USA : Atomic City


"La paix obtenue grâce à notre bombe !"
Titre d'un quotidien, 1945

Salute to Bikini

Le 7 novembre 1946, plus d'un an après la Victoire remportée grâce à deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, des militaires américains se régalaient d'un magnifique gâteau à la chantilly en forme de champignon atomique. La petite fête, intitulée Salute to Bikini, ne devait pas célébrer la victoire atomique [quand même] mais les militaires ayant participé aux essais nucléaires se déroulant sur l'atoll des îles Bikini. La photo sera publiée par de nombreux quotidiens dont le Times Magazine. Ce n'est seulement que trois jours plus tard qu'un pasteur s'est fendu d'un sermon réprobateur à l'encontre des indécents militaires, qualifiant le gâteau de véritable outrage.

Image du documentaire Atomic City de Micha Patault



Un sermon qui provoqua une immense polémique sur l'attitude et l'irrévérence américaine vis-à-vis des victimes de Nagasaki et d'Hiroshima. Une polémique qui aujourd'hui ne semble pas éteinte. Notamment à propos de la ville de Richland, surnommée Atomic City.

Image du documentaire Atomic City de Micha Patault




Atomic City

Une ville qui porte doublement bien son surnom car elle est elle-même une ville champignon construite en 1943 en quelques mois pour loger les quelques 50.000 ouvriers venus travailler au tout proche site nucléaire d'Hanford. C'est ici que se déroula en grande partie de le projet Manhattan, fleuron atomique des États-Unis. C'est également là que fut produit le plutonium de la bombe Fat Man, larguée au-dessus de Nagasaki le 9 aout 1945, et qui fit 40.000 morts en 8 secondes.

La ville doit beaucoup au nucléaire, même si il y eut des périodes plus pénibles que d'autres. En pleine guerre froide, Richland fut verrouillée et étroitement surveillée, étant devenue un haut lieu du nucléaire militaire en raison de la demande élevée de plutonium pour constituer des réserves de bombes au cas où on aurait à les utiliser pendant la guerre de Corée. Ce n'est qu'en 1954 que la ville est
autorisée à élire un maire. Aujourd'hui encore, l'industrie nucléaire est quasiment la seule pourvoyeuse d'emplois de la région. Jeunes comme vieux savent que les lycéens iront après leurs études patauger dans les flaques radioactives des sous-sols de la centrale d'Hanford.

Paranoïa atomique durant la guerre froide

La fierté des habitants pour l'histoire de leur ville est presque palpable. Le champignon nucléaire est l'emblème de l'imbattable équipe de football du lycée, les Bombers. Les mêmes champignons sont tatoués sur les bras ou les cuisses. On pourrait penser que la nouvelle génération se démarque, mais pas du tout. Les jeunes sont élevés dans la fierté de la bombe, dans la fierté de leurs grands-parents ou arrières-grands parents qui, s'ils n'ont pas produits directement le plutonium de la fameuse bombe Fat Man, ont au moins travaillé dans le réacteur de Hanford jusqu'en 1987 - oui, tous les habitants sont issus de familles en lien avec l'industrie du nucléaire. Dans les vitrines des commerces qui adoptent bien souvent un logo nucléaire ainsi qu'un nom adapté - Atomic Bowl - on aperçoit parfois un morceau jauni du journal local de 1945, titrant fièrement "La paix obtenue grâce à notre bombe !"


 God's Atomic Bomb, 1945


Miss Atomic, sera élue chaque année jusqu'en 1951

Quelques professeurs du lycée se sont battus pour que l'emblème du champignon disparaisse de la ville ou, à défaut, de la carte de lycéen des élèves ou même de leurs vêtements. Rien n'y fait : la nouvelle génération y tient trop, encouragée par la majorité des habitants de Richland. Pour bien comprendre ce singulier engouement, on peut raconter une petite anecdote. Il n'y a pas si longtemps, une délégation de Japonais, dont un survivant d'Hiroshima, vint au lycée pour célébrer l'amitié entre les peuples, sur le thème de la fraternité, que tout allait mieux maintenant, et que l'on fait tous des erreurs. Les larmes aux yeux, sérieusement ébranlés par la visite du lycée et la vue des énormes champignons nucléaires partout - ils n'avaient pas été prévenus - les Japonais participèrent à une réunion avec tout le corps enseignant pour témoigner de leur vécu. Le principal stoppa net le témoignage du survivant d'Hiroshima en lançant "Nous n'avons pas commencé cette foutue guerre, c'était vous !" avant de quitter la pièce en trombe, au grand embarras des professeurs.

Les commerces se sont bien vite saisis de la popularité de l'atome. Que vous vouliez une 
Atomic Pizza ou une bière parmi des dizaines au nom contenant le mot "nucléaire" ou "atomique", vous trouverez votre bonheur. Le business local dédramatise les "mythes" du nucléaire en disant qu'il faut boire beaucoup de bières lorsqu'on est irradié. Certains tentent de ne pas utiliser de symboles agressifs comme le champignon et se rabattent sur le symbole de l'atome, beaucoup plus pacifique...


Image du documentaire Atomic City de Micha Patault

L'enjeu environnemental, bien loin des préoccupations des habitants

Des équipes de chercheurs ont découverts récemment une fuite radioactive dans la centrale, plus de 100 fois la dose "normale". Le désert entre Hanford et Richland est le deuxième site le plus radioactif du monde après Tchernobyl. La plupart des déchets nucléaires des États-Unis sont enterrés ici, dans 177 cuves dont un tiers fuit. "La grande majorité des déchets n'est même pas contenue dans des futs ou des cuves, mais tout simplement dans le sol", indique Tom Carpenter, le responsable du site de Hanford. "Lorsqu'il pleut ou qu'il neige, les déchets sont emmenés dans la nappe phréatique qui alimente la rivière."

14 000 employés, c'est à dire un quart de la population de la région, travaillent à la décontamination du site, devenu le poumon économique local. Les plus lucides sont conscients de l'ironie de la situation : le réacteur a fait vivre leurs grands-parents et il fait maintenant vivre leurs enfants, dans un but tout autre mais en les exposant aux mêmes risques. Certains auront des séquelles à vie. "Avant d'avoir été contaminé, personne n'imagine que c'est si dangereux", déclare amèrement Tom Carpenter. Même des travailleurs stationnés dans des endroits supposés sûrs, comme le parking, ont été touchés. Pour ces employés, devenus contaminés, il ne sera plus possible de retrouver un emploi. Ils sont passés, malgré eux, de l'autre côté de la barrière.

Le destin tragique de Richland est fort paradoxal. La jeune génération sera nécessaire pour nettoyer le site qui fit vivre l'ancienne génération. Pour vivre, la ville est encore obligée de se plier à l'industrie du nucléaire et de sacrifier ses enfants au réacteur. Même si de plus en plus de fuites radioactives s'avèrent dans la région, l'engouement pour la bombe atomique est loin de péricliter. Un humour noir au possible qui ne détonnerait pas dans un Fallout.

Finalement, Richland pourrait être une métaphore de la situation mondiale actuelle : Quelques illuminés vivent dans la culture du nucléaire, sourds aux protestations des plus lucides, et tous sont victimes de l'industrie du nucléaire.

Article via : http://www.fallout-3.com

Le documentaire Atomic City sur Richland, par Micha Patault :

Avant de connaître les méfaits sur l'organisme humain de l'atome. Combien d'américains ont testé ce Sex Power ?



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