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VOÏNA [ВOйHA], Art de rue Politique et Protestataire



Voïna (ВOйHA)

"Guerre"

Nous faisons de l'art de rue politique et protestataire. 
Et l'art constitue le moyen le plus puissant de lutter 
en faveur de la liberté. C'est pour cela que nous créons une nouvelle sorte d'artiste russe, un intrépide Robin des Bois !


Voïna (ВOйHA) signifie "Guerre". Nous avons déclaré la guerre à tout ce monde de l'art glamouro-fasciste qui ne produit que des objets d'art morts… Toute cette pitoyable masturbation artistique pseudo-libérale avec des programmes, c'est dépassé. Il est temps de s'opposer pour de bon au lieu de se contenter de jouer avec les mots… Notre but est de montrer la communauté artistique glamour et conformiste sous son vrai jour, pour que tout le monde puisse en rire. Elle est vendue, fascisoïde et ne reproduit de la merde artistique sans odeur complètement ringarde.





Voïna ou l’art de la guerre pour la liberté




Adepte de l'art conceptuel de rue, le collectif artistique russe Voïna excelle dans les performances tonitruantes et subversives dirigées contre les autorités et le pouvoir jugés fascisants. Dans une interview accordée à Courrier International, les responsables du groupe défendent une nouvelle radicalité de gauche, inspirée et héroïque.



Propos recueillis par Philippe Randrianarimanana.



Comment s'est constitué le groupe artistique Voïna ?

Lionia Iobnouty ["le Taré"] : C'est Oleg Vorotnikov qui l'a fondé en 2007. Au début, il ne comptait que quelques personnes, mais aujourd'hui, elles sont des dizaines, voire des centaines à prendre part à chacune de nos actions. Vorotnikov reste le cerveau du groupe.

Kozlionok ["Cabri"]: Mais Lionia Iobnouty est notre président et notre super-héros. C'est lui qui a sauté sur le toit d'une voiture du Service Fédéral de protection des personnalités devant le Kremlin !

L. I. : Kozlionok est notre coordinatrice en chef, et elle est le cœur de notre troupe. Alexeï en est l'éminence artistique, le concepteur de nos performances.

Pourquoi ce nom de "Voïna" ?

Alexeï Ploutser-Sarno : Voïna signifie "Guerre". Nous avons déclaré la guerre à tout ce monde de l'art glamouro-fasciste qui produit des objets d'art morts.

Pourriez-vous nous parler des premières actions de votre groupe ?
O. V. : Le 1er mai 2007, nous avons balancé des chats errants dans un MacDo. Double profit : les chats ont pu manger des hamburgers, et les employés faire connaissance avec l'art contemporain de gauche.



K. : Ensuite, le 24 août 2007, nous avons réalisé Le festin. Nous avons dressé des tables dans un wagon du métro de Moscou et célébré le repas de funérailles de notre ami, le peintre Dmitri Prigov.



A. P-S. : Le 29 février 2008, au moment de l'élection de Medvedev à la présidence, nous avons organisé une partouze dans une salle du Musée national de biologie, à Moscou, sous le slogan "J'encule Medvejonok".

K. : Medvejonok, en russe, c'est un petit Medvedev ["Medved" signifie "ours"].

A. P-S. : Nous voulions dresser le portrait de la Russie en campagne électorale. Aujourd'hui, en Russie, tout le monde encule tout le monde, et le président Medvejonok jouit devant ce spectacle.

K. : Il aime voir les gens souffrir.



O. V. : Le 6 mai 2008, au moment de la prestation de serment du nouveau président, nous avons fait l'Humiliation du flic dans sa propre maison, en lançant des tartes sur le chef de la police, carrément dans son bureau, et en l'arrosant de thé.

Vous prenez de plus en plus de risques. Comment parvenez-vous à échapper à la prison ?

A. P-S. : Oui, depuis le 22 mai 2008, avec La censure suce, nous sommes passés à des actions de protestation dures.

O. V. : Le 3 juillet 2008, nous avons fait Le flic en soutane de pope, un pillage de supermarché en plein jour par un militant qui avait passé une soutane par-dessus un uniforme de policier. En Russie, tout le monde crève de peur devant la police et les popes, et les vigiles du supermarché avaient tellement la trouille qu'ils n'ont pas réagi.





K. : Le 7 septembre 2008, nous avons monté des exécutions capitales, toujours dans un supermarché, en pendant des travailleurs immigrés, des juifs et des homosexuels. C'était une offrande symbolique à Iouri Loujkov, le maire corrompu de Moscou [limogé fin septembre dernier] pour sa politique homophobe [toutes les tentatives de gay prides dans la capitale russe ont été sévèrement réprimées], xénophobe et esclavagiste.






L. I. : Pour ne pas se faire arrêter, il faut agir très vite.

Laquelle de vos actions a été le plus dangereuse, et laquelle a eu le plus d'écho ?

La plus dangereuse a été Bite au cul. C'était le 29 mai 2009, quand nous avons donné un concert punk dans une salle de tribunal, durant le procès du commissaire d'exposition Andreï Eroféïév [jugé pour incitation à la haine religieuse à cause de l'exposition Art interdit 2006]. Nous avions fait entrer en douce des guitares électriques et des micros, et dès l'ouverture de la séance de ce tribunal de la honte, nous avons chanté Tous les flics sont des salauds, ne l'oubliez pas !





L. I. : Notre action la plus célèbre, c'est bien sûr Révolution de palais. Tard dans la soirée du 16 septembre dernier, nous avons renversé sept voitures de police dans le centre de Saint-Pétersbourg, avec des policiers corrompus et ivres dedans.

A. P-S. : C'est ainsi que nous avons procédé à la réforme symbolique du ministère de l'Intérieur, en les mettant sans dessus dessous.





Que cherchez-vous, finalement ? Vous avez un programme ?

O. V. : Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Toute cette pitoyable masturbation artistique pseudo-libérale avec des programmes, c'est dépassé. Il est temps de s'opposer pour de bon au lieu de se contenter de jouer avec les mots.
K. : Nous ne rédigeons pas de manifestes, nous enculons le pouvoir russe extrémiste de droite avec notre Bite de 65 mètres



A. P-S. : Kozlionok fait allusion à note Bite prisonnière du KGB. Nous avions tracé sur la partie mobile d'un pont levant, le pont Liteïny de Saint-Pétersbourg, les contours d'un pénis géant de 65 mètres de long sur 23 de large, 30 secondes avant que ce pont de 4 tonnes soit relevé, dressant cette bite monstrueuse et menaçante juste devant les fenêtres du FSB [autrefois KGB].

L. I. : Notre objectif politique est de créer un front de gauche de la jeunesse, pour lutter contre la réaction de droite qui s'est emparée de la Russie.

A. P-S. : En matière artistique, notre but est de montrer la communauté artistique glamour et conformiste sous son vrai jour, pour que tout le monde puisse en rire. Elle est vendue, fascisoïde et reproduit de la merde artistique complètement ringarde.

K. : Nous, nous créons un art nouveau, honnête, héroïque et monumental.

O. V. : Et totalement gratuit !

Qui est l'idéologue, chez vous ?

O. V. : Nous avons quatre centres intellectuels dans le groupe, nous quatre qui répondons à votre interview.

Quelles sont vos racines artistiques et politiques ?

A. P-S. : Politiquement, nous puisons dans les traditions des décembristes russes, ces nobles qui ont amené le soulèvement de 1825, et chez les activistes français type 1968.

O. V. : Nous sommes proches des mouvements de protestation actuels des anarchistes de gauche européens.

A. P-S. : Artistiquement, nous regardons du côté de l'art révolutionnaire russe des années 20 et de l'actionisme viennois.

L. I. : Et aussi de l'amour absolu de la liberté et de la froide intrépidité russe.

Vous considérez-vous comme une opposition non parlementaire alternative ?

O. V. : En Russie, l'opposition non parlementaire est détruite et démoralisée. Elle n'est pas prête à entreprendre des actions radicales.

A. P-S. : Et tout le reste du bla bla mou libéral et intellectuel au sujet de la liberté, c'est puéril.

L. I. : Pendant que la revanche extrémiste de droite noie la Russie dans le marécage du fascisme, les intellectuels sont occupés à régler leurs comptes entre eux. La population ne les entend pas.

A. P-S. : Dans la Russie actuelle, notre groupe artistique, Voïna, est l'une des rares forces que tout le pays entend. Nos actions sont regardées par des millions de personnes. La seule Révolution de palais a été vue par plus de 20 millions de spectateurs.

Vous ne semblez pas craindre les pouvoirs publics, la police ou les tribunaux. Comment voyez-vous votre avenir ?

A. P-S. : Notre avenir, c'est la liberté !

L. I. : Nous n'avons pas peur des tribunaux ni des juges. Nous leur disons d'aller se faire foutre.

K. : Nous ne nous présentons jamais aux convocations des tribunaux. Nous menons une vie clandestine d'anarchistes.

O. V. : Cela fait longtemps qu'il n'y a plus de tribunaux indépendants en Russie, ni de juges indépendants. Les juges appliquent ce que leur ordonne le pouvoir corrompu, et s'il n'y a pas de système judiciaire, pourquoi en aurait-on peur ?

L. I. : Nous sommes des résistants. Quand nous réalisons une performance nous attaquons toujours les premiers, mais le reste du temps nous essayons de nous tenir le plus loin possible de la police pour ne pas être salis par sa merde.

Comment supportez vous le fardeau de la gloire ?


O. V. : Des tas de provocateurs et d'escrocs tournent autour de notre groupe, comme Piotr Verzilov. Il a trahi Shitman, un de nos militants, il l'a donné à la police.

K. : Dans une interview sur la chaîne REN-TV, ce faux-cul de Verzilov a affirmé au journaliste qu'il était l'auteur de toutes les actions de Voïna pour 2010, alors qu'il a été piteusement chassé du groupe en 2009 !

L. I. : Sur Radio Svoboda, ce traître m'a appelé son "ami et camarade", sans avoir honte de mentir au journaliste qui l'interviewait.

O. V. : A ce propos, la seule source d'informations fiable sur nous est notre blog, mais Internet est envahi de faux blogs à nos noms. Il existe une fausse page Live Journal de Lionia Iobnouty, un faux compte Twitter de Voïna, un faux groupe sur le site V kontaktié, des play-list bidon sur You Tube, une fausse page Live Journal du groupe Voïna qu'alimente anonymement le traître Verzilov, sous le pseudo de wisegizmo, où il parle de lui à la troisième personne en se dépeignant sous des traits héroïques.

A. P-S. : Des dizaines de personnes qui n'ont rien à voir avec nous se présentent comme membres du groupe, trompent les gens et en retirent un bénéfice. Mais le plus drôle, c'est quand ces personnes étrangères au groupe organisent des expositions de Voïna alors que nous n'en faisons pas nous-mêmes.

L. I. : Par principe, nous refusons d'exposer en Russie. Hors de question de collaborer avec l'industrie de l'art, vendue, plongée jusqu'au cou dans des intrigues puantes dans les coulisses du pouvoir.

Quelle a été votre exposition la plus réussie, puisque vous en avez fait dans plusieurs pays d'Europe ?

O. V. : En réalité, notre "exposition" la plus réussie, elle se déroule actuellement à Saint-Pétersbourg, puisque le ministère de l'Intérieur a ordonné que nos portraits accompagnés de photos de nos performances soient affichés dans les salles de police de tous les musées de la ville, avec la légende suivante : "Groupe Voïna, recherché pour actes de délinquance".

Pensez-vous que toutes vos actions aient été réussies et aient atteint leur but ?

A. P-S. : La Bite prisonnière du KGB a été applaudie par des centaines de milliers de spectateurs, et ce que nous en avons dit sur notre blog a été retiré par les services secrets et évincé de tous les hauts de liste dans les moteurs de recherche. C'est cela, notre but, être entendus.

K. : Et montrer à tout le monde un exemple d'audace.

L. I : Et appeler tout le monde à ne pas avoir peur du pouvoir russe extrémiste de droite.

Votre groupe, c'est de l'art, de la politique, ou un jeu ?

O. V. : Si Voïna est un jeu, c'est un jeu mortel. Nous jouons à la liberté !


A. P.-S. : Nous faisons de l'art de rue politique et protestataire. Et l'art constitue le moyen le plus puissant de lutter en faveur de la liberté. C'est pour cela que nous créons une nouvelle sorte d'artiste russe, un intrépide Robin des Bois !




UN PRIX POUR VOÏNA


La bite prisonnière du FSB: la nuit du 14 juin 2010, le jour de l’anniversaire de Che Guevara, Voïna peint un énorme phallus sur le pont-levis Liteiny à Saint-Pétersbourg, quelques minutes avant son élévation. Une action orchestrée en l’espace de 23 secondes. Lentement, le pénis s’érige à 65 mètres de hauteur en face du siège du FSB, les services secrets. «Visible de toute la ville, ce graffiti était un monumental ‘on vous baise’ aux autorités russes corrompues.» Cette œuvre a remporté, courant avril, un prix d’art contemporain réputé dans la section Innovation, attribué entre autres par le Ministère de la culture russe. 


Révolution de Palais: en septembre dernier, dans le centre de Saint-Pétersbourg, Voïna retourne sept voitures de police avec des fonctionnaires «ivres et corrompus», selon eux, à l’intérieur. «C’était une installation artistique pour demander une réforme au Ministère de l’intérieur.» A la suite de cette action, Oleg et Leonid sont arrêtés et attendent toujours leur procès pour incitation à la haine et au désordre social. En vendant une de ses œuvres, l’artiste de rue anglais Banksy a payé leur caution et les a sortis de prison préventive.

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