VIETNAM : Fragging et Mutineries dans l'U.S. amy

These battle-weary troops from the 1st Air Cav. had just staged a 'combat refusal' 


Dans le jargon de l'US army le fragging - qui se traduit littéralement par « fragmentation » - désigne un attentat contre un officier de la chaîne de commandement d'une unité dans l'intention de le tuer.

Kevin Keating
Traduction : Syndicat intercorporatif anarcho-syndicaliste, Caen


Un ami qui était dans l’armée américaine durant la guerre du Golfe Persique m’a raconté que lorsque Georges Bush avait visité les troupes en Arabie saoudite avant la guerre, beaucoup d’hommes et de femmes à proximité immédiate de Bush s’étaient vus retirer les munitions de leurs fusils et pistolets. Les chargeurs furent aussi enlevés de leurs fusils. S’il en fut ainsi, cela montre clairement que Bush et ses dirigeants de grandes sociétés ont pu être effrayés par les engagés que Bush allait bientôt envoyer au casse-pipe dans sa vaine campagne de réélection.




[ Sur les fraggings. On ignore le nombre exact de fraggings. Il en est recensé 126 en 1969, 271 en 1970, 333 en 1971 (Rinaldi parle de 425 pour cette année là, les sources diffèrent). En octobre 71, la police militaire occupe la base de transmissions de Praline Moutain au sud Vietnam, qui est virtuellement hors contrôle, pour sauver un officier qui vient de subir plusieurs tentatives de meurtres. L’occupation durera une semaine avant que le commandement effectif du lieu ne soit rétabli. Il est aussi arrivé qu’on trouve des bouts de fil de fer barbelé dans le hot dog destiné à un général. Il semble qu’il y ait eu au moins 800 à 1000 tentatives de fraggings au cours de la guerre. Beaucoup de tentatives semblent n’avoir fait que des blessés. Les tentatives de meurtres d’officiers et de sous-officiers par des moyens autres que les grenades ne semblent pas prises en compte dans les statistiques officielles. Les cours militaires semblent n’avoir traité que 10% des fraggings, la majorité des cas n’étant apparemment pas connus de leurs services. L’armée US a apparemment admis 1400 morts d’officiers et de sous-offs dans des conditions inconnues et/ou suspectes (en dehors du décompte officiel des fraggings). Joel Geier affirme que peut être 20 à 25% des pertes d’officiers seraient dues à des meurtres par la troupe. C’est un pourcentage énorme. Il faut bien comprendre que le fragging a eu un effet important sur les officiers et les sous-offs. Au-delà des gradés qui ont été éliminés par ce biais, le fragging a fini par constituer pour les troupes un énorme moyen de pression, de coercition et finalement de contrôle sur la hiérarchie militaire basse et intermédiaire. Le fragging ne s’effectuait en général pas directement. Il était souvent précédé par des signes avant coureurs destinés à bien faire réfléchir les officiers et sous-offs qui étaient dans le collimateur de la troupe : dépôt d’une goupille de grenade sur leur oreiller, envoi d’une grenade lacrymogène ou fumigène dans leur chambre en pleine nuit, mise à prix publique de leur tête… Tout cela pour les intimider et les amener à laisser passer les pratiques de « Search and Avoid », les dissuader de donner des ordres entraînant des risques pour les hommes, d’annihiler leur velléités guerrières ou leur volonté de faire carrière au prix du sang de leurs subordonnés… L’évitement du combat n’aurait pas pu être aussi répandu sans le fragging et la collaboration forcée de plein de gradés à cet état de fait. Les craintes inspirées par la pratique du fragging étaient bien réelles au point que les unités connues pour être rebelles à l’autorité étaient fréquemment désarmées lorsqu’elles étaient au repos dans leurs bases. Parfois elles l’étaient complètement, parfois seules les grenades étaient récupérées… ce qui veut tout dire. Le fragging, surtout à ses débuts, a cependant eu quelques effets pervers. Il semble qu’il y ait eu des cas de meurtres de soldats par des officiers ou des sous-officiers qui les suspectaient de vouloir leur infliger un fragging.]


Parenthèse du Syndicat intercorporatif anarcho-syndicaliste / Caen


L’histoire dissimulée de la guerre du Vietnam montre que le Commandant en Chef avait de bonne raison d’avoir peur et de se méfier des troupes. Nos dirigeants veulent nous faire oublier ce qui s’est produit durant la guerre du Vietnam – et l’importance de la résistance à la guerre par des hommes et femmes engagées volontaires. Jusqu’en 1968 le taux de désertion pour les troupes US au Vietnam était plus bas que dans les guerres précédentes. Mais en 1969 le taux de désertion avait quadruplé. Cela n’était pas limité à l’Asie du Sud-Est ; le taux de désertion parmi les GI était en hausse partout dans le monde. Pour les soldats dans les zones de combat, refuser d’obéir aux ordres devint un moyen important pour éviter une horrible blessure ou la mort. Dés la mi-1969, une compagnie entière du 196ème Brigade d’Infanterie Légère s’assit sur le champ de bataille. Plus tard cette année là, une compagnie de fusiliers de la fameuse 1ère Division de Cavalerie Aérienne refusa catégoriquement - devant les caméras de CBS – de descendre une piste dangereuse. Dans les 12 mois suivants la 1ère Division de Cavalerie Aérienne enregistra 35 refus de combattre. De formes modérées de protestation politique et de désobéissance aux ordres de combat, la résistance parmi les troupes terrestres se développa en une « quasi-mutinerie » massive et étendue en 1970 et 1971. Les soldats partaient en mission « Chercher et éviter », esquivant intentionnellement les affrontements avec les vietnamiens et s’adonnant à des séances de 3 jours de fumette au lieu de se battre.
En 1970, l’armée comptait 65 643 déserteurs, environ l’équivalent de 4 divisions d’infanterie. Dans un article publié dans le Journal des Forces Armées (le 7 juin 1971) le Colonel des Marines Robert D. Heinl Jr., un vétéran du commandement au combat ayant 27 ans d’expérience dans les Marines et auteur des Soldats de la mer, une histoire définitive du Corps des Marines, écrivit : « Notre armée qui est actuellement au Vietnam est dans un état qui approche l’effondrement, avec des unités individuelles qui évitent ou ont refusé le combat, assassinant leurs officiers et sous-officiers… »

Peace  soldier of the 1st Cavarly Division  12th Cavalry, June 24  1970

Heinl citait un article du New York Times qui notait les dires d’un engagé : « Les garnisons américaines dans les plus grandes bases sont virtuellement désarmées. Les lifers ont pris nos armes … Il y a eu également un assez grand nombre d’incidents avec des grenades à fragmentation (frag incidents) dans le bataillon. » (le terme argotique lifer désigne péjorativement les soldats et officiers de carrière, engagés à vie, il désigne d’ailleurs aussi les condamnés à perpétuité, il signifie également Lazy Ignorant Fucker Expecting Retirement, c’est à dire, en gros, « salopard fainéant et ignorant attendant la retraite – NDT).


Les « fragg incidents » ou le « fragging **» sont des termes d’argot militaire utilisés par les soldats au Vietnam pour désigner le meurtre d’officiers et de sous-officiers stricts, impopulaires et agressifs. Le mot trouve apparemment son origine dans l’utilisation, par les enrôlés, de grenades à fragmentation pour se débarrasser des officiers. Heinl écrit « Des récompenses, constituées par souscription commune de sommes qui vont généralement de 50 à 1000$, mises sur la tête des officiers que les soldats et les forces spéciales veulent effacer, ont été largement signalées. » Peu après le coûteux assaut sur Hamburger Hill à la mi-1969, le journal clandestin GI Says, fait par des soldats au Vietnam, offrit publiquement une récompense de 10 000$ pour le Lieutenant Colonel Weldon Hunnicutt, l’officier qui ordonna et mena l’attaque (plusieurs tentatives pour le tuer eurent bel et bien lieu mais il s’en sortit vivant – NDT). « Le Pentagone a maintenant révélé que les fraggings en 1970 (209 assassinats) ont plus que doublé par rapport à ceux de l’année précédente (96 tués). L’annonce des morts d’officiers entraîne des acclamations lors des séances de cinéma pour les troupes ou dans le bivouac de certaines unités. » Des auditions du Congrès sur les fraggings, tenues en 1973, estimaient qu’environ 3% des morts d’officiers et de sous-officiers au Vietnam entre 1961 et 1972 étaient le résultat de fraggings. Mais ces chiffres étaient seulement ceux des assassinats commis avec des grenades et n’incluaient pas les morts d’officiers par armes automatiques, armes de poings et couteaux (!). Le Corps des procureurs généraux des armées estimait que seulement 10% des tentatives de fraggings se traduisaient par la mise en procès de quelqu’un.


Dans la Division Americal, tourmentée par un moral très bas, les fraggings durant 1971 étaient estimés à environ un par semaine. Le matériel de guerre était saboté et détruit. En 1972, il y avait environ 300 journaux anti-guerre et anti-militaristes, avec des titres comme Harass the BrassAll Hands Abandon Ship et Star Spangled Bummer, qui avait été créés par des enrôlés.
« Au Vietnam », écrit le Fort Lewis-McCord Free Press, « Les lifers, les huiles sont le véritable ennemi… »

Des émeutes et des manifestations anti-guerre eurent lieu dans des bases en Asie, en Europe et aux USA. Au début de 1970, le gouvernement a dû commencer à se retirer du terrain et à se reporter sur une « guerre aérienne » en partie parce que de nombreuses troupes au sol, qui étaient supposées mener le combat, étaient en train de faire perdre ses moyens à la plus puissante force militaire au monde par leur sabotage et leur résistance.


Vietnam Veterans Against the War Miami 10 juillet 1972

Avec le déplacement vers une stratégie de « guerre aérienne », la Navy devint une importante source de résistance à la guerre. En réponse au racisme qui prévalait dans la Navy, des marins noirs et blancs se sont occasionnellement rebellés ensemble. La plus significative de ces rébellions eut lieu à bord de l’USS Constellation of South California en novembre 1972. En réponse à une menace de renvoi, « moins qu’honorable » (l’expression désigne apparemment un renvoi disciplinaire sans indemnités - NDT), à la vie civile contre plusieurs marins noirs, un groupe de plus de 100 marins noirs et blancs organisa un sit-in qui dura un jour et demi. Craignant de perdre le contrôle de son navire en mer suite à une mutinerie à grande échelle, le commandant ramena le Constellation à San Diego. 132 marins furent autorisés à aller à terre. Ils refusèrent l’ordre de regagner le navire plusieurs jours après, organisant une grève, provocante, sur les docks le matin du 9 novembre. Malgré la gravité de la rébellion, aucun des marins impliqués ne fut arrêté. Le sabotage était une tactique extrêmement utile. Le 26 mai 1970, l’USS Anderson se préparait à appareiller de San Diego vers le Vietnam. Mais quelqu’un avait laissé tomber des écrous, des boulons, des chaînes dans un des moteurs principaux. Une panne importante se produisit, causant des milliers de dollars de dommages et un retard de plusieurs semaines. Plusieurs marins furent accusés mais, faute de preuves, l’affaire fut classée.


Avec l’escalade de l’engagement naval dans la guerre le niveau du sabotage augmenta. En juillet 1972, en l’espace de 3 semaines, 2 des transports d’avions de la Navy furent mis hors service par sabotage. Le 10 juillet un important feu se répandit à travers les quartiers de l’amirauté et le centre radar de l’USS Forestall, causant plus de 7 millions de dollars de dommages. Cela retarda le déploiement du navire de plus de 2 mois.
A la fin de juillet, l’USS Ranger était au mouillage à Alameda, Californie. Juste quelques jours avant le départ prévu pour le Vietnam, un grattoir à peinture et 2 énormes boulons de plus de 30 centimètres furent insérés dans le moteur n°4 causant prés d’un million de dollars de dégâts et un retard de plus de 3 mois et demi dans les opérations du fait des importantes réparations. Le marin accusé fut acquitté. Dans d’autres cas, les marins balançaient l’équipement par-dessus bord, en pleine mer.
Le Comité des Forces Armées de la Chambre résumait la crise de rébellion dans la Navy : « L’US Navy est maintenant confrontée à des pressions… qui, si elles ne sont pas contrôlées, détruiront sûrement son enviable tradition de discipline. De récents exemples de sabotage, d’émeutes, de désobéissance volontaire aux ordres et de mépris pour l’autorité… sont de clairs symptômes d’une dangereuse détérioration de la discipline ».



La résistance à la guerre par les hommes en uniforme était un produit de circonstances favorables à la révolte. Un mouvement anti-guerre civil avait émergé aux USA sur les traces du mouvement des droits civiques, à un moment où les tactiques de pacifisme-à-tout-prix des leaders des droits civiques avaient atteint leur limite d’efficacité et étaient en train d’être questionnées par une plus jeune génération d’activistes. Les latinos et noirs issus de la classe ouvrière servaient dans les unités de combat en dehors de toute proportion avec leurs nombres dans la société américaine, et les grandes émeutes de Watts, Detroit et Newark avaient un effet explosif sur la conscience de beaucoup de ces hommes. Après l’assassinat de Martin Luther king, d’importantes émeutes éclatèrent dans 181 villes des USA ; les dirigeants des Etats-Unis faisaient face à la plus grave crise nationale depuis la Guerre Civile. Et le mouvement radical de la fin des années 60 était un phénomène international qui ne se limitait pas aux USA. C’était la révolte partout, même contre les maoïstes en Chine ; son apogée fut la grève générale sauvage qui paralysa la France en mai 1968, la dernière fois qu’une grande démocratie industrialisée fut proche de la révolution.

La crise qui tenaillait la société américaine durant la guerre du Vietnam fut une crise grave pour une société qui avait été historiquement très stable, mais elle n’était pas assez profonde pour créer une rupture irréparable entre les dirigeants et les dirigés ou pour donner lieu à une crise révolutionnaire à part entière. Les USA, au début des années 70, profitaient encore de la relative prospérité du boom économique de l’après deuxième guerre mondiale. Les conditions sociales et la vie n’étaient pas aussi dures qu’elles peuvent l’être maintenant et c’est pourquoi l’engagement américain dans une guerre terrestre prolongée similaire, en Irak, en Colombie ou au Mexique par exemple, pourrait avoir, demain, un impact beaucoup plus explosif sur la société américaine.

L’histoire montre qu’une armée de conscription prête plus le flanc à la sédition qu’une armée uniquement composée de volontaires. Cela peut être une des raisons qui explique que les armées de métier soient devenues la norme dans les plus grandes démocraties industrialisées du monde.


[...] 

Les forces armées sont vulnérables aux forces sociales qui sont à l’œuvre dans la société plus étendue qui les engendre. Les révoltes dans la société civile irriguent, à travers la fabrique militaire, jusqu’aux rangs des gens enrôlés. Les relations entre les officiers et les gens enrôlés reflètent les relations entre les patrons et les employés et des dynamiques similaires de lutte de classe émergent dans les versions civiles et militaires du lieu de travail. L’armée n’est jamais une organisation hermétiquement fermée. Nos dirigeants le savent. Nos dirigeants savent qu’ils sont vulnérables à la résistance de masse et ils savent que leur pouvoir, leur économie et leur richesse peuvent être détruits de l’intérieur par les hommes et les femmes de la classe ouvrière dont ils dépendent. Nous avons besoin de le savoir aussi.




***

Les informations de ce texte ont été tirées du livre Soldiers in Revolt : The American Military Today de David Cortright, publié par Anchor/Doubleday (1975) et également ensuite par l’Institut des Etudes Politiques, de la brochure Mutinies de David Lamb, qui est disponible auprès d’AK Press Distribution à San Francisco (on peut la trouver en anglais sur internet, elle traite essentiellement, d’un point de vue révolutionnaire, des mutineries dans l’armée britannique pendant et juste après la première guerre mondiale, de 1917 à 1920 - NDT), et de plusieurs numéros du journal anarchiste de Detroit, Michigan, The Fifth Estate. Les informations sur la guerre civile espagnole sont tirées de The Spanish Revolution : The left and the struggle for power de Burnett Bolletin. Et le manuel des Opérations Psychologiques de l’Armée US est très utile – trouvez en des copies si vous pouvez ! Nous invitons les lecteurs à envoyer des copies de ce texte à toutes les personnes enrôlées qu’ils connaissent.

UN EXEMPLE D’INTERNATIONALISME EN PRATIQUE :

Un soldat américain dans un hôpital expliquait comment il avait été blessé : il disait « On m’avait raconté que pour différencier un vietnamien hostile d’un vietnamien ami, il fallait crier « Au diable Ho Chi Minh ! » S’il tire, c’est qu’il est hostile. Alors j’aperçois ce mec et je hurle « Au diable Ho Chi Minh ! » et il me répond en gueulant « Au diable le président Johnson ! ». On était en train de se serrer la main quand un camion nous a heurté. » (Tiré de 1001 Ways to Beat the Draft par Tuli Kupferburg).

Kevin Keating

Traduction et publication : 
Syndicat intercorporatif anarcho-syndicaliste / Caen– 2006



Howard Zinn
GI opposition to the Vietnam War, 1965-1973
Extracted from a People's History of the United States



Historian Howard Zinn on the opposition to the Vietnam War by American soldiers. For a fuller introduction we recommend our article 1961-1973: GI Resistance in the Vietnam War

The capacity for independent judgment among ordinary Americans is probably best shown by the swift development of antiwar feeling among American GIs-volunteers and draftees who came mostly from lower-income groups. There had been, earlier in American history, in stances of soldiers' disaffection from the war: isolated mutinies in the Revolutionary War, refusal of reenlistment in the midst of hostilities in the Mexican war, desertion and conscientious objection in World War I and World War II. But Vietnam produced opposition by soldiers and veterans on a scale, and with a fervor, never seen before.

It began with isolated protests. As early as June 1965, Richard Steinke, a West Point graduate in Vietnam, refused to board an aircraft taking him to a remote Vietnamese village. "The Vietnamese war," he said, "is not worth a single American life." Steinke was court-martialed and dismissed from the service. The following year, three army privates, one black, one Puerto Rican, one Lithuanian-Italian-all poor-refused to embark for Vietnam, denouncing the war as "immoral, illegal, and unjust." They were court-martialed and imprisoned.

In early 1967, Captain Howard Levy, an army doctor at Fort Jackson, South Carolina, refused to teach Green Berets, a Special Forces elite in the military. He said they were "murderers of women and children" and "killers of peasants." He was court-martialed on the ground that he was trying to promote disaffection among enlisted men by his statements. The colonel who presided at the trial said: "The truth of the statements is not an issue in this case." Levy was convicted and sentenced to prison.

The individual acts multiplied: A black private in Oakland refused to board a troop plane to Vietnam, although he faced eleven years at hard labor. A navy nurse, Lieutenant Susan Schnall, was court-martialed for marching in a peace demonstration while in uniform, and for drop ping antiwar leaflets from a plane on navy installations. In Norfolk, Virginia, a sailor refused to train fighter pilots because he said the war was immoral. An army lieutenant was arrested in Washington, D.C., in early 1968 for picketing the White House with a sign that said: " 120,000 American Casualties-Why?" Two black marines, George Daniels and William Harvey, were given long prison sentences (Daniels, six years, Harvey, ten years, both later reduced) for talking to other black marines against the war.

As the war went on, desertions from the armed forces mounted. Thousands went to Western Europe-France, Sweden, Holland. Most deserters crossed into Canada; some estimates were 50,000, others 100,000. Some stayed in the United States. A few openly defied the military authorities by taking "sanctuary" in churches, where, surrounded by antiwar friends and sympathizers, they waited for capture and court-martial. At Boston University, a thousand students kept vigil for five days and nights in the chapel, supporting an eighteen-year old deserter, Ray Kroll.

Kroll's story was a common one. He had been inveigled into joining the army; he came from a poor family, was brought into court, charged with drunkenness, and given the choice of prison or enlistment. He enlisted. And then he began to think about the nature of the war.

On a Sunday morning, federal agents showed up at the Boston University chapel, stomped their way through aisles clogged with students, smashed down doors, and took Kroll away. From the stockade, he wrote back to friends: "I ain't gonna kill; it's against my will...." A friend he had made at the chapel brought him books, and he noted a saying he had found in one of them: "What we have done will not be lost to all Eternity. Everything ripens at its time and becomes fruit at its hour."

The GI antiwar movement became more organized. Near Fort Jackson, South Carolina, the first "GI coffeehouse" was set up, a place where soldiers could get coffee and doughnuts, find antiwar literature, and talk freely with others. It was called the UFO, and lasted for several years before it was declared a "public nuisance" and closed by court action. But other GI coffeehouses sprang up in half a dozen other places across the country. An antiwar "bookstore" was opened near Fort Devens, Massachusetts, and another one at the Newport, Rhode Island, naval base.

Underground newspapers sprang up at military bases across the country; by 1970 more than fifty were circulating. Among them: About Face in Los Angeles; Fed Up! in Tacoma, Washington; Short Times at Fort Jackson; Vietnam Gl in Chicago; Graffiti in Heidelberg, Germany; Bragg Briefs in North Carolina; Last Harass at Fort Gordon, Georgia; Helping Hand at Mountain Home Air Base, Idaho. These newspapers printed antiwar articles, gave news about the harassment of GIs and practical advice on the legal rights of servicemen, told how to resist military domination.

Mixed with feeling against the war was resentment at the cruelty, the dehumanization, of military life. In the army prisons, the stockades, this was especially true. In 1968, at the Presidio stockade in California, a guard shot to death an emotionally disturbed prisoner for walking away from a work detail. Twenty-seven prisoners then sat down and refused to work, singing "We Shall Overcome." They were court-martialed, found guilty of mutiny, and sentenced to terms of up to fourteen years, later reduced after much public attention and protest.

The dissidence spread to the war front itself. When the great Moratorium Day demonstrations were taking place in October 1969 in the United States, some GIs in Vietnam wore black armbands to show their support. A news photographer reported that in a platoon on patrol near Da Nang, about half of the men were wearing black armbands. One soldier stationed at Cu Chi wrote to a friend on October 26, 1970, that separate companies had been set up for men refusing to go into the field to fight. "It's no big thing here anymore to refuse to go." The French newspaper Le Monde reported that in four months, 109 soldiers of the first air cavalry division were charged with refusal to fight. "A common sight," the correspondent for Le Monde wrote, "is the black soldier, with his left fist clenched in defiance of a war he has never considered his own."

Wallace Terry, a black American reporter for Time magazine, taped conversations with hundreds of black soldiers; he found bitterness against army racism, disgust with the war, generally low morale. More and more cases of "fragging" were reported in Vietnam-incidents where servicemen rolled fragmentation bombs under the tents of officers who were ordering them into combat, or against whom they had other grievances. The Pentagon reported 209 fraggings in Vietnam in 1970 alone.

Veterans back from Vietnam formed a group called Vietnam Veterans Against the War. In December 1970, hundreds of them went to Detroit to what was called the "Winter Soldier" investigations, to testify publicly about atrocities they had participated in or seen in Vietnam, committed by Americans against Vietnamese. In April 1971 more than a thousand of them went to Washington, D.C., to demonstrate against the war. One by one, they went up to a wire fence around the Capitol, threw over the fence the medals they had won in Vietnam, and made brief statements about the war, sometimes emotionally, sometimes in icy, bitter calm.

In the summer of 1970, twenty-eight commissioned officers of the military, including some veterans of Vietnam, saying they represented about 250 other officers, announced formation of the Concerned Officers Movement against the war. During the fierce bombings of Hanoi and Haiphong, around Christmas 1972, came the first defiance of B-52 pilots who refused to fly those missions.

On June 3, 1973, the New York Times reported dropouts among West Point cadets. Officials there, the reporter wrote, "linked the rate to an affluent, less disciplined, skeptical, and questioning generation and to the anti-military mood that a small radical minority and the Vietnam war had created."

But most of the antiwar action came from ordinary GIs, and most of these came from lower-income groups-white, black, Native American, Chinese.

A twenty-year-old New York City Chinese-American named Sam Choy enlisted at seventeen in the army, was sent to Vietnam, was made a cook, and found himself the target of abuse by fellow GIs, who called him "Chink" and "gook" (the term for the Vietnamese) and said he looked like the enemy. One day he took a rifle and fired warning shots at his tormentors. "By this time I was near the perimeter of the base and was thinking of joining the Viet Cong; at least they would trust me. " Choy was taken by military police, beaten, court-martialed, sentenced to eighteen months of hard labor at Fort Leavenworth. "They beat me up every day, like a time clock." He ended his interview with a New York Chinatown newspaper saying: "One thing: I want to tell all the Chinese kids that the army made me sick. They made me so sick that I can't stand it."

A dispatch from Phu Bai in April 1972 said that fifty GIs out of 142 men in the company refused to go on patrol, crying: "This isn't our war!" The New York Times on July 14,1973, reported that American prisoners of war in Vietnam, ordered by officers in the POW camp to stop cooperating with the enemy, shouted back: "Who's the enemy?" They formed a peace committee in the camp, and a sergeant on the committee later recalled his march from capture to the POW camp:

Until we got to the first camp, we didn't see a village intact; they were all destroyed. I sat down and put myself in the middle and asked myself: Is this right or wrong? Is it right to destroy villages? Is it right to kill people en masse? After a while it just got to me.

Pentagon officials in Washington and navy spokesmen in San Diego announced, after the United States withdrew its troops from Vietnam in 1973, that the navy was going to purge itself of "undesirables"- and that these included as many as six thousand men in the Pacific fleet, "a substantial proportion of them black." All together, about 563,000 GIs had received less than honorable discharges. In the year 1973, one of every five discharges was "less than honorable." indicating something less than dutiful obedience to the military. By 1971, 177 of every 1,000 American soldiers were listed as "absent without leave," some of them three or four times. Deserters doubled from 47,000 in 1967 to 89,000 in 1971.

One of those who stayed, fought, but then turned against the war was Ron Kovic. His father worked in a supermarket on Long Island. In 1963, at the age of seventeen, he enlisted in the marines. Two years later, in Vietnam, at the age of nineteen, his spine was shattered by shellfire. Paralysed from the waist down, he was put in a wheelchair. Back in the States, he observed the brutal treatment of wounded veterans in the veterans' hospitals, thought more and more about the war, and joined the Vietnam Veterans Against the War. He went to demonstrations to speak against the war. One evening he heard actor Donald Sutherland read from the post-World War I novel by Dalton Trumbo, Johnny Got His Gun, about a soldier whose limbs and face were shot away by gunfire, a thinking torso who invented a way of communicating with the outside world and then beat out a message so powerful it could not be heard without trembling.
'Sutherland began to read the passage and something I will never forget swept over me. It was as if someone was speaking for everything I ever went through in the hospital.... I began to shake and I remember there were tears in my eyes.
Kovic demonstrated against the war, and was arrested. He tells his story in Born on the Fourth of July:
They help me back into the chair and take me to another part of the prison building to be booked. "What's your name?" the officer behind the desk says.
"Ron Kovic," I say. "Occupation, Vietnam veteran against the war."
"What?" he says sarcastically, looking down at me.
"I'm a Vietnam veteran against the war," I almost shout back.
"You should have died over there," he says. He turns to his assistant "I'd like to take this guy and throw him off the roof."
They fingerprint me and take my picture and put me in a cell. I have begun to wet my pants like a little baby. The tube has slipped out during my examination by the doctor. I try to fall asleep but even though I am exhausted, the anger is alive in me like a huge hot stone in my chest. I lean my head up against the wall and listen to the toilets flush again and again.'
Kovic and the other veterans drove to Miami to the Republican National Convention in 1972, went into the Convention Hall, wheeled themselves down the aisles, and as Nixon began his acceptance speech shouted, "Stop the bombing! Stop the war!" Delegates cursed them: "Traitor!" and Secret Service men hustled them out of the hall.

Howard Zinn
GI opposition to the Vietnam War, 1965-1973
Extracted from a People's History of the United States
 Liens


Fragging in Vietnam [en anglais]
http://www.fragginginvietnam.com/index.html
Un historique des cas de rébellion au sein de l'US Army [en anglais]
http://libcom.org/history/vietnam-gi-resistance
Wikipedia [en français]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fragging

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