LONDON | 1968/1979




Peu avant 1968, les mouvements de contestation en Angleterre s'occupant de la ville et de l'habitat, regroupant une multitude d'organisations, parfois fédérées, ont troublé la quiétude de la société britannique en faisant surgir des revendications neuves, en s'attaquant au contrepoids traditionnel du pouvoir central et de l'administration locale, en proposant une organisation sociale autre. Ce mouvement protéiforme est souvent qualifié de « localiste », car son principal champ d'action et de revendication s'occupe essentiellement du droit au logement, c'est-à-dire à l'habitat, et non ou peu au quartier et à la ville, comme par exemple aux Pays-bas ou en Italie.  Cette particularité - l'importance du local au détriment du global - est avant tout le fait du système anglais hérité de l'époque féodal que la révolution anglaise n'a pas totalement abrogé : Londres est en fait un archipel éclaté de quartiers autonomes. 



Les années 1968/1978 ont vu les luttes locales se multiplier en Angleterre. Ce type de conflits, centré sur le logement, avait déjà toute une longue histoire Outre-Manche et les armes employés (grèves des loyers, occupations d'immeubles, etc.) n'y sont pas inédites. Toutefois, ce mouvement se caractérise des précédents par quelques traits originaux :

  • il a rassemblé sur des objectifs communs des groupes sociaux et politiques jusqu'alors fort éloignés les uns des autres : marginaux (hippies notamment), chômeurs, groupes de la Gauche Radicale, comités de quartier, etc.
  • il n'a pas hésité à dénoncer les limites et les insuffisances du Welfare State [l'Etat Providence], alors même que les travaillistes [Labour Party] étaient au pouvoir. 
    Ce mouvement prend fin avec l'incroyable ruse du parti conservateur qui amnistie les squatters londoniens en octobre 1977. Moribond, il s'achève avec l'arrivée au pouvoir de M. Tatcher le 3 mai 1979.

La situation en Grande Bretagne



Londres est une ville-nébuleuse, qui s'est développée de façon anarchique, qui possède plus de charme que de grandeur, dépourvue de caractère monumental ou de larges perspectives. Le Town Planning londonien a été longtemps le fait de l'initiative privée et non pas des pouvoirs publics. Il s'est manifesté non à l'échelle globale de la ville, par de grandes percées haussmanniennes, par exemple, mais à l'échelon local des quartiers, dans le cadre de chacun des grands domaines (estates),  qui appartenaient (appartiennent encore) aux grandes familles du pays - comprenant la famille royale et le clergé - : soit la majeure partie des terrains sur lesquels Londres s'est développée depuis le 17e siècle ; et il a abouti à la création d'une série de « villages autonomes » planifiés de manière minutieuse, mais sans référence au reste de la ville, et présentant leur ordonnance propre. Ceci forme l'aspect originel de Londres.

Bill Brandt : suburbs London 1934



Les baux



La concentration de la propriété foncière a eu une incidence sur le développement urbain des structures sociales et institutionnelles. Mais un autre facteur est tout aussi important pour comprendre le développement urbain de Londres : les formes juridiques de la propriété. La révolution anglaise n’ayant pas terminé son œuvre, les anciens rapports de propriété sont restés en partie en vigueur. Ainsi, subsista le système de baux de construction à long terme, par lesquels les grands propriétaires louaient leurs terrains, à charge pour le locataire d'y construire en se conformant à des spécifications très précises. Pour chaque propriété, notamment dans les zones urbanisées anciennes, il y a une pyramide de baux. Au sommet de la pyramide, on trouve le propriétaire foncier qui est, au regard du droit, l’unique propriétaire. Entre celui-ci et le, ou les utilisateurs effectifs de la propriété, il y a un ou plusieurs étages intermédiaires - jusqu’à une demi-douzaine ou plus dans les secteurs les plus riches de Londres, par exemple. Le propriétaire en titre vend un bail sur sa propriété à un individu, un sous-propriétaire en quelque sorte, qui forme le niveau 1, lequel fait de même avec un ou plusieurs individus formant le niveau 2, lesquels font de même à leur tour, entraînant la formation d’un troisième niveau, et ainsi de suite.

Chaque intermédiaire prélève un loyer sur les intermédiaires du niveau inférieur mais exerce également un contrôle sur ce que ceux-ci peuvent faire de la propriété. Et tout est sujet à paiement. Si un sous-propriétaire veut effectuer un ravalement ou installer un ascenseur, il lui faut non seulement obtenir l’autorisation de tous les niveaux supérieurs de la pyramide, mais également se soumettre aux conditions qu’ils exigent qu’il s’agisse d’une somme forfaitaire, d’une augmentation de loyer, voire d’une réduction de la durée des baux.

Les baux sont d’une durée très variable. Certains peuvent être de quelques années, voire de quelques mois, mais c’est un phénomène relativement récent. Dans la plupart des cas, les baux ont une durée comprise entre 20 et 122 ans, voire parfois 200 ans et plus. Du fait du secret impénétrable qui entoure la propriété immobilière et foncière, il est souvent très difficile, voire impossible, comme en France, de reconstituer la totalité de la pyramide associée à une propriété. Un tel système ne peut que se traduire par une totale dilution des responsabilités. Mais même si l’on parvient à remonter la pyramide des baux, on se heurte alors au chantage des grands propriétaires ou sous-propriétaires. Pendant des décennies, les grands propriétaires ont laissé des quartiers résidentiels entiers se détériorer parce que leurs sous-locataires immédiats (en général d’autres grands propriétaires) refusaient toute révision des loyers fixes prévus par les baux de longue durée. Et ils ont bloqué les tentatives des résidents de rénover leurs logements en exigeant en retour des hausses de loyers qui, une fois répercutées à tous les niveaux, devenaient exorbitantes pour les résidents en bas de la pyramide. C’est ce qui explique la multiplication des taudis et des logements inhabitables dans les centre-ville, à Londres comme dans la plupart des grandes villes.

Il fallut les émeutes de 1980-1981, pour que Thatcher finisse par inciter les propriétaires fonciers à faire quelque chose en leur offrant des subventions publiques. Mais par la même occasion, elle mit fin à la réglementation des loyers pour les locataires en bas de la pyramide, ceux qui n’avaient aucun droit, ce qui contribua à accélérer l’expulsion des locataires modestes du centre et de la périphérie des grandes villes. Néanmoins, même le fait de faire ainsi le « ménage » par le vide n’a pas résolu le problème. L’inertie du système continue à entretenir les taudis. Là où il n’y a pas de profits immédiats et évidents à faire, l’appât des subsides d’État n’a pas suffi à ébranler la pyramide des baux. Chaque niveau de la pyramide se renvoie la balle dès qu’il s’agit de rénovation ou simplement d’entretien. Pour les avocats spécialisés, ces litiges tous azimuts constituent une véritable mine d’or, dont les résidents les plus modestes font invariablement les frais.

Il est vrai que, depuis 1967, une série de lois a donné la priorité aux occupants titulaires d’un bail pour obtenir son renouvellement, sous certaines conditions. Mais cela veut dire en fait racheter le bail une deuxième fois, et au « prix du marché ». De ce fait, à Londres, ces lois ne favorisent guère les occupants modestes. Seule la petite bourgeoisie aisée a pu se payer le luxe d’en faire usage.



Une expérience d'aménagement de territoire 


SCHÉMA AMENAGEMENT de LONDRES 1942, Vue utopique de l'architecte P. Abercrombie 


En 1945, un nouveau plan de développement de Londres, étudié dès 1942 par l'architecte sir Patrick Abercrombie, est adopté par le Great Council of London. La zone considérée s'étend sur une superficie de 6700 kilomètres carrés et intéresse 134 municipalités, il s'agit de dépasser les anciennes limites urbaines de Londres. Les grandes directions s'articulent autour de cinq points:
  • arrêt de l'expansion industrielle
  • décentralisation sur le territoire de l'habitat et des industries
  • diminution du nombre d'habitants dans toute la région
  • fonction prioritaire accordée au port de Londres
  • établissement de nouveaux pouvoirs locaux

Formellement, le plan prévoit la formation de quatre anneaux : l'Inner Ring, dans lequel on envisage une diminution de la densité et l'émigration de plus de 400,000 personnes ; le Suburban Ring, dont le développement est bloqué à l'exception des requalifications et des regroupements d'établissements ; le Green Belt Ring, déjà annoncé par la loi de 1939, qui sera équipé pour les loisirs de toute la région ; l'Outer Country Ring, anneau extérieur dans lequel on a décidé de construire des cités-satellites et de poursuivre l'expansion des communautés existantes. Le plan reprend donc les modèles élaborés par la culture anglo-saxonne, en les appliquant à un cadre territorial qui englobait l'une des plus grandes zones métropolitaines [à l'époque] du monde.

Ce plan s'inspirait d'une vision régionale par trop simpliste ignorant les phénomènes de la spéculation dont une des premières ressources est sa science à pouvoir contourner les règlements. Car en effet, l'activité du centre tertiaire de l'Inner Ring prendra une importance prédominante, exigeant au fil des années un personnel de plus en plus nombreux ; au détriment de l'activité industrielle qui, bientôt, allait connaître une succession de crises. Ainsi, personne n'avait véritablement mesuré le développement exponentiel de l'activité tertiaire de l'après guerre, entraînant des phénomènes de spéculation acharnée pour la concentration de bureaux et dans le même temps pour l'habitat destiné aux classes supérieures dans l'Inner Ring. Tandis que l'expulsion des populations vers les nouvelles villes-satellites et un réseau de transport public sous-développé seront à l'origine de plus graves dysfonctionnement en matière de mobilité publique et privée.

Avec l'arrivée au pouvoir du Labour Party en 1945, victorieux de W. Churchill, en même temps entrent en vigueur la nationalisation de la banque d'Angleterre, de l'industrie du charbon et du gaz, de l'énergie électrique, des compagnies aériennes, des chemins de fer et des services de la Santé qui étendent le pouvoir de l'Etat. De 1945 à 1951, les travaillistes du Labour Party, mèneront une authentique politique de la construction et du logement en faveur des populations ouvrières (Planning Act. 1947). Le volume des nouvelles constructions atteint le niveau record de 198 210 unités en 1953 pour le seul secteur public, suivi d'un pic de 207 000 logements sociaux (publics et associatifs) en 1954. Mais la vigoureuse crise du logement perdure.

De retour au pouvoir en 1951, les conservateurs se feront beaucoup moins dirigistes. C’est ainsi que les dispositions introduites en 1947, qui prévoyaient le maintien d’une proportion significative de logements sociaux au centre de Londres, pour ceux qui y travaillaient, ont été ignorées, transformant les transports en commun en cauchemar quotidien pour des millions de salariés, et cela avant même que le manque chronique d’investissements vienne aggraver la situation. En 1954 et 1957, par le "Rent Act", le gouvernement procède à une libéralisation du régime des loyers.

En 1956 les sept premières new towns sont construites autour de Londres, ainsi que d'autres en lointaine périphérie de grandes villes. Elles reprennent des thèmes propres à la cité-jardin. Cependant, il apparaît rapidement que ces vastes suburbs verdoyants présentent le caractère de ghettos de faible densité, accentué par la disparition des éléments urbains identifiables qui marquent les quartiers anciens. Pour remédier à ces carences, les premiers centres commerciaux complexes sont réalisés, présentant une architecture rompant avec la monotonie de ces banlieues-territoires. D'autre part, les coûts de construction, liés aux fluctuations des prix des matériaux, sont récupérés par des loyers élevés qui contribuent à limiter l'incidence du programme tout entier sur le marché du logement. La politique de rééquilibrage se révèle être, à l'épreuve des faits, une utopie. Dès 1960, on prépare de nouveaux programmes et aux new towns s'ajoute le plan pour les New Cities. Des villes nouvelles et non plus des villes-satellites se raccordant à un centre ancien. Milton Keynes est ainsi conçue pour une population de 250,000 habitants et entre dans le programme de développement des régions du Sud-Ouest.

Parallèlement, afin de résorber au plus vite les bidonvilles, comme dans la plupart des autres pays européens, des quartiers de grands ensembles résidentiels ont essaimé dans le pays, en réponse à la pénurie de logements, et ils offrirent de prime abord un niveau de confort appréciable aux classes populaires et moyennes. Cependant, assez vite les gouvernements successifs s’inquiétèrent d’une dégradation physique de ces ensembles, à laquelle s’ajoutaient des problèmes grandissants de chômage et d’exclusion sociale de leurs habitants. En Grande-Bretagne, ce phénomène de relégation s’est trouvé accentué par la « résidualisation » du logement social, entraînée par un mouvement de départ des classes moyennes de ces logements au profit de l’accession à la propriété privée.

Ces différents programmes représentaient en 1950/60 le produit le plus avancé de l'application coordonnée des hypothèses et des instruments d'urbanisme élaborés par une tradition culturelle qui est parmi les plus originales de l'époque. Mais de cette tradition, au lieu de marquer un nouveau développement, elles figuraient plutôt la conclusion contradictoire.


Le gouvernement Wilson du Labour Party reprend le pouvoir en 1964, et ne dispose guère des moyens législatifs pour orienter la politique du logement dans un sens social. Il fait tout de même voter un nouveau "Rent Act" qui impose un contrôle des loyers et une modération des prix des loyers libres. La situation n'en est pas moins déplorable. Prenons le cas de l'agglomération de Londres où les luttes urbaines furent particulièrement virulentes. Certains arrondissements de Londres, tels que Hackney, Tower Hamlets, Lamberth connaissent un véritable sur-peuplement, à la suite de l'afflux massif d'immigrés. En 1970 le tiers des logements londoniens appartient à des particuliers, la moyenne nationale étant de 15 %. 450.000 familles, soit le sixième de l'ensemble des familles, avec un revenu inférieur à 20 Livres par semaine, vivent dans des logements privés dont le loyer est supérieur de 80 % à celui des logements publics. 210.000 personnes sont inscrites au titre des mal-logés sur les listes d'attente du Great London Council [municipalité du Grand Londres]. Cela malgré l'existence d'environ 50.000 logements privés vides et un nombre indéterminé mais important de logements publics gardés inoccupés et destinés à la démolition dans le cadre d'opération urbaines à venir.


Tactiques politiques

Des opérations urbaines à venir qui nécessitaient des financements privés et publics conséquents. Or, à cette époque, les financements publics concernant le Grand Londres concentraient leurs efforts à la construction des new towns et des infrastructures de transport. Les councils de l'Inner Ring inventèrent une nouvelle méthode pour parvenir à obtenir des financements de l'Etat et des investisseurs, en démolissant sciemment, après l'expulsion de leurs habitants, de vastes secteurs de maisons de villes et d'immeubles parfaitement habitables, les métamorphosant ainsi en zones insalubres à aménager en priorité. Dans une tentative délibérée de forcer l'inspection d'enquête public chargée des opérations d'urbanisme, à approuver l'urgence de la situation à reconstruire. Tel fut le cas, parmi tant d'autres, du quartier Redbridge en 1969. Qui sera un haut lieu de rencontres inamicales entre habitants et squatters contre huissiers et force de police.


Cathy Come Home


Cathy Come Home, est un des premiers téléfilms du réalisateur Ken Loach pour la télévision britannique, la BBC. Ce classique de la télévision anglaise fut regardé par un quart de la population lors de sa diffusion en 1966 et souleva l’indignation nationale. 





Cette chronique d’un drame annoncé raconte l’histoire de Cathy et Reg, celui qu’elle épouse et qui devient le père de ses trois enfants. Tout démarre bien pour eux : un appartement refait à neuf, deux salaires, la passion amoureuse... quand Reg perd soudain son emploi suite à un accident. Commence alors le cycle infernal des évictions : de taudis en caravanes, des tentes aux foyers réservés aux femmes et enfants, la petite famille va vivre d’expédients et finir par se séparer. Ce drame culmine quand les services sociaux viennent enlever à leur mère le seul bien qui lui reste : ses enfants. Un film qui fait prendre conscience d’un problème social autant qu’il est œuvre d’art.
« S’il faut lui donner une note, je lui accorde la meilleure – mais avec le cœur lourd.(...) Je n’y ai rien vu d'invraisemblable, malheureusement. » - The Guardian – 1966


Une semaine après sa diffusion, l’association d’aide au sans-abri « Shelter » était créée. Plus tard, le gouvernement [Labour Party] procède à des ajustements de lois protégeant mieux les locataires. Ce téléfilm, selon les témoignages, suscita un véritable électrochoc, un formidable réveil et des vocations, pour les plus jeunes, vers l'activisme des groupes politiques de la nouvelle gauche.


L'association Shelter


Autant d'injustices que révèlera l'association philanthropique Shelter [Abri] créée en 1966. Peu après, cette association lance une campagne nationale aux accents radicaux en faveur des sans-abris et des mal-logés. Dans la foulée, des associations de locataires, des comités de quartier procèdent de manière spontanée à des occupations de logements abandonnés. Certains créent des équipements collectifs "sauvages", notamment des crèches. Par la suite d'innombrables associations de bienfaisance et de droit pour le logement en faveur des sans-abris verront le jour. Les plus importantes reçoivent des aides publiques, des contributions privées et sont les interlocuteurs privilégiés des autorités locales, les councils. Ces associations caritatives sont bien évidemment politiquement correct et elles portent leur choix sur les populations démunies qui ne présentent le grave défaut d'un penchant vers le marxisme. L'association Shelter existe encore à ce jour.


Les Claimants Unions

Les Claimants Unions [Mouvements de revendication] alors en plein développement, se distinguent tout particulièrement par leur efficacité. Composés de chômeurs, d'étudiants, de hippies, de syndicalistes, ces associations passent de leurs revendications initiales, la création de nouveaux équipements publics, à la lutte pour le Droit au logement pour tous. Par la suite, elles apporteront leur soutien aux grèves des dockers de 1971, puis des mineurs en 1973-74, supprimant ainsi pour un moment la coupure traditionnelle entre lieu de production et cadre de vie. Parmi les nombreux mouvements de contestation spontanés les Claimants unions se distinguent aussi bien par leur efficacité que par leur structure. Né en 1968 à Birmingham comme un mouvement de revendication étudiant, il s'élargit vite à d'autres couches de la population. En 1969 est créée une Fédération nationale comprenant environ 50.000 adhérents avec des permanences dans les grandes villes. D'autres collectifs s'organisent ainsi, par exemple le Street Farm, rassemblant des architectes et designers anarchistes.

Le mai 68 en Angleterre fut calme ; Mick Jagger déplorait la sobriété des étudiants à Londres, alors que leurs homologues sur les barricades faisaient plier le gouvernement de De Gaulle :
Well now what can a poor boy do
Except to sing for a rock’n’roll band
Cos in sleepy London town
There’s just no place for a street fighting man.


En 1968, l'association London Squatters Campaign est créée par une quinzaine de squatters avec les objectifs suivant :
  • occuper illégalement des maisons inoccupées en logeant des sans-abris et des familles vivant dans les bidonvilles de Londres,
  • Etendre l'influence des associations de l'action directe
  • dynamiser un nouveau front de revendications contre les autorités
  • radicaliser les luttes pour le Droit au logement
Le squat est considéré comme la «démonstration vivante» parce qu'il était à la fois une action directe et une solution do-it-yourself face aux problèmes de l'habitat. Les militants décidèrent de procéder en deux temps. Un premier destiné uniquement aux militants des associations par des opérations symboliques d'occupation illégales puis par la suite des véritables occupations illégales avec des mal-logés et des sans-abris. Les militants de la London Squatters Campaign estimèrent nécessaire d'élaborer une stratégie médiatique permettant de les faire connaître au grand public, par le biais des médias, et de leurs intentions en faveur des sans-abris. Les premiers squats sont tout d'abord symboliques qui permettent de tester les méthodes et de générer la médiatisation de leur mouvement. Les militants ont ainsi dressé une liste de propriétés inoccupées et une liste de futurs occupants dont la situation administrative pouvait s'accorder à une action illégale. Car occuper illégalement une propriété privée signifiait enfreindre la loi et quitter volontairement le système administratif de l'habitat social, mettant ainsi en danger leur chance de relogement.







Après plusieurs squats «symboliques», les militants décident d'une occupation réelle avec des familles sans-abri, dans des maisons abandonnées à Redbridge. Une manifestation est organisée avec plus de 200 personnes dans le quartier et prit fin avec leur installation dans les maisons inoccupées. Les militants procèdent aux relevés des compteurs d'eau, de gaz et d'électricité, protégeant les occupants illégaux d'une quelconque accusation de vol. La télévision, la radio et la presse qui ont été convié relatent les évènements. Pendant plusieurs mois le Redbridge Council tente d'expulser les squatters par plusieurs moyens :
  • Injonctions administratives ordonnant de cesser les occupations illégales,
  • Refus de paiement d'allocations à l'adresse indiquée du squat illégal, d'accès aux services sociaux locaux, sans présentation de contrat de location,
  • Démolitions d'autres maisons inoccupées pour dissuader d'autres squats,
  • Expulsions des squatters par les forces de police sans ordonnance du tribunal  et démolitions des maisons pour empêcher leur retour.
Dans les cas d'expulsion forcée ou de démolitions, les militants alertent la presse nationale, faisant mauvaise publicité aux élus.

Les Hippies

En 1968, à Londres, une grande population de hippies et de Freaks refusant les principes d'une vie basée sur le travail, squatte les immeubles et les maisons de ville inoccupés ou délabrés des quartiers centraux encore populaires. S'adonnant aux drogues, vivant de la mendicité ou de trafic de toutes sortes, ils font l'objet de la plus grande surveillance de la police qui les déloge régulièrement de leur squat, à la demande des voisins, les obligeant à s'établir dans les parcs de la ville. Une sorte d'association sans lien avec le mouvement ouvrier, est créée de manière très informelle, la London Street Commune. En septembre 1969, les membres tentent de fédérer leurs compagnons de misère et ils occupent illégalement pendant quelques jours une ancienne demeure prestigieuse abandonnée, au 144 Piccadilly dans le Hyde Park Corner, qui avait été pendant de nombreuses années la résidence de lord Palmerston. Ici, les jeunes hippies et radicaux de Gauche entraînent dans le mouvement et sous le couvert de l'obscurité, 200 sans-abris hippies, pour établir une résidence dans le bâtiment inoccupé depuis de nombreuses années mais disposant d'une centaine de chambres. Une opération orchestrée en premier lieu pour attirer l'attention des médias, qui suivirent cette occupation avec intérêt car la prestigieuse demeure appartenait, en fait, à la Reine d'Angleterre, plutôt mécontente de cette intrusion. La presse conservatrice la surnomma le Castle Hippy assurant ses lecteurs que les occupants sans foi ni loi étaient drogués, forniquaient les uns avec les autres et disposaient de barres de fer pour se défendre. La police parvient à les déloger après un siège de dix jours. Le bâtiment fut par la suite reconverti en hôtel de luxe.

144 Piccadilly, septembre 69

D'une manière générale, les hippies s'installeront illégalement dans de nombreux squats dans toutes les villes de l'Angleterre ; certains sont de véritables petites communautés ayant établi quelques contacts avec le voisinage, proposant des activités culturelles et des équipements sauvages, d'autres des simples lieux de consommation de drogues. Ces derniers auront un large impact plus que négatif sur la population qui aura tendance à assimiler n'importe quel type de squat à des lieux de perdition ; et ce, notamment, par l'action de la presse conservatrice qui mènera une vaste et longue propagande de discrimination générale. La presse conservatrice contre les squats est un thème central qui revient dans la plupart des témoignages des squatters qui lui accordent un rôle primordial dans l'aversion de la middle et upper class contre le mouvement.


The International Socialist




L'extrême-Gauche britannique, qui ne regroupait qu'un nombre limité de militants est également très fractionnée ; parmi les plus importantes organisations : le parti communiste, trois organisations trotskystes, la Socialist Labour League, l'International Marxist Group, l'International Socialist, un mouvement maoïste, le Communist Party of Britain, et deux groupements prolétariens, le Big Flame et l'Institute For Workers Control. The International Socialist s'intéressa tout particulièrement au phénomène du squat et ses militants tenteront de rejoindre les associations pour le droit au logement. L'ensemble de la Gauche Radicale s'opposa à la toute puissante association Shelter, dénonçant son action paralysante sur la conscience des mal-logés et ses prétentions réformatrices insignifiantes. Guy Debord, les Situationnistes, les anarchistes et la Gauche Radicale, en France, accuseront de même l'abbé Pierre et les associations caritatives.

Les associations pour le droit au logement représentaient le lieu idéal pour le rapprochement de la classe ouvrière, des chômeurs, des étudiants et des militants. Cela étant, comme en France, la Gauche radicale a peiné à s'implanter durablement dans les mouvements associatifs et son rôle dans la lutte est éphémère. A cela plusieurs raisons dont la première est le fait que les jeunes militants du Labour Party intervenaient également au sein des associations, au sein des councils, contrevenant souvent, aux directives du parti dirigé par la génération d'avant guerre. Les mal-logés étaient plus sensibles aux sirènes de réformes consensuelles plus qu'à l'idéologie d'un changement radical. Cela étant, comme à Amsterdam à la même époque, les frontières entre les partis politiques sont, pendant un court temps, poreuses et certains militants sont exclus du Labour Party pour leur extrémisme, ou leur soutien aux actions illégales des squatters. Enfin, le rythme soutenu des constructions de logements dans les new towns commence à atténuer les effets les plus dramatiques de la crise du logement. Les rêves de disposer d'un toit dans la campagne londonienne se précisent pour les mal-logés, mais beaucoup moins pour les immigrés qui affluent vers l'Angleterre.

Si ces mouvements s'implantent facilement dans les organisations de squatters, leur relation avec les associations d'immigrés sont problématiques. Selon les témoignages des radicaux de la gauche de l'époque, le niveau général de conscience politique chez les immigrés, souvent analphabètes, était faible ; la communauté bengali comprenait une couche très active de militants et notamment d'étudiants politisés, mais concentrés sur les problèmes de leur propre communauté. Les organisations de la Gauche Radicale ont joué un rôle prépondérant dans la mobilisation massive des Bengalis britanniques en faveur de l'indépendance du Bangladesh en 1971, mais, dans un cadre de revendications socialistes plutôt nationaliste et non internationaliste. Les bengalis parlaient la langue de l'internationalisme marxiste, mais leur premier axe, le centre de toutes les activités a été la communauté bengali. La nouvelle génération de militants Bengali avait peu de lien avec les vieilles traditions socialistes Bengali, et beaucoup sont arrivés en Grande-Bretagne avec leurs mères, frères et sœurs après la guerre d'indépendance. Comme les Juifs dans les années trente, ils se sont trouvés confrontés à des conditions de logement épouvantables et au racisme. Selon Sarah Glynn, de fait, l'idéologie primordiale qui influe sur leur organisation a été celle du radicalisme noir, des groupes Black de l'East End, des luttes antiracistes des années soixante-dix. Le quartier de Tower Hamlets, principal refuge des bengali, était devenu un centre important pour les nouvelles organisations politiques des minorités ethniques. Le Black Radicalism est inspiré par les événements en Amérique et les luttes de libération dans les anciennes colonies. La révolution socialiste, pour eux, doit d'abord être leur propre révolution et doit se poser comme un élément extérieur et autonome. La classe ouvrière blanche elle-même est considéré comme une partie du problème. L'idée de l'organisation autonome, avait ouvert une boîte de Pandore, et par la suite, la célébration de la différence est vite devenu une fin en soi. Le séparatisme radical s'est transformée en «multiculturalisme», qui a été même adoptée par l'establishment libéral privilégiant dans la politique des préoccupations culturelles et des loyautés communautaires.

Ce que refusent les militants de la Gauche Radicale. Après 1971, les relations ne sont guère brillantes. Ainsi par exemple, en 1976, lors d'une manifestation anti-nazie organisée par la communauté Bengali via le Bangladesh Welfare Association, les organisations de la Gauche radicale présentes refusent la demande faite par les organisateurs de défiler sans leurs pancartes affichant leurs sigles et leurs slogans. Manifestation qui se termina par l'affrontement entre les bangladais et les militants de l'International Socialist et du Socialist Worker.






International Socialist

N° 41, December 1969/January 1970

Lionel Sims

The Squatters


Survey


A year has passed since the launching of the London Squatters Campaign. The significance is in the timing of that first occupation in Snaresbrook, East London. VSC was fast disappearing along with the autumn leaves, starved of any substantial gains or links with the British working class. It was four weeks after the October mobilisation and organised as a self-conscious attempt to overcome the isolation of the new young left by bringing the revolutionary hopes born out of VSC to bear upon the bread and butter issues of working-class reforms. What is more, squatting in 1968-9 appealed to the idealism of the homeless – for the homeless themselves to emulate the token occupations carried out by the socially aware.
For the revolutionary youth squatting transferred militancy from Grosvenor Square and the campus to the slums and the homeless. Squatting seemed everything for everybody. It had the self-reliance of student politics for a start, and was a significant advance on charities such as Shelter which rely on the passivity of the people they claim to represent.
And it did, after all, deal with issues on this side of the globe. In appearance, squatting was the revolutionaries’ ‘key’ to the working-class soul. Two claims were current at the time. First, that squatting was a solution to the housing problem and second, no less, that squatting could provoke mass working-class support of revolutionary proportions. Twelve months from those heady days, the key has yet to turn the lock.
 

The Housing Problem



The reasons are not so difficult to find, if only because of the intemperance of the claims. Shelter from nature’s elements is a relation between man and nature. In this sense the cave-dwellers’ housing problem is the same as the slum-dwellers’ housing problem insofar as nature has not been organised for human purposes. But the fact that luxury flats and slums can exist side by side is a social barrier to resolving the national problem. The productivity of industry is cramped inside a limited social form. The construction industry in capitalist society is subject to three social factors which ensure the creation of a housing problem.
A house or building is an immobile product, tailor-made to individual requirements and local considerations, and formed from bulky and unmanageable raw materials costly to transport. The difficulty in standardising and mechanising the construction industry necessitates a reliance on versatile labour rather than upon versatile machinery. Even if a labour-saving device appears, it may not be possible to introduce piecemeal for fear of disrupting the continuity of traditional operations which cannot be updated. The industry finds it difficult to absorb inventions built specially for its own purpose. Approximately 95 per cent of Britain’s builders are small, family-run concerns employing fewer than 50 workers. All this would be of little concern if homes were a social priority, but all manner of problems arise from the rigour of the capitalist market.
In 1958 the profit per employee in all manufacturing industry was £437, while for the construction industry alone profit per employee was £231. Therefore, employers in the construction industry received 53 per cent of the profit per employee received by employers in the manufacturing industry. In 1967 the profit per employee in manufacturing had risen to £990, but in construction to only £433, almost 10 per cent below the rate of increase in manufacturing. [1]With stagnating productivity in small parochially-minded units, the construction industry muddles by when the whole economy is doing well, but at the first sign of an economic reverse the industry is swamped by its own shortcomings. In 1961 there were 80 per cent more bankruptcies reported for building and contracting than for the whole of manufacturing industry. [2] In the last 18 months this proportion has increased. [3]
Besides the simple considerations of building costs, which vary very slowly, the rapid increase in non-building and administration costs, and land prices, has largely depended upon the rate of interest.
For a while between the middle fifties and early sixties the concentration of competition for land into the centres of the connurbations, and especially the metropolis, provided a yield for property investors of around 10-12 per cent, while they could borrow money at around 5-6 per cent rate of interest. The yield was regionally computed, but the rate of interest was nationally computed. While they remained out of step phenomenal profits were to be made for those in the right place at the right time. At least 110 people were in just that position to make over a million pounds. Harry Hyams was one of them. The land for Centre Point cost £1.2 million, while construction and interest charges on the loans for buying the land knocked costs up to £5 million. He is asking for a rent on the whole building of about £1,160,000 a year. For a 6½ per cent rate of return, stating the rent at this amount automatically states the value of Centre Point at about £16.7 million. If it stays empty then that is no problem since rising land values promise a future tenant willing to pay a rent which is at the moment exorbitant. A prospective profit of £11.7 million is worth a present stoical calm. [4]
But by the middle-sixties the rising rate of interest ate into the 4-5 per cent margin between the interest on loanable capital and yield on property investments. At the present rate of 10 per cent, interest charges have reduced the property investors’ profit margin down to a spartan 0-2 per cent. This does not mean the end of property speculation but its reappearance in a different form. In 1964 there were 183 property companies quoted on the stock exchange. At the moment there are 143, and the number is expected to fall to 20 large property companies. [5] In their place will be the sadder but much wiser institutions and local authorities who used to loan the funds for developers in the fifties, but who now are taking on developers’ functions. In this they will be far more successful than the many small developers, since their size and expert financial and planning departments can absorb the gossamer-thin difference between yield and interest rates. Most important of all, corporation tax is the stamp of death to property companies which distribute all their profits as dividends. Before 1965 a property company returned £44 out of every £100 profit after income and profits tax. Now with corporation tax as well it returns £30. For an institution such as a life assurance company acting as a developer, for every £100 rental income from their properties £63 is left after corporation tax, and for a pension fund the entire £100 is left unscathed. Just as in the fifties the Harry Hyams of this world diverted fantastic sums of money through prestige building projects and away from investment in working-class housing, so in the near future it will be the man from the Pru who juggles with the millions on the property market. In 1968 insurance companies had nearly £900 million and pension funds nearly £300 million for investment, of which 20 per cent, or £240 million, is for investment in building. Practically all this money will go into offices, shops and factories. [6]
Besides the particular problems of the product in building and the capitalist distortion of investment within the building industry, the third and most significant contradiction arises because the building industry, as part of the total capitalist economy, suffers as part of the depressed consumption fund. In terms of military priorities buildings have very little strategic significance, and in terms of the balance of payment problem homes and hospitals do not even rank consideration. Thus the government cut back in grants to the local authorities which operate mortgage schemes from £191 million in 1965-66 to £55 million for the current financial year. Spending on local authority council housing has been unable to keep up with debt charges. Expenditure on LA housing in England and Wales rose from £350 million in 1963-64 to £541 million in 1967-68, but 76 per cent (£146 million) of this increase did not go on producing houses at all, but to pay for the increase in debt charges. [7] The Treasury is also refusing to grant building companies the priority class for bank loans received by exporting companies. [8] On top of all this, customers to building societies begin contracts for the purchase by mortgage of a property, only to cancel the arrangement on finding the weight of deposit and payments too great for their wage-restrained income to bear. About a half of all provisional deals are discontinued in this way, which was almost unknown a few years ago. Rising administrative costs in a period of contraction for the building industry has been the death knell for many companies.
The social consequences have been disastrous. The total number of houses completed began to fall from 1967 and there is no prospect whatever of house-building picking up to its 1967 level until 1972.


Great Britain

Total Houses
Completed

Per Cent Increase
Over Previous Year
1967
404,356
+4.9
1968
394,399
2.5
1969 (est.)
365,000
7.5
1970 (est.)
360,000
1.4


Two hundred thousand houses must be built each year just to ensure that the existing shortage does not increase. Beyond that, while in 1965 there were a straight 3.5 million slums, now there are 1.8 million houses unfit for human habitation and 4.5 million dwellings requiring repair, or lacking one or more of the basic amenities, or both. Yet the slum clearance programme and the number of improvement grants have shown no improvement. In 1968, 90,354 slum houses were cleared, almost exactly the same as in 1967 (90,239) which makes it just another 38 years before the present pool of slums are cleared. Further, the number of improvement grants are actually falling from 121,685 in 1964 to 114,216 in 1968. In the first half of 1969 the figure of 51,927 improvement grants was a 12.5 per cent reduction in the number granted in the first half of 1968. At this latter rate it would take 40 years to renovate the slums the Government consider worth modernising.
The recent freeze on building has hit private building. [9] Mortgage repayments in 1968 on an average-priced new house were £2.17s.0d. a week more than they were in 1964. The average price of a house rose from £3,470 to £4,782[10] in the same period.
There has been no let-up in the government’s sabotage of the council housing building programme.


England and Wales

LA Housing Revenue Accounts
£ Million
Income
1963-4
1966-7
1967-8
From Rents
259 
352 
399 
From Exchequer
 67
 86
 96
From Rates
 21
 37
 39
Other
   3
   6
   8
Total Income
350
481
541


Despite a rise in local authority housing expenditure of 12.5 per cent there was a 10.3 per cent fall in the number of council houses built between 1967 and 1968. Seventy-four per cent of that increased expenditure on less houses was raised by increasing rents.
 

The Housing Shortage and the Homeless



Irrespective of the form of tenure, everyone from owner-occupiers to the bedsitting population are part of the housing problem. In 1966, for all households in the UK, housing expenditure constituted 11½ per cent of total expenditure, and for all households in the Greater London area 14½ per cent. By 1968 both proportions had risen 1.2 per cent. However, for those households with a total income below £15 a week, housing expenditure constituted about 20 per cent of household expenditure in 1968 in UK, and above 25 per cent for £20 households in Greater London. [11] In Camden, north-west London, 45 per cent of those earning under £12 a week and 37 per cent of those earning £12-£15 a week and who rent unfurnished accommodation spend over one-third of their net income on rent. [12] Unable to buy their own homes, the waiting lists for a council house are almost as long as the list of Anthony Greenwood’s lies about housing. In London alone the number of families on council waiting lists has increased by 20,000 to nearly 170,000 in just over two years. [13] One wonders how the ‘lucky ones’ who obtain a house will cope if Camden’s example of letting council houses at rents based on rateable value will be followed. The cheapest of these estates now being built would need to be let at rents of over £10 a week to cover the full cost, or over £6.10s.0d. after deducting the Exchequer subsidy. [14]
The Labour Government inherited a housing problem of growing proportions, and gained office with the promise to do battle with the problem and, more concretely, to maintain 500,000 houses completed every year. Between the promise and the reality stands Mr. Greenwood, in a total spin. He has recently had the temerity to claim that by 1973 there will be a surplus of one million houses. He will soon be agreeing, along with Alan Day, ‘that we are still building far too many new houses’. [15]
Instead we are faced with the reality that the building industry cannot build houses! The ‘housing problem’ is a general problem that draws into itself practically all ranks of the population, not only the homeless but those in privately-owned accommodation, council-rented accommodation and privately rented accommodation are part of the housing problem. The homeless are not a part of the population separate from this general problem who can be helped in isolation. They are the extreme expression of the generality. The entire operation of the economy relies on the creation and aggravation of a housing problem. To attack the housing problem but not to attack the wages system which produces it is at best shortsighted and at worst false radicalism. Indeed the reality is pressing so fast towards the theory that even Shelter has had to come out of hiding behind its charitable neutrality to attack the government for its cynical disregard for the homeless.
 

Squatting and the Homeless


The second claim of the squatters, that squatting can spread beyond its own boundaries and inspire sympathetic ‘direct action’, relies first on the capacity for the homeless to act as a self-conscious group and secondly on them being able to identify themselves with the general interests of the working class. Recent months have shown this not to be possible.
The government’s literal definition put the number of homeless this year at 18,689. Shelter, who realistically include the overcrowded households and those living in houses unfit for human habitation, put the number of homeless at over three million people. [16] The most recent information on the conditions of the homeless, for 1961, describes how before becoming homeless families and individuals endure a period of struggle in first obtaining accommodation in the slum areas and then in attempting to keep up the rent payments. The homeless suffer the low wages and insecurity of unskilled employment. They are caught between the high rents of slum apartments and an end-of-the-queue position for a council house. This is not because of the individual peculiarities of the family, but because of the growing social contradictions in which they are trapped. The average size of families becoming homeless was, in 1961, almost exactly the same as the average size of families who had accommodation. Between 64 per cent and 71 per cent of homeless families had one or two children, while 62.5 per cent of housed families were of the same size. Between 3.5 per cent and 8 per cent of homeless families had five or more children, for housed families 5.2 per cent were of the same size. It is not the individual circumstances of families that make them homeless, but their social general properties, as low wage earners. This does not stop them getting more than their general share of the consequences of the capitalist housing market. Pushed around by landlords and deferentially treated from the Citizen’s Advice Bureau to the reception room at the halfway houses, the passage from slum community living to ‘temporary accommodation’ is paved with growing bitterness, estrangement between husband and wife and a pervading sense of hopelessness. [17]
Dilapidated housing, poor employment opportunities, illness, the smell and dirt of the riverside industries, the responsibility of children, and a whole world of ‘reach-me-down services and pawnshops’ – these are the wheels on which men and women are broken. The halfway house and their twilight surrounds have a populace of human dust from which spontaneity and self-reliance is in short supply, but whose very expression leads to official condemnation.
The experience is isolated and does not draw people together. They withdraw into the psychology of self-recrimination. There is no collective opposition to the system by virtue of the situation of homelessness. There are no practical contests or schooling in struggle with the enemy such as is experienced in a strike. Nothing exists to prevent morale and idealism dropping as far as it can go.
But the success of squatting depends upon the assertiveness of the homeless. It is precisely this which is missing. And it is no alternative to build up self-reliance through a programme of realistic and transitional demands until the seizure of empty properties is the conscious step of the homeless themselves. The whole point of the exercise becomes mobility and the ability, or rather hope, to force historical events. It is the theory of short-cut politics. This school of thought has many martyrs to its cause.
The occupation of a property and the protection of a homeless family soon leads to a growing contradiction between the cause of the homeless in general and the squatting family in particular. The idea can spread only through propaganda which draws general interests, socialist politics, but the reality of housing one family can only be gained by making a bargain with the local housing authority. The more socialist agitation during an occupation the less will be the room for manoeuvre with the council, the more immediate reforms are sought the more socialist politics are discarded to appease council opposition. The individual priorities of the squatting family tend to dampen down political commitment so that it becomes a virtue to duck political issues. Why else the hedging slogan ‘Families first, Politics second’?
The best-intentioned wished for the revolutionary hopes borne out of VSC to penetrate and combine with tangible working-class reforms. This, it was hoped, would overcome the problems of student militants, isolated from the proletariat, and of reformism, its theoretical bankruptcy. The wish was for the two negatives to be dispelled and the higher synthesis of revolutionary socialism to emerge. But instead of the vanguard squatting concentrates on the homeless. Instead of politicisation it reduces itself to an emotional appeal. In the process both the approaches of VSC and of reformism are brought together on the different plain of radical reformism instead of being abolished at the moment of their coming together. To the weakest section of the working class is brought the isolation germane to student politics. The peculiar advantages of each, the political consciousness of student militancy and the strength of working class reformism are lost at a greater or lesser speed. The purer the form in which squatting is practised the greater the speed with which these specific laws of squatting operate.
This is considering squatting in itself, isolated from the total movement of conscious and unconscious working-class struggle. This method of analysis is essential, simply because the purists of squatting make their claims in isolation from the general interests of the working class. Yet it is precisely as part of the total movement that squatting has blossomed, first in 1946 in the deserted army camps of the British Isles and just recently in the mass strike movement in Italy. In both cases a crisis of revolutionary proportions was required to inspire and encourage the homeless into activity. Squatting in all cases, whether isolated or as part of the total movement, is a test of the links already made rather than a means of building links. As such it is a demonstration rather than a strategy, an effect rather than a cause. The inability of squatting to take hold of the homeless is in proportion to the ‘failure’ of revolution to take hold of the masses. The real failure would be to consider the first problem as separate from and more urgent than the second.

Notes


1. National Income and Expenditure Blue Books for profits, Annual Abstract of Statistics for total employees.
2. Board of Trade, Bankruptcy ... Report for the year 1961, HMSO, 1962, table IV.
3. ‘The Federation of Registered Housebuilders reports that not only are many small builders going out of business, but so are some employing up to 400 men.’ Peter Kellner, Sunday Times, October 20, 1969.
4. Oliver Marriot, The Property Boom, 1967, p 141.
5. David Gordon, Who gets the profits on property?Economist, November 8, 1967.
6. Ibid.
7. See Jim Kincaid, International Socialism 35, Winter 1968/9.
8. Peter Kellner, op. cit.
9. That is the only reason for the fury of Mr Walker, Conservative Shadow Minister for Housing at the November 4 debate in Parliament. Not once in the debate was there the promise of reforms for council tenants.
10. Daily Telegraph, November 5, 1969.
11. Family Expenditure Survey, 1966, 1968.
12. Housing in Camden, Reported in Labour Research, No.10, October 1969, p.179.
13. Shelter, Face the Facts, 86 Strand, WC2, p.8.
14. Labour Research, op. cit., p.179.
15. Alan Day, Don’t Pull Down the SlumsThe Observer, November 9, 1969.
16. John Greve, London’s Homeless, Occasional Papers on Social Administration, No 10, 1964.
17. Shelter, op. cit., p.17. Also see K. Coates and R. Silburn (eds.), The Morale of the Poor, Dept of Adult Education, Univ of Nottingham, 1968.


Les Claimants Unions et la New Urban Left


Le nombre d'occupations illégales organisées par les Claimants Unions resta limité ; elles étaient le plus souvent le fait de petits groupes d'une dizaine de personnes qui opéraient dans des secteurs urbains désertés et situés dans des périmètres de rénovation. Si les squatters n'étaient délogés, d'autres alors venaient les rejoindre pour former au fil du temps de grandes communautés.

Les associations modérées pour le droit au logement, telles que le "Family Squatting Advisoty Service" ou le "Student Community Housing" sont plutôt bien accueillies par les councils, notamment ceux dirigés par le Labour Party. La "Family Squatting Advisoty Service" composée surtout de familles prolétaires et de chômeurs, financée au départ par l'Association Shelter, s'est vite développée dans les plus grandes villes anglaises en intégrant d'autres associations comme le "Student Community Housing" et le "Self Help housing" implantées dans de nombreux arrondissements de Londres et dans d'autres grandes villes. Il est vrai que les membres de celles-ci, en majorité des travailleurs immigrés, étaient le plus souvent inscrits sur les listes d'assistance sociale de l'administration locale. D'autres councils invitent même les squatters à former des associations qui négocieront avec elle la durée et les modalités d'occupation, ou encore à constituer des "Self help, squatters association" qui veilleront à l'entretien et à la réparation des logements.


Squatters London 1971 Clerkenwell Road


Car en effet, le mouvement des Claimants Unions intéressa particulièrement la nouvelle génération de jeunes politiciens proches ou intégrés au Labour Party. La crise idéologique du Labour Party à partir de la fin des années 1960 et le mécontentement engendré par les gouvernements Wilson (1964-1970 puis 1974-1976) ont provoqué le développement de groupes liés à la gauche du Parti travailliste. D'un côté, les nationalisations, l'action du National Enterprise Board et la politique économique du gouvernement ont mécontenté et radicalisé une partie des syndicats et provoqué d'importants mouvements de grèves. De l'autre les activistes des années 1960, les correspondants britanniques de ceux on appelle en France les « classes moyennes intellectuelles » ou les « militants moraux » ne se sont pas retrouvés dans le Parti travailliste, contrôlé par les vieux barons du syndicalisme ouvrier anglais et les leaders parlementaires. Si certains ont décidé de poursuivre leur action politique à l'extérieur du Parti travailliste dans des groupuscules politiques ou dans le secteur associatif la majorité est demeurée au sein du Parti travailliste, s'est investie dans des municipalités et des circonscriptions électorales et a accompagné le renouveau de la gauche au sein du Parti travailliste.

Or localement dans beaucoup de villes industrielles, le Parti travailliste était au pouvoir pratiquement sans interruption depuis les années 1930. Mais aux élections locales de 1967 et 1968, il subit une lourde défaite et perd le contrôle de nombreux bastions : le Greater London Council plusieurs Boroughs de Londres, Bradford, Cardiff, Coventry, Leeds, Leicester, Liverpool, Manchester, Newcastle, Nottingham, Southampton. Certaines de ces villes étaient détenues par les Travaillistes depuis plus de trente ans. Qui plus est les leaders étaient restés les mêmes depuis cette époque. La défaite de 1967-1968 dans de nombreuses villes a sonné le glas de la vieille garde ouvrière travailliste autant que la crise économique et urbaine avait affaibli la base ouvrière et l'organisation syndicale. C'est donc à partir de cette date que de jeunes activistes du Parti travailliste vont pouvoir reconstruire les organisations locales du parti en modifiant radicalement l'approche labourist traditionnelle. Malgré la diversité des groupes et des factions qui ont existé au sein de la gauche du Parti travailliste au cours des années 1970, il est cependant possible d'opérer une distinction entre une part la tendance ouvriériste dont le groupe des Militants [ Les Militants représentent une tendance ouvriériste de gauche au sein du Parti travailliste. Ils sont très structurés et plusieurs membres ont été expulsés sous l'accusation d'infiltration et d'extrémisme ] offre le meilleur exemple et la tendance nouvelle gauche urbaine, d'autre part, grossièrement assimilée aux classes moyennes salariées du secteur public.

Les études menées dans le cadre des Inner Areas Studies et des Community Development Projects ont souvent été faites par de jeunes chercheurs politiquement radicaux qui ont trouvé là la possibilité étudier les transformations économiques des différentes villes. Ces rapports ont fourni le matériau intellectuel à partir duquel sera remise en cause la gestion locale traditionnelle. Les chercheurs investis dans ces études se sont organisés au sein de réseaux et de centres études locaux créés avec des syndicalistes et des représentants de divers groupes ethniques féministes ou représentants de locataires. A ces rapports il est possible d'ajouter le livre de Cynthia Cockburn The local State qui remettait en question la gestion technocratique des autorités locales en matière de logement et de services sociaux notamment. Ce livre a eu un grand impact car dénonçant les rationalisations opérées par les autorités locales, il est publié alors que des pressions sont exercées par le gouvernement central pour que les autorités locales maîtrisent leurs dépenses. Son influence fut grande au sein des local professions des services sociaux et du corps enseignant gérés par les autorités locales.




Squatters Tolmer square 1970, Photo Nick Wates



Cette nouvelle gauche urbaine a développé toute une série de thèmes critique de l'autoritarisme des autorités locales de la bureaucratie et du leadership, thèmes féministes, égalité raciale, écologie, et nécessité d'une planification économique locale et d'interventions économiques locales. En effet cette nouvelle gauche urbaine est née des nouveaux mouvements sociaux des années 1960/70 des groupes organisés qui ont mené des campagnes concernant les problèmes du logement, des restrictions des budgets locaux dans les domaines sociaux et scolaires, des mouvements féministes, pacifistes ou environnementalistes ainsi que des rivalités entre tendances de gauche de droite et entre tendances de gauche au sein du Parti travailliste, parfois en dehors de lui. Les représentants de cette gauche manifestaient un mépris pour les élus locaux traditionnels. Ils ont eu une conception offensive de la politique locale qui faisait de la mobilisation de masse à l'échelle locale, de la décentralisation des services, de la politisation de l'autorité locale, des instruments pour appliquer leur grass-roots socialism et combattre le gouvernement conservateur. 





C'est ainsi, que les associations de quartier qui luttaient localement en faveur des sans-abris seront soutenues par cette nouvelle classe politique. La reconnaissance officielle de certaines associations enlèvera sans aucun doute au mouvement de luttes urbaines une grande part de sa force de contestation. De plus, en 1970, pour faire pièce aux critiques des travaillistes sur leur négligence en matière de logement, les conservateurs avaient multiplié les appels du pied à l'association Shelter qui n'y était pas indifférente. Or celle-ci en était venue à financer quelques organisations fort actives dans les mouvements urbains. Conservateurs et les leaders historiques travaillistes ne leur ménagent pas les critiques, alors que grèves de loyers ou auto-réductions se poursuivent dans les années 1968-70, notamment dans le quartier de East End à Londres, et que l'on expulse du centre de la capitale de nombreuses familles ouvrières.


1970 : les conservateurs au pouvoir

Une deuxième vague d'occupations illégales survient dans les années 1971-72. Elle correspond à la défaite du Labour Party aux élections de 1970, de l'activité renaissante et grandissante des syndicats contre les premières mesures du nouveau gouvernement conservateur. Les grèves se succèdent dans tout le pays, massives, longues et certaines réussissent à obtenir leurs revendications. Ces victoires entraîneront bien évidemment d'autres secteurs de l'économie à se mettre en grève : les dockers ouvrent le bal en 1971, suivis des ouvriers de l'industrie automobile, des employés du gaz, des hôpitaux, des mineurs en 1972, etc.

Concernant l'habitat social, en 1972, le gouvernement Tory vote le « Finance Housing Act » qui impose aux autorités locales des augmentations de loyers ; et d'autre part destituait leur pouvoir, qui leur avait été reconnu en 1915, de décider seules du montant des loyers. En réaction des dizaines de milliers de locataires manifestèrent sur tout le territoire britannique. Les squats des associations pour le droit au logement non reconnus par les autorités subissent une réaction répressive de la part des conservateurs qui eurent tôt fait de souligner aux yeux de l'opinion publique les appuis politiques de la Gauche radicale dont jouissait un certain nombre d'associations. Dans le même temps, le volume de construction soutenu dans le secteur social est important, qui a atteint un pic de 173 000 logements en 1973, ce qui est considérable. Le centre de Londres se vide de ses habitants qui s'établissent dans les new towns périphériques tandis que les immigrés les remplacent.

Les nouveaux mouvements de squatters se radicalisent de la même manière, soutenus par les partis politiques extra-parlementaires de Gauche, mais fustigés par les vieux leaders du Labour Party et les Trade-unions. Leur intention se veut plus politique : il ne s'agit plus seulement de parer au plus pressé, le relogement dans l'urgence des sans-logis, mais de jeter les bases d'une organisation sociale autre. Des occupations illégales sont organisées mais limitées en nombre, pour des raisons évidentes, les familles d'ouvriers étaient peu enclin à recourir à des modes d'action entachés d'illégalité. D'autre part, les autres groupes concernés (hippies, chômeurs, etc.) ne manifestaient pas une combativité excessive. Les groupes militants ont donc préféré se concentrer sur certaines actions jugées exemplaires : celle du Center Point, dans l'Inner London, par exemple où des militants occupèrent momentanément une tour construite une dizaine d'années plus tôt, initialement destinée à recevoir des bureaux totalement inutilisée.


Local ASS à Brixton



De nombreux groupes de soutien aux squatters émergent durant la période 1972-1977, dont le Advisory Service for Squatters (ASS) et le London Squatters Union (LSU) en juillet 1977. L'ASS tient à la disposition des gens intéressés un fichier des maisons disponibles et des squats, avec la durée approximative jusqu'à la démolition ou la réfection. Cette association s'occupe de donner des conseils pratiques et d'ordre légal aux squatters et aux sans-abri. Elle fournit également des contacts avec des groupes locaux et publie annuellement le très pratique Squatters Handbook mis à jour chaque année. Quant au LSU, fondé en juillet 1977, il a pour principale réalisation la publication du bulletin Squatters News. L'ASS et le LSU, ainsi que de nombreux groupes locaux moins visibles, agissent à l'occasion comme porte-parole. Cependant, leur existence a surtout pour but d'assurer une certaine solidarité et de diffuser l'information. La lecture de quelques bulletins de liaison laisse apparaître une plate-forme revendicative qui comprend : la reconnaissance de droits des sans-abri, des mal-logés et des squatters ; l'utilisation des maisons vides par celles et ceux qui en ont besoin ; l'arrêt des évictions et le droit au maintien dans les lieux. 

LONDON SQUATTERS UNION

L'association Advisory Service for Squatters est encore active aujourd'hui et comme hier publie chaque année son fameux Squatters Handbook.

PRINCIPES pour barricader une maison.


Bengali community

MANIFESTATION CONTRE LE RACISME, 1976



Les communautés étrangères immigrées formaient une grosse partie des squatters, et notamment les Bengalis de Sylhet dans ce qui était alors le Pakistan oriental. Terry Fitzpatrick, ancien activiste, ex-squatter, fondateur de l'Union Tower Hamlets squatters, évoque dans une interview les difficultés de logement pour les immigrés, et dénonce également le clientélisme, le racisme des élus du Labour Party dans les councils de Londres :

En 1974, j'ai déménagé à East London. Comme le logement était très cher, j'ai commencé à squatter. A cette époque il y avait un mouvement très bien organisé de squatters dans le East London implanté depuis 1968-1969. J'ai commencé à squatter au début de 1974 et vers la fin de 1974, je passais de plus en plus de temps avec d'autres squatters. Le quartier Tower Hamlets était sous le council dirigé par le Labour Party.Il n'y avait pas de démocratie. C'était de la corruption flagrante, notamment dans le domaine du logement. Tower Hamlets à l'époque était la plus grande concentration de logements de propriété publique. 90% des logements était propriété de l'État du Greater London Council ou du London Borough of Tower Hamlets (LBTH). Grâce à leur contrôle, le Parti travailliste opérait une sorte de système de ghetto. Les Bangladais qui étaient mariés pouvaient obtenir un logement si ils devenaient membres du Labour Party. Car l'attribution d'un logement social était destiné aux familles, et pas aux hommes célibataires ; et la loi exigeait en Angleterre, pour les célibataires immigrés, de disposer d'un logement pour que leur femme et enfant puissent venir les rejoindre... Le council était corrompu mais également inefficace. Par exemple, il y avait un immeuble d'appartements parfaitement habitable à Bow, construit dans les années 1920, mais selon les normes d'habitabilité Parker Morris, les appartements étaient hors normes, les hauteurs et les largeurs des chambres, n'étaient pas suffisantes, de sorte que le council a vidé le bloc et l'a laissé vide. Il fut squatté immédiatement après l'évacuation des locataires. Autre exemple, le council disposait de 3200 appartements et maisons inoccupés qui, sous divers prétextes ne pouvaient pas être loués. Mais il y avait des rues entières de maisons, certaines n'étaient pas en très bon état, qui ont progressivement commencé à être occupé par les Bangladais, avec l'aide de squatters blancs et je me suis impliqué et j'ai commencé à travailler avec les Bangladais.

Lorsque le Black Panther Party s'est effondré dans les années 60 et début 70, le groupe de Grande-Bretagne, avec Darcus Howe, Faroukh Dhondy, Mala Sen et quelques autres, a commencé à promouvoir une notion de Black self-organisation. Avec le recul, tout cela était totalement impossible, mais c'était alors le début des années 1970, avec toutes sortes de théories étranges et merveilleuses imaginées par différents groupes. Ils ont entendu parler du mouvement squat et sont entrés en contact avec nous. À partir de 74 et au début 75, l'Union Tower Hamlets squatters, que j'avais contribué à créer, a commencé activement une campagne à propos des questions de logement, en dénonçant une discrimination ouverte. Nous avons eu aucune difficulté à amener la communauté Bangladeshi au squat. A cette époque, le Front National s'organisait également à Tower Hamlets qui a créé un climat de peur et de violence. Une des choses que je me souviens à propos des années 1970 a été ces affrontements violents énormes dans les rues. Il y avait des batailles massives à Birmingham, à Wood Green, en 1977 à Lewisham. Le Front national pouvait mettre un millier de personnes dans la rue. En 1974, ils ont créé une machine nazie bien organisée : «Une famille Paki relogée là, allons les chasser», «Allons casser leurs fenêtres». Dans le quartier Poplar et autour de Bromley-by-Bow, les Paki avaient tout simplement renoncé à leur location, les enfants ne pouvaient pas aller à l'école, les femmes avaient leurs saris arrachés dans les rues...

Au début, nous [les squatters] étions dispersés. Il y avait quelques rues de maisons squattées : Aston, Stepney Street, les rues Nelson et Varden. Mais en 1976, nous avons trouvé un immeuble d'appartements, juste derrière le Centre Montefiore, les Bâtiments Pelham. Il y avait 60 appartements habitables, et environ 7 ou 8 locataires gauchistes. Nous avons alors décidé de nous l'approprier le samedi de Pâques 1976, avec sept ou huit premières familles. À la fin de 1976, 300 personnes squattaient dans le bâtiment. J'ai ensuite moi-même déménagé dans les bâtiments Pelham. La direction de la vieille garde, le Bangladesh Welfare Association, qui avait l'habitude de voir le député et la Commission pour l'égalité raciale (CRE), et a négocié ceci ou cela.

Varden Street et la rue Nelson étaient des propriétés des hôpitaux de Londres, mais nous avons eu environ 150 squatters dans les deux rues. La municipalité de Tower Hamlets allait acheter le site, mais à la condition de l'évacuation des squatters. Nous avons donc occupé la salle du conseil lors d'une réunion du comité de logement en 1976. Environ 100 personnes ont défilé jusqu'à l'hôtel de ville qui était à Bethnal Green. En Janvier 1976, nous avons formé le Bengali Housing Action Group (BHAG). Le Bâtiment Pelham était le plus grand squat du Grand Londres. Nous avons continué à squatter à peu près tout ce qui était vide dans le quartier. Mais nous devions être prudents car nous squattions des appartements déjà attribués à des personnes, à des Blancs. Ce qui a commencé à causer des frictions entre les Blancs locaux et les Bangladais. A la fin de 1976 et au début 1977, nous étions dans une impasse complète. Une des demandes de la communauté était de rester à Tower Hamlets, que les « Bangladais avaient le droit de vivre dans des quartiers où ils se sentaient en sécurité ». Contre les caprices de l'officier du logement qui obligeait les membres de la communauté à s'exiler dans des quartiers où ils ne souhaitaient pas vivre : « Vous vivez ici, vous avez une offre de relogement. Vous ne voulez pas ? Vous serez considéré étant sans-abri ».

En 1977, face à la menace d'une expulsion de Pelham, nous avons barricadé le bâtiment avec des sacs de sable, de la tôle ondulée, des rouleaux de barbelés, beaucoup de briques, pour la défense. C'était encore sous le gouvernement travailliste. Lors des élections de mai 1977, les conservateurs ont gagné le Greater London Council pris aux élus réactionnaires du Labour Party. Nous avons pensé que nous allions avoir des problèmes ! Puis le GLC a annoncé une amnistie générale pour les squatters.

PROPERTY IS THEFT






Au milieu des années 1970, il existe une multitude de squats dans les quartiers anciens de L'Inner Ring de Londres. Plusieurs types de squat co-existent : le squat social pratiqué surtout par les immigrés, le squat politique des militants de la Gauche Radicale, les communautés hippies, les squats culturels qui proposent toutes sortes d'activités [galeries d'art, théâtres, concerts, bars, etc.], les squats qui se sont développés sur une voire plusieurs rues qui rassemblent les uns et les autres, les squats artistiques, prémisses du phénomène Loft et enfin, les squats liés à la délinquance, à la consommation et au trafic de drogues. Nous ne disposons pas de données exactes concernant le nombre d'occupants illégaux ; certains avancent le chiffre de 50,000 squatters pour la période des années 1970 sur l'ensemble du territoire, pour un nombre estimé à 2000 squats en 1977 pour le Grand Londres représentant entre 7000 à 12000 personnes.


En 1974, le groupe conservateur de la Chambre des communes ouvre une vaste offensive contre le squat et propose un projet de loi, le New Trepass Criminal Act, interdisant les occupations illégales. Parallèlement la presse britannique conservatrice se déchaine contre les squatters et consacre des tribunes où sont répertoriées différentes histoires de propriétaires aux prises avec des squatters. Prenons, par exemple, le cas de Mme Harper qui écrit au courrier des lecteurs du Times en juillet 1975 affirmant qu'elle vient de rentrer de vacances et a dû évincer des squatters de sa maison : « Squatters assumed the right to use my telephone [...] sleep in my beds [...] read letters from my husband before marriage ». C'est le début de témoignages semblables et de reportages dans d'autres journaux, à la radio et à la télévision. Les éditoriaux réclament des lois plus sévères à l'encontre des squatters, hippies, immigrés, marginaux, ouvriers ou démunis d'origine anglaise, sans distinction. Le message de Cathy Come Home de Ken Loach n'opère plus. Le Greater London Council engagea une vaste opération contre les squats, ordonnant aux forces de police d'expulser les occupants illégaux et de démolir les maisons et les immeubles. De très nombreux squats isolés dans la première périphérie de Londres seront ainsi évacués mais à l'inverse, la multitude des squats de l'Inner Ring s'organiseront solidairement et menèrent une véritable campagne contre leur éviction ; les grandes organisations de squat décident d'une action commune appelée Campaign Against a Criminal Trespass Law [CACTL]. L'objectif étant de fédérer l'ensemble des squats isolés du Grand Londres en créant notamment un réseau d'informations pouvant permettre des actions concertées et communes mobilisant le plus grand nombre. L'objectif second est d'approcher les mouvements étudiants, très actifs, et des personnalités de la New Urban Left du Labour Party. Car en effet, ce projet de loi proposait une interdiction générale d'occupation de locaux privés ou publics, mettant ainsi hors la loi l'occupation d'usine ou d'université en cas de grève ouvrière ou étudiante. La jonction s'opère et les manifestations se succèdent, les pétitions rassemblant les signatures des plus hautes personnalités du monde de l'art et de la culture se multiplient ainsi que les articles de la presse travailliste contre le projet de loi. Grâce à ce projet de loi, des liens unirent les militants du CACTL, les syndicats d'ouvriers et les mouvements de contestation étudiants. Les uns pouvaient soutenir les autres lors de manifestations.





Cela étant, si la loi ne fut pas adoptée, le Conservative Group présenta en 1976, un nouveau projet de loi destiné à lutter plus particulièrement contre les occupations illégales de biens immobiliers à usage d'habitation. Le projet de loi prévoyait de rendre illégale les occupations de propriété de l'Etat, de propriété privée si le propriétaire habite les lieux ou souhaite y résider, d'autoriser l'expulsion des occupants illégaux et la démolition des lieux en cas d'absence, de rendre illégal toute opposition aux huissiers de Justice muni d'un ordre d'expulsion ou d'un bail justifié par l'administration, du propriétaire réclamant la restitution de son bien. Le CACTL mena à nouveau campagne, soutenu par une cinquantaine d'organisations étudiantes et de nombreux syndicats. La loi fut mise en application le 1er décembre 1977 mais malgré ses mesures, le Squatting is still legal, le squat était encore légal.

Notons la présence de M. Tatcher, dirigeante du Conservative Group depuis 1975, qui persiste dans une attitude anticommuniste, en particulier lors du discours de Kensington en 1976 où elle accuse les Soviétiques d'aspirer à la domination du monde et de sacrifier le bien-être de leur population à cette fin. Cela lui valut le surnom de « Dame de Fer », donné par le journal du ministère de la Défense soviétique, L'Étoile rouge et popularisé par Radio Moscou.


Le Lambeth Council

La commune de Lambeth, sous contrôle du Labour Party, comportait de très nombreux squats particulièrement actifs : 333 squats en 1974, 524 en avril 1976. La plupart se concentrait dans le quartier Brixton. Les squatters organisèrent ici de grandes communautés qui s'emparaient de rue entière de maisons de ville inoccupées, redonnant ainsi vie à un quartier vide en attente de rénovation. En 1974, les squatters s'installèrent dans les maisons abandonnées depuis plus de 14 ans, de la rue St Agnes Place. En avril 1976, 65 squatters vivent ici, bientôt rejoint par une communauté de 200 squatters qui colonisèrent la Villa Road.






Un reportage de la BBC 2, Lefties : property is theft, présente l'histoire du squat de Villa Road ; il rassemblait au milieu des années 1970, dans les maisons de ville d'une rue entière, une communauté de militants de la Gauche Radicale très active, plusieurs mouvements anarchistes, des hippies, des féministes qui accueillent les mères de famille sans emploi et sans toit, des étudiants. Ils formèrent une communauté « politisée » gérée par les militants des différentes organisations de la Gauche Radicale, issus de la classe moyenne intellectuelle. Les Villa Roaders s'opposaient aux normes sociales, à la famille traditionnelle, s'identifiaient à la classe ouvrière. Ils participèrent aux grèves ouvrières et menèrent plusieurs campagnes anti-capitalistes. Le mouvement féministe était également très actif, et les femmes luttèrent pour se libérer de la domination masculine en proposant, par exemple, des lectures communes de « sensibilisation ». Nombre des membres de cette communauté pratiquait également la psychothérapie de groupe.

En avril 1976, le Lambeth Council annonça son plan d'attaque contre les squatters :
  • Eviction immédiate des squatters
  • Mise en vente des maisons
  • Démolition des maisons vétustes
  • Rendre inhabitable les immeubles
  • Interdiction faite aux compagnies d'électricité et de gaz de les fournir

En outre, la Villa Road et la St Agnes Place devaient être en partie détruite pour faire place à deux espaces publics. En décembre 1976, une centaine de squatters occupaient la St Agnes Place tandis que la police procède aux premières expulsions. La presse fut conviée aux premières destructions de maisons et notamment celle d'une ancienne habitante de 78 ans, Ruby Thompson : tandis que les ouvriers -employés au noir- s'acharnent au rez-de-chaussée, Ruby refusant de quitter ses lieux où elle a vécu depuis 30 ans, est réfugiée à l'étage. Le Evening Standard et le Sunday Times rapportèrent les évènements en qualifiant les membres du Council de « vandales ».


DEMOLITION de la ST AGNES PLACE



Ce qui ne manqua pas d'exacerber les oppositions au sein du Labour Party entre les partisans du maintien des squatters, ceux qui critiquaient la manière d'opérer et ceux qui considéraient injustifiables les occupations illégales. Pour ces derniers, la loi prévalait au-dessus de toute autre considération et dans ce cas, les mal-logés devaient suivre les procédures administratives en s'inscrivant sur la liste d'attente pour l'obtention d'un logement. Par contre, les partisans du maintien des squats critiquèrent notamment le fait de démolir des habitations, en temps de crise du logement, pour aménager du vide, les espaces publics prévus par le plan d'aménagement. Le 19 janvier 1977, les travaux de démolition reprirent sous la surveillance de 200 policiers. Certains ouvriers refusent de participer au massacre, plus tard l'officier de police déclara espérer de ne plus être chargé de ce genre d'opération. L'ensemble des organisations de squatter de Londres viendront soutenir la lutte, les manifestations se succèdent, la presse est conviée, des concerts de soutien sont organisés, des tracts distribués, une action en justice auprès du Lambeth Community Law Center est menée... Le 25 janvier, une décision des membres du Labour Party du Lambeth Council ajourne l'ordre de démolition de la St Agnes Place. En partie parce que la St Agnes Place devint une sorte de symbole de la politique du Labour Party, peu appréciée dans ce cas par la classe ouvrière et qui au contraire faisait l'éloge des councillors du Conservative Group siégeant au Lambeth Council : ainsi le Councillor Carey, leur leader, déclara à propos de l'éviction des squatters, être en accord avec l'opposition et suggéra une vaste et plus globale opération de démolition de maisons inoccupées. 16 maisons seront partiellement détruites, 10 maisons entièrement démolies mais ce fut, en définitive une grande victoire, car les opérations de démolition et d'éviction des autres squats de Lamberth seront également ajournées. La St Agnes Place résista pendant plus de trente années pour finalement être entièrement démolie en décembre 2005. Ainsi, les squatters obtinrent des autorités la survie de la moitié des maisons de la Villa Road. Les maisons existent toujours aujourd'hui, certains membres de cette communauté vivent encore ici, cependant, selon l'auteur du documentaire de la BBC2, le matérialisme a fait place à l'esprit révolutionnaire.

St AGNES PLACE



D'autres résistances s'organiseront dans différents quartiers de Londres. La victoire de Lambeth et d'autres squats ouvrit un débat national sur l'habitat qui assoupit quelque peu les mesures les plus dures prises par les autorités. Ainsi le Camden Council, par exemple, régularisa certains squats, qui ne troublaient pas l'ordre public et leur voisinage, en leur accordant un bail de courte durée. En outre, les fluctuations économiques, et notamment la crise de 1974 liée au pétrole, ébranlèrent sérieusement l'économie du pays, dont le secteur immobilier : certains grands chantiers seront tout simplement stoppés ou reportés. D'une manière générale, il semblait préférable d'accorder aux occupations illégales un droit limité dans le temps, plutôt que de laisser en friche des quartiers entiers de Londres, en attente de rénovation. Ainsi, en juillet 1977, le gouvernement central indique par une circulaire aux councils de reconsidérer l'utilisation faite des propriétés inoccupées. Cette circulaire insiste sur de nouveaux modes de relations entre les councils et les associations pour le droit au logement, dont notamment, Shelter's Housing Emergency Office, the Federation of Short-Life Housing Groups, the Self-Help Housing ressource Library et d'innombrables autres, politiquement correct, à mettre en place, afin de permettre l'utilisation temporaire de biens immobiliers inoccupés pour soulager les besoins des groupes sociaux et des personnes en difficulté. A cela s'ajoutait les aides publiques des Housing Groups vers les dites associations.


L'amnistie du 25 octobre 1977


En octobre 1977, dans une volte-face sensationnelle, les élus conservateurs du London Great Council adoptèrent une nouvelle position en offrant de légitimer l'occupation illégale des squatters. Le Greater London Council avait répertorié 1438 propriétés occupées illégalement, chiffre inférieur selon les organisations qui avançaient le chiffre de 1850 squats. Pratiquement, le Greater London Councilestima qu'il était impossible d'expulser les 7,000 personnes -voire davantage- vivant dans ces squats et proposa ainsi leur légalisation à la condition qu'ils se soient faits inscrire avant le 25 octobre. L'autre condition, qui n'en était pas une, était d'interdire les futurs squats non inscrits sur cette liste, par tous les moyens légaux possible et par la force si nécessaire. Qui d'une certaine manière contredisait la loi autorisant, ou en tout cas n'interdisant le squat. En faisant telle proposition, le Conservative Group reconnaissait l'acte du squat en tant que réponse pragmatique face à la crise du logement et espérait mettre fin à l'extension du phénomène. En faisant certaines concessions aux squatters établis et donc dotés d'une excellente organisation, le Conservative Groupe pensait ainsi diviser, pour mieux régner. En somme, pour les élites politiques du Greater London Council, les occupations illégales ne présentaient pas en effet que des inconvénients : elles évitent tout d'abord à celles-ci d'avoir à lancer de nouvelles constructions. Les risques de conflit avec les propriétaires sont limités : les maisons occupées se situent le plus souvent dans des secteurs promis à la démolition. Restaurés par les soins des nouveaux occupants, certains de ces immeubles pourront subsister. Les municipalités offrent même à des squatters d'en devenir les futurs locataires. Enfin, ces occupations illégales évitent une montée en flèche du prix des terrains, dans la mesure où elles empêchent ou retardent la libération de ceux-ci. D'une certaine manière, les élites conservatrices institutionnalisaient le mal-logement et temporisèrent le problème squat pour faciliter des politiques plus rigides et réactionnaires devant être mises en œuvre à une date ultérieure. Ainsi si les squatters s'inscriront sur cette fameuse liste du 25 octobre 1977, la majorité méfiante se prépara pour les prochaines luttes, à priori, plus difficiles. Les occupants illégaux de 1300 squats, comprenant 1700 ménages, soit 5000 personnes, soit 70 % des squatters, répondirent favorablement à l'appel du Greater London Council.

Environ 550 squats refuseront de s'inscrire. Dont la République indépendante de Frestonia, terrain de 7300 mètres carrés constitué de Freston Road, Bramley Road et Shalflet Drive. En 1977, le Greater London Council menace d’éviction les squatters d’un bâtiment abandonné de Freston Road. Inspirés par Passeport pour Pimlico, la comédie de Henry Cornelius et par une visite récente à la communauté libre de Christiana à Copenhague, les occupants déclarèrent le squat nation souveraine, n’ayant par conséquent pas de comptes à rendre au Royaume-Uni. L’indépendance fut déclarée le 31 octobre 1977. Le GLC accepta des négociations et le député tory, Sir Geoffrey Howe, leur envoya même une lettre de soutien. Les citoyens ont sollicité la reconnaissance de leur Etat par l’ONU et exprimé leur souhait de rejoindre la Communauté économique européenne. Le Frestoniens ont conçu leurs timbres et commandé un hymne national. Tous les habitants ont adopté le nom de famille Bramley afin que le GLC soit obligé de les reloger comme une seule famille en cas d’expulsion réussie.


FRESTONIA, London
FRESTONIA, London, jardin public

FRESTONIA, London, Marché aux fripes
FRESTONIA, London, Les conditions de vie étaient difficiles, souvent sans eau, électricité, gaz, surtout en hiver pour les futures mamans



Par la suite, le GLC Greater London Council accorda des actes de locations ou des licences de propriétés à quelques squats mais la majorité se verra offrir des solutions de relogement dans les new towns, modernes, vertes mais éloignées du centre de la capitale. Selon les chiffres officiels, les 300 premières offres de relogement furent acceptées à 90 %. Le GLC se trouva également confronté au problème de l'immigration, certaines communautés refusant la séparation ou d'habiter dans certains nouveaux quartiers considérés comme particulièrement racistes ou propices à l'intimidation raciste et à la violence. Dans ces cas particuliers, le GLC permit à plusieurs communautés de rester dans leur logement et les incitèrent à créer des coopératives. 

Ainsi, nous retrouvons la communauté Paki de Pelham et Terry Fitzpatrick :
« Le gars qui était président du logement pour le Grand Londres, George Tremlett, affirma qu'il admirait les squatters, car ils avaient été très entreprenants, ils n'avaient pas attendu l'aide de l'Etat ou des councils pour pouvoir se loger, qu'il s'étaient pris en charge eux-mêmes. Il comparaissait cet sorte d'esprit d'entreprise personnelle à l'esprit conservateur. Nous avons alors commencé à négocier avec le GLC et nous avons rencontré les responsables de GLC. Ils ont juste dit, « Ouais, où voulez-vous vivre ? ». Nous avons préparé une liste de propriétés qui était acceptable pour nos membres, dans des quartiers où le racisme n'était pas trop développé. Ils ont juste dit: « Vous nous dites où vous voulez vivre et nous allons vous donner des appartements ». On s'attendait pas à cela ! Les squatters n'étaient pas un problème pour les conservateurs : « Aucune offre raisonnable d'hébergement sera refusé ». Donc nous avons organisé toute une série de réunions dans les bâtiments Pelham avec des squatters de la rue Varden, rue Nelson et Aston Street, avec les pauvres de tous les coins. Avant cela, moi et quelques autres, avions fait le tour du quartier et nous avons affiché une immense carte de Tower Hamlets sur le mur de mon appartement. Il y a eu des scissions et des critiques dans le groupe, parce BHAG était devenue un centre de pouvoir. Un grand nombre de Bangladais n'aimait pas voir un blanc à la direction de celui-ci. Nous avons eu une dispute avec Darcus Howe et il est parti. Progressivement, le relogement a continué mais Pelham était encore squatté. Le London Electricity Board (LEB) a coupé l'électricité en disant que le câblage était dangereux. J'ai essayé de reconnecter l'électricité en Juin 1978, et j'ai fini à l'hôpital de Londres. Finalement, le Tower Hamlets a capitulé puis la Varden Street et la rue Nelson. Le GLC a acheté les deux rues et les a donné à une association de l'église pour le logement ».


Une amnistie pragmatique et politicienne


Le début des années 1970 a vu la croissance d'une désillusion culturelle de l'urbanisme et de l'architecture moderne des grands ensemble d'habitat social. La crise de 1974 renforça la ghettorisation des ensembles, puis la délinquance, particulièrement violente en Grande-Bretagne. L'impopularité des grands ensembles et un ralentissement majeur de l'économie majeur, ont ainsi contribué à repenser les politiques d'habitat social pour le plus grand nombre, comme dans la plupart des pays européens. L'idée fut alors admise de revenir à un urbanisme traditionnel, de quartier compact, d'habitat calqué sur les anciens modèles pré-industriels : soit le retour de la ville classique après le désastre de la ville moderne, qui en fait, avait surtout bénéficier au capitalisme. Dès lors, les maisons de ville, les immeubles anciens des centres villes re-devenaient socialement préférables et leur rénovation pouvait être économiquement profitable dans le cadre d'une nouvelle politique basée sur les réductions dans la dépense publique ; qui a abouti à une réorientation à 360° dans la politique du logement vers l'amélioration des logements existants, de leur environnement, et comme une réduction majeure de l'investissement public. Politiquement, cette stratégie n'était pas neutre car elle s'accordait, de fait, à la demande d'une majorité de citadins.


Peu après l'amnistie, le 1er décembre 1977, une nouvelle loi est votée qui donne obligation aux councils de fournir un logement pour les personnes sans-abris vulnérables : les familles avec des enfants en bas âge, les pensionnés de guerre, les handicapés, les femmes malades ou enceintes. Le même jour que la loi de droit pénal, concernant les restrictions faites contre le squat. Deux lois entrées en vigueur simultanément démontrant une approche ambivalente de l'Etat envers les sans-abri.

Parallèlement et comme promis, les mesures contre les squats ayant refusé l'amnistie et les nouveaux sont mises en œuvre. D'une manière générale, les squats sont tolérés et la police intervient seulement pour expulser les récalcitrants lors des opérations de rénovation de logement ou de quartier, en cas de trouble à l'ordre public concernant notamment les squats culturels programmant des concerts, en cas de nuisance ou de gêne sur le voisinage et en cas de lieux de trafic de drogues ou autre avéré.

En 1978, les autorités décident de s'attaquer à un bastion du mouvement squat, le Huntley Street. Un important contingent policier est déployé pour expulser les squatters. L'expulsion était inutile, car le jour auparavant, ils avaient bénéficier d'un accord pour reloger tous les squatters. Le squat était composé de cinq immeubles attenants dans la Rue Huntley, colonisé en février 1977, à l'initiative des militants du Squatters Action Council. Un bloc a été alloué à un foyer de femmes battues et leurs enfants et le rez-de-chaussée est utilisé pour des réunions. Les 54 appartements qui avaient été inoccupés pendant quatre ans hébergent 160 personnes incluant 30 enfants.


Entre mars 1978 et juillet 1979, 787 ordres d'expulsion ont été obtenus par les councils. À une conférence de Presse en juillet 1979, un conservateur siégeant au GLC, Tremlett, déclarait fièrement, que le phénomène squat à Londres était contenu. Paradoxalement la presse conservatrice présentait désormais une image plus favorable, voire concupiscente, des squatters.


Contre-culture

Le No Future du mouvement Punk succède au spleen des Pink Floyds, accompagnant ainsi l'avenir sombre de la génération sacrifiée par les crises économiques successives qui s'enchaînent. D'une certaine manière le communautarisme baba-cool fait place au nihilisme des punks. Cette période marque les prémisses de la dépolitisation des contestataires. La plupart des groupes de musique qui vont renouveler la scène culturelle mondiale se forment dans les squats artistiques. Le futur chanteur des Sex Pistols, Johnny Rotten, rencontre Sid Vicious dans un squat à Londres ; en 1974, Joe Strummer des The Clash fréquente les squats. Son groupe The 101ers, formé cet été-là, aide à récolter des fonds pour les squatters. Ils écument les pubs et donnent des concerts de bienfaisance, qui leur valent quelques échos dans la presse musicale. En 1978 Le groupe joue en face de 80 000 personnes, pour “Rock Against Racism” au London’s Victoria Park. The Sex Pistols et The Clash marquent alors toute une génération par leur engagement politique. Leurs chansons dénoncent les problèmes de chômage, de racisme, de répression politique et sociale.


Le déclin


Peu avant l'arrivée au pouvoir de M. Tatcher, les prémisses d'une libéralisation du secteur de l'habitat social apparaissent. Les autorités donnèrent ainsi la possibilité aux particuliers de former des coopératives pour acheter les maisons de ville et les immeubles dégradés du centre ville en bénéficiant d'aides publiques. Un certain nombre de squatters, les plus fortunés de la middle-class purent ainsi acquérir un bail pour une maison de ville, un appartement le plus généralement dégradé ce que ne pouvait pas se permettre les classes populaires du fait des prix élevés du bail et des coûts de la remise en état.

Ceci donna un coup fatal aux organisations de squats car la vieille garde de militants et de membres actifs, les plus expérimentés se dispersa au fil des mois. Un grand nombre d'activistes ex-squatters s'impliquent dans d'autres domaines, comme les coopératives d'habitat, l'anti-racisme, l'écologie, etc, d'autres s'engagent dans la politique. Les squatters potentiels ainsi privés de leur expérience s'inquiétaient également des répressions policières suite à la mise en vigueur le 1er décembre 1977 de la loi anti-squat. Les grands squats les plus actifs seront progressivement démolis et, le plus souvent, les squatters pourront bénéficier de relogement soit individuel, soit à travers des coopératives d'habitants. Les concentrations de plusieurs centaines de squatters dans une ou deux rues n'existent plus dès 1978. Les liens qui unissaient les syndicats d'ouvriers et les mouvements étudiants n'existent plus ; la plupart des associations de squatters disparaissent au fil des mois, privant ainsi le mouvement de relais et de distribution d'informations et d'autant de militants lors des manifestations. Il subsiste donc une multitude de petits squats isolés des uns des autres, tolérés par les councils, en attente d'expulsion qui peut intervenir à tout moment.


Le grand mouvement est défait, la solidarité rompue. Toutefois, les squatters tenteront une reconstruction, une réadaptation du mouvement à plus petite échelle aux nouvelles conditions. Certaines associations continuent leurs actions, imprimant tracts et fanzines, essayant de re-lier la multitude de squats, ouvrant des officines, rappelant que malgré la nouvelle loi, le squat n'est pas considéré illégal. Sous cette impulsion est créé en 1978 le Housing Action, impliquant certains anciens activistes ex-squatters qui tenteront, à nouveau, de lier les organisations de squat aux associations modérées pour le droit au logement, les associations de locataires et les syndicats. C'est ainsi, qu'en Mars 1979, squatters et ex-squatters, accompagnés de syndicalistes et d'étudiants investiront et manifesteront lors de l'ouverture de l'exposition organisée par le GLC ayant pour thème, The ideal house, la maison idéale. La protestation spectaculaire dénommée The ideal squat, peut être considérée comme la dernière manifestation importante du mouvement squat. D'autres actions sont encore entreprises contre la destruction de maisons anciennes habitables mais le mouvement est moribond.


1979 : Margareth Tatcher


Margareth Tatcher arrive au pouvoir en le 3 mai 1979 en même temps qu'une très difficile crise économique. Ce sera une année noire pour la classe ouvrière anglaise.

Paradoxalement entre 1980 et 1984 un certain nombre de villes sont reprises par les travaillistes et/ou une nouvelle équipe prend le contrôle des ville de Boroughs,  Greater London Council, Sheffield, Bradford, Leeds, Manchester. De cette émergence non prévue date appellation de New Urban Left. Les leaders de Sheffield et du GLC Blunkett et Livingstone s'affirment rapidement comme les leaders de cette nouvelle gauche urbaine et du mouvement du socialisme local. En revanche les Militants Knight Lambeth et Hatton à Liverpool sont les représentants de la ligne ouvriériste d'extrême gauche.

La politique mise en place à Liverpool est du point de vue de l'action économique un modèle de non-intervention. La réaction de la municipalité ouvriériste est de ne pas se préoccuper de l'action économique locale et de préparer la confrontation directe avec le gouvernement pour hâter la fin du système capitaliste. Elle se caractérise par une stratégie de développement économique fondée sur la mise en chantier d'un maximum de logements sociaux de manière créer de l'emploi local et à fournir un logement à ceux nombreux à Liverpool qui en ont besoin et qui sont le support social des Militants. Cette stratégie jusqu'au-boutiste mène la ville de Liverpool au bord de la faillite en 1985 (Parkinson Michael, Liverpool on the Brinks, Policy Journals, 1985). Faillite précipitée par les multiples attaques du gouvernement de M. Tatcher.




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