kidnappant Ciro Cirillo, un dirigeant de la Démocratie Chrétienne. En échange de la libération de Ciro Cirillo, les Brigades Rouges demandèrent de l’argent pour les chômeurs, un salaire social, et l’arrêt des expulsions en centre-ville. Pour appuyer cette revendication, ils jambisèrent Umberto Siola, le maire adjoint de Naples chargé du logement. Umberto Siola était le président de l’école d’architecture. Il était professeur et membre du PCI. C’était le grand organisateur de la spéculation immobilière. Après le tremblement de terre, certains appartements squattés ont été légalisés avec un loyer symbolique. Les maisons populaires d’Acerra, dans la banlieue nord, qui existaient depuis 1973, ont été légalisées de la même façon.»[3]


Les groupes Alternatifs

Pour les militants des groupes de la Gauche alternative qui opéraient dans les comités de quartier, les actions des groupes révolutionnaires armés signifia une certaine méfiance et la perte progressive de contact avec les habitants, qui avait depuis toujours fonctionné comme un élément de cohésion et de force. 


À Milan, les membres du collectif La Barona, qui s’étaient farouchement opposé aux Brigades Rouges, expliquaient que suite à l’arrestation d’un ancien membre de leur groupe devenu brigadiste : « Le cordon ombilical avec le quartier étant coupé, se trouvant assimilé à la pratique des groupes armés, amoindri par suite des soupçons et de la peur ; cible permanente de la police et de la questure, le Collectif dut renoncer à son extraordinaire volonté de lutter qui l’avait fait vivre. Des phénomènes analogues ont ravagé le tissu des organes spontanés de la métropole. Aucune initiative unitaire n’était plus possible, même dans un but défensif, parce que les « survivants » de chaque groupe durent se replier sur la défense de leurs propres « prisonniers », chaque groupe dans son quartier, refermé sur lui-même, pour maintenir un brin d’identité et pour ne pas se laisser contaminer par la vague montante du « repentir ». Les « repentis » furent utilisés pour interpréter à la guise des juges les diverses trajectoires politiques, et ils servirent surtout à frapper ceux qui n’avaient pas de délations à offrir au pouvoir en échange d’une atténuation des poursuites judiciaires. Cela aboutit à une distribution inique des peines, où l’on vit des tueurs, auteurs de plusieurs homicides, mis en liberté, tandis que des individus étaient condamnés hors de toute proportion pour des délits mineurs. Cette vague de « repentir » se prêta à la persécution contre les autonomes de la Barona.» 


Les membres de ce collectif assurent également que l’activité de « recruteurs » des groupes armés, étaient de contraindre les militants à s’engager dans la lutte armée par des actions dirigées contre leur comité : « un policier du quartier fut tué exactement devant le siège de l’ex-CAB ; des graffitis BR commencèrent à apparaître sous les habitations des membres du Collectif, on trouva des tracts recruteurs de ces BR dans les boîtes aux lettres où les gens du CAB avaient eu l’habitude de déposer les leurs, la colonne Walter Alasia des Brigades Rouges tua trois policiers du commissariat Tabacchi, dans le quartier de la Barona. La revendication fut faite dans la zone même. Les journaux sortirent avec des entrefilets qui désignaient les Autonomes de la Barona comme les commanditaires.»

Ce collectif ne résista pas aux actions des uns et des autres : « A la fin de 1980, de fait, le Collectif n’existe plus, mises à part des initiatives sporadiques et sans envergure. Ceux qui n’ont pas connu de mésaventures judiciaires s’en sont allés ou se sont dépolitisés ; même le lien d’amitié a pour beaucoup disparu. L’apathie et l’impuissance ont amené quelques membres de l’ancienne Commission sur l’héroïne à essayer sur eux-mêmes les effets de cette substance, qui a désormais envahi le quartier, surtout depuis la construction du pont de liaison avec le quartier de Giambellino, centre de diffusion de la drogue à Milan. La Barona, après avoir connu des années de militarisation à partir de 1979, semble aujourd’hui revenue à la léthargie ordinaire d’un ghetto-dortoir. Il n’y a plus de Collectifs, il y a encore le Centre social de San Ambrogio où l’on joue le soir au « jeu du risque », et où l’on fait de temps en temps de la musique


D’une manière générale, se développent des squats issus des milieux marginaux, bien différents des appropriations collectives des familles qui, selon Ugo Tassinari : «Les squats des années 90 sont différents de ceux des années 70. Un squat de punks et un squat habité par des familles, ce n’est pas la même chose. En Italie, dans les années 90, les squats sont surtout des Centres sociaux : ce ne sont plus des familles qui squattent mais des militants ou des sans-papiers.»[2] 


Avec la répression policière, un grand nombre de membres de centres sociaux auto-gérés feront l’objet d’arrestations sous l’inculpation « d’organisation de bande armée » ; ce qui entraîne la fermeture de nombreux centres et une certaine suspicion des habitants à leur égard. Les centres deviennent, dans leur grande majorité, des lieux de la contre-culture investis par le mouvement punk avec d’autres pratiques et usages. Au milieu des années 1980, et parallèlement au mouvement autonome allemand, Milan voit se développer le phénomène de l’okkupazione venu d’Allemagne : des squats se multiplient et s’efforcent de déjouer les nombreuses évacuations conduites par les forces de police.


Lutte Urbaine Institutionnalisée

D'autre part, comme nous l'avons évoqué, de nombreux militants de la Nuova Sinsitra avaient rejoint les comités de quartier institutionnalisés ou bien les services administratifs dans les villes détenues après les élections de 1976 par le Parti communiste. La plupart des comités de quartier refuseront à présent toute idée de lutte politisée et s'engageront dans la voie de la légalité, notamment en multipliant les procès contre les constructeurs. 


Le Comitato per la Casa

Entre 1980 et 1982, de nombreuses occupations illégales sont menées dans plusieurs grandes villes de l’Italie. Le Comitato per la casa dénommé par la suite Coordinamento cittadino di lotta per la casa [coordination citoyenne de lutte pour le droit au logement] et l’Unione Inquilini sont les dernières organisations des années précédentes à organiser la lutte mais il ne s’agit plus maintenant de tenter d’organiser des alternatives urbaines dans des territoires libérés ; les objectifs sont plus pragmatiques et les aspirations politiques sont mises en veille. L’année 1982 voit l’apogée de ce mouvement mais également les ultimes occupations illégales menées par un mouvement organisé. La répression de la police est, comme dans les années précédentes, violente, les occupants, homme ou femme, sont systématiquement arrêtés et ils encourent de graves peines de prison. Ces menaces n’empêchent par l’occupation, à Rome, de 500 appartements appartenant à la Commune de Rome, dans le quartier Caltagirone ; de 120 appartements dans le quartier Laurentino, de 300 dans le quartier Torre Maura, suivi de 90 à Tio Tre Teste, de 60 à Ostia, de 100 appartements d’une société privée a Torrevecchia, de 220 à Torre Spaccata, de 139 à Cinecittà et 270 appartements de la société immobilière del palazzinaro Genghini à Spinaceto. Dans la plupart des cas, les occupants illégaux sont délogés et seules quelques familles parviennent à obtenir de la municipalité un logement. A nouveau, l’expérience de 82 avait démontré que seule une initiative organisée, pouvait parvenir à sensibiliser l’opinion publique et agir sur la classe politique ; de fait, après la période de purge, l’opinion publique pouvait à nouveau accorder à ce mouvement populaire plus ou moins apolitique une certaine faveur tant la crise du logement était encore vigoureuse.


NAPLES

A Naples, dans un contexte très particulier une nouvelle vague d’occupations commence à la suite du tremblement de terre du 23 novembre 1980 qui fait 5 200 victimes en Campanie et en Basilique. Après le tremblement de terre, un nouveau comité de lutte s’organisa dans le quartier MonteCalvario revendiquant des relogements immédiats et l’arrêt des expulsions des prolétaires du centre historique. Ce comité de quartier, dans un climat chargé d’émotions, a eu la capacité de provoquer un débat public sur ces thèmes et d’organiser un formidable travail en recensant systématiquement tous les logements vides existants dans le centre historique de Naples et de demander à la municipalité leur réquisition. Grâce à la mobilisation de masse, des milliers de logements vides seront réquisitionnés. Mais après quelques années ces logements seront restitués à la municipalité et aux légitimes propriétaires. Dans les quartiers populaires périphériques la Coordinamento cittadino di lotta per la casa (coordination de lutte pour le droit au logement) dont le slogan éloquent «Et maintenant un tremblement social» prit également part à la lutte. Leur objectif, plus ambitieux était d’occuper et de défendre toutes les maisons vides ou non occupées sur l’ensemble du territoire napolitain. Des milliers de logements de propriété publique seront également occupés et défendues férocement. Par la suite plusieurs luttes se déroulèrent à Naples dont notamment celle de la coordination des habitants des «Vele», taudis en dialecte napolitain, qui après plusieurs années de lutte forcèrent la municipalité à leur démolition et à la construction de 1200 logements.





ROME

La répression des autorités contre les occupants illégaux va s’intensifier. Le 22 août 78, une vaste opération de police mène des expulsions massives dans différents quartiers de la ville : 80 familles dans le quartier Torpignattara, environ 600 familles dans le quartier Magliana, 120 familles dans le quartier Ponte Mamolo. Le 8 septembre 78, la police intervient contre une manifestation organisée pour le Droit au logement sur la place Vittorio arrêtant plusieurs militants. Le 31 décembre 78, la police expulse le squat du circolo « Gotto d’oro » qui proposait une cantine sociale. Le bâtiment était un immeuble appartenant au ministère de l’Agriculture, abandonné depuis des années. A partir de 1979, le Movimento Comunista Rivoluzionario mène ses premières actions, tandis que les associations de riverains engagent des actions pacifiques pour l'amélioration de leur cadre de vie.


ROMA Magliana
ROMA, manifestation pour le droit au logement
ROMA Pratorotondo borgata
ROMA Prima porta borgata
ROMA Torpignattara borgata
ROMA Torpignattara borgata
ROMA Torraccia borgata
ROMA Torraccia borgata

LE DECLIN

A partir de 1983, la plus grande majorité des occupations illégales et des grèves de loyers qui continueront jusqu’en 1985 ne seront plus organisées par des mouvements dont les revendications s’étendent au domaine politique. La principale organisation en activité l’Unione Inquilini  continue à oeuvrer dans des formes d’actions légales apportant notamment des aides juridiques aux personnes en difficulté de logement. Les Comités de quartier les plus actifs restent cependant en veille, ou en activité réduite, ils assurent une forme de contrôle et de gestion auprès des autorités et un soutien administratif pour les habitants en difficulté, organisent des manifestations pour l’amélioration de leur cadre de vie. Les occupations illégales sont désormais organisées spontanément par des groupes de personnes liés à aucune organisation et elles se concentrent sur des immeubles d’habitat social très dégradés et/ou situés dans des zones périphériques éloignées des centre villes.

Tel est le sujet du film de Fransesco Pingitore réalisé en 1983, Sfrattato cerca casa equo canone [Expulsé recherche logement au loyer équitable] qui met en scène une famille de Rome expulsée de son logement qui parcourt les faubourgs de la capitale dans une antique Fiat 600 Multipla à la recherche d'un logement. Mari, femme, enfants et grand-père errent ainsi dans des environnements surréalistes au hasard de situations grotesques. Ainsi, par exemple, le fonctionnaire préposé à l'attribution de logement social qui lui demande trois millions de Lires en échange d'une location, à Corviale. Qui se révèle être une arnaque ; les tentatives faites pour occuper illégalement un appartement, ou l'attitude d'un curé leur refusant le logis... Une comédie sarcastique, cynique qui témoigne du désintérêt et du mépris des uns et des autres pour le petit peuple.


Sfrattato cerca casa equo canone, 1983
Sfrattato cerca casa equo canone, 1983

Nouvel acteur : l'immigration étrangère de masse

L'immigration étrangère de masse arriva en Italie et ce seront les travailleurs immigrés, les clandestins qui prendront la place -dans tous les sens du terme- du sous-prolétariat d'origine italienne dans les tâches les plus ingrates, dans les taudis de centre-ville, les bidonvilles des périphéries. 

1 Noir sur 4 a le Sida
1 Blanc sur 4 a une Fiat Panda

L'Italie, qui avait été plus ou moins préservé du racisme connût progressivement ce phénomène qui s'était développé dans la plupart des pays  européens ; l'épisode le plus dramatique sera la chasse armée qui dura plusieurs jours, faite par des néo-fascistes, aidés par de nombreux habitants, aux travailleurs étrangers saisonniers de l'été 2008 dans la ville de Reggio. Reggio qui en 1968 avait connu des émeutes particulièrement violentes.

1. Le Mouvement autonome en Italie et en France, S. Schifres, mémoire de master II de sociologie politique, Université Paris VIII, 2008.

2. idem.

3. Le Mouvement autonome en Italie et en France, S. Schifres, mémoire de master II de sociologie politique, Université Paris VIII, 2008.

4. G.Piccioni, Servizi pubblici e nuove relazioni social : il complesso di Corvaile, tesi di laurea, Rome, 1986.




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