NE Tirez Pas : l'Armée face à la Révolution

Tardi, Le cri du Peuple


L'armée : le point faible des gouvernements démocratiques et des dictatures contre une révolution, le maillon fragile entre les gouvernants et les gouvernés. L’histoire montre que les plus grandes révolutions ont été possible que par la condition de rébellion, de mutinerie des troupes et de leur fraternisation avec les révolutionnaires. Le cas exemplaire étant bien sûr la révolte et la mutinerie des troupes russes pendant la révolution de 1917. Pour cette raison et par volonté de propagande, Fidel Castro exigeait de ses troupes l'interdiction de tuer les prisonniers et au contraire de soigner les blessés puis de les libérer. Cette possible fraternisation est sans aucun doute une des raisons qui explique que les armées de métier soient devenues la norme dans les plus grandes démocraties industrialisées du monde. Mais ce n'est pas seulement la soldatesque qui peut être susceptible de trahir et de passer à l'ennemi ; d'autres révolutions ont été accomplies par des officiers, notamment la Révolution des Œillets de 1974 au Portugal contre la dictature. Dans cette catégorie, le plus souvent, les militaires jouent un rôle dans le processus de démocratisation ou bien d'adoption de réformes radicales sans pour autant instituer le socialisme. Dans d'autres cas, l'état major peut décider d'une passivité ou non-intervention, comme ce fut le cas en 2011 en Égypte.




Si les armées sont aujourd'hui composées dans la plupart des pays européens de professionnels, la soldatesque n'en reste pas moins des citoyens issus de toutes les classes de la société, confrontées elles aussi aux difficultés économiques, au même titre que leur famille et entourage. Le degré d'inégalité et d'injustice sociale que l'on observe aujourd'hui et qui s'amplifie serait ainsi susceptible de contaminer l'ordre moral au sein des troupes. En France, d'autre part, certains officiers de l'état major sont peu favorables à l'idée du gouvernement de Sarkosy de prévoir des opérations coordonnées avec la police qui concernent la société civile, comme par exemple, les émeutes en banlieue. [voir article de Hacène BELMESSOUS, Opération banlieues].


Sur ce sujet qui mériterait d'être mieux apprécié, nous présentons  quelques mutineries célèbres ayant engagés des militaires dans le camp révolutionnaire. Mais avant cela, nous présentons l'article de Kevin Keating qui examine l’histoire dissimulée de la résistance et de la rébellion dans les rangs de l’armée US. Ce texte -qui comporte selon nous bien des erreurs d'appréciation ou d'interprétation pour ce qui concerne certains points- n’est pas lié uniquement à une curiosité historique quelque peu exotique ; car il pose en filigrane la question, incontournable, de l’activité subversive en direction, et au sein même, des forces armées au cours des périodes de fortes agitations politiques et sociales ou en période (pré-)révolutionnaire. Dans quels types de circonstances, pourquoi et comment une armée se désagrège-t’elle ? Dans quelle mesure et sous quelles formes les inégalités de classe se retrouvent-elles dans l’armée, comment les troubles sociaux s’y répercutent-ils ? D’où viennent socialement les engagés, pourquoi s’enrôlent-ils, quelles sont leurs attentes et leurs déceptions éventuelles ? Comment les toucher, par quels biais les approcher ? Autant de questions importantes sur lesquelles ce texte apporte des éléments factuels et analytiques.

Bansky

HARCELEZ LES HUILES !
Mutineries, fragging et désertions dans l’armée américaine


Kevin Keating
Traduction : Syndicat intercorporatif anarcho-syndicaliste, Caen



Un ami qui était dans l’armée américaine durant la guerre du Golfe Persique* m’a raconté que lorsque Georges Bush avait visité les troupes en Arabie saoudite avant la guerre, beaucoup d’hommes et de femmes à proximité immédiate de Bush s’étaient vus retirer les munitions de leurs fusils et pistolets. Les chargeurs furent aussi enlevés de leurs fusils. S’il en fut ainsi, cela montre clairement que Bush et ses dirigeants de grandes sociétés ont pu être effrayés par les engagés que Bush allait bientôt envoyer au casse-pipe dans sa vaine campagne de réélection.

L’histoire dissimulée de la guerre du Vietnam montre que le Commandant en Chef avait de bonne raison d’avoir peur et de se méfier des troupes. Nos dirigeants veulent nous faire oublier ce qui s’est produit durant la guerre du Vietnam – et l’importance de la résistance à la guerre par des hommes et femmes engagées volontaires. Jusqu’en 1968 le taux de désertion pour les troupes US au Vietnam était plus bas que dans les guerres précédentes. Mais en 1969 le taux de désertion avait quadruplé. Cela n’était pas limité à l’Asie du Sud-Est ; le taux de désertion parmi les GI était en hausse partout dans le monde. Pour les soldats dans les zones de combat, refuser d’obéir aux ordres devint un moyen important pour éviter une horrible blessure ou la mort. Dés la mi-1969, une compagnie entière du 196ème Brigade d’Infanterie Légère s’assit sur le champ de bataille. Plus tard cette année là, une compagnie de fusiliers de la fameuse 1ère Division de Cavalerie Aérienne refusa catégoriquement - devant les caméras de CBS – de descendre une piste dangereuse. Dans les 12 mois suivants la 1ère Division de Cavalerie Aérienne enregistra 35 refus de combattre. De formes modérées de protestation politique et de désobéissance aux ordres de combat, la résistance parmi les troupes terrestres se développa en une « quasi-mutinerie » massive et étendue en 1970 et 1971. Les soldats partaient en mission « Chercher et éviter », esquivant intentionnellement les affrontements avec les vietnamiens et s’adonnant à des séances de 3 jours de fumette au lieu de se battre.
En 1970, l’armée comptait 65 643 déserteurs, environ l’équivalent de 4 divisions d’infanterie. Dans un article publié dans le Journal des Forces Armées (le 7 juin 1971) le Colonel des Marines Robert D. Heinl Jr., un vétéran du commandement au combat ayant 27 ans d’expérience dans les Marines et auteur des Soldats de la mer, une histoire définitive du Corps des Marines, écrivit : « Notre armée qui est actuellement au Vietnam est dans un état qui approche l’effondrement, avec des unités individuelles qui évitent ou ont refusé le combat, assassinant leurs officiers et sous-officiers… »


Heinl citait un article du New York Times qui notait les dires d’un engagé : « Les garnisons américaines dans les plus grandes bases sont virtuellement désarmées. Les lifers ont pris nos armes … Il y a eu également un assez grand nombre d’incidents avec des grenades à fragmentation (frag incidents) dans le bataillon. » (le terme argotique lifer désigne péjorativement les soldats et officiers de carrière, engagés à vie, il désigne d’ailleurs aussi les condamnés à perpétuité, il signifie également Lazy Ignorant Fucker Expecting Retirement, c’est à dire, en gros, « salopard fainéant et ignorant attendant la retraite – NDT).


Les « fragg incidents » ou le « fragging **» sont des termes d’argot militaire utilisés par les soldats au Vietnam pour désigner le meurtre d’officiers et de sous-officiers stricts, impopulaires et agressifs. Le mot trouve apparemment son origine dans l’utilisation, par les enrôlés, de grenades à fragmentation pour se débarrasser des officiers. Heinl écrit « Des récompenses, constituées par souscription commune de sommes qui vont généralement de 50 à 1000$, mises sur la tête des officiers que les soldats et les forces spéciales veulent effacer, ont été largement signalées. » Peu après le coûteux assaut sur Hamburger Hill à la mi-1969, le journal clandestin GI Says, fait par des soldats au Vietnam, offrit publiquement une récompense de 10 000$ pour le Lieutenant Colonel Weldon Hunnicutt, l’officier qui ordonna et mena l’attaque (plusieurs tentatives pour le tuer eurent bel et bien lieu mais il s’en sortit vivant – NDT). « Le Pentagone a maintenant révélé que les fraggings en 1970 (209 assassinats) ont plus que doublé par rapport à ceux de l’année précédente (96 tués). L’annonce des morts d’officiers entraîne des acclamations lors des séances de cinéma pour les troupes ou dans le bivouac de certaines unités. » Des auditions du Congrès sur les fraggings, tenues en 1973, estimaient qu’environ 3% des morts d’officiers et de sous-officiers au Vietnam entre 1961 et 1972 étaient le résultat de fraggings. Mais ces chiffres étaient seulement ceux des assassinats commis avec des grenades et n’incluaient pas les morts d’officiers par armes automatiques, armes de poings et couteaux (!). Le Corps des procureurs généraux des armées estimait que seulement 10% des tentatives de fraggings se traduisaient par la mise en procès de quelqu’un.

Dans la Division Americal, tourmentée par un moral très bas, les fraggings durant 1971 étaient estimés à environ un par semaine. Le matériel de guerre était saboté et détruit. En 1972, il y avait environ 300 journaux anti-guerre et anti-militaristes, avec des titres comme Harass the Brass, All Hands Abandon Ship et Star Spangled Bummer, qui avait été créés par des enrôlés.
« Au Vietnam », écrit le Fort Lewis-McCord Free Press, « Les lifers, les huiles sont le véritable ennemi… »

Des émeutes et des manifestations anti-guerre eurent lieu dans des bases en Asie, en Europe et aux USA. Au début de 1970, le gouvernement a dû commencer à se retirer du terrain et à se reporter sur une « guerre aérienne » en partie parce que de nombreuses troupes au sol, qui étaient supposées mener le combat, étaient en train de faire perdre ses moyens à la plus puissante force militaire au monde par leur sabotage et leur résistance.

Avec le déplacement vers une stratégie de « guerre aérienne », la Navy devint une importante source de résistance à la guerre. En réponse au racisme qui prévalait dans la Navy, des marins noirs et blancs se sont occasionnellement rebellés ensemble. La plus significative de ces rébellions eut lieu à bord de l’USS Constellation of South California en novembre 1972. En réponse à une menace de renvoi, « moins qu’honorable » (l’expression désigne apparemment un renvoi disciplinaire sans indemnités - NDT), à la vie civile contre plusieurs marins noirs, un groupe de plus de 100 marins noirs et blancs organisa un sit-in qui dura un jour et demi. Craignant de perdre le contrôle de son navire en mer suite à une mutinerie à grande échelle, le commandant ramena le Constellation à San Diego. 132 marins furent autorisés à aller à terre. Ils refusèrent l’ordre de regagner le navire plusieurs jours après, organisant une grève, provocante, sur les docks le matin du 9 novembre. Malgré la gravité de la rébellion, aucun des marins impliqués ne fut arrêté. Le sabotage était une tactique extrêmement utile. Le 26 mai 1970, l’USS Anderson se préparait à appareiller de San Diego vers le Vietnam. Mais quelqu’un avait laissé tomber des écrous, des boulons, des chaînes dans un des moteurs principaux. Une panne importante se produisit, causant des milliers de dollars de dommages et un retard de plusieurs semaines. Plusieurs marins furent accusés mais, faute de preuves, l’affaire fut classée.
Avec l’escalade de l’engagement naval dans la guerre le niveau du sabotage augmenta. En juillet 1972, en l’espace de 3 semaines, 2 des transports d’avions de la Navy furent mis hors service par sabotage. Le 10 juillet un important feu se répandit à travers les quartiers de l’amirauté et le centre radar de l’USS Forestall, causant plus de 7 millions de dollars de dommages. Cela retarda le déploiement du navire de plus de 2 mois.
A la fin de juillet, l’USS Ranger était au mouillage à Alameda, Californie. Juste quelques jours avant le départ prévu pour le Vietnam, un grattoir à peinture et 2 énormes boulons de plus de 30 centimètres furent insérés dans le moteur n°4 causant prés d’un million de dollars de dégâts et un retard de plus de 3 mois et demi dans les opérations du fait des importantes réparations. Le marin accusé fut acquitté. Dans d’autres cas, les marins balançaient l’équipement par-dessus bord, en pleine mer.
Le Comité des Forces Armées de la Chambre résumait la crise de rébellion dans la Navy : « L’US Navy est maintenant confrontée à des pressions… qui, si elles ne sont pas contrôlées, détruiront sûrement son enviable tradition de discipline. De récents exemples de sabotage, d’émeutes, de désobéissance volontaire aux ordres et de mépris pour l’autorité… sont de clairs symptômes d’une dangereuse détérioration de la discipline ».


La résistance à la guerre par les hommes en uniforme était un produit de circonstances favorables à la révolte. Un mouvement anti-guerre civil avait émergé aux USA sur les traces du mouvement des droits civiques, à un moment où les tactiques de pacifisme-à-tout-prix des leaders des droits civiques avaient atteint leur limite d’efficacité et étaient en train d’être questionnées par une plus jeune génération d’activistes. Les latinos et noirs issus de la classe ouvrière servaient dans les unités de combat en dehors de toute proportion avec leurs nombres dans la société américaine, et les grandes émeutes de Watts, Detroit et Newark avaient un effet explosif sur la conscience de beaucoup de ces hommes. Après l’assassinat de Martin Luther king, d’importantes émeutes éclatèrent dans 181 villes des USA ; les dirigeants des Etats-Unis faisaient face à la plus grave crise nationale depuis la Guerre Civile. Et le mouvement radical de la fin des années 60 était un phénomène international qui ne se limitait pas aux USA. C’était la révolte partout, même contre les maoïstes en Chine ; son apogée fut la grève générale sauvage qui paralysa la France en mai 1968, la dernière fois qu’une grande démocratie industrialisée fut proche de la révolution.



La crise qui tenaillait la société américaine durant la guerre du Vietnam fut une crise grave pour une société qui avait été historiquement très stable, mais elle n’était pas assez profonde pour créer une rupture irréparable entre les dirigeants et les dirigés ou pour donner lieu à une crise révolutionnaire à part entière. Les USA, au début des années 70, profitaient encore de la relative prospérité du boom économique de l’après deuxième guerre mondiale. Les conditions sociales et la vie n’étaient pas aussi dures qu’elles peuvent l’être maintenant et c’est pourquoi l’engagement américain dans une guerre terrestre prolongée similaire, en Irak, en Colombie ou au Mexique par exemple, pourrait avoir, demain, un impact beaucoup plus explosif sur la société américaine.

L’histoire montre qu’une armée de conscription prête plus le flanc à la sédition qu’une armée uniquement composée de volontaires. Cela peut être une des raisons qui explique que les armées de métier soient devenues la norme dans les plus grandes démocraties industrialisées du monde.

Il y a des années, dans un article mensonger du magazine Mother jones, un historien libéral à la solde du capital, Todd Gitlin, prétendait que le mouvement anti-guerre US de l’époque du Vietnam était la plus réussie des oppositions à une guerre dans l’histoire. Gitlin était complètement à coté de la plaque ; en tant qu’historien bourgeois Gitlin est payé pour l’être, et il l’est, encore et encore. Le mouvement « anti-guerre » le plus efficace de l’histoire se produisit à la fin de la première guerre mondiale, quand des révolutions prolétariennes éclatèrent en Russie, en Allemagne et partout en Europe Centrale en 1917 et 1918, et un facteur crucial dans le mouvement révolutionnaire de cette époque était l’effondrement des armées et des marines russes et allemandes qui basculèrent dans une mutinerie armée de grande envergure. Après plusieurs années de guerre et des millions de morts, les soldats et les marins des nations opposées commencèrent à fraterniser, tournèrent leurs armes contre leurs officiers et retournèrent chez eux pour combattre les classes dirigeantes qui les avaient envoyé à la guerre. La guerre se termina avec un cycle global de mutinerie qui reflétait l’agitation sociale qui se répandait à travers le monde capitaliste. Certains des régimes les plus puissants sur terre furent rapidement renversés et détruits.

Les soldats et les marins jouèrent un rôle moteur dans le mouvement révolutionnaire. Les bases navales de Kronstadt en Russie, de Kiel et Wilhelmshaven ** en Allemagne devinrent d’importants centres d’auto-organisation et d’action révolutionnaires, et le passage de vastes masses de soldats et marins armés du coté des soviets permis à la classe ouvrière de prendre brièvement le pouvoir. L’invasion française de la Russie révolutionnaire en 1919 et 1920 fut paralysée par la mutinerie de la flotte française de la mer noire, centrée sur les cuirassés France et Jean Bart. Des mutineries éclatent parmi les marins de la Navy anglaise et les armées de l’empire britannique en Asie, et même parmi les troupes américaines envoyées pour aider l’armée blanche contre-révolutionnaire pendant la guerre civile russe. L’agitation révolutionnaire ne se produit pas tous les jours, mais quand elle éclate, elle peut vaincre les Etats les plus puissants avec une vitesse surprenante et insoupçonnable, et l’effondrement des forces répressives de l’Etat est un moment clé dans le commencement d’un nouveau mode de vie.

Les mutineries révolutionnaires organisées ne se produisent pas pendant chaque guerre, mais elles se produisent plus fréquemment que les historiens militaires ne veulent bien généralement le reconnaître. Une des mutineries navales les plus significative de l’histoire se produisit dans la marine espagnole en juillet 1936, au début de la guerre civile espagnole. En réponse à l’agitation massive de la classe ouvrière, l’armée espagnole lança un coup d’Etat mené par Francisco Franco. L’armée de franco devait envahir l’Espagne à partir de l’Afrique du Nord avec l’aide des navires de la marine espagnole. Mais une majorité des marins espagnols étaient des socialistes et des anarchistes ayant une conscience de classe, et ces hommes préparèrent une révolte coordonnée en riposte. Après plusieurs jours de combat à bord des navires, les marins gagnèrent. Cela brisa presque les reins de la tentative de coup d’Etat de Franco. Une étude ultérieure du gouvernement républicain espagnol estima que 70% du corps des officiers de marine fut tué pendant la mutinerie.

C’est un fait moche que la guerre et la révolution soient intimement liées dans les mouvements sociaux du 20ème siècle qui ont été les plus loin. Avec le rôle auto-proclamé de flic global de la loi et l’ordre capitaliste endossé par les gouvernements US, il est probable que la crise qui sera nécessaire pour causer une cassure irréparable entre les dirigeants et les dirigés aux Etats-Unis viendra d’une guerre. Ce jour n’est peut-être pas si lointain. Ce sera une guerre que les USA ne pourront pas gagner rapidement et dont ils ne pourront pas se dégager, une guerre qu’ils ne pourront pas mener par procuration avec une armée comme les Contras nicaraguayens, une guerre avec un impact dévastateur sur la population civile des USA. A ce point, la fraternisation de grande envergure entre les anti-capitalistes radicaux et les gens enrôlés sera cruciale pour étendre un mouvement anti-guerre en une opposition plus large qui puisse mettre un terme à cet ordre social cauchemardesque, au système du travail salarié et à la société de consommation qui génèrent exploitation, pauvreté, inégalités ainsi que des dévastions écologiques. (1)

US protestation contre la guerre en Irak

Un examen de ce qui est arrivé à l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam peut nous aider à comprendre le rôle central que « la question militaire » jouera dans une future lutte révolutionnaire. Ce n’est pas la question de savoir comment une populace civile chaotique et rebelle peut vaincre les armées disciplinées et bien organisées de l’Etat capitaliste au cours d’une bataille rangée, il s’agit de comprendre comment ce mouvement de masse peut miner la capacité de combat effective de l’armée et amener l’effondrement et la dispersion des forces armées de l’Etat. Quel ensemble de circonstances peut pousser le mécontentement endémique dans toute armée ou marine en guerre à atteindre le niveau de la résistance organisée consciente ? A quelle vitesse et avec quelle profondeur une conscience subversive peut elle se répandre parmi les enrôlés ? Comment les rebelles en uniformes peuvent-ils mener une action efficace et de grande envergure contre la machine militaire ? Cela impliquera le sabotage et la destruction des technologies militaires sophistiquées, une rupture irréversible dans la chaîne de commandement et une démoralisation terminale du corps des officiers. Les circonstances doivent clairement montrer aux officiers qu’ils mènent une guerre perdue et que leur sécurité physique peut être mieux garantie s’ils abandonnent, rendent leurs armes et s’enfuient. La « quasi-mutinerie » qui contribua à la défaite américaine au Vietnam offre un précédent significatif pour le genre d’action subversive que les révolutionnaires devront aider à fomenter dans le combat contre le capitalisme global du 21ème siècle et sa machine militaire high-tech..

La dictature du Capital global causant une détérioration des conditions de vie de la majorité de l’humanité, les troupes issues de la classe ouvrière auront un rôle accru dans la répression des rébellions d’autres gens de la classe ouvrière. L’utilisation des forces armées durant les émeutes de Los Angeles en 1992 était un avant-goût du probable rôle futur de l’armée dans le maintien de cet ordre social exploiteur. De même, il y a quelques années, des manœuvres menées par les Marines dans un ensemble d’immeubles désaffectés à Oakland, Californie, intitulées « Opération Guerrier Urbain », mirent en lumière le fait que les dirigeants américains veulent que leur armée soit préparée à supprimer les retombées domestiques de leurs actions. Mais, comme des vagues antérieures d’agitation globale l’ont montré, les forces qui mènent à la rébellion de masse dans une zone du globe pousseront aussi à la rébellion dans d’autres parties du globe.

Les forces armées sont vulnérables aux forces sociales qui sont à l’œuvre dans la société plus étendue qui les engendre. Les révoltes dans la société civile irriguent, à travers la fabrique militaire, jusqu’aux rangs des gens enrôlés. Les relations entre les officiers et les gens enrôlés reflètent les relations entre les patrons et les employés et des dynamiques similaires de lutte de classe émergent dans les versions civiles et militaires du lieu de travail. L’armée n’est jamais une organisation hermétiquement fermée. Nos dirigeants le savent. Nos dirigeants savent qu’ils sont vulnérables à la résistance de masse et ils savent que leur pouvoir, leur économie et leur richesse peuvent être détruits de l’intérieur par les hommes et les femmes de la classe ouvrière dont ils dépendent. Nous avons besoin de le savoir aussi.

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Les informations de ce texte ont été tirées du livre Soldiers in Revolt : The American Military Today de David Cortright, publié par Anchor/Doubleday (1975) et également ensuite par l’Institut des Etudes Politiques, de la brochure Mutinies de David Lamb, qui est disponible auprès d’AK Press Distribution à San Francisco (on peut la trouver en anglais sur internet, elle traite essentiellement, d’un point de vue révolutionnaire, des mutineries dans l’armée britannique pendant et juste après la première guerre mondiale, de 1917 à 1920 - NDT), et de plusieurs numéros du journal anarchiste de Detroit, Michigan, The Fifth Estate. Les informations sur la guerre civile espagnole sont tirées de The Spanish Revolution : The left and the struggle for power de Burnett Bolletin. Et le manuel des Opérations Psychologiques de l’Armée US est très utile – trouvez en des copies si vous pouvez ! Nous invitons les lecteurs à envoyer des copies de ce texte à toutes les personnes enrôlées qu’ils connaissent.


UN EXEMPLE D’INTERNATIONALISME EN PRATIQUE :

Un soldat américain dans un hôpital expliquait comment il avait été blessé : il disait « On m’avait raconté que pour différencier un vietnamien hostile d’un vietnamien ami, il fallait crier « Au diable Ho Chi Minh ! » S’il tire, c’est qu’il est hostile. Alors j’aperçois ce mec et je hurle « Au diable Ho Chi Minh ! » et il me répond en gueulant « Au diable le président Johnson ! ». On était en train de se serrer la main quand un camion nous a heurté. » (Tiré de 1001 Ways to Beat the Draft par Tuli Kupferburg).

Kevin Keating

NOTES :

(1) Quelques rares individus clairvoyants au sein de l’élite politique américaine craignent apparemment que l’implication américaine dans une guerre terrestre puisse provoquer une agitation domestique à grande échelle. D’après le magazine US Newsweek, lors d’une rencontre à la Maison Blanche durant l’intervention dans les Balkans pendant la présidence de Clinton, un vif échange eut lieu entre Madeleine Albright, alors ambassadrice des Nations-Unies, et le conseiller à la Sécurité Nationale Colin Powell.
Newsweek en donne le compte-rendu suivant, confus et semi-cohérent : « … Powell résistait fermement à l’engagement américain. Il était même opposé au début aux largages aériens de nourriture, craignant que cela échoue et que les troupes américaines au sol finissent inévitablement par être impliquées. Ses patrons civils, qui le suspectaient de délayer les chiffres quand ils lui demandaient combien de troupes seraient nécessaires, devinrent impatients. A une rencontre, Madeleine Albright, alors ambassadrice aux Nations-Unies, se confronta rudement à Powell. « Quel est l’intérêt d’avoir cette superbe armée dont vous nous parlez toujours si on ne peut pas l’utiliser ? » demanda-t’elle.
Dans ses mémoires, Powell raconte qu’il répondit à Albright que les GIs n’étaient « pas des soldats de plomb qui peuvent être déplacés sur une sorte d’échiquier global. » Un officiel qui fut témoin de la scène raconta à Newsweek que Powell avait aussi dit quelque chose de très révélateur qui ne fut pas rapporté. Le général avait répondu avec colère à Albright : « Vous verrez cette merveilleuse société détruite ! » Il était clair, d’après les dires de cet officiel, que Powell se référait à son armée adorée. » (Colin Powell : Behind the Myth par Evan Thomas et John Berry, Newsweek, 5 mars 2001)
Colin powell était un jeune officier dans la division Americal, frappée par une épidémie de fragging, durant la guerre du Vietnam. A de nombreuses occasions, Powell a dit que la défaite américaine au Vietnam a eu une influence décisive sur la manière dont il voyait le monde. Powell comprend clairement que les forces armées sont une fonction d’une société civile plus étendue qui les engendre. Colin Powell parlait-il de l’armée américaine ou bien de la société américaine elle-même lorsqu’il évoquait « cette merveilleuse société détruite ! » ? Vous en êtes juges !

NOTES du Traducteur [SIA Caen]

* Il s’agit bien sûr ici de la première guerre du Golfe, celle de 1991. 

** Sur les fraggings. On ignore le nombre exact de fraggings. Il en est recensé 126 en 1969, 271 en 1970, 333 en 1971 (Rinaldi parle de 425 pour cette année là, les sources diffèrent). En octobre 71, la police militaire occupe la base de transmissions de Praline Moutain au sud Vietnam, qui est virtuellement hors contrôle, pour sauver un officier qui vient de subir plusieurs tentatives de meurtres. L’occupation durera une semaine avant que le commandement effectif du lieu ne soit rétabli. Il est aussi arrivé qu’on trouve des bouts de fil de fer barbelé dans le hot dog destiné à un général. Il semble qu’il y ait eu au moins 800 à 1000 tentatives de fraggings au cours de la guerre. Beaucoup de tentatives semblent n’avoir fait que des blessés. Les tentatives de meurtres d’officiers et de sous-officiers par des moyens autres que les grenades ne semblent pas prises en compte dans les statistiques officielles. Les cours militaires semblent n’avoir traité que 10% des fraggings, la majorité des cas n’étant apparemment pas connus de leurs services. L’armée US a apparemment admis 1400 morts d’officiers et de sous-offs dans des conditions inconnues et/ou suspectes (en dehors du décompte officiel des fraggings). Joel Geier affirme que peut être 20 à 25% des pertes d’officiers seraient dues à des meurtres par la troupe. C’est un pourcentage énorme. Il faut bien comprendre que le fragging a eu un effet important sur les officiers et les sous-offs. Au-delà des gradés qui ont été éliminés par ce biais, le fragging a fini par constituer pour les troupes un énorme moyen de pression, de coercition et finalement de contrôle sur la hiérarchie militaire basse et intermédiaire. Le fragging ne s’effectuait en général pas directement. Il était souvent précédé par des signes avant coureurs destinés à bien faire réfléchir les officiers et sous-offs qui étaient dans le collimateur de la troupe : dépôt d’une goupille de grenade sur leur oreiller, envoi d’une grenade lacrymogène ou fumigène dans leur chambre en pleine nuit, mise à prix publique de leur tête… Tout cela pour les intimider et les amener à laisser passer les pratiques de « Search and Avoid », les dissuader de donner des ordres entraînant des risques pour les hommes, d’annihiler leur velléités guerrières ou leur volonté de faire carrière au prix du sang de leurs subordonnés… L’évitement du combat n’aurait pas pu être aussi répandu sans le fragging et la collaboration forcée de plein de gradés à cet état de fait. Les craintes inspirées par la pratique du fragging étaient bien réelles au point que les unités connues pour être rebelles à l’autorité étaient fréquemment désarmées lorsqu’elles étaient au repos dans leurs bases. Parfois elles l’étaient complètement, parfois seules les grenades étaient récupérées… ce qui veut tout dire. Le fragging, surtout à ses débuts, a cependant eu quelques effets pervers. Il semble qu’il y ait eu des cas de meurtres de soldats par des officiers ou des sous-officiers qui les suspectaient de vouloir leur infliger un fragging.


*** Kronstadt en Russie est un port militaire sur la Baltique. C’est un foyer d’agitation révolutionnaire de 1905 à 1921, les marins y sont de tous les combats de la révolution de 1917. En 1921, les marins s’y insurgent de nouveau mais cette fois-ci contre la dictature bolchevique qui s’étend. Ils s’arment et réclament « Tout le pouvoir aux soviets ». L’armée rouge réprimera la révolte de manière féroce.
Kiel est un grand port militaire allemand. A la fin de la guerre, l’amirauté veut se lancer dans un  « baroud d’honneur » contre les flottes alliées. Les marins refusent d’être envoyés à une mort certaine et se mutinent. Ils s’emparent de la ville, créent des conseils de soldats et de marins et envoient des détachements armés dans les villes proches. La révolution est en marche. Des conseils fleurissent partout. La guerre se termine et l’empire s’écroule. La république de Weimar lui succède.
Wilhelmshaven est un autre port militaire allemand. Pendant plusieurs mois les marins, soldats et ouvriers révolutionnaires y détiennent le pouvoir de fait. Lors de la révolution avortée de janvier 1919, 3000 marins y seront encerclés et se battront jusqu’au bout contre les troupes fidèles au gouvernement social-démocrate, qui écrasera par les armes les révolutionnaires dans tout le pays. 

Traduction et publication : 
Syndicat intercorporatif anarcho-syndicaliste / Caen– 2006
 

D’autres écrits de Kevin Keating peuvent être trouvés sur : www.infoshop.org/myep/love_index.html



France

n° 83, Décembre 1975

Commune de Paris

Les troupes de l'armée se mutinent, refusent de tirer contre le peuple et fraternisent avec les révolutionnaires. Thiers n’avait pas prévu la défection de l'armée et pris de panique, s’enfuit de Paris. Il ordonna immédiatement aux troupes d’évacuer complètement la ville et les forts environnants. Thiers voulait sauver de l’armée ce qu’il pouvait l’être en l’éloignant de la contagion révolutionnaire. A Paris, les soldats insubordonnés, chantent et scandent des slogans révolutionnaires.

Première guerre mondiale

Des mutineries ne cessèrent de se développer durant tout l'été 1917 qui touchèrent, dans une contestation plus ou moins vive, près de 50 régiments français. Des mouvements similaires se développaient dans le même temps parmi les autres armées européennes impliquées dans le conflit, y compris à l'intérieur de l'armée allemande. Côté anglais, une mutinerie qui a duré quelques jours dans le camp d'Étaples sur le littoral français a été très durement réprimée en 1917. Les armées anglaises et française conviendront de garder le secret sur cette affaire jusqu'en 2017, date à laquelle les archives anglaises devraient être ouvertes.

Les mutineries de la flotte française en Mer Noire se produisent en avril 1919. La guerre est officiellement terminée depuis environ 6 mois mais les marins ne sont toujours pas démobilisés. Ils sont envoyés avec leurs navires en Russie dans les ports d’Odessa et de Sébastopol pour soutenir les armées blanches contre-révolutionnaires. Des troupes françaises participent aux combats à terre mais se révèlent peu fiables. L’armée craint les fraternisations avec l’armée rouge. Des régiments refusent de marcher. Lorsque l’armée rouge approche de Sébastopol, les cuirassés français effectuent des tirs de barrage. C’en est trop pour les marins qui veulent rentrer chez eux et refusent de s’engager dans une guerre contre-révolutionnaire. Une mutinerie éclate le 19 avril et se répand dans les principaux navires de la flotte jusqu’au 21. Des troubles ont aussi lieu en ville où les marins ont débarqué. Le cuirassé France, sous le contrôle des marins (il y a un groupe anarchiste très actif depuis des années à son bord), abandonne même la côte russe et vogue vers la Tunisie où les mutins se rendent finalement. L’amirauté ordonne le retrait immédiat de la flotte qui retourne en France. D’autres mutineries inspirées par celle de la mer noire se produisent dans les mois qui suivent comme celle du « Guichen » fin juin, qui ne cesse de transporter des troupes coloniales (africaines) pour le front russe. La vague de mutineries, à terre comme sur mer, mettra fin à l’intervention française en Russie. Mais les marins considérés comme « meneurs » le paieront d’années de travaux forcés.


Tract du parti communiste français de 1927 appelant les soldats français de la concession de Shangaï à l'insoumission. 


Algérie

De très nombreux officiers de l'armée française, ancien résistants durant la seconde guerre mondiale, refuseront catégoriquement de servir en Algérie.


Russie

Des accords passés avec la France et la Grande-Bretagne engageront la Russie dans la première guerre mondiale contre l'Allemagne. Les troupes constituées de paysans et d'ouvriers mal formés au métier de la guerre, dont parmi ces derniers des syndicalistes bolchéviques, seront décimées et les pertes humaines seront considérables. Les soldats rejoignent progressivement la lutte des révolutionnaires.


Chine

Canton

En 1927, le mécontentement grandissait dans les rangs de soldats de l'armée contre leur misérable situation matérielle, contre l'odieux traitement qu'ils subissaient de la part des officiers et contre les actions de brigandage contre les civils. A Canton, des régiments de l'armée se mutinent et rejoignent la révolution des ouvriers et des paysans. « Vive Canton soviétique »-« Vive le pouvoir des ouvriers, paysans et soldats », - « Soldats passez aux côtés des ouvriers », les troupes manifestèrent alors leur sympathie pour les mots d'ordre révolutionnaires. Mais cette mutinerie se limita presque exclusivement aux troupes de Canton et non à celles stationnées dans la région. Après l'insurrection de décembre 1927, les troupes régulières de l'armée écraseront les forces révolutionnaires en trois jours seulement. Les dirigeants communistes évoquèrent comme faute principale l'insuffisance du travail politique pour la décomposition de l'armée réactionnaire en dehors de Canton et la liaison trop faible entre le parti et les dizaines de milliers de paysans dans les environs de Canton.


Portugal

En 1973, un groupe d’officiers de carrière entame un mouvement corporatiste qui, peu à peu, s’amplifie, transformant les revendications initiales en une volonté de changement de régime. C’est ce mouvement qui conduira, le 25 avril 1974, à la chute de la dictature la plus longue de l’Europe. La révolution des Œillets (Revolução dos Cravos), en 1974, est d'abord un coup d'État organisé par des militaires radicalisés par l'échec de la guerre coloniale et les sacrifices humains, coup d'état soutenu par le peuple. La révolution des Œillets offre la particularité de voir des militaires abattre un régime sans pour autant instaurer un régime autoritaire. Ils sont en effet porteurs d'un projet démocratique : mise en place d'un gouvernement civil, organisation d'élections libres et décolonisation. Les manifestations populaires de soutien qui suivent, constituent, de leur côté, la base du double caractère de cette révolution : étant initialement une révolution militaire, elle se transforme en une révolution militaire et populaire. C’est donc ce double caractère qui permet la coupure avec l’ancien mode d’organisation sociopolitique et économique ainsi que l’institutionnalisation d’un nouvel ordre.


Argentine

Juan Domingo Perón, colonel de l'armée, n'était pas un révolutionnaire socialiste, bien au contraire. Cela étant dans le contexte des années 1940, et de l'Argentine [où les militaires argentins se succédaient au pouvoir dictatorial], son anti-impérialisme, son nationalisme et son populisme seront considérés comme potentiellement dangereux, au point d'inquiéter sérieusement l'oligarchie ainsi que l'ambassade américaine. Il est élu président en février 1946 et mena une politique en faveur des classes populaires tout en muselant l'opposition politique. Cependant, malgré le style populiste et autoritaire de sa présidence, Perón maintint le multipartisme et les élections démocratiques tout au long de son mandat, interdisant ainsi toute assimilation hâtive au fascisme du péronisme. Son épouse Eva Perón, une ancienne actrice d'origine modeste, fut très populaire auprès des classes populaires et indigentes. Ernesto Che Guevara, alors ministre à Cuba, reconnaissant l'anti-impérialisme exemplaire de Perón, envoya au président déchu et exilé en Espagne, une invitation à venir et une forte somme d'argent.

Cuba

Ernesto Che Guevara notait que les troupes de l'armée régulière ne montraient guère d'enthousiasme à combattre les guérilleros. Malgré une supériorité écrasante, l'armée ne pourra venir à bout d'une poignée de guérilleros mal équipés. Au fil des victoires, de nombreux soldats rejoignent le camp des révolutionnaires ainsi que des sous-officiers et officiers.

Libye

Mouammar Kadhafi, capitaine de l'armée autoproclamé colonel, organise un coup d'Etat en 1969 visant à renverser la monarchie pour instituer une république faisant du pays une Jamahiriya (littéralement un « État des masses »), théoriquement gouverné selon un système de démocratie directe. Kadhafi, anti-impérialiste, qui se réclame de Nasser, prône le passage à un socialisme arabe d'État teinté de panarabisme. Il nationalise certaines entreprises, notamment celles détenues par des ressortissants italiens. En 1977, il déclare la « révolution du peuple », et institue une dictature sanglante ; considérant que tout individu contestataire doit être puni de la peine de mort, et estimant que les universitaires, étudiants, Frères musulmans, journalistes) sont susceptible d'être des « ennemis de la révolution ».


Burkina Faso


Thomas Sankara  a suivi une formation d'officier à l'Académie militaire d'Antsirabé, à Madagascar, et devint en 1976 commandant du CNEC, le Centre national d'entraînement commando. Il a côtoyé des militants d'extrême gauche dans les années 1970 et  a mis en place un groupe d'officiers clandestins d'influence marxiste : le Regroupement des officiers communistes (ROC). En 1983, il devient Président du Conseil National Révolutionnaire. Il dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, notamment de la France, en Afrique (notamment les régimes clients de Côte d'Ivoire et du Mali, lequel lance plusieurs fois des actions militaires contre le Burkina Faso, soutenues par la France). Devant l'ONU, il défend le droit des peuples à pouvoir manger à leur faim, boire à leur soif, être éduqués. Pour redonner le pouvoir au peuple, dans une logique de démocratie participative, il créa les CDR (Comités de défense de la révolution) auxquels tout le monde pouvait participer, et qui assuraient la gestion des questions locales et organisaient les grandes actions. Les CDR étaient coordonnés dans le CNR (Conseil national de la révolution). Les résultats de cette politique sont sans appel : réduction de la malnutrition, de la soif (construction massive par les CDR de puits et retenues d'eau), des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabés ou non) et de l'analphabétisme (l'analphabétisme passe pour les hommes de 95 % à 80 %, et pour les femmes de 99 % à 98 %, grâce aux "opérations alpha"). Sankara est aussi connu pour avoir rompu avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabé, par l'affaiblissement brutal du pouvoir des chefs de tribus, et par la réintégration des femmes dans la société à l'égal des hommes. Il a aussi institué la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification. Il est le seul président d'Afrique (et sans doute du monde) à avoir vendu les luxueuses voitures de fonctions de l'État pour les remplacer par de basiques Renault. Il faisait tous ses voyages en classe touriste et ses collaborateurs étaient tenus de faire de même. Il est célèbre aussi pour son habitude de toujours visiter Harlem (et d'y faire un discours) avant d'arriver à l'ONU. Il est considéré par certains comme le Che Guevara africain. En 1987, la France commandite son assassinat [Chirac premier ministre, Mitterrand, Président].


Vénézuela

Hugo Chavez est un militaire formé à l'Académie militaire du Venezuela qu'il quitte avec le diplôme de Sciences et Arts militaires. Après ses études, il intègre les forces armées vénézuéliennes et monte jusqu'au grade de lieutenant-colonel. Le 24 juillet 1983, lors de la journée du 200e anniversaire de la naissance du Libertador (Libérateur) du Venezuela et des autres colonies espagnoles d'Amérique du Sud, Simón Bolívar, Chávez crée avec notamment Raúl Isaías Baduel, au sein de l'armée, le Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 (Mouvement révolutionnaire bolivarien 200, MBR-200) d'orientation socialiste.



EGYPTE / 2011


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