Vietnam : la Guerre contre les Villes





Nous les bombarderons de telle façon, avec nos moyens aériens et navals, et non pas avec nos forces terrestres, qu’ils régresseront 
à l’âge de pierre.


Il faut tuer les gens, et quand vous avez tué assez, ils cessent le combat.

Le chef d’état-major de l’US Air Force au Vietnam, général LeMay

Malgré l'horreur et la vague de réprobation mondiale suscitées par les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, et le douloureux souvenir des villes allemandes et japonaises anéanties durant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis reprennent en Corée, au Vietnam et au Cambodge, les bombardements aériens massifs contre des objectifs civils, qui seront au cœur de la stratégie militaire américaine. La guerre de terreur contre les populations civiles doit être menée en parallèle aux combats contre les effectifs militaires. Soit une forme de terrorisme. Gérard Chaliand affirme ainsi que, s'il on veut pleinement rendre compte du phénomène du terrorisme, qui consiste à inspirer ou à répandre la terreur, il faut évoquer les bombardements allemands sur Coventry, ou alliés sur Dresde, les bombardements américains sur Tokyo, et enfin et surtout, ceux de bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki.




Le 8 juin 1972, le photographe Nick Ut est sur la route menant au village de Tran Bang, tenu depuis 3 jours par les troupes du Nord-Vietnam et assiégé par les Sud-Vietnamiens. Alors que tout indiquait qu’il n’y avait plus un Nord-Vietnamien dans le village, l’armée sud-vietnamienne décide néanmoins de bombarder le village au napalm. Kim Phuc, la petite fille, est nue car elle s’est débarrassée de ses vêtements en feu. Tous crient atrocement. Après avoir dépassé les témoins, ils s’arrêtent enfin. Certains tentent maladroitement de leur venir en aide. Nick Ut, parlant le vietnamien, est le seul journaliste à pouvoir communiquer avec eux. Avec son chauffeur, dans son minibus maintenant bondé, il transporte Kim et des membres de sa famille vers un hôpital.


Tran Bang, même jour, même bombardement : ce couple portant leurs enfants ne connaîtra pas les honneurs de la presse internationale.

Le bombardement de la ville de Guernica qui eut lieu le 26 avril 1937, lors de la guerre d'Espagne, sera le prélude au terrorisme militaire initié par les nazis contre Rotterdam, Varsovie, Londres, puis repris et grandement amélioré par les Britaniques : le bombardement sur zone ou area bombing. Le stade ultime étant Hiroshima et Nagasaki. Ce sont les ingénieurs américains qui inventeront la bombe incendiaire, spécialement créée pour comme le nom l'indique, incendier les centres urbains. En 1941, trois modèles sont disponibles : celles à base de magnésium, celle au phosphore et celles à base "d’huile" : la "jellied oil", la terrible gelée de napalm. Le modèle plus imposant étant la M76, surnommée PT bomb ou "goop" ou "blockburner". 


MORAL BOMBING

La méthode consiste à lancer des raids massifs en visant, non plus des cibles précises, mais de vastes superficies, que l'on s'applique à raser au moyen de bombes explosives puis incendiaires. Les premières transforment les immeubles en tas de débris, auxquels les secondes mettent le feu. Il s'agit de détruire des centaines de milliers de maisons et de jeter à la rue des millions de civils. L'objectif est de démoraliser la population, de briser son moral, de la terroriser, de manière à ce qu'elle exige de ses dirigeants la paix. L'architecte de ce concept dénommé "bombardement moral" [moral bombing] sera le commandant des forces britanniques de la RAF, Arthur Travers Harris, surnommé Bomber Harris ou Butcher [boucher]. Pénétré de sa mission, Harris était sans état d'âme pour les nombreuses victimes civiles, mais aussi pour les pilotes des bombardiers, des milliers seront tués en mission. Il est à noter que l'Etat-major allié n'hésita pas à bombarder massivement les villes françaises : Caen détruite à 90 % obtiendra le titre de ville martyre, Cherbourg, Royan, Le Havre seront à reconstruire en grande partie.



Cologne 1942 : premier bombardement de terreur d'une ville
Le bombardement de Cologne marque le début de la guerre des villes : une offensive de trois ans sur les plus grandes villes allemandes, où vivent vingt-deux millions de personnes. Après une attaque sur Lübeck deux mois plus tôt, c'est à Cologne, dans la nuit du 30 mai 1942 que cette stratégie de bombardement sans discrimination est appliquée pour la première fois par le "Bomber Command". Plus de mille bombardiers participent à l'attaque ; 1455 tonnes de bombes sont larguées sur la ville, où 477 habitants trouvent la mort et 45.000 sont jetés à la rue. Deux cents hectares sont dévastés, deux cent cinquante usines sont endommagées. Ce seul raid de mille bombardiers est plus dévastateur que les 1346 sorties sur Cologne, qui l'avait précédé pendant neuf mois. Pour Harris, le responsable des bombardements, le succès est éclatant ; "l'opération Millénium" est une réussite avérée. De nouvelles attaques sont programmées pour les semaines suivantes. Le "raid des mille" préfigure "l'opération Gomorrhe", le bombardement de Hambourg de juillet 1943 : 9000 tonnes de bombes, 50 000 morts, des tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. Fin 1944, l'objectif est enfin atteint : en désorganisant la production et en coupant les voies de communication, les bombardements ont considérablement gênés le ravitaillement et le rééquipement des armées. Mais les bombardements se poursuivent. À Dresde, un tiers de la ville fut détruit du 13 au 15 février 1945 : 650 000 bombes incendiaires d'un poids total de 7 000 tonnes tuent un nombre encore indéterminé d'habitants. Les chiffres ont oscillé entre 35.000 et 305.000 morts [la Croix-Rouge soutient ce dernier chiffre]. Outre les raisions que nous avons évoquées, des historiens pour expliquer un tel sinistre déploiement de la part des militaires avancent l'idée d'un bombardement de vengeance lié à la libération du camp d'Auschwitz, 15 jours plus tôt par l'armée russe. Les photographies distribuées au monde entier, en faisant découvrir la réalité de la Shoah aurait retiré les derniers scrupules vis à vis des populations civiles allemandes.

Japon


Le Japon dut subir une série de bombardements sur des objectifs civils, les villes et la capitale Tokyo. A cette époque Tokyo était une ville traditionnelle dont les constructions étaient en bois, paille de riz et papier... Une aubaine pour qui voulait l’incendier. Et parmi eux, les américains possédaient un personnage qui était prêt à le faire et à le clamer partout : le major-général Curtis LeMay [que nous allons retrouver au Vietnam], commandant désigné du 21e Bomber Command dans le Pacifique le 20 Janvier 1945, est devenu le principal architecte, concepteur stratégique, et porte-parole le plus percutant de la politique américaine consistant à incendier les villes ennemies. LeMay ordonnera ainsi, la destruction de Tokyo : le 9 et 10 mars 1945,  les bombardements de la capitale du Japon par 334 bombardiers B-29, équipés de 496.000 bombes incendiaires au phosphore, magnésium et napalm pour un total ahurissant de 1.700 tonnes de bombes. Près d’un demi million de bombes brûlantes, déversées sur un objectif purement civil. Sous les trappes ouvertes des bombardiers, 1,5 millions de personnes dans la conurbation de Tokyo. Plus de 100.000 périront dans une capitale devenue un immense brasier : plus qu’à Hirsohima ou Nagasaki. 
Puis ce sera la ville de Kobé, le 17 mars 1945, avec 159 tonnes de bombes incendiaires et 13 de bombes à explosif plus poussé. Le flot de bombes d’une imprécision totale a été ininterrompu. Près de 1000 bâtiments avaient été atteints, ainsi que deux chantiers navals.  A Kobé on relèvera 8841 victimes civiles, toutes atrocement brûlées. La ville entière est détruite par les flammes.

LeMay sera parfaitement caricaturé par le réalisateur Kubrick dans son film Docteur Folamour, par le général dément et psychopathe,  Buck Turgidson. LeMay était apparemment immunisé contre l’horreur de tuer. Il avait dirigé le bombardement au napalm du Japon - qui estime-t-on a tué "plus de personnes dans une période de six heures qu’à tout moment dans l’histoire de l’homme". ll a ainsi un jour résumé la guerre : « Il faut tuer les gens, et quand vous avez tué assez, ils cessent le combat." et n'hésite pas à affirmer  "nous avons bien tué, allez, disons vingt pour cent de la population de la Corée du Nord". En fait, "plus de deux millions de civils sont morts dans les campagnes de bombardements de LeMay et la destruction de barrages géants pour inonder le pays".  Sa haine des communistes et de John F. Kennedy fut telle qu’on a automatiquement songé à lui comme l’un des commanditaires possible pour son assassinat, avec l’équipe de la CIA...

Avec la méthode du bombardement sur zone des Britanniques, avec les bombes incendiaires puis atomiques américaines, avec la folie de Harris puis de LeMay, les alliés sont persuadés d'avoir trouvé la panacée, et pour certains historiens, d'offrir à leur peuple une forme de vengeance.

Une remarque qui s'inscrit dans les propos de l'historien dissident américain Howard Zinn [1], qui en 1943 s'engage dans l'armée et rejoint l'équipage d'un bombardier de l’US Air Force, pour une cause qu'il croit juste et partagée par l’état américain : la lutte contre le nazisme. Sa formation aura de nombreuses missions de bombardement d'objectifs civils et de villes dont Royan, Dresde, Hambourg, Pilsen et Berlin. A la fin de la guerre, alors qu'il plie ses bagages pour rentrer aux Etats-Unis, il écrit d'un trait « Plus jamais ça » sur le dossier rempli des notes et des coupures de journaux qu'il a récoltées tout au long de son service pour l'armée. Pour devenir par la suite, le plus grand opposant à la guerre du Vietnam et aux bombardements. Howard Zinn, n'aura de cesse de condamner les bombardements intensifs en raison des atrocités qu’ils infligent à des centaines de milliers d’êtres humains, pour la plupart des civils. Quiconque saisit l’horreur des tapis de bombes, des bombes incendiaires et de la bombe atomique comprendra que rien ne les justifie... pas même une « guerre juste ». Pour ces prises de position, et ses convictions de Gauche, il sera même envoyé en mission diplomatique au Vietnam par le gouvernment américain. Jusqu’à sa mort en 2010, son combat continuera, avec l’invasion puis l'occupation américaine en Irak par les gouvernements successifs de George W Bush fils et de Barack Obama, président actuel, Prix Nobel de la Paix en 2009.

Corée - Vietnam – Cambodge : Bis Répétita

Ainsi après les bombardements massifs des villes allemandes et japonaises durant la seconde guerre mondiale, l’US Air Force, auréolée de gloire et imprégnée des doctrines de LeMay de la guerre antisubversive, fervente adepte des méthodes de la guerre psychologique, entend faire du Vietnam une sorte de nouveau laboratoire qui permettrait la poursuite de ce qui avait été fait au Japon. Une forme de terrorisme d'Etat devant s'exercer contre les populations civiles, plus que militaires qui d'ailleurs étaient hors des villes, camouflés dans les jungles, et forcer le gouvernement nord-vietnamien à des négociations.

La doctrine LeMay s'appliquera donc au Vietnam, des villages seront détruits, la ville historique de Hué est rasée à 80 % [à l'artillerie principalement], Hanoi, la capitale, connaîtra des bombardements aériens massifs faisant des milliers de victimes militaire et civile. Au départ des troupes américaines en 1973, le Nord-Vietnam ne dispose plus d'aucune infrastructure industrielle, les ponts sont détruits, les ports, les routes et les voies ferrées gravement endommagés. 4,3 millions d'hectares de couvert végétal dense ont été soumis au napalm et aux défoliants, 20 à 30 % des forêts du pays auraient été atteints par les bombes chimiques, sans compter les destructions par le feu et les bombardements. 

Rolling Thunder

Mais le président américain Johson, dans les premiers moments de la guerre,  ne partage guère cette vision d'apocalypse. Si le président américain et ses conseillers décident de frapper le Nord-Vietnam pour le contraindre à abandonner son entreprise au Sud, ils entendent le faire avec mesure, en augmentant ou en diminuant l’intensité des raids, de façon à adresser un message politique précis aux dirigeants de Hanoi. Il ne s’agit pas de frapper le territoire ennemi de façon permanente et intensive, mais, au contraire, d’entrecouper l’offensive planifiée de pauses et de gestes de conciliation. Tel est le concept politico-stratégique qui sous-tend l’opération Rolling Thunder. Commencée en février 1965, elle ne s’achèvera qu’en novembre 1968 et constituera, en dépit des quelques suspensions qui la scanderont, la plus longue campagne de bombardement de l’histoire, à l’exception de celle que la Royal Air Force et de l’US Air Force menée sur l’Allemagne de 1940 à 1945. Le chef d’état-major de l’Air Force, le général McConnell, propose quant à lui une liste d'objectifs justiciables et recommande le pilonnage systématique de la partie méridionale du Nord-Vietnan, à intervalles réguliers, sous la forme de raids violents et massifs confiés à des B-52, puis de passer à des bombardements contre la ville de Hanoi elle-même.

Mais au cours des semaines qui suivent, la Maison Blanche découvre une réalité bien différente : les bombardements sur le Nord n’empêcheront guère le régime de Saigon de tomber face à l’insurrection soutenue par Hanoi. En quelques semaines seulement, la solution aérienne, bien trop mesurée pour les uns, inefficace pour les autres, semble avoir échouée, contraignant les autorités américaines à réviser fondamentalement leur politique au Vietnam. Un mois à peine après le déclenchement de Rolling Thunder, le pouvoir politique renonce à une solution purement aérienne. En mars 1965, les premiers bataillons de Marines débarquent, prélude à une intervention terrestre de bien plus grande ampleur.


En attendant, les bombardements continuent, les campagnes proches de la ligne de démarcation seront les premières touchées et, à partir d'avril 1966, l'ensemble du Nord-Vietnam est bombardé sans relâche. Des petites bourgades comme Hai-Dutong ou Phu-Ly seront tout simplement rayées de la carte. Le 29 juin 1966, une escadrille de bombardiers américains venus de Thaïlande incendia les dépôts d'essence de Gia-Liam, en face d'Hanoi. Les premiers raids américains sur Hanoi et ses faubourgs eurent lieu à parit de la fin de l'année 1966. En décembre, les bombes touchèrent les gares de banlieue et les bâtiments officiels, y compris les ambassades de Chine et de Roumanie. La ville fut bombardée le 19 mai 1967, jour anniversaire du président Ho-Chi-Minh, puis le 10 juin. En août, les bombardements prennent pour cible des objectifs civils : le pilonnage de la rue de Hué fit des centaines de victimes et endommagea le pont Long Biên. Les hôpitaux constitueront également des cibles. Pour les habitants de Hanoi, la guerre aérienne était une guerre des nerfs, ponctuée par la cri strident des alarmes [il y eut 12 alertes dans la seule journée du 21 mai 1965]. Les habitants de la capitale construisirent des abris anti-aériens collectifs, mais les maisonnettes de brique étaient peu solides et trop rares. Ils les complétèrent par des abris individuels, fait de buses de béton large de 70 centimètres, enfoncés verticalement dans le sol et munies d'un couvercle amovible. Ces abris disposés en chapelet sur les trottoirs des avenues, tous les dix mètres, permettant aux passants de se protéger d'urgence en cas d'alerte. Les autorités procédèrent aux premières évacuations concernant les personnes âgées, les enfants et leur mère. Hanoi et les villes se dépeuplent.


B'52, Life Magazine, 1972
Hanoi : construction d'abri 



Hanoï : abri  anti-aérien individuel



Hanoi : abri  anti-aérien individuel


Hanoi : abri  anti-aérien individuel



En 1968, Rolling Thunder est déclaré comme un échec stratégique, malgré 100.000 raids et 2.5 millions de tonnes de bombes déversées, le Nord-Vietnam a résisté et n'a pas plié. Selon Phil Hearse, par contre, l’opération a atteint son objectif, qui était de détruire l’essentiel de l’infrastructure nord-vietnamienne. Au moment où Johnson a annoncé la suspension des bombardements du Nord-Vietnam, le 31 mars 1968, les opérateurs états-uniens avaient du mal à trouver des objectifs à bombarder encore. Paradoxalement, Rolling Thunder a provoqué un des efforts antiaériens les plus efficaces dans l’histoire. Plus de 1200 avions américains ont été abattus, dont des dizaines de bombardiers géants B-52 et des centaines de chasseurs-bombardiers. Environ un millier de membres d’équipages américains ont été tués et des centaines faits prisonniers. Il semble probable que la Chine ait fourni certaines unités antiaériennes durant la première phase de la campagne, mais les missiles sol-air dont le rôle a été décisif provenaient d’URSS.

Malgré les succès de l’effort de défense antiaérienne — succès extraordinaires si on les compare aux normes des deux guerres contre l’Irak — l’ampleur de la campagne de bombardements la rendait imparable. Des dizaines de milliers de civils nord-vietnamiens ont perdu la vie. Un journaliste canadien, qui a visité le Vietnam du Nord au cours de l’opération Rolling Thunder, estime le nombre de civils morts à 180.000 [Michael Maclear, Vietnam : the Ten Thousand Day War, Thames Methuen, Londres 1981] . Il écrit : « Le voyage a montré que cinq villes ont été rasées. Il s’agit, en allant vers le sud, de Phu Ly, Ninh Binh, Thanh Hoa, Vinh et Ha Tinh, chacune avec des populations qui atteignaient précédemment entre 10 000 et 30 000. La troisième plus grande ville du Nord, Nam Dinh (population 90 000) a été largement détruite mais reste encore au moins reconnaissable. 18 autres centres détruits avaient été classés comme des villes». Pourtant cela n’a pas empêché ni même sérieusement interrompu la fourniture des soldats et du matériel vers le sud, via la « piste Hô Chi Minh » au travers du Cambodge.


A l'ouest de Saigon- 1966

Enfin, lors de l'offensive du Têt en 1968, la ville de Hué qui fut prise par le Vietcong, résista pendant plusieurs semaines aux assauts des forces sud-vietnamienne et américaine et la ville ne fut reprise qu'après une série de bombardements aérien et d'artillerie détruisant la ville, selon les experts américains, à plus de 80 %. Les images télévisuelles et sur-médiatisées terribles de la ville historique en ruine et des rues jonchées de cadavres, la résistance acharnée du Vietcong auront un impact majeur dans le développement du pacifisme dans la middle-class américaine qui commençait à s'émouvoir. D'autant plus qu'à la même période, une unité de marines massacrait sans raison la population désarmée du village My Lai : 500 civils tués dont des vieillards, des enfants, des femmes enceintes.


Juin 1972,   B-52 Stratofortress sur la base Andersen Air Force Base Guam Island 

Comme à Londres durant la seconde guerre mondiale puis dans les villes allemandes bombardées, au Vietnam et au Cambodge, les bombardements ont produit l'effet contraire d'accroître la volonté de résistance du peuple en plus d'une haine à présent viscérale. Pourtant, ce résultat était prévisible. Dans un livre publié en 1963 : Dien Bien Phu, le colonel Langlais, citant un ouvrage sur la guerre de Corée, notait « Quant aux bombardements massifs des lignes, alternés avec les opérations de longue durée sur les arrières, ils n'eurent pas plus de résultats... Après avoir gagné une guerre mondiale au cours d'opérations où la puissance de son aviation tactique a joué un rôle essentiel, l'Occident a fini par développer en Asie, par une de ces évolutions qui rappelle le phénomène de résistance aux antiseptiques et aux antibiotiques, une race de combattants à l'épreuve de l'avion ». Mais ce n'est pour autant que l'Etat-major américain abandonnera sa stratégie de massacre par voie aérienne, bien au contraire ; car Nixon succèda à Johson à la présidence des Etat-Unis, avec un plan “secret” pour en finir.



Bombardement US Air Force, Hanoi, décembre 1966
Bombardement US Air Force, Hanoi, décembre 1966
Bombardement US Air Force, Hanoi, décembre 1966

NIXON : Opération Linebacker

Arrivé au pouvoir en janvier 1969, Richard Nixon poursuit, dès le début de son mandat, un objectif précis à l’égard du problème vietnamien : extraire son pays du guêpier asiatique dans les meilleurs délais possibles. Le socle de cette politique réside dans la vietnamisation, qui consiste à accroître les effectifs et les moyens de l’armée sud-vietnamienne de façon à permettre un désengagement progressif des forces armées américaines.


Les vagues mondiales de manifestation pour le départ des soldats américains et surtout contre les bombardements massifs seront à l'origine de prodigieuses avancées technologiques concernant des nouvelles armes "intelligentes" nettement plus précises pour atteindre leur cible : les bombes à guidage électro-optique et les bombes à guidage laser garantissaient une précision maximale, minimisant ainsi les dommages collatéraux. Cela étant, les B'52 ne peuvent pas embarquer ce type de bombes. Jusqu’au début de 1972, les frappes de l’US Air Force et de l’US Navy sur le territoire ennemi ne revêtent qu’un caractère ponctuel. Toutefois, le déclenchement d’une vaste offensive terrestre contre le Sud, au printemps de cette année, entraîne une réaction violente de la part de la Maison Blanche. C’est ainsi que Nixon décide d’avoir recours à la puissance aérienne pour contraindre les Nord-Vietnamiens à se montrer plus souples dans les négociations de paix engagées à Paris dès le printemps 1968, partant du constat que « le Nord négociait uniquement lorsque la pression s’intensifiait, en particulier chaque fois que l’Amérique reprenait ses bombardements…».

Vietnam, Haiphong, US bombardement du 17 mai 1972

Linebacker I et II

Tel est le but poursuivi par les opérations Linebacker I et II, menées respectivement d’avril à octobre puis en décembre 1972. Cette fois, les aviateurs américains engagent des moyens considérables, dont des bombardiers stratégiques B-52, qui ne se sont encore jamais risqués dans les régions d’Hanoi et d’Haiphong. Les cibles visées concernent quant à elles les ouvrages d’art, les voies de chemin de fer, les dépôts de carburant, les entrepôts, les gares de triage, le matériel ferroviaire, les moyens de transport routier, les centrales électriques, un oléoduc venant de Chine et, le minage des ports vietnamiens.

En octobre 1972, Hanoi fut bombardée, l'objectif militaire des américains étant de couper les routes d'approvisionnement venant de la Chine et de détruire l'ensemble des ponts, des voies ferrées, des routes du pays. Les défenses anti-aériennes et les ponts de Hanoi seront la cible mais également la population civile. Les bombes guidées purent être larguées à 4.000 mètres d'altitude et à plus de trois kilomètres de leur cible, réduisant nettement l'efficacité des canons antiaériens nord-vietnamiens et des missiles SAM adverses.


En décembre 1972, les négociations s'étant à nouveau enlisées, Nixon menaça Hanoi d'ensevelir le Nord-Vietnam sous les bombes. Cette menace étant restée sans effet, le président lança toutes ses forces aériennes contre le Nord, le 18 décembre, dans le cadre de "Linebacker II". Les bombardements durèrent 13 jours, du 18 au 30 décembre. Plus de 20.000 tonnes de bombes furent larguées sur Hanoi et Haiphong et, pour la première fois depuis le début de la guerre, les B52 furent autorisés à intervenir sans restrictions. Le 30 décembre, à la fin de l'opération, ces derniers avaient infligé au Nord-Vietnam plus de dégâts en 13 jours qu'au cours des huit années précédentes. Les gares, casernes, entrepôts, centrales électriques et autres infrastructures importantes avaient été réduites en poussière. Des quartiers entiers seront rasés.
Christmas bombing, Hanoi, 20 décembre 1972
Christmas bombing, Hanoi, 20 décembre 1972

Le Christmas Bombing de Noël 1972 sera particulièrement dévasteur pour la capitale, l'hôpital Bach-Mai est détruit ainsi que toute la rue Khâm-Thiên, faisant des milliers de victimes. L'écrivain Bâo Ninh décriva dans un roman cet effroyable nuit de Noël, des haut-parleurs annonçant l'arrivée d'une escadrille de bombardiers B'52, ces "terribles monstres que je connaissais bien, qui étaient capables de pulvériser un pan de montagne, de faire disparaître un cours d'eau, d'abattre une forêt. Mais en cet instant il ne s'agissait ni de montagne, ni de cours d'eau ni de forêt, mais de rues et de maisons. Que pouvait faire Hanoi, si petite qu'elle pouvait tenir dans le creux d'une main ?" Soudain la terre se mit à trembler et un "brouillard opaque nous enveloppa, un souflle brûlant nous fouettait le visage et s'engouffrait dans nos poumons".

Les résultats de cette formidable entreprise sont pour le moins controversés. L’ambassadeur George H. Aldrich souligne : « Avant Linebacker II, les Nord-Vietnamiens étaient intransigeants, gagnant du temps et refusant même de discuter d’une rencontre formelle. Après Linebacker II, ils étaient ébranlés, démoralisés et soucieux de reprendre les discussions. Ils avaient compris au bout du compte qu’ils se trouvaient en guerre avec une superpuissance. Si nous avons commis une erreur, ce fut sans doute d’avoir mesuré l’usage de notre puissance aérienne auparavant.» La grande campagne aérienne conduite en 1972 a-t-elle convaincu Hanoi de négocier ?

New York, Central Park, Anti-War 1969

Ohio State University, Anti-war, mai 1970

La Nouvelle Gauche

Pour l'US Air Force, la conviction est devenue certitude. Pour d'autres, la guerre du Vietnam dans sa stratégie aérienne de dévastation fut un échec pour les Etats-Unis, aux conséquences insoupçonnées : le bombardement de civils, la destruction des villes et villages ne produisaient pas une accélération des négociations de paix, bien au contraire, et seront à l'origine d'un mouvement anti-impérialiste mondial. Le monde civil -américain compris- n’accepte plus ces destructions massives de civils innocents. Bien plus grave, dans le maelstrom de la contestation, l’événement politique majeur, la guerre du Vietnam, stimula et renforça « la Nouvelle gauche » alors naissante. De nombreux groupes occidentaux (le Weather Underground américain, la Rote Armee Fraktion ouest-allemande, les Brigades Rouges italiennes, l’Armée Rouge japonaise, l’Action Directe française) se considéraient comme l’avant-garde révolutionnaire des peuples du Tiers Monde. En 1968 des dizaines de milliers de manifestants ainsi que des délégations de nombreux pays se réunissent à Berlin-Ouest pour un grand congrès contre la guerre du Viet-Nam et pour la révolution mondiale. Le 2 avril 1968 une bombe incendiaire explose dans la nuit dans deux grands magasins de Francfort, le " kaufhof " et le " Schneider ". Deux jours plus tard sont arrêtés Andreas Baader, Gudrun Ennslin, Thorwald Proll, Horst Söhnetein. Au cours de leur procès les accusés fumeront le cigare en référence au Che, et déclareront avoir provoqué l'incendie " pour protester contre l'indifférence de la société à regard du génocide au Viet-Nam".



A peine 20 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle génération, dont la majorité n'avait pas connu la guerre, s'est trouvée confrontée à une guerre qui mettait à nu toute la barbarie du système (bombardement permanent, surtout de la population civile, utilisation d'armes chimiques, massacre de My Lai...) Ces images de la réalité constituaient les éléments d'une chaîne mondiale d'un pouvoir autoritaire sur des citoyens impuissants. Les conditions pour vaincre le capital dans les riches pays industrialisés et dans le "tiers-monde" étaient différentes selon eux. La révolution ne serait pas faite par la classe ouvrière en Europe et aux Etats-Unis mais par les peuples pauvres et opprimés de la "périphérie" du marché mondial. Une sorte de fascination pour les théories "anti-impérialistes", qui vantaient les luttes de libération nationale dans le "tiers-monde" qu'éprouvait la Nouvelle Gauche qui soutenait le Vietcong [2], la Palestine, les guérillas Sud-Américaine, l'Albanie et la Chine de Mao.



Avis de recherche FBI : Bill Ayers, membre du groupe révolutionnaire américain Weather Underground déclarait en 2010 :

Empire, invasion, and occupation always earn blow-back. In 1965 most Americans supported the war, but by 1968 people had turned massively against it—the result of protest and organizing and a burgeoning peace movement, and of civil rights leaders like the militants from SNCC, Muhammad Ali, and Martin Luther King, Jr. denouncing the war as illegal and immoral. Even more important, veterans came home and told the truth about the reality of aggression and occupation and war crimes. The US government found itself isolated around the world and in profound and growing conflict with its own people inside its own borders. The Vietnamese themselves were decisive: they refused to be defeated. The Tet Offensive in 1968 destroyed any fantasy of an American victory, and when President Lyndon Johnson announced at the end of March, 1968 that he would not run for re-election, it seemed to us we had won a victory.

La leçon du Vietnam
Selon les militaires américains, la défaite au Vietnam était due aux médias qui avaient poignardé une armée certes éprouvée mais encore vaillante. Les images des prochaines guerres seront donc soigneusement filtrées par les services des armées. En ce qui concerne la stratégie, des efforts seront fait pour une révolution aéro-spatiale pendant et dès après la guerre du Vietnam. Les Américains ont tiré du Vietnam deux leçons. Une leçon stratégique : les bombardements graduels sont inopérant, mieux vaut frapper d’emblée et massivement les cibles militaires, les équipements techniques et les institutions d'une capitale ; et de l'inutilité, de l'impopularité de tuer des civils. Sans pour autant abandonner les bombardements massifs, les bombes "intelligentes" doivent permettre des dommages collatéraux minimum, afin de préserver la vie des populations civiles et l'humeur des populations télévisuelles : les chasseurs F16 et les lanceurs laser de précision sont conçus à partir de ces considérations. La guerre propre et politiquement correcte, qui tente au maximum de préserver la vie des soldats, est une réponse militaire somme toute bien acceptée par l'Occident.



B'52, Life Magazine 1972

La doctrine LeMay : Irak, opération Phantom Fury

Cependant, les forces armées américaines en contrôlant et filtrant soigneusement l'information donnée aux médias, ne se privent pas de bombarder les villes en ayant des objectifs civils touchant aux besoins primaires de la population [centrales électriques, station épuration de l'eau, etc.], voire à la population même. 

Cela étant le filtrage de l'information sera encore une oeuvre de LeMay qui interdira, avec l'approbation de président, la publication de reportages photographiques sur le massacre de Tokyo. L’homme a tout fait, soutenu par sa hiérarchie, pour présenter ses massacres inutiles comme des dommages collatéraux, comme la seule réponse possible pour affaiblir le potentiel industriel du pays. Or ce potentiel ne résidait pas dans la capitale, loin s’en faut. Oubliées dans les archives de l'armée, on a découvert récemment les photos des corps calcinés d’Hiroshima, des images qui ont provoqué un certain choc. Insoutenables, ces monceaux de cadavres dont des femmes et des enfants atrocement brûlés. Ses images avaient été interdites de publication pour cinquante ans. Il en existe d’autres, notamment un reportage vidéo filmé en couleurs qui n’a toujours pas eu droit à son intégralité. 


La doctrine LeMay a laissé bien des traces indélébiles au sein de l’Air Force, qui ne l'a jamais abandonné notamment lors des bombardements inconsidérés en Irak et en Afghanistan. La doctrine LeMay, celle des massacres inutiles de civils, a longtemps continué ses ravages bien après la disparition de son concepteur, disparu le 1er octobre 1990. Ainsi à Bagdad et surtout lors du bombardement et du massacre de la ville de Fallujah qui a été soumise, du 7 au 29 novembre 2004, à un déluge de feu, d'armes à uranium appauvri, au plasma (à effet de souffle), au phosphore (les chairs sont brûlées jusqu'à l'os), à fragmentation, au napalm (MK77), et d’autres nouvelles armes plus terrifiantes encore, comme la bombe «E» (électromagnétique) : 6000 victimes civiles dont des centaines d'enfants. Des armes de destruction massive interdites pour la plupart par l'ONU, contre les populations civiles et urbaines. Une des conséquences sur la population des armes à uranium appauvri est un nombre incroyable de nouveaux nés mal formés. Qui rappelle les effets de l'agent orange déversé par tonnes au Vietnam  infligeant des mal-formations des nouveaux nés, aujourd'hui encore, et selon les experts, pour des dizaines d'années. Incroyablement, l'histoire se répète. 
Vietnam 2010, les conséquences de l'agent orange

Concernant la ville de Fallujah, Howard Zinn, Noam Chomsky, d'anciens marines ayant pris part à ce massacre, et bien d'autres, considèrent qu'il s'agit ici d'une opération sans but militaire stratégique, soit un crime flagrant contre l'humanité, à nouveau.

Pulvérisation d'Agent Orange sur la frontière Cambodge / Vietnam, 1968



Guerres du Vietnam


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Un chapitre évoque les bombardements de l'US Air Force au Cambodge.

NOTES
[1] Howard Zinn (1922-2010) a grandi à Brooklyn dans les quartiers pauvres d’immigrés. Il a été professeur de science politique à l’université de Boston pendant plus de 40 ans. Historien des résistances et de l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, il est l’auteur de nombreux livres, dont le célèbre Une histoire populaire des États-Unis.
En parallèle à ses études universitaires et à ses débuts d'enseignant, il revient sur son expérience de la guerre et cherche à comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. Ses différentes lectures, historiques surtout, nourrissent ses doutes... La guerre était-elle « juste » ? L’intervention américaine motivée par l'idéal démocratique? Etait-ce bien une lutte pour la liberté? Pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes?
La ville de Royan par exemple. Pourquoi a- t-elle été bombardée par les forces de frappes américaines? Une « tragique erreur », comme on l’apprend sur une plaque commémorative placée à l’entrée de la vie actuelle de Royan. Située au Nord de Bordeaux sur la côte Atlantique, elle fût le premier centre urbain visé par des bombes d’un nouveau genre : le « napalm ». Bombe qui sera ensuite utilisée lors de nombreuses attaques aériennes dans plusieurs régions du monde jusqu’ à ce que les Nations Unies en interdissent l'usage au début des années 80.
En avril 1945 c’est plus de la moitié de la population de Royan qui périra dans d’atroces souffrances. Howard Zinn fera des recherches dans les archives de l’US Air Force, il récoltera aussi de nombreux témoignages de survivants de Royan lors de ses visites en France dans les années 60. C'est ainsi qu'il découvre que les camps de soldats allemands, placés dans la région de Royan et donnés pour cible à atteindre par le commandement américain, attendaient bien gentiment la fin de la guerre qui était désormais inévitable. Bref, les soldats allemands n'étaient qu'un alibi servant à calfeutrer les vraies intentions des états majors américain et britannique. Ce bombardement a été ordonné par un groupe d’officiers auxquels la gloire que procure un bombardement réussi au napalm manquait encore, surtout lorsque c'est le premier dans toute l’histoire. Et puis, les bombes attendaient patiemment au hangard prêtes à l'usage.
Dans les années 1950 et 1960, Howard Zinn partcipe activement au mouvement pour les droits civiques menés par la communauté noire américaine. De 1956 à 1964 il dirige le département d’histoire et sciences sociales de l’Université Spelman à Atlanta, dans le sud profond. Spelman est à cette époque une sorte d’université experimentale, centrée sur l’enseignement artistique et spécialement réservée aux étudiantes afro-américaines. Tout comme Martin Luther King, pasteur bapstiste afro-américain et principal meneur du mouvement non-violent pour les droits civiques, il prône le désobéissance civile dans un pays où le racisme reste un des fondements du système sociale traditionnelle. Il suit et soutient activement les initiatives prises par de jeunes étudiants dans le Sud, initiatives souvent spontanées et violemment réprimées par les forces de l’ordre. Par son refus de subordination il sera même renvoyé de son poste à l’univerité de Spelman en 1963. Il animera par la suite des cours sur les libertés publiques à Boston, qui seront parmi les plus populaires de toute l’Université jusqu’à la fin de sa carrière en 1988.
Dans son livre « the logic of withdral » (la logique du retrait) qu’il publie en 1967, il s’oppose farouchement à l’intervention américaine au Vietnam et demande le retrait immédiat des troupes. Il est le premier intellectuel américain à prendre une position radicale et à l’afficher publiquement. Ce livre sera très mal accueilli par la presse qui en ignorera tout simplement la sortie et se gardera bien d’en faire la publicité.
En collaboration avec Noam Chomsky il publie en 1972 The Pantagon Papers (obtenus grâce à l’aide d’un ancien collaborateur de la Rand Corporation, Daniel Ellsberg, qui les a secrètement copiés ) dans lesquels figurent les plans militaires et économiques du gouvernement américain au Vietnam. Plans bien différents de ce que les médias et les politiques eux-mêmes rapportent à la population américaine déjà majoritairement opposée au conflit. Ce livre aura l’effet d’une giffle pour l’administration américaine.

Tout au long de sa carrière il participe et organise des marches contre la guerre, écrit sans cesse sur le sujet pour dénoncer l’hypocrisie du personnel gouvernemental et des médias. A plusieurs reprises il réclame le retrait immédiat des troupes américaines et appelle les soldats à refuser d'obéir aux ordres donnés par leurs supérieurs. Il rappelle lors de ses conférences pour la paix que l'intervention américaine au Vietnam pris en grande partie fin grâce aux mouvements de révolte de soldats américains au sein de l'armée qui refusaient d'obéir et dénonçaient activement les actes des militaires américains sur les populations civiles vietnamiennes.

[2] En France la classe intellectuelle et artistique mènera un véritable combat contre l'impérialisme américain. Parmi la multitude d'artistes engagés,, un groupe de cinéastes (Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Chris Marker, Alain Resnais, Agnès Varda, Jean-Luc Godard) décide d’affirmer leur soutien au peuple vietnamien en lutte contre les USA et de provoquer une prise de conscience de l'opinion publique française. Le but n’étant pas de réaliser un documentaire sur le Vietnam, mais d’ouvrir une réflexion sur cette guerre impérialiste, chacun réalise individuellement une partie comme autant de points de vue, rassemblées (montées) par Chris Marker pour un exposé collectif sur ce conflit. Loin du Vietnam, présenté aux festivals de Montréal et de New York, sorti sur les écrans parisiens en décembre 1967, offre des documents sur la guerre elle-même, des témoignages et des interviews. Le style reportage, très affectif (Joris Ivens) alterne avec des épisodes plus distanciés, provoquant questions et réflexions, de portée plus intellectuelle (Jean-Luc Godard).



SOURCES

Howard Zinn
La bombe : de l’inutilité des bombardements aériens
Lux Éditions Montréal, 2011

Phil Hearse
L’offensive du Têt, une bataille décisive de la guerre du Vietnam


Agora Vox 
L'horrible et inutile bombardement de Tokyo
2010
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-liberation-6-l-horrible-et-77356


PHOTO


19.500 photos [!] à propos du Vietnam avant et pendant les guerres :
http://www.flickr.com/photos/13476480@N07/page77/




BANSKY

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