Pétain : Le communisme, voilà l’ennemi !


L’armée française face au problème
de la subversion communiste
au début des années 1930
Georges Vidal
P.U.F. | Guerres mondiales et conflits contemporains
2001/4 - n° 204

Suite au précédent article, nous publions un court extrait de l'étude de Georges Vidal concernant la position de l'Etat major français face à la menace insurrectionnelle communiste. En effet, entre l'entre-deux guerres, en France, une forme de paranoïa aigüe s'empara des politiciens et des militaires, suscitée par les révolutions communistes russe, allemande, italienne.  L’armée se devait de participer elle aussi à ce combat contre la subversion ; et se prémunir de la possible contagion communiste au sein du contingent. Le haut commandement se préparait ainsi à des combats urbains dans la capitale. Une situation comparable à celle d'aujourd'hui parfaitement analysée par le chercheur Hacène BELMESSOUS , dans son livre Opérations Banlieues. Le lieu des conflits, l'enjeu,  n'étant plus Paris, mais les cités d'habitat social des banlieues ; le danger étant maintenant les karchérisables, les Islamistes et non plus les militants communistes. 



Région parisienne après les élections municipales de 1935


Le général Voirot, chef d’état-major de la région militaire de Paris, sera en charge d'une étude secrète, rédigée en 1932 avec l’approbation du maréchal Pétain. Intitulée Note sur la défense de la région parisienne contre l’ennemi intérieur en temps de guerre, cette étude fait écho, sur le plan militaire, à la déclaration d’A. Sarraut, le ministre de l’Intérieur radical, qui avait proclamé, cinq ans plus tôt, le 22 avril 1927, « Le communisme, voilà l’ennemi ! » Ce raccourci très explicite annonçait que, dans les années qui précèdent et suivent 1930, le parti communiste allait être considéré comme un danger majeur devant être impitoyablement combattu.



Parmi les nombreuses mesures à prendre, le général Voirot préconisait la mise en place d’une organisation militaire spécialisée dans la contre-révolution. 

Les unités employées doivent être soigneusement sélectionnées, car les opérations de contre-révolution exigent des « troupes sûres ». Par conséquent, le contingent, trop impressionnable et susceptible d’être infiltré par les communistes, doit être exclu du recrutement des troupes de contre-insurrection. Il faut recruter celles-ci parmi les hommes du « service à long terme », c’est-à-dire les soldats de métier, renforcées par les forces de police ; leur liste est ainsi établie : la garde républicaine mobile de la région de Paris (3 300 hommes), la garde républicaine de Paris (2 800 hommes), la légion de gendarmerie de Paris (1 300 hommes), le régiment de sapeurs-pompiers (1 800 hommes), la police municipale de Paris et la police suburbaine de la Seine (15 000 hommes). Par ailleurs, « les chars, les avions et les AMC, [seraient] uniquement conduits par des officiers ou gradés » spécialement sélectionnés. L’ensemble de ces unités, regroupées en 12 régiments d’infanterie, atteindrait les effectifs nécessaires par le triplement de la garde républicaine mobile et de la garde républicaine, par quadruplement de la gendarmerie de la Seine et des sapeurs-pompiers et par l’utilisation des réservistes de la police.

Pour réaliser cette démultiplication des effectifs, le réservoir à exploiter se situe hors de l’armée proprement dite. Les membres de la préparation militaire et les officiers retraités peuvent être intégrés aux unités mais il s’agit surtout de faire « appel à des éléments ayant l’amour de la patrie pour premier idéal », c’est-à-dire aux associations « patriotiques » d’anciens combattants. Dans l’ensemble, les troupes de la contre-révolution devraient être formées d’une majorité de civils politiquement sûrs et militairement expérimentés.

Le général Voiriot considère de fait, même s’il ne l’exprime pas explicitement, que pour livrer « la guerre intérieure », le système de la nation armée est inadapté et qu’il faut avoir plutôt recours à un amalgame entre des troupes de métier et des civils militarisés. Il semble difficile d’imaginer que la mise sur pied d’une telle armée de guerre intérieure n’aille pas de pair, dès le temps de paix, avec une organisation paramilitaire préalable des organisations civiles concernées ; mais sur ce point la note ne dit mot.


Lien PDF : http://www.cairn.info/

Article  Hacène BELMESSOUS : Opérations Banlieues



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