MARSEILLE | l'ère GAUDIN (1995 - 2018)





Marche de la colère, 14 novembre 2018, Marseille.





L’on peut juger, d’ores et déjà, que le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin n'a pas été, en cette fin de règne [1] qui risque bien de s'écourter, un maire bâtisseur ; c'est sous la tutelle, le contrôle et les financements de l'Etat que se sont concrétisés les plus grands travaux de Marseille, avec notamment, l'Opération d'Intérêt National  Euroméditerranée I, d'une exceptionnelle étendue, ou bien ce vieux projet de huit décennies enfin réalisé de la rocade L2.  

Ce qu'il laissera à la postérité se limite à une tentative d’embourgeoiser le centre-ville et par osmose, ou tâche d'huile, les quartiers limitrophes en utilisant tous les instruments dédiés à cette stratégie d'évacuation déportation des moins aisés : des hausses des taxes d’habitation jusqu'à la requalification des espaces publics pour certaines zones, ou le contraire pour d'autres, les laissant intentionnellement se dégrader, tel le quartier de Noailles : terrain d’infortune pour certains y habitant ou de fortune future pour les spéculateurs. 

Son héritage comporte également la privatisation de lieux et monuments emblématiques appartenant à la ville, dont notamment la splendide citadelle d'Entrecasteaux surplombant le Vieux Port, après le somptueux Hôtel Dieu lui faisant presque face sur la rive opposée. Dans ce cadre de marchandisation à outrance, les Partenariats Public Privé ont été concédé concernant la réfection d'une partie des équipements scolaires, pour beaucoup dégradés, ou bien le stade vélodrome, opérations financières préjudiciables, ruineuses, selon les experts impartiaux de la Chambre Régionale des Comptes, pour les finances - donc des contribuables - de la ville surendettée : autre legs magistral de ce maire ; ou plutôt d’un système hérité lui, en partie, du maire Gaston Deferre, emprunt selon des journalistes et politologues, de clientélisme exacerbé et de mépris envers les opposants aux projets municipaux.

300 pins abattus à Luminy = 180.000 signatures pour une pétition contre le projet d'extension d'une école !
Photographie : SOS Calanque 13


Jean-Claude Gaudin ne peut pas être tenu responsable, seul [2], de ces véritables contre-performances urbaines, architecturales et sociales : l’Etat et ses lois récurrentes concernant la privatisation du parc de logements des bailleurs sociaux, la baisse des dépenses nationales y étant consacrées, etc., entre autres régressions sociales, l’aménagement du territoire privilégiant encore et toujours la méga-capitale, tout ceci apporte maintes difficultés aux municipalités de province, dont Marseille, ville pauvre.  Mais une ville n’est pas seulement l’affaire des politiques, des technocrates et planificateurs, des affairistes et des spéculateurs, les pratiques comme l’opposition des citoyens la configurent tout aussi pleinement ; or à Marseille, les oppositions citoyennes contre ses projets les plus controversés ont été à ce point insignifiante, de faible envergure ou d’intensité que la municipalité a pu, sans trop d’obstacle, les mener à bien : si les recours en Justice remplissent les tribunaux, la rue, l’espace vital des citoyens demeure vide ; et de même, chacune indépendante mène sa propre lutte sans guère se soucier des autres, plutôt que de s’unir, ne veulent-elles pas ou ne savent-elles pas se regrouper pour former un puissant front commun, ne serait-ce le temps d’une manifestation, même si les enjeux sont différents. En exemple, les 300 arbres abattus à Luminy, et une centaine d’autres à la Plaine, à quelques mois d’intervalle, ces scandaleux carnages écologique et paysager – autorisés par la mairie - ne suffisent pas à unir les efforts des collectifs d’opposants des lieux concernés, ni même d’ailleurs – à notre connaissance – à les rapprocher, les faire se connaître ou plus simplement à communiquer ensemble : du pain béni pour Gaudin. Qui peut également s’appuyer en toute aisance sur l’incroyable silence, complice ou non, des architectes, urbanistes et paysagistes de la cité, de ceux et celles en particulier dont la parole publique compte - certes peu nombreux.

Ce terrible drame de la rue d’Aubagne, et bien au-delà la situation désastreuse de l’habitat indigne à Marseille, serait susceptible, selon la rumeur publique, de sinon changer mais de faire évoluer les pratiques municipales d’un autre âge révolu, par le corps politique local, y compris du clan Gaudin, déclarations de politiciens, sous la pression populaire, qui laissent présager effectivement un tel avenir, pour ce qui concerne tout du moins l’habitat insalubre ; et de renforcer les oppositions citoyennes : les deux manifestations de chacune 10.000 personnes face à la mairie rendant hommage aux huit victimes, tout en accusant la responsabilité du maire, et exigeant sa démission, peuvent nous inciter à le présager : la fracture entre un maire de Marseille et ses concitoyens n’a jamais été aussi béante, la rupture est déjà consommée, bien avant la fin de son mandat en 2020. Dans ces conditions d’exercice politique impopulaire, où l’indice de confiance est à présent réduit à néant, comment peut-il songer à encore pouvoir gouverner sereinement la seconde ville de France ? 

Et bien, tout simplement en envoyant ses cohortes de CRS, accompagnées par les brigades anti-criminelles (BAC) contre ceux et celles qui osent s’opposer : la “marche de la colère” des habitants de la rue d’Aubagne, de Noailles, de Marseille, a été dispersé avec une violence inouïe, les matraques et les gaz lacrymo pourchassant – littéralement – avec acharnement les manifestants loin,  bien trop loin, de la mairie transformée en camp retranché.

Nous présentons ici, un inventaire à la Prévert, de 11 projets, chantiers en cours et réalisations urbains et architecturaux récents  (hors zones tutelles de l’Etat) parmi les plus controversés, scandaleux, qui illustrent de manière magistrale les programmes, les procédés et méthodes du maire Jean-Claude Gaudin ; de quoi alimenter la colère et l’indignation des Marseillais.

A l'échelle de la ville :

1. L'habitat Indigne 

2. Le Partenariat Public Privé - et l'état lamentable - des écoles publiques de la ville

A l'échelle de quartier

3. L'embourgeoisement du centre ville par la gentrification commerciale
4. La requalification lourde de la place Jean Jaurès
5. La construction d'un équipement privé sur le square Blum (haut de la Canebière)
6. L'abattage de 300 pins d'Alep sains à Luminy (au centre du Parc des Calanques)
7. La citadelle d'Entrecasteaux
A l'échelle d'un ilôt

8. La destruction  partielle d'un site archéologique au profit d'un promoteur, boulevard de la Corderie
9. L'Hôtel Dieu, reconverti en palace de luxe
10. La Villa Valmer, reconverti en hôtel de luxe, son parc en partie privatisé
11 . La construction d'une résidence de luxe dans l'anse des Catalans

Habitat indigne  (en centre-ville)

  • Estimation 2015 : 42.400 immeubles jugés dangereux, 100.000 habitants concernés à Marseille
  • Quartier Noailles : 48 % des immeubles jugés dangereux
  • 8 victimes de l'incurie des (?) autorité(s) en novembre 2018 rue d’Aubagne
  • Aménageur quartier : Soleam | G. Chenoz directeur
  • Bailleur social : Marseille Habitat pleine propriété du n° 63 depuis 2017 | Fructus, directrice
  • 100 immeubles évacués, 1010 habitants relogés provisoirement en majorité au 18 novembre 2018
  • 2 élus propriétaires de logement indigne : Xavier Cachard (65 rue d’Aubagne) et Bernard Jacquier

Photographies : Google Street, juillet 2018, 63 (à gauche lézardé) et 65 rue d'Aubagne


Le 5 novembre 2018, dans la rue d’Aubagne au coeur même de Marseille, deux immeubles d’habitations, dont un habité et un vide appartenant à la municipalité, s’écroulent, faisant huit victimes. Au 18 novembre, plus de mille habitant-e-s ont été évacué-e-s de leurs logements présentant péril, ou susceptibles de l’être, par mesure de précaution : ces personnes relogées en majorité à l’hôtel, sont les victimes collatérales de ce drame, car faute de parc social suffisant, le provisoire risque de durer, ou bien risquent-elles d’être relogées loin de leur quartier.



Les propos du maire - « C’est la pluie [responsable de l’effondrement] », « Je ne regrette rien [en matière de politique contre l’habitat indigne] », et sa défense invoquant la longueur des procédures administratives pour acquérir un immeuble privé vétuste, l’action des marchands de sommeil et des propriétaires indélicats, etc., sont en partie réfutées par le fait même que le 63 rue d’Aubagne effondré, appartenait pleinement à Marseille Habitat depuis 2017 (copropriétaire majoritaire depuis 2013, comme d’ailleurs d’autres immeubles murés attendant leur rénovation)… Et comme par magie ou miracle, des chantiers de réhabilitation sur des immeubles d'habitations dégradés appartenant à la ville ont débuté peu après le drame (immeuble du 13 rue de l'Arc, par exemple, en attente de rénovation depuis... 2012).

Ainsi Jean-Claude Gaudin est personnellement tenu pour responsable de cette incurie et de ce drame  par ses ennemis politiques (voire des personnalités de son propre clan, bien trop silencieuses), les habitants concernés en première ligne et les médias locaux et nationaux qui s'interrogent, affirmant tous que les mairies de secteur et centrale étaient parfaitement au courant de la situation pour les immeubles menaçant ruine de la rue d’Aubagne, avisée par de nombreux rapports d’expertises, anciens et récents.



Nuage de poussière après l'effondrement du 67 rue d'Aubagne, rue Moustier.


En fin de compte, ce sera à la Justice de déterminer les responsabilités, de répondre à ces questions : s'agit-il d'une malheureuse incurie d'un système complexe de services - et de décideurs administratifs - municipaux, départementaux et de la Région et de l’Etat (le préfet en l’occurrence), incompétents, négligeant et laxistes (parfois aux objectifs et ambitions opposés selon leur couleur politique), qui plus est, ne disposant pas de moyens financiers suffisants pour résorber l'habitat indigne ?  Ou bien, s'agit-il d'une volonté délibérée du maire en personne qui n'a pas suffisamment mobilisé les outils coercitifs (arrêtés d’insalubrité, arrêtés de péril,  expropriations, réalisations des travaux d’offices, etc.) mis à sa disposition, et ceci dans l'objectif de changer radicalement l'environnement social sous couvert de rééquilibrage, de revitalisation et de mixité sociaux ? (3)


Ce drame, et ses propos, déclencheront la colère de ces concitoyens, ayant manifesté par deux fois (à chaque fois, 10,000 personnes face à la mairie) ; la seconde manifestation, la « marche de la colère » du 14 novembre a violemment été dispersée par les CRS et une Brigade Anti-Criminalité (BAC).








Les écoles et le PPP
  • 444 établissements scolaires à la charge de la municipalité
  • PPP de 25 années, construction, réhabilitation et maintenance
  • Estimation PPP : 40 millions d’€uros par an, plus d’un milliard en totalité
Ecole primaire Perrin, 15e arrondissement de Marseille, un gymnase inutilisable. Photo Patrick Gherdoussi, Libération, 2016

Ce n’est pas seulement l’habitat pour les moins aisés qui a été délaissé par la municipalité de Jean-Claude Gaudin : les établissements scolaires connaissent eux des désordres non structurels mais de vétusté ou de délabrement avancé, état scandaleux régulièrement épinglé par les médias locaux et nationaux  ; pour y remédier, la Ville de Marseille a voté le 16 octobre 2017, un plan pour la démolition de 31 établissements existants, qui avaient été construits dans les années 1970, et leur remplacement par 28 nouveaux établissements, et pour financer ce programme de 1,04 milliard d’euros, la municipalité a choisi de mettre en place un partenariat public-privé (construction et maintenance sur 25 année). Ici, c’est une véritable coalition de professionnels (enseignants, architectes, économistes, artisans du BTP, avocats, etc.), de politiciens de l’opposition, de syndicats et de parents d’élèves, etc., qui dénoncent en choeur le montage et financier et pharaonique du programme, affirmant que le projet aurait été bien moins coûteux pour la collectivité si le choix d’une maîtrise d’ouvrage publique (MOP) avait été fait, et l’abandon de fait de 400 autres établissements scolaires : pendant vingt-cinq ans, la mairie versera au constructeur (désigné en décembre prochain) un loyer, environ 40 millions d'euros par an, pour la trentaine d'écoles construites. C'est plus que le budget annuel alloué aux 444 écoles de Marseille.

Le collectif Marseille contre les PPP :
https://marseille-contre-les-ppp.fr/



Pétition de Benoît PAYAN (Parti socialiste) et Jean-Marc COPPOLA (Parti communiste) :
Marseille : face à la privatisation de nos écoles, un autre projet est possible !



Un reportage du quotidien Libération, daté de 2016.






Périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat

  • Par décision du Conseil municipal en 2017 mis en place d’un Périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat dans le secteur centre-ville (d’autres périmètres existent)
  • Enveloppe annuelle : 466.000 euros,  soit 1,4 million sur 3 ans |Aide financière du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône à hauteur de 70% du montant de l’acquisition
  • Responsable : Solange Biaggi, adjointe au maire (Les Républicains), déléguée aux commerces et au centre-ville
  • Environ 1700 locaux commerciaux existants sur le périmètre en 2017




En 2017, la ville a établi ce périmètre en centre-ville, entre la rue Breteuil, le boulevard Paul Peytral, la rue de Rome et la Canebière, avec en plus la partie basse de Noailles et les environs du Centre Bourse. Objectif ? La fin des « kebabs » et autres commerces indésirables. De même, mise en place en 2018 de l’Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine qui encadrera de manière très stricte les vitrines en pied d’immeuble. Son règlement imposera aux commerçants des prescriptions très précises sur leur devanture. Selon Le Dantec, journaliste à CQFD :

« À Marseille comme partout, on ne prête qu’aux riches. Le nouveau dada des élus, c’est la préemption de fonds de commerce, pour bouter kebabs, épiceries arabes et télé-boutiques loin des regards et loin du cœur. Jean-Claude Gondard, directeur des services de la ville, l’avoue sans ambages : «  La préemption sert à dire ce qu’on ne veut pas et aider ce qu’on veut. » Lors de la présentation du plan « Ambition centre-ville », le 1er décembre, la présidente du conseil départemental, Martine Vassal, affirmait sa « volonté d’être aux côtés de la Soleam pour préempter des pas d’immeubles et les confier à des commerces en facilitant leur installation avec des loyers modérés ». Ce qui veut dire que l’épicerie L’Idéale, que Solange Biaggi se vante d’avoir aidé à s’installer et qui vend des jambons à plus de 200 € le kilo, bénéficie sans doute d’un bail aux petits oignons grâce à l’argent public. Yacine appréciera, lui qui offre son couscous à prix très populaire sur le trottoir d’en face, mais paie son loyer plein pot. »



  Des nouveaux commerces du bas de la rue d'Aubagne, novembre 2018


Un commerce existant, rue d'Aubagne, novembre 2018



CQFD

Bruno Le Dantec

Le ventre de Marseille crie famine

publié en février 2018



Made in Marseille

Marseille va reprendre le contrôle sur les commerces du centre-ville

publié le 20 juin 2017


Mars Actu
Benoît Gilles

La municipalité veut moins de commerces vides, de snacks et de taxiphones en centre-ville


publié le 2 février 2017


La requalification lourde

de la place Jean Jaurès
  • Programme : requalification
  • Surface : plus de 2 hectares, plus grande place urbaine de la ville
  • Aménageur : Soleam
  • Calendrier : 2018 – 2020, en cours de chantier
  • Coût : 13 ou 20 millions d’Euros
  • Conception : mandataire : APS paysagistes, Valence

La requalification de la plus grande place de Marseille, située en centre ville à la croisée de plusieurs quartiers socialement hétérogène, mais en passe d’embourgeoisement, a été présenté par les élus en 2015, invitant les riverains concernés à une phase de concertation qui finalement aura été réduite à un simple exercice d’information, la ville ayant d’ores et déjà affirmé que des « impondérables » programmatiques étaient non négociables. Depuis plusieurs collectifs, dont l’Assemblée de la Plaine et les forains menacés par le projet, mènent la résistance contre un projet destructeur comportant en particulier, l’abattage d’une centaine d’arbres sains – selon la vision délirante du projet des paysagistes de l’agence APS -, une voie de circulation – et stationnements sur ses rives - coupant littéralement en deux la grand’place (la circulation s’effectuait en anneau), la « montée en gamme » du marché forain se tenant trois fois par semaine, c’est-à-dire, son maintien mais selon des nouvelles normes touristico-régionaliste-folklorique, et, entre autres aberrations, la suppression de plusieurs centaines de places de stationnements, privant à la fois les habitants obligés de circuler en véhicule – faute d’un réseau de transport en commun efficace -, et les visiteurs (noctambules) de  – certains - commerçants de la Plaine et du voisin Cours Julien.







Une lutte urbaine s’est donc organisée autour de plusieurs collectifs, notamment après l’abattage scandaleux des arbres, qui a permis, à plusieurs reprises d’arrêter le chantier : en réponse, la municipalité a décidé d’ériger un mur de béton d’une hauteur de 2,50 m., afin de sécuriser le chantier, les ouvriers, leur ouvrage et les engins de chantier ; et régulièrement, de lancer contre les manifestants récalcitrants les troupes de CRS et de la BAC.






Journal de quartier Sous le soleil,
La Plaine Octobre 2018
A lire en ligne, très instructif :

Site Internet dédié
Historique et brochures et bien +
Facebook :

CQFD
Un dossier spécial Plaine MARSEILLE : GUERRE AUX « INDÉSIRABLES »
Sur La Plaine, le marché des derniers jours
Par Bruno Le Dantec (de l’Assemblée de La Plaine) Octobre 2018
A lire en ligne :


Marseille Infos Autonomes
Des infos en temps réel :


Phocéens contre Marseillais
  • Propriété municipale : square et terrains de jeux en surface, site archéologique en sous-sol (carrière datant des phocéens) et mur d’enceinte de Louis XIV sur son plus long côté
  • Programme : construction d’une résidence d’habitations, de commerces et de parkings en sous-sol
  • Chantier en cours
  • Architecte : Deluy (Marseille)

Le 7 octobre 2013, Jean-Claude Gaudin faisait voter la cession du seul espace public du quartier - square, terrain de football et boulodrome – situé sur le boulevard de la Corderie (7e arrondissement) pour la somme de 3,4 millions d’euros, à une filiale de Vinci, qui rêve d’y construire, depuis longtemps, des immeubles de logements. Le projet est attaqué au tribunal administratif par le CIQ (Comité d’intérêt de quartier), des collectifs du quartier et d’ailleurs, soutenus par des riverains, sans succès. « On s’est battu pour que le terrain reste public et pour préserver l’un des derniers poumons verts de l’arrondissement », résume Sandrine Touyon, du Club amitié social et culturel de l’arrondissement.


Coup de théâtre en 2017, une opération de fouille préventive met à jour une carrière de calcaire dont l'exploitation remonte au Ve siècle avant J.-C, à la suite de la fondation de Phocée par les Grecs. De quoi redonner espoir aux opposants de la privatisation de leur espace public ! Qui revendiquaient le soutien de plus de 160 personnalités : politiques, journalistes, membres du monde de la culture, universitaires, acteurs associatifs ; dont les eurodéputés (EELV) José Bové et Michèle Rivasi, les députés de Marseille (LREM) Claire Pitollat et Saïd Ahamada, Franz Olivier-Giesbert (directeur éditorial de La Provence), Ariane Ascaride (comédienne), Robert Guédiguian (cinéaste).





La polémique à l’échelle nationale s’installe dans la vie publique. Le ministre de la Culture, Françoise Nyssen se déplace en octobre 2017 à la rencontre du site, des habitants et des différents acteurs. Mais en novembre 2017, le président Emmanuel Macron confirmait que la protection des vestiges ne sera pas totale, préservée sur une partie qui correspond à 10% de la surface totale : 625 m² sur 6500 m².
Le maire Gaudin félicitait cette décision.

Made in Marseille
Les vestiges historiques de la Corderie en “petite” partie préservés
https://madeinmarseille.net/22152-vestige-boulevard-corderie-petition/

publié le 5 septembre 2017

Mars Actu
Pour voir les vestiges de la Corderie de près, vous n’aurez que neuf jours par an
Violette Artaud
publié le 5 décembre 2017


Citadelle d'Entrecasteaux
  • .Propriété municipale depuis 2010, close pour des raisons de sécurité | Ancien terrain militaire appartenant à la Défense | classée monument historique en 1969
  • Programme : (en cours) reconversion en lieux culturels privés (intérieurs) et publics (extérieurs)
  • Superficie : plus de 5 hectares
  • Bail emphytéotique en cours de validation | Bénéficiaire groupe SOS

Située sur la partie haute de l’ancien fort Saint-Nicolas, la splendide citadelle d'Entrecasteaux surplombant le vieux port de Marseille (construite au XVIIe siècle, sur ordre de Louis 14 afin de surveiller les turbulents marseillais plutôt que les navires ennemis), est une propriété de la ville depuis 2010, qui a fait l’objet d’un appel d’offre public quant à sa reconversion et son exploitation. Ce marché a été attribué au groupe SOS, l’entreprise de Jean-Marc Borello – proche de Macron -, plus précisément sa filiale SOS culture qui va gérer cet exceptionnel site, via un bail emphytéotique de 40 ans.




Le groupe SOS est aujourd’hui le « n°1 » de l’Economie sociale et solidaire (ESS), une entité créée en 1984 qui compte pas moins de 400 structures - des maisons de retraites, des centres d’hébergements, des chantiers d’insertion, des centres d’accueil des demandeurs d’asile, des unités d’hébergement d’urgence, des centres de désintoxication, etc.) , et 15.000 salariés et un chiffre d’affaire annuel à trois chiffres. Bref, une entreprise privée qui s’enrichit sur le dos des plus miséreux, une société commerciale dirigée par le businessman Borello, très critiqué par ses sociétés concurrentes ; dont la Fondation Abbé Pierre :

«  Au-delà de Borello, si SOS pose question, estime le délégué Paca, Fathi Bouaroua, c’est parce qu’il symbolise ce qui se passe au sein de l’ESS où des acteurs de plus en plus gros appliquent les mêmes logiques que dans le reste de l’économie au niveau mondial avec la constitution de monopoles autour de quelques multinationales. Des logiques de regroupement, de prédation de la part de structures qui ne font plus que répondre à des appels d’offre taillés pour elles. Ce qui exclut les petits. » Et d’ajouter : «  Avant, face à une problématique, on trouvait sur le terrain des solutions et l’on allait voir les institutions pour des financements. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Il faut rentrer dans des cases. Ça tue l’innovation. » D’autant que SOS s’investit aussi sur des dispositifs expérimentaux, comme « Tapaj », des chantiers payés à la journée pour ramener des jeunes vers l’emploi.



Quoiqu’il en soit, le sort de la citadelle est joué d’avance, car est annoncé que ce site de 5,4 hectares sera métamorphosé, pendant 40 années, en haut lieu d’innovation culturelle. Si une partie du site sera publique, et gratuite, les espaces extérieurs, les espaces intérieurs (et souterrains) de la citadelle, seront ouverts exclusivement aux payants : qui financeront un musée à ciel ouvert d’oeuvres monumentales, la création de résidences d’artistes locaux et internationaux, outre les revenus d’une « pépinière d’entreprises » dont la destination exacte doit encore être précisée, d’une brasserie, des lieux de restauration, d’un café culturel, d’un concept store d’épicerie fine avec une herboristerie proposant des produits issus de la flore locale et même une micro-ferme à vocation pédagogique, ou bien encore les recettes des concerts et des festivals culturels d’ores et déjà prévus (qui pourront sans doute bénéficier de subventions).


Le Ravi

Le groupe SOS étend son emprise en Paca sur l’économie sociale et solidaire

Publié le 8 février 2017

http://www.leravi.org/spip.php?article2702




Mars Info Autonomes

SOS : encore un nouveau "complexe culturel" à Marseille
Publié le 7 octobre 2018
https://mars-infos.org/sos-encore-un-nouveau-complexe-3402


Luminy : 300 arbres abattus !
  • Programme : extension et réhabilitation de l’école de commerce Kedge Business School (filiale de la CCI de Marseille)
  • Surface concernée : 11.000 m² de garrigue boisée
  • Près de 300 arbres abattus
  • En cours de chantier
  • Architectes : Rémy Marciano & José Morales (Marseille)

Luminy : c’est en lointaine banlieue de Marseille, aux portes des calanques, site renommé pour la beauté de ses collines, de ses garrigues, et de ses arbres, que s’est érigé en 1966 un pôle universitaire regroupant plusieurs grandes écoles, facultés, laboratoire et instituts de recherches et établissements d’enseignement supérieur (dont l’école d’architecture, et d’art et de design). Y figure l’École de commerce Kedge Business School ( filiale de la redoutable Chambre de commerce et d’industrie de Marseille)  qui en 2017 présentait un permis de construire pour son extension, qui lui est délivré : 298 arbres, dont des pins d’Alep centenaires, devaient être abattus, ainsi que le décapage de plus de 11.000 m² de bois et de garrigue dans la cuvette de Luminy, classée zone d’adhésion du Parc National des Calanques (et n’est donc pas soumis aux mêmes contraintes en matière de construction, alors que c’est en réalité son centre géographique). C’est chose faite depuis le 2 mai 2018.




Photographies : SOS Calanque 13

Les sept associations de défense du patrimoine et de l’environnement montées au créneaux se sont fédérées en une entité : SOS Calanque 13. L’opposition citoyenne au projet d’extension s’est notamment organisé autour d’une pétition en ligne, d’actions en justice, égayés par des manifestations. En novembre 2018, la pétition atteint près de 180.000 signatures (150.000 avant le massacre!). Car si 298 arbres ont été abattus, leurs défenseurs ne le sont pas. « Tant qu’il n’y a pas de béton, il y a de l’espoir », lançait en mai dernier Sandrine Rolengo, déléguée régionale de Sites et Monuments (SPPEF). Elle promettait la continuation du combat que confirme la plainte déposée ces derniers jours. « Il reste la biodiversité du sol et du sous-sol à protéger. On va faire en sorte qu’il n’y ait pas de béton sur cette parcelle », annonce Sandrine, et : « On veut les punir et leur faire replanter les arbres ». En réponse, et sans rire, la direction de Kedge BS compte obtenir en contrepartie du carnage écologique, la labellisation “médaille d’or bâtiment durable méditerranéen” pour l’extension et la rénovation du bâtiment existant : rien de moins !

Le site de SOS Calanque 13 :


La villa Valmer
  • Propriété de la ville depuis 1967 | Occupée par le Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée (CMI) et une antenne de la Banque Mondiale. Le parc de la villa est public
  • Programme : reconversion hôtel 5 étoiles + restaurant + parking + piscine extérieure | Bénéficiaire : l’investisseur Pierre Mozzinonacci
  • Surface du parc public (2.5 hectares) amputée par le projet : 10 % mais situés au plus haut point du belvédère
  • Bail emphytéotique de 60 ans, loyer annuel de 330.000 €uros et une part variable
  • Responsable : Dominique Vlasto, adjointe au maire chargée du tourisme
  • Architectes : 331 Corniche Architectes (Marseille)
  • En cours de projet

La Villa Valmer et son parc, château construit en 1865 pour un riche négociant, se dresse non loin du centre ville sur la corniche Kennedy, sur un promontoire verdoyant surplombant la Méditerranée ; la Ville de Marseille, propriétaire depuis 1967, décide en 2018 de se s’en séparer à un investisseur hôtelier, par un bail emphytéotique de 60 ans (contre un investissement de 15 millions d’euros, un loyer annuel de 300.000 euros, ainsi qu’une part variable sur les bénéfices), pour le reconvertir en un hôtel 5 étoiles. Une partie du parc est néanmoins réservé au public, mais la construction d’une piscine extérieure et d’un parking souterrain menacent le parc public et ses plantations, et les opposants au projet notent également la privatisation d’une petite crique servant de mouillage pour « pour un bateau de promenade permettra d’embarquer des clients pour une navigation dans la rade de Marseille ».

Vue splendide depuis le balcon de la villa : partie privatisée

Vue sur la rade de Marseille depuis le parc de la villa : partie privatisée



Esquisse du projet, non contractuelle.

Hôtel Dieu

  • Propriété de la ville depuis 2003 | ancien hôpital désaffecté
  • Programme : reconversion palace  5 étoiles | Bénéficiaire : Axa + Intercontinental
  • Bail emphytéotique de 99 ans, loyer annuel de 2 millions €uros et une part variable
  • Réalisé

Au coeur de la cité, bâti sur un promontoire et proche quartier historique du Panier, l’hôtel Dieu a été durant huit siècles au service de la médecine.  Selon Yves Baille, historien :
« Pour comprendre la place que cet hôpital tient dans l’histoire de Marseille, il faut savoir qu’il recevait à la fois les pauvres, les malades civils et militaires et les enfants abandonnés, mais que de plus, il a joué grâce à ses recteurs, un rôle politique et social important... »

La ville avait fait l'acquisition en 2003 de cet hôpital, au prix de 9,9 millions d'euros. Avant de décider en 2007 de le céder en bail emphytéotique de 99 années au groupe Axa associé à Intercontinental pour y réaliser un palace de luxe, moyennant un loyer annuel de 2 millions d'euros. Mais elle s'est engagée à subventionner à hauteur de 2,5 millions d'euros les travaux de rénovation de la charpente, des façades et la mise en valeur de l'éclairage… Subvention – et projet - combattue par des collectifs de citoyens – et les élus communistes – ayant porté l’affaire en justice, qui se prononça en faveur des plaignants contre cet « avantage indu ».

Les Catalans
  • Propriété de la ville depuis 2004 | ancienne fabrique désaffectée en bordure de plage
  • Programme : construction de logements de luxe + restaurant en rez-de-chaussée (4500 m²)
  • Architecte : Rudy Ricciotti

La première plage rencontrée lorsque l’on arrive du centre-ville : l’anse des Catalans, la plage de sable préférée des mères de famille, bien desservie par les transports en commun, mais ô combien surpeuplée dès les beaux jours. L’ex-usine Giraudon, ancienne fabrique abandonnée depuis des lustres qui surplombe la plage, aurait pu offrir ainsi plus d’espace de détente ou de loisirs aux nombreux usagers de cet espace étriqué ; mais non, la municipalité, propriétaire du site depuis 2004, malgré les propos du maire de secteur d'alors, Jean Roatta (UMP), qui soutenait que "jamais il ne signerait pour un autre permis de construire" qu'un complexe sportif ou balnéaire, un square, un belvédère avec accès à la mer, la ville donc, rendait public en 2017 la construction d’une résidence de luxe, comportant 29 logements de standing (3000 à 12.000 euros/m²) et d’un restaurant en rez-de-chaussée… bâti imaginé sans état d’âme, par l’architecte Rudy Ricciotti.



Naturellement, promoteur et architecte, jouent les dérogations pour agrandir au maximum la superficie, la rentabilité de l’opération : hauteur de construction autorisée par le Plan Local d’Urbanisme (PLU) largement dépassée par le projet, emprise partielle sur le domaine maritime en principe interdit, projet immobilier sans aucun logement social rendu obligatoire par les textes de loi, et sans doute, des vestiges de murs historiques compromis par le nouvel immeuble, mais avec la promesse de leur déplacement reconstruction-à-l’identique (voir perspective).  Enfin, selon Marsactu :


““Le programme proposé prévoyant exclusivement des logements, avec un restaurant ponctuellement au RDC, ne paraît pas complètement adapté à ce site stratégique et largement ouvert sur le domaine public maritime et la plage”, note l’architecte des bâtiments de France.”

C’est en effet étrange que de vouloir construire des logements de standing en bordure d’une plage très populaire, surpeuplée, bruyante et aux relents d’huile à bronzer bon marché, et particulièrement sale après le départ des derniers baigneurs…



Mars Actu

Violette Artaud
Aux Catalans, le projet de résidence de luxe attaqué par des habitants
https://marsactu.fr/aux-catalans-le-projet-de-residence-de-luxe-attaque-par-des-habitants/

12 septembre 2017


Violette Artaud
Le préfet impose des logements sociaux dans la résidence de luxe des Catalans


26 avril 2018



Après Jean Jaurès assassiné,

c’est Léon Blum amputé

  • Programme : construction d’un cinéma
  • Surface au sol “prise” sur le square : non communiqué (!)
  • Bail emphytéotique signé en 2016, d’une durée de 58 ans pour un loyer annuel de 15.000 euros complété par une variable | Bénéficiaire : Artplex
  • Architecte : Willmote (Paris)
  • Chantier dans les prochaines semaines

Le meilleur cas de privatisation de l’espace public pour la fin de cet inventaire : la construction d’un cinéma… empiétant grandement sur le square Léon Blum, situé sur la Canebière, frôlant de près le très beau kiosque dix-neuvième à musique. Square n’est guère adapté à cet espace public de la ville, de la plus belle avenue de Marseille : c’est une place en forme de triangle, son aménagement date sans doute des années 1970, et qui n’a pas été rénové dans le cadre de la requalification de la Canebière : ce qui était annonciateur. Ici se prélasse au soleil, des populations majoritairement pas ou peu ou pas du tout aisées, clochards et prostituées dès la soirée venue, et en journée des vieux retraités d’origine nord-africaine qui s’y réunissent volontiers pour y bavarder ; c’est également le départ des manifestations organisées par les organisations pro-kurdes, et un lieu investi par les « Dimanches de la Canebière » organisée elle par la mairie, afin de « redorer » le blason de la mythique avenue. S’y dressait surtout, l’ancienne mairie de secteur des 1er et 7e arrondissements, déménagée plus bas sur la Canebière ; édifice qui perdra sa vocation publique pour devenir un cinéma, tout pareil que son parvis. Ce qui serait impossible – à imaginer - dans les villes de France, est tout à fait réalisable à Marseille…

La fontaine Wallace, le kiosque à musique, le square et au fond l’ancienne mairie de secteurs, novembre 2018.



La Ville s’est pleinement engagée dans le projet, via un bail emphytéotique signé en 2016, d’une durée de 58 ans et d’un loyer annuel de 15.000 euros complété par une variable en fonction des résultats. En contrepartie, elle devrait prendre en charge la rénovation du parking souterrain situé en partie sous l’ancien square ; et selon les promoteurs « un budget a déjà été voté et va permettre d’embellir et de valoriser le périmètre à proximité d’artplexe Canebière. »


Vue depuis la Canebière, l’ancienne mairie à gauche et le square, novembre 2018.


Vue du projet depuis la Canebière, le square est grandement amputé.




L’architecture peu avenante de l’ancienne mairie de secteurs, est remplacée par un tout aussi affreux bâtiment conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Selon la plaquette promotionnelle, peut on lire :


« Premier complexe du genre en France, artplexe canebière proposera sur 4 niveaux, 7 salles de cinéma pour un total de 851 fauteuils, 3 restaurants dont une brasserie, un restaurant panoramique avec terrasse et un lounge bar. L’ensemble est complété par des espaces d’expositions situés dans le grand hall, qui permettront d’accueillir des corners commerciaux en lien avec les événements organisés au sein de l’établissement. »



Et, soulignons les ridicules et grossiers argumentaires pour justifier la privatisation d’un vaste espace public :


« De la forme d’un triangle rectangle, artplexe canebière reconnecte La Canebière et Les Allées Léon Gambetta. »

Ayant pour vocation de :


« Redynamiser le quartier, tout en s’inscrivant délicatement dans son tissu urbain, culturel et commerçant et dans le respect de son identité visuelle et de son histoire. »

Et comme programmation au rez-de-chaussée :


« la brasserie qui, avec son prolongement extérieur, va dynamiser le square Léon Blum et créer un nouveau lieu de rencontre dans le quartier. »

Le “lieu de rencontre” existait d’ores et déjà, mais fréquenté pas par les bonnes personnes…


Projet de Gaudin, donc, mais initié par Patrick Mennucci qui était à la tête de la mairie de secteur, élu du Parti socialiste… Sabine Bernasconi (Les Républicains), la nouvelle maire de secteurs lui ayant ravi le trône municipal approuve l'idée et affirmait :

« Le complexe cinématographique et culturel va contribuer à redonner ses lettres de noblesse et son animation d'antan à cette artère. Je préfère cent fois y voir se multiplier des ateliers d'artistes que des bars à chichas ou des kebabs. Repenser l'attractivité commerciale de la Canebière est clairement une volonté municipale. » [lire le chapitre gentrification par le commerce].



Tout ceci est indéfendable autant moralement qu’ « urbainement », et serait risible si ce projet scandaleux avait été combattu par des opposants qui ici, n’existent pas : peu de voix discordante (4) pour dénoncer cet incroyable projet de destruction d’un espace emblématique, inscrit dans l’histoire de Marseille.



Le square Léon Blum au début du 20e siècle....

NOTES


(1) En 1995, Jean-Claude Gaudin devient maire de Marseille ; mais il commença sa carrière politique bien avant, en 1965, élu sur la liste socialo-centriste menée par Gaston Defferre, contre la liste gaulliste, il est alors le benjamin du conseil municipal, et préside la commission extra-municipale de l'urbanisme : soit, donc cumulées, 53 années de vie politique au sein du conseil municipal.

(2) Pour ce qui concerne le drame de Noailles : la salubrité et la sécurité publique font partie de l’ordre public qu’il appartient au maire de faire respecter sur le fondement de son pouvoir de police générale.  Le maire est chargé de faire respecter le Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Il est également tenu d’agir d’urgence et de son propre chef en cas de menaces immédiates pour la sécurité ou la santé des occupants, des voisins ou des tiers. À ce titre, pour écarter un risque, il peut ainsi et sans délai faire évacuer un bien, en interdire l’usage, établir un périmètre de sécurité et prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires et appropriées. Le maire est l'autorité de police de l’hygiène publique. Il intervient au titre de son pouvoir de police propre ; le conseil municipal n’est pas sollicité.

Néanmoins, dans le large éventail des organismes de l’Etat s’occupant d’habitat indigne, les responsabilités sont multiples :



Institué par un décret du 14 juillet 2010, le délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement, placé auprès du Premier ministre, est chargé d’assurer la coordination et le suivi de la mise en oeuvre des priorités de l’Etat en matière d’hébergement et d’accès au logement des personnes sans-abri ou mal logées. La délégation interministérielle est fonctionnellement rattachée au ministère de la Cohésion des territoires. La Dihal intervient principalement sur six politiques publiques dont la lutte contre l’habitat indigne. Le délégué interministériel est notamment en charge du suivi du volet logement du Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. La Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (DIHAL) en charge du Pôle national de lutte contre l’habitat indigne (PNLHI), est, autant que de besoin, en appui des services territoriaux et des PDLHI pour la mise en oeuvre d’actions opérationnelles.

Pôle national de lutte contre l'habitat indigne (PNLHI)


joue un rôle interministériel d’expertise au service des acteurs de terrains intervenant sur la lutte contre l'habitat indigne, qui recouvre toutes les situations de logements exposant leurs occupants ou des tiers à des risques pour leur santé ou leur sécurité. Le PNLHI est intégré au sein de la Dihal en 2010. Il  anime l’action de lutte contre l'habitat indigne à l’échelon national en lien avec 5 ministères suivants : Cohésion des territoires, Santé et solidarité, Intérieur, Justice et Outre-mer. Le pôle vient également en appui juridique et technique des acteurs locaux, notamment dans la mise en oeuvre des outils coercitifs (pouvoirs de police des maires, de présidents d’Établissements publics communaux et intercommunaux (EPCI) et des préfets). Il anime et s’appuie sur un réseau de correspondants techniques issus des services et partenaires intervenant dans la lutte contre l'habitat indigne dans les :

  • Directions départementales des territoires (DDT),
  • Directions départementales de la cohésion sociale (DDCS),
  • Agences régionales de santé (ARS),
  • collectivités territoriales dont les :
    • Services communaux d'hygiène et de santé (SCHS),
    • l'Agence nationale pour l'information sur le logement (ANIL),
    • Agences départementales pour l'information sur le logement (ADIL).



La lutte contre l’habitat indigne est un plan d’action pluriannuel, lancé à l’échelon national à la suite du sommet européen de Nice en décembre 2000 et formellement engagé fin 2001, par la mise en place d'un programme national d'actions prioritaires, d’abord sur 11 départements pilotes puis étendu dès 2002 à l’ensemble du territoire national. Ce programme est coordonné au plan central par un pôle national d'appui et, au plan départemental, par les préfets. Ces outils ont été précisés et renforcés par des textes, notamment la loi du 9 août 2004 (en ce qui concerne le saturnisme) et l’ordonnance du 15 décembre 2005 (relative à l’habitat insalubre et dangereux) ratifiée par la loi Engagement National pour le Logement en 2006. Le Pôle national de LHI relève d’un partenariat interministériel et rassemble les administrations les plus concernées : Direction générale de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction  DGUHC, directions générales de la Santé et de l’Action Sociale, l’ANAH, le FASILD, la CNAF, la CMSA, la direction de la Population et des Migrations, la DIV et la DGCL. L'ANIL est également associée aux travaux du Pôle national.






Les Pôles départementaux de lutte contre l’habitat indigne (PDLHI) ont pour vocation de mettre en synergie les différents services publics et partenaires de la lutte contre l’habitat indigne dans leurs départements respectifs. Un travail commun est en effet nécessaire sur des thématiques telles que le repérage des situations, l’accompagnement des ménages, le suivi des arrêtés ou encore le lien avec les magistrats référents lutte contre l'habitat indigne auprès des Parquets. Depuis 2017, un préfet ou un sous-préfet référent en matière de lutte contre l’habitat indigne est nommé dans chaque département, chargé de piloter le PDLHI, d'améliorer la coordination des différents services de l'État, d'accompagner les acteurs locaux et de développer des liens avec le parquet pour faciliter l'instruction des situations signalées, et d’être le contact permanent des administrations centrales et de la DIHAL.
(3) Là encore, ses détracteurs invoquent les propos plus anciens du maire et de ses proches, en exemple le 5 décembre 2001  :
« Le Marseille populaire, ce n’est pas le Marseille maghrébin, ce n’est pas le Marseille comorien. Le centre est envahi par la population étrangère, les Marseillais sont partis. Moi je rénove, je lutte contre les marchands de sommeil et je fais revenir des habitants qui paient des impôts ».
Le 21 avril 2000, Gérard Chenoz président la Soleam déclarait :
« Pour que les gens soient mélangés, il faut que certains partent ».
Le 18 novembre 2003, Claude Valette déclarerait :
« On a besoin de gens qui créent de la richesse, il faut nous débarrasser de la moitié des habitants de la ville. Le cœur de ville mérite autre chose ».

(4) Sinon celle du gérant du cinéma Les Variétés, situé une centaine de mètres plus bas sur la Canebière qui ne se prive pas de dire tout le mal qu’il pense de ce projet :

«Je les connais bien, ces gens, affirme Galeshka Moravioff. Gérard Vaugeois a eu sa période et Jean-Jacques Leonard, je l’ai rencontré plusieurs fois (…). Ils n’ont pas d’argent. Ce sont des gens en fin de parcours à qui la ville de Marseille donne pourtant du crédit. Ils ne représentent plus grand-chose à part eux-mêmes. (...) Je n'y crois pas parce que ce projet est animé par des gens has been ».









3 commentaires:

  1. Ce qui me paraît sidérant, est que les collectifs agissant contre le PPP des écoles et pour la rénovation de toutes les nombreuses écoles - et équipements de quartiers - dégradés ne s'unissent pas avec les collectifs et associations s'occupant de l'habitat indigne ! La manif prochaine - du 1er décembre - annonce seulement le droit au digne logement pour Tous, mais pas des écoles...
    Comme dirait Pagnol, ils ne sont pas bons à rien, mais mauvais en tout.

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  2. Merci à vos articles !
    Petit témoignage d'un marseillais habitant la Plaine et travaillant à Luminy en tant qu'enseignant: deux quartiers meurtris par l'abattage de beaux arbres qui ne me laisse pas insensible, ma fibre écolo s'est réveillée. Et quelle ne fut pas ma surprise face à un blanc drap flottant sur la Plaine annonçant la solidarité des opposants au projet avec... ceux de la forêt menacée de Romainville en banlieue lointaine parisienne, alors que, les plus proches pins de Luminy étaient à terre. D'un côté comme de l'autre indifférence totale... Horrible !

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  3. C'est peut-être tant mieux : plein de manifs par semaine en ordre dispersé plutôt qu'une seule par mois regroupant tout le monde ? Ca occupe l'espace et les CRS...

    Mais c vrai aussi, qu'entre Habitat Indigne, Ecoles dégradées sous menace d'un PPP ( et l'on peut ajouter la situation de certains hôpitaux) des liens sont à créer.

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