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15 ANNEES !



15 années !

Nous nous sommes assoupi, mais toujours en veille, et ce faisant en quête de critiques, d'utopistes relevant la formidable pénurie d'intelligence dans la pensée urbaine et architecturale qui règne depuis maintenant trop longtemps. C'est cette injonction fondamentale qui nous guide : 

    « La critique radicale tant de la philosophie de la ville que de l’urbanisme idéologique est indispensable sur le plan théorique et sur le plan pratique. 

Et elle peut passer pour une opération de salubrité publique ».

Henri Lefebvre
Le droit à la ville
1968





HENRI LEFEBVRE | Réflexions sur la politique de l'espace | 1970

 

Bob CRUMB | Ecology | 1970

Dès son premier article dans le premier numéro de la revue Espaces & Sociétés, à l'époque véritable bulldozer contre capitalisme et technocratie, Lefebvre nous parle de la destruction par l'homme de la "Nature" : un réquisitoire vieux de 56 années. 


" Je répète donc qu'il y a politique de l'espace, parce que l'espace est politique." 


Henri LEFEBVRE

Réflexions sur la politique de l'espace | Extrait

Espaces et sociétés | n° 1 novembre 1970

(...) Pendant toute la période  qui vient de se terminer, la nature, c'était une espèce  de symbole poétique, négligeable ou relégué au deuxième plan, qui désignait on ne savait pas trop quoi, un résidu, un quelque chose apparaissant ici ou là, échappant à l'action rationnellement conduite. Or on sait que la nature· elle aussi est façonnée, modelée, transformée, qu'elle est dans une large mesure un produit de l'action que le visage de la  terre lui-même, c'est-à-dire le paysage, est œuvre humaine. La nature aujourd'hui encore passe dans une certaine idéologie pour simple matière de la connaissance et pour l'objet des techniques.

Elle est dominée, maîtrisée. En tant que maîtrisée et dominée en elle-même, elle s'éloigne. Or on s'aperçoit  tout à coup qu'en étant maîtrisée, elle est ravagée, menacée d'anéantissement et menaçant du même coup l'espèce humaine, encore liée à la nature, de se voir entraînée dans l'anéantissement. D'où la nécessité d'une stratégie. Voilà la nature politisée. Et cela ne donne pas lieu à une réflexion simplement technique ou épistémologique ou philosophique, mais à une double critique, la critique de droite et la critique de gauche. 


EDGAR MORIN | La ville au 21e siècle



E. Morin / K. Appel : Page extraite de "New York, La ville des villes" | 1984

" Tout cela veut donc dire que l’on ne peut aujourd’hui penser une politique urbaine sans penser une politique rurale. L’une est intrinsèquement liée à l’autre.  (...) Il faut une «politique de civilisation urbaine». J’ajoute que «politique de civilisation» et «gouvernance de la complexité urbaine» doivent être reliées à une politique générale qui englobe également la question rurale."


Edgar Morin, un hommage. Cette contribution sur la ville, pensée en 2014, pose le problème d'un type de pensée "libératrice" dont les "principes" stagnent au niveau de slogans et de programmes déjà bien éculés, et pour certains, expérimentés sans succès aucun. Il reste cependant, un intellectuel n'ayant de cesse de critiquer avec sincérité et constance, les dérives de la société et de descendre dans l'arène politico-médiatique pour les dénoncer, et de défendre, avec optimisme, les valeurs éternelles de justice, de vérité et de raison.

Pour une politique de la ville au XXIème siècle
Par Edgar Morin

Programme Amériques – FMSH - Contribution au 7ème Forum Urbain Mondial (« Carta Medellín »  2014)

La réflexion sur le devenir de l’humanité au cours du XXème siècle ne peut se passer d’une considération du phénomène généralisé d’urbanisation qui, d’après les prévisions actuelles risque d’englober plus de 80% de la population dans quelques décennies. Ce qui a, aussi pour conséquence, à la fois, une désertification humaine des campagnes et une agriculture et un élevage industrialisé, massif et extensif, dont on peut comprendre déjà les conséquences nocives. Cela veut dire que le grand problème de l’urbanisation quand la grande majorité de l’humanité sera urbanisée est inséparable du problème des campagnes, étant donné qu’il est évident que ce sont les campagnes, le monde rural qui nourrit les villes. Comment ne considérer qu’un monde rural, extrêmement rétréci démographiquement pourrait nourrir un énorme tissu urbain, car la tendance à l’urbanisation est une tendance qui, non seulement agrandit un grand nombre de cités, en créant des faubourgs, des banlieues, des ghettos, des bidonvilles.

DEBORD | La planète malade



  
Andreas Gursky | 99 cents |1999
Guy DEBORD
La Planète Malade
1971

La « pollution » est aujourd'hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s'empare de toute la vie de la société, et elle est représentée illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pléthore d'écrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde à la gorge dans les faits. Elle s'expose partout en tant qu'idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus réel.

Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Ils sont les deux côtés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prévu sous des figures partielles inadéquates : l'impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme.