STARchitecture et Ville Nouvelle


BIG : RED STAR HARBOUR, Chine : Nouvelle ville/port marchandise


C’est le principe du fétichisme de la marchandise, la
domination de la société par « des choses suprasensibles bien
que sensibles », qui s’accomplit absolument dans le spectacle,
où le monde sensible se trouve remplacé par une sélection
d’images qui existe au-dessus de lui, et qui en même temps
s’est fait reconnaître comme le sensible par excellence. 

Guy Debord,
La société du spectacle. 
1967


Laissons de côté, pour un moment, les convictions politiques néo-libérales des architectes de l'establishment reconnus internationalement, pour nous concentrer sur le seul aspect purement formel et spatial concernant les projets de villes nouvelles et de nouveaux grands quartiers.

Sans doute, l'authenticité, la qualité d'une ville, d'un quartier relève-t-elle de l'indicible. S'attacher à porter jugement, critiquer sur de simples images, vouloir percer le secret des plans n'est pas chose facile, à supposer que cela soit justifié. On peut cependant avancer, qu'au-delà de ces considérations, les villes nouvelles imaginées par l'intelligentsia, ne sont guère enthousiasmantes, convaincantes, et les architectes ne font pas montre d'une créativité particulière pour leur conception ; ou bien le contraire, par une trop excessive recherche de nouveauté qui font de ces projets de ville des capteurs médiatiques qui les érigent en urbanisme spectaculaire. Dans bien des cas, ces extravagances urbanistiques sont justifiées par l'utilisation des dernières techniques urbaines écologiques. C'est un élément important mais qui ne doit pas occulter le cadre -de vie- et les qualités spatiales de la cité. Dans la majorité des cas, les réponses urbaines -et paysagères- ne dépassent pas un niveau de médiocrité et/ou de banalité intellectuelle qui s'opposent, par contre, à la plus grande qualité des formes architecturales.

Cette aporie de la pensée urbaine, cette médiocrité de l'urbanité, des formes comme de l'idéal, qui s'opposent à une certaine qualité des oeuvres architecturales -en général-   marquent ainsi la limite des architectes à pouvoir gérer de telles échelles. Car en effet, il ne fait aucun doute que les architectes Rem Koolhaas, Mvdrv, Big, Bernard Tschumi, Zaha Hadid, Herzog et De Meuron et d'autres encore, sont d'excellents inventeurs de formes architecturales dont les œuvres marqueront l'histoire de l'architecture, et ils ont  enrichi le patrimoine architectural mondial d'une collection de projets et de réalisations intéressantes, représentatives des tendances à la mode internationale. 

Les architectes « humbles » face au défi ?

Dans ce qui est considéré comme étant la partie la plus culturellement avancée dans le domaine de l'architecture, c'est à dire le carnet mondain mondial, certains architectes refusent cet exercice difficile ; ce qui est le cas, par exemple, de l'un des plus grands architectes de notre époque, l'américain Steven Holl, ou bien de Renzo Piano, ainsi que des talentueux architectes associés d'origine suisse Herzog et De Meuron. Leur domaine d'intervention se limite à celle de l'ilot [vulgairement, un pâté de maisons] et aux grandes constructions publiques ou privées prestigieuses. Aucune raison particulière n'est avancée, sinon une attitude d'humilité face au défi. La grande échelle ne les intéressent pas.

Cela étant, plusieurs raisons peuvent expliquer cette humilité. En premier lieu, les chances de « réussite » de bâtir une nouvelle cité, selon les prescriptions des architectes reconnus de « grande valeur » sont extrêmement faibles : le coût de la beauté, de la City Beautiful étant nettement supérieur aux calculs des investisseurs. D'autre part, les études pour l'élaboration d'une nouvelle ville exigent un personnel qualifié et compétent, des associations souvent difficiles avec des experts d'autres domaines [ technique, géographie, écologie, économie, programmation, etc.], des réunions à n'en plus finir avec ces derniers, avec les commanditaires et leurs propres experts, avec les politiciens, etc. Des compromis sont à élaborer, des consensus à trouver. Soit un labeur de longue haleine pour un résultat hasardeux. Beaucoup ne préfèrent pas s'y risquer.

Des commanditaires

Les commanditaires sont bien conscients des problèmes – des « caprices de Diva » qui peuvent advenir en choisissant comme concepteur un architecte de renom. Cependant, obtenir la signature d'un grand nom de l'architecture pour la conception d'une nouvelle ville est synonyme d'une médiatisation mondiale-quasi-immédiate. Cet aspect n'est pas totalement absent dans le calcul mathématique/économique des investisseurs et/ou des autorités. Le prestige de l'architecte portant caution sur la « moralité » de ce qui va être bâti. Le slogan « La laideur se vend mal » du designer français Raymond Loewy, est un argument -de vente- de poids.

Et bien, en fait, non. A ce jour aucune ville nouvelle n'a été l'oeuvre d'un architecte reconnu. Norman Foster qui a imaginé la nouvelle ville « écologique » de Masdar, n'est pas considéré comme un grand maestro de l'architecture. Son style architectural, malgré une grande qualité d'exécution, ne peut prétendre rivaliser avec le génie de Steven Holl, les expérimentations de Koolhaas, l'inventivité de Herzog et De Meuron, le ludisme décomplexé de BIG. A l'inverse, les architectes de renom interviennent pour concevoir dans ses mêmes villes, un équipement prestigieux, voire même un quartier entier qui, dans le contexte de médiatisation de l'architecture à des fins économiques et politiques s'inscrivent dans la vaste entreprise de promotion culturelle. Bernard Tschumi a ainsi élaboré le plan d'urbanisme pour un quartier d'Abu Dhabi tandis que Rem Koolhaas s'occupe de l'aménagement du front de mer de Dubaï et a été commandité pour plusieurs bâtiments. 

En fait, dans l'histoire mondiale de l'architecture, peu de villes nouvelles ont été conçu par des architectes "avant-gardistes" [le terme est plus approprié pour ces architectes] : après la seconde guerre mondiale, on recense   Le Corbusier à Chandigarh, Costa & Niemeyer à Brasilia, dans une moindre mesure Louis Kahn à Dakha, Patrick Geddes à Tel-Aviv. 

Réalisations et pensée urbaine

Posons-nous la question : 

Quelles villes nouvelles, voire même, quels grands quartiers "modernes" et périphériques, conçus ses vingt dernières années représentent une réussite exemplaire,  un modèle pour la pensée urbaine contemporaine et suscitant une réaction favorable des habitants et des usagers ? 


Question soumise à notre entourage : une réponse suggère une partie du quartier Antigone à Montpellier, conçu par Ricardo Bofill, en faisant abstraction de l'architecture néo-romaine ; une autre Port Grimaud de l'architecte Spoerry, quartier pastiche... Berlin Ouest est évoqué mais le quartier date des années 1980 ; Barcelone mais les quartiers neufs ne sont pas en  périphérie. Bref, rien, mais par contre les plus vives critiques pour le 13e à Paris, Marseille, Lille, etc.

Aujourd'hui force est de constater que la pensée urbaine de l'intelligentsia pour ce qui concerne la grande échelle reste marquée par les difficultés à faire émerger des "projets de ville" et à instaurer un débat rigoureux et ouvert sur les grandes questions urbaines. Le nombre des concours s'est accru,  les architectes de renommée internationale ont été sollicités, mais pour ce qui concerne le projet urbain que la ville attend -complexe, cohérent, moderne et ancré dans l'Histoire comme dans la société civile-, il apparaît qu'en regard des époques antérieures, on ait assisté à une relative régression. 


Alors qu'entre urbanisme et architecture nombre d'auteurs -et de médias- pratiquent la confusion des genres, peu de projets parviennent à exprimer une "idée de ville", une philosophie qui transcende les contingences immédiates et parvienne à énoncer un propos dans lequel, l'homme, le simple habitant, soit placé en situation privilégiée. D'une certaine manière, l'architecture Spectacle que dénonçait avec véhémence les plus grands critiques de l'architecture des années 1980 [Bernard Huet, Jean-Pierre Le Dantec, Marcel Roncayolo, etc.] a changé d'échelle et a contaminée l'urbanisme devenu à son tour spectaculaire. Sous l'égide des architectes reconnus de classe internationale acceptant les conditions de l'urbanisme capitaliste, voire en les exacerbant. 

Jean-Pierre Le Dantec écrivait ainsi à propos de Koolhaas et des théoriciens néo-libéralistes  :

 Ce narcissisme tend, toujours à « Plus de contraintes liées à l'histoire, à l'exigence d'un espace public, aux bâtiments préexsitants, etc." L'autre "et le "Il y a" , ces deux géneurs ramenés sur le devant de la scène par la contestation soixante-huitarde, sont abolis. Et les désirs solipsistes de l'architecte et de son commanditaire peuvent à nouveau se donner libre cours, comme au bon vieux temps des années 60, dans une cacophonie violente et un égoïsme sans culpabilité, puisque, moyennant un tour de passe-passe théorique, le chacun pour soi et le n'importe quoi ont été décrétés voies d'accès privilégiées au beau contemporain ». " Tel promoteur (...), tel brasseur d'affaires (...), tel membre haut placé de la nomenklatura architecturale ont entrepris de réhabiliter l'urbanisme pompidolien et, dans le même temps, de promouvoir quelques jeunes architectes talentueux, à la condition expresse que, rompant (comme c'est normal) avec leurs aînés, ils dessinent des objets spectaculaires aisément médiatisables. Entreprise peu ragoûtante, quoique digne d'une époque qui s'extasie sur le "ludisme" des Disneyland et les performances télévisuelles de Tapie ou de Le Pen. Non seulement parce qu'elle fait remonter à la surface l'affairisme, le cynisme et les propos les plus obtus sur une modernité réduite à son propre simulacre ; mais parce que, usant sciemment de son pouvoir, elle promeut la démagogie et s'emploie à détruire une culture qui avait mis des décennies à se (re)former."

Le critique François Chaslin [devenu aujourd'hui lui-même un fervent admirateur de Rem Koolhaas et pro-capitaliste acharné] dénonçait également le travail des architectes devenus, selon lui, des artistes, car il s'agit bien d'artistes et non plus de praticiens anonymes en blouse blanche, techniciens de l'habitat et de la ville fondus dans la pluridisciplinarité et dans le travail collectif que beaucoup aspiraient à être il y a encore un quart de siècle.(...). Les scrupules, les exigences "soucieuses des années 1970, ces filles vieillies de la pensée 68, sont encore présents, mais plutôt à titre de survivance, comme une mauvaise conscience râleuse qui agacerait la jeunesse trop active du moment de ses reproches toujours latents." ; et de dénoncer également leur cynisme marqué par le court terme et l'individualisme, la médiatisation à outrance d'une architecture "objet", du star système et, plus grave, une érosion des idées collectives et des idéologies. Il opposait à la notion de progrès celle de la nouveauté, à l'ancien désir de révolution celui de transformation incessante.

Voici donc, une galerie des horreurs urbaines que nous réservent les architectes du néo-libéralisme, une vision d'avenir cauchemardesque.


Après lecture, nous vous invitons à consulter notre article concernant l'admirable utopie urbaine -et sociale- de CONSTANT, aidé par Guy Debord : New Babylon.


REM KOOLHAAS / OMA

Rak gateway
Lieu : Ras Al Khaimah, United Arab Emirates
Projet : RAK Gateway is a masterplan by for a large urban development at Ras Al Khaimah, the northernmost of the United Arab Emirates.
Client: RAK Gateway Authority
Budget: N/A
Programme : Proposed GFA 994.600m² ; total site area 1.204.200 m²; Retail; Office, Mixed use, Residential, Hotel, Sports & Entertainment; Trade Fair and Exhibition; Industry.





Penang Tropical City
Lieu : Penang, Malaysie
Projet : Concours pour une ville nouvelle en zone tropicale proche de Georgetown
Client: N/A
Budget: N/A
Programme : Habitations : 460.00 m², Résidences : 520.000 m², Bureaux : 230.000m², Hôtels : 140.000 m², Commerces : 230.000 m², Convention Centre : 37.000 m², Concert Hall : 6.000 m², Education : 9.300 m²


Hyperbuilding
Lieu : Phra Pradaeng, Bangkok, Thaïlande
Projet : Etude pour une ville verticale "autonome" de 120.000 habitants au sud du centre historique de Bangkok
Client: N/A
Budget: N/A
Programme : 5.000.000 m² : Habitations / Bureaux /Industrie / Education / Culture / Service / Loisirs / Commerces



MVRDV

Xinjin Water City
Lieu : Xinjin, Chine
Projet : Trois nouveaux quartiers à Xinjin, dans la région de Chendu
Client: N/A
Budget: N/A

Programme : N/A.


Montecorvo Eco City
Lieu : Logrono, Espagne
Projet : Projet d'extension "écologique" de la ville de Logrono
Client: N/A
Budget: N/A

Programme : 130.000 habitants.




NORMAN FOSTER

Crystal Island
Lieu : Moscou, île Nagatino

Projet : Crystal Island n'est pas une ville nouvelle mais une monstruosité devant s'implanter dans la périphérie de Moscou, dans une zone urbanisée.
Client: N/A
Budget: N/A

Programme 620 m de diamètre à sa base,  500 m de hauteur, 2,5 millions de m². Cette méga-structure abritera 3000 chambres d'hôtel, 900 appartements, une école, 3 théâtres, un cinéma Imax, des bureaux, un musée, un centre sportif, deux étages panoramiques et un parking souterrain pour 14000 véhicules. La plus vaste aire bâtie sous un même toit.


Masdar
Lieu : United Arab Emirates
Projet : Masdar, ville écologique ?
Client: N/A
Budget: 22 milliards d'euros

Programme voir notre article



ZAHA HADID
Kartal Pendik
Lieu : Istanbul, Turquie
Projet : Nouveau quartier à Istanbul sur un ancien site industriel
Client: Greater Istanbul Municipality
Budget: N/A

Programme : 555 hectares. Nouveau centre tertiaire, hôtels, résidences, équipements culturels [musées, salles de spectacles, théâtres, etc.], équipements de loisirs et port de plaisance. Intégration urbaine de l'autoroute reliant le centre ville historique, terminal de bus, métro et gare ferroviaire.

BIG

SuperHarbour
Lieu : Entre le Danemark et l'Allemagne
Projet : Ile artificielle, port et ville. Projet identique au projet Red Star Harbour.
Client: Partenariat Public Privé
Budget: N/A
Programme: 680 hectares. 


Zira Island
Lieu : Azerbaijan, Baku, mer Caspienne
Projet : ville nouvelle "écologique"
Client: Avrosity Holding
Budget: N/A
Programme: 1.000.000 m².




BERNARD TSCHUMI

Media Zone
Lieu : Abu Dhabi
Projet : Le nouveau quartier Media Zone est situé dans la ville d'Abu Dhabi.
Client: Autorités des Affaires Exécutives d'Abu Dhabi
Budget: N/A

Programme 52 hectares.




Jean NOUVEL
Grand Pari$
Lieu : Région ile-de-France
Projet : Concours voulu par le président de la République française, N. Sarkosy
Client: Nicolas Sarkosy
Budget: N/A

Programme : Penser le développement de l'agglomération parisienne
GENNEVILLIERS

GENNEVILLIERS

GENNEVILLIERS

GENNEVILLIERS

VITRY-sur SEINE

VILLACOUBLAY

Après lecture, nous vous invitons à consulter notre article concernant l'admirable utopie urbaine -et sociale- de CONSTANT, aidé par Guy Debord : New Babylon.

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