Front des Artistes Plasticiens

FAP, Non aux licenciements, 1975

Le 13 mai 1968 s’ouvre dans l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, occupée et bouillonnante, l’Atelier populaire où une nouvelle génération d’artistes réalise des affiches sérigraphiées qui seront placardées dans les rues de la capitale, proposant une nouvelle figuration accompagnant les slogans contestataires, libertaires, poétiques et révolutionnaires. La première affiche de l’atelier populaire des Beaux-Arts au service du mouvement de Mai 68, imprimée à 30 exemplaires est: U-sines, U-niversités, U-nion. Le début des années 70 voit le « retour à l’ordre », mais certains artistes, pour la plupart issus des Beaux-arts décident de poursuivre la lutte, forment des ateliers populaires. Ils seront pléthores dans toute la France qui voit le développement de l'engagement d'artistes dans les luttes politiques (contre la guerre du Vietnam notamment) et le maintien d'un état d'esprit d'extrême gauche né en mai 68. La Coopérative des Malassis, qui crée des oeuvres collectives et engagées, en est un exemple ; le Groupe Support/Surface affiche des positions maoïstes, leur revue Peinture - cahiers théoriques se partage entre l'analyse marxiste et psychanalytique de l'histoire de l'art et l'expression de luttes plus circonstancielles. Le FAP, le Front des Artistes Plasticiens est formé qui proteste également contre un art officiel qui serait sous tutelle. 



FAP, Les pinceaux fusils, 1974


FAP, affiche non datée

FAP, 1975

FAP, 1975

FAP, 1978

FAP, 1980

FAP, 1975

FAP, 1973

FAP, 1976


Le FAP se rend célèbre en 1972 par la manifestation organisée contre l’exposition 72-72 dite aussi exposition Pompidou, alors président de la république. Le ministre de la culture voulait une grande exposition représentative de la création française car la place des arts [et du marché] est désormais à New York [Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg popularise le Pop Art véhiculant l’idée de l’art comme produit de consommation] et non plus à Paris. Il faut résister à l’offensive économique et culturelle des USA. Des artistes -tous français- seront conviés à exposer, d’autres pas, certains ont accepté d’autres refuseront de participer, d’autres voudront critiquer de l’intérieur… Le jour du vernissage, les activistes du F.A.P. s'installent sur les marches, dans le hall, et scandent « l'Expo 72 : des artistes au service du capital ». Les visiteurs sont bousculés, les forces de l'ordre massées à proximité interviennent et l’Expo 72 ferme ses portes. Après huit jours de fermeture et d'assemblées générales, l'expo 72 rouvre finalement ses portes et accueillera environ 70 000 visiteurs jusqu'au mois de septembre, permettant au public de découvrir ainsi quelques grands noms comme Morellet, Viallat, Boltanski, Reynaud, Ben, etc.

FAP, 1973

FAP, 1973

FAP, 1975

FAP, 1975


Le FAP s’oppose mais pas uniquement. Son but est de faire sortir les artistes de leur isolement personnel (qu’il ne faut pas assimiler à l’individu créateur) de les grouper pour qu’émerge un nouveau rapport de force dans le milieu artistique. Les artistes doivent prendre en main leurs affaires. Le problème de l’art dans l’actualité ne peut plus être une lutte individuelle pour la réussite personnelle et un combat stérile de tendances esthétique. Le FAP constate que la situation des artistes n’est pas déterminée par les artistes eux-même mais par un système hiérarchique dont les artistes constitue la base et que ceux qui déterminent la vie artistique sont ceux qui se greffent sur le travail des artistes. Avec le type d’organisation de cette exposition le gouvernement montre encore une fois la volonté d’utiliser les artistes plutôt que de les servir.
Dans les 10 dernières années qui précèdent cette expo, analyse le FAP, la création a été réalisée par les artistes eux-mêmes. Ils ont dû la réaliser dans sa presque totalité avec des sacrifices importants personnels dans l’indifférence générale et sans aucun appui des pouvoirs publics. C’est donc de droit que leur revient une part de responsabilité sur cette exposition. Le FAP s’oppose à la censure, à l’impossibilité d’exposer, à la construction de Beaubourg (qui est une manière d’éclipser la création nationale par l’art international – déjà le pressentiment de la mondialisation), contre l’éviction des artistes de toute concertation, de valorisation arbitraire d’individus à travers la presse marchande, les achats sélectifs de l’état, la destruction des ateliers d’artistes, la liquidation progressive de l’enseignement artistique, le détournement des problèmes de fonds : les conditions de travail, le plein emploi artistique,… en les travestissant en problèmes personnels ou en affrontement esthétiques, en bref de manipuler la fragilité des artistes, individus au statut social mal défini en quête permanente de reconnaissance.


Le FAP décidera de manifester son opposition hors de l’exposition, estimant que (restituons ces propos dans leur époque) présenter la révolution dans l’espace artistique et culturel ne sera pas autre chose que de la jouer, pas la réaliser ! C’est en effet le cadre général dans lequel est présenté une œuvre qui confère à l’œuvre son sens premier. La contestation ne peut venir que de dehors. Une telle réflexion, nous sommes en 72, anticipait sur les analyses contextuelles qui ont démontré depuis à quel point l’art contemporain d’aujourd’hui est indissociable des procédures muséales, galériales et médiatiques. C’est à travers la logistique propre au système, sa prise en charge et sa promotion dans les lieux consacrés à cette fin selon des codes et des rituels précis que l’art, et forcément l’artiste, parvient à une existence statutaire et à la valeur. Ce qui rend compliqué la nécessité d’accompagner celle-ci par une justification interne, c’est à dire par la mise clairement à vue de cette logistique d’autant plus que sa spécificité principale est de nier sa propre existence.
Participer à une exposition de prestige ou sélective a des effets clairement définis, des promesses d’achats publics, la reconnaissance marchande. A l’inverse tout refus entraîne un manque à gagner et un retard de promotion personnelle. Lorsqu’on sait que la réussite est toujours consentie par ceux qui détiennent le pouvoir artistique, en sachant que l’artiste qui refuse le compromis est réduit à perdre toute possibilité d’exercer une influence sur le milieu se voit obliger de devenir un éternel absent ou de changer de profession.
Les artistes signeront leurs affiches FAP et non en leur propre nom ; parmi ceux-ci Attali, Bouvier, Fromanger, La vigne, Le Parc, Matieu, Rédélé, Rougemenont, BMPT, Peignot et bien d'autres.


Sources :


France Culture


François Raphael Loffredo
Arts années 1960/1970

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