Fondation Abbé Pierre | Rapport mal-logement 2019





Rapport FAP mis en ligne au format PDF : ICI

Bigre ! Jamais un rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre concernant le mal-logement en France, le 24e du genre, n’a été aussi critique que celui-ci. Le constat pour l’année 2018 est alarmant, mais pires encore, catastrophiques même sont les prévisions des auteurs pour l’avenir à court et moyen termes : l’ensemble des mesures du gouvernement en [dé] faveur du logement, et au-delà, conduiraient à une dramatique aggravation des inégalités :

« En regard des avantages dont bénéficient les plus riches, les coupes dans différentes prestations sociales vont également contribuer à affaiblir le cadre général de lutte contre la pauvreté. »

« Au contraire, l’enrichissement des plus riches fait courir à la société un risque de désolidarisation qui mine la cohésion sociale. À tel enseigne que l’on pourrait conclure à notre entrée dans un ‘nouvel âge’ des inégalités où l’enrichissement exponentiel des plus riches s’accompagne d’un appauvrissement des ménages les plus pauvres. »

« L’image de la cordée est au final simplement venue rajeunir celle du ‘ruissellement’ censé résulter des avantages octroyés aux plus aisés, mais qui n’a jamais fait la preuve de son efficacité. »



Et ce, soulignent-ils, même si « dans les années à venir, une baisse du chômage » était envisagée, ce qui aujourd’hui, selon les indicateurs économiques ne semble pas être le cas. Grossièrement, ce rapport propose au final, pour mettre fin au mal-logement dans les meilleurs délais et au-delà combattre la « pauvreté laborieuse », le plus parfait opposé des mesures prises – « indécentes, hypocrites et injustes » -par l’actuel gouvernement ; et :

« Les personnes sans domicile n’ont pas de temps à perdre, la France ne peut plus s’offrir le luxe d’attendre ou d’expérimenter ad vitam aeternam à petite échelle pendant une décennie de plus des solutions qui partout dans le monde font leurs preuves. »



Mais c’est ici que la Fondation Abbé Pierre démontre cette même indécence, l’inadéquation entre ses propositions et une situation dramatique, actuelle et à venir : la réquisition des logements vacants n’est pas assumée, y compris pour les biens appartenant à l’État ou des collectivités locales, ou grandes sociétés, sinon celle d’une réquisition « douce », mesure incitative pour tenter de convaincre des propriétaires indélicats, dont on sait qu’elle est longue, fastidieuse et impopulaire auprès de ces derniers, réticents à l’idée d’une location à caractère social.




Soulignons également, que si les auteurs tirent sans hésiter à boulets rouges contre le gouvernement, et son président, ils se montrent plutôt timides pour d’autres responsables politiques : les premières lignes introductives de ce rapport concernent le drame de la rue d’Aubagne à Marseille, survenu en novembre 2018,  l’effondrement de deux immeubles vétustes ayant fait huit victimes :

« Bien connue de tous, la situation de ces deux immeubles vétustes est révélatrice de l’insuffisance dramatique des pouvoirs publics - Ville, métropole et État - en matière de lutte contre l’habitat indigne. »



Etait-ce là, véritablement, une « insuffisance » ? ou bien, comme le suggèrent et la vox populi – du quartier de Noailles en particulier – et les professionnels de l’habitat, d’une volonté délibérée et partagée entre les responsables politiques élus de la ville, d’accorder une infime attention, et moyens financiers, à ce quartier – trop – populaire au coeur même de la cité phocéenne dont ils espéraient in fine évacuer les indésirables ? Et de passer sous silence, le fait que trois élus de cette même majorité, étaient propriétaires, de possibles marchands de sommeils louant des logis indignes, à présent, condamnés car dangereux (les logis, pour l'instant) ; et d’affirmer concernant le relogement « désorganisé » des sinistrés (2000 personnes en février 2019 habitants des immeubles évacués considérés périlleux dans Marseille) :

« On espère qu’il ne s’agit pas seulement là de la réaction d’élus craignant de voir engagée leur responsabilité pénale pour mise en danger de la vie d’autrui ; mais que s’amorce une véritable prise de conscience des conditions de vie dégradées que supportent les ménages les plus modestes et de la nécessité de conduire une politique résolue de lutte contre l’habitat insalubre associant l’État et les collectivités locales. »



Hypothèse par trop optimiste, après lecture de ce rapport, et des conclusions alarmantes et pessimistes des auteurs ; et de ce qui se passe, encore et toujours à Marseille, "Capitale de l'indignité" selon une tribune signée par de grandes personnalités, et publiée par le quotidien Le Monde du 30 janvier 2019. 

Tribune disponible sur le site du collectif du 5 novembre - Noailles en colère : ICI.

Rapport FAB mis en ligne au format PDF : ICI

Infographie : La Marseillaise : ICI 


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