Quartiers Populaires




Nous présentons ici plusieurs textes à propos de l'initiative dite “ Printemps 2012 des quartiers populaires ”, un mouvement se déclarant apolitique mais intéressant particulièrement les partis politique de la Gauche “radicale” dont notamment le NPA et le Front de Gauche. Ce dernier faisant les plus vives critiques de Mohamed Bouklit, président de l’Université populaire Montpellier-Averroès, ex-membre du Conseil national de campagne du Front de Gauche et l’un des dirigeants du Front de Gauche des Quartiers Populaires dont il vient de démissionner. A défaut d'un programme présidentiel du NPA, nous présentons leur opinion à propos de cette initiative des Quartiers Populaires [QP] qui :
doivent devenir pour notre parti la pointe avancée de la résistance contre les politiques répressives et racistes de l’État."



Printemps 2012 des quartiers populaires,
Qui sommes-nous ?

L'initiative dite “Printemps 2012 des quartiers populaires” est porteuse de plusieurs possibles et interrogations, à partir d'un sentiment d'urgence. Nous mettons les Quartiers Populaires au coeur de notre projet, au plan politique et social :
  • parce qu'ils sont à nos yeux un condensé des discriminations, ghettos sociaux, violences policières que nous rejetons ;
  • parce qu'ils subissent à l'exstrème un système d'autant plus répressif et oppresseur qu'il est en crise – en étant l'enjeu et le creuset des transformations profondes que nous voulons;
  • parce que leur réalité est forte de leurs histoires et de solidarités multiples passées et en devenir, riches d'enseignements pour l'ensemble de ceux et celles qui souhaitent construire un autre demain.

Que voulons-nous faire ?

Nous n'avons aucune homogénéité ni sur les bilans des échecs ni sur les possibles... Ils sont à débattre, avec tous ceux et celles qui partagent les rejets exprimés à partir de cheminements divers, profondément inquiets de la désagrégation sociale et du climat xénophobe produits par les jeux institutionnels et politiques dominants.
Notre objectif est de briser le carcan institutionnel auxquels se heurtent les associations de terrain et la vie politique dans les QP : d'un côté, le poids des politiques et mécanismes d'étouffement direct, économique ou policier qui les prive de moyens et les enclave ; et de l'autre les politiques et mécanismes de contrôle clientéliste et “au mérite” de la “diversité” de ces QP.
Nous combattons la traduction particulière de ce carcan pesant sur les musulman.e.s de France dans le contexte international actuel : soit la multiplication de lois ou projets de circulaires injustes, liberticides et stigmatisantes tout en se prétendant laïques et républicaines ; soit une islamisation des questions sociales et sociétales et la mise en place de formes de “gestion” et contrôle des populations musulmanes par le Ministère de l'Intérieur ou par l'intégration clientéliste d'Imams ou autres musulman.e.s dits “modéré.e.s”.
Nous inscrivons notre rejet de ces politiques dans les mouvements de résistance internationale contre l'injustice et toutes les formes de domination de la Palestine à la Grèce, de l'Espagne au Chili, des Printemps arabes aux Indignés du monde entier.

Avec qui ?
Les QP “ne sont pas des déserts politiques”, comme cela a été souvent répété à juste titre. Nous comptons parmi nos signataires des militant.e.s et des associations de terrains et soutenons toutes les formes d'auto-organisation des QP pré-condition d'une effective démocratie à inventer. Nous reconnaissons pleinement le travail accumulé par le FSQP (Forum social des quartiers populaires) s'assumant en “mouvement politique des QP”, de façon collective comme de ses diverses composantes depuis des années, ou encore celles (parfois les mêmes) qui se retrouvent dans les Rencontres des luttes de l'immigration. Certains et certaines d'entre nous sont directement des militant.e.s de ces réseaux, ou bien se sont engagés sur d'autres terrains, de par leurs propres profils.

C'est en tant que citoyens, de toutes origines et de milieux divers que nous nous engageons, sans prétendre être un mouvement socio-politique des quartiers populaires ni parler “à la place” des habitants des QP. Les références des un.e.s et des autres sont diverses, pas les mêmes selon les âges, les cheminements, les milieux sociaux : entre autres, Franz Fanon, Nelson Mandela, Louise Michel, Martin Luther King, Angela Davis, Malcolm X, Che Guevara... Mais notre collectif en pointillé, exprime une dynamique politique, sur les bases indiquées par notre Appel, quelle que soit notre association ou parti, origine, genre, profession, lieu d'habitation, âge, couleur de peau, philosophie ou religion... pour autant que nous partageons les mêmes objectifs.

Nous souhaitons surmonter des divisions et défiances en sachant que cela n'est possible qu'à la condition que se développe l'expression autonome de toutes les parties opprimées et discriminées de la population. Nous ne craignons aucun “débordement” de ce côté, mais au contraire, souhaitons contribuer à une convergence des révoltes et mouvements autonomes partageant de communes valeurs de dignité et d'égalité réelle.
Nous voulons agir dans ou avec tous les réseaux autonomes issus notamment des QP, signataires ou pas de notre Appel qui exprimait notre déclaration d'intention : une charte, de nouveaux textes pourront exprimer l'indignation commune qui nous mobilise.
Nous ne sommes pas un parti politique et n'avons pas vocation à le devenir. Nous n'appelons à voter pour aucun parti politique et donc ne cherchons pas à capter des voix dans les quartiers populaires. Certain.e.s d'entre nous sont membres de partis, et des partis peuvent être signataires de notre Appel. Mais celui-ci et nos initiatives sont autonomes envers tout parti.
Le Printemps 2012 peut être une échéance donnant de l'écho à nos voix. Trouvons ensemble, tout en respectant notre pluralité et les choix autonomes, les moyens d'exprimer avec plus de force, parce qu'ensemble, et de façon égalitaire, le rejet commun des rapports de domination, du local au planétaire...

Site internet

Liste des signataires [personnalités et associations] :
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La paix sociale a un prix !
Samedi 31 Mars - 18h : Soirée-Débat "Printemps des Quartiers" à Bagnolet

La soirée-débat du 31 mars du réseau "Printemps des Quartiers", à Bagnolet, arrive à un moment délicat de la vie politique française, non seulement parce que nous serons à la veille des élections présidentielles, mais aussi parce que la campagne a connu, suite à la tuerie de Toulouse, une radicalisation sécuritaire, nationaliste et islamophobe que nous dénonçons.
La condamnation radicale de ces actes ne doit pas et ne peut pas faire l'économie de l'analyse politique et sociale de l'arrière-plan de cette tragédie. Comme elle ne doit pas faire l'économie de la critique de la gestion politicienne et médiatique de l'affaire. Nous refusons d'accepter la censure "morale" que l'on veut nous imposer contre toute analyse structurelle du désordre social et politique, lourd de mesures répressives qui nous menace collectivement.
Nous serons là pour affirmer que la paix sociale à un prix : celui de la justice sociale, de l'égalité réelle et de la fin des guerres impérialistes et criminelles en Afghanistan, en Afrique ou en Palestine, des guerres "humanitaires" ou des sièges de populations civiles mais aussi des "simples" violences policières dont, notamment, les habitants des quartiers populaires sont victimes.
Nous nous inscrivons résolument dans la construction d'alternatives politiques et économiques, contre les discriminations, les injustices et les dénis de démocratie dominants.
Venez en débattre avec nous!
Paris, le 28 mars 2012.
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Mohamed Bouklit

«Entre l’idéal républicain d’égalité et de justice sociale symbolisé par la prise de la Bastille et la réalité paupérisée de ces territoires abandonnés de la République, la route est longue et parsemée d’embûches clientélistes et oligarchiques, même au Front de Gauche»,

regrette Mohamed Bouklit, président de l’Université populaire Montpellier-Averroès, membre du Conseil national de campagne du Front de Gauche et l’un des dirigeants du Front de Gauche des Quartiers Populaires dont il vient de démissionner aussi. Il écrivait le 23 mars, dans Mediapart, une tribune intitulée Le printemps des quartiers populaires avec ou sans le Front de gauche [1].

Pour lui c’est désormais sans. Trois jours après la parution de sa tribune sur Mediapart, Mohamed Bouklit claque la porte du Front de Gauche. Il regrette profondément que la question des quartiers populaires n’ait été prise en compte de manière importante dans la campagne présidentielle du Front de Gauche. Des pratiques clientélistes et oligarchiques ainsi que des attitudes paternalistes à l’égard d’actrices et d’acteurs des quartiers populaires l’ont poussé très clairement à démissionner du Front de Gauche. Il se présentera aux prochaines elections legislatives sur la très populaire seconde circonscription de l’Hérault pour porter la parole des sans voix des citoyens invisibles dont le système politique actuel ne parle jamais.

Site internet


Le NPA et les Quartiers Populaires
Appel : 2012, pour un printemps des quartiers populaires !

Chacun le sait... ceux qui vivent dans les quartiers populaires, les femmes et les hommes, issus de l’immigration ou pas, souvent musulmans, noirs ou roms, sont soumis à la ségrégation, au chômage, au racisme, et au contrôle policier au faciès – et ne trouvent dans les institutions et la vie politique aucun moyen d’exprimer leurs attentes et aspirations. Les oppressions et les résistances qui se tissent dans les banlieues sont traitées en termes de problème sécuritaire ou de réactivation de l’« identité nationale » – les musulmans d’aujourd’hui étant de plus en plus stigmatisés comme les juifs d’hier.
Quel journaliste, quel discours politique voudra prendre à bras le corps ces questions et dénoncer l’islamophobie sur les plateaux de télévision, faire le bilan de toutes les lois répressives contre l’immigration ? Qui confrontera les lectures sectaires de la laïcité et leurs projets liberticides à l’expérience quotidienne de leurs victimes et aux fondements juridiques des droits ? Si la nécessité de combattre le racisme est évoquée, pour faire pièce à Marine Le Pen ou à Nicolas Sarkozy, rien n’est fait pour que la lutte contre la ségrégation urbaine, les discriminations raciales et la précarité, soit un axe fondamental de réponse aux exigences portées par les révoltes de 2005 dans les quartiers populaires.
La misère et les inégalités s’élargissent avec les crises financières et les pseudo-plans de « sauvetage » détruisant sur leur passage emplois et acquis sociaux ; les États renflouent les banques mais veulent supprimer les services publics et rendre les populations coupables et comptables de la crise ; le fossé se creuse entre les minorités privilégiées et la grande masse des populations de plus en plus précarisées, pendant que les puissances impériales poursuivent leur déploiement militaire, semant partout la désolation et la guerre.

Pour notre part, puisant notre énergie et notre inspiration dans la révolte des quartiers en 2005, dans les luttes pour l’égalité réelle, dans l’élan révolutionnaire des peuples du monde arabe et la lutte du peuple palestinien pour ses droits, dans les mobilisations exemplaires en Afrique, à Mayotte et celles des « Indignés » de la Grèce aux États-Unis, de l’Espagne au Chili, nous refusons de n’imaginer le futur que sous la forme d’une droite libérale, sécuritaire et raciste ou sous celle d’une gauche gestionnaire d’un ordre admis. Nous sommes convaincus qu’existent des alternatives au désastre. Tout un monde d’oppression n’en finit pas de s’écrouler sous nos yeux qui appelle des solutions radicales qui doivent s’imposer dans les débats et accompagner les prochaines présidentielles.

Nous sommes un regroupement de militants et de personnalités de gauche, d’associations des quartiers, d’organisations politiques ou syndicales antiracistes et décoloniales, déterminés à forcer le débat notamment durant la campagne présidentielle. Nous voulons aider à l’action et l’expression des populations exclues de tels débats, femmes et hommes, et porter quatre préoccupations :
- contre le racisme, en premier lieu, le racisme d’État, l’islamophobie, la surexploitation, le harcèlement et l’expulsion des sans-papiers; contre les inégalités, la ségrégation urbaine – en nous revendiquant des droits égalitaires ;
- contre les violences institutionnelles de la police, de la justice, et, de l’école au Pôle Emploi, pour l’invention d’institutions démocratiques au service de toutes et tous ;
- contre les politiques libérales porteuses de la crise économique, en défense des droits sociaux fondamentaux ;
- contre les rapports de domination internationaux et néocoloniaux, en particulier en Palestine et en Afrique ou dans les DOM-TOM, en soutien aux exigences portées par les processus révolutionnaires en cours.
Quartiers populaires : émancipation politique et clientélisme
Dès sa création en février 2009, le NPA a déclaré prioritaire son intervention dans les quartiers populaires (QP). Mais qu’est-ce qui pousse notre parti à adopter une politique volontariste visant à réinvestir politiquement ces quartiers délaissés par les organisations de gauche depuis plus de 30 ans ? Et que devons-nous faire concrètement pour les reconquérir ?
S’il y a une priorité d’implantation pour un parti révolutionnaire dans un pays capitaliste postcolonial, c’est bien dans les QP. La population des QP (véritable prolétariat au sens actuel) est le sujet principal du nouveau processus de travail (modèle néolibéral), précarité/flexibilité du travail, pénibilité, mobilité/immigration, paupérisation, déqualification, chômage… Cette population n’est pas située à la périphérie du système mais elle en est le cœur, la figure de l’exploitation capitaliste au xxie siècle. Il faut donc arrêter de parler des désastres dans les QP comme seuls héritages du colonialisme ou de l’urbanisme des années 1960 ou encore les divers retraits des services publics.
Comme parti révolutionnaire anticapitaliste, on ne peut imaginer une révolution sans les plus exploités. Que serait la Révolution française sans la détermination des sans-culotte, ou la Révolution zapatiste sans la mobilisation des paysans sans terre ?

Reconstruire le lien avec les QP est un impératif.

Les militantEs ayant dynamisé le mouvement révolutionnaire de Mai 68 ont fait leurs « armes » pendant la guerre d’Algérie aux côtés du FLN et par la suite aux côtés du MTA.
La marche pour l’égalité de 1983 avait été portée conjointement par les mouvements de jeunes issus de l’immigration et par les partis d’extrême gauche. Mais si lors de « la révolte des banlieues » en 2005, les partis d’extrême gauche (LCR en tête) ont mobilisé leurs forces pour dénoncer un couvre-feu qui rappelait les pires heures de l’histoire française, nous devons reconnaître que l’extrême gauche était coupée des jeunes insurgés.
Même ceux qui pourtant n’avaient pas traité les jeunes de délinquants, ont été réduits à quémander l’autorisation à l’État, de protester contre son décret d’urgence. Le décalage est flagrant. Comme si nous n’appartenions pas au même mouvement. À la même qualité prolétarienne. Que par principe nous nous considérions comme extérieurs et d’une autre nature que ces prolétaires. Cela ne peut être résumé au seul fait que nous n’avions pas su créer les liens. C’est plus profond.
Par chance, aujourd’hui les luttes pour les droits des sans-papiers ou contre le racisme sont encore portées par les militants de la gauche radicale. Mais les défaites et les trahisons des années Mitterrand les ont atteints aussi lourdement et avec les mêmes logiques de récupérations et de compromissions.

Les QP comme « lieu où ça se passe »
Les QP concentrent les réalités de l’islamophobie ambiante. C’est là où elles sont mises en scène par le pouvoir et la propagande médiatique. Ce territoire concentre les peurs et les dangers de notre société. Les étrangers et les nationaux musulmans, les Africains, les jeunes… figurent l’image de l’ennemi intérieur, telle qu’elle est fabriquée (depuis des décennies). La santé financière d’une association ne doit plus dépendre de sa docilité à l’égard du pouvoir local, mais doit correspondre à son utilité et à l’intérêt qu’elle représente pour les habitants. Il faudra exiger que le fonctionnement des commissions d’attribution de subventions ne soit plus « opaque » et que l’attribution de subventions se fasse en corrélation avec les besoins des populations et dans le sens d’un réel développement social des QP. (Il faudra approfondir cette question à partir de propositions concrètes pour que s’instaure un véritable contrôle des processus d’attribution des subventions). Le statut des travailleurs sociaux doit aussi être examiné pour que ces derniers puissent travailler dans la sérénité et élaborer des projets sur le long terme.
Nous devons trouver les points de convergence entre les classes populaires des quartiers populaires majoritairement issus de l’immigration postcoloniale et les classes populaires héritières de la culture ouvrière, en démontrant que contrairement au racisme pragmatique de l’UMP et au paternalisme pathologique du PS, nous sommes convaincus que les intérêts des uns et des autres sont les mêmes et nous refusons de les opposer comme le font les autres apprentis sorciers du populisme actuel.
Les QP doivent devenir le centre pratique de l’activité internationaliste anti-impérialiste du parti. Comme nous l’avons souligné, la population des QP est la figure de la classe mondiale. Ce n’est pas la simple résultante de ses racines mais la conséquence mécanique des formes de son exploitation à l’époque du néolibéralisme.
En 1968, les révolutionnaires scandaient « le Vietnam est dans nos usines » et au plus fort de la lutte en 1970-1971 ils ont transformé ce mot d’ordre en « la Palestine est dans chacun de nos ateliers »...
Nous devons arriver à transformer la situation pour que cette conscience se dise au grand jour : « la révolution palestinienne est dans chacun de nos quartiers »… Pour nous, la lutte anti-impérialiste, la lutte contre les agressions militaires des populations du Sud, le soutien aux forces de gauche des révolutions arabes doivent passer par les QP !
Les QP doivent devenir pour notre parti la pointe avancée de la résistance contre les politiques répressives et racistes de l’État.

Une seule lutte !

D’un point de vue militant, comment ne pas considérer les oppressions spécifiques et croisées subies par les habitants des QP comme des manifestations de l’oppression et de l’exploitation globale générée par le système capitaliste, et que, là, elles y sont accrues ?
Comment alors ne pas considérer a priori ces populations comme parmi les plus susceptibles de s’engager radicalement contre l’injustice du système capitaliste dont elles subissent les conséquences (et ce, alors même qu’elles sont cantonnées en zone de relégation pour constituer la variable d’ajustement) ?
L’analogie construite politiquement par les dominants entre QP et système carcéral au moyen de la ghettoïsation.

L’action du parti doit intégrer plusieurs données capables d’ouvrir des connexions :


- on ne peut avoir une conscience de l’affrontement réel à notre époque sans une compréhension de la répression quotidienne de ces quartiers et de l’apartheid qui est pratiqué non seulement par la police mais par tous les appareils et services de l’État (sociaux, éducatifs, santé…).

- on ne doit pas rabaisser ni mépriser la politisation réelle des QP. Car de l’expérience directe découle une conscience des réalités de l’État policier. Quand un gamin écrit « nique la police » il écrit avec d’autres mots notre ancien : « à bas l’État policier ». Et Henri Lefebvre le rappelait après 1968 : « ce slogan venait de leur expérience, de leur expérience avec les flics, qui contrôlaient l’espace, l’espace de l’université, des faubourgs et des baraquements qui entouraient le campus de Nanterre ». Comme « nique la police » vient de l’expérience des QP.
- La résistance des populations des QP trouve directement en face d’elle la police, la justice et la prison. Police et justice empreintes de l’idéologie d’apartheid et de contrôle répressif des populations en provenance des QP.

L’emprisonnement dessine une partie de l’horizon de ces populations… sans parler les mesures de probation et de restriction des libertés qui criminalisent de larges secteurs des QP.

Fadela et Jean-Marc
Villiers-le-Bel


NOTE

[1] Le printemps des quartiers populaires, avec ou sans le Front de gauche

Voilà plusieurs décennies que, dans les quartiers populaires, nous avons décidé de prendre notre destin en main et de devenir les sujets libres de notre propre histoire politique, en entamant une révolution citoyenne pour nous libérer des carcans d’un régime oligarchique, clientéliste et capitaliste qui nous asservit. C'est dans cet esprit que nous organisions, il y a trois ans à Montpellier, des Etats généraux de la citoyenneté, pour dresser le constat des réalités sociales et politiques.
Nous avons pris la responsabilité historique, il y a un an, de donner une nouvelle orientation à notre révolution citoyenne en présentant une candidature citoyenne sur le neuvième canton de l'Hérault, soutenue par le Front de gauche. Cette dynamique politique nouvelle nous a permis d’éliminer au premier tour, avec près de 22% des suffrages, la droite et l’extrême-droite. Nous avons ainsi offert à la population le choix entre deux gauches: la gauche traditionnelle, incarnée par un Parti socialiste local post-frêchiste divisé, et une autre gauche, citoyenne, ancrée dans les quartiers populaires, répondant aux aspirations de la population. A l’issue du second tour, ce seront près de 35% des électeurs qui opteront pour une véritable transformation démocratique, sociale et écologique dans les quartiers populaires. Notre présence et notre engagement dans le débat politique citoyen ont contribué à exprimer avec force les attentes et les aspirations de la population sur les questions de sécurité, de logement, d’emploi et de formation des jeunes, d’accueil de la petite enfance, de prise en charge des personnes âgées, de démocratie participative, du vivre ensemble.
Dans la foulée, nous avons porté notre engagement citoyen à l’échelle nationale, dans la perspective des futures élections présidentielles en lançant le 30 juin 2011, sur Mediapart, l'appel Pour un Front de gauche des quartiers populaires: pour faire des quartiers populaires un enjeu importants des scrutins à venir, notamment de la présente élection présidentielle. Quelques jours plus tard, Jean Luc Mélenchon, tout nouveau candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, répond à notre appel national en nous rencontrant dans le quartier de la Paillade, à Montpellier. Il promet alors de prendre en compte, dans sa campagne, cette question prioritaire et nous encourage dans la voie de l'insurrection citoyenne. Il m’invite à rejoindre le Conseil national de campagne du Front de gauche, présidé par Pierre Laurent, à l’automne.
Nous avons alors accepté d’entrer dans cette dynamique plurielle du Front de gauche, qui en principe a vocation à devenir un véritable Front populaire, en incluant en son sein d’autres composantes citoyennes et syndicales, comme les mouvements issus des quartiers populaires et de l’immigration postcoloniale. Nous avons considéré que le Front de Gauche pouvait être un outil d’éducation populaire capable d’accompagner les révolutions citoyennes.
Hélas, au fil des mois, alors que la révolution citoyenne en marche est un processus historique irréversible, nous avons vu, au sein du Front de gauche, apparaître des esprits chagrins qui souhaitent voler au peuple sa révolution citoyenne, en reproduisant les mêmes pratiques oligarchiques et clientélistes qu’ils dénoncent. Plus concrètement, nous allons nous apercevoir de l’absence de prise en compte réelle de la question prioritaire des quartiers populaires pour laquelle nous nous sommes engagés au Front de gauche.
Je ne comprends pas pourquoi la direction de la campagne nationale serait ouverte aux seuls partis politiques, comme s’il préexistait une sorte de pacte de Yalta entre les partis politiques à l’origine du Front de gauche historique. Je ne comprends pas pourquoi les décisions sont prises en catimini, sans concertation avec les véritables acteurs, qui sont les principaux moteurs des révolutions citoyennes, notamment dans les quartiers populaires.
Le Front de gauche doit saisir ce moment historique pour apporter un véritable message d’espoir, de confiance et de solidarité envers ces territoires abandonnés de la République, et dialoguer avec toutes les forces autonomes de progrès dans notre pays.
Dans tous les cas, avec ou sans le Front de gauche qui devrait être un vecteur d’émancipation du peuple, il ne fait aucun doute que surgira en juin prochain, dans plusieurs quartiers populaires, une véritable insurrection citoyenne et électorale. Il ne fait aucun doute que nous aurons un printemps révolutionnaire, un printemps des quartiers populaires, un an après les printemps arabes. Des collectifs entrent depuis des années en résistance citoyenne. Leurs acteurs sont, comme je l’écrivais il y a quelques mois, les nouveaux sans culottes de la République et l’âme d’une République vivante, laïque et solidaire. Ils se rassembleront pour porter ensemble la véritable parole du peuple.
Pendant plusieurs années, nous n’avons cessé d’espérer l’émergence d’un véritable Front populaire qui inclut et prend en compte de manière égalitaire les mouvements issus des quartiers populaires et de l’immigration postcoloniale. Entre l’idéal républicain d’égalité et de justice sociale symbolisé par la prise de la Bastille et la réalité paupérisée de ces territoires abandonnés de la République, la route est longue et parsemée d’embûches clientélistes et oligarchiques, même au Front de Gauche.
Vive la révolution citoyenne.
Avec détermination.
Mohamed Bouklit




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