Médias Architecture : ne PAS avaler


Revue URBANISME 


L"architecte Rem Koolhaas,  à une question d'un journaliste et grand critique français de l'architecture, eut cette réponse d'une importance capitale et peu commentée en France :

Il est essentiel que les architectes réinvestissent le champ de la théorie. Et plus encore la critique, qui s'en est tenue à suivre et accompagner la production architecturale et ses stars, au lieu d'intervenir. L'ambiguïté que vous évoquez, ce n'est pas seulement le monde des architectes qui l'a entretenue, c'est aussi la critique. A elle de réparer et d'aller de l'avant. De ma part, il ne s'agit pas de cynisme, même si cela entre dans mes façons de m'exprimer.


























La réponse de Koolhaas nous pose la question fondamentale de la place de la critique, en France, dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme qui aujourd'hui paraît bien fade ou inexistante comparée à la richesse du débat d’idées dans les revues d’architecture des années 1970. Bien évidemment, la crise de l'architecture y est pour beaucoup ainsi que la recherche de l'originalité architecturale dans le star system qui ont conduit à mettre en valeur le spectaculaire et les expressions d’individualités. Estelle Thibault écrit, en commentant le livre La critique architecturale, "cette crise du discours critique est souvent rapportée au désengagement, dans les deux dernières décennies, du milieu architectural par rapport aux débats politiques et sociaux. Les « positions de critiques » rassemblées dans la première partie de l’ouvrage s’accordent à dénoncer la superficialité complaisante de comptes rendus trop souvent dépendants d’un système professionnel et médiatique". Ainsi, les revues d'architecture, lieu privilégié de la critique, poursuite-t-elle seraient aux prises avec les logiques de consécration personnelle, de stratégies de médiatisation au détriment son statut de discipline intellectuelle exigeante, de ses implications politiques et sociales.

De même de la pensée urbaine qui en France a connu un recul inquiétant. Rem Koolhaas juge ainsi de ses confrères français : La France, qui a inspiré plusieurs de nos meilleurs projets, est aussi le pays qui nous rejette le plus durement. Ce n'est pas une question de choix politiques. C'est surtout lié aux limites de la réflexion chez beaucoup de professionnels. La plupart n'ont pas eu à assumer, ni même à connaître professionnellement, les conditions réelles de la ville contemporaine, comme si la France était isolée. J'ai beaucoup de sympathie pour les Français, mais, et je le dis sans hostilité, ils sont prisonniers d'un univers dont ils redoutent l'évolution. Ils ont une tradition de résistance, liée au poids de l'histoire, qui les conduit à respecter l'existant, quel qu'il soit. Le plus difficile à comprendre, apparemment, est que je puisse avoir deux discours, non pas contradictoires, mais différents : l'un sur la ville telle qu'elle est, l'autre sur les types d'intervention possibles pour les cités de demain. Nous ne partageons les idéaux ni les théories de Rem Koolhaas, architecte du pire néo-libéralisme, mais force est de constater que certains de ses diagnostics sont parfaitement exacts. En cela nous préférons encore la franchise intellectuelle de Koolhaas plutôt que l'hypocrisie -et la nullité selon Koolhaas- d'un Jean Nouvel.

Mais au-delà de ses réponses depuis [très] longtemps avancées, la principale raison est plus simple,  l'embourgeoisement de l'intelligentsia architecturale, notamment celle, nous l'avons souvent évoquée, qui combattait en 68, l'oligarchie sans imagination au pouvoir. Dans les faits depuis maintenant plus de trente années, ces revues impriment les réalisations du ghota architectural français et mondial, expriment des points de vue en dehors de la réalité quotidienne du simple citoyen, pour se consacrer à des thématiques qui aujourd'hui sont largement dépassées mais proche du discours néo-libéral et politiquement correct des politiciens de droite comme de gauche.

La palme du cynisme et du néo-libéralisme le plus cristallin peut être attribuée à la revue l'Architecture d'Aujourd'hui, dont l'architecte Jean Nouvel est le conseiller rédactionnel. Jean Nouvel qui définit ainsi la ligne directionnelle :
A l’heure où un grand débat est lancé à Paris sur le futur des métropoles et conurbations héritées du XXe siècle, L’Architecture d’Aujourd’hui va contribuer à la réflexion, témoigner des positions différenciées pour favoriser des stratégies ouvertes sur le monde, nous rappeler les origines de la revue et de ses fondateurs, Le Corbusier en étant à l’époque le porte-drapeau. Et l’esprit de celui qui fut le premier à introduire des références hors du champ clos de l’architecture d’alors dans Vers Une Architecture (les avions, les voitures, les bateaux…) nous pousse à créer une revue de regardeur. Pour tout amateur curieux, ce qui est certes le propre des amateurs. Mais aussi du professionnel avec, alors, le regard qui devient source de création et qui est de nature à déclencher cette passion qui amène à considérer – comme Hegel – l’architecture comme le premier des arts. Vous aurez compris l’esprit, l’ambition et la générosité de cette entreprise intellectuelle.


Jean Nouvel, ici remercié pour bons et loyaux services par le président

... et admiré par la revue de gauche Rue 89, qui prouve l'inculture de la journaliste et au-delà de la revue de Gauche 

Rappelons simplement que si il est vrai que Le Corbusier s'intéressait aux nouvelles technologies, c'était non pas pour regarder le monde mais bien pour enrichir ces théories en matière d'habitat pour le plus grand nombre, améliorer les techniques et non celui de l'art de la construction, et surtout d'offrir des manifestes d'architecture sociale prenant le chemin des plus grandes réformes radicales. Jean Nouvel préfère inviter Nicolas Sarkozy [pourquoi pas ?] à débattre, offrir à son cercle de relation des tribunes  et de publier des articles d'une portée exceptionnelle,  tel celui posant la cruciale question : Quelle est la place du tourisme dans les réflexions sur le Grand Paris ? Les 3.600.000 mal-logés et non logés recensés en France par la Fondation Abbé Pierre apprécient tant d'égard : Des yeux qui ne voient pas, affirmait Le Corbusier à propos des architectes conformistes ou petit-bourgeois,  qui aujourd'hui  préfèrent ne PLUS voir. Architecture ou Révolution poursuivait Le Corbusier....



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