UMKHONTO WE SIZWE | 1964 - 1984



Alf Kumalo | Shoot to kill Soweto 1976


« Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK :
nous n’acceptions aucune perte de vies humaines.
Mais si le sabotage ne produisait pas les effets escomptés, nous étions prêts à passer à l’étape suivante :
la guerre de guérilla et le terrorisme. »
Nelson Mandela


LA REVOLUTION EN EXIL | 1964 - 1984


Comme tant d'autres révolutions, Umkhonto avait sur-estimé sa capacité à pouvoir « entraîner » les populations urbaines dans la lutte armée, et plus que très largement sous-estimé le facteur « temps » pour les convaincre, mais aussi le degré d'inhumanité, de répression et de violence dont pouvaient être capable les forces de la police, et au-delà le terrorisme d'Etat. Défait dans les villes, inexistant dans les campagnes, Umkhonto weSizw décide de s'exiler, et de franchir l'étape suivante : la guerre de guérilla, mais en exil, hors du pays.


Nelson Mandela avait estimé que les forces armées de Umkhonto, enflées par le flot continuel de nouvelles recrues, pouvaient établir des sanctuaires, des zones libérées, à l'intérieur même du pays, propices à la guérilla rurale, qu'il répertoriait méticuleusement :
« Des pensées séditieuses accompagnent un combattant de la liberté où qu’il aille. Je me suis arrêté dans la ville de Knysna, à 150 kilomètres à l’ouest de Port Elizabeth, pour contempler le paysage. De la route, on pouvait voir à perte de vue. Les forêts s’étendaient dans toutes les directions ; pourtant, je ne m’attardais pas sur leur verdure, mais sur le fait que c’étaient autant d’endroits où une armée de guérilla pouvait vivre et s’entraîner sans qu’on la repère. »

Plus tard, lors de la conférence de Morogoro en 1969, Umkhonto estimait ainsi que l'une des idées fausses les plus populaires concernant la guérilla,
« c'est qu'un environnement physique conforme - jungle épaisse, zones de montagne inaccessibles, marais, frontière amicale proche et ainsi de suite, est indispensable pour la guérilla. Ce type de terrain est, bien sûr, un avantage énorme pour la guerre de guérilla, en particulier, dans sa phase de formation non-opérationnelle et à d'autres étapes préparatoires si des sanctuaires extérieurs n'existent pas. Lorsque les opérations commencent, la guérilla ne peut pas survivre, et encore moins prospérer, à moins qu'elle ne se déplace vers les zones où les gens vivent et travaillent, et où l'ennemi peut être attaqué. Et c'est une chance d'avoir derrière soi, une frontière amicale ou des zones d'accès difficile qui peuvent fournir un refuge temporaire, c'est, bien sûr, avantageux. Mais la guérilla peut être, et a été menée dans n'importe quel type de terrain, dans les déserts, les marécages, dans les champs agricoles, dans les zones urbaines, dans les plaines, dans la brousse et dans les pays sans frontières amicales, ou des îles entourées par la mer. Toute cette question est une question de réglage de tactiques de survie pour chaque type de terrain dans lequel les opérations doivent être effectuées. En tout cas, dans la vaste étendue qu'est l'Afrique du Sud, une force populaire pourra trouver une multitude de variations dans la topographie, les déserts, les montagnes, les forêts, et les marécages. Il ne semble pas y avoir une seule montagne inexpugnable ou jungle impénétrable, mais le pays regorge de terrains qui en général ne sont certainement pas moins favorables pour des opérations de guérilla où d'autres mouvements de guérilla ont opéré avec succès. La grande superficie de l'Afrique du Sud rend extrêmement difficile, sinon impossible, pour le régime Blanc de garder l'ensemble du territoire sous surveillance armée, en force et en profondeur. »

Mais Umkhonto choisit l'exil car si 70 % de la population sud-africaine était Noire, le régime de l'apartheid disposait d'une armée forte de 40.000 soldats [hors réservistes], et plus que cela, pouvait s'appuyer sur la collaboration effective de 20 % de sa population Blanche, soit plus de 3,000,000 d'Afrikaners [au recensement de 1960] accrochés à leurs privilèges, contre moins de 1000 guérilleros [estimation] armés de revolvers et d'explosifs [et au mieux de fusils de chasse] qui composaient l'appareil militaire [le nombre de militants actifs de l'ANC était estimé à 100.000 mais avant son interdiction et la répression, celui du SACP n'est pas connu].
La stratégie politico-militaire adoptée par Umkhonto est donc celle d'une Révolution d'exil, qui emprunte des concepts largement inspirés de la théorie du foco élaborée par le commandant Che Guevara [1], très influente à cette époque [le Pentagone signalait 28 insurrections guérilleras en 1958, 42 en 1965 et environ 50 en 1969], et d'autres expériences, dont celle des Boers [qui réinventèrent la guerre de guérilla rurale]. Une guerre de guérilla conduite depuis des sanctuaires, la lointaine Tanzanie et des pays frontaliers, en coopération et coordination avec leurs groupes armés de libération (FRELIMO, ZAPU, SWAPO, MPLA), élément essentiel dans la stratégie. En parallèle, devait se re-construire un vaste réseau clandestin dans les villes de l'Afrique du Sud, assurant la propagande armée, les sabotages et attentats, les missions de renseignement, de financement, et de recrutement, etc. Umkhonto devait être l'avant-garde militaire et politique devant guider et emmener le peuple, « montrer le chemin » relevant des théories de Lénine, une avant-garde placée au-dessus des masses, donc dans une certaine mesure, et à un moment donné, séparée d'elles, en plus de l'être géographiquement.


L'AIDE SOVIETIQUE


La première préoccupation de Umkhonto, organisation classée terroriste par le monde occidental, fut de constituer la nouvelle – élite - armée, de la loger, de l'équiper et la former, donc de trouver une source de financement conséquent. L'ANC pouvait disposer de l'aide de plusieurs pays africains indépendants, la Tunisie de Habib Bourguiba, le Sierra Leone, le Liberia, la Guinée, la Libye du colonel Khadafi, de l'Egypte, [le Sénégal de Senghor tergiversa], etc., et surtout de la Tanzanie et l'Ethiopie, qui assuraient l'entraînement de quelques guérilleros. Mais avec l'arrivée de plusieurs centaines d'exilés se posa le problème du financement d'une Grande armée de Libération, des infrastructures, de la logistique, etc.
À partir de cette époque s'opère alors un plus grand rapprochement entre l'ANC et le South-Africa Communist Party. Cette alliance fut conclue par la nécessité d'unir conjointement les efforts de tous les partis politiques, des syndicats et des organisations anti-apartheid du pays, de présenter un front commun [United Front] au-delà des divergences politiques. Nelson Mandela dans son autobiographie révélait son choix d'associer le SACP à la fondation de Umkhonto  :
« Jétais prêt à utiliser nimporte quel moyen pour accélérer la suppression des préjugés et la fin du nationalisme chauvin et violent. Je navais pas besoin de devenir communiste pour travailler avec eux. Je trouvais que le nationalisme africain et le communisme africain avaient bien plus de choses qui les unissaient que de choses qui les divisaient. Les cyniques suggéraient toujours que les communistes nous utilisaient. Mais qui peut dire que nous nutilisions pas les communistes ? »
L'étroite coopération entre la bourgeoisie chrétienne sociale-démocrate et le parti communiste, qui se concrétisa au mieux au sein de Umkhonto [Fighting alliance], est aussi expliquée par le fait que l'ANC, considérée comme une organisation terroriste par la plupart des pays occidentaux, ne pouvait bénéficier de financements étrangers à la mesure de la tâche à accomplir [estimés à plusieurs millions de dollars], tandis que le South-Africa Communist Party, appuyé par les aides alors inépuisables des pays du bloc Soviétique, de Cuba, et de la Chine, n'avait ni l'envergure populaire, ni l'aura, ni le passé de l'ANC. Qui plus est, le bloc soviétique répondait favorablement aux appels de nombreux pays africains libérés du joug du colonialisme, de ceux s'orientant vers le socialisme d'Etat, radical ou non, et de l'ensemble des organisations armées révolutionnaires menant les guerres de guérilla. Un appui logistique, militaire et financier significatif qui s'est traduit par le financement et l'approvisionnement de nombreuses luttes armées, et par la présence de soldats afro-cubains. Il était donc logique que Moscou s’intéressa à l'ANC-SACP : l'Afrique du Sud était un maillon essentiel dans le basculement du continent au socialisme, une nation symbolique et emblématique, l'économie la plus avancée du continent, potentiellement la plus capable de passer au socialisme, une aura politique internationale, etc. L'ANC-SACP avait autant de raisons de maintenir de bonnes relations avec l'Union Soviétique : au-delà de la solidarité idéologique, et des armes, le bloc soviétique était le seul acteur international de poids à le soutenir dans ses revendications et ses objectifs.

Sans la certitude d'un appui de l'URSS, l'ANC exilée, peu dotée, clandestine, aux capacités mobilisatrices réduites avait peu de chances de réussite. Ainsi entre 1966 et 1986, l'URSS et ses alliés auront été les principaux fournisseurs en matériel de guerre de Umkhonto, organisation dirigée, de fait, par des membres du SACP.
L'African National Congress était une structure fragile et nombreuses ont été les rivalités entre les factions : entre modérés non-communistes partisans de la voie diplomatique, les Africains Nationalistes, les leaders membres du parti communiste, et de son aile gauche marxiste-léniniste [dont Rob Peterson, Paula Ensor, Martin Legassick, David Hemson], apparue – naturellement – après 1968, qui critiquait les orientations « petty-bourgeois » de l'ANC [2]. Les partisans nationalistes et anti-communistes quittent l'organisation « démocratique », ou sont expulsés, de même pour les militants de la « Marxist Wing » de l'ANC, influente à Londres.


LES GUÉRILLEROS

Umkhonto était une armée de volontaires : pas de conscription, les exilés décident de s'y engager ou bien de rejoindre les services "civils" de l'ANC [administration, éducation, logistique, santé, diplomatie, etc.]. Les conditions d'engagement étaient simples : les femmes n'étaient pas admises en tant que combattantes armées (il y eut de nombreuses exceptions, notamment à partir de 1985), et seuls la mauvaise condition physique et l'âge du prétendant constituaient un refus, tout du moins jusqu'en 1985 ; les – très – nombreux jeunes adolescents exilés désirant rejoindre Umkhonto étaient refusés. Aucun niveau d'étude n'était exigé, l'origine sociale, ou autres considérations raciales ne prévalaient, et il suffisait :
« d'être contre l'apartheid et d'avoir le courage de prendre les armes ».

Umkhonto en exil | Instruction politique | 1982


Il s'agissait de former non pas des simples soldats, mais bien l'élite, l'avant-garde, , le "fer de lance" [Umkhonto], aussi bien militaire que politique. Le MK Military Code définissait d'ailleurs Umkhonto comme une « political army » : « Notre lutte armée est la continuation de notre lutte politique... » et précisait dans ses statuts :
« Umkhonto is a people's army fighting a people's wae. We fight for their interests. Umkhonto has no mercenaries, no paid soldiers or conscriped troops. It consists of the sons and daughters of the most oppressed, the most exploited sections of our people. For these reasons we claim with pride and truth : Umkhonto is the Spear of the Nation. »

Ceux qui firent le choix de s'engager dans la lutte armée, sont rassemblés dans un camp de fortune d’entraînement militaire [Training Camp], à Morogoro en Tanzanie, à partir de 1965. Ces apprentis guérilleros sont pour leur plus grande majorité des militants clandestins activement recherchés par la police sud-africaine, quelques vétérans qui avaient reçu une préparation militaire en Algérie, comme Nelson Mandela, et des membres du Communist Party, dont certains avaient déjà été formé aux techniques de la guérilla en URSS, ou en Chine dès le début des années 1960.
Des centaines d'entre eux ont reçu entre 1965 et 1987, une ou plusieurs formations militaires – et politique -, en Allemagne de l'Est, en Tchécoslovaquie, à Odessa en URSS ou pour un temps en Chine, en Algérie, en Égypte, peut-être en Libye et à Cuba. Le type d'entraînement était basé sur la stratégie militaire d'une guerre de guérilla rurale non conventionnelle, opposée à des forces armées gouvernementales expérimentées, numériquement plus importantes et disposant d'un matériel militaire moderne et performant. Le matériel militaire dont dispose les guérilleros provient quasi essentiellement de l'URSS et de ses alliés, et l'AK 47 (bon marché, fiable, robuste, redoutable) est l'arme de prédilection.


LES CAMPAGNES MILITAIRES

En 1967, le premier bataillon armé, le Luthuli Detachment, est prêt pour sa première campagne militaire. La Zambie, ancienne Rhodésie du Nord, ayant obtenu son indépendance en 1964 deviendra le « sanctuaire » de l'ANC-SACP et des mouvements de Libération de la Rhodésie [le Zimbabwe], pays limitrophe à l'Afrique du Sud. En 1967, un contingent constitué de guérilleros du Zimbabwe African People's Union [ZAPU]et de Umkhonto pénètre en Rhodésie, l'objectif étant pour le ZAPU d'établir des bases de guérilla, et pour Umkhonto, une piste Ho Chi Minh reliant l'Afrique du Sud. Norman Duke, dans son livre témoignage « Shantytown to Forest », relate l'aventure militaire du Luthuli Detachment, qui après quelques escarmouches victorieuses se retrouve traqué et décimé par les soldats assistés des forces sud-africaines venues en renfort, obligeant les rescapés à se replier au Botswana, où ils seront tous emprisonnés, sous la pression du gouvernement sud-africain. La défaite est totale, mais il n'empêche, pour la première fois, un détachement armé sous le commandement de l'ANC, a fait feu et tué des soldats. Nelson Mandela – en prison - rapporte ainsi sa satisfaction :
« Nous avons appris tout cela des mois plus tard, par la rumeur, et nous n’avons pas su toute l’histoire avant que certains hommes qui avaient combattu là-bas soient emprisonnés avec nous. Nos forces n’avaient pas été victorieuses mais nous avons célébré en silence le fait que les cadres de MK aient pris l’initiative du combat contre l’ennemi. C’était un tournant dans la lutte. Le « juge » Panza, un des commandants du détachement Luthuli, fut plus tard emprisonné avec nous. Il nous parla de l’entraînement militaire du détachement, de son éducation politique et de sa valeur sur le terrain. En tant qu’ancien commandant en chef de MK, je me sentis très fier de nos soldats. »
La direction de l'ANC ne partageait pas la même opinion à propos de cette opération fiasco, et tout en saluant l’héroïsme, leurs critiques dénonçaient de graves lacunes technique et tactique, un aventurisme politico-militaire ayant pour conséquences la démoralisation des militants, et le discrédit de Umkhonto en tant que force susceptible de conduire la lutte armée. En 1968, d'autres campagnes d'incursion furent menées en Rhodésie, tout aussi catastrophiques. Malgré l'expérience passée, les guérilleros trop nombreux sont rapidement repérés, et suivis à la trace des empruntes de leurs Pataugas. L'aviation les décima. Le ZAPU envoya des renforts, et l'Afrique du Sud fit de même, qui avec les forces rhodésiennes les dépassaient très largement en nombre, obligeant les guérilleros à la déroute. En juillet 1968, une nouvelle tentative se solda par une défaite rapide et écrasante, pour ne pas dire humiliante, qui mit d'ailleurs un terme à l'alliance ZAPU-Umkhonto.

Les raisons de telles débâcles ont été ainsi expliquées par les stratèges militaires : des guérilleros préparés mais novices, « découvrant » le feu, une géographie peu propice à la guérilla, le bush Rodhésien, terre aride sans relief, ni couvert végétal dense pouvant dissimuler les déplacements [les dirigeants Umkhonto ne partageaient pas cet avis, nous l'avons évoqué] ; et les rares populations rurales des villages surprises par la présence d'hommes armés, n'avaient tout simplement pas été « préparé » politiquement, puis menacées de représailles par l'armée rhodésienne en cas de collaboration. En définitive, les guérilleros ne pouvaient espérer d'aucune aide des rares villages tribaux [notamment en vivres, et en renseignements]. Les forces de sécurité de Rhodésie, expérimentées et accoutumées au pays bénéficiaient en outre, d'un matériel moderne, d'une grande efficacité pour la surveillance des frontières et la détection – aviation, hélicoptères -, de redoutables système de communication, de renseignement, et de la grande mobilité de leurs troupes aéroportées. Dans son livre Mythes révolutionnaires du tiers monde [1976], Gérard Chaliand faisant le bilan critique de la faillite du « tiers-mondisme », analysait les principales erreurs des guerres de guérilla sur le continent africain, dont certaines peuvent s'appliquer à Umkhonto :
  • celle de la révolution par l’exil, évaluée par des cadres étrangers, formant des cadres méconnaissant les réalités du pays à libérer (un commerçant-transporteur en sait plus long qu'un guérillero), et ayant une faible représentativité dans leur propre pays ;
  • les stratégies aberrantes : telles les opérations de commandos menées depuis l’extérieur du pays, à partir de sanctuaires, qui impliquent la non-participation des populations au nom de laquelle on lutte. Aucune guérilla, qui par définition s’appuie par la forte participation d'une partie de la population, ne peut être envisagée ;
  • la révolution en théorie, où l‘incapacité de formuler une stratégie cohérente, adaptée aux forces ennemies, à la géographie des zones de combat, etc., et à l’arriération des populations rurales-tribales des zones de combat.


Umkhonto | Zimbabwe 1967 - 1968


Chaliand affirmait qu’aucun mouvement de libération africain n’avait les moyens humains et matériels de réussir l'exploit d'un nouveau Dien Bien Phu. Bien avant les conclusions de Chaliand, il était évident que la stratégie du foco serait meurtrière et incertaine, et qu'il fallait établir une autre stratégie ; la National Consultative Conference de l'ANC, organisée à Morogo en 1969 devait y répondre.


1969 | CONSEIL RÉVOLUTIONNAIRE

Plusieurs importantes décisions furent prises lors de cette conférence. Parmi celles-ci, la décision d'ouvrir l'ANC à des membres Blancs est historique, car en effet nombre de sud-africains et d'étrangers de race blanche avaient collaboré étroitement, joué un rôle vital, parfois au prix d'années d'emprisonnement, d'exil et de leur vie, sans pouvoir pour autant y être admis et y avoir des responsabilités. Toutefois ils ne pouvaient siéger à la National Executive Committee [cette restriction sera levée en 1985]. Les membres de cette éminente assemblée prirent acte des défaites successives et des pauvres performances de Umkhonto weSizw, et décidèrent de la création d'un nouvel organe : le Revolutionary Council, dont la charge était le contrôle et la direction de Umkhonto et de la lutte armée en Afrique du Sud. Joe Slovo, fut désigné pour le diriger, le Dr Y. Dadoo en tant que vice président, et Joe Matthews en tant que secrétaire tous membres du South Africa Communist Party. De fait, les affaires militaires ne dépendaient plus directement du National Executive Committee de l'ANC – interdite aux Blancs.

Oliver Tambo préconisa de réorganiser au plus vite la lutte armée en Afrique du Sud, de reconquérir les villes, de reformer les réseaux clandestins, et il affirma que les anciens militants exilés qui avaient dû abandonner leur mission politique, au profit de l'apprentissage et de l'expérience des campagnes militaires au sein du Umkhonto, devaient au contraire, intimement lier lutte armée et action politique. Il fut également suggéré d'impliquer plus particulièrement la classe ouvrière, les syndicats, les mouvements de jeunes, les organisations étudiantes, et celles féministes, et de tenter d'approcher d'autres organisations révolutionnaires, à dominante blanche - ce qui n'avait pas été le cas, par exemple, avec l'African Resistance Movement.
La stratégie politico-militaire avait fait l'objet d'une étude de Joe Slovo et Joe Matthews, examinant les différentes tactiques, les modèles de lutte armée révolutionnaire, menées depuis l'après guerre à travers le monde, pouvant s'adapter au mieux aux contextes sud-africains. Leurs conclusions préconisaien, une révolution soudaine, [a sudden and spontaneous uprising of the oppressed masses] menée par les masses populaires les plus opprimées sous l'égide des unités d'élite de l'ANC et de ses alliés. L'étincelle nécessaire au réveil des masses serait les actions militaires de grande envergure menées par Umkhonto aux frontières du pays, et celles plus restreintes de guérilla urbaine organisées à l'intérieur du pays par des commandos expérimentés. Sans pour autant détailler leur programme, ils insistèrent sur le « point faible » de la Black Majority, la paysannerie analphabète et les habitants pauvres des « réserves » [bantustans], qui formaient encore l'écrasante majorité du peuple Noir sud-africain. Une force extraordinaire.


1969 - 1976 | L'ATTENTE

L'après conférence est marquée par une longue période d'absence. Le plan programme militaire ne peut être appliqué : les pays limitrophes de l'Afrique du Sud sont pour la plupart encore des colonies – du Royaume-Uni et du Portugal – et leurs armées sur-équipées interdisent la moindre campagne militaire, ou le développement d'une guérilla rurale ; les pays ayant obtenu leur indépendance restent encore sous le joug et la domination sud-africaine, épaulée par les USA, farouchement opposés à la fin de l'apartheid.

Medu Art Ensemble


De fait, faut-il libérer d'abord les pays limitrophes et les actions militaires de Umkhonto consistèrent à aider le Movimento Popular de Libertação de Angola [Mouvement populaire de libération de l'Angola] organisation armée marxiste, contre les autorités coloniales portugaises, puis après l'indépendance et son arrivée au pouvoir en 1975, contre les organisations anti-communistes financées, armées, par les USA, instruites et aidées par l'Afrique du Sud ; ainsi que la South-West African People's Organisation (SWAPO) organisation marxiste armée combattant avec des unités cubaines en Namibie, ancienne « colonie » administrée par l'Afrique du Sud.

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La laborieuse reconstitution des cellules et des réseaux clandestins urbains occupe Umkhonto. Mais les lois autoritaires et liberticides antiterroristes placent les villes de l'Afrique du Sud en surveillance extrême ; à partir de 1968 le Bureau of State Security (BOSS), une « supersecurity structure » coordonne les services de renseignement de la police et de l'armée, disposant d'unités spéciales : les « Z-Squad » qui seront impliquées – avec d'autres unités – dans les opérations relevant du terrorisme d'Etat. Ainsi Breyten Breytenbach, blanc d'origine sud-africaine exilé, organisa depuis Paris un mouvement de résistance au régime d'apartheid, constitué de Blancs pouvant aider l'ANC, et une cellule clandestine « Okhela » [mot Zulu signifiant étincelle, nom du journal (Iksra) publié par Lénine] fut admise au sein de l'ANC. Sa mission, en Afrique du Sud, était d'organiser des sabotages et l'édition d'un journal clandestin. En 1975, Breyten Breytenbach lors d'un séjour clandestin en Afrique du Sud [marié à une eurasienne, il y est interdit de séjour], chargé de recruter des membres, est arrêté puis jugé à neuf années d'emprisonnement [après avoir été condamné à mort]. Selon toute probabilité, la Sécurité au courant de sa mission et de son arrivée, organisa une surveillance étroite tout au long de son séjour, pour finalement l'arrêter au moment de son départ. L'un de ses leaders, Barend Schuitema, était en fait, un agent infiltré. Ce fut la fin d' « Okhela » qui tenta de survivre hors du pays avant de se dissoudre en 1979. Pour l'histoire, François Mitterrand obtient en 1982 sa libération et lui offrit la nationalité française.

L'ANC semble préférer la voie diplomatique et tente d'obtenir une reconnaissance internationale, et des sanctions contre le régime de l'apartheid, notamment via l'ONU. Des relations diplomatiques sont établies avec le Lesotho et le Botswana en 1973, nouveaux sanctuaires pour l'ANC, et plus tardivement au Swaziland en 1976. L'URSS entame un cycle de réceptions de délégations de l'ANC, reçus à Moscou à l'égal des gouvernements étrangers. C'est à partir de cette époque que la Suède offre à l'ANC un soutien financier conséquent pour de longues années, et quelques facilités pour obtenir l'asile politique.


1976 | SOuth-WEst TOwnship

Entre 1965 et 1976, après le démantèlement des organisations subversives politiques et des mouvements contestataires anti-apartheid, une paix « politique » toute relative s'était installée, et même si l'insécurité devenait préoccupante dans les townships, si de grandes grèves ouvrières envenimaient régulièrement le climat social [notamment en 1973], le gouvernement blanc de Pretoria se félicitait des ruines de l'ANC du PAC et du Communist Party, sans se douter, sans pré-voir qu'il avait ouvert ainsi l'espace intérieur du pays à des forces démesurées bien plus offensives, plus radicales, et d'une certaine manière, incontrôlables car anarchiques et innombrables, portées par la nouvelle génération, celle ayant oublié le nom de Nelson Mandela, celle reprochant à leurs aînés de ne pas avoir su conduire et mener à bien la révolution contre l'apartheid et pour certaines contre l'impérialisme. La révolte du township de Soweto en 1976, marqua ainsi à la fois la fin de l'hégémonie politique de l'ANC, et son renouveau, sa renaissance en Afrique du Sud.



SoWeTo uprising | photo : Bongami Mnguni | 1976
SoWeTo uprising | Photo : Bongami Mnguni | 1976


Le 16 juin 1976, une manifestation de lycéens et d’écoliers de Soweto refusant l’usage obligatoire de l’afrikaans à l’école est brutalement dispersée par la police. Des semaines d’émeutes suivront, dans l’ensemble du pays ; à la plus grande surprise de l'ANC et du gouvernement qui ne s'attendaient pas à ce tsunami « spontané ». Soweto reste l’épicentre et le calme n’y est restauré qu’au début de 1978, malgré l’imposition de la loi martiale et la présence permanente de l’armée et de la police.
Boycotts, manifestations de masse, grèves et grèves de loyer se succèdent, la répression est radicale : il y aura 700 morts entre juin 1976 et octobre 1977, un nombre conséquent d'arrestations, de torturés, disparus, et assassinés. De nombreux étudiants et lycéens partiront en exil. La prophétie de Mandela s'était accomplie :

« Pendant le procès de Rivonia, javais dit à un homme de la police de sécurité que si le gouvernement naccomplissait pas lui-même les réformes, un jour, les combattants de la liberté qui nous remplaceraient feraient que les autorités nous regretteraient. Ce jour-là était arrivé à Robben Island. Ces jeunes étaient différents de tous ceux que nous avions vus jusqu’ici. Ils se montraient courageux, hostiles et agressifs, ils refusaient d’obéir aux ordres et criaient Amandla ! à chaque occasion. Les autorités ne savaient pas comment s’y prendre avec eux, et ils mettaient l’île sens dessus dessous.  Dans ces jeunes gens, nous sentions l’esprit de colère révolutionnaire de l’époque que j’avais pressenti. Lors d’une visite, quelques mois plus tôt, Winnie avait réussi à me dire dans notre conversation codée qu’une génération de jeunes très mécontents était en train de monter. Ils étaient militants et africanistes. Elle m’avait dit qu’ils changeaient la nature de la lutte et que je devais prendre conscience de leur existence.Les nouveaux prisonniers étaient consternés par les conditions de vie sur l’île, qu’ils jugeaient barbares, et ils disaient qu’ils n’arrivaient pas à comprendre comment nous pouvions vivre ainsi. Nous leur disions qu’ils auraient dû voir l’île en 1964. Mais, devant nous, ils étaient aussi sceptiques que devant les autorités. Ils choisirent d’ignorer nos appels à la discipline, considérant nos conseils comme des signes de faiblesse et de timidité.
Manifestement, ils nous jugeaient, nous les condamnés de Rivonia, comme des modérés. Après tant d’années pendant lesquelles on nous avait taxés de révolutionnaires extrémistes, être vus comme des modérés était un sentiment nouveau et pas très agréable. Je savais que j’avais deux façons possibles de réagir : je pouvais les gronder pour leur impertinence ou écouter ce qu’ils avaient à dire. J’ai choisi la deuxième solution. C’était notre premier contact avec le Mouvement de la conscience noire (Black Consciousness Movement). Après l’interdiction de l’ANC, du PAC et du Parti communiste, le Mouvement de la conscience noire remplissait un vide dans la jeunesse. La Conscience noire était moins un mouvement qu’une philosophie et s’était développée sur l’idée que les Noirs devaient se libérer du sentiment d’infériorité psychologique créé par trois siècles de domination blanche. A ce moment-là les gens pourraient se redresser en toute confiance et se libérer de l’oppression. Le Mouvement de la conscience noire défendait le principe d’une société non raciale mais il excluait l’idée que les Blancs puissent jouer un rôle dans ce processus. Ces concepts ne m’étaient pas inconnus : ils reflétaient précisément les idées que j’avais moi-même défendues à l’époque de la fondation de la Ligue de la jeunesse de l’ANC, un quart de siècle plus tôt. Nous aussi, nous étions africanistes ; nous aussi, nous insistions sur la fierté ethnique et la confiance en soi ; nous aussi, nous rejetions l’aide des Blancs dans la lutte. A bien des égards, la Conscience noire proposait la même réponse à un problème qui n’avait toujours pas reçu de solution. »




Selon Myriam Houssay-Holzschuch, « en 1976, les écoliers et lycéens ne se sont pas seulement révoltés contre le gouvernement mais aussi contre la passivité politique de leurs parents. C’est cette acceptation passive de l’oppression que les lycéens ont reprochée à leurs parents. Ils les rendent même partiellement responsables de la situation et tiennent à les garder à l’écart de leur mouvement de peur de se laisser influencer. À Cape Town, Gugulethu a été le centre des violences de 1976. Les souvenirs de Maria Tholo, résidente à Gugulethu pendant la période des émeutes, ont été recueillis par Hermer :
C’est alors que l’un des étudiants se leva. “Je veux dire quelque chose à nos parents. Je dois vous dire les raisons pour lesquelles nous ne voulions pas vous impliquer. Premièrement, vous voulez tous être chefs. Vous aimez être Madame une telle, Président de ceci ou Chef de cela. Nous n’avons pas de chefs. Deuxièmement, vous êtes des menteurs. Vous préférez dire que tout va bien plutôt que d’ouvrir la bouche pour vous plaindre. Troisièmement, vous êtes des lâches”. Les autres étudiants l’acclamèrent. Pour nous les Africains, c’était vraiment quelque chose de nouveau. Entendre un enfant impertinent et se voir ensuite traité de lâche. Pfou ! »

Alf Kumalo | Shoot to kill Soweto 1976


Les émeutes qui embrasèrent le pays auront d'infinies conséquences car le système procéda à quelques assouplissements de lois raciales du petit-apartheid, et adopta une ligne stratégique destinée à renforcer l'apartheid social, à fragmenter en entités antagonistes les classes sociales Noires. Les premières mesures concernaient notamment le droit de résider en « ville » et consistaient à accorder certains avantages aux résidents permanents des townships, appartenant à la petite bourgeoisie et à l'aristocratie ouvrière. La durée des baux de location s'allongent, par exemple. Nous y reviendrons. En second lieu, l'Etat engagea des financements pour un programme de « réhabilitation » urbaine, d'amélioration des infrastructures, de construction de nouveaux logements. Une stratégie politique de cooptation qui trouva des adeptes dans les franges aisées non politisées de la population, et une grande fraction de la bourgeoisie capitaliste [contre l'ANC socialiste], convaincues par le pouvoir de Pretoria que les résidents pauvres des townships n'ont que des problèmes « techniques » (logement, emploi, éducation) et non des problèmes politiques.


BLACK CONSCIOUSNESS MOVEMENT

L'ANC n'aura que peu de prise ou d'influence sur le mouvement ayant allumé la flamme mais en faveur des événements quasi insurrectionnels, l'ANC peut reprendre pied en Afrique du Sud, implanter dans les townships des réseaux clandestins et réactiver les cellules en veille, pour entamer un nouveau cycle d'attentats ; à la différence des périodes précédentes, l'ANC doit faire face, à présent, à une multitude de mouvements, groupes, collectifs, organisations, [parmi les plus actives : Azanian People’s Organisation (AZAPO), Azanian Students’ Organisation (AZASO), Congress of South African Students (COSAS), et ceux de la mouvance du Black Consciousness Movement mené par Steve Biko, qui sera assassiné en prison en 1977.

Malgré cette rude concurrence, des centaines de jeunes s'engagèrent au sein de l'ANC-Umkhonto-SACP, qui redevint rapidement [une des forces majeures dans les townships, et le flux d'exilés volontaires vers les pays « libérés » du joug colonial où était implanté l'ANC, de jeunes espérant y trouver un meilleur avenir ou fuyant la police [selon les estimations environ 6000 sud-africains quittèrent le pays entre 1976 et 1979], assura un nombre important de nouvelles recrues. Et nombre de ces nouvelles recrues sont envoyées directement dans les camps d'entraînement militaire de Umkhonto, en Zambie et en Angola. Les instructeurs militaires sont cubains, soviétiques et de l'Allemagne de l'Est. Les plus « vaillants » s'envolent pour Odessa en URSS.

La dynamique des émeutes des townships a modifiée en substance la grande ligne stratégique militaire du Conseil Révolutionnaire de l'ANC : le profil d'une guerre prolongée en milieu rural, menée depuis les pays limitrophes, n'est pas encore totalement abandonné, les nouveaux sanctuaires du Mozambique et de l'Angola ouvrent de nouvelles perspectives, mais à cela, l'idée d'une avant-garde révolutionnaire agissant dans les villes reprend tout son poids. Cela étant, le rapport de 1969 établi par Joe Slovo et Joe Matthews insistait sur le fait que les émeutes spontanées, les actions désorganisées ou isolées, telles qu'elles se présentaient dans les townships, pouvaient être contre-révolutionnaires :
« In essence, a revolutionary policy is one which holds out the quickest and most fundamental transformation of power from one class to another. In real life such radical changes are brought about not by imaginery forces but by those whose outlook and readiness to act is very much influenced by historically determined factors. Indeed, what appears to be 'militant' and 'revolutionary' can often be counter-revolutionary... Untimely, ill-planned or premature manifestations of violence impede and do not advance the prospect for revolutionary change and are clearly counter-revolutionary. The riot, the street fight, the outburst of unorganised violence, individual terrorism ; these are symptoms of the militant spirit but not pointers to revolutionary technique. The winning of our freedom by armed struggle ... demands more than passion. »

Et il était donc primordial de former des groupes d'élite expérimentés pouvant conduire et à leur tour former les nouvelles recrues en nombre important, et coordonner des opérations de sabotage à l'échelle d'une ville. Si l'ANC-Umkhonto ne disposent pas de forces et d'infrastructures suffisantes pour canaliser et organiser la révolte urbaine, dans des conditions de sécurité optimum – la vigilance des forces de l'ordre est à son comble -, elle tentera au mieux de l'alimenter, en tout cas de gagner du temps. Le 15 décembre 1976, pour le 15e anniversaire de Umkhonto, l'ANC exhorta les jeunes à "join in even bigger numbers and train to become skilled freedom fighters" :
« Vorster and his cohorts must know : We shall organise better, in secret to outwit enemy spies and informers; we shall co-ordinate our struggle in all corners of South Africa; develop our mass actions, demonstrations and strikes which mobilise our people and disrupt the economy; we shall harass the enemy, his police, soldiers, officials and spies wherever we can. Above all, we shall arm ourselves with modern weapons and hit back through our organised fighting force UMKHONTO WE SIZWE! » [3]

Ainsi, les premiers temps seront consacrés à rebâtir les réseaux clandestins, détruits entre 1960 et 1965, le plus rapidement possible, en envoyant dans les villes, les plus anciens et expérimentés militants politiques. Un nouveau cycle d'attentats reprend en 1976, peu nombreux en fait : entre juin 1976 et la fin 1978, seulement 57 sabotages (d'autres sources évoquent 37) ont été commis, la plupart revendiqué par Umkhonto. Les premiers sabotages reprenaient les mêmes cibles de la période 1961 | 1964, mais avec une prédilection pour les bâtiments des forces de la police et de l'armée ; les premiers « accrochages » meurtriers entre guérilleros et forces de police interviennent en juin 1977 à Johannesburg [2 civils tués], et il s'agit d'« accidents » d'auto-défense plutôt que des actions préparées et préméditées. Tout au long de l'année 1977, les jeunes Freedom Fighters formés dans les camps rejoignent le pays, dans les villes mais aussi dans les zones rurales. Le High Command de Umkhonto procéda à quelques changements tactiques en donnant priorité au développement des « Auxiliary units », unités de recrues ayant reçu une formation accélérée prenant essentiellement pour cibles les biens de la « classe dirigeante ». Mais l'ANC préféra concentrer ses guérilleros dans les townships,  où les conditions étaient réunies pour constituer des « planques » d'armes, et lancer la guérilla urbaine - urban guerrilla warfare and insurrection. A cette date apparaissent les premières actions contre des personnes, des soldats – Military Personnel - des African Policemen, et surtout contre les traîtres, les délateurs et les agents infiltrés qui pullulent dans les rangs de l'ANC.
Les forces de sécurité peinaient à défaire ces réseaux clandestins, même si certains leaders historiques ont été capturés, mais leur nombre important, l'engagement « informel » des habitants des townships, pourront résister à la répression. Dès lors, Umkhonto au fur et à mesure des mois, sera en mesure d'assurer une présence dans les villes et les townships, certes minime, parfois réduite à un ou deux militants, mais la dynamique est bien réelle, et la prudence exigeait du temps. Par contre, parfaitement bien  informés des camps d'entraînement et des déplacements d'hommes et de matériels de guerre, les frontières et les routes - underground infiltration routes - étaient particulièrement surveillées, en Afrique du Sud mais aussi dans les pays « alliés » à l'ANC : les forces de Sécurité gouvernementales disposant autant de commandos [Special Forces], de brigades contre-insurrectionnelles, que de délateurs, traîtres et autres infiltrés les renseignant. Les frontières nord du pays sont rendues étanches, par la construction de « murs » de barbelés et de miradors de surveillance. De même, l’armée, dans le cadre du Density of Population in Designated Areas Act (1979, contrôle l’occupation des fermes bordant les frontières du nord et organise un plan de réinstallation des fermiers blancs, et les milices civiles rurales.




LA GUERRE POPULAIRE

Malgré une situation exceptionnelle pour le développement de la lutte révolutionnaire armée, les méthodes, les tactiques décidées par Umkhonto ne portaient pas les fruits espérés, et une réunion de crise fut organisée avec les dirigeants de l'ANC, du Conseil révolutionnaire et de Umkhonto en décembre 1978 à Luanda, en Angola. Elle était aussi l'occasion de présenter le rapport de la délégation du National Executive Committe, qui s'est rendue en République socialiste du Vietnam en Octobre 1978. L'on y décida de créer une nouvelle commission présidée par Oliver Tambo en personne : the Politico-Military Strategy Commission [PMSC] chargée de repenser – à nouveau - une nouvelle stratégie, composée de comités de travail sous l'autorité de Moses Mabhida, Thabo Mbeki, Joe Modlse et Joe Slovo. Sans doute devaient-ils répondre à la question de la nature des attentats, et de leur degré de sévérité en terme de destruction, en tant qu'instruments de propagande armée susceptibles de s'accorder à la gravité des événements politiques, et à l'intransigeance, à l'impatience de la nouvelle génération insurgée, tout en ménageant les alliés occidentaux. Et ceux de l'intérieur car le développement de la lutte armée avait été contrarié par l'absence de contacts et/ou de coordination avec les organisations anti-apartheid émergentes, étudiantes, ouvrières, paysannes, etc., dont certaines ne partageaient pas les convictions de l'ANC, mais qui auraient pu être coordonnées au sein d'une « Fighting Alliance » : ce potentiel révolutionnaire leur échappait afin de renforcer l'« United Front ».
En mars 1979, la Politico-Military Strategy Commission [PMSC], remit son rapport à la Direction Nationale de l'ANC. Ce rapport, les « Leçons du Vietnam » [connu plus tard sous le nom de Green Book], appelait à un changement dans la conduite de la guerre : l'adaptation du modèle vietnamien d'une guerre populaire [4], dont l'essence même est selon le général Vo Nguyen Giap : 
« Dans votre traduction française de “guerre populaire”, il manque encore une notion, une dimension. C’est la notion d’unanimité. Oui, une guerre de tout le peuple, voilà le “secret” de nos victoires. »
[Entretien avec François Ruscio].
Les rapporteurs appelaient en particulier à s'interroger sur la question cruciale de la mobilisation politique des masses, et des relations entre activités politiques et lutte armée. Leurs conclusions insistaient sur plusieurs points dont notamment :
  • L'élaboration d'une stratégie globale fondée sur la mobilisation des masses. Création d'un front national le plus large possible pour la lutte de Libération. Renforcements de l'appareil clandestin, « underground machinery », en implantant des activistes au sein des luttes populaires.
  • Le développement des opérations d'activités politiques, guidées par les nécessités et le niveau politique des organisations civiles en lutte.
Une des recommandations préconisait qu'il était prématuré de lancer une révolution sans avoir au préalable construit une base politique révolutionnaire « structurée », qui impliquait donc le plus grand nombre de structures populaires. La P-MS Commission engageait l'ANC ainsi dans une tâche immédiate de construction d'un front de structures non plus – seulement - clandestines, mais des organisations vitrines légales, et d'autres semi-légales. Dans cette phase, la lutte armée était jugée nécessaire mais secondaire, essentielle pour soutenir le processus révolutionnaire, maintenir la « pression », et assurer la propagande armée, par des unités d'élites spécialement entraînées (Special Ops'). L'annexe B du rapport indique :

« 11. Quelle est la principale préoccupation aujourd'hui ?
A l'heure actuelle, nous en sommes au stade où la tâche principale est de se concentrer sur la mobilisation et l'organisation politiques, afin de mettre en place des bases politiques révolutionnaires à travers tout le pays. Dans la mesure où la croissance de la lutte armée dépend du niveau d'avancement de la lutte politique, la lutte armée est secondaire en ce moment. Cette évaluation de l'équilibre entre l'activité politique et militaire dans la phase actuelle doit se refléter à tous les niveaux de notre planification et dans la façon dont nous utilisons nos énergies et nos ressources.

12. Quel est le rôle de l'activité armée à ce stade?
L'activité de l'organisation armée continue d'être l'un des éléments essentiels pour aider à préparer le terrain pour l'organisation de l'activité politique, menant à la création d'un réseau de bases politiques révolutionnaires qui deviendront le fondement de la guerre populaire. Plus particulièrement, les objectifs de l'activité de l'organisation armée au stade actuel sont les suivants :
  • à garder vivante la perspective de la violence révolutionnaire populaire comme l'arme ultime pour la prise du pouvoir.
  • se concentrer sur les actions de propagande armée, l'action armée dont le but immédiat est de soutenir et de stimuler l'organisation de l'activité politique plutôt que de frapper l'ennemi. »
Par cette voie, l'ANC pouvait :

« guide its potential supporters to revolutionary political organisation and relate to the creativity and energy with which people on the ground inside South Africa were struggling against apartheid. »

Et lorsqu'enfin serait constituée cette base révolutionnaire nationale, dans chaque province du pays, dans chaque ville et dans chaque bourgade, il serait possible d'envisager d'engager l'insurrection nationale, la révolution. Car les conclusions de ce rapport stipulaient clairement qu'il était illusoire d'envisager la fin de l'apartheid sans heurts, ni violence :

« People's power in South Africa would be won by revolutionary violence in a protracted armed struggle which must involve the whole population and in which partial and general mass uprisings would play a vital role. »



LES CAMPS DE L'ANC


En 1975, l'ANC-Umkhonto-SACP pouvait enfin s'approcher des frontières de l'Afrique du Sud et établir des « sanctuaires », des camps militaires en pays alliés : en Angola et au Mozambique dirigés par des gouvernements « d'orientation socialiste » pro-soviétique. L'autre conséquence est moins heureuse car en effet, l'arrivée de 200.000 réfugiés portugais venant de l'Angola et du Mozambique et de quelque 80 000 Rhodésiens blancs n'a fait qu'apporter des renforts à l'aile la plus réactionnaire du parti gouvernemental.

L'insurrection de Soweto en 1976 eut pour conséquence l'exode de jeunes Africains, vers les pays voisins, qui assure à l'ANC-SACP un afflux de nouvelles recrues entre 1976 et 1978, « a huge flood of youths fleeing South Africa in the wake of the Soweto uprising. » De même après l'interdiction des mouvements du Black Consciousness, et la vague d'arrestations et d'assassinats – Steve Biko est « suicidé » en prison en 1977 -, de nombreux étudiants ayant un sérieux background politique rejoignent les camps d'entraînement de Umkhonto. L'interdiction des organisations du Black Consciousness, le 19 octobre 1977, ne laissait plus guère de liberté et d'ouverture pour la contestation politique même « légale », notamment pour les étudiants et les universitaires, qui rejoignent en masse l'ANC. L'histoire se répétait à nouveau : l'interdiction de l'ANC et du PAC dans les années 1960, avait entraîné un même afflux et la radicalisation de la résistance Noire clandestine. Les recrues « post-Soweto » forment la nouvelle génération de guérilleros bien différente des recrues des années 1960. Et il en sera de même en 1985 avec la répression de l'United Democratic Front.
Ces Young lions posèrent de nombreuses difficultés à la Old guard leadership [umgwenya] de Umkhonto, entre vétérans communistes de la vieille génération post-stalinienne et jeunes gauchistes bien plus radicaux issus du Black Consciousness ; passés les premiers temps de l'instruction militaire et de l'apprentissage politique, les leaders émergèrent et exigèrent davantage de reconnaissance et de représentativité dans les structures de décisions et de commandement, d'autres s'opposèrent ouvertement aux leaders « staliniens » de la vieille garde – Blancs, en majorité -, à leurs méthodes et leur stratégie militaire reléguant la guérilla hors des frontières du pays, à quelques sabotages inopérants ; d'autres critiquaient la vie pénible et laborieuse dans l'enceinte des camps et, à l'opposé, la vie plus qu'agréable des grands dignitaires de l'ANC en exil, confortablement installés dans de luxueuses villas... D'autres enfin se désolaient d'être loin de la patrie, d'être condamnés à rester dans ces camps, témoins lointains de la lutte et de la souffrance de leurs proches dans les townships.

Frustrés de ne pas pouvoir combattre au pays, des actes d'insoumission et quelques cas de désertion seront constatés dans plusieurs camps et ces critiques seront à l'origine, plus tard, dans les premiers mois de 1984, d'une grave mutinerie dans le camp de Viana, puis d'une seconde dans le camp de Pango. Les mutins seront emprisonnés, jugés, et plusieurs exécutés. D'une manière générale, les « contestataires » les plus virulents étaient soit renvoyés définitivement, soit punis sévèrement, soit emprisonnés, soit envoyés dans un camp de « réhabilitation » [Camp 32 ou Quatro ou Morris Seabelo Rehabilitation Centre]. Mais, l'on constate parallèlement à ces méthodes staliniennes, l'arrivée à des postes à haute responsabilité de jeunes leaders partisans ou convertis au Marxisme, opposant toutefois à leurs aînés de nouvelles idées, et « manières de faire » la guérilla. Ces Young lions seront consacrés lors des élections du National Executive Committee de l'ANC en 1985, où plusieurs sont élus.

Entre 1976 et 1988, la plupart des recrues militaires rejoignent les camps d'entraînement para-militaires d'Angola. Les instructeurs sont encore et toujours cubains, soviétiques, et sud-africains ayant été formé dans les camps militaires du bloc soviétique. La formation militaire générale comprenait plusieurs sections, outre l'entraînement physique, le maniement des armes,etc. [5], un enseignement politique devait assurer la formation des cadres de l'avant-garde, comprenant les grands principes du Marxisme-Leninisme. Comme leurs aînés, les recrues les plus compétentes – et convaincues ou converties au Marxisme - étaient envoyés en URSS, Allemagne de l'Est, Tchécoslovaquie, en stage de perfectionnement militaire et politique.

Les camps militaires étaient implantés, le plus souvent, loin des grandes villes, et comprenaient outre les constructions destinés à la vie militaire (logements des officiers, dortoirs, cantine, dispensaire, etc.), des installations agricoles (fermes, greniers, etc.) et d'élevage. Pratiquement chaque camp, comprenant de 300 à 900 guérilleros, avait sa spécialité (enseignement militaire, service de renseignement, formation politique, instructeurs cubains, etc.) ou une fonction précise (accueil des recrues, transit, entraînement, perfectionnement, quartier général, hôpital, prison, etc.). Ces camps et les postes avancées proches des frontières étaient la cible d'attaques de l'armée sud-africaine : bombardements aériens et raids d'unités spéciales étaient une menace permanente, même pour des bases éloignées.


Solomon Mahlangu Freedom College 1979


Ce ne sont pas seulement de jeunes étudiants célibataires instruits qui s'exilent hors de l'Afrique du Sud, mais aussi des familles entières, par peur des représailles. L'ANC les accueillaient et face à leur nombre de plus en plus important, le gouvernement de Tanzanie légua en 1977 à l'organisation une vaste propriété agricole de 250 hectares [nationalisée en 1967] à Mazimbu non loin de Morogro, à trois heures de route de Dar El Salaam ; l'ANC y établira un camp d'exilés volontaires et de réfugiés politiques, sur le modèle de ceux organisés par d'autres mouvements de Libération [SWAPO, MPLA]. Le programme est dédié spécifiquement à l'enseignement supérieur des étudiants exilés qui peuvent ici poursuivre leurs études afin de devenir les cadres de la future administration post-apartheid [« New South Africa Society »], puis, par la suite, à la scolarité des enfants (et des guérilleros analphabètes). Ce complexe servait de vitrine « civile », et de « fenêtre de la future Afrique du Sud », à l'ANC pour les pays occidentaux, les programmes des Nations Unies, et les ONG désirant apporter une aide à l'organisation considérée « terroriste », sans pour autant qu'elle soit destinée à acheter du matériel de guerre. Un document de l'ANC daté de 1978 précisait les principaux objectifs :
  • To prepare cadres to serve the national struggle of the people of South Africa in the phase of the struggle for seizure of political power and the post liberation phase;
  • To produce such cadres as will be able to serve the society in all fields, ie political, economic, socio-cultural, educational and scientific.
L'ingénieur Oswald Dennis, formé en Allemagne de l'Est, avec l'architecte Spenser Hodgson, dressent les plans des constructions, et le Solomon Mahlangu Freedom College [SOMFACO] (du nom d'un jeune guérillero de Umkhonto exécuté) ouvre ses portes en 1977. Constitué de tentes, d'une ferme abandonnée faisant office d'école de quelques bâtiments agricoles, et de nombreux chantiers en cours, ce camp de fortune deviendra un gros village rural [sorte de kibboutz] comprenant en 1979-80 trois dortoirs collectifs pour 144 étudiants, 4 maisons pour les professeurs, une cantine commune et sa cuisine, des équipements scolaires, de loisirs, culturels, sportifs, un dispensaire, etc., équipé en réseau d'eau potable, égouts et électricité. Ces constructions ont été bâtis collectivement par ses habitants-étudiants (aidés de tanzaniens des villages environnants), progressivement, tout le monde participait, avec enthousiasme, à l'édification de la cité, à son organisation, et à son animation. Le Swedish International Development Agency (SIDA), apporta son aide pour la mise en culture des terres agricoles de la vaste propriété – qui sera agrandie par la suite – devant assurer l'autonomie alimentaire [Farm for Self-reliance] avec les élevages de bétail [porcs, poules, bovins, etc.]. Le United Nations Commission for Refugees finança en partie cet ambitieux programme [environ 4 millions de dollars (1982)] devant à terme nourrir 2500 résidents permanents. Une menuiserie assure la fourniture des portes, fenêtres, etc., des nouvelles constructions, puis progressivement s'installent des ateliers de plomberie, fabrique textile, de meubles, de chaussures, de mécanique automobile, de génie électrique, de soudage, etc..







Solomon Mahlangu Freedom College 


En 1980, le généreux gouvernement tanzanien offrit à nouveau 300 hectares de terres agricoles, non loin du SOMFACO, à Dakawa, et l'ANC décidera d'y établir un village communautaire dépendant de Mazimbu, dont l'activité principale serait l'agriculture et l'élevage. Dakawa se développera véritablement après l'insurrection sud-africaine de 1984 ayant entraîné, à nouveau, l'exil de milliers de Noirs hors du pays.
Les mariages, les naissances, l'arrivé de nouveaux réfugiés politiques avec enfants, décideront de l'ouverture d'une crèche et d'une école primaire [20 enfants scolarisés en 1980, 350 en 1989], et d'un orphelinat. Plus tard, en 1984, un hôpital moderne [16 lits] fût construit grâce à la générosité du gouvernement hollandais, tandis que l'UNESCO et le United Nations Development Programme, finançaient les établissements scolaires et la nouvelle bibliothèque. Le gouvernement polonais offrit assez de de stylos pour tout le continent africain, etc. Un témoin ayant vécu pendant quelques années dans cette communauté d'exilés avouait que la vie y était difficile mais que de mémorables événements venaient régulièrement animer la monotonie, redonner espoir et stimuler les ardeurs souvent éteintes...



Les brigades du Solomon Mahlangu Freedom College


LE FLEAU DES INFILTRES


Les nombreuses branches dédiées à la sécurité, au renseignement, et aux actions terroristes de l'Etat formaient une véritable armée d'espions, d'agents infiltrés, de délateurs, d'assassins agissant par conviction politique, par l'appât du gain. Nelson Mandela expliquait également :

« En général, les Africains qui travaillaient comme espions contre leurs propres frères le faisaient pour de largent. En Afrique du Sud, beaucoup de Noirs jugeaient toute tentative pour changer lhomme blanc comme téméraire et vouée à léchec ; lhomme blanc était trop intelligent et trop fort. Ces espions nous considéraient non comme une menace à la structure du pouvoir blanc, mais comme une menace aux intérêts des Noirs, car les Blancs maltraitaient tous les Noirs à cause de quelques agitateurs. Cependant, il y avait beaucoup de policiers noirs qui nous aidaient secrètement. Il sagissait de types convenables qui se retrouvaient dans une impasse. Ils restaient loyaux envers leurs employeurs car ils avaient besoin de conserver leur emploi pour entretenir leur famille, mais ils étaient favorables à notre cause. Nous avions un arrangement avec quelques membres africains de la police de sécurité, qui nous informaient quand il allait y avoir une descente de police. Ces hommes étaient des patriotes qui risquaient leur vie pour aider la lutte. »
La technique de guérilleros capturés ayant été « retourné » [turning guerrillas] par la police (technique française appliquée à Alger), a porté les plus graves coups à l'ANC-SACP-Umkhonto. Les cas le plus exemplaires étant celui de Glorys Sidebe [6], et de Leonard Mandla Nkosi, un guérillero du Luthuli detachment, qui après sa capture par l'armée devint un askari au service de la police, responsable de l'arrestation de nombreux comrades, et state witness aux procès contre d'anciens compagnons ; Noksi sera éliminé par l'ANC en 1977. Après les émeutes de Soweto la stratégie contre-révolutionnaire des forces de sécurité, intensifia le recrutement et les « opérations » d'infiltration.

Parmi les nombreuses unités de Renseignements et de Sécurité, la Section C de la Security Police, responsable des opérations de contre-insurrection, et surtout la sous-section C 10 – ou Vlakplass – réputée, dont les missions consistaient à kidnapper, puis « retourner » les guérilleros et les activistes de l'ANC et du PAC, ou de les assassiner. La tristement célèbre ferme Vlakplass (44 hectares dans la banlieue de Pretoria) devint le quartier général d'une « général-purpose death squad, who had an effective power of life and death ». Inspiré des méthodes argentines de la dictature et plus particulièrement de l'École supérieure mécanique de la marine, à Buenos Aires.


HOMELANDS


En 1971, le « Bantu Homelands Constitution Act » consolidait la stratégie de partition du pays en Homelands administrés par des autorités Noires – et interdite aux Blancs, Métis, etc. Deux cas se présentaient :

1. Les homelands indépendants, le Transkei, créé en 1976, le Bophuthatswana (1977), le Venda (1979) et le Ciskei (1981) constituaient des [sous] Etats à part entière [non reconnus par l'ONU], largement dépendant des subventions de l'Afrique du Sud, mais disposant de leur propre gouvernement, administration, législation, armée, police, etc. Des coups d'Etat militaires peuvent destituer un gouvernement sans pour autant entraîner une réaction de l'Afrique du Sud (qui joua souvent cependant le rôle d'arbitre). Certains cesseront leur relation diplomatique et “coopération” avec Pretoria sans être pour autant favorables à l'ANC, ou l'être, selon les circonstances, et l'époque, pour ne plus l'être... Le Kwazulu sera déclaré "no-go area" pour l'ANC-SACP-UDF en 1985.

2. Les six autres homelands étaient non-indépendants mais auto-gouvernés, théoriquement voués à la même évolution. Tout en devenant « citoyen » de leurs homelands de rattachement, leurs habitants conservent la citoyenneté sud-africaine. Leurs relations avec le régime de l'apartheid et l'opposition prennent les mêmes chemins tortueux que les Etats indépendants, avec cependant moins de marges de manoeuvre.

Homeland dans le Trankei | 1983 | photo : ONU
Umbulwana dans le Trankei | 1982 | photo : ONU
"Village" Ekuvukene |Ewazulu dans le Natal | 1982 | photo : ONU 
La stratégie de l'apartheid est plus jamais de « Diviser pour mieux régner » territorialement et politiquement, notamment par :
  • Le processus politique de dénationalisation des Noirs : les Black Homelands Citizenship perdent leur « citoyenneté » sud-africaine car c'est dans le cadre des homelands qu'ils sont désormais obligés d'exercer leurs « droits politiques ». De même, les sud-africains de race Noire, qui vivaient en-dehors des homelands , étaient déclarés d'office citoyens de tel ou tel homeland, le plus souvent en fonction de leur origine ethnique ; et le statut des populations Noires urbanisées était celui d'un travailleur sans droits.
  • Le transfert forcé des populations vers les homelands. C'est ainsi qu'entre 1960 et 1980, plusieurs millions de personnes [3,5 millions] ont été affectées par les déplacements, le plus souvent chassés des townships des grandes villes [lors des périodes de récession économique]. Les chefs tribaux étaient priés de coopérer à leur bon fonctionnement sous peine d'être déposés.
  • La collaboration avec une élite noire riche émergente, le plus souvent issue des familles royales ou princières, parce qu'elle trouve un intérêt à la préservation des structures claniques traditionnelles de domination, influence leur gouvernement afin d'assurer la stabilité politique, avec l'appui de l'Afrique du Sud. L'idéal de l'apartheid était partagé par de grands chefs tribaux qui prolongeaient ainsi les guerres ancestrales entre les différents groupes ethniques pour la conquête ou la suprématie territoriales.
Des homelands administrés par des hauts dignitaires, assistés par des autorités tribales traditionnelles, ont ainsi instauré une ségrégation tribale-raciale aussi effroyable que l'apartheid. Les nouveaux dirigeants africains appliquaient à la lettre les principes de l'ethnicité auxquels ils doivent le pouvoir. le chef Lucas Mangope décida d'exclure, au nom de la « pureté ethnique » tous les non-tswana (30 % de la population) de l'accès aux affaires et aux emplois publics dans le Bophuthatswana. L'enseignement est donné uniquement en tswana, et les groupes non tswana, majoritaires dans les parties orientales du bantustan, étaient menacées d'expulsion, en permanence, à la moindre faute ou opposition. Mais la situation est bien plus terrible encore dans les homelands zoulous pour qui n'est pas de la même tribu conduite par le Chef Buthelezi, membre puis ennemi farouche de l'ANC, favorable au système, mais exigeant la reconnaissance de la royauté zouloue, présentée comme la meilleure forme d’encadrement des populations africaines du Natal face aux « dangers » urbains liés à sa prolétarisation accélérée, et à son émancipation vis-à-vis des autorités traditionnelles.


Ezakehni | "resettlement" village | KwaZulu "homeland" | 1982 | photo : ONU

Ezakehni | "resettlement" village | KwaZulu "homeland" |Photo : ONU



"Village" Ekuvukene| Natal |1982 | photo : ONU

Dans tous les cas, les relations claniques clientélistes se renforcent car en effet, la vie d'un Africain Noir est intégralement soumise à ses relations avec l’administration (permis de travail, permis de résidence, autorisation de migrer dans les townships, attribution de terres dans le bantoustan ou de logement dans les townships, etc.). Et pour les – nombreuses - familles expulsées de force dans les homelands qui n'étaient du même groupe ethnique que les gouvernants, la vie s'avérait plus difficile encore, pour trouver un emploi, une masure et pouvoir accéder aux rarissimes services publics, réservés en priorité aux clans filiaux. Les conditions de vie pour les populations pauvres étaient encore plus difficiles que dans les townships. L'on accusait d'ailleurs les homelands d'être des nids de corruption : les subsides de Pretoria servant avant tout à enrichir leurs dirigeants, au détriment de la population.
Outre la misère, les forces de police Noires rivalisaient en violence avec ceux des townships, la torture était une pratique courante, les actes criminels également, contre n'importe quel opposant : syndicats, organisations politiques extra-parlementaires, etc., y compris l'ANC-UDF. Au Transkei et Ciskei, l'UDF n'aura aucune représentation. Leurs forces militaires – Noires – équipées et formées par l'armée sud-africaine aux tactiques contre-insurrectionnelles, seront d'importants auxiliaires, notamment pour le contrôle et la surveillance des frontières. Pour les homelands auto-gouvernés, l'armée leva son ''opposition'' à ne pas “recruter” de sud-africains de race Noire, et procéda à la création de bataillons exclusivement composés de soldats Noirs, et de deux bataillons “mixtes”.
L'ANC et de nombreuses organisations anti-apartheid s'opposèrent à cette fragmentation du pays en Etats ethno-raciaux rivaux. Leurs gouvernants seront considérés comme des traîtres à la cause Noire, et des collaborateurs du régime de l'apartheid [un parent proche de N. Mandela fut d'ailleurs l'un des leurs]. Bien évidemment, le régime de l'apartheid jouait sur ces divisions et les entretenait soigneusement, notamment entre l'ANC et l'Inkatha zoulou.


CRESCENDO

L'année 1981 marque un cap dans la nature des attentats, leur fréquence et les cibles choisies. Leur nombre s'accroît considérablement : entre juillet 1979 et juin 1980, 17 actes de sabotage, seulement, ont été commis, 40 entre janvier et octobre 1981, année qui totalise 55 attentats. Oliver Tambo, en août de cette année, annonçait que l'ANC pourrait dans le futur s'attaquer à des « officials of apartheid », et « moreover there might arise combat situations In which civilians could lose their lives. » [in Lodge, The ANC Resurgence, 1976-1981, Reality 14, march 1982]




NOMBRE D'ATTENTATS PAR AN
[Les chiffres diffèrent grandement entre les sources de la police, celles des organisations non gouvernementales et celles des historiens. Les nombres en orange sont cependant communs. Aucune ne fait une distinction entre les groupes armés, mais la plupart des attentats est attribué à Umkhonto.]

1976 : 4
1977 : 23
1978 : 30
1979 : 12 – 13
1980 : 19
1981 : 55
1982 : 39
1983 : 55 – 56
1984 : 44
1985 : 136

A partir de 1980, le matériel, les armes, importés de l'URSS sont plus sophistiqués, et les guérilleros expérimentés s'attaquent à des cibles industrielles plus importantes : raffineries de pétrole et centrale nucléaire [de France]. Les explosifs, plus puissants, provoquent des dégâts conséquents, sans commune mesure, pour certains, avec tout ce qui avait été entrepris jusqu'alors. Le premier attentat de ce type, fut effectué en 1980 contre la raffinerie de la compagnie South African Coal, Oil and Gas Corporation's, causa de graves dommages à l'installation, chiffrés à plusieurs millions de Rand. En mai 1981, l'utilisation de mines magnétiques pour l'attaque d'une centrale électrique fut dévastatrice. En août 1981, les guérilleros utilisèrent pour l'attaque de la base militaire Voortrekkerhoogte military base près de Pretoria, les sophistiquées lance-roquettes de l'armée soviétique RPG-7 et DKZ-B de 122 mm. Nelson Mandela évoquait cette période de renaissance :




« Umkhonto weSizwe intensifiait sa campagne de sabotages, devenus plus élaborés. En juin, MK fit sauter des bombes dans la grande raffinerie de Sasolburg, au sud de Johannesburg. MK organisait un attentat chaque semaine dans un site stratégique. Des bombes explosèrent dans des centrales électriques à l’est du Transvaal, dans les commissariats de police de Germiston, Daveyton, New Brighton et d’ailleurs, et dans la base militaire de Voortrekkerhoogte, près de Pretoria. A chaque fois, il s’agissait d’endroits stratégiques très significatifs, ce qui attirait l’attention et inquiétait l’Etat. Le ministre de la Défense, le général Magnus Malan, soutenu par P.W. Botha, inaugura une politique d’« assaut général » (total onslaught), qui se résumait à une militarisation du pays pour s’opposer à la lutte de libération. »


TOTAL ONSLAUGHT


Inexorablement, l'étau des colonies devenues indépendantes et/ou à « orientation socialiste », se renfermait sur l'Afrique du Sud : après l’Éthiopie, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie, l'Angola, le Mozambique, les Seychelles, le Zimbabwe... L'Afrique du Sud, encerclée, assaillie de tous côtés par le terrorisme d’inspiration communiste, entame la militarisation du pays, qui doit contrer ces attaques par une Total National Strategy (TNS, stratégie nationale globale), un total onslaught, organisé par un cabinet gouvernemental, le State Security Council. [7]
La conceptualisation entre 1973 à 1977 de la Total National Strategy concédait que l’action militaire seule est inopérante et qu'elle devait être accompagnée d’une action globale intégrant tous les domaines de la vie publique et privée :

« La résolution d‘un conflit de nos jours, exige une action coordonnée et interdépendante dans tous les domaines : militaires, psychologiques, économiques, politiques, sociologiques, technologiques, diplomatiques, idéologiques, culturels (...). II est par conséquent essentiel qu’une stratégie nationale globale soit formulée au plus haut niveau. »
White Paper Defense, 1977

La Total National Strategy exigeait que toutes les décisions politiques devaient être étudiées dans le cadre unique du renforcement des capacités militaires et de défense du pays. Pour Dominique Darbon [grand spécialiste de l'Afrique du Sud, à qui nous empruntons ici de longs extraits], elle se fondait sur l’idée simple qu’une guerre révolutionnaire de libération ne peut être gagnée si elle n’est pas préparée sur tous les fronts ou, plus synthétiquement, pour 20 % par l’action militaire et pour 80 % dans les domaines politique, économique et social (Sunday Times, Johannesburg, juillet 1976). Dans le cadre de la TNS, toutes les ressources doivent être mobilisées dans la lutte. Mais la solution décisive ne peut être militaire : tout n’est pas militaire, mais chaque politique, chaque activité, s’intègre dans une logique de défense [8]. C’est en ce sens que la politique est militarisée.

Le ministre de la Défense, Magnus Malan reconnaissait que la Total National Strategy devait beaucoup à la théorie maoïste de la « guerre de faible intensité » : « L'armée se battra selon les principes maoïstes de guérilla », reconnaissait un stratège [P.L. Moorcraft]. En cela, Magnus Malan insistait sur une mobilisation totale en rappelant que la guerre n’est pas l’affaire du seul soldat, mais de tous. Cela se traduit au niveau de la structure des forces armées et de leurs rapports avec l’ensemble de la population. La South Africa Defence Force [SADF] disposait d’une force conventionnelle certainement la plus puissante d’Afrique. A ses côtés, une force territoriale était constituée pour assurer essentiellement une guerre de contre-insurrection (COIN : Counter-lnsurgency). Dans les faits, la quasi-totalité de la SADF était entraînée dans le cadre d’une stratégie COIN, pour la guerre conventionnelle à la guérilla urbaine ou rurale, en passant par toutes les formes de désobéissance civile, de propagande politique, d’insurrection, de sabotage et de terrorisme. La guerre de faible intensité (war of low intensity), typique des luttes de libération, imposait la constitution d’une structure militaire permanente et professionnelle. La guerre à intensité variable (war of escalating and de-escalating nature) impliquait la mobilisation rapide de toutes les capacités militaires du pays ; non seulement sur la frontière (border defence), mais aussi dans tout le pays (area defence) ; non seulement des militaires, mais aussi de chaque habitant - c’est-à-dire tout particulièrement les Blancs - dans sa zone d’habitation ou de travail.

CITIZEN FORCE

Les précieuses analyses de Dominique Darbon expliquent que la conceptualisation de la Total Strategy s’est accompagnée d’une mobilisation croissante de la population sud-africaine - essentiellement des Blancs - dans la défense du pays et du régime, au point que la quasi-totalité de la population masculine blanche a été militarisée sous une forme ou sous une autre [la SADF à la mitan 1980 pouvait aligner immédiatement 178.000 hommes contre tout agresseur et 400 O00 autres mobilisables à très court terme]. En plus d’une armée professionnelle (PF : Permanent Force), la défense sud-africaine s'appuyait sur la mobilisation des populations civiles. La Citizen Force constituait la réserve opérationnelle de la SADF et était composée des conscrits et des réservistes. [9] Les commandos constituaient une force paramilitaire d’infanterie chargée de la protection des zones d’habitation et de production urbaines ou rurales. Ils étaient formés essentiellement sur une base volontaire. Dans le cadre du National Key Points Act (1980) visant à protéger les installations civiles définies comme stratégiques, des commandos industriels formés d’employés blancs ayant reçu un entraînement militaire ont été constitués. En 1984, il y avait 413 Key points reconnus par la loi, tandis que 800 autres zones étaient définies comme semi-key points. Enfin, dans le cadre du Civil Defence Act (1977), 627 autorités locales sont chargées de mettre en œuvre des mesures de défense civile dans leur zone de juridiction. Alors que les entreprises de sécurité connaissent depuis 1980 une expansion considérable.


David Goldblatt


Selon Dominique Darbon, « cette mobilisation de la population s’étendait à partir des années 80 aux femmes et aux jeunes. Les premières, qui avaient accès à la profession militaire au sein de la SADF, sont de plus en plus nombreuses dans la PF et les commandos. Les enfants subissent une formation militaire reprise en main par la SADF depuis 1976. En mars 1985, environ 200.000 lycéens blancs suivaient un entraînement de cadets dans près de 600 détachements. Des camps paramilitaires d’été assurent la formation des meilleurs cadets. Les populations de couleur étaient de plus en plus sollicitées pour s’enrôler dans la SADF. Outre les armées des bantoustans toujours sous le contrôle plus ou moins direct de la SADF, des bataillons indiens, métis et noirs ont été constitués. L’armée essayait de sensibiliser les jeunes de ces groupes au métier militaire et au développement de Citizen Force et de commandos pour leur propre communauté. […] Quant à la société, soumise à la propagande militaire et à la théorie du total onslaught, elle développait de plus en plus une mentalité d’assiégés [dérivée du camps retranché des Boers], au point que Magnus Malan a été obligé de demander aux responsables sud-africains de mettre un frein aux références à cette notion dont l’impact devenait démesuré. Ainsi se militarisait progressivement la société sud-africaine. »
Tout ceci répondait aux préoccupations de Magnus Malan pour lequel,
« il est devenu impératif que tous les citoyens soient intégrés d’une façon ou d’une autre dans la lutte contre l’assaut général. »


LE REGIME TERRORISTE

A ces forces militaires classiques, faut-il encore ajouter celles occultes liées au terrorisme d'Etat, dont le Wouter Basson’s Medical Battalion Group ayant pour vocation – le Project Coast d'avril-mai 1981 - d'équiper les forces contre-insurrectionnelles d'armes biologiques et chimiques ou d'armes létales interdites (agent neurotoxique) dans les traités internationaux [10], destinées soit à empoisonner un individu, soit un groupe de guérilleros [par exemple les puits d'eau potable (choléra, etc.)] des camps de rebelles, soit des prisonniers [200 guérilleros du SWAPO capturés en 1982], soit pour le contrôle des foules [manifestations, cérémonies d'enterrement, etc.]. Ce n'est pas tout, le laboratoire de ce « bataillon médical » produisait en quantité industrielle plusieurs drogues, dont du Mandrax (méthaqualone, somnifère interdit dans les années 1970), vendues à des organisations anti-apartheid, et aux trafiquants de drogues des townships. Le chef du bataillon, Wounder Basson [ancien médecin personnel du chef de l'Etat Botha], surnommé Dr Death, sera présumé coupable, lors de son procès en 1999, de l'assassinat, en autres, de 229 personnes. Bénéficiant de l'appui des USA, et du Royaume-Uni, il sera finalement « amnistié » et réintégré dans un corps d'armée... du président Mandela.
Le Volume 2 du rapport de la Commission Vérité et Réconciliation [chapitre 117] rapporte l'étroite collaboration entre le régime de l'apartheid et les services de sécurité de Taïwan, d'Israël, et plus particulièrement de la junte militaire de Pinochet au Chili et de la dictature de Videla, en Argentine [11]. En 1982, après une première visite du général D'Almeida, le général Mike Geldenhuys et une cohorte d'officiers visitèrent leurs homologues argentins et chiliens. Le journal anglais X-RAY soulignait ainsi dans un article daté de mai 1982 :

« there was growing evidence of the use of new forms of torture in South Africa, which are known to have been used in Argentina

La structure de commandement des services de Renseignements, de contre-espionnage, de contre-insurrection, etc., de l'armée, de la police, civils, clandestines, etc., est extrêmement complexe, et il subsiste encore des zones d'ombres relevées [notamment des responsabilités et des organisations occultes] par la Commission Vérité et Réconciliation. Mais il a été établi que les organisations paramilitaires, occultes relevant du terrorisme d'Etat agissaient sous les ordres directs du State Security Council.



Hamanskraal. 1978. Colonel S.J. MALAN, Directeur de l'école de la police Noire.

Des unités spéciales, la South African Police Riot Squads, et les Reaction Units formées par les brigades anti-terroristes de la Special Task Force de la South African Defense Force, étaient actives depuis 1975. Des nouvelles unités clandestines apparaissent au début des années 1980, les Special Constables [surnommés "kitskonstabels", "blue lines" ou "bloupakke"] constitués exclusivement d'Africains Noirs : ruraux analphabètes, chômeurs des townships, criminels et membres de gangs, recrutés et formés par la police. Leurs missions sont d'intimider la population, les militants anti-apartheid, et d'assassiner au besoin les leaders de l'opposition. À la fin des années 1980, l'on estime leur nombre à 8.000, et ses unités auront la triste réputation d'être les plus violentes, comme le note la TRC [Vol. 2, p. 184] : hauts niveaux excessifs et inappropriés d'usage de la violence, le plus souvent sous les effets de l'alcool, vendettas personnelles, meurtres, lynchages, actes de tortures, vols, viols, assauts et destructions de bâtiments sont reportés, parfois avec la complicité des forces de police. Dans la région du KwaZulu et du Natal, les Special Constables assuraient la sécurité des Black Councillors, faisant régner la terreur dans les townships. Les kitskonstabels pouvaient agir de manière isolée, la Commission Vérité et Réconciliation reporte les cas d'un individu imbibé d'alcool pénétrant dans une demeure et massacrant leurs occupants, suspectés d'être des militants de l'UDF.
Dans les homelands indépendants, et certains townships les gouvernants et les services de police s'assuraient l'aide des « vigilantes », milices armées, escadrons de la Mort plutôt, engagés dans des opérations de déstabilisation, de représailles et d'élimination d'opposants politiques, de syndicalistes et, en général, de la résistance populaire. Au fil du temps, les « vigilantes » augmentèrent considérablement leurs effectifs – en recrutant des criminels dans les prisons, contre une remise de peine, par exemple – et d'autres émergent dans tout le pays à partir de 1985. La plus meurtrière était certainement le Witdoeke de Crossroads. Les « vigilantes » du Ciskei ont été réputé pour leur grande cruauté, notamment lors de la campagne pacifique de boycott des bus, en 1983, qui se solda par la mort de 16 personnes.
D'autres organisations armées et financées par la police ou l'armée étaient susceptibles en outre dans certaines régions ou dans certains townships de les « aider ». En premier lieu sur les milices Blanches pro-apartheid, déjà constituées et bien armées, qui à partir du milieu des années 1980 deviennent opérationnelles, même si leurs actions restent très limitées. L'Etat leur donnera les moyens de les intensifier. Dans d'autres cas, ces groupes sont organisés par la police, tels que les Anti-comrades et les Eagles (dans l'État libre d'Orange) qui auraient été la création directe des forces de sécurité (TRC Report, Vol. 2, pp 310-311). En second lieu, la police peut disposer, mais de manière plus informelle et limitée dans le temps, des bandes liées au Grand gangstérisme, et aux organisations criminelles : en échange de sommes d'argent, d'armes, de protection ou d'impunité de leurs activités (racket, prostitution, tripots clandestins, trafics de drogues, etc.), ces gangs se chargeaient des basses besognes, assassiner un comrade, intimider sa famille, disperser une réunion ou un meeting, incendier un local, etc...

Des organisations de façade sont créées afin d'offrir une couverture aux agents du Renseignement, et d'autres ont mission de recruter dans les milieux civils [Jeugkrag (Jeunesse pour l'Afrique du Sud), ou la National Student Federation (Fédération nationale étudiante, par exemple], ou encore d'assurer la « guerre politique », la propagande, comme ce fut le cas avec la International Freedom Foundation [IFF], richissime organisation américaine anti-communiste implantée en Afrique du Sud, éditant un mensuel et de nombreuses brochures, proposant des conférences [Henry Kissinger sera, par exemple, invité], etc. En 1986, l'Operation Babushka, avait pour mission de recruter aux Etats-Unis et à Londres, le plus grand nombre de politiciens républicains et d'intellectuels conservateurs afin de lutter contre la pression croissante internationale pour l'imposition de sanctions économiques contre le régime de l'apartheid. Il est fort possible que l'IFF ait participé au financement de ce film odieux sorti en salle en 1982, « Les dieux sont tombés sur la tête » du réalisateur Sud-africain Jamie Uys, raciste notoire, idéalisation du bon « sauvage », et de l'apartheid, mettant en images une réalité travestie, « ne montrant rien des conditions de vie réelle de ces populations » écrivait Denis Martin pour qualifier ce film, n° 1 au box-office en 1983 en France avec près de 6 millions d'entrées...





Cette stratégie avait plusieurs avantages : le déploiement de ces unités et milices civiles coûtait peu en termes de pertes humaines, de ressources et de matériel ; et le niveau de violence et de brutalité était considérablement augmenté, sans pour autant entamer les relations diplomatiques avec l'occident, comme cela aurait été le cas si l'armée régulière ou la police était intervenu de cette manière. En outre, l'utilisation de ces forces armées « de substitution » a plus que favorisé l'idée, à l'étranger, d'une violence entre Noirs [black-on-black violence] et de l'extrême « division » entre les groupes ethniques et politiques, qui laissaient présager une guerre civile atroce et meurtrière si l'apartheid était aboli. Bien évidemment cette propagande fut pendant des années distillé par les grands médias Blancs sud-africains et d'autres contrées.




LE COUP D'AVANCE DES BLANCS


Parmi la longue liste des grandes opérations engagées dans le cadre de la Total Strategy, par le State Security Council celles-ci portent la marque d'une stratégie de l'offensive permanente, sur tous les fronts, intérieurs et étrangers, comme aux échecs, les blancs ont toujours un coup d'avance :
  • Menaces contre les pays de l'Afrique subsaharienne « décolonisés » de représailles militaires et économiques en cas de collusion avec l'ANC, et/ou pro-soviétiques.
  • Déstabilisation des pays « ennemis » : création d'armées de guérilla contre-révolutionnaire (UNITA en Angola, RENAMO au Mozambique, Lesotho Liberation Army, Super-Zapu au Zimbabwe) et d'unités spéciales de l'armée intervenant en pays étranger, et aux frontières. Organisation du coup d'Etat militaire en 1986 au Lesotho favorable à Pretoria.
  • Recrudescence de raids contre les bases de l'ANC-SACP-Umkhonto [de commandos ou aériens] en dépit des lois internationales.
  • Constructions de « murs » aux frontières nord du pays destinés à empêcher les infiltrations.
  • Opérations de kidnapping et d'assassinats contre les leaders exilés de l'opposition [12], et certainement du président socialiste du Zimbabwe.
  • Et parallèlement longues conciliations diplomatiques pour la signature de pacte de non-agression avec le Botswana, Swaziland (1984), Mozambique (1984), Lesotho (coup d'Etat 1986), l'Angola (1988), stipulant l'évacuation des forces armées de l'ANC-SACP, et du PAC, stationnées sur leurs territoires. Ces pays limitrophes constituent ainsi une Military Buffer Zone.
  • Mesures législatives favorisant l'antagonisme des groupes ethniques Noirs [homelands, townships, Inkatha, etc.].
  • Instauration de l'état d'urgence dans certaines régions en 1985, puis national entre 1986 et 1990.
  • Renforcement des lois « anti-terroristes », et interdiction de plusieurs organisations et syndicats Noirs.
  • Financements exceptionnels accordés à la militarisation du pays.
  • Contrôle total des médias et propagande [inter] nationale d'une guerre contre le communisme soviétique, pour la survie du capitalisme, et de la menace d'une guerre civile black-on-black entre les groupes ethniques en cas d'abolition (totale) de l'apartheid, menace prépondérante après la fin du communisme en 1989, et de la « pression » armée cubaine en Afrique.





POLITICAL MILITARY COUNCIL

Cette offensive décida l'ANC, lors de la conférence de Maputo en 1983, à modifier, à adapter la stratégie politico-militaire privilégiant la reconstitution, l'établissement ou le renforcement des « Underground Installations » en Afrique du Sud. Le Conseil Révolutionnaire est dissout, et le nouveau Political Military Council , est créé afin de réorganiser les structures politico-militaires, avec pour objectif central, de relier le travail politique de l'ANC, et les activités militaires de Umkhonto.
Le Political Military Council devait, entre autres, organiser plus efficacement le système de communication entre les headquarters des bases arrières et celles d'Afrique du Sud, le « Home front ». Des cellules clandestines étaient, en effet, isolées de la chaîne de commandement et leurs militants, sans ordres ou instructions, et livrées à elles-mêmes, fomentaient de leur propre initiative des actions armées, parfois en contradiction avec la ligne politique de l'ANC. La problématique organisationnelle de la branche armée devint centrale et le nouvel organigramme se complexifie [13].


UNITED DEMOCRATIC FRONT


 “ It was the first time after the banning of the ANC in 1960 that there was a front, an organisation uniting everyone that was against Apartheid in the country. […] Prior to the formation of the UDF, there were student representative councils, there were youth movements, there were civic structures and there were leading intelligentsia and intellectuals of the people, you know. So the formation of the UDF brought all those people together and everybody was very excited to be a part of the alternative to the state repression in the country. It gave us all a voice. I think it was the one of the most important events in South Africa after the banning of the ANC.”

Charles Hans



A partir de 1979, après le traumatisme de la répression post-Soweto, les organisations et les associations se multiplient. Dans les townships, elles se consacrent à l'amélioration « concrète » et immédiate des conditions de vie, luttant contre l'augmentation des loyers, des charges, des services, des transports, exigeant l'arrêt des expulsions, la fin du contrôle de flux [Influx Control], des mesures contre la pénurie de logements, de services, de commerces, d'infrastructures, critiquant les conseillers municipaux noirs corrompus. Au fil des années, par effet d'entrainement, des milliers d'organisations se forment, n'ayant d'autre objectif que l'amélioration immédiate de leurs conditions de vie et de travail, abandonnant ainsi le domaine de la lutte contre l'apartheid [14]. La plus grande majorité d'entre elles ne regroupe qu'un petit nombre de membres, se déclare apolitique [pour leur survie] et n'est pas affiliée à un groupe politique, même si certains de leurs membres peuvent effectivement l'être.

Les premières grandes organisations apparaissent dans la région de l'Eastern Cape, à Soweto en particulier, où elles enchaînent localement des campagnes portées par la base militante concernant, en fait, tous les domaines de la vie quotidienne. A Port Elizabeth, le Port Elizabeth Black Civic Organisation (PEBCO), se forme en 1979 pour coordonner les nombreuses associations civiles de résidents luttant pour l'amélioration immédiate de leurs conditions de vie. En 1980, à Cape Town, une campagne très efficace de boycott contre les établissements scolaires fût coordonnée par le "Committee of 81", composé par les comités d'étudiants, les syndicats d'enseignants (Teachers Action Committees) et les associations de parents d'élèves (Parents Committees), des communautés Noire, Indienne et Métis. Le boycott s'étendit par la suite dans tout le pays, en reprenant le même principe organisationnel. En 1981, les « mass-based communities » de la région du Transvaal entamèrent le cycle des luttes, associées au mouvement de grèves ouvrières des complexes industriels de la région du Witwatersrand : ici, ouvriers, étudiants et habitants oeuvrent ensemble, y compris dans les petites villes-dortoirs rurales. En 1982, émergent dans le Natal des « new community organisations » s'opposant à l'augmentation des prix des transports et plus tard, des loyers. À East London, une campagne de boycott des bus commence en 1983, pour se terminer deux années plus tard.



Les plus actives et les plus importantes formeront en 1983, une sorte de fédération nationale, l’United Democratic Front (UDF), regroupant à l'origine 575 associations [15]. L'UDF n'est pas une structure centralisatrice mais un Front. Ses principaux objectifs  sont de favoriser l'émergence de nouvelles associations, de les soutenir, de faire partager les expériences, d'établir des relations entre elles, et de coordonner leurs actions par régions, par villes, et d'organiser la Résistance méthodiquement, dans chaque township, sur le principe pyramidal : Local – Régional – National, inversant ainsi celui de l'ANC. L'unité de base prime. Cela étant, l'UDF peut aussi organiser des campagnes nationales, telle la ONE MILLION SIGNATURES.

Dans ce cadre, l'opposition à l'apartheid, sous-jacente, représente le dernier échelon, et l'UDF se concentre, pour cette époque,  sur les problèmes quotidiens des habitants, les grassroots, dans une approche inter-raciale assumée et revendiquée afin d'isoler le régime. Les associations affiliées à l'UDF agissent dans le cadre légal et semi-légal, leurs principales armes étant le boycott et la grève. Ces activités présentent dans les faits, selon les époques et sa propre évolution, selon les régions, les townships, les leaders, le niveau de répression, etc., des configurations hétérogènes qu'il serait impossible de lister, voire même de catégoriser.

L'United Democratic Front n'est pas l'oeuvre de l'ANC, et ne le représente pas, mais leurs leaders collaboreront dès sa fondation, avec les plus hautes instances de l'ANC. Regroupant 600 associations, l'UDF ne peut être donc considéré comme la vitrine légale de l'ANC, mais il est possible d'affirmer que la majorité de ces associations ait été plus que favorable à l'ANC, formant ainsi le chaînon manquant entre le quotidien, le "local", les préoccupations basiques des communautés Noires et la lutte nationale de Libération. Celles-ci s'occupèrent ainsi en priorité des revendications locales tout en contribuant à la politisation des populations urbaines [mass-based national front]. De même,  des civics sont organisées ou sous l'emprise de « rescapés » de Umkonto We Sizwe de l'ANC, ou du SACP des années 1961-1964 (dont de nombreux prisonniers ayant purgé leur peine), ou bien d'autres organisations politiques (dont le PAC, par exemple). Peu nombreuses, dans un premier temps, ces civics associations politisées, ont été des instruments de pression face au régime, de propagande, de recrutement, de planques aussi, dont l'objectif était l'établissement d'un « people's power in black areas. » 




Dans certaines régions, la mobilisation populaire et l'organisation ont émergé en réponse aux initiatives de l'UDF. Dans d'autres, l'organisation de la résistance s'est faite de manière informelle et spontanée. Certains groupes refusaient toute alliance avec les organisations multi-raciales, d'autres avec le SACP... ou les deux, comme le Pan African Congress. Autour de l’AZAPO [Azanian People’s Organization], avatar de la Conscience Noire, un autre regroupement de la gauche trotskyste, le National Forum Committee, se formait, refusant le leadership de l’ANC, organisations jugée petite-bourgeoise. Et certains syndicats ouvriers n'appréciaient pas ou refusaient l'idéal de l'ANC d'une « union des classes sociales » : la lutte des classes prévalait.


1983 | CAR BOMB

Le 12 février 1983, une bombe explose à Bloemfontein, dans les locaux de l'Orange Free State Administration Board offices, faisant 77 blessés. L'attentat ne sera pas revendiqué par l'ANC, ni par aucune autre organisation. En mai 1983, Umkhonto weSizwe signe son premier attentat meurtrier : 19 morts, 217 blessés, et 2 guérilleros tués  ; Nelson Mandela dans son autobiographie (1994), le relatait ainsi :
« Le premier attentat à la voiture piégée organisé par MK eut lieu en mai 1983 ; il visait un bureau des renseignements militaires en plein coeur de Pretoria. C’était une réponse aux attaques délibérées que l’armée avait lancées contre l’ANC à Maseru et ailleurs, et cela marquait une escalade dans la lutte armée. Dix-neuf personnes furent tuées et plus de deux cents autres blessées. La mort des civils était un accident tragique qui m’a causé une horreur profonde. Mais aussi bouleversé que je pouvais l’être par ces victimes, je savais que de tels accidents étaient les conséquences inévitables de la décision prise de se lancer dans la lutte armée.  L’erreur humaine est toujours un élément de la guerre, et le prix à payer est toujours élevé. C’était précisément parce que nous savions que de tels accidents se produiraient que nous avions pris à contrecoeur la grave décision d’avoir recours aux armes. Mais comme le dit Oliver à l’époque de l’attentat, la lutte armée nous avait été imposée par la violence du régime d’apartheid. Le gouvernement et l’ANC suivaient deux voies : la voie militaire et la voie politique. Sur le plan politique, le gouvernement poursuivait sa stratégie habituelle du diviser-pour-régner en essayant de séparer les Africains des métis et des Indiens. »




La communauté internationale désapprouve, et Oliver Tambo, président de l'ANC, le condamna également : « Never again, never again, are our people going to be doing all the bleeding, never again. », et cet attentat « aurait » divisé les leaders historiques de l'ANC et selon Mike Davis, entraîné un débat sur la moralité de ces attaques contre des « cibles faciles », malgré une très forte pression de sa base en faveur d’une politique de représailles plus agressive en réponse aux atrocités du régime de l'apartheid.  Thabo Mbeki, un haut responsable de l'ANC faisait ainsi cette réflexion en 1983, que si les personnes travaillant dans les mouvements d'étudiants, et les syndicats n'avaient pas été formés à la guérilla urbaine, ils avaient néanmoins activement promu la cause de l'ANC, et de la lutte armée en Afrique du Sud, en parlant à leurs collègues à ce sujet-là, et en s'organisant pour cela. Ceci, soulignait-il, était aussi important que de faire sauter une bombe.
Qui fut responsable de ce tournant majeur dans la lutte armée ? Le haut commandement de Umkhonto we Sizwe, était-ce une initiative de sa direction régionale, ou bien s'agissait-il d'une décision du Conseil Révolutionnaire, approuvée par l'ANC, malgré les déclarations de Tambo ? Bien des années plus tard, lors de l'audience de la Commission de Vérité et de Réconciliation, un représentant de l'ANC précisait que l'engin explosif avait été déclenché prématurément – une défaillance ou une fausse manœuvre -, que la cible était militaire [headquarters of the South African Air Force (SAAF)] ayant pour objectif son personnel militaire, et enfin :

« They were military people there… One regrets the loss of innocent lives of civilians, but… We did not think it was terrorism. In fact, the ANC in all its statements lauded that operation… »
Partie 3 | Umkhonto weSizw | 1964 – 1984
Partie 4 | Afrique du Sud | Insurrections Urbaines | 1984 – 1987



NOTES

[1] Le commandant Guevara qui à cette époque commandait des troupes afro-cubaines non loin, au Congo belge. Dans un texte de 1967 [Message à la Tricontinental], il évoquait ainsi l'avenir révolutionnaire de l'Afrique du Sud :
« Quand les masses noires de l’Afrique du Sud ou de la Rhodésie auront commencé leur authentique lutte révolutionnaire, une nouvelle époque aura commencé en Afrique ; ou quand les masses appauvries se lanceront à l’action pour arracher des mains des oligarchies gouvernantes leur droit à une vie digne. »
Le texte en intégralité est disponible là :

[2] Quelques mois plus tôt, en janvier 1963, le magazine londonien Assegai, écho partisan de MAO ou de Fidel Castro, publiait ces lignes : « As true Marxist-Leninists, we believe in the inevitable clash between capitalists and workers and the Ultimate and decisive destruction of capitalism. We know that the grounds for this clash must be prepared in a scientific and revolutionary way. We therefore welcome and have closely associated ourselves with the small beginnings that have already been made in our country. We salute UMKONTO WE SIZWE (Spear of the Nation) as a step in the right direction. By their acts of sabotage the necessary spark (for revolution) has been given. »
Un autre document daté de 1963, intitulé « Under the heading The ANC Spearheads Revolution, Leballo No » d'une faction radicale de l'ANC appelait à :  Twelve million people will be slaves no longer. For three hundred years the Whites have refused to hear our voice. The ways of peace have failed. Now we fight to be free. The Verwoerd Government had made it impossible for us to win our birthright any other way. The ANC tells the people straight : the struggle that will free us is'a long hard job... The White supremacy state is powerful and had tried to prepare itself for revolution. It has money, It is well organlsed, well armed.
TO DESTROY VERWOERD WE MUST DESTROY THE INSTRUMENTS OF WHITE POWER.
We will not win until we destroy the forces that make the White state powerful.
WHAT ARE THE INSTRUMENTS OF WHITE POWER ?
They are the army, the railways, the docks, the factories, the farms, the pollee and the whole administration.
HOW ARE (WE) TO SMASH THEM ?
With planned, strategic violence.
Already scared, the Whites are on the look-out.
We must outwit them. We must hit them when they are not looking.
ORGANISED VIOLENCE WILL SMASH APARTHEID.
[3] THE STRUGGLE CONTINUES! VICTORY IS CERTAIN!
People of South Africa - Sons and Daughters of the soil - the AFRICAN NATIONAL CONGRESS and its military wing UMKHONTO WE SIZWE has declared:
"WE SHALL AVENGE THE BRUTAL MURDER OF OUR INNOCENT CHILDREN. WE SHALL AVENGE THE RUTHLESS KILLING AND MAIMING OF OUR PEOPLE WHO HAVE RISEN IN HEROIC PROTEST AGAINST THE APARTHEID MONSTER!"
The terror that Vorster let loose in the Black townships has failed to crush the spirit of our people. Our unity and determination to struggle is greater than ever before. Africans, Coloureds and Indians, young and old, workers and parents, pupils and teahcers, have stood firm agains the police atrocities, and in the heroic months since June have raised the struggle to new heights. Vorster and his cohorts must know: We shall defy their murder squads with greater determination; we shall continue to build the unity of all the Black people and reject with contempt efforts to divide us through useless concessions, dummy bodies and Bantustan frauds; we shall organise better, in secret to outwit enemy spies and informers; we shall co-ordinate our struggle in all corners of South Africa; develop our mass actions, demonstrations and strikes which mobilise our people and disrupt the economy; we shall harass the enemy, his police, soldiers, officials and spies wherever we can. Above all, we shall arm ourselves with modern weapons and hit back through our organised fighting force UMKHONTO WE SIZWE!

UMKHONTO WE SIZWE - PEOPLE'S ARMY OF LIBERATION
These racist murderers who slaughter unarmed children and women, fled in panic when they came face to face with the armed freedom fighters of UMKHONTO in Zimbabwe in 1967 and 1968. Their racist arrogance shrank when our MPLA comrades thrashed them in Angola. And now the time is coming when UMKHONTO will punish the racists on our own soil. The mass struggle of our people helps to bring that day nearer. Already Vorster is trembling because last October bombs destroyed the Jabulani police station, the Mzimhlope railway line and the Tzaneen to Pietersburg railway. He knows that armed freedom struggles start in small ways as happened in Angola, Mozambique and Vietnam. The freedom fighters organise the people in the towns and countryside; the mass struggle grows side by side with the armed struggle. In this way we build a PEOPLE'S POWER that wll punish the oppressor for his crimes and establish freedom and justice over every inch of our beloved South Africa!
DECEMBER 16TH IS A HISTORIC DAY IN THE FREEDOM STRUGGLE!
The national liberation movement, under the leadership of the ANC, formed UMKHONTO WE SIZWE in 1961 when it became clear that only through armed struggle - no matter how long and bloody - could freedom be won. UMKHONTO provides our people with the skills of modern warfare. The bomb blasts and sabotage actions that rocked South Africa in the early 1960s are being heard again. Now the conditions and opportunities for our stuggle have become more favourable. The oppressor will be met bullet for bullet here in South Africa. Our youth - African, Indian and Coloured - must join UMKHONTO in even bigger numbers and train to become skilled freedom fighters. Remember: to succeed in struggle it is essential to be disciplined, organised and correctly identify the enemy. You must be part of an organisation, part of a revolutionary movement - the ANC with its allies and militry wing UMKHONTO WE SIZWE will lead our people to victory!
COUNTRYMEN AND COMRADES: You have shown your courage and contempt for death. With such fighting spirit and unity our final victory is assured. Let us continue to convert our anger into revolutionary action. Let us harass the enemy on every front.
On this December 16th - HEROES DAY - the ANC dips its revolutionary banner in memory of all those who have fallen in battle. To all the parents we say "Be proud for giving birth to such heroic children. They have not died in vain and we will continue the battle until victory is won."
To all of you we say: Forward brave fighters! Forward brothers and sisters! Maintain your revolutionary unity and fighting spirit. Together we will raise the struggle to more glorious heights. The blood of our people has made us stronger and more determined.
AMANDLA NGAWETHU! THE STUGGLE CONTINUES! VICTORY IS CERTAIN!
[4] La guerre populaire, expliquée par le général [autodidacte] Vo Nguyen GIAP [Guerre du peuple, Armée du peuple | 1965 | Ed. Maspero] :
« Il ne suffisait pas toutefois d'avoir des objectifs entièrement conformes aux aspirations fondamentales du peuple. Il fallait encore tout mettre en oeuvre pour éclairer les masses populaires, les éduquer et les encourager, les organiser dans le combat pour le salut national. Le Parti s'est consacré tout entier à ce travail, au rassemblement de toutes les forces nationales, à l'élargissement et à la consolidation d'un front national unifié, le Front Vietminh puis le Front Lien Viet qui fut un magnifique exemple de la plus large union des couches populaires dans la lutte anti-impérialiste dans un pays colonial. Ce front rassemblait en effet les forces patriotiques de toutes les classes et de toutes les couches sociales, voire des propriétaires terriens progressistes, toutes les nationalités du pays, majoritaires comme minoritaires; les croyants patriotes de toutes les confessions religieuses. ‘’L'union, la grande union, pour la victoire, la grande victoire’’, ce mot d'ordre lancé par le Président Ho Chi Minh est devenu une réalité, une grande réalité, pendant la longue et dure résistance. Nous entreprenions une guerre du peuple, et cela dans le cadre d'un pays colonisé de longue date. Aussi le facteur national fut-il ici d'une importance primordiale ; il fallait rallier toutes les forces susceptibles de renverser les impérialistes et leurs valets. Cette guerre se déroulait d'autre part dans un pays agricole arriéré où les paysans, représentant la grande majorité de la population, constituaient les forces essentielles de la Révolution comme de la Résistance. Aussi les rapports entre la question nationale et la question paysanne devaient-ils être clairement définis, et la solution par étapes du problème agraire, en vue de mobiliser les grandes masses paysannes, considérée comme un des facteurs essentiels et décisifs de la victoire. […] Les impératifs de la guerre populaire du Viet Nam exigeaient l'adoption d'une stratégie et d'une tactique appropriées, sur la base des caractéristiques de l'ennemi et de nos propres caractéristiques, des conditions concrètes du champ de bataille, et du rapport des forces en présence. Autrement dit, stratégie et tactique de la guerre du peuple, dans un pays colonial, économiquement arriéré.
En premier lieu, cette stratégie devait être la stratégie d'une guerre de longue durée. Non pas que toutes les guerres révolutionnaires, toutes les guerres populaires doivent obligatoirement en passer par là. Si dès le début, les conditions sont favorables au peuple et le rapport des forces penche du côté de la révolution, la guerre révolutionnaire peut se terminer victorieusement à bref délai. Mais la guerre de libération du peuple vietnamien débutait dans des conditions tout autres nous avions affaire à un ennemi bien plus fort. De toute évidence, ce rapport des forces nous enlevait la possibilité de livrer des batailles décisives dès l'ouverture des hostilités et à plus forte raison d'arrêter net l'agression dès les premières opérations de débarquement sur notre sol. En un mot, il nous était impossible de vaincre rapidement. Ce n'était que par une longue et dure résistance que nous pourrions user peu à peu les forces vives de l'adversaire, tout en renforçant les nôtres; faire pencher progressivement la balance des forces en notre faveur et arracher finalement la victoire. Nous n'avions pas d'autre voie.
Cette stratégie et le mot d'ordre de résistance de longue durée furent arrêtés par le Parti Communiste Indochinois dès les premiers jours de la guerre de libération. C'est dans cet esprit que l'Armée populaire du Viet Nam, après avoir livré de farouches combats de rues dans les grandes villes, opéra de sa propre initiative des replis stratégiques vers la campagne pour y maintenir ses bases et préserver ses forces vives. La guerre révolutionnaire de longue durée devait comporter plusieurs étapes différentes : l'étape de la défensive, celle de l'équilibre des forces, enfin celle de la contre-offensive. La réalité vivante était évidemment plus complexe. Il fallut plusieurs années d'une guérilla de plus en plus intense et généralisée pour réaliser l'équilibre des forces et développer notre potentiel de guerre. Lorsque les conjonctures intérieures et extérieures le permirent, nous passâmes à la contre-offensive, tout d'abord par une série d'opérations locales puis par d'autres de plus grande envergure qui devaient conduire à la victoire décisive de Dien Bien Phu.
L'application de cette stratégie de résistance de longue durée exigeait tout un travail d'éducation, toute une lutte idéologique parmi le peuple et les membres du Parti, un gigantesque effort d'organisation au double point de vue militaire et économique, des sacrifices et un héroïsme inouïs dans l'armée comme dans le peuple, au front comme à l'arrière. Des tendances erronées se manifestèrent parfois, voulant soit brûler les étapes pour terminer la guerre plus tôt, soit engager d'importantes forces dans des aventures militaires. Le Parti les redressa par une lutte opiniâtre et persévéra dans la voie qu'il s'était fixée. [...]
La guerre populaire de longue durée au Viet Nam exigeait également des formes de combat appropriées : appropriées à la nature révolutionnaire de la guerre comme au rapport des forces d'alors accusant une nette supériorité de l'ennemi, aux bases matérielles et techniques encore très faibles de l'Armée populaire. Cette forme de combat adaptée, c'était la guérilla. On peut dire que la guerre de libération du peuple vietnamien fut une longue et vaste guérilla allant du simple au complexe pour aboutir à la guerre de mouvement dans les dernières années de la Résistance. La guérilla est la guerre des masses populaires d'un pays économiquement arriéré se dressant contre une armée d'agression puissamment équipée et bien entraînée. L'ennemi est-il fort, on l'évite ; est-il faible, on l'attaque ; à son armement moderne, on oppose un héroïsme sans bornes pour vaincre, soit en harcelant, soit en anéantissant l'adversaire suivant les circonstances et en combinant les opérations militaires avec l'action politique et économique; pas de ligne de démarcation fixe, le front étant partout où se trouve l'adversaire. Concentration des troupes pour réaliser une supériorité écrasante sur l'ennemi là où il se trouve assez découvert, afin de détruire ses forces vives; initiative, souplesse, rapidité, surprise, promptitude dans l'attaque et le repli. […]
Dans la guerre de libération du Viet Nam, la guérilla se généralisa dans toutes les régions temporairement occupées par l'ennemi. Chaque habitant fut un soldat, chaque village une forteresse, chaque cellule du Parti, chaque Comité administratif de commune un état-major. Le peuple tout entier participait à la lutte armée, combattant, selon les principes de la guérilla, en petits paquets, mais toujours suivant une seule et même ligne, suivant les mêmes directives, celles du Comité central du Parti et du Gouvernement. [...]
Guerre du peuple, guerre de longue durée, lutte de guérilla prenant peu à peu les proportions d'une guerre de mouvement, tels sont les enseignements les plus précieux de la guerre de libération du Viet Nam. C'est en suivant cette ligne que le Parti a mené la résistance à la victoire. [...]
Dès les premiers jours, on vit donc apparaître trois types de formations armées : les organisations paramilitaires ou guérilleros, les troupes régionales et les unités régulières. Ces formations furent, sur le plan de l'organisation, l'expression de la politique de mobilisation générale du peuple en armes ; elles coopérèrent étroitement pour anéantir l'ennemi. Paysans, ouvriers et intellectuels affluèrent dans les rangs des forces armées de la Révolution. Des cadres dirigeants du Parti et de l'appareil d'Etat s'improvisèrent officiers. [...]
Depuis sa création et tout au cours de son développement, cette direction du Parti a été concrétisée sur le plan de l'organisation. L'armée a toujours eu ses commissaires politiques. Dans les unités, les chefs militaires et politiques assument leurs responsabilités, sous la direction du Comité du Parti de l'échelon correspondant.
L'armée populaire est l'instrument du Parti et de l'Etat révolutionnaire pour la réalisation, sous la forme armée, des tâches de la révolution. La conscience profonde des objectifs du Parti, la fidélité sans bornes à la cause de la nation et de la classe ouvrière, et l'esprit de sacrifice sans réserve sont pour elle des questions fondamentales, des questions de principe. Aussi, le travail politique dans ses rangs revêt-il une importance primordiale. Le travail politique est l'âme de l'armée. En inculquant à celle-ci l'idéologie marxiste-léniniste, il vise à élever sa conscience politique et son niveau idéologique, à renforcer la position de classe de ses cadres et de ses soldats. Pendant la guerre de libération, il lui a permis de se pénétrer de la politique de résistance de longue durée et de la nécessité impérieuse pour le peuple et l'armée de compter sur leurs propres forces pour surmonter les difficultés. [...] Le travail politique, c'est le travail de propagande et l'éducation des masses, c'est encore le travail d'organisation du Parti dans l'armée. »
[5] Le programme :
Maniement des armes : notamment de l'AK 47, des grenades et des rocket-propelled grenades. L'entraînement préparait à la fois à la défense et l'offensive et comprenait en outre, la maintenance des armes.
First Aid : Apprentissage des premiers soins à apporter aux blessés, et des techniques d'évacuation des blessés au cours d'une bataille.
Discipline militaire : Obéissance stricte des ordres, connaissance des insignes, grades, salut militaire, etc., et manœuvres des parades et défilés militaires.
Politique : Cours concernant l'histoire moderne du pays, de l'apartheid, de l'ANC-SACP, ainsi que les grands principes politique et international du Marxisme-Léninisme.
Engineering : Cours d'utilisation des explosifs utilisés pour les attentats à la bombe, et les mines (limpet, anti-personnel et land mines).
Artillerie : Cours d'utilisation du mortier Soviet-made de 82 mm Grad-P et du lance-roquette de 122 mm.
Communications: Apprentissage des équipements militaires de communication, et des techniques de codes secrets.
Topographie militaire : Cours concernant la lecture de cartes militaires topographiques et de navigation (boussole, de nuit, etc.).
Military Combat Work : Ces cours concernaient l'espionnage et le contre-espionnage et préparaient des guérilleros urbains à établir des réseaux underground dans les villes, aux techniques et tactiques clandestines, etc. Des cours plus théoriques pour la propagande politique, l'armée révolutionnaire politique.
Défense anti-aérienne : spécialement pour la défense des camps d'entraînement contre les raids aériens.
Après cet enseignement commun, les guérilleros, en fonction de leurs compétences et aptitudes pouvaient être envoyés dans un camp à l'étranger.
[6] En 1977 il quitte l'Afrique du Sud illégalement pour rejoindre les rangs de la résistance en exil, au Swaziland, où il obtient l'asile politique. Avec une vingtaine d'autres, il est envoyé dans un camp de réfugiés où il est contacté par un agent du recrutement de l'ANC, et un autre du PAC. Il préféra l'ANC qui l'envoie dans un camp au Mozambique afin de recevoir une instruction politique. A la fin de sa formation, un mois de cours, il choisit d'intégrer Umkhonto, en tant que guérillero. Il est envoyé dans le camp d'entraînement militaire Viana de transit en Angola, où officient des instructeurs cubains. En juin 1977, il rejoint avec 30 autres recrues, le camp militaire Teterow en Allemagne de l'Est, où l'on y enseigne théories et tactiques de guérilla, de la guerre conventionnelle pratiquée par l'armée anglaise et sud-africaine, en plus d'un sévère entraînement militaire. Après six mois, il est instructeur dans un camp en Angola, puis est envoyé au Mozambique, commandant une unité opérant au Transvaal (attaques contre des cibles militaires et sabotages). En 1983, Sidebe est envoyé en URSS pour une formation aux techniques de renseignement, prodiguée par le KGB, à Moscou. Il est arrêté en août 1986 au Swaziland par la police ; et décida de collaborer avec la police sud-africaine. Ses révélations auront permis le démantèlement complet de l'ensemble des infrastructures clandestines de l'ANC-Umkhonto au Swaziland et dans la région de l'Eastern Transvaal.
[7] L'analyse de Dominique Darbon :
« Inauguré en 1972 par B.J. Vorster avec la création du SSC (State Security Council : Conseil de sécurité nationale), le processus de centralisation/rationalisation du pouvoir a été poursuivi avec vigueur par P.W. Botha. En cela, il ne faisait guère que poursuivre, au niveau du gouvernement cette fois, la révolution organisationnelle des fonctions et des organes de l’armée sud-africaine qu’il avait réalisée de 1966 à 1978. En septembre 1979, outre le renforcement du rôle du bureau du Premier ministre, le nombre des comités ad hoc fût réduit de 20 à 4, parmi lesquels le SSC. En 1980, le nombre des départements ministériels passait de 39 à 22, tandis que les services secrets BOSS/DONS (Bureau of State Security / Department of Natiolial Security) et le Ministère des affaires étrangères, principaux opposants à P.W. Botha du temps de B.F. Vorster, perdaient très largement leurs pouvoirs. Le processus de centralisation a permis la concentration du pouvoir de décision effectif entre les mains d’un petit nombre d‘hommes réunis autour de P.W. Botha, ses compétences ayant été accrues par sa nomination au poste de Président exécutif dans le cadre de la nouvelle Constitution de 1983. Le Président s’est entouré de nombreux techniciens, largement issus des cadres supérieurs de l’armée. Il les a nommés aux postes-clés dans les instances de planification et de décision. Il a réussi à ériger le SSC en un véritable organe de décision, dans lequel s’élabore la TNS, sous le contrôle du couple Botha/Malan. Le processus de centralisation-rationalisation des organes du pouvoir a ainsi permis, dans le cadre de la TNS, l’intervention du militaire comme contrainte majeure du politique. »
[8] L'analyse de Dominique Darbon :
« Le processus de centralisation a permis la concentration du pouvoir de décision effectif entre les mains d’un petit nombre d‘hommes réunis autour de P.W. Botha, ses compétences ayant été accrues par sa nomination au poste de Président exécutif dans le cadre de la nouvelle Constitution de 1983. Le Président s’est entouré de nombreux techniciens, largement issus des cadres supérieurs de l’armée. Il les a nommés aux postes-clés dans les instances de planification et de décision. Il a réussi à ériger le SSC en un véritable organe de décision, dans lequel s’élabore la TNS, sous le contrôle du couple Botha/Malan. Le processus de centralisation-rationalisation des organes du pouvoir a ainsi permis, dans le cadre de la TNS, l’intervention du militaire comme contrainte majeure du politique.
L’entrée du pouvoir militaire dans le processus de décision n’est pas l’expression d’une prise de contrôle du pouvoir par la SADF. C’est la réponse du régime aux menaces qui pèsent sur lui. C’est la manifestation de sa volonté irrévocable de préparer la société à résister. La question du devenir militaire est au cœur des décisions en RSA, tout comme la SADF est intégrée en tant qu’institution dans les centres de pouvoir et de décision, et en tant qu’organisation dans la société. La mise en œuvre du NSMS (National Security Management System) n’est autre chose que l’intégration et la gestion des quatre piliers du pouvoir sud-africain - le politique, l’économique, le socio-psychologique et la sécurité - dans un système de gestion cohérent et finalisé. [...] Rappelant que la préparation en vue d’une guerre moderne, conventionnelle ou non, impose un haut niveau de coordination, le Defence White Paper (1979) posait le SSC au centre de ce processus de coordination. En août 1979, P.W. Botha annonçait que le SSC serait chargé de contrôler toutes les décisions politiques importantes prises aussi bien par les organes gouvernementaux que par les entreprises d’Etat, tels que ARMSCOR (Armaments Development and Production Corporation), ESCOM (Electricity Supply Commission), ISCOR (Iron and Steel Corporation) ... De fait, le SSC est devenu le centre de la définition de la TNS, l’organe essentiel du NSMS, le véritable décideur en Afrique du Sud. Il est composé de tous les principaux leaders du pouvoir afrikaner réel. Outre le président Botha qui le dirige, les ministres de la Défense, des Affaires étrangères, de la Loi et de l’Ordre, et de la Justice y participent de plein droit. […] Se réunissant tous les 14 jours, il soumet des recommandations au Cabinet. En fait, il a priorité sur celui-ci dans la définition des politiques et intervient sans le prévenir dans les opérations de représailles ou de déstabilisation. Le pouvoir de décision est concentré dans ce système de comités mis en œuvre par le NSMS. Celui-ci organise, du SSC aux Joint Management Centres (compétents sur les régions calquées sur celles de la SADF, plus une zone par pays d’Afrique australe et une autre pour Walvis Bay), à travers un système complexe de comités spécialisés, la définition des politiques nationales, leur coordination et leur mise en œuvre. L’ensemble de ce processus et de ces organes est dominé par les militaires et par les objectifs militaires. Ainsi, la TNS n’est pas seulement une doctrine, c’est une politique et c’est une organisation dirigée par le Président. […]
Outre les organisations étatiques directement concernées par les tâches de défense tels la SADF, la SAP et les services secrets : MIS (Militay Intelligence Service), NIS et SP (Security Police) (15), la TNS mobilise les capacités de réflexion et de recherche dans tous les domaines : HSRC (Human Sciences Research Council), CSIR (Council for Scientific and Industrial Research), ainsi que l’ensemble des industries d’armement et les fabricants de matériels de pointe. Avec le monde des affaires, il s’est constitué, selon les termes de P. Frankel, une version édulcorée du complexe militaro-industriel. Directement contrôlé par le Ministère de la défense et le SSC, ARMSCOR assure la production, la fabrication, le montage et l’approvisionnement des armes nécessaires au pays. […]
Le secteur privé est directement engagé dans l’effort militaire planifié et contrôlé par le pouvoir. De fait, le développement rapide de la militarisation dans les années 70 s’est accompagné d’une amélioration spectaculaire des relations jusqu’alors tendues entre le gouvernement et le monde des affaires. […]
Enfin, les relations entre le gouvernement et les entreprises privées sont d’autant plus nécessaires que la militarisation de la société commence à faire sentir ses effets, avec notamment des pénuries temporaires de main-d’ceuvre blanche qualifiée et des difficultés de gestion des ressources humaines. L’armée, et plus exactement l’option militarisée de l'Afrique du Sud, a envahi tout le processus de décision. La SADF est présente dans tous les organes détenteurs effectifs de pouvoir, en plein accord avec les chefs du pouvoir civil. La TNS est à l’origine de toutes les décisions importantes du pays. Présente au niveau de l’élaboration de la politique, l’armée intervient par son r81e essentiel dans la protection des fondements non négociables du régime et dans la société sud-africaine dans son entier. »
[9] L'analyse de Dominique Darbon :
« La Citizen Force constitue la réserve opérationnelle de la SADF et est composée des conscrits et des réservistes. Obligatoire pour tous les jeunes Blancs depuis 1967, le service militaire fournit à la SADF 90 % de ses effectifs (27 000 conscrits par an). Pour accroître ce nombre, The South African Citizenship Amendment Act (1984) impose à tous les immigrants blancs de 15 à 25 ans, résidant en RSA depuis plus de 5 ans, d’effectuer le service militaire. Après deux ans, les conscrits sont versés dans la réserve. Ils restent susceptibles d’être appelés pour renforcer l’armée en zone opérationnelle, pour des périodes pouvant aller jusqu’à trois mois consécutifs par an, pendant douze ans. Après cette période, ils deviennent membres de l’Active Citizen Force et peuvent, s’ils sont affectés à un commando, être appelés à nouveau jusqu’à 55 ans. La Citizen Force est fortement équipée en matériels militaires modernes. Les commandos constituent une force paramilitaire d’infanterie chargée de la protection des zones d’habitation et de production urbaines ou rurales. Ils sont formés essentiellement sur une base volontaire. Depuis le développement du concept de area defence (1982), les commandos se sont vu affecter le rôle essentiel de protection de première ligne de la population :
''Les gens vivant dans une zone déterminée doivent s’organiser pour se défendre par eux-mêmes (...). Notre force permanente doit être essentiellement une force de réaction.''
Cette idée est déjà mise en Oeuvre dans les zones dites stratégiques où, en application du Defence Amendment Act (1982), les membres des commandos (environ 120 000 personnes) issus de la controlled reserve et de la national reserve peuvent être assignés à des tours de service de 12 jours par an. Ils sont répartis en unités géographiques (environ 150 dans les zones rurales) et sont chargés de collecter les informations sur la région et de répondre le plus efficacement possible à toutes les menaces, en attendant l’intervention des forces armées COIN, mieux équipées. Les commandos assurent aussi la liaison avec les fermiers isolés et les communautés rurales grâce au réseau de communication MARNET (Military Area  Radio Network). »
[10] Comme l'indique le long rapport de l'US Army : The Rollback of South Africaís Chemical And Biological Warfare Program. Dr. Stephen F. Burgess and Dr. Helen E. Purkitt USAF Counterproliferation Center, Air War College Air University, Maxwell Air Force Base, Alabama | 2001
[11] La stratégie de la dictature argentine prend le même principe de Guerre Totale, ainsi exprimée par le général Guillermo Suárez Mason:
« Devant l'avancée d'une action totale de la part du marxisme, il est indispensable de mettre en œuvre une réponse intégrale de l'État. Il serait absurde de supposer que nous avons gagné la guerre contre la subversion parce que nous avons éliminé son danger armé. »
In le quotidien Clarín daté du 6 juillet 1979.
[12] En 1972, Herbert Fanele Mbale, membre de l'ANC réfugié au Lesotho est enlevé par un commando et amené en Afrique du Sud. En février 1974, John Dube, membre fondateur du MK et Abraham Onkgopotse Tiro sont tués par des colis piégés -letter bombs – respectivement en Zambie et au Botswana. En mars 1976, deux membres de l'ANC, Cleopas Ndhlovu et Joseph Nduli, sont kidnappés au Swaziland par une Special Task Force, soumis à l'interrogatoire à la prison de Island Rock, puis condamnés à plusieurs années de prison, la cour de Justice n'ayant pas fait état de leur « kidnapping ». En janvier 1977, le chef de la représentation de l'ANC au Swaziland, Bafana Duma, est gravement blessé par une lettre piégée ; le 28 février 1978, un membre du MK, Kehla Nkutha, est kidnappé au Swaziland, puis tué ; le 6 juillet 1979, six membres du personnel de l'ANC en exil au Lesotho sont blessés par un colis piégé. Le 4 juin 1980, un membre du PK, Patrick Makau et son fils de 7 ans sont tués lors de l'explosion de leur maison, et trois voisins sont blessés gravement. En 1980, au Lesotho, un attentat à la bombe échoue et laisse la vie sauve à Chris Hani ; en août 1980, l'engin explosif placé dans sa voiture explose trop tôt, blessant sérieusement l'agent. Deux années plus, tard, il échappe à nouveau à une bombe placée à son domicile. En 1981, un membre du MK au Lesotho, Lehlonohono Christopher Moloi, échappe à une tentative d'assassinat à son domicile ; le 24 février 1981, le chef de la représentation de l'ANC au Zimbabwe, Joe Gqabi est assassiné devant sa maison. Le 26 novembre 1981, au Botswana, deux activistes de l'ANC Joyce Dipale and Mr Tieho Masinga sont gravement blessés lors de l'explosion de leur ferme. Le 4 juin 1982, le chef de la représentation de l'ANC au Swaziland et son épouse sont tués par un engin explosif (les 3 agents secrets recevront une des plus hautes distinctions de la police pour cette action). Le 17 août 1982, l'épouse de Joe Slovo, Ruth First est tuée en ouvrant un colis piégée à Maputo, au Mozambique. Le 28 juin 1984, Jeanette Curtis Schoon et sa fille de huit ans, alors en Angola, sont tuées par un colis piégée. Le 22 novembre 1983, Zwelibanzi Nyanda, commandant du MK, et à la direction de l'ANC Natal military machinery au Swaziland, et un combattant, Keith McFadden, sont assassinés pendant leur sommeil, trahis par l'un des leurs (les agents seront décorés de la Police Star for Outstanding Service (SOE medal) par le Ministre de la Police, Louis le Grange. En mai 1985 Rogers Nkadimeng, un senior ANC/SACTU official, est tué lors de l'explosion de son véhicule, au Botswana. Au Swaziland, Japie Maponya, frère d'un activiste du MK, est kidnappé puis tué. Le 19 décembre 1985, un raid de l'armée à Maseru, au Lesotho, est organisé pour attaquer deux résidences occupées par des membres de l'ANC, faisant neuf victimes. Le 4 juin 1986, un senior MK operative, Philip Nwanematsu et deux membres de l'ANC sont assassinés lors d'un raid, au Swaziland, sur les indications d'infiltrés au service du Soweto Intelligence Unit. Le 14 juin 1986, le Special Forces commandos attaque la maison d'un membre de l'ANC, Matsela Pokolela, au Botswana. Dans ce même pays, en 1986, deux combattants du MK, Aubrey Mkhwanazi et son épouse Sadi Pule, échappent à un raid du Special Forces commandos qui en profite pour assassiner une personne. Le 12 décembre 1986, un raid des Special Forces est mené au Swaziland pour capturer le chef de l'ANC’s Natal Regional-Political Military Council, Shadrack Maphumulo. La maison est détruite, faisant une victime et Maphumulo décède sur le chemin du retour. Plusieurs autres personnes sont kidnappées dont la représentante africaine d'une ONG canadienne, Grace Cele, libérée deux mois plus tard après avoir été interrogée et torturée. Parmi les participants des Special Forces, Felix Ndimene, un des premiers Noirs de nationalité mozambicaine, membres de ces commandos de la « mort ». En 1987, une opération est élaborée pour assassiner un senior member of MK’s Special Operations Unit, Johannes Mnisi, au Botswana, soupçonné d'être impliqué dans l'attentat de 1983 de Church Street. Un agent infiltré au sein du MK, Keith Charles McKenzie, plaça une bombe dans son véhicule, avant d'être lui-même confondu par les services de sécurité du MK ; la voiture garée devant le domicile d'une famille botswana explosa la nuit, tuant une mère et deux enfants, et blessant sept autres personnes. L'enquête révélera, que l'explosion fut déclenchée délibérément par les agents sud-africains complices lorsqu'ils réalisèrent que la mission avait échoué. Les relations diplomatiques entre l'Afrique du Sud et le Botswana seront dès lors plus que tendues. Le 22 mai 1987, au Swaziland, un des leaders du MK’s Natal machinery, Theophilus Dlodlo, et deux passagers de son véhicule sont tuées lors de son explosion, deux autres sont très grièvement blessées. Le 6 juillet 1987, au Swaziland, un membre éminent de l'ANC et commandant du MK, Cassius Make, Paul Dikaledi, senior MK operative, et Augusto Elizah Tsinini, sympathisant ANC, sont tuées dans une embuscade armée alors qu'ils se trouvaient dans un taxi les menant à l'aéroport. Curieusement le conducteur est indemne. Le 11 mai 1987, Tsitsi Chiliza, citoyenne du Zimbabwe et épouse d'un membre de l'ANC est tuée à son domicile par une bombe disposée par le South African MI /Special Forces operation qui espérait plutôt tuer son époux. En 1987, au Mozambique, Gibson Ncube, un membre de l'ANC meurt brusquement dans une party, après avoir bu un verre de bière... empoissonné. Le même cas se reproduit en 1988 (ou 1989) avec un membre du MK, Knox Dlamini au Swaziland. Le 10 janvier 1988, au Zimbabwe, Obed Amon Mwanza est tué et six membres de l'ANC sont blessés par l'explosion d'un camion garé devant leur maison. Le 13 janvier 1988, le corps criblé de balles de Jacob Molokwane, membre du MK, est retrouvé dans une voiture à Francistown, au Botswana. Le 25 février 1988, au Lesotho, Mazizi Maqekeza et Mbulelo Ngona, membres du MK, et un étudiant sympathisant Thandwefika Radebe sont attaqués par de faux policiers dans leur voiture lors d'un barrage routier : Radebe est tué, Ngona s'échappe et Maqekeza laissé pour mort ; ce dernier sera tué plus tard sur son lit d'hôpital. Godfrey Motsepe était le représentant diplomatique de l'ANC, entre 1980 et 1988, pour le Benelux, résidant à Bruxelles ; la première tentative est organisée en février 1988 et échoue, la seconde en mars 1988 également : un engin explosif de 17 kilogrammes est trouvé à temps dans son bureau. 




Le 29 mars 1988, Dulcie September, représentante de l'ANC pour la France, la Suisse et le Luxembourg, est assassinée à Paris. L'ANC soupçonne fortement l'implication des services secrets français - Dulcie enquêtait en effet sur un trafic d'uranium et d'armes entre les deux pays, et un ancien agent de DGSE accusa en 2010 ses services de ce meurtre resté impuni. Le 7 avril 1988, à Maputo, Albie Sachs est blessé gravement en empruntant la voiture piégée d'un membre de l'ANC ; le 13 octobre, dans la même ville, Joan et Jeremy Brickhill le sont également par l'explosion de leur véhicule. En avril 1989 une opération commando est dirigée contre une base de transit de l'ANC au Botswana : trois membres sont tués. Le 15 avril 1989, Sadhan Naidoo et Moss Mthunzi, membres de l'ANC sont assassinés dans leur ferme en Zambie. En 1989, le secrétaire général du South African Council of Churches, le Révérend Frank Chikane est empoisonné lors d'un séjour aux USA, par une substance toxique appliquée sur ses vêtements. Etc...
[13] Ainsi les structures internes du Political Military Council, comportaient ces sections :
= l'Internal Political Committee (IPC) Underground (U/G): Services concernant les missions politiques et la formation des officiers et des agents clandestins.
= Military Headquarters : Etat-major militaire.
= Operations : service responsable de la planification et de l'exécution des actions, opérations et campagnes militaires, y compris d'infiltration.
= Military Intelligence : espionnage et contre-espionnage.
= Ordnance : intendance du matériel militaire.
= Communications : intendance de l'équipement militaire en communication.
= Propaganda : éditions de pamphlets, etc., pour les cadres en interne. Cette section travaillait en lien avec le Department of Information and Publicity (DIP).
= Mass Mobilisation : éditions d'articles en interne, concernant les stratégies et tactiques pour la mobilisation des masses.
= Data Processing Group : service d'informations interne pour les cadres.

Le Political Military Council, tel un arbre, disposait de structures clandestines pour chaque région, les Regional Political Military Councils (RPMC), et pays frontaliers, les Provincial Military Councils (PPMC), ayant leur propre commandement, subdivisés par zones militaires, les Area Military Political Commands, et par cellules clandestines et comités (comités d'étudiants, de boycott, d'ouvriers, etc.), organisés par villes, townships, rues, ou secteurs d'activité.


[14] La dynamique de ces organisations, a très progressivement fondamentalement modifié le terrain de lutte politique. Les grandes catégories sont :

= les organisations de la jeunesse et des étudiants : les syndicats étudiants sont pour la plupart interdits, mais des associations informelles ou semi-clandestines se forment au niveau local. Ils sont avec les syndicats ouvriers les moteurs de la révolte, parfois associés à de grandes actions.
= les syndicats : le secteur le plus structuré avec un nombre d’adhérents le plus élevé même si le taux des syndiqués est faible (15 %) et les rivalités permanentes.
= les mouvements féministes (émancipation, discrimination, etc.), les femmes joueront un rôle prépondérant dans la révolte ;
= les organisations communautaires de type traditionnel, en particulier celles liées aux Eglises protestante et catholique ; les paroisses deviendront des foyers très actifs de la contestation ;
= les organisations de quartier ou de résidents, nommées civics [ou civic associations] ;
= la End Conscription Campaign, la campagne pour la fin de la conscription est lancée par de jeunes Sud-africains, la plupart étudiant ou lycéen, de race blanche ;
= les organisations représentant des membres des professions libérales  (par exemple, avocat) ;
= les organisations d'aide et de soutien aux détenus "politiques".
= les organisations de service en grande partie liées au mouvement syndical et aux civics, aux town councils alternatifs du "people's power",  regroupant des économistes, des sociologues, des urbanistes, des architectes, etc. Les groupes inter-disciplinaires les plus importants, concernant la question urbaine sont, entre autres, le PLANACT (Johannesburg), BESG (Durban), DAG (Cape Town), etc. Ces organisations fournissent des services de diagnostics urbains, de planification à l'échelle du territoire, et de projets "locaux" incluant les domaines de la santé, de l’éducation, du transport, du logement, etc.
[15] 1000 délégations représentant 575 associations [dont 313 youth organisations et 47 étudiantes, 5 organisations représentant 82 civics, 11 syndicats seulement, etc.] étaient présentes à la conférence inaugurale de l'UDF en août 1983. Un commentateur, H. Barell, décrit la campagne de propagande  :
« One of the most extensive propaganda campaigns in the history of resistance to apartheid followed. More than 400,000 UDF newsletters, posters and pamphlets were distributed nationally to advertise the launch. The gist of the propaganda was to inform people of the national political dimension of their fractured struggle and the need to reconstruct formal country-wide resistance to the new government manoeuvres. »


EXTRAITS

Nelson Mandela
Long Walk to Freedom
1995

Dominique Darbon
L‘assaut final : le syndrome militaire sud-africain
Revue Politique Africaine | Mars 1987
« Tout pour toi Afrique du Sud ». La stratégie de survie de l'Etat sud-africain.
Revue française de science politique | n° 3 1989

SOURCES

The report of the Truth and Reconciliation Commission http://www.justice.gov.za/trc/report/execsum.htm

Michel Foucher
Géopolitiques en Afrique du Sud : l'énigme sud-africaine
Revue Herodote | n° 46 | 1987

Myriam Houssay-Holzschuch
Le Territoire volé
Une Géographie culturelle des quartiers noirs de Cape Town
Thèse de doctorat de l’Université Paris-Sorbonne | 1997

Claire Benit
Gouvernement urbain et production de la ségrégation : quelles leçons de la « ville d'apartheid » ? Une comparaison Johannesburg-Los Angeles
Revue européenne de migrations internationales. Vol. 14 N°1 | 1998


PHOTOS

ANC Archives

David Goldblatt

Eli Weinberg
Solomon Freedom College


POSTERS ANC

Medu Art Ensemble
En 1978, un groupe d'exilés sud-africains créent le Medu Art Ensemble, qui deviendra « the armed cultural wing of the African National Congress », l'aile culturelle armée de l'ANC, comprenant d'écrivains, de poètes, de peintres, de musiciens, de danseurs, de metteurs en scène, d'artistes, etc., et de graphic designers. Ces derniers assurent la production de posters anti-apartheid, pro-ANC et à la gloire de Umkhonto. En juillet 1982, le Medu organisa le Festival de la Culture & Résistance au Botswana et la plupart s'installeront à Gaborone, à quelques kilomètres de la frontière. Le 14 juin 1985, un commando de l'armée sud-africaine effectua un raid de représailles faisant 14 victimes. 

Vidéo-Reportage, en anglais [mauvaise qualité] :
http://www.youtube.com/watch?v=Ae09yy5R91E&feature=relmfu




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