20e Rapport | Fondation Abbé Pierre



Le 20e rapport 2015 sur le mal-logement en France de la Fondation Abbé-Pierre (FAP) se lit comme un livre de science-fiction, l'oeuvre d'un brillant auteur mettant en scène un monde politique ayant pour mission, pour idéal même, la marginalisation pure et simple des indigents, mise à l'écart confortée par les troubles pathologiques d'une population amorphe, ceci expliquant cela ; ce n'est hélas pas de la science-fiction mais bien la description d'une réalité soumise aux lois du profit, vécues, selon la FAP, quotidiennement par 3,5 millions de personnes [1]. 

Ce rapport 2015 navigue, comme les précédents, entre amabilités accordées au(x) gouvernement(s) et critiques acerbes, mais celui-ci, cette année, est un véritable camouflet pour la présidence socialiste de François Hollande ; les bonnes résolutions du Plan quinquennal de lutte contre la pauvreté, sont ainsi critiquées pas les associations d'aides aux plus démunis :
« Depuis son adoption, alors que la situation des personnes touchées par la pauvreté s’aggrave, il semble que ce soit la temporisation et l’inertie qui dominent (''La lutte contre la pauvreté n’avance guère'', ''l’intensité de la pauvreté s’accroît'', ''les choses traînent'', ''le plan n’endigue pas la pauvreté'', ''les plus fragiles ne sont pas au cœur de l’action gouvernementale.'') » ; 



« On assiste à une massification de la précarité, avec une embolie des dispositifs comme le 115, et des centres d’hébergement compressés entre, en amont, une demande qui croit fortement et, en aval, des relogements de plus en plus aléatoires », commente Christophe Robert, délégué général de la FAP. Il révèle que « le patrimoine immobilier ne cesse de se concentrer entre les mains des plus aisés », souligne le lobbying des promoteurs et des constructeurs pour « l’assouplissement du dispositif fiscal Duflot, devenu Pinel, l’abandon de l’encadrement des loyers et de la garantie universelle locative », il démontre que le montant du PIB accordé au logement est inchangé depuis 1984, et critique le manque crucial de statistiques récentes et la rétention d'informations, entre autres scandales : ce n'est plus une expertise, mais un règlement de comptes. 


Le dernier chapitre concerne, comme d'habitude, leurs propositions, cette année, parmi les plus lucides :
  • une concerne les loyers (encadrement, taxe sur les loyers les plus abusifs, baisse des loyers HLM, Garantie des risques locatifs universelle).
  • une autre s'attaque à l'héritage, par une « Contribution de solidarité urbaine » « destinée à rendre notre système plus lisible et redistributif » : « fiscaliser davantage la transmission du patrimoine immobilier, notamment lors des successions et donations, moments-clés de la reproduction des inégalités ».
  • une propose, timidement certes, la réquisition de logements vacants par les municipalités.
  • et, enfin, « à côté des solutions propres au logement », augmentation des « minima sociaux, en particulier le RSA » « revalorisés et ouverts aux 18-25 ans » ; car « Il est socialement insoutenable de laisser dans notre société des centaines de milliers de personnes survivre avec quelques centaines d’euros par mois, voire moins. »

Bigre ! Les auteurs seraient-ils inspiré par les propositions ou sont-ils militants du Nouveau Parti Anti-capitaliste ? (Ou vice-et-versa?) Toutefois, les propositions nous laissent songeurs car il est évident que pas plus que la présidence socialiste de Hollande – qui songe à baisser de quatre milliards d'euros le budget consacré au logement -, celle à venir s'engagera vers cet horizon politique ; et la pertinence de leurs propositions s'érode contre cette évidence. En d'autres termes, ce 20e rapport suggère aux mal-logés, finalement, de ne rien attendre de l'Etat, de se débrouiller par eux-mêmes.

L'institution Abbé Pierre, en tant que telle bénéficiant des subsides de l'Etat, n'a pas vocation de se placer en tant qu'intelligentsia d'avant garde, dont le rôle consiste à démolir les mécanismes de l'ordre ancien et ses valeurs périmées, à déblayer les ruines idéologiques pour imaginer des nouveaux modèles élaborés contre la crise et non, abstraitement, à partir de la crise. En se consacrant à identifier les modes opératoires réels, concrets, inscrits dans la base économique, politique et productive, l'institution et ses multiples satellites se condamne à refaire encore et toujours le chemin déjà parcouru depuis maintenant vingt années.

En bon « gestionnaire de la pauvreté », la fondation contribue au contraire, à faire accepter à l'opinion publique, cette plus haute forme d'immoralité politique, de consacrer pour chaque type de populations marginales, un lieu, et une fonction, pour ne pas dire vocation. Est-il décent, moralement, d'enfermer la nuit venue les plus pauvres dans les dortoirs sordides des centres d'hébergement d'urgence, dans les chambrettes minuscules des centres de réinsertion ( jadis de réadaptation sociale? Faut-il encore protéger ces centres infâmes, instaurés en 1946, perpétuant la gestion de l'aide sociale à des organismes privés - souvent religieux -, choisissant de manière illégale, selon leurs propres critères, leurs règles, leurs lois, leurs assistés sociaux ? N'est-ce pas là un régime d'infra-droits en matière de logement et de citoyenneté ? Cette catégorisation, cette ghettoïsation de la population peut-elle encore être efficace ? De même, peut-on aujourd'hui aborder la question du logement sans remettre en cause le principe des différents types de logements – PLAI +, PLAI, PLUS, etc. - compartimentant les différentes classes sociales ? Faut-il poursuivre cette politique ancestrale de « proposer des loyers adaptés à tous les revenus », évoquée par la ministre Pinel, et continuer à élever l'existenzminimum spatial comme une panacée ? 

Les nouveaux temps suggèrent plutôt l'idée de mettre un terme aux différentes formules du logement social d'hier, inadaptées, d'une autre époque, pour définir l'habitat public de demain, à l'horizon lointain, et immédiat ; dans le sens que lui donne le géographe britannique David Harvey :

« Un urbanisme authentiquement humanisant reste à inventer. C’est à la théorie révolutionnaire de trouver la voie conduisant d’un urbanisme fondé sur l’exploitation à un urbanisme conçu pour l’espèce humaine. Et cette transformation reste de la responsabilité de la pratique révolutionnaire » ;

« La gauche est devenue si complaisante avec le néolibéralisme qu’il est difficile de distinguer entre ses partis politiques et ceux de droite, excepté sur des questions nationales ou sociales. Mais en politique économique, il n’y a pas beaucoup de différences. Nous devons élaborer une économie politique alternative au fonctionnement du capitalisme et il y a déjà certains principes. » ;

« les incertitudes et instabilités de la période (pour ne rien dire de la menace de dévaluation massive et de destruction dans le cadre d’une réorganisation interne, de confrontation géopolitique et d’effondrement politico-économique) rendent la question plus cruciale que jamais. »

La question de l'horizon lointain de la ville socialiste demeure ouverte ; elle ne pourra se résoudre sans l'apport théorique - et pratique - des premiers concernés, les architectes et les urbanistes, ou plus précisément, dans le cadre plus large d'une renaissance d'une avant-garde politique reconnaissant l'architecture comme un levier supplémentaire pour imaginer un autre futur, parade au capitalisme aujourd'hui inexistante. C'est un signe révélateur, aucune trace aussi minime soit-elle, d' « architecture » dans le rapport de la FAP concernant le mal-logement : c'est un comble ! Cette « disparition » est, pourrait-on dire, omniprésente, y compris dans les cercles dits alternatifs ; David Harvey ne s'en préoccupe pas, Michael Löwy, philosophe marxiste, auteur de plusieurs textes lumineux concernant l'avenir socialiste écologique s'en tamponne grave, tout pareil que l'élite du Nouveau Parti Anti-capitaliste dont les propositions se rapprochent de celles formulées par la Fondation Abbé Pierre, seuls, les membres du Comité invisible, et d'une manière générale, les autonomistes frôlent la question ; enfin, l'exemple de Marinaleda, commune rurale en Espagne dirigée par une municipalité « marxiste » est symptomatique, où les maisons ouvrières construites évoquent le pittoresque du 19e siècle.




La question de l'horizon proche est cruciale ; l'on se souvient de Jean-Paul Sartre, intime des militants de la Gauche Prolétarienne, approuver publiquement leur grande campagne de réquisition illégale de logements en 1971-72, comme d'ailleurs Michel Foucault. Les collectifs Droit Au Logement, Jeudi Noir, et bien d'autres encore s'en occupe, mais la désobéissance civile d'hier est aujourd'hui plus limitée à un rôle de simple gestionnaire de la misère, et à un nombre restreint de militants - et de sans-abris au demeurant. Leur principale revendication est d'exiger l’application de la loi de réquisition sur les immeubles et logements vacants appartenant aux collectivités locales, à des administrations, à l’état, à des banques, à des compagnies d’assurance, à de gros propriétaires, à des professionnels de l’immobilier. L'Etat, le premier propriétaire immobilier et foncier de France refuse, quelle que soit la couleur du gouvernement, l'argumentation en évoquant « que c'est compliqué ».

Les ventes immobilières des domaines de l'Etat, sur ce site consacré :
tendent à prouver le contraire. Prenons au hasard cette caserne désaffectée en vente d'une ville de province :




« Cet imposant ensemble immobilier est constitué de deux parties implantées de part et d'autre du Gers par un pont sur la partie centrale du site. Rive gauche : un important ensemble en forme de U autour de la cour d'honneur (10 804 m²). Rive droite : quatre bâtiments sensiblement identiques, situés autour d'une place d'armes (4 329 m²), une salle omnisports (charpente Eiffel) de 1281 m². Divers autres bâtiments de moindre dimension (hangars, magasins). L'ensemble occupe 53 079 m² », disponibles de suite, sans grands efforts, pour accueillir un nouveau régiment de ceux qui souffrent, et d'autres, réfractaires à la normalité, artistes, nomades. Ou bien celle-ci, 



« l’ancienne caserne MANGIN a été édifiée vers le milieu du XIXème siècle » offrant 12.000 m² en bon état, réquisitionnable de suite. Des dizaines de casernes ont ainsi été mises en vente depuis la fin de la conscription. Celles que nous présentons seront peut-être acquises, voire certainement, par les municipalités, et deviendront, peut-être, des ensembles résidentiels, ou des équipements publics. 

L'expérience de la nouvelle affectation provisoire de la caserne de Reuilly à Paris, comporte autant d'idées intéressantes que de méthodes rétrogrades. Ces anciens bâtiments du ministère de la défense ont été cédés à la Ville de Paris et en attente de leur réhabilitation en logements sociaux classiques, un centre d’hébergement y a été installé. Il accueille 160 places dont 93 hommes isolés, 53 femmes isolées et 8 couples. Emmaüs dispose d'un lieu de vente, d'ateliers de récupération et réparations, et d'une cafétéria ouverte au public ; et d'autres associations culturelles, soigneusement triées sur le volet par la Mairie de Paris, viennent égayer l'ensemble pour un loyer modique. Tous devront quitter ces lieux cet été 2015. C'est une belle initiative de mélanger les genres, mais outre le fait que tout ceci est temporaire, les méthodes ne diffèrent guère des siècles précédents.




Auto-recupero
Programme d’auto-récupération résidentielle

D'autres expériences ont bien plus de valeurs innovantes et humaines. Dans la mutitude, ce fut à Bologne en Italie, à partir de 1981, qu’une nouvelle initiative expérimentale en matière d’habitat social s’élabora sur le modèle des Krakers d’Amsterdam (En 1960, un plan de rénovation particulièrement dévastateur pour la vieille ville prévoit des démolitions de quartiers anciens et des reconstructions en périphérie. Des groupes s’organisent contre le projet moderniste de la municipalité, des jeunes occupants de maisons expropriées et vides promises à la démolition les squattent, les rénovent et engagent la lutte pour l’avenir menacé des quartiers, et soutiennent d’autres luttes habitantes. Face à une contestation populaire qui s’amplifie, des commissions de quartier réunissent habitants, fonctionnaires de la ville et membres de partis politiques. Des principes urbanistiques émergent des revendications portées par le mouvement qui seront effectivement adoptés par la ville, en particulier la rénovation des immeubles d'habitation et le maintien des populations.) Sur le même principe, la municipalité et l’Unione Inquilini – organisation historique aidant les locataires – aux prises avec des occupations illégales et face à des situations d'habitations dégradées menaçant de s'écrouler, proposèrent aux habitants de les régulariser s'ils consentaient à effectuer par eux-mêmes les travaux de réhabilitation de leurs logements. Pour cela fut créée la coopérative « Chi non ocupa preocupa ». Enrico Simeone membre de la Coopérative Vivere 2000, en explique le fonctionnement qui prévoit « l’attribution des immeubles au moyen d’un décret public pour des coopératives et associations similaires, qui s’engagent à exécuter les travaux du second oeuvre de l’immeuble en accord avec l’administration municipale, laquelle s’engage à réaliser la récupération du gros oeuvre et des parties communes. Dans le cadre de la récupération du second oeuvre, le partenaire en pré-attribution participe financièrement et avec l’apport volontaire de son travail à la réalisation du chantier. À la fin des travaux, l’organisme propriétaire attribue individuellement aux partenaires les appartements, en calculant le loyer social et en retirant les frais dépensés.» La coopérative réussit à obtenir en 1982 le premier décret public de l’administration municipale concernant l’auto-recupero, les opérations d’auto-récupération résidentielle.

En 1988, la région de Rome, le Lazio, entreprit la même initiative et vota une loi qui légalisait toute occupation d’un bâtiment public laissé vacant par son propriétaire et s’engageait à aider les occupants, aidés par l’Unione Inquilini, dans leur nouvelle installation : les habitants coopérateurs assurent la remise en état des logements, tandis que le propriétaire (le plus souvent la commune) prend à sa charge la rénovation des parties communes. Les coopératives d’auto récupération résidentielle ont été prises en charge par un service technique municipal spécialisé nommé, « Riqualificazione urbana ». D'autres expériences se sont déroulées dans plusieurs villes d'Italie.

Ce modèle n'est certes pas idéal, ses détracteurs soulignent son caractère typiquement libéral qui correspond aux exigences d'une forme de privatisation de l’habitat, de financements publics faibles, et de désengagement de l'Etat, obligeant le travailleur à construire-rénover lui-même son logis. L’intérêt pour les pouvoirs publics est très clair : ce mécanisme leur permet de réduire leur effort en matière de logement car les coûts de l’auto-recupero sont bien inférieurs aux opérations de réhabilitation lourde conduite par des professionnels. En Italie, la question de l’implication du capitalisme dans des domaines sociaux appartient à la notion de «privato-sociale», le «privé social» qui représente pour les organismes sociaux et alternatifs l’expérimentation de nouvelles modalités de coopérations entre les acteurs publics et privés ; pour le capital, ceci représente une source de rentes provenant de population à faible revenu. Le rôle du pouvoir n’est pas de garantir un logement pour tous mais d’assurer par des lois et des mesures incitatives, le rapprochement entre les populations précaires et le capital et ce, tout en réduisant les financements liés à l’habitat populaire. Dans le cadre de l’auto-recupero, le capitalisme libertaire a inventé de nouveaux modes de coordination en développant des méthodes fondées sur la proximité, l’affinité élective, la confiance mutuelle, voire un passé commun de militant ou de rebelle. Le caractère contestataire de l’occupation illégale est alors remis en cause au profit d’un modèle communautaire plus conventionnel et potentiellement moins dissident. B. Jessop définit un « néo-communautarisme »: ils deviennent des agents économiques sur lesquels pèsent la responsabilité de leur propre destin, en lieu et place des instances étatiques. Et enfin, ces propositions opèrent parfaitement dans l’objectif d’individualiser par catégories les types de population (exclus, précaires, étudiants, artistes, retraités, ouvriers, immigrés, etc.), qui agissent séparément, à élever des barrières, ou des compartiments d’isolement, quasi étanches, voire antagonistes.


Les partisans de l'autorecupero affirment au contraire que ce programme autorise les occupations illégales au nom d’un droit au logement, place le citoyen en responsable et gestionnaire de son bien, favorise effectivement l'émergence d'une sorte de communauté fermée, mais agissant au nom d'une gestion démocratique. Selon E. Simeone 
«L’autorécupération en plus de donner une réponse immédiate au problème du logement, rassemble toute une série d’autres aspects tel que la réutilisation du territoire, le repeuplement des quartiers centraux de la ville chaque jour plus utilisés par les commerces et les bureaux, l’utilisation sociale de ces immeubles et enfin et non le moindre, le problème de l’emploi.» 
Ce programme répond dans des délais courts à l’urgence du mal-logement, à la fois de manière quantitative et qualitative ; certaines coopératives font preuve d’imagination et s’appliquent à utiliser des méthodes de bio-construction grâce aux aides de l’État concédées à l’éco-habitat [bio edilizia]. En appui, coopératives d’habitants et collectivités territoriales mobilisent des institutions financières et bancaires originales, telle que la «Banca Etica » [banque éthique], dont le rôle ne se borne pas à l’octroi de simples prêts bancaires, mais bien à un accompagnement sur la durée de projets immobiliers et humains. De telles expériences soulignent l’importance accordée à l’individu, à son émancipation et à son autonomie, thèmes majeurs des revendications du groupe révolutionnaire Lotta Continua des années 1970. On passe de l'assisté social au travailleur social.

Quant aux principaux intéressés, les habitants-coopérateurs, le choix était simple : soit cela, soit la rue, ou un autre squat. Yann Maury, universitaire spécialiste de l'auto-construction, plaide en faveur de ce programme :
« Les collectivités territoriales françaises et européennes qui sont confrontées à un désajustement croissant entre offre et demande de logements accessibles ne sauraient négliger un tel dispositif susceptible de constituer une alternative crédible à cette situation de pénurie durable de logements abordables. » [2]

« ...pendant très longtemps on nous a bourrés le crâne avec l’idée qu’il n’y a pas d’alternative. L’une des premières choses que nous devons faire est de penser l’alternative pour pouvoir commencer à la construire. »  affirme David Harvey. Les expériences alternatives d'Italie le prouvent, une base qu'il convient d'améliorer, en tout cas d'expérimenter, mais au contraire de l'expérience parisienne, dans cette optique de briser le compartimentage administratif spatial des populations humbles, marginales, mal-logés ou sans-logis, d'imaginer un « habiter différent » respectueux des modèles et idéaux de vie d'autres personnes encore refusant la normalité ; d'en terminer avec l’État planificateur de l’action sociale-spatiale et répartiteur autoritaire des moyens, et de limiter le rôle des organisations privées - de plus en plus puissantes - dans leurs fonctions régaliennes [3].

NOTES

[1] La FAP insiste bien sur le fait que ce sont là des estimations basées sur le recoupement des statistiques - anciennes pour certaines - des différentes administrations et d'organismes privés. Ici, on peut s'interroger sur la catégorisation des mal-logés : un habitant d'un HLM sordide (entre voies TGV et autoroutes, par exemple) peut ainsi être catégorisé comme bien-logé, tandis qu'un autre habitant intentionnellement une roulotte bien aménagée est classifié mal-logé. On peut s'interroger également quant à la catégorisation des incarcérés résidant en prison, des Français ayant choisi de vivre à l'étranger pour échapper à la misère, ou bien, comme les campeurs à l'année, sur leurs voiliers (y compris à l'étranger).

[2] Les coopératives d’habitants. Méthodes, pratiques et formes d’un autre habitat populaire 
Yann Maury.(Direction). Editions BRUYLANT. Bruxelles, 2009.
Plus explicite :
" La notion de partage peut être étendue au-delà du cadre bâti (appartement, immeuble), pour englober
une dimension qui touche à un projet de vie mis en commun, c’est à dire à un projet résidentiel collectif
constitué d'objectifs et d’une vision du monde partagés. C'est le cas des « Community Land Trusts » anglo-saxonnes (USA, GB ) et des coopératives d’habitants latines (Italie ou Argentine), qui précisément, fondent leur identité sur cette double notion d’habitat et d’auto-gouvernement partagés. Ces fonctions de partage mais aussi d’aspiration démocratique, opèrent en lien étroit avec une théorie politique, laquelle de façon paradoxale, vient d’être nobélisée par un jury d’économistes. Je fais référence à la « théorie des communs» (Commons) et aux travaux de Charlotte Hess et Elinor Ostrom. Une ligne de démarcation nous semble toutefois devoir être opérée en amont, entre la notion de « partage » d’inspiration sociale chrétienne et celle de « redistribution », issue du répertoire de l’action publique. Cette seconde notion correspond à une norme d’action publique sensée opérer en lien notamment avec ce qui a été dénommé jusqu’au milieu des années 80, l’Etat Providence. Or, sur la question de l’habitat populaire ou abordable, la catégorie d’action publique « redistribution » met fortement en tension cette notion de « partage », dans la mesure où il apparaît que la responsabilité de la gestion du pauvre est le plus souvent renvoyée en direction des associations caritatives et des fondations. En d’autres termes, une redistribution publique inadaptée aux enjeux socio-économiques, rend d’autant plus nécessaire le recours au partage. Cette redistribution des rôles entre acteurs pose au final la question de l’efficience des politiques publiques de l'habitat et de l'imputation des responsabilités entre acteurs publics (Etat, Collectivités territoriales, organismes HLM), privés et associatifs. (accountability)Or, il apparaît précisément que les coopératives d’habitants - qu’elles relèvent du modèle anglo-saxon des Community Land Trusts ou du modèle coopératif latin - réussissent la synthèse entre principe de redistribution (laïque) et principe de partage (chrétien), notamment à l’échelon local, par l’octroi de fonds de garantie ou de cautionnement municipaux, le recours à la finance éthique, l’engagement de politiques foncières locales ajustées, mais aussi par le recours aux dons privés... Cette synthèse originale, permet à l’inverse de la logique financière des « subprimes », de « réencastrer » (selon la formule de Polanyi), la question
immobilière au cœur de la question sociale et politique." 

[3] Telles que celles-ci analysées dans cet article :


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