SARAJEVO | Forum Mondial du Capitalisme Urbain




Durant quatre jours, du 6 au 9 septembre 2012, Sarajevo sera la capitale mondiale de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Sarajevo accueillera le premier Forum Mondial consacré à l’avenir de la civilisation urbaine. Bertrand Delanoë, maire de Paris et Jean-Paul Huchon, président de la région Ile de France seront présents à la tête de délégations de maires d’Ile de France, d’architectes, d’urbanistes et d’experts de renommée mondiale, et d’entreprises [1].

Cette manifestation à l'énoncé pompeux  présentera, par l'éventail des personnalités invitées, l'apothéose des tendances rétrogrades et conservatrices du monde de l'urbanisme et de l'architecture, financée par une concentration de multinationales – Bouygues, Vinci, Veolia, etc. - dont l'histoire est souillée d'une multitude de scandales financiers, d'affaires de corruption avérées, de privatisations de services publics, etc., faisant toutes l'objet aujourd'hui, de sévères mises en accusation mettant en cause des politiciens, de procédures judiciaires en France, et dans la plupart des pays "émergents" où elles sévissent, elles se trouvent confrontées à des grèves de leurs salariés, et au mécontentement des populations.  L'avenir "radieux" de la Ville, ainsi  imaginé par un tel rassemblement, sera donc placé sous l'hégémonie d'un capitalisme destructeur, et sous l'égide du cynisme intellectuel des "experts", encouragé par une classe politicienne acceptant la défaite de la question sociale au détriment de la politique des choses mise en place par les lois du profit. 



La présence remarquable de politiciens de l'opposition, dont Pierre Mansat [Front de gauche], révèle l'extrême connivence idéologique de -  tous - ceux qui ne s'occupent pas seulement d'imaginer la Ville, mais qui décident et la bâtissent en ce moment même, comme à Paris, Marseille, ou Lyon. Mais si le Front de Gauche se discrédite à nouveau, on ne peut que critiquer les - véritables - forces politiques de l'opposition ; le silence éloquent en matière d'aménagement du territoire, d'urbanisme et d'architecture,  de Lutte Ouvrière, du Nouveau Parti Anti-capitaliste – et de sa Tendance claire – constitue sinon un aveu d'impuissance, ou bien un désintérêt tout aussi dangereux, et leur passivité politique dans ces domaines, apparaît comme une forme assez basse de renonciation. 
Jean-Pierre Garnier nous rappelle que « La ville » loin d'être « l’affaire de tous »  est :
" jusqu’à plus ample informé, avant tout l’affaire de quelques-uns, à savoir les décideurs publics (État, municipalités, technocrates de l’urbanisme et de l’aménagement) ou privés (firmes multinationales, oligopoles de la grande distribution, promoteurs, constructeurs et spéculateurs en tout genre…). L’affaire des hommes (ou des femmes) d’affaires, pourrait-on ajouter, pour qui la ville est une bonne affaire et qui y font des affaires."

VINCI
Les chantiers Vinci,  à travers le monde, s'emploient à massacrer l'environnement, dont la destruction à Moscou de la forêt de Khimki,  pour la construction d'une autoroute à péage, un projet de partenariat public-privé qui suscite un tollé international. Mais Vinci peut pleinement compter sur les plus hautes autorités en matière de répression policière : plusieurs défenseurs de l'environnement russes ont été violemment agressés, arrêtés et condamnés, tandis qu'un autre a reçu un prix international.
Le groupe Vinci dont les malversations se multiplient sur le chantier de l'université Diderot (Paris-7) : désastres et scandales se succèdent, constructions au rabais, organismes de contrôle court-circuités, valse permanente des chiffres, ententes officieuses. Le groupe Vinci, impliqué dans la construction et la concession de l'aéroport de Nantes, soutenu par les élus locaux PS, un projet contesté par de nombreuses associations qui critiquent l'inutilité de cette infrastructure, son impact environnemental et son coût. Ou bien encore, Vinci impliqué à nouveau avec des élus socialistes de Lyon, dans un scandale financier pour la construction et la concession du grand Stade. Le summum semble être les concessions faites au groupe par le gouvernement, de milliers de kilomètres d'autoroutes privatisées...



VEOLIA ENVIRONNEMENT 
jadis Vivendi Environnement, forte de 106 filiales et présente dans 77 pays, se targue de représenter le «modèle français » et une « référence mondiale des services à l’environnement » ayant pour ambition « d’être l’entreprise de référence du développement durable. »
L’image d’entreprise écologiquement et socialement responsable qu’elle veut se donner, est éclaboussée – c'est le cas de le dire – par une telle multitude de scandales qu'il serait humainement impossible de les comptabiliser : des scandales politico-financiers, de corruption, d'irrégularités au regard du code des marchés publics, de position de monopole, etc., et de privatisations forcées, de lobbisme, etc., autant que de pratiques anti-sociales, assurant au groupe des bénéfices faramineux. 

Le cas de Rabat, au Maroc, est un exemple éloquent : Veolia environnement s’y est implanté pour gérer plusieurs services publics : l’éclairage, les déchets, l’eau et l’assainissement. Des défaillances de gestion sont rapidement apparues, mettant à mal le partenariat public-privé et motivant le mécontentement des citoyens marocains, associations et syndicat: hausse démesurée des prix, investissements retardés et sous-dimensionnés, transfert de fonds opaques,… En plein printemps arabe, les protestations contre l’entreprise se sont renforcées en 2011.

BOUYGUES 
qui depuis sa création en 1952 est l'un des principaux acteurs du séparatisme urbain, de la non-mixité sociale ; une entreprise de maçons dont le rôle est prédominant dans la construction économique et l'architecture inhumaine des grands ensembles d'habitat social, liée à une entreprise de promotion immobilière - la STIM (Société de Technique Immobilière) - dont l'histoire est souillée de scandales financiers, d'affairisme, de corruptions, d'opérations de spéculation, autant que de vastes lotissements de « maisons de maçons » qui défigurent encore aujourd'hui les paysages des périphéries des villes. [Lire notre article].


EDF 
Au 31 décembre 2011, le capital d’EDF était détenu à 84,44% par l’Etat,et a réalisé un chiffre d’affaires de 65,3 milliards d’euros en 2011, dont 57% réalisés en France. Certains analystes affirment que malgré la timide privatisation du Groupe EDF, les effets de celle-ci ont été peu ressentis par le consommateur. Les tarifs pratiqués par EDF restent des tarifs réglementés, EDF continue à avoir le monopole de la construction des centrales nucléaires et l’État fixe la quantité et le prix de l’électricité produite par ces centrales. Ainsi EDF malgré une ouverture partielle de capital et l’entrée en bourse continue à être administré comme une entreprise publique.

Pour autant, un rapport d'Emmaeus signale qu'"En France, aujourd'hui, 3,8 millions de ménages souffrent de précarité énergétique, soit un ménage sur six, correspondant à 8 millions de personnes. Des personnes qui ne peuvent se chauffer et s’éclairer normalement, et parfois qui ne peuvent se chauffer du tout." La campagne d'hiver de la Fondation Abbé Pierre alertait cette année 2011 sur la "précarité énergétique", en réclamant "une action massive" des pouvoirs publics.

D'autres observateurs soulignent que EDF  investit sur les marchés énergétiques hors France en partie avec l’argent issu des contrats de concession et normalement réservé aux investissements dans les réseaux de distribution. La CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) note à ce propos dans le rapport d’étape du 5 mars 2010 du groupe de travail sur la qualité de la distribution d’électricité : « Or, simultanément, EDF a procédé à d’importantes acquisitions à l’étranger. Cette expansion internationale a été financée certes par le recours à l’emprunt et par des gains de productivité, mais aussi par une réduction de la maintenance et de l’investissement sur le territoire national, en particulier par la réduction du renouvellement des ouvrages de distribution vétustes ».[Rapport Lapeyre sur la qualité de l’électricité]. EDF s'est donc développé dans plusieurs pays hors-Europe : Etats-Unis, Chine, Vietnam, Laos, et un temps en Argentine. Le principe, appuyé par une connivence droite-gauche est d’essayer de rapatrier les bénéfices réalisés à l’étranger d’EDF. Ainsi, les consommateurs étrangers financent en partie la facture d’électricité des abonnés EDF en France. Des consommateurs étrangers qui, comme ce fut le cas en Argentine, et au Vietnam actuellement, voient leur facture augmentée considérablement, tandis qu'une véritable chasse est organisée dans les grandes villes contre les piratages du réseau. 

Enfin EDF est accusé depuis des décennies, à force de lobbying,  comme étant le principal opposant au développement d'énergies vertes. En tant qu’opérateur historique, EDF bénéficie du monopole de la rente nucléaire financée par l’impôt,   et avec l'appui des gouvernements, barre la route à toute concurrence, aussi écologique soit-elle. 


STARCHITECTES

Sarajevo verra la plus grande concentration de starchitectes et d'experts parmi les plus conservateurs et réactionnaires,  qui depuis des décennies pour certains, contribuent à bâtir, penser et justifier, au nom d'une soi-disant réalité ou nécessité économique, la ville inhumaine et anti-sociale, au service d'un politiquement correct à ce point consensuel avec la classe politique - de Nicolas Sarkozy à Bertrand Delanoë -, qu'il en devient nauséabond et dangereux. Jean-Pierre Garnier les désigne ainsi : 


Ceux que l’on appelle les « starchitectes », mondialement reconnus et médiatisés, ont mis leur talent, réel ou supposé, au service du marketing urbain des métropoles du capitalisme mondialisé – ou plus exactement transnationalisé – ou des nouveaux oligarques qui y tiennent le haut du pavé, au point d’être devenus à leur tour des « marques », des « logos », s’appliquant à eux-mêmes, en même temps qu’aux espaces urbains qu’ils se font fort de « revaloriser », un processus connu ou plutôt vendu sous le nom de branding. Ils seraient devenus, selon F. la Cecla, des trend setters metteurs en scène de tendances , « des artistes au service des puissants, qui les utilisent pour lancer des modes, émerveiller et capter l’attention du public, par des ‘trouvailles’, qui ne sont même plus des édifices, mais d’énormes panneaux publicitaires en forme de musées, de buildings à la gloire d’une agence de communication, quand ce n’est pas tout un quartier transformé en Disneyland ».


Projet Fuksas | Dubai


Les « archi-stars » sont recrutés pour ériger les grandes villes de la planète en marques labellisées, au service de l’image de marque d’un dignitaire politique ou, carrément, comme à Berlin, des « marques » automobiles, électroniques ou autres. « Un tourisme lié à l’architecture se propage dans le monde », se félicite Massimiliano Fuksas, évoquant les réalisations spectaculaires grâce auxquelles ces villes ont pu redorer leur blason. « Il ne s’agit pas d’en faire un icône », tient-il à préciser, « mais de trouver un élément symbolique pour une communauté contemporaine qui cherche une nouvelle identité dans une période de mutation ». Cette envolée consensuelle, typique d’une philosophie urbaine de pacotille, fait bon marché des clivages de classes qui, aujourd’hui comme hier, traversent ladite « communauté ».



NOTE

[1] LISTE des PARTICIPANTS

Les experts :

JEAN NOUVEL, architecte-urbaniste
MICHEL CANTAL-DUPART, architecte-urbaniste
JEAN-MARIE DUTHILLEUL, architecte-urbaniste
RICHARD ROGERS, architecte-urbaniste
MIKE DAVIS, architecte-urbaniste
CHRISTIAN DE PORTZAMPARC, architecte-urbaniste
YVES LION, architecte-urbaniste
ANTOINE GRUMBACH, architecte-urbaniste
ROLAND CASTRO, architecte-urbaniste
WINY MAAS, architecte-urbaniste
BERNARDO SECCHI, architecte-urbaniste
PAOLA VIGANO, architecte-urbaniste
FINN GEIPEL, architecte-urbaniste
DJAMEL KLOUCHE, architecte-urbaniste
RENZO PIANO, architecte-urbaniste
GUY CHEMLA, professeur de géographie et d'urbanisme, La Sorbonne Paris 4
NIGEL SPENCER ATKINS, promoteur, aménageur, directeur de Federal, professeur d'urbanisme, La Sorbonne Paris 4
BORISLAV STOJKOV, architecte-urbaniste, responsable du schéma directeur de la Serbie.
PIERRE MARIE TRICAUD, ingénieur agronome, architecte-paysagiste IAURIF
JEAN-MICHEL TOBELEM, docteur en gestion, expert en management culturel.
FRANCOIS LOYER, directeur de recherche au CNRS, historien de l’architecture.
ANTOINE LOUBIERE, rédacteur en chef, revue URBANISME
CYRILLE POY, journaliste
ENVER HADZIOMERSPAHIC, créateur de la collection ARS AEVI
MICHEL LUSSAULT, docteur en géographie urbaine.
JACQUES LEVY, docteur en géographie politique.
VINCENT FOUCHIER, directeur général adjoint de l’IAURIF.
SABINE BARLE, ingénieur en génie civil, docteur en urbanisme.
PAUL ROLL, directeur de l’office du tourisme de Paris ;
MICHEL COUTURE, directeur de la Direction Mobilité Electrique à EDF
ÉTIENNE GUYOT, président du directoire de la Société du Grand Paris
PHILIPPE PANERAI, architecte-urbaniste, Grand Prix de l’Urbanisme (1999),
JEAN-PIERRE ORFEUIL, professeur à l’Institut d’urbanisme de Paris (IUP).
CATHERINE CHARLOT-VALDIEU, économiste, responsable de l'association Suden.
THIERRY SALOMON, président de l'association Négawatt.
FREDERIC GILLI, statisticien, économiste, géographe.


Les politiques :

BERTRAND DELANOË, maire de Paris.
JEAN-PAUL HUCHON, président du Conseil régional d’Île de France.
PIERRE SERNE, vice-président du Conseil régional d’Île de France.
JEROME GUEDJ, président du Conseil général de l’Essonne.
FRANCOIS LAMY, député-maire de Palaiseau, président des amitiés France-Bosnie.
PIERRE MANSAT, président de l’Atelier International du Grand Paris.
PATRICK BRAOUZEC, député de Seine Saint Denis.
XAVIER LEMOINE, maire de Montfermeil.
FRANCOIS DE MAZIERES, maire de Versailles, président de la Cité de Chaillot.
FRANCIS RAMBERT, directeur de l’Institut Français d’Architecture.
ALEXANDRE LABASSE, architecte, directeur du Pavillon de l’Arsenal.
JEAN-PIERRE DUPORT, président de la Fondation Le Corbusier.
MICHEL MR. RICHARD, directeur de la Fondation Le Corbusier.
BERTRAND LEMOINE, directeur de l’Atelier International du Grand Paris.
MOUNIR BOUCHENAKI, conseiller spécial à l’UNESCO.
MICHEL POUZOL, vice-président du conseil général de l’Essonne.
CHARLES PICQUÉ, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale.
MICHAEL HÄUPL, maire de Vienne, Autriche.
DANIEL BREUILLER, maire d’Arcueil.
PHILIPPE LAURENT, maire de Sceaux, vice-président de Paris Métropole
MICHEL TEULET, maire de Gagny, président de l’Association des maires d’Île-de-France
ALAIN AMEDRO, vice-Président du Conseil Régional d’Île-de-France


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