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Monument | Détournements



Qui modèle l’espace public ? Les émergences spontanées sont-elles si nombreuses qu’il faille brider les initiatives ? Nous reconnaissons que dans le contexte de surveillance généralisée et d’angoisse sécuritaire, l’Embrèvement n°3 ait quelques raisons d’inquiéter.
 Collectif Aéroporté | 2007



Les tribulations de Feu Charles Fourier, 
place Clichy à Paris.

Le 4 juin 1899, est inauguré la statue de Charles Fourier sur le boulevard de Clichy à Paris, oeuvre du sculpteur anarchiste Emile Derré. Ce monument a été érigé grâce à une souscription lancée en 1896, par les membres de l'Ecole sociétaire et de l'Union phalanstérienne. 


Ernest Pignon-Ernest | 1871-1971


Les gisants de la Commune de Paris | centenaire 1971

« Il ne s’agit pas de faire des images politiques, il y a une manière politique de faire des images »
« L’image vient là comme faire remontrer à la surface les souvenirs enfouis, les trames qui se sont passées dans ces lieux. Mais l’image n’est vraiment qu’un petit tiers de la proposition. Mon matériau plastique essentiel ce sont les lieux. »
Ernest Pignon-Ernest 

En 1971, à l'occasion du centenaire de la Commune de Paris de 1871, Ernest Pignon-Ernest est invité pour concevoir et présenter un tableau lui étant consacré dans une exposition collective en Belgique.  Mais plutôt que de représenter cet évènement historique dans les règles de l'art, il préfère investir l'espace public, la rue. Pour Pignon-Ernest, consacrer une toile à la Commune équivalait à souscrire à la peinture d'histoire qui lui semblait être devenue un mausolée. En outre, la Commune de 1871 n'appartenait pas a la mémoire républicaine de la Nation : elle n'était pas considérée comme un moment politique fondateur et sa répression sanglante restait un sujet tabou. Dès lors, seules l'action et l'intervention in situ pouvaient transgresser les règles, en renouvelant le support, en réveillant l'histoire, en suscitant la mémoire et en inscrivant pleinement ce moment dans le présent.  :
« Je voulais dire tout ça et je me rendais compte que c’était dérisoire sur un tableau (…). Et peu à peu s’est imposée encore cette idée, que c’était les lieux eux-mêmes qui portaient ce potentiel. »

Monument | Evénement




Jean-Pierre GARNIER
Du monument comme « événement »

Revue, L'Homme et la société | 2002

Il fut un temps où les monuments étaient édifiés pour commémorer un passé glorieux, fût-il le plus souvent douloureux, ou prophétiser un avenir exaltant voire, comme on l'a fait croire au début du siècle dernier, radieux. Édifîcation à prendre dans sa double acception, donc, puisque construire de tels objets visait, pour les puissants, à instruire les sujets de ces choses célestes ou terrestres susceptibles d'élever leur esprit, de le porter à la piété, à la vertu ou à l'engagement bref, à l'oubli de soi au profit de nobles idéaux.

Les Tours Eiffel


« Etude de perspective : la tour Eiffel », 1995-2003  |AI Weiwei

Régis Debray, dans un article [notre précédent post], jugeait que la tour Eiffel incarnait, lors de sa construction, « un message politique : la victoire de la Science et de l’Industrie sur la superstition religieuse symbolisée par le Sacré-Coeur.» Puis est devenue « pour le monde entier la métonymie visuelle de Paris, et, dans une vision patrimoniale des choses, la trace la plus parlante de la Belle Époque, le monument historique par excellence. » [1] Pour Roland Barthes la Tour est  un « monument total » car « pleinement inutile » ; et,
« Le mythe est constitué par la déperdition de la qualité historique des choses : les choses perdent en lui le souvenir de leur fabrication.[...] Une prestidigitation s’est opéré, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature, qui a retiré aux choses leur sens humain de façon à leur faire signifier une insignifiance humaine.» [2]
A ces allégories précieuses, il faut toutefois ajouter que ce gigantesque mécano aura également d'autres fonctions que d'être un monument inutile du paysage parisien : celle d'assurer à ces financiers-constructeurs-exploitants d'importants bénéfices, d'être un instrument militaire dédié à l'observation et à la communication, puis un support publicitaire, et à partir des années 1960, un commerce lucratif, haut lieu du tourisme parisien.

Régis DEBRAY | MonumentS




RÉGIS DEBRAY

Trace, forme ou message ?
Cahiers de Médiologie | 1999


Le bipède qui enterre ses morts pose quelques cailloux sur le lieu d’inhumation (le chimpanzé émet des signaux, instrumente éventuellement une branche d’arbre, mais ne monumentalise rien, pas plus qu’il n’ensevelit ses congénères). Le monument naît de la mort, et contre elle (il en avertit les vivants, du latin monere). Il matérialise l’absence afin de la rendre voyante et signifiante. Il exhorte les présents à connaître ce qui n’est plus et à se reconnaître en lui (du monumentum comme cours d’instruction civique avant la lettre).

C’est à la fois un support de mémoire et un moyen de partage.

Strum Group | The Struggle for Housing




Le Gruppo Strum (abréviation pour architettura strumentale) est un collectif de jeunes architectes créé en 1971 à Turin, par Giorgio Cerretti, Pietro Derossi, Carlo Gianmarco, Riccardo Rosso et Maurizio Vogliazzo.

L'Italie connaissait alors une crise du logement exceptionnelle, les bidonvilles cernaient les grandes villes, les masures étaient nombreuses dans les campagnes, tandis que la classe politique servait les spéculateurs en toute impunité*. Les activistes de la Gauche, une partie des ouvriers et de la classe intellectuelle prolongeaient mai 68 qui allait s'éteindre en 1978. Le groupe Strum dont les membres appartiennent à la Gauche radicale tentent alors de mettre l'architecture au service de la classe ouvrière, et ils multiplient les actions de protestations et de propagande par le fait : activisme dans les universités, organisation de manifestation, de happening, de conférence, travail au sein des bidonvilles et des usines, reportage filmé, appel à la grève, à la grève des loyers, opération d'expropriation collective, etc., qu'ils rendent compte dans leur revue, distribuée gratuitement.
Ces magazines rarissimes, au nombre de trois parutions [ The Struggle for Housing, Utopia, Mediatory City], étaient jusqu'à présent introuvables. Nous avons le plus grand plaisir à les publier ici. Le texte est en anglais.

The Struggle for Housing  | Strum Group
The first issue of a magazine from 1972, which includes fictional articles on issues of architecture and Italian society from the perspectives of capitalists, workers, students, activists and architects. The other two in the series include Utopia and The Mediatory City. 

Strum Group | Utopia Fotoromanzo





Strum Group | Utopia Fotoromanzo 
1972

The second issue of a magazine from 1972, which includes fictional articles on issues of architecture and Italian society from the perspectives of capitalists, workers, students, activists and architects. The other two in the series include The Struggle for Housing and The Mediatory City. By the Strum Group (Giorgio Ceretti, Pietro de Rossi, Carlo Giammarco, Riccardo Rosso, Maurizio Vogliazzo), as part of a project for the MoMA in NYC.

Strum Group | The Mediatory City




Strum Group | The Mediatory City
1972

The third issue of a magazine from 1972, which includes fictional articles on issues of architecture and Italian society from the perspectives of capitalists, workers, students, activists and architects. The other two in the series include Utopia and Struggle for Housing.

PSYCHO-Architecture


Haus-Rucker-Co, Flyhead,  1967

Certes, la civilisation nous a laissé, avec les grandes villes,
un héritage qu’il faudra beaucoup de temps et de peine
pour éliminer. Mais il faudra les éliminer et elles le seront,
même si c’est un processus de longue durée…
Engels
Anti-Dühring
Prozac,  1987

La médecine n'a plus pour seul objectif de vous guérir mais de vous faire vivre le mieux possible le plus longtemps possible avec votre pathologie
Claude Le Pen


1968 : la remise en cause globale de la société capitaliste interroge les avant-gardes sur la question centrale du rôle de l'intellectuel -de l'architecte ici- dans une société capitaliste : utopisme ou réalisme ? Utopisme ou/et Révolution ? [lire notre article Utopie ou Réalisme?]. Certains envisagent et proclament la mort de l'architecte, d'autres annoncent, voire prônent, la mort de l'architecture. A cette question -qui sera débattue dans de nombreux colloques - et en parallèle se pose la question de la ville : de l'adage datant de l’Europe médiévale L’air de la ville rend libre, repris par Max Weber [1] à la condamnation de l'inhumanité de la ville en tant que lieu d'accumulation du capitalisme formulée par Engels [2] et Marx. Qui opposaient à la ville, l'idée d'un équilibre ville-campagne [lire notre article Marx, Engels et la ville]. Ville inhumaine, Nature rédemptrice, Utopie contre réalisme, Socialisme ou Barbarie, interrogent les avant-gardes mais toutes exigent à présent la mise en application immédiate, l'intervention directe des expériences contre la pratique du compromis, de l'inaction et du renvoi indéfini au "bon moment". Exigences qui seront à l'origine des communautés urbaines et rurales [lire notre article Hippie ! Communutés et Back-to-the-Land] ainsi que de l'implication physique et intellectuelle des architectes dans les luttes urbaines.

BELGIQUE | Intérieurs



François Hers, photographe belge, est le cofondateur, en 1972, de l'agence Viva, dont la marque de fabrique,  est à la fois un engagement social fort et une volonté de promotion des photographes comme auteurs. Cette série de photographies s'attaque à un sujet peu traité* : l'univers domestique de logements sociaux. 



François HERS | 1979

En 1979, j'ai reçu en tant que photographe la commande officielle d'une étude sur le logement social dans la partie wallonne de la Belgique depuis 1945. Après un premier repérage, je n'ai rien relevé de particulier dans les modes de construction que l'on me demandait d'analyser par l'image, si ce n'est la quantité et la qualité. Par contre, la visite de quelques maisons a déterminé l'orientation que je devais donner à ce travail : la violence avec laquelle les habitants prenaient possession de l'espace qui leur était donné, par les matériaux, les couleurs, l'accumulation, et tout à la fois, l'aspect du décor sans trace d'usage quotidien, m'ont beaucoup impressionné.

Je me suis donc concentré sur les intérieurs des maisons et des appartements, et j'en ai visité plus de cent cinquante. J'en ai systématiquement photographié chaque pièce, depuis les caves jusqu'au grenier, en passant par les chambres. J'ai opté pour une image couleur, employant toujours la même optique, et un éclairage au flash direct, pour que tous les éléments du décor aient la même valeur et qu'aucune ambiance particulière ne soit privilégiée. C'est pour cette même raison qu'aucun habitant ne figure dans mes photos.