Hugo Chavez : Tourisme Social et Ecotourisme

Vénézuela : l'archipel Los Roques

L’archipel de Los Roques, au large des côtes du Vénézuela, est un véritable paradis : un atoll corallien aux eaux calmes et cristallines, aux plages de farine blanche, une faune aquatique d'une richesse exceptionnelle ; un chapelet d'îles protégé depuis 1972 en tant que réserve naturelle, afin de le préserver des promoteurs immobiliers et du tourisme de masse. Un sublime archipel qui est fréquenté par une grande variété d'oiseaux marins mais aussi par les plus riches vénézuéliens et la jet set internationale, venant ici mouiller leur luxueux yacht.  Fin 2011, le président Hugo Chavez, décide de "nationaliser" l'archipel  : « J’ai toujours dit que je nationaliserai Los Roques », affirme-t-il ; un territoire qu'il s'agit de libérer de la main-mise  - selon les termes du président - des privilèges de la « haute bourgeoisie » et des élites internationales. 



Vénézuela : l'archipel Los Roques




Les « Chavistas », les partisans de Chavez,  apprécient et se félicitent de l’ouverture prochaine de ce joyau des Caraïbes. Car sous le prétexte fallacieux de la préservation d'un patrimoine naturel exceptionnel, l'archipel ne disposant pas d'infrastructures hôtelières importantes,  est en partie réservé au tourisme de luxe et à ceux qui disposent d'un yacht., ou d'une résidence ; et Chavez déclarait ainsi que les plus pauvres autochtones étaient les esclaves modernes au service du bien-être des riches touristes et autres millionnaires ; d'autres y ajoutent les middle-class européennes attirées par les nombreuses activités  : plongée, pêche, kite-surf, etc. Bref, tout ce qui est inaccessible à la plus grande majorité des vénézueliens.  


Les termes employés par le président, "libérer le territoire",  "nationaliser" sont ambigüs, car cet archipel appartient bien à l'Etat ; et en fait, il s'agit plutôt d'exproprier [ c'est-à-dire de ne pas renouveler les concessions, le sol étant propriété de l'Etat ]  les plus riches propriétaires de demeures, vénézueliens ou étrangers qui ont pu bénéficier de dérogations - moyennant corruption - et du laxisme ambiant qui avait jusqu'alors prévalu, pour y bâtir - ou agrandir -  illégalement des résidences dans une zone protégée ou acquérir des concessions. Le nouveau gouverneur de ce territoire, le vice-amiral Armando Laguna, précisa l'intention du gouvernement de procéder à des expropriations concernant uniquement les biens - demeures ou hôtels de luxe - acquis ou bâtis illégalement ; soit 11 hôtels et de nombreuses auberges - posadas - tenues par des étrangers (notamment italiens), dont nombre d'entre eux ont transformé et notablement agrandi au fil des ans - sans autorisation - d'anciennes maisons de pêcheur en auberges, restaurant ou bar. De même, il annonça une augmentation de la taxe des "concessions" pour les auberges et activités gérées par des autochtones dont nombre avaient profité du laxisme des autorités pour créer ou développer sans autorisation - permis d'exploitation -,  des activités commerciales. Il s'agit, en somme, d'en finir avec le laxisme et de faire respecter les règlements établis en 1972, lors de la création de la réserve naturelle de Los Roques. 


Elle Magazine, juin 2011



Pour le président, le tourisme "social" à Los Roques, concernera les vastes demeures expropriées qui seront reconverties en maisons de vacances  - notamment en colonies de vacances pour les enfants et adolescents issus des classes pauvres -, tandis qu'est prévue la construction sur l'archipel d'autres auberges. Un tourisme social au service des classes populaires car aujourd'hui, une nuit dans une posada coûte, y compris le billet d'avion [40 minutes de vol depuis Caracas] environ 450 $. L'annonce la plus étonnante, reste la "nationalisation" des yachts luxueux,  qui pour le président, seront plus utiles à promener les futurs touristes issus des classes populaires. Il s'agirait, en fait, de yachts appartenant à des personnalités en fuite - dont des banquiers -, accusées ou jugées pour corruption et autres délits financiers. 




Concrètement, le vice-amiral, présenta lors d'une réunion, l'avenir de l'archipel aux associations  - habitants, commerçants, etc. - : les autochtones, dans l'ensemble, seront rassurés de voir leur concession renouvelée, tandis que les plus riches propriétaires et investisseurs étrangers attendent un plus sombre avenir concernant leur présence sur l'archipel. Le président de l'association des aubergistes de Los Roques apprécia ces mesures porteuses selon lui de grands espoirs pour - bien évidement - le développement économique de l'archipel et le probable enrichissement des habitants. 


Par contre, les environnementalistes et autres écologistes affirment en choeur que l'ouverture de l'archipel au tourisme de masse signifie la destruction de ce petit paradis caraïbe, et le condamne au sort des autres plages "populaires" du pays : c'est-à-dire souillées par des détritus [1] et le volume sonore des soundsystems des hordes barbares. Ils affirment ainsi, que jusqu'à présent, Los Roques était parvenu à organiser et à préserver un équilibre entre le développement économique, l'écologie et les activités des habitants ; et dénonçent le populisme malsain du président.





Cela étant, les universitaires Olivier Dehoorne et Aude Valentin notent que l’évolution récente du tourisme international au Venezuela est particulièrement intéressante : l’affichage de nouvelles volontés politiques sur la scène régionale et internationale, sous l’impulsion du président Chavez, a perturbé le marché touristique national qui était dominé pour les clientèles nord-américaines ; le Venezuela apparaît désormais aux yeux des Etats-Unis comme un pays à risque, instable. 
Ensuite les déclarations politiques officiellement hostiles à la mainmise de la puissance étasunienne dans la région caribéenne ont provoqué le repli de ces touristes internationaux. Jusqu’au milieu des années 1990, la croissance des flux touristiques était assez remarquable : en 1995, le pays avait accueilli quelque 700 000 touristes dont 56 % venaient des Etats-Unis. Mais huit années plus tard, moins de 340 000 touristes ont séjourné au Venezuela et la part des Etasuniens ne dépassait pas les 46 %. Jusqu'alors le développement touristique du Venezuela s'était essentiellement établi sur les rivages et les îles côtières de la Caraïbe (notamment sur l'île de Margarita) avec des séjours balnéaires classiques or le boycott du pays s'est traduit par le retrait massif des clientèles habituelles, des classes moyenne nord-américaines. 

Cette situation a contraint le gouvernement  vénézuélien à envisager de nouvelles stratégies pour relancer ce secteur d'activité. Le positionnement touristique du pays a donc évolué ; au lieu de s'obstiner à se concentrer sur le seul marché du tourisme balnéaire, le Venezuela a choisi de favoriser graduellement le développement de projets alternatifs, des rivages à l'intérieur des terres, portés par des communautés rurales. Il a ciblé  de nouvelles clientèles potentielles comme des touristes avertis, plus expérimentés à la recherche « d'expériences  authentiques » dans des espaces de faible densité touristique, dans des portions du littoral restées traditionnelles, des régions de petite agriculture de montagne, de vastes espaces naturels. Les pertes affichées en termes d'arrivées touristiques doivent donc être relativisées : le déclin du tourisme balnéaire de masse est partiellement compensé par l'arrivée de nouvelles clientèles, principalement européennes, qui séjournent dans quelques régions rurales intérieures.


C’est dans ce contexte que s’inscrit le « Programa Andes Tropicales » [PAT] qui soutient le  développement rural dans les parcs nationaux ; ce programme repose sur la participation des populations locales et leur implication dans les politiques de conservation des ressources naturelles et culturelles sources de revenus. Le soutien financier des microprojets familiaux et communautaires doivent permettent de lutter contre la pauvreté.  Compte  tenu de la richesse des ressources naturelles du pays et des impératifs de lutte contre la pauvreté rurale, la réflexion porta sur l’élaboration de projets qui devaient placer ces zones protégées au cœur du développement économique des communautés rurales. C’est dans ce contexte que la dimension touristique fut intégrée à ces expériences : un tourisme synonyme de revenus nouveaux mais aussi d'implication des communautés rurales et de préservation des ressources. Sur les plans sociaux économiques, le développement de nouvelles sources de revenus et de catégories d'emplois a permis à de jeunes personnes dépourvues de terre de rester travailler dans la Cordillère. Soulignons également dans le tourisme et les services l'importance des emplois valorisants les populations féminines (commerce, accueil, appui logistique, entretien, etc.). Indéniablement la mise en place de ce programme avec toute sa logistique financière a impulsé une réelle dynamique dans ces zones rurales défavorisées. Les communautés prennent conscience de la valeur de leurs ressources et les possibilités nouvelles de développement en relation avec l'accueil touristique.



Les évolutions récentes du marché touristique ouvrent effectivement de nouvelles perspectives pour ces régions périphériques, dotées de ressources naturelles et culturelles significatives. L'action de certaines ONG, comme dans l’exemple vénézuélien, peut être particulièrement stimulante pour ces communautés rurales en voie déstructuration,  confrontées à la paupérisation, à l'exode, dont la culture est souvent méprisée dans le cadre de sociétés en quête de modernité urbaine. Les incitations financières, l'accompagnement des microprojets et l'animation souple des réseaux nouvellement constitués contribuent à une diversification des économies traditionnelles en difficulté dans le cadre d'une ouverture raisonnée de ces sociétés et territoires.

Dans le cas du PAT au Venezuela comme dans celui de Bioplaneta au Mexique, le programme introduit le principe de "circulation douce " des touristes sur les terres des communautés villageoises afin de limiter les impacts sur le milieu et les sociétés. Mais les abus sont fréquents, le terme d’ « écotourisme » est bien souvent utilisé de manière abusive à des fins purement mercantiles notamment par des tours opérateurs soucieux de contrôler l’évolution de ces nouveaux marchés et de conserver la « mainmise » sur leurs clientèles en leur proposant un semblant d’écotourisme dans un cadre naturel jusqu’alors peu accessible, avec quelques autchotones acteurs-salariés pour l’occasion. Ainsi dans la région d’Oaxaca les expériences les plus sérieuses côtoient de vulgaires manipulations. Autre cas de figure avec le fameux projet El Mirador appuyé par le gouvernement du Guatemala, des institutions privées et un archéologue américain  qui entend accueillir 20 000 touristes par an (avec la construction des infrastructures routières et aéroportuaires nécessaires) sur le site archéologique du Mirador, dans la réserve de biosphère maya (RBM) qui reste la plus importante aire protégée d’Amérique centrale. Ce projet pose également le problème de l’expulsion des communautés amérindiennes. Les enjeux financiers sont considérables sur les marges des territoires touristiques les plus exploitées, l’écotourisme peut être un simple alibi pour des entreprises transnationales soucieuses de maîtriser les évolutions du marché touristiques comme un remarquable instrument de développement au service des communautés locales.


[1]  Il est vrai que les plages au Vénézuela peuvent être particulièrement sales ; pour cette raison, depuis plus de vingt ans est organisée une journée nationale des plages, destinée à les nettoyer : une vaste opération qui rassemble des milliers de bénévoles...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire