QUELLE VILLE DURABLE ?




Dans le contexte néolibéral d’aujourd’hui, le Développement durable est donc un oxymore : « la vague néolibérale et l’officialisation du développement durable se sont à peu prés imposés ensemble tout en étant porteuses d’orientations contradictoires»
Bourg D. « L’impératif écologique » | Esprit | 2009

Albert LEVY et Cyria EMELIANOFF
QUELLE VILLE DURABLE ?
Editorial | Revue Espaces & Sociétés n° 147 | 2011

Ce dossier avait un double objectif : tenter un bilan de l’urbanisme durable en Europe, et ailleurs dans le monde, à partir des expériences menées à ce jour, et esquisser une généalogie de la « ville durable » à partir de l’histoire des idées urbaines. Si sur le premier point les réponses ont été nombreuses – et un choix, parfois difficile, parmi les textes reçus, a dû être fait –, sur le second point, par contre, à notre grand regret, aucun texte n’a été envoyé. Cela n’est pas suffisant, bien sûr, pour parler d’inexistence ou d’insuffisance de travaux historiques sur cette question, la genèse de la ville durable, ou pour conclure rapidement là-dessus. L’importance d’une réflexion sur la généalogie de cette doctrine émergente n’est plus à démontrer : comprendre ses origines, ses racines, ses références dans l’histoire de l’urbanisme où elle se situe, permettrait aussi de mieux saisir son sens et d’évaluer l’ampleur du « tournant urbanistique» annoncé (Emelianoff, 2007). S’il existe bien une historiographie de l’environnement urbain (Guillerme, 2010), si l’histoire du concept de développement durable a été aussi étudiée (Vivien, 2008) – né avec le Rapport Brundtland en 1987, le DD a des antécédents dans le mouvement écologique des années 1960, puis dans l’essor de l’environnement et les travaux du Club de Rome (The limits to growth, 1972)… –, une histoire de la « ville durable », de sa genèse, de sa place dans l’histoire de l’urbanisme, reste encore à faire et à préciser.


À la croisée des sciences du vivant, des sciences humaines et de la théorie urbanistique, l’expression de « ville durable » apparaît dans le cadre des recherches en écosystémique urbaine déployées par le programme Man and Biosphere de l’UNESCO dans les années 1980 dans le prolongement des travaux d’Abel Wolman (1965) sur le métabolisme urbain, donnant lieu aujourd’huià des recherches sur l’empreinte écologique et carbone des villes. Les « communautés durables », vocable plus fréquent dans le monde anglo-saxon, puisent aussi dans l’écologie politique urbaine, influencée par les travaux de Murray Bookchin qui, dans les années 1970-1980, avait défendu la décentralisation et la capacité de petites entités urbaines à « boucler les boucles » selon l’expression de Barry Commoner. Dans ces approches, écosystème et autonomie se conjuguent pour dessiner un avenir urbain dont les acteurs locaux prendraient les commandes. Mais on peut remonter à des travaux plus anciens, en particulier à ceux du biologiste et urbaniste écossais Patrick Geddes (1854-1932), influencé par des auteurs comme E. Reclus, F. Le Play, Bergson, Vernadsky, Darwin… Dans son ouvrage L’évolution des villes. Une introduction au mouvement de l’urbanisme et à l’étude de l’instruction civique, paru en 1915, il esquissait déjà un portrait visionnaire de la « ville durable » future. Il fait partie des auteurs qui, à la charnière des XIXe et XXe siècles, ont donné naissance à l’urbanisme et ont multiplié les propositions pour réformer les villes dans l’esprit d’un renouveau social. Le contexte était celui de la misère ouvrière et urbaine de la ville industrielle, la dégradation des villes et de l’environnement quotidien. Geddes portait déjà un projet urbain écologique indissociable des dimensions sociales, culturelles, sensibles, artistiques et politiques de la vie urbaine. Le productivisme, les « paléo-techniques » et le nouvel esclavagisme constitué par les formes de salariat au XIXe siècle, ont donné naissance, selon lui, à une « richesse négative », avec prolifération de taudis, de la dégradation des conditions d’existence, abritant des vies « sous-développées ». Les conurbations, les « villes mondiales », forgées par la compétition économique internationale, doivent devenir un habitat digne pour l’homme.


Pour Frederick Law Olmsted (1822-1932) ou Ebenezer Howard (1850-1928), ses contemporains, la planification urbaine, au service de l’amélioration des conditions de vie, associait recherche d’hygiène, du bien-être physique et moral des populations, et plaisir esthétique. Geddes apportera d’autres éléments au débat sur l’urbanisme : il a insisté sur une gestion économe des ressources naturelles et énergétiques qu’il considérait comme les véritables richesses, celles qui soutiennent et développent la vie. L’ancienne distinction ville vs campagne est à ses yeux caduque. Inventeur du concept de « conurbation » et ardent partisan de la région urbaine, il anticipait de presqu’un siècle les débats actuels sur le gouvernement métropolitain : il appelait les acteurs urbains à une coopération intercommunale et interdisciplinaire pour maintenir « les poumons de la vie », organiser la protection des ressources hydriques à l’échelle des bassins versants afin de garantir l’approvisionnement des villes, ou pour donner accès à la nature au sein des conurbations. Dans ses travaux, il a exploré les « possibilités futures » des villes à partir de leurs héritages. En se fondant sur la connaissance de leur histoire et de leur matérialité, au travers d’enquêtes urbaines associant toutes les disciplines, on peut alors réinscrire le développement des villes dans leurs milieux écologiques et culturels, de manière ouverte et évolutive. C’est ce que F. Choay (1965) a appelé un « urbanisme de la continuité » : « Pour Geddes un projet de création urbaine (remodelage de quartiers anciens ou création ex-nihilo) ne peut échapperà l’abstraction que s’il est précédé d’une vaste enquête portant sur l’ensemble complexe des facteurs qu’il met en jeu », c’est la méthode pluridisciplinaire du sociological survey qu’il préconisait et dans laquelle l’histoire et la géographie jouaient un rôle essentiel, refusant tout recours au modèle, pas de ville-type futur, mais autant de villes et de solutions particulières.


Geddes proposait également une véritable instruction civique, ou éducation à la ville, qui constituerait la base d’une participation des populations à l’urbanisme, donc à la politique, ou art de la polis. L’urbanisme est, à ses yeux, un exercice citoyen et civique qui, en mobilisant des populations auparavant éduquées à ses enjeux (expositions, musées, instruction à tout âge), peut conduire une ville, c’est-à-dire une communauté politique, à déployer ses « vraies richesses », se traduisant par de meilleures conditions de vie et d’épanouissement pour tous. Le projet geddesien de reconquête multidimensionnelle de la ville – écologique, historique, culturelle, architecturale, artistique, participative et politique – qui s’appuie sur une critique radicale de l’économie productiviste et capitaliste, préfigure donc de manière lumineuse la problématique contemporaine de la « ville durable ». Ce projet écologique avant la lettre, profondément original, est contemporain de la naissance de l’urbanisme. C’est sur ce terreau que l’urbanisme durable reprend aujourd’hui l’ouvrage inachevé, quelque soixante-dix ans plus tard, comme tentative nouvelle pour articuler les potentiels écologiques, historiques, sociaux et politiques des villes, pour amarrer les villes sur terre, les inscrire dans leur région (Welter, 2003). De nouveau, ce projet urbain a l’ambition d’affronter la dégradation accélérée de l’environnement urbain et planétaire, et la détérioration des conditions de vie humaine et sociale qui s’ensuit, causées par la croissance effrénée de l’industrie. C’est ce projet, qui s’amorçait dès la naissance de l’urbanisme, étayé par les travaux de Geddes, qui fut écarté et marginalisé par l’urbanisme progressiste moderne, celui des CIAM (Congrès internationaux d’architecture moderne), qui a épousé la cause de l’économie productiviste. C’est cette histoire qui reste à écrire.


Où en est la recherche aujourd’hui ? Ce dossier voudrait montrer les rapports entre le discours de la « ville durable » et la réalité de ses applications, l’écart entre les objectifs visés et les résultats obtenus, pour souligner son caractère émergent, en voie de constitution (work in progress), sa portée prospective et anticipatrice n’ayant pas été abordée en revanche par les auteurs du dossier. Disons-le tout de suite, la « ville durable » – comme le développement durable, dont elle est la traduction mais aussi un des moyens – n’existe pas encore, ni théoriquement dans sa capacité à se projeter dans le long terme, ni dans son application : c’est un discours en construction, évolutif, prenant en compte les retours d’expérience, sur un projet de ville qui se veut également projet de société, un horizon politique qui demande des transformations majeures, mais aussi un vaste effort de recherche, un long chantier de travail et de collaboration internationale. C’est pourquoi, dans l’état actuel de la situation et des réalisations, nous préférons parler de villes en transition vers cette « ville durable » souhaitée, à partir des expériences, des recherches et des changements de contexte, qui permettront d’approcher cet idéal urbain de la « ville durable » par étapes et tâtonnements progressifs, par approximations et corrections successives, et, comme pour toute grande recherche, à partir d’échanges internationaux. Un segment de cette « ville durable » est donné par la ville post-carbone où l’accent a surtout été mis sur la dimension environnementale et sur la problématique climatique avec la réduction de toutes les sources possibles d’émission de carbone(1).


Réchauffement et vulnérabilités climatiques, dégradation de la biodiversité, écosystèmes menacés, épuisement des ressources naturelles, croissance des inégalités Nord/Sud, mégapolisation, explosion démographique, risques environnementaux, effets pathogènes des pollutions…, sans tous ces problèmes bien connus, le développement actuel et l’expansion de l’urbanisation ne seraient pas autant attaqués et critiqués, et la recherche d’un autre développement, le développement durable (DD), ne se poserait pas avec autant d’acuité. Le Rapport Brundtland a essayé de donner une définition de ce DD (2) dans laquelle, outre la notion de « besoin », sont avancés deux autres grands postulats : la transmission intergénérationnelle et la finitude de la planète et des ressources naturelles. Pour ce faire, le DD tente d’articuler trois piliers a priori antinomiques entre eux, l’environnement, le social et l’économique, tout en exigeant, pour sa réalisation, un cadre de démocratie participative. Toute la difficulté est de mener ce projet à partir des cadres économiques et institutionnels existants. Malgré cet effort de définition, le DD demeure, pour beaucoup, un concept encore flou et vague, et un long travail reste à faire pour le préciser et le théoriser un peu mieux, trouver les moyens pertinents de le mettre en oeuvre. Dans l’état actuel, il ne serait qu’un argument alibi au statu quo économique, une nouvelle idéologie managériale qui cherche à masquer la poursuite de la croissance et ses inégalités par un simple replâtrage environnemental et social. Dans le contexte néolibéral d’aujourd’hui, le DD est donc un oxymore : « la vague néolibérale et l’officialisation du développement durable se sont à peu prés imposés ensemble tout en étant porteuses d’orientations contradictoires» (Bourg, 2009). La « ville durable », qui en découle, est porteuse de toutes ces contradictions, de tous ces questionnements et ces doutes. En effet, si sur le terrain environnemental on sait plus ou moins sur quels aspects intervenir (sans savoir comment contourner les lobbies qui le plus souvent imposent des solutions dépassées), sur le terrain social, on voit mal comment, dans un tel contexte néolibéral, on peut réaliser une réduction des inégalités, comment aller vers plus d’équité et de solidarité sans rompre avec le système politique et économique : le débat tourne entre croissance verte ou croissance zéro (Jackson, 2011). Qu’est-ce que la soutenabilité économique ? Comment les trois piliers peuvent-ils s’articuler ? Comment construire une démocratie participative sans un système de codécision authentique ? Le DD est tenu de répondre à ces questions.


Paradoxalement, dans le contexte actuel de la postmodernité (Lyotard, 1979) qui a vu l’éclatement et la décrédibilisation des grands récits (3) , le discours de la « ville durable » apparaît tout d’un coup comme un nouveau grand discours urbanistique sous-tendu par un métarécit de légitimation écologique nouveau (défense de la nature menacée, sauvegarde de la biodiversité en péril, survie de l’humanité en danger…) à prétention universelle et à vocation planétaire (Levy, 2009). Mais, contrairement aux précédents grands discours urbanistiques de la modernité (Charte d’Athènes, 1933), il ne propose aucun modèle formel général à appliquer, aucune solution globale à retranscrire partout de façon identique : chaque ville, dans chaque région, doit trouver sa propre solution, doit élaborer sa propre réponse, selon ses besoins spécifiques (Charte d’Aalborg, 1994). Autre originalité de ce discours : il n’est plus le produit de professionnels, architectes et urbanistes, mais provient d’ONG, d’élus, d’associations spécialisées…, et sur le terrain les architectes-urbanistes sont concurrencés, d’un côté, par une éco-ingénierie en plein essor, et par les paysagistes de l’autre. Il faut cependant signaler la recherche originale de l’école territorialiste italienne, dont le chef de file, l’architecte Alberto Magnaghi (2003) tente de construire un lien entre urbanisme et DD avec sa théorie du développement local auto-soutenable, économiquement et culturellement ancré dans un territoire. Le territoire n’est plus une page blanche, et « les matériaux du territoire » à identifier, son patrimoine au sens large, doivent être pris en compte pour construire un projet local qui renforce son identité et son autonomie. Le « développement auto-soutenable » qu’il préconise consisteà aménager une bio-région en favorisant sa souveraineté alimentaire, énergétique, la « clôture locale des cycles » (eau, déchets, production/consommation…), afin de réduire l’empreinte écologique…, en s’opposant à la mondialisation par des « solidarités interlocales », par une « globalisation par le bas ». A. Magnaghi se situe dans le bio-régionalisme de P. Geddes dont il poursuit la réflexion et le travail.


La « ville durable » à concevoir serait-elle la nouvelle utopie urbaine du XXIe siècle, au sens où F. Choay a défini ce concept (Choay, 1980) ? Une structure discursive duelle qui comprend : une critique de la mauvaise ville existante et de la société corrompue qui l’occupe, et un modèle de bonne ville et de société vertueuse destinées à la remplacer ; l’espace modèle (ici durable) jouant alors le rôle d’opérateur de passage de la mauvaise société (polluante, gaspilleuse, inégalitaire, destructrice de son environnement…) à la bonne société (propre, économe, égalitaire, respectueuse de son environnement…). Pour F. Choay (2005, 2006), qui souligne le travail exemplaire d’A. Magnaghi, l’utopie mobilisatrice aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, c’est de retrouver le sens du local. Si le DD peut être entendu comme cette période de transition vers la « durabilité » (un mode d’occupation terrestre donnant des conditions de vie aux humains et aux espèces vivantes permettant leur survivance dans la durée), le DD urbain peut être, à son tour, compris comme cette phase urbaine de recherche collective et de transition vers un objectif de portée lointaine, la « ville durable », expliquant les difficultés, les hésitations, les détours, les obstacles sur ce long parcours de recherche pour expliciter, traduire, expérimenter et vérifier les idées et les hypothèses de l’urbanisme durable. Les textes réunis dans ce dossier abordent quelques-unes des questions posées à la recherche par la problématique de la « ville durable », ils rendent compte, sur différents aspects, d’un état du questionnement sur cette problématique.


LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE, CONDITION NÉCESSAIRE À LA FABRICATION DE LA « VILLE DURABLE » : COMMENT FONCTIONNE-T-ELLE ?


Philippe Hamman apporte une réponse à cette question dans son article, « La ‘ville durable’ comme produit transactionnel ». Il montre, à partir d’une étude des politiques urbaines en matière de DD sur six métropoles françaises, comment la « ville durable » réalisée est un « produit transactionnel », empruntant le concept de transaction à J. Remy et M. Blanc : la multiplicité des acteurs et des institutions présents dans chaque ville, avec leurs intérêts particuliers et leurs points de vue divergents, ne peut, en effet, dans un contexte de démocratie délibérative et participative, que déboucher sur des solutions de compromis, donner lieu à des coopérations conflictuelles, à des hybridations, à partir, dit l’auteur, de la construction d’un « ordre négocié ». Tout en présentant le contenu des projets d’urbanisme durable pour chaque ville dans un tableau synthétique (« Aspects substantiels de la ‘ville durable’ dans le domaine de l’environnement et dans le domaine socio-spatial »), l’auteur met surtout l’accent, dans son analyse, sur la dimension procédurale de cet urbanisme qui opère par transaction entre acteurs – en distinguant transaction générale de 1er rang et transaction spécifique de 2e rang –, et qui s’oppose à une démarche qui procède par imposition. S’il précise bien que « Les modes de concrétisation ne vont pas de soit et ne peuvent se diffuser que par des débats, des actions expérimentales et des cadres transactionnels », il ne nous dit rien cependant des cadres où se déroulent ces transactions (conseil de développement, commission consultative, collectifs divers, atelier de concertation…), tout en soulignant le rôle important « Des médiations structurantes : passages et passeurs en DD urbain », porte-parole, « ambassadeurs du tri »… L’auteur rend compte de cette difficulté inhérente à une société démocratique pour mettre en oeuvre un urbanisme durable : division sociale et diversité des légitimités se traduisent par des compromis et des transactions qui imposent de nécessaires négociations et une réelle démocratie participative.


LA FORME COMPACTE, FORME IDÉALE DE LA « VILLE DURABLE » : COMMENT LUTTER CONTRE L’ÉTALEMENT URBAIN ?


Dans leur article, C. Bernié-Boissard et D. Chevalier interrogent les politiques des agglomérations de Montpellier et de Nîmes en matière de contrôle de l’étalement urbain à partir des SCoT (Schéma de cohérence territoriale). Ils constatent les décalages et les écarts entre les discours injonctifs du DD urbain contre le gaspillage des sols, les atteintes au paysage, et la pratique des acteurs et des collectivités territoriales dans la maîtrise de cet étalement et dans la promotion de la mixité socio-spatiale, dans une région soumise à une forte pression foncière due à son attractivité. Les deux agglomérations tentent d’y répondre par une meilleure intégration communale de leur politique par la création d’« un territoire commun », plus aboutieà Montpellier qu’à Nîmes. La construction de logements sociaux, insuffisante dans ces espaces périurbains, donne lieu ainsi à des pratiques de contournement de la part de certaines communes. En conclusion, les auteurs discutent l’injonction à la compacité qui caractérise le DD urbain. La notion de ville compacte, liée à la ville durable, mérite, en effet, une interrogation, qui est amorcée ici. Deux obstacles s’opposent, selon eux, à la ville dense : une représentation de la densité qui renvoie aux grands ensembles, et l’intercommunalité qui favorisent la dispersion des équipements. Là encore, c’est la difficulté à mettre en oeuvre les principes du DD urbain, inscrits dans le SCoT, qui se heurtent aux pratiques des élus et aux comportements des habitants : « Le tournant urbanistique se heurte cependant encore bien souvent à l’écart entre discours consensuel et pratiques discordantes ».


LES ÉCOQUARTIERS, LABORATOIRES DE LA « VILLE DURABLE » : QUELLES LEÇONS TIRÉES DE CES EXPÉRIENCES ?


Les écoquartiers constituent des sortes de laboratoire où sont expérimentées, à une échelle intermédiaire, des solutions urbanistiques préfigurant la « ville durable » (densité, diversité morphologique, mixité fonctionnelle, sociale, espace public valorisé, verdissement de l’habitat, économie d’énergie, gestion écologique des réseaux, transports publics et mobilité douce, participation des habitants…). Les résultats sont contestés et discutés (voir là-dessus la controverse « Les écoquartiers : un laboratoire pour la ville durable ? », Espaces et Sociétés n° 144-145, n° 1-2/2011). Il ne s’agit pas ici des écoquartiers pionniers de l’Europe du Nord, cités souvent comme références (Lefèvre, 2008), mais de deux écoquartiers « ordinaires », l’un en France, l’autre en Angleterre.


J. Boissonade, dans son texte « Le développement durable face à ses épreuves. Les enjeux pragmatiques des écoquartiers », discute la production et la réception des écoquartiers à travers le cas du Grand Large à Dunkerque. Après avoir rappelé l’histoire de la production de cet écoquartier en réaction au précédent projet urbain Neptune, il montre comment la « réalité » durable a été construite sur un discours à la fois irénique (mixité) et anxiogène (menaces sur la planète), à partir d’une conception systémique imposant une « vision cohésive et hygiéniste », à travers la mise en place de dispositifs techniques nouveaux (pour le chauffage urbain, l’isolation, la ventilation, les eaux pluviales…) et de « dispositifs par omission » (par insuffisance de place de stationnement, tri sélectif et suppression du ramassage traditionnel des ordures, voirie partagée entre divers modes de déplacement, non clôture des terrasses privatives…), limitant les usages et conduisant à « une transformation personnelle des manières d’habiter la ville ». La question de la réduction des places de stationnement, mal comprise et mal assumée par les habitants, est un exemple de motifs de conflit entre habitants et municipalité. Reprenant l’analyse d’O. Godard qui « souligne certaines limites et défaillances du concept de DD qui ne lui permettraient pas de constituer un nouvel ordre de justification », en raison de ses incertitudes, de son flou théorique…, Boissonade confirme que « la solidité du DD en tant qu’ordre de justification légitime et stabilisé est loin d’être acquise en raison d’univers controversés ». « Discipliner l’habitant », « co-responsabiliser l’habitant », le DD veut donc, avant tout, agir sur le comportement, faire que « chaque résident du Grand Large se transforme en porte-parole susceptible de susciter la croyance des autres habitants ». La « réalité » des écoquartiers est alors mise à l’épreuve par les pratiques différenciées des habitants, et face à leur caractère systémique imposé (l’interdépendance du tout empêchant toute modification) qui « transforme toute différence de mode de vie en déviance », il faut, selon l’auteur, « intégrer une conception pluraliste de l’action attachée à la diversité des situations et des expériences…, rendre légitime le pluralisme, l’indétermination et le sens critique des actions…, afin de mettre en oeuvre des formes de démocratie urbaine inédites… ». L’« ordre de justification » de la « ville durable », son autoritarisme, ses contraintes, les carences et les insuffisances de son discours mal reçu, se heurtent aux désirs des habitants et au pluralisme des modes de vie. Une révolution des comportements devrait donc accompagner le DD urbain.


Dans leur texte « La ville durable au risque des écoquartiers. Réflexions autour du projet New Islington, à Manchester », V. Béal, F. Charvolin, C. Morel Journel pensent également que « les écoquartiers apparaissent insuffisants pour répondre à l’idéal de la ville durable », en raison, d’abord, de leur taille. Là encore, il s’agit de confronter production et usage d’un écoquartier, appelé « sustainable community » (communauté durable) dans le contexte anglais. Pour les auteurs, l’idéal de la « ville durable » est contrarié, dès le départ, par les « dynamiques néolibérales de la production de l’urbain ». L’instrumentalisation du DD par les élus montrent de quelle façon les politiques urbaines du New labour anglais ont oscillé entre durabilité et compétitivité : « la durabilité est alors limitée soit à une approche managériale faite d’indicateurs de performance et de bonnes pratiques, soit à une approche centrée sur l’attractivité… ». Le cas de Manchester est exemplaire : après avoir décrit comment le projet de New Islington a été produit, le système d’acteurs complexe en présence et les spécificités environnementales du projet « qui a surtout privilégié les questions de la qualité architecturale et des espaces publics », les auteurs s’attachent à révéler les contradictions de ce fragment de « ville durable » produite ; « les liens entre intervention publique et survalorisation des dynamiques marchandes et ceux entre néo-communautarisme et individualisme constituent des contradictions majeures ». Ils en décrivent alors deux principales : « l’intervention publique comme soutien des dynamiques marchandes » où l’environnement est érigé en avantage compétitif, selon une logique purement entreprenariale, car « la volonté de proposer des produits immobiliers innovants en termes de protection de l’environnement a pour corollaire le développement d’une démarche de marketing urbain très poussé, à même d’attirer les classes moyennes » ; « le néo-communautarisme comme support de l’individualisme » qui vise « à faire émerger un ‘habitant-client’ qui ressemble à s’y méprendre au citoyen-consommateur », en excluant la communauté existante. Et pour conclure : « le doute n’est plus permis en ce qui concerne la dimension sociale du projet… la ville durable est une nouvelle figure de la gentrification urbaine », le thème de l’environnement a été enrôlé dans des stratégies de compétitivité urbaine. Les auteurs critiquent l’incompatibilité de nature entre les buts du DD et le néolibéralisme économique qui sévit.


LA « VILLE DURABLE » DANS LE CONTEXTE DE LA MONDIALISATION : COMMENT S’EXPORTE LE MODÈLE ?


Dans le contexte de la mondialisation et du néolibéralisme dominant, avec la circulation des idées et des « bonnes pratiques », que devient le modèle de la « ville durable » ? C’est ce qu’examine P.-A. Barthel pour le monde arabe. Il constate, là encore, que le néolibéralisme est à l’oeuvre dans les « Premiers quartiers durables dans les pays arabes : enseignements sur une génération spontanée ». Cet agenda néolibéral est, dit-il, peu compatible avec l’impératif du DD. Il parle également d’« idéologie de la durabilité » qui s’étend dans le monde arabe : « l’agenda de l’action urbaine se nourrit désormais de l’idéologie de la ville durable…, une problématique cruciale pour les pays arabes : l’inévitable diffusion de la ville durable », et il ajoute que cet « impératif de la ville durable vient de l’étranger ». Trois exemples d’écoquartiers sont présentés : au Maroc, la ville verte de Benguerir fondée sur un partenariat public-privé avec l’appui du Roi ; en Égypte, les deux projets de Westown et de Eastown dans le Grand Caire qui témoignent de la privatisation de l’éco-urbanisme ; en Tunisie, le quartier durable à Kélibia, initiative venant de la société civile locale. Soulignant la fragilité de ces expériences, il y constate que « les politiques de développement durable ne sont pas (encore) formalisées, les réglementations ne sont pas stabilisées (dans un contexte où aucunes règles définies par les codes ne sont opposables aux constructeurs), et la tendance est à l’urbanisme néo-libéral ; dans une période de privatisation et financiarisation de la ville, il est difficile d’interpréter le sens que ces expériences revêtent… », en précisant bien « À ce jour, rien n’est encore sorti de terre dans des pays pour lesquels l’écart est souvent de taille entre le projet et le résultat ». La priorité, surtout environnementale, est essentiellement mise sur les éco-technologies, rien sur le social : « le recours à des experts européens (pour l’essentiel français – surtout au Maroc – mais aussi allemands et britanniques) favorise nettement cette circulation des idées et répond à la demande des aménageurs qui n’ont pas l’expertise locale nécessaire. Certaines ‘bonnes pratiques’ de l’urbanisme durable sont également testées dans la conception de ces opérations… ». L’auteur ajoute cependant qu’un travail reste encore à faire « pour cerner le degré d’appropriation du modèle européen des quartiers durables par les acteurs locaux et leur manière de l’adapter dans des contextes socio-culturels et naturels très différents », en rappelant que les urbanistes arabes cherchent à récupérer certaines solutions bioclimatiques locales. En conclusion, malgré ces nouvelles approches, ces nouvelles valeurs, ces nouvelles expertises, ce nouveau type d’offre urbaine, l’auteur se pose la question de savoir si les politiques de DD urbain sont possibles dans un contexte peu démocratique, avec un système industriel peu performant, « tant la chaîne de production n’est pas encore prête, des concepteurs aux artisans ». Barthel souligne ici les obstacles à la réalisation de la « ville durable », à son exportation dans les pays du Sud, dans le cadre, encore une fois, du néolibéralisme ambiant.


LA « VILLE DURABLE » EXIGE SOLIDARITÉ SPATIALE ET ÉQUITÉ ÉCOLOGIQUE : COMMENT METTRE EN OEUVRE CES PRINCIPES ?


Justice spatiale et égalité environnementale sont des enjeux pour le DD. Comment éviter que le développement d’un territoire ne se fasse au détriment d’un autre, qu’un territoire rejète, par exemple, ses nuisances sur un autre ? J. Serrano aborde cette question dans son texte « Exportation des déchets et solidarité spatiale entre la ville et son espace périurbain. Le cas de Tours ». Mobilisant les concepts d’ « économie de la proximité » et de « justice environnementale », il examine les rapports entre un pôle urbain et son espace périphérique, espaces complémentaires et économiquement liés, à propos de l’épandage des boues de la station d’épuration de l’agglomération tourangelle dans le périurbain. Les acteurs en présence sont les élus « les agents privilégiés pour réguler les usages des biens environnementaux », les agriculteurs, divisés en deux groupes, pour et contre l’usage des boues, et les habitants majoritairement très opposés à l’épandage, pourtant la meilleure solution écologique selon l’association départementale de défense de l’environnement SEPANT ; et une enquête publique a même conclu que le risque sanitaire est faible. Le stockage des boues dans leurs communes dégrade leurs cadres de vie (mauvaises odeurs, circulation des camions, pollution, risque sanitaire…). L’agglomération tourangelle a considéré pourtant que l’espace périurbain, espace agricole, pouvait recycler ses boues, délimitant cet espace d’épandage dans un rayon situé entre 7 et 30 km. Les habitants et leurs élus, fortement opposés, ont remis en cause cette décision, « cet usage dominant et tacite ». Reprenant les concepts de Caron et Torre, « proximité géographique » (distance entre activités) et « proximité organisée » (coordination entre acteurs), qui reposent sur deux types de logique, l’une d’appartenance (relations en réseau), l’autre de similitude (références identiques), l’auteur relève plusieurs conflits : entre habitants et agriculteurs, entre agglomération tourangelle et agriculteurs, entre élus périurbains et élus de l’agglo… L’impossible échange aboutit alors à « un dialogue de sourd ».
La complexité de la situation résulte de la faiblesse de la « proximité organisée », c’est-à-dire du manque de coopération entre acteurs, difficulté qui tient aussi à l’inexistence « d’instance permettant aux élus de travailler de concert à l’échelle du périmètre d’épandage ». La transaction finale n’aboutit qu’à « une diminution sensible du niveau de nuisance…, la zone d’épandage est restée inchangée. Elle laisse entière la question de l’exportation des risques sanitaires » ainsi que le mécontentement des habitants. Introduisant la notion d’« inégalité environnementale » de Gadrey, l’auteur discute ensuite le lien complexe entre économie, social et environnement : « justice écologique et justice sociale sont en tension… Les théories de la justice écologique, biocentriques, placent l’homme au même niveau que les autres êtres vivants et font l’impasse sur la dimension sociale… Les théories sociales, quant à elles, sont a-environnementales », en concluant que « Les deux concepts sont disjoints et n’ont pas de points communs ». De plus, « Le croisement de données sociales et environnementales ne suffit pas pour définir la justice environnementale» car les indicateurs ne sont pas satisfaisants. Finalement, dit-il, « la mobilisation des habitants constitue le seul signal qui peut donner corps aux inégalités environnementales subies », mais le risque est d’avoir des réactions de type NIMBY (Not in my back yard). La solution consiste à trouver la bonne échelle pour traiter le problème, il suggère le pays « instrument qui favorise la démocratie participative » permettant de « transformer une proximité géographique en proximité organisationnelle ». En raison des multiples intérêts antagonistes présents et du manque de structures de dialogue et de coordination, la justice environnementale a du mal à s’inscrire sur le terrain. Ici aussi ce sont les structures démocratiques de débat qui font défaut.


UNE AGRICULTURE URBAINE POUR LA « VILLE DURABLE » : POURQUOI ET COMMENT ?


Comme dans le précédent article, il s’agit de l’usage du territoire périurbain, mais cette fois pour une utilisation très particulière et paradoxale, l’agriculture urbaine. Le développement durable cherche également à promouvoir de nouvelles pratiques permettant à une communauté d’être aussi autosuffisante que possible : autonomie énergétique par les énergies renouvelables ; autonomie monétaire pour stimuler l’économie locale (Brixton à Londres a, par exemple, créé sa propre monnaie, idem à Totnes…) ; autonomie alimentaire enfin avec la création de jardins et de potagers urbains… Les grandes villes industrielles américaines en crise, Détroit, Flint, ont perdu la moitié de leur population, ces villes qui rétrécissent (shrinking cities) utilisent les espaces vides et délaissés pour créer des jardins, des fermes urbaines, reverdir la ville… Le cas cubain est assez exemplaire : introduite à la suite de la chute du Mur, l’agriculture écologique urbaine, devenue vitale pour le pays, constitue, à présent, un atout économique majeur de l’île transformée en véritable laboratoire dans ce domaine : un système de production agricole bio a été créé dans les villes, appelé « la nouvelle agriculture urbaine » (300 000 tonnes de légumes ont été ainsi produit à la Havane en 2004).
C’est de cette pratique, à partir du cas russe, dont rendent compte L. Boukharaeva, et M. Marloie dans leur texte : « Des sols agricoles au service de la résilience urbaine : réflexions à partir du cas de la Russie ». Face au défi de la crise urbaine (chômage, mal-être, violence, pollution, pauvreté….), à la vulnérabilité alimentaire, la nécessité du contact avec la nature, les problèmes de santé mentale, « des innovations ont été proposées comme le micro-jardinage, les écoquartiers, la végétalisation… ». En exploitant les possibilités de l’économie non marchande, on peut, disent les auteurs, « réduire la pauvreté urbaine et accroître la résilience des systèmes urbains » en transformant les sols périurbains en sols agricoles, tout en luttant également contre l’étalement urbain et la diffusion de l’habitat pavillonnaire : « Un développement plus durable sur le plan environnemental et social suppose donc que l’alternative au modèle pavillonnaire comporte une double dimension : arrêter la destruction des sols en construisant la ville sur la ville, trouver des formes d’accèsà la nature qui répondent à la demande… ». Les auteurs présentent l’exemple du jardinage urbain à grande échelle en Russie à partir d’une enquête menée en 1998 dans la ville de Kazan. Ce phénomène est très important en Russie, le jardinage urbain concerne, selon les auteurs, 54 à 67 % de la population, répartis en « collectifs de jardins », « collectifs de potagers », « collectifs de datchas », renvoyant à des différences de statut social. La surface moyenne de ces collectifs est de 15 ha, mais elle peut beaucoup varier. La particularité de ces collectifs tient au fait qu’ils possèdent tous, à la différence des jardins européens, une maisonnette (en bois) pour y habiter.
Les auteurs retracent l’historique de ces collectifs, appelés Sad, depuis le régime soviétique, en décrivant leur forme juridique original, entre collectif et individuel : l’État était propriétaire de la terre jusqu’en 1990, puis, « Sous le double effet de la crise des années 1990 et de la privatisation, les institutions ont cessé de prendre en charge les coûts et l’administration de ces collectifs », les associations ont alors pris le relais pour la gestion des divers réseaux et services communs. Ces collectifs de jardinage ont une fonction double : comme amortisseur des crises économiques et alimentaires – la fonction de villégiature fait alors place à la fonction alimentaire – et comme effet thérapeutique, socio-compensateur et stabilisateur, par une action sur la santé, sur la cohésion familiale… Une complémentarité est construite entre résidence primaire et résidence secondaire, « Elle permet aux urbains d’obtenir un espace de vie réunifiant deux parties complémentaires de l’habitat : l’appartement en ville qui ouvre l’accès aux emplois, à l’éducation, à la culture, aux services ; et une extension de cet appartement à proximité de la ville, qui donne aux familles la possibilité de réaliser des activités répondant à leurs autres besoins, tels que la production alimentaire, la récupération de la santé, la convivialité, les loisirs, l’expression artistique ». Ce modèle est aussi présenté comme une alternative à l’étalement urbain et au besoin de nature des habitants. Cependant, précisent les auteurs, « Ce modèle d’urbanisme qui repose sur l’association de l’appartement… avec la parcelle de jardin dans les collectifs à une distance moyenne d’une heure par les transports en commun », est éloigné du modèle de cité-jardin (E. Howard), en ajoutant « mais, il réalise deux objectifs de ce modèle : que la ville produise une partie de son alimentation et que tous les urbains puissent pratiquer un rapport actif à la nature ». Après une rapide comparaison avec d’autres modèles européens, ils concluent par la spécificité du modèle russe, lié à l’histoire du pays, difficilement exportable : « Il ne s’agit pas de copier mais de s’inspirer de ce modèle pour élargir la gamme des références permettant d’inventer des solutions adaptées au contexte de chaque pays ». Dans un contexte de surenchérissement des prix alimentaires, l’agriculture familiale aux portes des villes, pourrait, d’une part, devenir un ingrédient important de la résilience des systèmes urbains ; d’autre part, en donnant accès au sol, et à une petite résidence secondaire, à des citadins, elle peut constituer une alternative à la demande de pavillon en périphérie. Tel est le message essentiel des deux auteurs.


Les textes présentés ont tous examiné différentes questions à résoudre sur cette problématique de la « ville durable », plus exactement sur cette ville en transition, en cours de réalisation. Ils ont tous souligné les particularités et les difficultés de sa mise en oeuvre dans le contexte actuel en mettant en évidence les obstacles et les limites à sa concrétisation, confirmant bien la distance entre le discours et la réalité : nécessité d’un approfondissement démocratique, mutation indispensable des habitus et des comportements, rupture inévitable avec le néo-libéralisme ambiant et le système économique dominant, recherche théorique et conceptuelle à poursuivre et développer…, telles sont, selon les auteurs de ce dossier, quelques-unes des conditions de réalisation de la « ville durable ». Le chemin à parcourir reste donc encore long et incertain. Par sa complexité, la « ville durable » nous oblige à la penser comme un « fait social total », selon l’expression de M. Mauss, et à réinterroger la notion même de ville.


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(1). On parle aussi de « Smart city », ville intelligente, conçue sur des « smart grids », ou réseaux intelligents, d’énergie, de transport…, capables d’optimiser le fonctionnement urbain dans le domaine énergétique et rendre ainsi la ville autonome, en opérant avec les nouvelles technologies..
(2).« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures »..
(3).« On tient pour postmoderne l’incrédulité à l’égard des métarécits… la désuétude du dispositif méta narratif de légitimation » (Lyotard, op. Cit.).


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