Le Corbusier à Paris, Pourquoi pas ? Illustré par A. Bublex



Alain Bublex, une interprétation du Plan Voisin à Paris, de Le Corbusier



Le plan Voisin pour Paris de l'architecte Le Corbusier, imaginé en 1925 : ce à quoi les parisiens ont échappé, une horreur, une hérésie détruisant l'inestimable patrimoine historique urbano-architectural de la plus belle ville du monde !  
En effet, mais, si le patrimoine immobilier des vieux quartiers centraux a résisté à l'urbanisme prédateur de Le Corbusier, puis aux bulldozers des spéculateurs, il n'en est pas de même pour le patrimoine "mobile" : les classes populaires. En 1925, ses quartiers étaient habités majoritairement par les classes ouvrière et moyenne, ce qui n'est absolument plus le cas aujourd'hui.






Le Plan Voisin, Le Corbusier : Pourquoi pas ? 
Le Plan Voisin, Le Corbusier : perspective de la Porte Maillot





Ses quartiers abritent aujourd'hui les classes supérieures nationale et internationale, formant un véritable ghetto, parcouru et admiré par les touristes. Nous ne reviendrons pas sur les nombreux aspects de l'embourgeoisement de Paris si ce n'est pour souligner la hausse phénoménale des loyers obligeant les classes moyennes, après les classes populaires, à céder leur place aux investisseurs étrangers et provinciaux. 

A Paris, les murs qui enferment et protègent les zones les plus riches sont invisibles, virtuels mais d'une aussi grande efficacité. 

Le plan Voisin de Le Corbusier aurait ainsi donné une toute autre destinée au centre de Paris, notamment contre l'embourgeoisement critique. La proposition de Le Corbusier qui présente le principal avantage d'une grande mixité sociale voire populaire, et l'intérêt de pouvoir constituer une force insurrectionnelle proche des centres de décision de l'Etat, une véritable armée pouvant à tout moment descendre dans la rue pour protester ou révolutionner. Le loup dans la bergerie, en quelque sorte. Ce n'est plus la ceinture rouge des municipalités communistes qui aurait pu effrayer les nantis, mais le coeur de la capitale.

Une autre destinée, selon l'artiste Alain Bublex, aurait pu être une inversion du centre et de la périphérie de la capitale.



BUBLEX, Plan Voisin de Paris - V2 Circulaire Secteur C11 (Avenue Montaigne)




Bublex prolonge ainsi en images ce qui est resté à l’état de projet, et ses vues du Plan Voisin font apparaître le centre de la ville expulsé vers la périphérie comme une succession de bretelles pluvieuses, au coeur desquelles des enseignes aux néons gigantesques se disputent l’attention de l’automobiliste.  


Selon l'artiste « Un des aspects fascinants du Plan Voisin est qu’il représente l’exact contre-pied de ce que a été fait : transformer le centre de Paris plutôt que de le préserver, se refuser à l’extension infinie des banlieues, plutôt que de créer les Villes Nouvelles. Ainsi, le centre de la ville serait devenu une sorte de banlieue. (… bien que) cela ne doit pas être tout à fait la même chose quand votre cité est au point de convergence des grandes routes européennes et à deux pas des ministères, plutôt qu’à plusieurs kilomètres d’une bretelle d’un autoroute secondaire, sans aucun transport en commun après 21 heures, entre une zone industrielle, une friche et deux ensembles pavillonnaires. 

Qu’importe, le centre de Paris serait une ville verte, une immense cité résidentielle. Mais l’effet d’inversion doit jouer dans les deux sens : si la banlieue est au centre, le centre doit se trouver en périphérie (…) Paris aurait alors une nouvelle caractéristique unique, elle serait la seule ville à posséder un centre annulaire bâti de part et d’autre d’une autoroute sans fin : le périphérique.


Alain Bublex, « Le Plan voisin 3 - Une conséquence possible ».



BUBLEX,  Plan Voisin de Paris - V2 Circulaire Secteur C23 (Champs-Élysées)


BUBLEX,  Plan Voisin de Paris - V2 circulaire secteur 25 (Place Vendôme)
BUBLEX,  Plan Voisin de Paris - V2 Circulaire Secteur C18 (Pigalle)
BUBLEX, Plan Voisin de Paris - V2 Circulaire Secteur C12 (Louvre Opéra)
BUBLEX, Plan Voisin de Paris - Secteur C6




Une toute autre destinée peut également être évoquée ; car en effet, Le Corbusier était un des plus grands génies de tous les temps -en architecture uniquement...-, et ces tours parisiennes auraient très certainement été de la plus grande qualité architecturale et, de fait, colonisées par les classes supérieures. Comme cela est le cas de la Cité Radieuse à Marseille : délaissée pendant des décennies, elle suscite depuis quelques années déjà, un véritable engouement auprès des classes bourgeoises de la Cité phocéenne [architectes, notaires, avocats, médecins, artistes, etc.]. Les prix d'achat et de location s'envolent...





Le Corbusier, Cité radieuse, Marseille


Le Corbusier, Cité radieuse, Marseille, intérieur



Il serait également possible d'évoquer le progressif embourgeoisement des tours sans qualité de Belsunce, à Marseille et celles du secteur China Town de la porte de Choisy à Paris, tout du moins dans les étages supérieurs. Ce secteur moderne de la capitale qui présente tout à la fois des hautes tours d'habitations hideuses et une animation urbaine d'une plus grande richesse que celle des quartiers historiques préservés du centre ville,  devenus de véritables no man's land -outre quelques spots- après la fermeture des boutiques des Halles et du centre culturel Beaubourg. Les étalages et la foule cosmopolite du célèbre supermarché chinois Tang frères rivalisaient -à une époque- avec les expositions de Beaubourg, les cantines populaires chinoises supplantaient les bars branchés des Halles. Tout cela à l'ombre des grandes tours.


Bien entendu, il aurait été préférable de conserver l'un et l'autre, le petit peuple parisien et le patrimoine historique ; mais à choisir entre les deux, nous préférons, nous, les tours de Le Corbusier, plutôt que ces tristes lieux muséifiés, ghettorisés, marchandisés, touristifiés, qu'aujourd'hui nous évitons.




1 commentaire:

  1. quelle honte cette idée folle de détruire Paris! Crime culturel et humain... dans la lignée des crimes et destructions des communards , des kmers rouges...etc...Le Corbusier était un fou furieux , bouffi d'orgueil, au service d'un capitalisme inhumain... son plan s'appelle Voisin du nom d'un fabriquant de voitures qui rêvait de détruire Paris pour mieux y faire circuler ses bagnoles! Dieu merci , ni lui ni les spéculateurs immobiliers n'ont gagné... du moins à Paris ...

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